le trafic maritime mondial dans le dernier quart du XX° siècle (1973-1997)

publié le 2 janv. 2014 à 04:14 par Jean-Pierre Rissoan


    Cette période 1973-1997 couvre à peu près le dernier quart du XX° siècle et, surtout, la date de 1973 est celle de la dernière année complète des Trente Glorieuses. D'ailleurs, les chiffres pétroliers de 1974 indique une baisse.
Ces chiffres ont été publiés par le cabinet norvégien Fearnleys -Review 1997- et communiqués par la revue strasbourgeoise NPI du 30 juillet 1998.



    De 1973 à 1997, la croissance a été de 62;4% soit une progression annuelle moyenne de +2,6%. Mais la grande nouveauté par rapport aux Trente Glorieuses est que cette période a connu des années de récession. Récession, c'est-à-dire non pas décélération, ralentissement de la croissance mais RECUL absolu ; ainsi en 1975, le trafic maritime mondial se rétracte de  -6,2% -et déjà en 1974, les trafics pétroliers étaient à la baisse, ainsi que les céréales - . Nouvelle récession du Produit mondial en 1985 avec sa traduction au plan des transports maritimes. La fin des années 90' montre une accélération de la croissance : +3,7% en 1996 par rapport à 1995 ;
    Voici deux graphiques établis par André Vigarié, qui ont aujourd'hui un caractère historique, et qui donnent des courbes pour les périodes des Trente Glorieuses et celle de notre période fin de XX° siècle. 

Sur le document ci-contre, on lit la prodigieuse ascension du commerce mondial entre 1960 et 1973 -date du 1er choc pétrolier- On passe de l'indice 37 à l'indice 100 et cela correspond à un croît annuel moyen de 13,1%. On observe la récession de 1975 puis l'ascension reprend jusqu'à la récession de 1982 à partir de laquelle la courbe de la croissance en volume devient concave.































Sur ce graphique -qui ne concerne que le transport maritime, à la différence du précédent- on constate la modestie relative des échanges mondiaux avant la guerre de 1939 et encore en 1955. Observez la modestie de la croissance ente 1955 et 1960. C'est au cours des années 60' que se produit le décollage et le passage au "tout-pétrole".













Je reviens à la période 1973-1997 et j'analyse par produit. Je rappelle la progression moyenne mondiale : 62,6%.
Concernant le pétrole et les produits pétroliers. Le brut ne progresse que de 12% (chiffres arrondis) : il faut y voir les conséquences des économies d'énergie, de la transition énergétique vers le nucléaire ou autres énergies renouvelables, vers le charbon aussi.

    Le commerce maritime mondial des produits pétroliers augmente, pour notre période, de 50%. C'est une tendance structurelle : les pays producteurs préfèrent vendre des produits avec plus de valeur ajoutée que le pétrole brut. Ils construisent donc des raffineries littorales et exportent des raffinés. Ils vendent leur travail plutôt que que des produits bruts. C'est l'une des raisons invoquées pour expliquer la fermeture des raffineries européennes.
    Concernant le minerai de fer, la hausse est de 42%. Les principaux exportateurs sont l’Australie et le Brésil qui utilisent la voie maritime (le Brésil vend peu à ses voisins et a des contrats longue durée avec les sidérurgistes européens).
    Concernant le charbon, c'est le poste qui augmente le plus : 336% sur la période. Le charbon a récupéré des consommateurs de pétrole. les clients sont cependant davantage les aciéries que les centrales énergétiques. Les fournisseurs sont l'Australie et l’Afrique du sud qui passe devant les États-Unis. par voie maritime les EU vendent à l'Europe par leur port atlantique de Norfolk-Hampton News.
    Les céréales (le soja est comptabilisé avec les grains) ont progressé de 46% durant la période.  Les principaux vendeurs sont l'Australie et l’Argentine derrière les États-Unis. Notons que l'Europe occidentale apparaît à ce niveau grâce aux exportations françaises.
    C'est surtout grâce au poste intitulé "autres marchandises" qui progresse de 119% que le trafic mondial a pu atteindre ce chiffre de 62,6%... Pour des raisons coutumières, Fearnleys comptabilise la bauxite, l'alumine et les phosphates (vracs secs) dans ce poste. En 1997, leurs tonnage représentait 90 millions de tonnes ; sur un total de 2060, c'est relativement marginal. Le reste est constitué par les produits chimiques, le ro-ro (camions transportés par navires-rouliers),  les véhicules, les marchandises diverses conditionnées de façon conventionnelle et surtout, surtout, ce poste comprend les CONTENEURS. C'est l'explosion du trafic conteneurs qui explique cette progression. Encore une fois, on préfère vendre son travail et donc des produits à forte valeur ajoutée. C'est à partir des années 70' que les statisticiens -sauf ceux de Fearnleys visiblement- ont séparé les marchandises "sèches" -cad non pétrolières- en deux : les vracs d'un côté, les marchandises diverses de l’autre. L'essor du conteneur part de là.
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