sous le feu des Dragons : les nouveaux pays industrialisés d'Asie (NPI1)

publié le 9 juil. 2014 à 07:10 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 juin 2016 à 02:05 ]

mots-clés : Corée du sud, Taïwan, Hong-Kong, Singapour, Zone industrialo-portuaire, industrialisation, modèle japonais, stratégie américaine, thalassocratie.

    Le développement des nouveaux pays industrialisés (N.P.I.) d'Asie est inséparable du contexte asiatique d'après la seconde guerre mondiale (WWII), les États privilégiant un mode inspiré de l'exemple proche du Japon avec des États-Unis omniprésents. Il n'est pas séparable non plus de la mer qui fait de ces pays des acteurs doués pour la vie maritime et de nouvelles thalassocraties.

I. LES N.P.I. ET LE THÈME DE L'ASIE

A. LE CONTEXTE DE GUERRE FROIDE : LE RÔLE DES E.-U.

1. la géopolitique

2. les aides indirectes

                                     a. Hors de l'espace social mondial

                                     b. Hors de l'espace écologique mondial

B. LE MODE DE DÉVELOPPEMENT : LE RÔLE DU JAPON

1. Le modèle japonais

2. Les aides directes

                                     a. Le rôle de l’État

                                     b. Aide aux investissements étrangers

II. LES N.P.I. ET LE THÈME DE LA MER

A. LA MER ET SES ENJEUX

1. Iles, ports, passages stratégiques

2. La création des Z.I.P.

B. DE NOUVELLES THALASSOCRATIES

1. Le C.I. et l'aide au démarchage à l'étranger

2. Les investissements à l'étranger

 



    Le développement des nouveaux pays industrialisés (N.P.I.) d’Asie est inséparable du contexte asiatique qui suit la seconde guerre mondiale (WWII), les États privilégiant un mode inspiré de l'exemple proche du Japon avec des États-Unis d’Amérique omniprésents. Il n'est pas séparable non plus de la mer qui fait de ces pays des acteurs doués pour la vie maritime et de nouvelles thalassocraties.

I. LES N.P.I. ET LE THÈME DE L'ASIE

A. LE CONTEXTE DE GUERRE FROIDE : LE RÔLE DES E.-U.

    1. la géopolitique

    La guerre froide et le "containment" américain créent une situation politique nouvelle.

    Dès le XIX° siècle, les États-Unis avaient englobé l'Asie orientale et du sud-est dans leur politique extérieure. En 1905, les E.U. participent aux négociations du traité qui met fin au conflit entre la Russie et le Japon. Les rivalités entre Japon et E.U., en effet, débutent dès avant la 1ère guerre mondiale et la conférence de Washington en 1921 manifeste les inquiétudes des Américains. La signification de la guerre du Pacifique (WWII) est claire.

    Après la WWII, c'est la Guerre Froide qui fait intervenir encore davantage les Américains :

    - la guerre de Corée (1950) fait du Japon l'arsenal des E.-U. et les Américains s'installent durablement en Corée du Sud qui devient un bastion anticommuniste. L'aide américaine permit le développement de l'agriculture et la mise en place des infrastructures (page19). Taïwan bénéficia des mêmes concours financiers (page37). (Rôle de la lutte contre l'influence des idées maoïstes).

    - avec la guerre du Viêt-Nam, c'est la Corée du Sud et Taïwan qui servent d'arsenal, le Viêt-Nam communiste est à l'origine de la création de l'A.S.E.A.N. en 1967 (Association of South-East Asiatic Nations) dont la vocation est de contenir l’expansion du communisme. Taïwan a vécu jusqu'en 1987 sous le régime de la loi martiale.

    Au total, ces pays ont été des dictatures ou des régimes autoritaires anticommunistes protégés diplomatiquement et militairement par le régime américain : ce fut une garantie pour les investisseurs du monde entier.

Le tableau ci-contre (Le Monde du 3-X-1978) montre que les investissements occidentaux ont débuté à la fin de l'année 1971, soit bien avant le 1er choc pétrolier (1973) qui a joué un rôle d’accélérateur mais pas de déclencheur.

    


2. Le climat politique et les aides indirectes à l'industrialisation

    Ce contexte (pas de syndicat révolutionnaire, pas de droit de grève, pas d’ État-providence, etc…) favorise un laxisme juridique dans deux domaines essentiels.

    a. hors de l'espace social mondial

    La sur-exploitation du travail salarié. Il y a, ici, une imitation du modèle japonais[1] avec sa double structure du monde du travail.

    Concernant Hong Kong, voici ce qu'on pouvait écrire en 1977 :

"il n'existe à Hong Kong ni Sécurité sociale, ni Caisse de retraite, ni allocation de chômage, ni congé de maternité pour les femmes. Le plus souvent, c'est l'initiative privée (associations diverses, sociétés religieuses bouddhistes et chrétiennes, patrons paternalistes) qui pallient l'insuffisance de l'aide publique" et l'auteur d'ajouter : "Malgré leur situation sociale précaire, les gens de Hong Kong sont fort prudents politiquement, ..., un seul sujet est tabou : le remise en cause du statut de colonie. Londres et Pékin étant d'accord pour le maintien du statut quo, la population n'a rien à dire, car elle ne peut rien faire"[2].

    Corée du Sud : pas de droit de grève au départ. En 1970 est appliquée une loi qui impose aux syndicats de ne pas "persécuter" les sociétés étrangères ; la durée du travail peut atteindre 60 heures dans les zones franches (la durée légale étant de 48 h.). Aspect à nuancer (réforme constitutionnelle de 1987), la Corée est devenue le 29° membre de l'O.C.D.E., mais, au départ, cela a aidé au développement des industries. Néanmoins, la Corée du sud fait partie des pays qui refusèrent, en décembre 1996 à Singapour, d'inscrire la "clause sociale" au menu de la première conférence ministérielle de l'OMC. Les cinq éléments de la clause sociale sont l'interdiction du travail forcé, l'exploitation des enfants, la liberté syndicale, la liberté de négociation collective et la non-discrimination des travailleurs.

    Pour ces "dragons", les bas salaires ont été l’avantage comparatif de départ, fondement de leur stratégie d'exportation.

    b. hors de l'espace écologique mondial

    La non prise en compte de l'environnement est une autre similitude avec le mode de développement japonais.

"Dans les villes - de Corée du sud- continuent de s'élever, à côté des gratte-ciel, des quartiers d'habitat contigu, sans espaces verts, mal desservis en voirie, en eau, en égouts, en secours d'incendie"[3]. Les industries nucléaires japonaises ont pu s'installer en Corée du Sud où la pollution est élevée : "le degré de pollution est très élevé ; en effet, la délocalisation d'entreprises polluantes japonaises en Corée, combinée à l'utilisation de matériels de transports urbains non appropriés, rend l'atmosphère difficilement respirable"[4].

    A Taïwan, "les responsables l'admettent volontiers : l'impératif de croissance forcenée a primé, d'où aujourd'hui une situation souvent difficile dans les villes (ordures, eau, bruit, atmosphère), dans les campagnes (rivières, nappes phréatiques) et dans les mers"[5]. Puis, il y eut délocalisation d'activités polluantes de Taïwan en Chine et en RPDC (Corée du Nord).

 

B. LE MODE DE DÉVELOPPEMENT : LE RÔLE DU JAPON

1. le modèle japonais

    Je m'appuie ici sur l'analyse de Georges Corm dont je publie un texte dans la partie "Histoire d'ailleurs", il faut donc en prendre connaissance, obligatoirement. Une première idée du texte de Georges Corm "L’exemple ignoré des processus d’industrialisation du Japon" par Georges CORM  est que le Japon fut, en 1867, un pays en sous-développement relatif par rapport aux occidentaux : il y avait un décalage chronologique par rapport aux pays qui avaient déjà connu leur "take off" (décollage industriel). La situation est donc comparable à celle des ex-colonies du XX° siècle par rapport aux P.D.E.M..

    Le mode japonais de développement, repris par la Corée-du-sud et Taïwan, c'est :

- le développement des campagnes :

- l'alphabétisation puis le développement du système éducatif  (rôle du confucianisme).

La Banque Mondiale a publié en 1993 un rapport The East Asian Miracle (le miracle des pays de l'Est asiatique) pour tirer des leçons valables éventuellement pour d'autres pays [6]. Parmi les aides indirectes à l'industrialisation figure, aspect positif, la place accordée à l'éducation. Ces pays ont développé l'enseignement primaire qui absorbe entre 80 et 90% du budget de l'éducation contre 30 ou 40 en Amérique latine. Cette alphabétisation des campagnes est à relier à l'aide accordée à l'agriculture (création d'un marché intérieur), elle est aussi création d'un terreau pour les innovations artisanales ou industrielles.

- la mobilisation des travailleurs actifs du secteur industriel dans le "learning by doing". Ici se place la "remontée des filières".

- le choix de technologies adaptées ; le "clé en main" fournit par les P.D.E.M. (à la demande souvent des dirigeants du Sud) enfonça le Tiers monde dans la "paresse industrielle"  alors que le "learning by doing" des technologies simples permit, en Asie, le décollage.

- l'innovation dans les créneaux porteurs, (à nuancer pour H.-K.)

- le maintien des solidarités traditionnelles (lignes surlignes en vert)  : il n'y a pas eu de déculturation.

    Évidemment, le texte met en avant les facteurs positifs. Il y en a d'autres plus négatifs qui ont constitué une aide indirecte à l'industrialisation et qui ont été vus précédemment.


2. Les aides directes

1. le rôle de l’État

    Le rapport de la Banque Mondiale (cf. supra) observe que l’État a pesé de tout son poids sur la politique économique suivie : il l'a fait "systématiquement et à travers différents canaux, pour accélérer le développement et, dans certains cas, le développement d'industries spécifiques". Ce rôle de l’État est manifeste dans l'essor du Japon de l'ère Meiji, Japon qui est devenu l’école de ces pays.

    Il faut dire que nous sommes ici dans l'aire de civilisation chinoise et, plus généralement, l'aire de la riziculture irriguée. Cette technique agricole implique une organisation étatique capable de maîtriser un service public de la gestion de l'eau : mise en place et entretien des canalisations, des digues et barrages, des puits, prévention ou règlement des conflits liés à l'utilisation de l'eau etc. ... Très tôt, les civilisations asiatiques ont donc généré un État centralisé et d'autant mieux accepté par les populations que son rôle était indispensable au bon fonctionnement de la vie économique. D'ailleurs, si des inondations venaient démontrer un défaut d'entretien des digues, l'Empereur était considéré comme responsable et destitué ! Tout cela pour dire qu'il existe une culture asiatique de l’État et les populations chinoises en particulier acceptent son rôle d'encadrement.

    Singapour, dont la population est chinoise à 78%, est certainement le cas le plus typique : le premier plan de développement économique est mis en place par les autorités (M. Lee, premier ministre de 1959 à 1990) pour la période 1960-65 (en 1958, la colonie avait obtenu le statut d’État avec autonomie interne et devient indépendante en 1965 -117° État-membre de l'O.N.U.). L'outil est l'"Economic planning board" (E.P.B.). Le plan a deux objectifs selon Lorot & Schwob : industrialisation et croissance des exportations par la vente de produits fabriqués localement. Ce point de vue n'est pas partagé par tous : "Cette planification, contrairement aux plans soviétiques, n'est pas une fin en elle-même ; elle porte davantage sur les contenants (les infrastructures) que sur les contenus : Singapour doit devenir un outil en parfait état de marche, mis à la disposition du capital mondial pour qu'il l'utilise à plein" (Monde Diplo., août 94). Point de vue confirmé à sa manière par le ministre singapourien de l'information qui déclara : "le "socialisme" de Singapour est délibérément un socialisme de l'offre, structuré pour augmenter la production plutôt que la consommation" (source : idem). C'est ainsi que le port est géré par la Port of Singapour Authority. La Neptune Orient Line (NOL) est une compagnie nationale. Singapore Telecom est publique à 89% depuis octobre 1993 (100% auparavant). L'aéroport de Chingi est public. La Bourse également a bénéficié d'un système de cotation entièrement informatisé considéré comme l'un des meilleurs du monde. Au total, le secteur public représente, en cette fin de XX° siècle, 60% de l'activité économique de la cité-Etat. Mais ces sociétés sont gérées selon les critères du secteur privé [7]. Face à une telle qualité de l'offre de services qui joue par ailleurs le rôle de subventions aux entreprises, les sociétés étrangères se sont installées nombreuses à Singapour : on en compte environ 7.000 qui représentent 25% de l'activité du pays. Les entrepreneurs privés locaux se partagent les 15% restants.

    Corée : depuis 1962 (en 1961, un coup d’État militaire porta au pouvoir la junte du général Park), l’État définit des plans quinquennaux et détermine les politiques monétaire et de crédit du pays, à travers, là aussi, de l'"Economic planning Board". On a signalé dans une leçon précédente le protectionnisme dont a bénéficié le pavillon maritime coréen. Le plan quinquennal est contraignant, les finances publiques mises à contribution avec la Korea Development Bank, le partenariat avec le grand patronat très fort (là aussi, modèle japonais). L’État coréen, pour ce qui concerne les investissements étrangers, préfèrent les co-entreprises (joint-venture) page 21.

    Hong-Kong serait une exception à cette règle : Lorot & Schwob parlent de modèle ultra-libéral, cependant l’État prend en charge la construction des infrastructures (Department of Commerce and Industry).

2. Aide aux investissements étrangers

    Cette politique est inspirée de l'exemple irlandais (première zone franche en 1958).

    Taïwan : passage de la politique d'industrialisation par substitution des importations à une politique axée sur la croissance des exportations :

- dévaluation de la monnaie,

- importation en franchise des produits intermédiaires nécessaires à la fabrication des produits exportés,

- taux d'intérêts bonifiés (1957) pour les investissements des entreprises travaillant à l'exportation.

- Création de zones franches à statut privilégié, aménagées à l'usage exclusif des Firmes MN (1966).

    Singapour : définition du statut "d'industrie pionnière" qui donne droit à une exemption de 5 à 10 ans de l'impôt sur les sociétés qui opèrent dans les secteurs de pointe (électronique).

    Corée : loi sur le capital étranger de 1966 promulguée par la junte au pouvoir depuis le coup d’État de 1961. Effectivement, le tableau publié par le Monde en octobre 1978 confirme que le vrai décollage des investissements étrangers en Corée se place à partir de l'année 1967 et fléchit à partir de 1974, après le choc pétrolier, pour reprendre par la suite.

    Les investissements japonais dès la fin 60' marquent le début d'une nouvelle ère.

    A partir de la fin des années soixante, bien avant le premier choc pétrolier donc, les investissements japonais commencent en Corée du sud (Le Monde, 3 octobre 1978). Ces pays entrent dans l'aire d'action des FMN qui cherchent un prix du travail moins cher. Après le "choc", la stratégie industrielle des pays occidentaux est définie officiellement par le président V. Giscard d’Estaing. comme un "redéploiement" : il faut s'adapter à la nouvelle Division Internationale du Travail (DIT) qui fait des pays du "sud" des pays fournisseurs de produits manufacturés incorporant un travail peu qualifié et pas cher. Ces N.P.I. d'Asie ont alors une place de choix dans cette stratégie d'autant qu'eux-mêmes se montrent très accueillants : accession à l'indépendance de Singapour en 1965 ; loi de 1966 en Corée sur les investissements étrangers ; loi de 1966, également, à Taïwan sur les zones franches. Ces zones franches sont souvent maritimes.

 

II. LES N.P.I. ET LE THÈME DE LA MER

A. LA MER ET SES ENJEUX

1. Iles, ports, passages stratégiques

a. Ce sont des pays baignés par la mer.

    Deux des dragons sont des ports : Hong-Kong et Singapour. Taïwan est une île et la Corée du sud aussi ! Puisque elle est limitée au nord par une ligne de démarcation infranchissable tant et si bien que ses échanges ont été obligatoirement maritimes (à l'exception comme toujours du maigre fret aérien). Dans ces conditions ces pays ont profité immédiatement des conséquences et avantages du gigantisme maritime, de la révolution nautique notamment celle du conteneur.Révolution nautique du dernier quart du XX° siècle : Introduction : gigantisme maritime, conteneurisation...

    b. Ce sont par ailleurs des pays très bien placés.

    Globalement, ils sont situés sur les grandes lignes maritimes qui unissent l'Europe à l'Asie orientale. Singapour fut créée par les Anglais parce que c'est un site qui contrôle le détroit de Malacca [8]. L'excellence de sa situation a valu à Singapour d'être choisi comme centre de distribution régional par des FMN comme Caterpillar, Canon, General Motors, Bayer, Black & Decker, Kodack... 700 lignes maritimes font escale et 110 destinations peuvent être atteintes par l'aéroport qui est alors le 5° d'Asie après Tokyo, Séoul, Osaka et Hong Kong. Singapour est un formidable transhipment harbour dont le réseau de distribution va du Pakistan à l'Australie et la Nouvelle-Zélande, le type même du "hub". Sur le croquis ci-dessous, on voit que Singapour importe du pétrole d'Arabie, des E.A.U., du Koweït et d'autres pays d'Asie (Indonésie...) pour le redistribuer sur Hong-Kong, le Japon et autres pays d’Asie (Viet-Nam, Philippines, etc... Pareil pour les conteneurs dont la quantité est, ici, donnée en tonnes et non pas en chiffres d'EVP. 


    Hong Kong est une des portes (gateway dans la jargon maritime) de la Chine continentale à l'arrivée des lignes d'Extrême-Orient qui viennent d'Europe. Quant à Taïwan, elle s'est trouvée sur les lignes maritimes qui relient le Japon au Proche et Moyen Orient.

    Les relations entre l'Australie et le Japon passent ou peuvent passer également par les ports des N.P.I..

c. Le Pacifique n'est plus un obstacle

    Malgré son immense largeur il a pu capter l'appel de trafic exceptionnel qui fut créé par l'économie américaine - cf. cours précédent Création d'une aire du Pacifique à la fin du XX° siècle.- car la révolution nautique a réduit les distances (en temps et en coûts).

   2. La création des Z.I.P.  [9]

    Singapour : Vieille tradition de franchise (exemption de droits d’entrée et de sortie) puisque les Anglais, dès 1819, ont voulu rompre avec la tradition coloniale de l'"exclusif" et ont créé immédiatement un port franc. Mais, après 1969, les sites bénéficiant d'un statut de franchise couvrent pratiquement la plupart des installations portuaires : Jurong (en hausse), Keppel (en baisse, espace consacré au WTC) et Tanjong Pagar (75% des boites), Telok-Ayer, Sembawang -dans le détroit de Johore- et Pasir Panjang (en hausse)), à l'exception de celles du domaine pétrolier. Construction de polders (Pasir Pajang) et d'îles artificielles (Jurong). En matière de technologie portuaire, P.S.A. figure dans le peloton de tête des "World ports" : gestion informatisée des terminaux à conteneurs, système intégré de surveillance du trafic maritime, introduction du système PORTNET avec 1.200 abonnés (fin 93) à la banque de données. Ce sont les investissements invisibles qui permettront à Singapour de rester dans le top10 des ports de la région, face à la concurrence de Hong Kong, Kaoshiung, Port Kelang, Colombo...

    Hong Kong : dès 1841, c'est un port franc, les droits de douanes et d'ancrage ainsi que les taxes portuaires sont supprimées. C'est aujourd'hui, dans son entier, une zone franche géante.

    Taiwan : en 1966, le désir est clair d'imiter Singapour et Hong Kong. C'est la création de Kaoshiung (3° port mondial à conteneurs avec 5 M.EVP) dans le sud de l'île. Puis Taichung et Nantze en 1969 (non Z.I.P.).

    Corée : des Z.I. en nombre important sont réparties sur tout le territoire national. La création de zones franches orientées vers l'exportation, telles que Masan en 1969 (Z.I.P.), a permis d'accroître le poids des investissements directs. (Iri en 1974 et Gumi, non Z.I.P.).

B. DE NOUVELLES THALASSOCRATIES

    L'activité des N.P.I. se manifeste d'abord par leur présence commerciale mais aussi par leurs investissements à l'étranger, beaucoup de sociétés de ces pays étant dotées maintenant d'une capacité de financement. Se souvenir ici du cours sur les conséquences de la maritimisation au niveau des États.

1. Le C.I. et l'aide au démarchage à l'étranger

    Il y a là une imitation des Sogo Soshas japonaises.

    L’E.D.B. de Singapour a installé depuis plus de vingt ans des bureaux sur la côte pacifique américaine, à Melbourne et à Londres. Le cas le plus intéressant à citer semble celui de Taïwan avec le CETDC (China external trade development Council), financé par l’État et les syndicats professionnels. Il possède plus de 35 bureaux à l'étranger qui organisent foires et expositions. L'objectif est de répondre le plus rapidement possible aux nouveaux besoins qui apparaissent chez les pays clients, avec des informateurs qui renseignent les producteurs sur l'évolution du marché (ici également c'est une imitation du modèle japonais). .

    Au total, ces pays sont de puissants exportateurs, base de leur croissance, ce qui ne va pas sans dangers

    - saturation du marché des produits électroniques par exemple

    - utilisation de la clause "super 301" de la loi sur le commerce par les E.-U. (MD janvier 94) [10] à l'encontre de pratiques commerciales jugées "déloyales". En 1989, les "dragons" perdirent le bénéfice du système de préférences généralisées qui accorde des exemptions et des réductions de droits de douanes aux pays du tiers-monde afin de faciliter leur développement. Taiwan dut réévaluer sa monnaie. La Corée dut assouplir ses règles sur les investissements étrangers et augmenter ses importations agricoles d'origine américaine. Cette guerre commerciale fut gagnée par les E.-U. dont le commerce avec la Corée devint excédentaire en 1991.

    La Corée exporte dès lors davantage vers le Sud qu'en direction de l'O.C.D.E. où sa position s'est érodée. "Après avoir progressé de façon spectaculaire, les exportations ont été de plus en plus confrontées à la concurrence des produits de qualité japonaises fabriqués à des coûts chinois par les filiales nippones [11]". On retrouve, ici, la parabole du tigre et de la falaise. De plus, l'appréciation du won d'environ 30% par rapport au yen et la crise du marché des mémoires électroniques (qui représentent 15% des exportations) ont freiné les exportations dont le rythme a brusquement ralenti (+2,5%) alors que les importations progressaient de 15%.

2. Les investissements à l'étranger

    Le développent des quatre Dragons a été tel que ceux-ci sont devenus à leur tour exportateurs de capitaux. Ils exploitent la situation sociale d'autres pays voisins qui ont un niveau de salaire inférieur aux leurs. Ces quatre pays qui sont des "périphéries" pour le Japon , les USA, l'Europe deviennent à leur tour des "centres" pour leur environnement immédiat.C'est ce que montre très bien ce document (source : banques suisses) avec une structure géographique en pyramide.


    Corée du sud : La Corée a plus que d'autres de grands conglomérats. Daewoo : 19°rang mondial des entreprises industrielles en 1995. Sangyong : 60° rang (holding diversifiée). Samsung Electronics : 61°. En 1994, Sunkyong, pétrole, était classé 69°. Actuellement, les délocalisations sont une des "solutions" recherchées par les chaebols au problème de la hausse du coût du travail en Corée du sud. Les autres "solutions" étant le recours à l'immigration (refusée par le gouvernement) et une plus grande flexibilité du marché du travail (liberté de licenciement). Depuis 1991, les coréens investissent davantage à l'étranger que les étrangers n'investissent en Corée : la chaussure et la confection ont déménagé en Indonésie ou en Chine ; l'électronique grand public dans le sud-est asiatique et en Europe.  On peut reprendre, ici, la parabole "des tigres et de la falaise".

    Taïwan investit à Ningpo et Shanghai.

    Hong Kong investit à Yantian (page 64 du texte), Shanghai et Ningpo et Shantou.

    Singapour investit à Dalian et Shanghai (Chine-Pékin), ainsi qu'à Bandar Abbas en Iran.

 

    Bien entendu, tous ces flux financiers s’accompagnent de flux de marchandises (rôle du la révolution nautique), de flux de personnes (transport aérien des dirigeants d’entreprise et de personnels techniques) et de flux d’informations véhiculées par le réseau internet.

     Voici maintenant un document que je suis obligé de vous présenter dans le sens de la longueur et qui est extrait du magazine L'Expansion. Les auteurs ont figuré des vagues chacune portant des pays à un certain niveau de développement. Au sommet avec (à l'époque) un salaire horaire dans l'industrie de $15, on a le Japon, puis arrive la première vague (salaire de $4,5) ce sont les quatre dragons devenus '"donneurs d'ordre", puis la seconde vague, la troisième, etc...








[1] Sur cet aspect voir le livre d'André L'Hénoret, prêtre-ouvrier qui a vécu durant vingt ans la vie quotidienne des ouvriers à Kawasaki, "Le clou qui dépasse", Éditions La Découverte, collection Témoins.

[2] J.R. Bure, "Hong Kong", Seuil éditeur, collection Petite Planète, 1977.

[3] Norman Crosby, article "Corée", Universalia 1975, page 206.

[4] Lorot & Schwob, "Singapour, Taïwan, Hong-Kong, Corée du Sud Les nouveaux conquérants ?" Hatier, Paris, 1986, 154 pages.

[5] "Le Monde diplomatique", janvier 1994, page 25.

[6] Banque Mondiale, "The East Asian Miracle, Economic growth and public", 389 pages, Compte-rendu dans le Monde, 13 octobre 1993.

[7] Dans un discours du 15 octobre 1992, M. Goh déclara : "Un État est semblable à une grosse entreprise. Son produit national brut est l'équivalent de son chiffres d'affaires, et sa population, à celle de ses employés". M.D., août 94, page 25.

[8] Les Japonais ne se trompent pas sur la signification stratégique de Singapour qu'ils bombardent le même jour que Pearl-Harbour (8.XII.41) et dont ils s'emparent en février 1942.

[9] Z.I. = zone industrielle ; Z.I.P. = Zone Industrialo-portuaire.

[10] La clause "super 301" de la législation de 1988 permet au président américain de décider de représailles contre des pratiques commerciales jugées "déloyales".

[11] J.R. Chaponnière, C.N.R.S, Le Monde, 28 janvier 1997.

 


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