Création d'une aire du Pacifique à la fin du XX° siècle.

publié le 1 mars 2014 à 09:54 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 9 déc. 2014 à 01:55 ]

CRÉATION D’UN ESPACE DU PACIFIQUE A LA FIN DU XX° SIÈCLE

PLAN

 

I. LES FLUX DE LA ZONE PACIFIQUE

A. VERS UNE UNION ÉCONOMIQUE DU PACIFIQUE ?

1. flux transocéaniques

                    -marchandise

                    -hors marchandises

2. L'A.P.E.C.

B. LES ÉCHANGES A L’INTÉRIEUR DE LA ZONE ASIE ORIENTALE

1. Les flux de marchandises

2. Les flux de capitaux

 

II. LES DYNAMIQUES SPATIALES

A. LA FAÇADE PACIFIQUE DE L' AMÉRIQUE DU NORD

1. Longtemps un "finisterre"

2. Son intégration dans le système péri-Pacifique

B. LA FAÇADE ASIATIQUE

1. Le schéma "centre-périphérie" appliqué aux relations nippo-asiatiques.

2. Structures pyramidales : les sous-ensembles régionaux

***


   D'abord, un document tiré du Bilan éco & soc du MONDE de 1989. En 25 ans, les choses ont changé. En 1963, le monde est encore polarisé par les États-Unis. C'est l'Atlantique-Nord qui est le cœur du système. 25 ans après, Les flux transatlantiques ont fortement baissé (en valeur relative). Surlignés sont les flux qui ont été bouleversés. Notez l'importance des flèches entre Japon et Asie. 




 L'aire pacifique est à la fin du XX° siècle un espace commercial animé de flux commerciaux et financiers en augmentation constante, avec un taux supérieur à la moyenne mondiale. Ce n'est pas une zone de libre-échange encore moins une union douanière. Mis à part quelques flux secondaires (Océanie-Amérique du nord ; Japon-Russie), cet espace est marqué par l'ampleur des échanges trans-océaniques et des échanges intra-asiatiques. L'aspect dominant à cette période est même la croissance extrêmement élevée des échanges entre les pays de l'Asie orientale. Ces flux ont bien évidemment des conséquences géographiques sur les littoraux et font sentir leurs effets jusqu'à l'intérieur des continents.

 

I. LES FLUX DE LA ZONE PACIFIQUE

 

    Depuis les années soixante, le commerce mondial, les flux du commerce mondial se sont modifiés : alors que le planisphère de 1963 montre des courants commerciaux essentiellement européens et transatlantiques, celui d'aujourd'hui indique un basculement en faveur du Pacifique et de l'Asie.

    Les principaux flux mondiaux de conteneurs, indicateur essentiel, sont les suivants (en millions d’EVP) :

- flux transpacifiques : 6 en 1991, 7 en 1994, 7,5 en 1995

- flux nord-atlantiques : 2,6 en 1991, 3 en 1994, 3 en 95

- flux intra-asiatiques : 3 en 1991, 5 en 1994, 6,7 en 95

- flux Europe - Extrême-Orient : 3,5 en 1991, 4,5 en 1995, 4,9 en 95.

    Concernant le Pacifique, on a donc (7,5 + 6,7 + 4,9 =) 19,1 M.EVP transportés sur toutes les routes maritimes de la région soit par les lignes transocéaniques qui desservent les ports en direct ou en service feeder, soit par les lignes régionales qui se sont beaucoup développées et qui alignent de plus en plus de bâtiments modernes de 200 EVP. Les Pays en voie de développement  de la région Asie-orientale (considérés comme tels par la Banque Mondiale, c'est-à-dire que cet ensemble comprend le Pacifique occidental moins le Japon et les N.P.I.1 [1] mais avec la Chine -qui n’a pas alors la place qu’elle tient en 2014-) ont le rythme de croissance des exportations le plus rapide du monde : 222 milliards de dollars en 1990 et 567 en 1995  soit + 31% par an !

    Pour présenter la géographie des flux qui parcourent la zone Pacifique, il importe d'avoir à l'esprit les relations financières complexes qui sont établies entre les divers pays. Par exemple, un nouveau "commerce triangulaire" est apparu dans cette région du monde. Ainsi, les N.P.I. sont de très gros fournisseurs des États-Unis, mais beaucoup de produits élaborés par les "dragons" le sont à partir de biens intermédiaires fournis par le Japon. Si bien que le commerce extérieur de ces pays alimente en dernier ressort la balance commerciale du Japon. C'est ce que l'on peut lire à travers les statistiques.

 A. VERS UNE UNION ÉCONOMIQUE DU PACIFIQUE ?

    Les flux trans-pacifiques s'appuient sur des potentiels très importants.

    A l'est : on a, d'abord, deux membres du G7 : les États-Unis et le Canada, membres de la "Triade". On a ensuite un pays émergent, le Mexique. Le Chili se présente comme un pays au commerce extérieur dynamique, candidat à l'adhésion à l'ALENA. Canada et États-Unis sont non seulement de gros consommateurs, mais ils sont fournisseurs de produits de base (filière bois et céréales), en plus de leurs produits industriels.

    A l'ouest : l'éventail est plus large. D'abord, le Japon : G7, membre de la "Triade". Ensuite, les N.P.I. 1sous le feu des Dragons : les nouveaux pays industrialisés d'Asie (NPI1), les N.P.I. 2 qui sont membres de l'ASEAN. La Chine est évidemment le pays émergent qui sollicitent le plus les investisseurs. L'Océanie joue un rôle moindre quoique l'Australie et la Nouvelle-Zélande figurent parmi les pays développés de l'OCDE. Mais le commerce extérieur de l'Australie n'est guère que la moitié de celui de la Corée du sud. C'est néanmoins un gros fournisseur de produits de base donc de flux massifs (charbon, laine, blé...), la Nouvelle-Zélande fournissant, quant à elle, du bois, des produits d'élevage (viande et lait). Enfin, on ne saurait omettre l'Extrême-Orient russe et la Yakoutie (Sakha) qui se placent comme fournisseurs de produits de base et qui apparaissent aux yeux de certains comme un nouvel "Eldorado".

    Au total, on a là tous les éléments du dynamisme : pays consommateurs, pays financiers, producteurs de matières premières et de sources d'énergie, bassins de main-d'œuvre.

    1. Les flux transocéaniques

a. les flux de marchandises

1. Les relations Japon - États-Unis

    Les États-Unis sont à cette période les premiers fournisseurs et premiers clients du Japon. L'excédent commercial a été particulièrement accru pendant les années quatre-vingt en rapport avec la politique américaine reaganienne d'endettement et de déficits (commercial et budgétaire). Dans le sens westbound, on relève des flux de céréales de la Prairie américaine, des produits alimentaires plus ou moins élaborés comme les poissons de l'Alaska et les viandes, des produits miniers des Montagnes Rocheuses, les produits de la filière forestière (pâte à papier et papier des États du Washington et de l'Oregon). Les ports de Seattle-Tacoma et Portland sont les points de sortie de ces produits. Les ports de Californie ont une structure de trafic plus complexe : le "Golden State" ayant une industrie plus fine (pièces détachées pour l'aéronautique, par exemple).

    Le Japon fournit les États-Unis en produits manufacturés de toute sorte. La structure de son commerce extérieur est le type même de celle d'un pays industrialisé.

    En tant que fournisseur du Japon, le Canada se place comme concurrent des États-Unis pour les produits de base et Vancouver est alors très bien placé.

        2. Les États-Unis et les N.P.I.

    Les États-Unis représentent 18,8% des exportations de Singapour. Environ 20% des exportations de la Malaisie et de celles de l'Indonésie. Environ le quart des exportations de Hongkong, de la Corée du sud et de Taiwan (27%) sont dirigées vers les Etats-Unis.

    Concernant les importations, les Etats-Unis sont gros fournisseurs de Taïwan (22%) et de la Corée (22%). La Chine apparaît dans les flux transpacifiques avec 12,3% de ses achats aux Etats-Unis. Débuts prometteurs.

    Globalement, il y a déficit des Etats-Unis ce qui est source de flux financiers importants dans le sens ouest-est. Comprendre : la balance commerciale excédentaire des pays d’Asie leur fournit un capital qu’ils investissent aux États-Unis (achat de bons du Trésor américains, for instance) cf. infra. 

b. Les flux hors marchandises :

 Les flux de personnes (tels que l'indique le trafic des aéroports) : Los Angeles (60 millions de passagers, 6°), San Francisco (36 M. 10°), Seattle (23M. 28°). Vancouver est le second aéroport du Canada (10M). Honolulu 25° (haut lieu de l'investissement touristique japonais). A l'ouest de l'océan, Tokyo est le 4° hub aéroportuaire mondial avec 70M, Séoul 14°, Osaka 15°, Hong Kong 17°, Singapour 26° précède Bangkok 27°. Les Canadiens d’implantation ancienne, à Vancouver, appellent "astronautes" les nouveaux naturalisés d'origine Hongkongaise qui installent femme et enfants en Colombie-Britannique et font des allers-et-retours incessants vers l'autre rive du Pacifique pour gérer l'entreprise dont ils continuent de s'occuper.

Il ne faut pas négliger les courants migratoires. L'immigration asiatique aux Etats-Unis est passée de :

- 445.000 soit 13,4% durant les années 60 à

- 1.634.000 soit 36,4% pendant les années 70 à

- 2.817.000 soit 38,4% durant les années 80.

    Beaucoup se fixent en Californie. La diaspora joue un rôle économique important. EVERGREEEN s'est appuyée sur les Américains d'origine chinoise de Californie pour mettre en place son service "Autour du monde".

Flux téléphoniques, le câble (flux d’informations) : La polarisation des flux téléphoniques témoigne elle aussi des liens tissés directement entre les hommes. De surcroît, ces flux bénéficient de la mise en place récente de vastes réseaux sous-marins câblés en fibre optique : États-Unis - Honolulu - Japon en 1988 ; Guam (îles Marianne) - Philippines - Taïwan en 1990 ; Hong Kong - Taïwan en 1990 ainsi que H.-K. - Japon - Corée la même année.

    Dans les années 90', les principaux correspondants de la Corée du Sud étaient, dans l’ordre, le Japon, les Etats-Unis et Hong-Kong. Pour le Japon : USA, Corée du sud, Taïwan. Pour Taïwan : Japon, USA et Hong-Kong.

Flux de capitaux : Honolulu est à l'Asie ce que Miami est à l'Amérique latine. Mais, plus fondamentalement, les années 80' ont vu se faire face, d'une part, une zone disposant de capacités de financement élevées et, d'autre part, les Etats-Unis engagés dans une politique d'endettement. C'est ainsi que les Japonais ont couvert le tiers du déficit budgétaire américain en souscrivant massivement aux Bons du Trésor émis par le gouvernement fédéral à Washington. Puis, les investissements se sont portés sur l'immobilier et ensuite l'économie (automobile, services...). Le Japon est ainsi devenu en moins d'une décennie le second investisseur étranger aux États-Unis. La localisation géographique de ces investissements est centrée sur la Californie et la province canadienne de Colombie britannique. Sur les 170 banques étrangères présentes en Californie, 72 viennent du Pacifique : 35 du Japon, 12 de Hong Kong, 11 des Philippines, 8 de Corée et 6 de Chine populaire.

    Ainsi, la dynamique régionale se construit-elle sur des échanges extrêmement denses, à travers un espace maritime fonctionnellement transformé en "mer intérieure" du système régional intégré. Les pays libéralistes occidentaux voudraient accentuer cette intégration économique régionale.

    2. L'APEC (coopération économique Asie-Pacifique)

    Ces solidarités matérielles ont été prises en compte par les décideurs pour créer une organisation internationale gouvernementale : l'APEC. Au départ, il ne s'agissait que d'une conférence interministérielle pour promouvoir la libéralisation des échanges intra-zones à l'initiative de l'Australie en novembre 1989. Puis, la conférence s'est transformée en "coopération". (De Asia-Pacific economic conference à Asia-Pacific economic cooperation).

En sont membres : l'ASEAN, l'ANZUS, l'ALENA, les "trois" Chine [2], Corée du sud, Japon, Papouasie-Nouvelle-Guinée, Chili.

    Le "forum" se réunit régulièrement : à Osaka en novembre 1995, la volonté américaine d'élargir la mission de l'APEC aux questions de sécurité a été repoussée. L'idée était de construire une zone de libre-échange d'ici à 2010 ou 2020 mais les politiques de "protectionnisme éducateur" sont encore très vivaces et la Malaisie a été le fer de lance des pays asiatiques de l'APEC qui refusèrent d'accepter des mesures contraignantes de libéralisation. Le Japon a même dû déclarer - lui qui a construit son industrie à l'abri de barrières protectionnistes - que : "l'APEC ne doit pas seulement avoir pour objectif la libéralisation des marchés mais promouvoir une assistance technique qui facilitera cette libéralisation en contribuant au développement des pays les moins riches" [3]. Ce fut un échec diplomatique pour les États-Unis car la "voie asiatique" a triomphé.

     La zone pacifique n'est encore pas construite. Le sera-t-elle jamais ? The Indonesia Times se faisait l’écho des craintes de la Chine à l'égard de l'ALENA. D'ailleurs, un banquier américain déclarait : "Au lieu d'acheter certains produits en Corée, nous les achèterons au Mexique, une fois les tarifs douaniers supprimés...". L’ALENA apparaît ainsi comme un instrument de pression sur les autres pays de l'APEC, comme d'ailleurs l'APEC est, dans l'esprit des Américains, un instrument de pression sur l'Union Européenne. A cela s'ajoutent les inimitiés aggravées par la WWII, les revendications territoriales... (Voir aussi le Monde diplomatique de janvier 1994).

 

B. LES ÉCHANGES A L’INTÉRIEUR DE LA ZONE ASIE ORIENTALE

    Ces flux intra-asiatiques sont très importants pour l'analyse. Ici aussi, la complémentarité des économies régionales génératrices de flux a été relayée par des investissements financiers (essentiellement de la part des FMN japonaises) alimentant des flux intra-firmes.  et rappeler les flux téléphoniques.

    1. Les flux de marchandises

a. Les conteneurs (tableau fourni par "K" Line, compagnie japonaise) :

    Voir le tableau intégral en annexe.    

    Plus de 30 compagnies maritimes œuvrent dans cette région du monde. Elles se partagent un marché - celui du trafic conteneurisé intra-asiatique - qui augmente de 15% par an depuis 1987 pour atteindre 3 M.EVP en 1991 et environ 5 M.EVP en 1994. Le Japon est de loin le premier pays générateur d'appels de trafics : 1.698.000 EVP soit 28,5% de ce trafic intra-asiatique.

Hong Kong : 292 + 688 = 980 = 16,47%

Taiwan : 610 + 365 = 975 = 16,38%

Corée : 426 + 229 = 656000 = 11%

Singapour : 224 + 261 = 485 = 8,2%

Thaïlande : 237 + 202 = 439 = 7,4%

Indonésie : 145 + 155 = 300 = 5%

Malaisie : 119 + 141 = 260 = 4,4%

Philippines : 47 + 109 = 156 = 2,6%

    La modestie relative du score de Singapour est à relever. Cela signifie que les statistiques concernent uniquement les conteneurs empotés et dépotés dans le pays indiqué, c'est-à-dire que tout trafic de transit est exclu de ces statistiques.

- les principaux importateurs sont :

    Le Japon, Hong Kong. Hong Kong achète surtout au Japon, Corée et Taïwan : flux de biens d'équipement.

- Concernant les exportations, on constate que l’Indonésie et la Thaïlande vendent pour moitié au Japon : flux de biens de consommation.

        b. Le Japon et la Chine

    La Chine a pour premier client le Japon (17,8% de ses exportations en 1995) qui est également son premier fournisseur (23,1% de ses importations). Les deux pays à cette période ont une complémentarité "évidente" ; mais les problèmes politiques ont longtemps été un frein aux échanges et n'ont d'ailleurs pas disparus. Le cabotage est, ici, la technique maritime la plus utilisée.

    Une autre complémentarité apparaît : celle entre la Russie d'Extrême-Orient et le même Japon.

    2. Les flux de capitaux

    Ces échanges internes à la région s'expliquent par le fait que les pays industrialisés (Japon et N.P.I.1) ont partiellement délocalisé leur production dans des pays à bas niveau de salaires, ce qui engendre un trafic nord-sud à double sens. Vers le sud (N.P.I. 2) : flux de biens d'équipement ; vers le nord : flux de produits finis. Ces échanges se superposent à ceux, devenus traditionnels, entre le Japon et les N.P.I.1. Ces investissements directs visent également à s'établir à l'intérieur de vastes zones de consommation potentielle (Chine, ASEAN).

    a. Les enjeux

    Le premier ministre en exercice de Singapour (M. Goh, 1993) décrivit ainsi la situation de son pays, analyse qui peut être étendue aux autres "dragons" : "Nous sommes comme quelqu'un qui est poursuivi par des tigres et qui a une falaise devant lui. Les tigres se rapprochent à toute vitesse et la falaise est difficile à escalader. Les tigres sont les économies dynamiques de la Thaïlande, de la Malaisie, de l'Indonésie et de la Chine. La falaise est le formidable défi posé par les économies développées"[4]. Cette parabole est confirmée, à son niveau, par le Japonais Uno, ancien président du patronat du Kansaï : "il faut impérativement qu'Osaka se réoriente vers de nouvelles productions - semi-conducteurs, céramique, biotechnologies - et développe le secteur de la recherche afin de ne pas être en compétition avec les N.P.I. de la région" (Le Monde, 17.XI.95). Les parades à cette concurrence ne peuvent être que le recours à la plus haute technologie possible. C'est ainsi que, concernant le Japon, dans les domaines de l'informatique, électronique et télécommunications des liens ont été noués entre TOSHIBA, IBM et APPLE pour une collaboration afin de mettre au point un système multimédia alors que FUJITSU et NEC, pour leur part, collaboraient avec MICROSOFT.

    Mais en attendant les résultats de ces recherches, l'investissement extérieur pour exploiter des gisements de main-d'œuvre meilleur marché ou pour obtenir dans les espaces économiques émergents des taux de rentabilité plus élevés sont une solution immédiate. Ces politiques sont donc génératrices de deux types de localisations industrielles : industries de la 3°R.I. au Japon et N.P.I.1, industries de main-d'œuvre, de biens de consommation dans les N.P.I.2.

    b. Les flux financiers

    Les flux financiers débutèrent dès avant le premier choc pétrolier ; Ils seront présentés dans la leçon sur les N.P.I.1.

    Ils furent accentués après les problèmes monétaires des années 80': Washington voulant freiner la détérioration de ses échanges avec le Japon, contraignit Tokyo, lors de l'accord du Plazza de 1985, à une appréciation du yen par rapport au dollar. Leurs exportations perdant ainsi de la compétitivité, les Japonais cherchèrent à abaisser le coût de leurs produits et délocalisèrent encore plus leurs activités de main-d'œuvre vers des zones à bas salaires. "Entre 1985 et 1993, les Japonais ont ainsi investi 62 milliards de dollars dans la zone Asie-Pacifique : un des flux financiers les plus massifs et rapides en direction du tiers-monde de l'histoire contemporaine[5]". En quelques années, la région a été intégrée à l'économie japonaise. La délocalisation de l'automobile et de l'électronique fut suivie par celle de firmes japonaises de plus petite taille qui fournissent des pièces détachées et des composants aux grosses compagnies. Les filiales nippones installées dans les N.P.I. 1 et N.P.I. 2 y importent des équipements modernes provenant des maisons-mères. Ces flux traduisent le quasi monopole du Japon dans les secteurs à haute technologie. Fondée sur l'intégration et la subordination, cette évolution a crée des excédents commerciaux forts en faveur du Japon.

 

    En conclusion, le poids croissant de l'Asie ne s'explique que partiellement par la division internationale du travail (D.I.T.) entre elle et les pays de l'OCDE.

    D'abord, il reflète le développement de la zone et son différentiel de croissance positif vis-à-vis du reste du monde (+14,5% de croissance du volume des exportations de marchandises en 1995, pour l'Asie de l'Est - tigres plus dragons- contre une moyenne mondiale de +8%). La croissance des exportations est portée par la diversification de l'offre locale et le maintien d'un haut niveau d'investissements tire parallèlement le besoin d'importations.

    Ensuite, "un bon indicateur de la transformation structurelle des économies asiatiques est donnée par le poids des flux commerciaux internes à la région, désormais équivalent aux échanges avec les pays industrialisés (le Japon étant compris parmi ces derniers). Cette situation tranche avec celle qui prévaut dans le reste du monde en développement et dans l'Europe en transition, dont les échanges internes sont bien inférieurs aux échanges avec les pays industrialisés. Cet essor du commerce régional est révélateur de la diversification de l'offre locale et de sa capacité à répondre aux besoins du marché" [6].


 II. LES DYNAMIQUES SPATIALES

    Les conséquences géographiques de ces flux sont observables sur toutes les façades de l'océan Pacifique. Le Mexique lui-même a pu développer sa façade occidentale jusque là délaissée. Alors que la façade occidentale de l'Amérique se tourne délibérément vers l'Asie, le Japon et les N.P.I.1 polarisent de plus en plus leur espace selon des schémas "centre-périphérie" qui s'enchevêtrent.

A. LA FAÇADE PACIFIQUE DE L'AMERIQUE DU NORD

    La conquête du littoral pacifique a marqué la fin de la "frontière" en Amérique anglo-saxonne. Aujourd'hui, avec l'impact des flux transocéaniques, cette façade est la plus dynamique des Etats-Unis.

1. Longtemps un "finis-terre"

    La façade pacifique de l'Amérique du Nord est initialement perçue par les Canadiens comme par les États-uniens comme un "finisterre" dont le contrôle symbolise l'achèvement de la conquête du continent. Plus qu'une ouverture sur un océan, ce littoral était une frontière naturelle protégée sur ses flancs-gardes par Hawaï et l'Alaska, d'abord face aux Japonais, puis, après 1945, face aux Soviétiques.    Après l'annexion des territoires de la façade pacifique et la construction des grands chemins de fer transcontinentaux, les ports de la côte (San Diego, San Francisco, Seattle) sont des "bouts du monde" dont l'horizon est plus continental que maritime. Il en va de même pour Vancouver relié au Canada laurentien par une double voie ferrée.

"La Colombie-Britannique s'est toujours sentie séparée du reste du Canada, sans doute à cause des Rocheuses. Il y a trente ans, personne ne nous connaissait. A Ottawa et à Toronto, les gens avaient du mal à nous placer sur une carte. Ils savaient seulement qu'ici, il y avait la mer et la montagne, que c'était la "dernière étape", la "dernière frontière", l'"Ouest sauvage" où venaient les gens un peu bizarres, qui s'arrêtaient ici parce qu'ils ne pouvaient pas aller plus loin et que le climat y était plus doux qu'ailleurs" (le Monde Diplomatique, août 96, page 12, citant une journaliste - historienne de Vancouver).

    La vie maritime de ces ports se limite alors au service de bases arrière du colonialisme américain (colonialisme présent à Hawaï, Philippines) et d'ailleurs l'ouverture du canal de Panama fait de la façade atlantique des Etats-Unis leur véritable avant-pays.

Sur le tableau ci-dessous, le commerce états-uniens via la façade pacifique est passé, en 20 ans, de 13,4 $milliards à 220,3 $Mds (compte non tenu de l'inflation) et la gateway de Los Angeles y figure pour presque 45%.

2. Son intégration dans le système péri-Pacifique

    La façade pacifique est devenue la première des Etats-Unis : elle assure 28,4 % des échanges maritimes du pays en 1989, au lieu de 17,4 % vingt ans plus tôt. Elle a ravi la première place à la façade de la Mégalopolis. C'est la première "porte" (Gateway) pour les exportations (plus de 30,3% au lieu de 18,1) en rapport avec le dynamisme des pays asiatiques. Mais c'est surtout aux importations qu'elle a progressé, passant de 16,6 à 27,1 % alors que la Mégalopolis s'effondrait : il y a à cela plusieurs raisons dont une est à souligner : le "jeu" des façades et la concurrence du chemin de fer dans le service de la côte atlantique depuis les ports du Pacifique qui sont les terminaux des lignes maritimes de conteneurs (double-stack rail-road) [7].

   

Source : Information géographique, 1992 (G. Dorel). NB. Les deux ports sont financièrement distincts, ils publient des bilans séparés. Mais pour le géographe, ils forment un ensemble et il convient d'additionner leurs chiffres pour mesurer l'ampleur de cette nouvelle gateway des États-Unis.

    Les organismes portuaires sont nombreux et actifs : Long Beach : 87 Mt, L.A. : 65 Mt., 5 M.EVP à eux deux en 1994, (les deux ports sont nettement importateurs dans le rapport 70 pour 30 aux X.). Ces deux ports coordonnent leurs investissements et gagnent maintenant sur la mer. Oakland : 18 Mt dont 1,5 M.EVP en 1994, Seattle + Tacoma : 11,6 (dont 1,4 M.EVP en 94 pour Seattle) + 10,4 Mt soit 23,6 dont 15,8 aux X. soit 67%). Au Canada : Vancouver (67,6 Mt dont 61,2 aux X (soit 90%)).

    De Vancouver à San Diego-Tijuana, de grandes agglomérations se succèdent (dont Seattle-Tacoma, Portland, San Francisco, Los Angeles) caractérisées par :

- un taux élevé de croissance

- une industrie diversifiée depuis les industries manufacturières jusqu'à la haute technologie

- une économie de services développée

- une économie extravertie qui s'appuie sur des infrastructures performantes : ports maritimes, aéroports, télétransmissions...

- des villes d'accueil pour les entreprises étrangères

- des villes cosmopolites.

En 20 ans, la façade pacifique est passée de la 3° à la 1ère place. (ci-contre)

    Autrement dit, nous avons là une interface - concept de base de l'organisation de l'espace -, une des interfaces principales du système géographique mondial contemporain. Une interface est une ligne de contact entre deux domaines différents qui échangent, entre des potentiels générateurs de flux qui transitent par des passages obligés : les villes équipées en ports et aéroports qui sont les nœuds du système - comme le sont les synapses pour le système nerveux (G.Dorel)-. Ces flux transitent mais aussi se transforment, qu'ils soient matériels ou immatériels.


B. LA FAÇADE ASIATIQUE du PACIFIQUE

    1. Le schéma "centre-périphérie" appliqué aux relations nippo-asiatiques.

  

 Je présente la région d’Osaka, moins connue que celle de Tokyo.

    a. Le cas d'Osaka : région "centrale"

    Le PNB de la région d'Osaka -20 Mhab.- est légèrement supérieur à celui du Canada. C'est une métropole qui est résolument tournée vers l'Asie du sud-est et la Chine. En 1994, ses exportations étaient à 52% dirigées vers l'Asie (39% pour l'ensemble du Japon) et ses importations en provenaient pour 47% (Japon : 34,7%). En 1994, a été inauguré un Asian Trade Center (ATC) qui prolonge une ancienne tradition d'ouverture : jadis point d'arrivée d'une route de la soie qui venait de Chine via la péninsule coréenne, Osaka et Kobé possèdent des minorités de peuplement d'origine respectivement coréenne et chinoise. C'est une ville où les ressortissants des autres pays de la région se sentent plus à l'aise que dans le reste du Japon. Ces connivences culturelles qui font que les liens personnels jouent un rôle déterminant dans la conclusion des contrats commerciaux expliquent que les firmes taïwanaises sont les plus nombreuses à être installées dans l'ATC. Outre le port maritime qui manipule 95 Mt, les échanges extérieurs sont assurés par un aéroport très important (15° mondial, 30 M. de passagers) dont un nouveau poste d'atterrissage a été construit sur une île artificielle. L'association des banquiers du Kansaï a passé un accord de coopération avec son homologue de Shanghai.

    b. Les investissements japonais en Asie du sud-est

    Ces investissements sont, par exemple, à l'origine de l'émergence des industries automobiles coréenne surtout et malaisienne depuis peu.

    La Corée a produit 2,7 millions de véhicules en 1995. Mais, l'Excel, voiture coréenne fabriquée par Hyundai, a un moteur et un système de transmission de Mitsubishi. Les exemples sont multiples : Kia dépend de la technologie de Mazda, Daewoo de Suzuki et Honda, Samsung a signé un accord de transfert de technologie avec Nissan en avril 94. Autre exemple non automobile : les composants nippons qui entrent dans la construction des téléviseurs coréens représentent 85% de la valeur de ces derniers. Si bien que "plus la Corée exporte, plus elle tombe sous la dépendance du Japon" a pu écrire A. Gauthier, auteur de "Les pays-ateliers d'Extrême-Orient" (Bréal, 1981).

    Cet aspect des choses est général à l'Asie pacifique. Il faut savoir que la Malaisie qui a produit 250.000 véhicules en 1995 fabrique sa célèbre Proton avec Mitsubishi qui détient 17 % des parts de la société Proton et un modèle Proton utilisait en janvier 96 30 % de pièces importées. Un économiste malaisien résume cette situation pour son pays : "Le Japon était censé être le moteur de la croissance. Mais au lieu que s'enrichisse la Malaisie, c'est elle qui enrichit le Japon" (M.D. Janvier 1994). Propos à nuancer car la Malaisie a tout de même augmenté son revenu par habitant.

c. Le Japon en Chine

    Les investissements japonais se font prioritairement dans le nord de la Chine. Le port de Tianjin a une zone franche qui a reçu des établissements de construction automobile, électronique vidéo grand public (Sharp) et commutateurs numériques (NEC). Le port de Dalian est également très sollicité (port en eaux profondes, libre de glace toute l'année, débouché de la province industrialisée du Liaoning, très bien relié à Pékin).


2. les structures pyramidales : les sous-ensembles régionaux.

    Les N.P.I. 1 - les Dragons- et la polarisation de leur espace : ces sous-ensembles sont au nombre de trois. Mais le Japon, outre son rôle régional à l'échelle asiatique, joue également un rôle "local" en quelque sorte. Carte extraite de L'EXPANSION Nov-Déc. 1992.

a. La zone de l'Asie du nord-est

    Elle comprend le Japon, les Corée, l'Extrême-Orient russe, la Mandchourie et le "sous-ensemble" de la Mer Jaune. A été évoquée précédemment la relation Japon - Chine.

    1. Corée du sud - Chine septentrionale ou zone de la Mer Jaune

    Reprise des relations diplomatiques le 24 août 1992. Mise en place de vols directs entre Séoul et Pékin. Point d'appui : deux millions de chinois d'origine coréenne répartis dans les trois provinces du nord (ancienne Mandchourie) : Heilongjiang, Jilin et Liaoning.

    En Corée, les salaires sont devenus plus élevés que naguère : pénurie de main-d'œuvre, actions syndicales menées depuis les événements de 1987. Aujourd'hui, c'est le second rang derrière le Japon avec Singapour en termes de coûts. Conclusion : la concurrence des pays N.P.I. 2 dans les industries de main d'œuvre se fait vive (textile, chaussure). L'avantage de coût se réduisant et "l'industrie coréenne n'ayant pas assez investi en Recherche-Développement", les produits coréens sont redevenus des produits de qualité moyenne à la technologie dépassée. La Corée est soumise à des contraintes structurelles : niveaux excessifs des taux d'intérêts (pour combattre l'inflation), dispersion des chaebols dans de trop nombreux secteurs industriels (5 constructeurs automobiles par exemple), dépendance technologique à l'égard du Japon, insuffisance des infrastructures de transports. En attendant l'"ajustement structurel", les industriels coréens, dont on sait qu'ils sont majoritairement structurés en conglomérats, se sont mis en quête de la main d'œuvre docile qui leur manque.

   

D'où les investissements en Chine proche, notamment la "troisième Corée"("Le Monde" du 26 décembre 1996), dans la province de Jilin : textile, chaussure, industrie alimentaire (sucre : Samsung), pharmacie. Mais aussi industrie lourde : complexe chimique Samsung, charbon. Investissements dans les ports maritimes de la Mer Jaune. Investissements touristiques à Yanji (Daewoo), près du mont Paekdu, montagne sacrée censée être le berceau du peuple coréen.

    La Chine-Pékin est devenue le 3° partenaire commercial de la Corée du sud (fin du XX) siècle).

    2. L'intégration de l'Extrême-Orient russe

    L'Union Soviétique avait déjà créé sa façade maritime d'Extrême-Orient avec les ports de Nakhodka et Vostoschnii où les Japonais ont fait des investissements et qui sert d'exutoire aux produits de base extraits dans la riche Sibérie. Il faut mentionner également le rôle du transcontinental SEA-LAND qui fait transiter des conteneurs depuis la façade pacifique jusqu'à la Russie d'Europe.

    Entre Chinois et russes, on échange textile et engrais, Nakhodka sert aux exportations chinoises évitant ainsi un détour de 1000 km par Dalian.

    A cela, il faut ajouter les accords permettant aux Coréens d'exploiter les immenses réserves halieutiques de la mer d'Okhotsk, aux Japonais d'exploiter les pétroles et gaz off-shore des Sakhalines avec l'américain Exxon. Dans ce pays sous-peuplé (8 Mhab, 2,8% de la population de l'ex-URSS) mais au potentiel inouï ("nous marchons sur de l'or mais nous ne sommes pas encore riches"), le "triangle" est fait des immigrés chinois de Jilin et Coréens du nord (17.000 immigrés dans le district de Khabarovsk) et des capitaux japonais. On peut craindre une démarche prédatrice venant du Japon ou de la Corée du sud. Niigata (500.000 hab.) est la capitale de cette "zone économique de la mer du Japon" qui est en gestation. Point de départ vers la Corée après la construction du chemin de fer Tokyo-Niigata, elle possède aujourd'hui un aéroport international avec des lignes régulières sur Khabarovsk[8]et Séoul, si bien que les sud-coréens passent par Niigata pour rejoindre l'Extrême-Orient russe. 

    3. Les prémisses de l'intégration nord-coréenne ?

    Lire la carte de localisation en annexe. Le fleuve Tioumen fait la frontière entre la Corée du nord et la Russie sur quelques kilomètres. A l'amont, il est frontière entre la Corée du nord et la Chine. Là, le PNUD et l'ONUDI ont projeté de construire une vaste Z.I.P. pour l'industrialisation de la région qui intègre une partie de la province chinoise de Jilin, de la région frontalière russe de Primosky et Rajin-Sonbong. La Corée du nord a fait de Rajin-Sonbong la première Z.E.S. du pays en 1991. Déjà, l'estuaire sert au ravitaillement de la Chine -Jilin - grâce à des porte-conteneurs venus de Pusan. Les investisseurs sont des chinois des "trois Chine", des Coréens, mais l'objectif est de faire venir des industriels du monde entier. Il y avait un projet de création d'un port international russe, financé par les Japonais et les Sud-Coréens, en négociation.

b. Hong Kong, Taïwan - Chine méridionale

    La Chine méridionale connaît durant notre période une expansion sans équivalent au monde : de 20 à 30% par an depuis 1988. Une date décisive : en 1987, Taïwan lève l'interdiction de voyager et d'investir sur le continent. C'est le début de la "fièvre du continent". Les flux se dirigent de préférence vers le Fujian, terre d'émigration traditionnelle des Chinois vers l'est et vers Taïwan en particulier : en Fujian et à Taïwan on parle le même dialecte. Outre les très importants investissements dans le tourisme, les Taïwanais investissent dans le textile, l'électronique, les services et la distribution. Une source officielle taïwanaise estime à 2,4 millions le nombre de salariés travaillant "de l'autre côté" pour les quelque 12 à 13.000 firmes insulaires qui y ont investi ou qui s'y sont délocalisées purement et simplement (salaires sept fois moindres, pollution exportable, pénurie de main-d'œuvre à Taïwan...)[9].

    Les entreprises du territoire de Hong-Kong contrôlent en cette fin du XX° siècle 75% des investissements "étrangers" en Chine soit 36 milliards de dollars en août 94 (le retour à la Chine-Pékin date de 1997). La grande majorité de ces mises de fonds se situent dans la province de Guangdong où quelque 35.000 firmes du territoire emploient plus de 3 millions d'ouvriers. Les trois-quarts du commerce de Hong Kong -importations aussi bien qu'exportations- sont en direction ou en provenance de la Chine.

c. La Zone AFTA

    Des réserves monétaires importantes (66 milliards de dollars en juin 95) font de Singapour un rival du Japon dans le financement du développement régional.

    1. La zone AFTA de l'ASEAN

    Actuellement l'espace de choix pour l'intégration économique régionale est l'ASEAN : association des nations du sud-est asiatique (ANSEA en anglais). En sont membres : Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande (fondateurs 1967), Bruneï (1984) et le Vietnam depuis 1995. Soit 400 millions d'habitants, un PIB supérieur à celui de la Chine et moitié de celui de la France, surtout un taux de croissance annuel qui en fait l'ensemble le plus dynamique de la planète. La Birmanie (Myanmar) a été admise comme observateur en 1996. C'est un espace de libre-échange en formation, depuis le 1.01.93, date à laquelle a été créée l'AFTA [10], qui devrait être constitué à partir de 2003 et achevé en 2008 (avec des droits de 5%). Les produits made in ASEAN qui bénéficieront de cette baisse des tarifs douaniers devront avoir 40% de leur contenu fabriqué dans un ou plusieurs États de l'Association.

    C'est donc un marché régional intégré qui se constitue, en réponse à l'ALENA et à l'U.E.. Son potentiel est important puisque les échanges intra-ASEAN ne constituent que 20% du commerce des États-membres. Mais la croissance des échanges intra-ASEAN est de 40% par an et, par exemple, les six États-membres représentent 20% des investissements étrangers au Vietnam et le quart de son commerce extérieur.

    2. Singapour-Indonésie, Malaisie : triangle de croissance

    Singapour est confrontée maintenant à des problèmes de pays riche : pénurie de main-d'œuvre, hausse des coûts, manque d'espace, refus d'unités de production polluantes. C'est en 1989 que Singapour a créé avec ses deux voisins "un triangle de croissance" : il s'agit d'une zone franche industrielle et de services avec l’État malaisien de Johore et les îles indonésiennes de Batam et Bintan. Avantages : bas salaires et prix modérés des terrains. Les Japonais et les Européens (Thomson) y investissent également. L'Expansion, p. 127, nov/dec 1992.

    3. Le "triangle septentrional"

    Il s'agit d'un autre "triangle de croissance" directement inspiré par celui de Singapour mais qui se dresse en concurrent. Il associe la zone industrialo-portuaire (Z.I.P.) de Penang, le sud de la Thaïlande et le nord de Sumatra. Le pôle étant constitué par Penang et, plus globalement, par la Malaisie qui se pose ainsi comme acteur régional.

    4. Thaïlande - Vietnam ou zone baht

    La Thaïlande manifeste à cette date des ambitions régionales sur le Vietnam, le Cambodge, le Laos et la Birmanie : "les liens culturels qui nous unissent à ces pays en font nos partenaires naturels, et la Thaïlande, plus avancée, pourrait constituer avec eux une zone de prospérité" déclara l'ancien premier ministre en octobre 1992. Mais ce rôle régional n'est pas acquis car la Thaïlande est confrontée à des problèmes structurels importants : goulots d'étranglement des transports et du téléphone, problèmes de formation (20% seulement des diplômés du pays ont une compétence scientifique ou technique utile pour l'économie nationale).

 

A suivre avec : sous le feu des Dragons : les nouveaux pays industrialisés d'Asie (NPI1)

 

 



[1] A la fin du XX° siècle, on parlait d’abondance des NPI : Taïwan, Corée du sud, Hong-Kong et Singapour (c’étaient les "Dragons") puis une seconde vague est arrivée avec l’Indonésie, la Malaisie, les Philippines et la Thaïlande, ce furent les NPI2 (ce furent les "tigres") . La Chine émergea comme portée par une troisième vague.

[2] Avant le retour de HK on parlait de la Chine-Pékin, la Chine-Taïwan et de Hong-Kong.

[3] Kazuo Ogura, vice-ministre des affaires étrangères, cité par le Monde du 17 novembre 1995.

[4] Cité par B. Cassen, "Le Monde diplomatique", août 1994, page 25.

[5] "Le Monde diplomatique", janvier 1994, page 25. Walden Bello, chercheur à l'institut pour une politique alimentaire et du développement de San Francisco.

[6] Alternatives économiques, "Les chiffres de l'économie et de la société", hors série n°30, 4° trimestre 1996.

[7] Cela signifie qu’une chaîne de transport associant le navire (Tokyo-L.A.) puis le chemin de fer (L.A.-New-York) revient moins chère qu’un parcours Tokyo - NY via le canal de Panama. Cela grâce à ces trains porte-conteneurs dont chaque wagon-plateforme transporte non pas 1 mais 2 conteneurs de 40 pieds superposés.

[8] Cité par Claude Leblanc, Monde diplomatique, août 1993, page 12.

[9] "Le Monde diplomatique", janvier 1994, page 24.

[10] Acronyme anglais pour Asean Free Trade Area.


ANNEXES



    


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