Les guerres balkaniques 1912-1913

publié le 6 nov. 2013 à 06:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 21 déc. 2016 à 07:44 ]

    Deux conflits éclatent en 1912-1913 dans les Balkans. Ce fut d’abord tout le monde contre la Turquie suivi de tout le monde contre la Bulgarie. On sait que la guerre de 1914 a éclaté à cause d’une affaire balkanique, en tout cas comme facteur déclenchant. Ces "guerres balkaniques" ne sont plus enseignées aujourd’hui et, lorsqu’elles figuraient au programme, les professeurs n’avaient pas le temps de les traiter. Autrement dit, elles sont parfaitement inconnues des non-spécialistes. Pourtant, derrière elles se cachent -à peine- deux acteurs majeurs : l’empire austro-hongrois de François-Joseph et l’empire russe de Nicolas II. Et derrière ces acteurs majeurs, il y a l’Allemagne wilhelminienne et la France de la III° république. Par conséquent, à l’occasion du centenaire de la guerre mondiale, il n’est pas sans intérêt de retrouver le sens de ces conflits qui ont contribué gravement à entretenir un climat de guerre en Europe et, d’autre part, qui ont créé les conditions pour que l’assassinat de Sarajevo en juin 1914 soit l’occasion pour les Austro-hongrois de régler son sort à la Serbie laquelle était la protégée de la Sainte-Russie, elle-même alliée de la France … La suite est connue.

    A cette date, même sans radio ni télévision, il existait une opinion publique européenne. La Serbie avait acheté ses canons au Creusot, chez Schneider, alors que l’armée turque était équipée de pièces d’artillerie de chez Krupp. Il n’en fallait pas plus pour que la victoire serbe sur les Ottomans fût transformée en victoire française sur l’empire allemand ! Les journaux - pas l’Humanité de Jaurès - s’en donnant à cœur joie. La foule descend dans la rue.

    Ces guerres furent extrêmement meurtrières car les nouveaux engins de mort étaient employés. De plus, il y eut massacres de minorités, nettoyage ethnique... Ces caractères dramatiques alarmèrent Jean Jaurès qui pressentit une guerre inouïe à l'échelle européenne cette fois. C'est ce qu'il advint.


    NB. On observera la bande de terre qui sépare la Serbie et le Monténégro -appelée le Sandjak (i.e. territoire) de Novi-pazar- qui relie la Bosnie-Herzégovine au reste de la Turquie d'Europe. Trois étapes : avant le traité de Berlin ; après l'application des décisions du traité (1881) et à l'issue des deux guerres balkaniques. A cette date, la bande de terre a disparu au grand dam de l'Autriche.

    Nous allons voir successivement la situation territoriale et l’évolution des esprits avant ces guerres, et la situation après, état des frontières et ambiance diplomatique. Mais d'abord, une carte qui montre l’intérêt stratégique des Balkans avec le fameux passage naturel qui permet une liaison entre Belgrade et Salonique, court-circuit qui évite la passage par le delta du Danube, la Mer Noire et les Détroits turcs.

    La carte où est dessiné le sillon orographique Morave-Vardar se trouve Frontières de L’Europe centrale et orientale (PECO) : 1ère partie : une donnée (atlas) : partir de Belgrade et arriver en mer Égée par le plus court chemin. Itinéraire "devinable" sur les cartes de Roubeaud ci-dessous.

    Le sillon Morave - Vardar suit une ligne de failles : la Morave se jette dans la Danube vers le Nord et le Vardar est un fleuve de la Mer Égée. En 1918, les armées alliées, débarquées à Salonique, marcheront sur le Danube par cette voie ou des chemins parallèles et provoqueront la demande d'armistice des pays Centraux.


LA SITUATION ANTE BELLUM

 

    Après la guerre russo-turque de 1877-1878, la Russie impose un traité léonin à la Turquie à San Stephano. Les grandes puissances s’y opposent et une conférence multilatérale se réunit à Berlin pour rectifier ce traité. En 1912, avant les guerres balkaniques, au plan des frontières, la situation est héritée du traité de Berlin signé en 1878 et, durant la période suivante et la première décennie du XX° siècle, l’ambition des grandes puissances a évolué dans les Balkans.

Les stipulations du traité de Berlin (1878)

-                   la Grèce a sa souveraineté externe (reconnaissance diplomatique par les autres États du monde) depuis 1832. Elle s’agrandit en 1881 grâce aux dispositions prises à Berlin en 1878.

-                   La Serbie sous le joug ottoman depuis la conquête est autonome au sein de l’empire turc depuis 1829 (traité d’Andrinople). Cette autonomie est reconnue par les grandes puissances au traité de Paris de 1856. Indépendance reconnue à Berlin avec le prince Milan IV Obrenović, favorable à la prépondérance autrichienne.

-                   Moldavie et Valachie - berceau de la future Roumanie contemporaine - sont autonomes depuis le même traité d’Andrinople, autonomie confirmée à Paris en 1856. Le traité de Berlin reconnaît l’indépendance de la Roumanie, principauté qui deviendra royaume en 1881, le prince Charles de Hohenzollern devenant le roi Charles 1er.

-                   Le Monténégro jouit de facto d’une autonomie depuis la victoire de 1858 à Grahovac contre le souverain turc. Son indépendance avec accès à la mer Adriatique est reconnue à Berlin, en 1878.

-                   La Bulgarie du nord -au nord de la chaîne des Balkans- est reconnue indépendante au congrès de Berlin en 1878, la Roumélie -au sud- restant une province autonome-vassale des Ottomans.

    Le traité de Berlin de juillet 1878 est une vigoureuse remise en cause du traité de San Stephano imposé par la Russie à la Turquie après sa victoire militaire en mars. Et l’Autriche-Hongrie et l’Angleterre poussèrent des hauts-cris après la signature de San Stephano. La principale raison est visible à la lecture de la carte de la nouvelle Bulgarie que voulurent imposée les Russes : Carte de la Bulgarie de San Stephano :


File:Bulgaria-SanStefano -(1878)-byTodorBozhinov.png

 http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Bulgaria-SanStefano_-%281878%29-byTodorBozhinov.png

    Une autre raison est l’indépendance du Monténégro qui devait recevoir le port d’ Antivari, sur l’Adriatique. Or derrière le Monténégro - au sens propre comme au sens figuré - il y a la Serbie, slave, cyrillique, orthodoxe, bref, une alliée potentielle de la Russie.

    La Russie pouvait ainsi espérer un accès à la mer Égée et à la mer Adriatique.

    Le traité de Berlin remet en cause tout cela [1].

    En échange de son appui à l’empire ottoman, l’Angleterre reçoit de celui-ci l’île de Chypre. L'Autriche-Hongrie obtient le droit d'occuper la Bosnie-Herzégovine (demeurée nominalement ottomane) durant trente ans (1878-1908) et d'entretenir des garnisons à la frontière entre la Serbie et le Monténégro, dans le Sandjak (i.e. territoire) de Novi-pazar demeuré à l'Empire ottoman. De surcroît, si Antivari reste au Monténégro, ce dernier n’y a aucune autorité ni marchande ni de police : c’est l’Autriche qui y fait régner sa loi. La Bulgarie voit son rêve de Grande Bulgarie (cf. carte) éclater comme une bulle : elle est réduite à la partie nord de la chaîne est-ouest des Balkans et reste un État confiné à la Mer Noire. La Russie est humiliée. Son objectif de créer un vaste État slave de la Mer Noire à l’ Adriatique est mis par terre.

    NB. Le "S" indique la ville de Sarajevo, capitale de la Bosnie, sous domination autrichienne.

    Entre 1878 et 1912

    Les principaux changements survenus durant cette période concernent surtout la Bulgarie et la Serbie.

La Bulgarie

    En 1885, Alexandre de Battenberg, prince de Bulgarie, annexe la Roumélie. Cet état de fait est confirmé à la conférence multilatérale de Constantinople à la condition que la Roumélie reste sous la suzeraineté lointaine du Sultan. Mais face à l’hostilité des Russes, Alexandre abdique et la couronne princière est donnée à un autre prince allemand Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha avec l’encouragement secret de Bismarck (1887). Une courte guerre entre la Bulgarie -nostalgique du traité de San Stephano - et la Serbie -soutenue par l’Autriche-Hongrie - fut interrompue par la menace d’intervention autrichienne, les Bulgares étant en train de prendre l’avantage dans la région de Pirot (carte).

    Ce n’est toutefois qu’en 1908 que fut reconnue l’indépendance pleine et entière de la Bulgarie réunifiée. 

La Serbie

    En 1903, un membre de la famille des Karageorgévitch devient roi de Serbie, Pierre 1er, à la place des Obrenović. Autant les Obrenovic étaient favorables à la tutelle autrichienne, autant les Karageorges sont pro-Russe et pro-Français. Pierre fut soldat en France, en 1870, contre les Prussiens. Ce changement de dynastie se fit par la violence. La diplomatie du royaume serbe change du tout au tout. Un indice : le journal des officiers nationalistes serbes s’appelle Le Piémont : il s’agit pour eux de faire jouer à leur pays à l’égard des Slaves dispersés, le rôle que le Piémont joua à l’égard des Italiens de la péninsule en 1860… Fureur à Vienne.

    En août 1910, le prince de Monténégro érige son État en royaume. Sa politique reste la même : se rapprocher toujours plus de la Serbie.

   A la veille de 1912, la situation des frontières se présente ainsi :

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/5/52/Balkans1878_-1912.jpg

 

LES GUERRES BALKANIQUES

    Elles surviennent après la défaite turque contre l’Italie (guerre de 1911).

LA CONJONCTURE

    Après la défaite russe contre le Japon en Extrême-Orient, en 1905, la Russie jette son dévolu sur les Balkans. Cela correspond avec l’arrivée aux affaires étrangères, à Vienne, de d’Aerenthal. Dès 1906, ce dernier demanda la concession d’un chemin de fer de Sarajevo -capitale de la Bosnie-Herzégovine - à Mitroviça (ou Mitrovitza) situé dans le nord du Kosovo ; ligne ferroviaire qui pourrait être facilement prolongée jusqu’à Skopje et au-delà jusqu’au port de Salonique. Notons qu’à cette date, tout est en territoire ottoman, aussi bien le Sandjak de Novi Pazar que la ville de Salonique (carte). Les Russes répliquèrent en mettant en avant une ligne qui irait du delta du Danube aux ports monténégrins de l’Adriatique. Cette initiative de d’Aerenthal est une réplique à l’arrivée de Pierre 1er sur le trône serbe.

    Les Autrichiens ont découvert l’intérêt du port de Salonique pendant le Blocus continental imposé par Napoléon 1er. Le relief perturbé des Balkans a ménagé une ligne de failles nord-sud qui est emprunté par deux cours d’eau la Morave et le Vardar. La Morave se jette dans le Danube à l’aval de Belgrade alors que le Vardar se jette dans la mer Égée à l’ouest de Salonique. Le corridor Morave-Vardar permet de court-circuiter le Bas-Danube, le passage par la Mer Noire et le franchissement des détroits du Bosphore et des Dardanelles. Aujourd’hui encore -2016 -on parle d’un canal à grand gabarit qui ouvrirait les grands ports danubiens (Vienne, Bratislava, Budapest) sur la Mer Égée. En 1906, on en est à la railway mania.


    De ce point de vue, l’empire ottoman -qui désire se moderniser- est un eldorado pour les banques et les compagnies ferroviaires européennes et nous sommes en pleine période de construction du Chemin de fer de Bagdad et de la constitution des consortiums financiers pour son financement. Carte ci-dessus. L’axe germano - turc (comprenant l’empire austro-hongrois) croise l’axe Russie - Serbie - Monténégro.XIX° siècle, le train : railway mania, impérialisme et guerre mondiale

Quatre évènements se produisent en 1908 :

-          la révolution moderniste des Jeunes-turcs plutôt tournés vers l’Allemagne.

-          L’annexion de la Bosnie-Herzégovine par l’empire austro-hongrois, contraire au traité de Berlin mais riposte au panslavisme des peuples balkaniques et prévention d’une éventuelle consultation électorale des Bosniens par les Jeunes-Turcs arrivés au pouvoir.

-          Le prince Ferdinand de Saxe-Cobourg-Gotha, tête couronnée de la Bulgarie, déclare son pays indépendant de la Turquie et prend le titre de Tsar des Bulgares (de connivence avec d’Aerenthal).

-          Enfin, les Crétois par referendum votent leur rattachement à la Grèce.

    Les Russes avaient escompté que l’Autriche en échange de son coup de force favoriserait "l’ouverture des Détroits" à la marine du tsar. Il n’en a rien été. La Russie a alors tenté d’organiser une conférence internationale sur la Bosnie mais elle ne fut pas suivie par la France ni l’Angleterre, la France estimant que "les intérêts vitaux" de son allié n’étaient pas engagés. La Serbie, isolée, doit suivre. L’Autriche obtient une victoire diplomatique totale. Mais, d’une part, son opposition à la Russie apparaît au grand jour, d’autre part, l’Italie - membre de la Triple alliance - a aussi une politique balkanique et voit d’un mauvais œil l’Autriche-Hongrie faire ce qu’elle veut. Rome signe des accords secrets avec Petrograd (octobre 1909). Il y a en germe la neutralité italienne en 1914, puis son entrée en guerre aux côtés des Alliés en 1915 [2].

    Enfin, avec l’arrivée de Mehmed V sur le trône de sultan, suite à un "coup" des Jeunes-Turcs, la porte est largement ouverte aux influences allemandes à Constantinople/Istanbul.

 

LES FAITS

    Les crises balkaniques s'engendrent les unes les autres et forment comme un engrenage continu. En affaiblissant la Turquie, la guerre italo-turque (1911) servit de prélude à une guerre balkanique, un assaut général des États chrétiens contre l'ancien maître ottoman. Cet assaut, le gouvernement jeune-turc l'avait aussi provoqué par ses imprudences. Très nationaliste, il travaillait à "turquiser" la Macédoine où la situation des chrétiens était pire qu'avant la Révolution.

La Ligue balkanique provoque la 1ère guerre balkanique

    Il n'aboutit qu'à faire contre lui l'union des Grecs, Bulgares, Serbes, Monténégrins résolus à profiter de la situation pour libérer la Macédoine et réaliser leur programme national. Ainsi se trouva constituée, avec 1’appui secret de la Russie, une coalition balkanique (mars-mai 1912). Le traité serbo-bulgare, alliance offensive et défensive, prévoyait en effet l'arbitrage de la Russie.

    Le gouvernement français n'en connut le texte qu'en août 1912 quand Poincaré se rendit à Saint-Pétersbourg. "Le traité" note aussitôt ce dernier, "contient en germe non seulement une guerre contre la Turquie mais une guerre contre l'Autriche. II établit en outre l'hégémonie de la Russie sur les deux royaumes slaves puisque la Russie est prise comme arbitre dans toutes les questions. Je fais remarquer à M. Sazonov que cette convention est à vrai dire une convention de guerre". Le ministre russe des Affaires étrangères répond "que comme la Serbie et la Bulgarie se sont engagées à ne pas déclarer la guerre sans l'approbation de la Russie, celle-ci peut exercer un droit de veto qui assurera le maintien de la paix et elle n'y manquera point".  En fait le veto russe - sincère ou non - ne servit de rien.

    Les coalisés attaquèrent en octobre 1912 à l’initiative du Monténégro. Ils furent partout vainqueurs à la surprise générale. Les Serbes entrèrent en Macédoine, les Grecs à Salonique, les Bulgares en Thrace ou ils ne furent arrêtes qu'à 30 kilomètres de Constantinople. L’Autriche mobilise.

    Ces déroulements inattendus provoquèrent la réunion d’une conférence à Londres dès la fin de l’hiver 1913. L’Autriche-Hongrie, soutenue sur ce point par l’Italie elle aussi désireuse de mettre un pied dans les Balkans - obtint la création de l’État d’Albanie (qui intègre Scutari soustrait au Monténégro) protégé par ces deux parrains [3]. La diplomatie de François-Joseph obtient au moins l’essentiel : la Serbie ne mouillera pas ses pieds en Adriatique. L’accord fut impossible entre les "petits Etats".

La guerre de Bulgarie ou seconde guerre balkanique.

    Tant et si bien que, nouveau coup de théâtre, les armées bulgares toujours sur le pied de guerre attaquèrent la Serbie (28-29 juin 1913) ex-alliée, au sujet de la Macédoine. Mais les ambitions bulgares inquiétaient déjà les autres États qui s’étaient entendus. La Bulgarie vit se dresser contre elle, outre l’armée serbe, la Grèce, le Monténégro mais aussi la Roumanie et même la Turquie qui en profite pour récupérer Andrinople. La Serbie, vainqueure, l’Autriche se croit obligée d’intervenir mais l’Allemagne et l’Italie surtout lui disent de n’en rien faire. La Bulgarie demande l’armistice et se tient une conférence à Bucarest.

    La paix fut rapidement conclue (Traité de Bucarest, 10 août 1913)

- La Turquie perdait tous ses territoires européens, sauf la Thrace orientale avec Andrinople et naturellement sauf Constantinople et les Détroits.

- La Serbie accroissait son territoire d'un tiers vers le sud et partageait avec le Monténégro le Sandjak de Novi-Bazar. Les deux pays avaient désormais une frontière commune au grand dam des Habsbourg.

- La Bulgarie n'annexait que l'Est de la Macédoine et une partie de la Thrace, avec, pour la première fois, un port sur la Mer Égée, Dédéagatch (gain de 400 000 habitants). Son ralliement aux empires centraux, en 14-18, lui fera perdre cet accès à la Méditerranée pourtant logique, compte-tenu de l’hydrographie, par exemple [4].

- La Grèce annexait Salonique et la Thrace occidentale (gain de 1620000 habitants).

- La Roumanie annexait le quadrilatère de la Dobroudja méridionale avec Silistrie, aux dépens de la Bulgarie (gain de 350 000 habitants).

- Enfin, l’Albanie indépendante était créée par la Conférence de Londres, en fait sous les protectorats communs de l'Autriche-Hongrie et de l'Italie.

Carte (source : wiki) : frontières du traité de Bucarest de 1913 :



 CONCLUSION

    L'équilibre et la paix de l'Europe se trouvaient de nouveau menacés. L'Autriche, atteinte par les victoires serbes, se préparait à intervenir à chaque instant. Le ministre autrichien Berchtold déclarait, avant l'ouverture des hostilités dans les Balkans, que l'Autriche ne pouvait admettre un agrandissement de la Serbie : "Ce nouvel État slave serait une attraction permanente pour tous les éléments yougoslaves en Bosnie et Herzégovine, Croatie, Slavonie et Dalmatie, et constituerait un danger pour la tranquillité et la sécurité de l'Autriche-Hongrie. Il y a un intérêt vital pour la monarchie à l'empêcher". Et, après les victoires serbes, "Ou l'Autriche se procurera de sûres garanties pour une association économico-politique étroite avec une Serbie agrandie... ou, si la Serbie ne songe pas à abandonner sa politique anti-autrichienne..., la monarchie sera contrainte de sauvegarder elle-même ses intérêts".

    La Bulgarie comme la Turquie ne pouvaient se satisfaire du bilan de ces guerres. L’Autriche-Hongrie ne peut accepter la vigueur de l’État serbe au sein de la péninsule balkanique. L’Allemagne continue son chemin vers la prépondérance en Turquie. En décembre 1913, on apprit qu’un  général allemand allait commander un corps d’armée turc à Constantinople. Sazonov hurla à la mort comme un loup blessé : "on remet à Berlin" dit-il "les clés de Constantinople  et des Dardanelles". Berlin dut se rétracter et le général allemand n’occupa que le poste d’inspecteur de l’armée turque sans commandement direct. Ambiance.

    Ces guerres balkaniques ont donc entretenu un climat de guerre. Leur étude, même sommaire, permet de comprendre comment les Austro-hongrois vont exploiter l’assassinat de l’archiduc héritier de François-Joseph, lors d’une visite officielle à Sarajevo. Vienne voit son projet de liaison ferroviaire entre Sarajevo et Salonique anéanti et l'impérialisme russe prendre sa place. Derrière ces querelles picrocholines , il faut bien voir les grands impérialismes à l’œuvre. 

    Il faut détruire Carthage ! Selon la tradition, Caton l'Ancien prononçait cette formule (150 av. J.C.) à chaque fois qu'il commençait ou terminait un discours devant le Sénat à Rome, quel qu'en soit le sujet. A Vienne, on entend partout : Il faut détruire la Serbie !

Addendum :

    Le hasard faisant bien les choses, je suis tombé sur un texte de 1912, écrit par un général d'armée allemand, von Bernhardi, qui écrit ses premières réflexions à la fin de l'année 1912, avant la signature de la paix de Bucarest. Les voici : Les Balkans vus d’Allemagne (1912).



[1] Deux articles détaillés dans Wikipaedia : traité de San Stephano et traité de Berlin ainsi que Sandžak de Novi Pazar

[2] Sans oublier les accords -également secrets- passés avec la France.

[3] L’Albanie avait pris sa souveraineté interne le 28 novembre 1912, sa souveraineté externe est reconnue au traité de Londres signé le 29 juillet 1913.

[4] Cf. le cours de la Strouma, fleuve égéen, qui prend sa source pas très loin de Sofia, capitale de la Bulgarie.

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