La guerre : l'année 1917

publié le 5 août 2014 à 10:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 août 2017 à 01:28 ]

    suite de La guerre : l'année 1916.

    Je reprends le cours de A. Roubaud, sachant que d’ici à 2017, de nouveaux et nombreux articles auront vu le jour sur cette « année terrible ». En attendant, voici sa synthèse écrite en 1927 et publiée par Armand Colin. J'ajoute quelques mots à la fin de l'article.

 

PLAN DU COURS

 

LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES

L’entrée des Etats-Unis dans la guerre

La révolution russe

PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS MILITAIRES

Les opérations en France

Les opérations en Italie

Les opérations dans les Balkans et en Asie

LA SITUATION A LA FIN DE 1917

 

***

A. LÉS ÉVÉNEMENTS POLITIQUES

 

    L’ENTRÉE DES ÉTATS-UNIS DANS LA GUERRE

    Le gouvernement des Etats-Unis avait d'abord affirmé son intention de rester à l'écart de la lutte européenne. Après le torpillage du paquebot anglais Lusitania en mai 1915, qui avait coûté la vie à 1.000 passagers, dont un grand nombre d'Américains, il s'était contenté d'engager une controverse théorique avec les puissances centrales, et quand â la fin de 1916, il demandait aux belligérants de faire connaître leurs conditions de paix, il semblait les placer encore sur le même plan. Le gouvernement allemand amena lui-même la rupture par la proclamation de la guerre sous-marine â outrance, et le cabinet de Washington, invoquant le principe traditionnel de la liberté des mers, rompit les relations diplomatiques, le 3 février 1917. La découverte d'intrigues allemandes, destinées à faire entrer le Mexique dans une coalition contre les États-Unis, acheva d irriter le public américain, et c'est au milieu de l’enthousiasme que Wilson lut, le 2 avril, au Congrès, le message proposant de déclarer la guerre à l'Allemagne.

    Les Allemands n'apprécièrent pas à sa valeur l'importance de cet événement. Les Etats-Unis, pensait-on généralement, ne pourraient donner à l'Entente qu'un appui économique, puisque leur armée ne dépassait pas 150.000 hommes et semblait difficilement transportable. Contrairement à ce qu'on attendait, ils fournirent un concours industriel secondaire et une aide militaire de premier ordre. Dès le mois de mai 1917; le Congrès vota la conscription ; au mois de mai 1917, la première division américaine commença â débarquer en France, suivie peu â peu de 27 autres.

    pour une analyse détaillée des causes de l'évènement : 1917 : entrée en guerre des Etats-Unis (1ère partie) et la 2ème partie

 

    LA RÉVOLUTION RUSSE

    Par contre, les Alliés perdirent, la même année, l'appui de la Russie. Le mécontentement y devenait de plus en plus vif, dans.les milieux politiques contre l’incurie du gouvernement, et l'attitude suspecte de plusieurs ministres, le premier mouvement révolutionnaire, en mars 1917, fut dirigé par des libéraux patriotes qui voulaient l’établissement d’une monarchie constitutionnelle et la continuation de la guerre contre l’Allemagne. Renonçant à lutter, Nicolas II abdiqua le 15 mars et, désireux de garder son fils près lui à cause du sa santé, laissa le pouvoir à son frère Michel qui le déclina. Un gouvernement provisoire, composé de patriotes, fut organisé, mais déjà s’installait à Petrograd -nom de Saint-Pétersbourg depuis 1914- un comité d'ouvriers et de soldats (soviet), dirigé par la fraction communiste des bolcheviks.

    Connaissant à la fois la lassitude générale des Russes pour la guerre, le désir de posséder la terre qui animait les paysans, les Communistes organisèrent dans l'armée une intense propagande[1]. En vain, un socialiste démocrate, Kerenski, qui exerçait un pouvoir dictatorial depuis juillet 1917, essaya d’entrainer les Russes à une nouvelle offensive en Galicie. Des comités de soldats s’organisèrent dans les régiments ; les officiers furent maltraités et les hommes "fraternisèrent" dans les tranchées avec leurs adversaires. Le chef communiste Lénine, qui se trouvait en Suisse, revint en Russie avec la complicité du gouvernement allemand. Une tentative militaire du général Kornilov, ancien commandant fr Petrograd, pour rétablir 1’ordre, échoua par suite du refus de Kerenski d'y collaborer. Par un second mouvement révolutionnaire, au début de novembre 1917 (calendrier grégorien, JPR), les bolcheviks s’emparèrent du pouvoir avec l’aide de l’armée et instituèrent un régime de dictature terroriste. Ils signèrent, dès décembre, un armistice général avec les puissances centrales, puis, violant la déclaration de Londres, entamèrent avec elles des négociations qui, après, des vicissitudes variées, aboutirent au traité de Brest-Litovsk (mars 1918) et au démembrement de la Russie. lien JPR : La paix de Brest-Litovsk, 3 mars 1918

 1917 en Russie. 1ère partie : février

B - PRINCIPAUX ÉVÉNEMENTS MILITAIRES

    Les évènements militaires ne présentent qu'une importance secondaire à côté des événements politiques.

    LES OPÉRATIONS EN FRANCE

Renonçant aux offensives à objectif limité pratiquées en 1916, le nouveau généralissime français (Nivelle jusqu’au 15 mai 17, JPR), encouragé par ses succès dans la région de Verdun, espérait obtenir par des moyens tactiques la rupture du front ennemi et l'exploiter ensuite stratégiquement.

    De son côté, le commandement allemand avait décidé l’évacuation de l’angle saillant formé par ses positions entre Péronne, Noyon, Soissons, et le repli de l’armée vers de solides retranchements préparés à l'avance, les « lignes Hindenburg » qui par les régions de Cambrai, de La Fère, de la forêt de Saint-Gobain,  venaient se rattacher aux hauteurs de l'Aisne et du chemin des Dames.

    Le recul stratégique s'opéra en mars, sans que les Alliés s’en aperçussent d'abord. Les Allemands dévastèrent le pays abandonné, défonçant les routes, détruisant les usines, coupant même les arbres fruitiers. Le commandement allié dut modifier au dernier moment le plan de l’offensive prévue ; 1'attaque s’engagea néanmoins, en avril 1917, sur le front anglais en Artois, (lire détails dans mon article : La guerre, l'horreur, Arras, ville martyre. ) sur le front français de Soissons à l’Argonne et, malgré de lourdes pertes, n’aboutit qu’à de faibles progrès. Cet échec amena le remplacement du général Nivelle par le général Pétain, à la tête de l’armée française (mai 1917).

    La déception causée par cet insuccès, la lassitude des hommes, 1’action d'une propagande pacifiste qui s’exerçait depuis longtemps à l’arrière du front, causèrent dans l’armée un grave fléchissement moral et même des mutineries. En se mettant en contact avec la troupe, en améliorant les conditions d’hygiène et de sécurité, en s'adressant au patriotisme des combattants, le général Pétain parvint, peu à peu, à rétablir 1'ordre et à ranimer la confiance. Soucieux de ménager les effectifs, il prescrivit, pour la défensive, de ne laisser en première ligue qu’un petit nombre de postes et de reporter les principales forces en arrière ; en même temps, il organisa des offensives limitées qui, soigneusement préparées, furent couronnées de succès. Les Français reconquirent, dans la région de Verdun, les lignes de 1915 et, par la bataille de Malmaison (octobre 1917), acquirent la possession complète des hauteurs de l'Aisne et du chemin des Dames.

    LES OPÉRATIONS EN ITALIE

    Les puissances centrales portèrent leur principal effort vers l'Italie, en octobre 1917. Une armée allemande parvint, par surprise, à rompre le front dans un secteur escarpé des Alpes Juliennes, près de Caporetto, et fut appuyée dans les autres régions par les troupes autrichiennes. Pour éviter l'encerclement, les différentes armées italiennes durent se replier en hâte. Des troupes françaises, puis anglaises, transportées en chemin de fer et en camions, vinrent au secours de leurs alliés et l’armée italienne put se reconstituer, derrière la ligne de la Piave. Elle avait perdu 200.000 prisonniers et 1.800 canons.


    LES OPÉRATIONS DANS LES BALKANS ET EN ASIE

    Le gouvernement français, triomphant de la résistance de ses alliés, adapta une attitude plus énergique à l’égard du gouvernement grec, envoya Jonnart en mission extraordinaire, en juin 1917, et exigea le départ du roi Constantin d'Athènes. Venizélos reprit, comme ministre, la direction des affaires et conclu une alliance avec l'Entente. Libre de ses mouvements, l'armée de Salonique put opérer quelques progrès.

    Si l'action russe s'arrêtait dans le Caucase, les Anglais remportaient en Asie des succès importants. Ils occupaient Bagdad, mars 1917, et, repoussant l’armée turco-allemande de Palestine, ils s'emparaient de Gaza, de Jaffa et enfin de Jérusalem (novembre-décembre 1917).

 

LA SITUATION A LA FIN DE 1917

    À la fin de l’année 1917, l’empire russe effondré ne comptait plus parmi les belligérants. En Autriche, la convocation de la Chambre viennois, après trois ans de vacances, montrait la profondeur croissante des oppositions nationales. Les autres grands pays tendaient toutes leurs forces pour la continuation de la lutte. En Allemagne, l’état-major, sous la direction de Ludendorff, s’efforçait de contrôler toute la vie politique et économique, et le chancelier, Bethmann-Hollweg, dont la situation devenait da plus en plus difficile, démissionnait en juillet 1917. En Angleterre, le cabinet Lloyd-George exerçait une sorte de dictature. En France, un ministère énergique, dirigé par Clemenceau, prenait le pouvoir en novembre 19l7. "Plus de campagnes pacifistes, dit il dans sa déclaration, plus de menées allemandes. Ni trahison ni demi-trahison, la guerre. Rien que la guerre". La confiance revenait dans les esprits, mais on sentait de plus en plus la nécessité d'un commandement unique à la tête des Alliés, d’autant plus que les Allemands, n’ayant désormais rien à craindre de la part des Russes, s’apprêtaient à concentrer toutes leurs fortes sur le front occidental.

 

Fin du cours d’ A. Roubaud

 COMPLÉMENTS D'INFORMATION

    Ainsi que vous le voyez, l'auteur "balaie" tous les champs de bataille de la guerre.  C'est ce qui fait l'excellence de son plan. Cela dit, il est très incomplet sur les "mutineries" qui font l’actualité en 1917, sur le front français. Il faudra y revenir. Mais l'année 2017 verra la publication de nombreuses études sur ce point.

    De plus, l'auteur est très superficiel sur les causes de l'entrée en guerre des États-Unis. Les causes humanitaires sont parfaitement superficielles dans la prise de décision et elles servent surtout à émouvoir l'opinion publique américaine afin de mener une campagne de presse qui arrachera l'adhésion de l'opinion. Sur cela aussi, il faudra revenir.

    Sa chronologie des évènements russes est erronée : Lénine arrive avant Kerenski.

à suivre : la guerre : l'année 1918


[1] Compte-tenu de la structure sociale de la population de l’empire russe, l’immense majorité des soldats est constituée de paysans. En s’adressant aux soldats, Lénine et son parti visent aussi la paysannerie (JPR).


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