La guerre : l'année 1915

publié le 29 janv. 2014 à 08:38 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 sept. 2015 à 02:21 ]
    cours précédent : La guerre : l'année 1914

Plan du cours d’A. ROUBAUD

 

A.      LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES

        1. Alliance de l’Italie avec les puissances de l’Entente.

        2. Alliance de la Bulgarie avec les puissances centrales.

B.      LES OPÉRATIONS MILITAIRES

        1.       La guerre sur le front occidental
        2.      
les opérations sur le front russe

        3.      
la guerre en Orient, l’expédition des Dardanelles

        4.      
Invasion de la Serbie

        5.      
la situation à la fin de 1915

 NB. Sauf indication contraire, les cartes et documents sont ceux d'A. ROUBAUD

suivi de mes COMMENTAIRES (JPR)

 

 

A.   LES ÉVÉNEMENTS POLITIQUES

 

    1. Alliance de l’Italie avec les puissances de l’Entente.

    Lorsque l'Autriche eut commencé à agir dans les Balkans, le gouvernement italien réclama des compensations, au nom de l’article 7 de la Triple-Alliance, et, malgré les efforts du prince de Bülow, envoyé de Berlin comme médiateur, il ne put se mettre d'accord avec le cabinet de Vienne. Il engagea des négociations avec les puissances de l'Entente, se fit promettre des avantages précis au traité Londres (26 avril 1915) et, le 23 mai 1915, déclara la guerre à l'Autriche; il ne devait la déclarer à l'Allemagne que le 27 août 1916.

    2. Alliance de la Bulgarie avec les puissances centrales.

    Bien que les diplomates de l'Entente se fussent efforcés d'obtenir de la Serbie des concessions en faveur des Bulgares, le tsar Ferdinand, désireux de récupérer les territoires perdus en 1913, et croyant à la victoire des puissances centrales, conclut avec ces dernières une alliance secrète, le 6 septembre 1915. Dissimulant jusqu'au bout, il ordonna la mobilisation générale, à la fin de septembre, et prit à revers les Serbes, attaqués en octobre par les Austro-Allemands. En vertu des traités, les Grecs auraient dû secourir les Serbes ; mais, malgré les efforts de son ministre, Venizélos, le roi Constantin, beau-frère de l'empereur Guillaume II, garda une attitude de neutralité armée, n'attendant qu'une occasion favorable pour rompre avec l'Entente ; l'alliance bulgare permettait aux puissances centrales de communiquer directement avec Constantinople.

 

B.   LES OPÉRATIONS MILITAIRES

 

    Les Allemands se voyaient forcés de combattre sur plusieurs fronts, mais, grâce à la situation centrale de leur pays, ils pouvaient à volonté transporter leurs meilleures troupes de l’Ouest à l'Est ou inversement, et garder ainsi plus facilement l’initiative des opérations. Pour l'année 1915, l'état-major, à la tête duquel Falkenhayn avait remplacé Von Moltke, décida de diriger contre les Russes l’effort principal, en maintenant les troupes sur la défensive du côté de l’Ouest.

 

    1. La guerre sur le front occidental

    Le poids de la lutte, sur le front occidental retombait encore presque uniquement sur les Français. En dehors d’engagements meurtriers pour la possession d’observatoires qui dominaient les lignes ennemies, comme les hauteurs de Notre-dame-de-Lorette et de Vimy en Artois, les Éparges près de Verdun, l'Hartmannswillerkopf (le vieil Armand) en Alsace, le commandement français s’efforça d’obtenir la rupture du front ennemi dans les régions assez découvertes de l’Artois et de la Champagne. Il espérait utiliser le succès tactique pour rejeter l’ennemi, par des manœuvres combinées, vers les Ardennes et le contraindre alors à la retraite par la menace exercée sur ses communications.

 

RUINES DES ÉPARGES, SEPTEMBRE 1917.

    Village situé dans vallon oriental des Hauts de Meuse. Les hauteurs le dominant à l'Est surplombaient immédiatement la plaine de la Woëvre, d’où leur importance. On aperçoit, au fond et à droite, la colline de Combres, occupée par les Allemands ; celle des Eparges, dont les Français possédaient la plus grande partie depuis février 1915, lui fait suite immédiatement, à gauche, au delà du col. C'est un des secteurs où la guerre de mines s’est exercée avec le plus de violence. NB. Voir sur la carte de Verdun (année 1916) la localisation des Eparges.

    (ci-dessous, illustration de la guerre de mines, JPR).


                     http://rosalielebel75.franceserv.com/grande-guerre/tranchees-mine-1.jpg

 

    La principale offensive, minutieusement préparée, se produisit en Champagne, au mois de septembre 1915, tandis qu’une attaque franco-anglaise avait lieu en Artois. Après une violente canonnade de trois jours (Trommelfeuer), les Français, revêtus du nouvel uniforme bleu-horizon et du casque, s’élancèrent à l’assaut des lignes allemandes de Champagne, le 25 septembre ; Ils enlevèrent les premières positions ennemies, mais se trouvèrent arrêtés par une seconde position qui, établie à contre-pente, avait échappé au feu de l’artillerie. Un nouvel effort pour prendre cette seconde ligne, en octobre, n’aboutit qu’à des résultats partiels. La rupture du front, espérée par le public, n’avait pas été obtenue.

   







2. Les opérations sur le front russe

    La prise de Przemysl par les Russes, le 22 mars 1915, constitua leur dernier succès de l’année. Sous les ordres supérieurs de Hindenburg, l’armée de Mackensen opéra la rupture de leur front le 1er mai, en Galicie, en face de la Dunajec, affluent de la Vistule, après une canonnade courte mais intense. Les Russes, manquant de munitions, exécutèrent une retraite générale, disputant le terrain pied à pied. Ils perdirent successivement Przemysl le 3 juin. Lemberg (Lvov, JPR) le 22 juin; puis, l'offensive austro-allemande s'étendant sur tout le front, ils évacuèrent Varsovie le 5 août, en emportant tous les approvisionnements, Brest-Litovsk le 25 août, Vilna le 16 septembre. Riga fut préservée au Nord; au centre, Mackensen parvint jusqu'à Pinsk. Les opérations s'arrêtèrent alors et le front se stabilisa depuis le golfe de Riga jusqu'à la Bukovine. Les Russes avaient abandonné toute la Pologne et la Lituanie et devenaient pour longtemps incapables d'une nouvelle offensive.

      Concernant le camp fortifié de Przemysl, voir les cours sur les PECO Frontières PECO (4ème partie) : La Pologne et sa frontière orientale (Biélorrusie, Galicie-Ruthénie)(atlas)


                                             

                                                                                                                                                                                                

3. La guerre en Orient, l’expédition des Dardanelles

    Les Alliés comprirent l'utilité de se rendre maîtres des Détroits pour rétablir leurs communications avec les Russes et séparer Constantinople de l'Asie ; mais ils laissèrent le temps aux Turcs de préparer la défense sous la direction d'officiers allemands. Le gouvernement anglais, s'attribuant la direction des opérations, espéra d'abord forcer les Dardanelles par une attaque exclusivement navale. L'opération échoua, après avoir coûté de nombreuses pertes (février-mars 1915). Des corps de troupes français et anglais furent alors débarqués, sous la protection des navires, dans la partie occidentale de la presqu'île de Gallipoli (avril 1915), mais ils restèrent accrochés aux premières pentes, se heurtant à des défenses organisées par les Turcs. Après plusieurs tentatives meurtrières pour occuper le plateau, les troupes alliées procédèrent à l'évacuation des positions occupées, sans que l'ennemi s'en aperçût (décembre 1915-janvier 1916). Elles allèrent grossir les troupes que le gouvernement français avait installées à Salonique, malgré la résistance des états-majors, et qui se trouvaient, depuis octobre 1915, sous la direction du général Sarrail. L'Entente avait subi un échec grave aux Dardanelles; de leur côté, les Turcs s'étaient vainement efforcés de s'emparer du canal de Suez (février 1915).

    4. Invasion de la Serbie

    Après avoir résisté victorieusement aux Autrichiens, les Serbes se virent attaqués, en octobre 1915, au Nord, par les Austro-Allemands, à l'Est, par les Bulgares. Ils durent abandonner leur pays et opérer une retraite avec leurs familles à travers les montagnes de l'Ouest, par un froid rigoureux. Des milliers d'entre eux périrent de faim ou de fatigue ; 130000 hommes parvinrent sur la côte de l'Adriatique dans un état complet d'épuisement ; malgré la résistance du gouvernement grec, ils furent conduits à Corfou, sous la protection des Alliés ; ils y furent soignés et ravitaillés avec soin et devinrent bientôt capables de reprendre la lutte.

La situation à la fin de 1915

    L’année 1915, marquée par des succès pour les puissances centrales, avait déçu les esprits dans les pays de l’Entente, surtout en France. Le ministre des Affaires étrangères, Delcassé, démissionna en octobre 1915 et sa retraite entraîna celle de Viviani qui présidait le Conseil des ministres depuis le début de la guerre. Briand constitua le nouveau ministère, promettant d’obtenir une coordination meilleure des forces alliées. Les ministres anglais vinrent conférer à Paris avec leurs collègues français et, le 6 décembre 1915, se tint à Chantilly sous la présidence du général Joffre, le premier conseil de guerre interallié, qui régla le plan d’offensives simultanées pour l’année suivante. Fin du cours d' A. ROUBAUD


 COMMENTAIRES DE JPR

    1) l’entrée en guerre de l’Italie est une victoire diplomatique pour les pays de l’Entente. Mais cela relève de la diplomatie secrète : le Pacte de Londres n’est pas ratifié par le parlement italien qui est laissé dans l’ignorance et le traité ne sera connu qu’après la victoire des Bolcheviques en Russie lesquels dénoncent la pratique de la diplomatie secrète et la guerre impérialiste. La lecture du contenu de ce traité laisse un goût très amer : c’est le fait du prince et la loi du plus fort qui prévalent sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. (Article excellent, à mon goût, de Wikipaedia, voir "pacte de Londres"). On sait que le président américain Wilson mettra en avant d’autres propositions, que l’Italie n’obtiendra pas la concrétisation des promesses de 1915 et se vivra comme « vainqueure de la guerre, vaincue de la paix ». L’historien P. Renouvin nous apprend que l’Italie est le seul pays à connaître, en 1915, des manifestations populaires pour l’entrée en guerre. L’hostilité aux Autrichiens et la volonté de réunir tous les Italiens dispersés autour de la mer Adriatique - les terres irrédentes - sous le même drapeau alimentent ce poison nationaliste. Tout cela fera le lit du fascisme mussolinien.


    2) à l’ouest, l’effort de guerre pèse "presque uniquement sur les Français" écrit A. Roubaud. De fait, en 1914, les Anglais n’alignent que 7 divisions sur le sol de France. La conscription n’existe pas chez eux, seul l’engagement volontaire fournit des troupes. En janvier 1915, 11 divisions anglaises sont sur le continent, en juillet 1915, on en compte 28. En 1916, le service militaire devient obligatoire et au printemps de cette année-là, on compte 70 divisions britanniques. Ci-contre une affiche britannique éditée alors que l'on recrutait sur la base du volontariat (source, livre de terminales de L. Genet). Le personnage au doigt culpabilisateur est John Bull qui est à la Grande-Bretagne ce que l'Oncle Sam est aux États-Unis.

    3) Il ne faut pas négliger l’importance de l’ouverture du front balkanique avec le débarquement de Salonique. Je vous rappelle l’importance stratégique de l’axe Morave - Vardar (voir la carte figurant dans l’article sur les guerres balkaniques). Les guerres balkaniques 1912-1913 D’ailleurs, aussi surprenant que cela paraisse, c’est d’ici que viendra l’issue finale.

 

à suivre avec La guerre : l'année 1916.

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