Les Etats-Unis d'Amérique de 1865 à 1917 (1ère partie)

publié le 7 juin 2016 à 09:10 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 30 mai 2017 à 07:28 ]
    A gauche du plan de ce cours, la liste des présidents des États-Unis : en bleu sont les présidents démocrates, en rouge les présidents républicains (source : Wiki). A partir de Lincoln et jusqu'en 1932, l'Union est gouvernée surtout par les Républicains, le parti du Capital, du Business, des Yankees, quoique cette formulation manque un peu de nuances... .


I.   LA FIN DE LA FRONTIÈRE

                           A.  La Frontière

                              1.     Les transcontinentaux

                              2.       Le problème indien résolu...

                            B. L’essor économique impétueux

        II.    L’IMPÉRIALISME AMÉRICAIN

                        A.      Similitudes et spécificité

                                1.       Les causes

                                2.       L’idéologie sans fard

                        B.       La pratique

                            1.       Le type colonial

                            2.       Le pénétration plus "fine"


  


     Le choix des dates d’abord : 1865 c’est la fin de la Guerre de sécession et 1917 marque l’entrée en guerre des EU dans le premier conflit mondial. 1865 est commode mais n’est pas opérant pour évoquer ce passage de l’Union dans une ère nouvelle : le coast to coast grâce à la maitrise de l’espace de l’Atlantique au Pacifique avec les trains transcontinentaux, pas opérant non plus pour évoquer la fin, par le fer et par le sang, du problème indien… Après cette unification de l’espace voulue par les Yankees du nord-est, l’exceptionnel essor économique (1ère partie) se prolonge –comme dans tous les pays de l’époque – par l’impérialisme, comme si l’énergie yankee avait besoin de déborder au-delà des océans (2ème partie).

  

I.       LA FIN DE LA "FRONTIÈRE"

 

    Après la mort dramatique de Lincoln, tous les présidents sont du parti républicain, parti du Big Business du Nord-Est. Loin de se succéder dans le temps, Civil war et guerres indiennes sont contemporaines, la conquête de l’Ouest participe de ce mouvement Danse avec les loups de Kevin Costner (1990).

A.    La "Frontière"

    L’appétit du Nord-Est pour les terres de l’Ouest et du Far West s’est exprimé de façon multiple. Robert C. Winthrop, représentant du Massachusetts, intervint à la tribune du Congrès lors de la querelle qui opposa les États-Unis à l’Angleterre pour la domination du territoire de l’Oregon. Il tint des propos historiques (3 janvier 1846) et posa « the right of our manifest destiny to spread over the whole continent »[1]. Destinée manifeste : le mot n’est pas de lui mais la réalité qu’il recouvre est assumée par la quasi-totalité du peuple américain. Peuple élu, les Américains savent que ce destin est écrit par Dieu. C’est la même armée, ce sont les mêmes hommes qui vont détruire la civilisation indienne et celle des confédérés.

1.      Les transcontinentaux

    Plusieurs arguments montrent l’engouement du Nord-Est pour la conquête de l’Ouest, pour repousser la Frontière, zone plus que ligne, zone de contact entre les pionniers et les Indiens. Dès 1853-54, le gouvernement fédéral avait financé une commission d’études chargée de découvrir et de décrire le terrain jusqu’au Pacifique et de proposer le tracé des itinéraires possibles.

    Dans un autre domaine, toujours westbound néanmoins, un groupe d’hommes d’affaires de Rochester (État de New-York, 1851) créa la New York & Mississippi Valley Printing Telegraph Company. Puis, pour amplifier son action vers l’Ouest et refléter l’intégration technique entre les réseaux oriental et occidental du pays, la compagnie changea de nom et devient la Western Union Telegraph Company (1856). Pendant la guerre contre le Sud, la Western Union réalise la première relation télégraphique coast to coast.

    Mais la grande affaire est évidement le chemin de fer, rail road (RR).

    Sur la carte ne figurent que les grandes lignes ; notez la place névralgique de Chicago, véritable "hub" avant la lettre, d'où partent et où arrivent toutes les grandes lignes. La métropole devient un centre de groupage-redistribution, un centre industriel de fabrication et réparation de matériels ferroviaires, le principal centre de cotation des céréales pour les États-Unis et rapidement pour le monde.

  

 "En 1862, est votée la loi du Homestead. Cette loi vise à faciliter l’accession à la propriété du pionnier, défricheur de l’Ouest, pour une somme de $ 200.  "Tout homme a droit à une portion naturelle du sol. Le droit à posséder la terre est aussi sacré que la vie" déclare Van Buren[2]. "Je suis en faveur du lotissement - homestead, JPR - des terres vides en petites parcelles, de façon à donner à chacun un foyer" annonce Lincoln en signant le texte de loi. Lincoln se trompe : ces terres ne sont pas vides. Van Buren se trompe aussi : pour les Indiens la terre est propriété collective. Mais le rail et les immigrants s’imposeront irrémédiablement. Le Chicago, Milwaukee & St-Paul RR ainsi que le Burlington RR (Illinois) installent des agences de recrutement à la source : en Grande-Bretagne. Le voyage transatlantique des futurs pionniers est pris en charge par les compagnies. A New York, les immigrants sont réceptionnés et dirigés vers Chicago d’où "ils partaient pour leur destination respective" c’est-à-dire le lot de terre que la compagnie de chemin de fer leur rétrocédait moyennant finance alors qu’elle avait reçu la terre gratuitement[3]. "Le Far West est enfant du chemin de fer" écrit C. Fohlen. Mais le chemin de fer est le produit des Nordistes.

    La presse du Nord-Est, comme le New York Tribune, le New York Herald, fait campagne pour la construction du chemin de fer jusqu’au Pacifique. Lincoln avait pour soutien le président de la Wilmington & Baltimore Railway Cie. Ce n’est qu’un exemple. Le "Nord ferroviaire" est derrière le parti Républicain comme un seul homme. Une des premières décisions emblématiques de la présidence Lincoln est la signature du Pacific railway act, le 1er juillet 1862, on est alors en pleine guerre civile et cette décision montre que le Nord-Est a une politique tous azimuts et non pas focalisée sur le seul Sud esclavagiste. Encore plus emblématique est la personnalité du maître d’œuvre : Oakes Aimes. Aimes fut l’actionnaire principal de l’Union Pacific RR[4]. Né dans le Massachusetts, mort dans le Massachusetts, député à la chambre du Massachusetts, Aimes est homme de la Nouvelle-Angleterre. Il a d’abord fait fortune comme chaudronnier et mécanicien. Il fabriquait des pelles, outil cher aux chercheurs d’or dans les rivières de l’Ouest d’où il recevait des commandes incessantes, il fut surnommé "the King of Spades". Puis il fabriqua également des pelles mécaniques pour les industries extractives. Son penchant pour la mise en valeur de l’Ouest est donc tout sauf désintéressé. D’ailleurs, c’est lui qui crée la section du Massachusetts du parti Républicain et il sera élu Représentant au Congrès des États-Unis. Sa mentalité de capitaliste Yankee se révélera lors du scandale du Credit Mobilier par lequel on apprit qu’il avait acheté le soutien de plusieurs Représentants au Capitole (I will place our stock where it will produce the most good to us écrivit-il fort imprudemment à un associé). La chambre fédérale vota contre lui une motion de censure[5]. 

    Autre métallurgiste nordiste, Thaddeus Stevens est plus concentré sur la lutte abolitionniste. D’une famille très pauvre du Vermont, il s’installe en Pennsylvanie, passant de la profession d’avocat à celle de sidérurgiste. Il incarne ces nouvelles catégories sociales qui font du rêve américain une réalité vivante et qui seront les suppôts du parti Républicain. Son action publique mêle les bons sentiments (défense gratuite d’esclaves, refus de licenciements dans une de ses entreprises déficitaires…) et les moins bons (député à la chambre du Massachusetts, il favorise systématiquement ses petits amis lors de la nomination aux postes de dirigeants de la Gettysburg RR Cie, chemins de fer réputés parfaitement inutiles mais qui sont un bon débouché pour ses produits sidérurgiques). Th. Stevens devient Représentant au Congrès des États-Unis. Il s’y distingue par la violence de ses propos contre les Sudistes, devient leader des Radicaux (Républicains hostiles à toute forme de compromis avec les Sudistes), tant et si bien que lors de la campagne de Gettysburg, les Sudistes, par représailles, saccageront ses aciéries.

    Le 10 mai 1869 la jonction s’opère entre le Central Pacific, parti de San Francisco, et l’Union Pacific, parti de Missouri. Puis sont réalisés le Nord Pacific Railway, le Texas Pacific, le Santa Fe Pacific, dans un climat de spéculation effréné. Le peuplement par l’immigration transforme les territoires en États fédérés : Nebraska en 1867, Colorado en 1876. Les Indiens réalisent que l’occupation du territoire devient un filet qui va tous les prendre dans sa nasse. Les querelles entre tribus passent au second plan. 

2.      Le problème indien résolu...

    Le chemin de fer s’installe dans un climat de spéculation inouï, les affairistes s’affairent. Que viennent faire les Indiens ici ? Ils sont indésirables, un obstacle, un caillou dans la chaussure…

    Les Indiens, dès le départ de la conquête de l’Ouest, ont été refoulés, comme par un bulldozer[6].

    Une civilisation du bison

    Sherman (III. GUERRE DE SÉCESSION : WILLIAM T. SHERMAN)- alors général en chef de l’armée des États-Unis - appliqua deux méthodes avec sa brutalité fanatique. D’une part, il parqua les Indiens leur interdisant toute sortie de leur réserve - c’est l’apartheid avant la lettre - et déclara aux troupes et officiers :"All Indians who are not on reservations are hostile and will remain so until killed off". La seconde méthode consiste à couper les Indiens de leur nourriture. Ce qui valait pour la Géorgie vaut bien pour les Indiens. Mais Sherman qui n’avait aucune notion des ethno-écosystèmes détruisit - avec de nombreux complices - toute une civilisation [7].

    Il y a ainsi des populations qui ont bâti leur vie, leur culture à partir d’une ressource. Civilisation du palmier-dattier dans les oasis, civilisation du chameau dans les déserts, civilisation du renne dans le Grand Nord … Pour les Indiens des Grandes Plaines d’Amérique du Nord ce fut le bison. Le bison a une origine légendaire, sa chasse est précédée de danses rituelles. "La mythologie des Indiens assimilait le bison au dieu de la nourriture, de la fécondité, de la puissance et du courage impétueux" [8]. L’animal permettait de satisfaire aux besoins essentiels : se nourrir, se vêtir, se loger. Les Indiens mirent au point une méthode de conservation de la viande, les vêtements et chaussures étaient fabriqués à partir de la peau, ainsi que les célèbres tipis. Les bullboats étaient des bateaux construits à partir de la peau également. "Cornes et sabots fournissaient de la glue, des couteaux, des cuillers et des gobelets", avec les tendons on créait des liens et lacets divers. Bref, le nomadisme des Indiens illustre mieux que tout leur dépendance à l’égard de l’animal et de ses déplacements saisonniers.

    Que peut bien peser cette civilisation préhistorique face à La Civilisation de Sherman capable de mettre au point le Sharps 50, petite merveille technique conçue pour tuer ?

    "One grand sweep of them all".

    La chasse au bison avait pris une allure industrielle, nous l’avons vu ; elle devint une mode aristocratique. Le prince Alexis de Russie fut invité à une chasse sélecte. Sherman eut cette délicatesse: "it would be wise to invite all the sportsmen of England and America for a Grand Buffalo Hunt and make one grand sweep of them all" : un grand coup de balai ! Effectivement, l’éviction eut bien lieu. Voici un extrait d’une lettre du général Sherman, écrite peu de temps avant sa mort au colonel William Cody (Buffalo Bill) :

« Fifth Avenue Hotel, New York. June 29, 1887.

« Autant que je peux l'estimer, il y avait, en 1862, environ neuf millions et demi de bisons dans les plaines entre le Missouri et les montagnes Rocheuses. Tous ont disparu, tués pour leur viande, leur peau et leurs os[9]. À cette même date, il y avait environ 165 000 Pawnies, Sioux, Cheyennes, Kiowas et Apaches, dont l'alimentation annuelle dépendait de ces bisons. Eux aussi sont partis (they, too, are gone) et ont été remplacés par le double ou le triple d'hommes et de femmes de race blanche, qui ont fait de cette terre un jardin et qui peuvent être recensés, taxés et gouvernés selon les lois de la nature et de la civilisation (and who can be counted, taxed and governed by the laws of nature and civilization). Ce changement a été salutaire et s'accomplira jusqu’à la fin... ».

    Sherman savait donc parfaitement ce qu’il faisait[10]. Relevons l’emploi du mot "jardin". C’est biblique. Le peuple élu est arrivé sur la terre promise, d’un désert il a fait un jardin. Sherman est un adepte de l’Ancien Testament. Comme Cromwell, il ne fut que le bras de Dieu. Mais, en fait de jardin, cette partie des États-Unis connut l’une des plus grandes catastrophes écologiques mondiales dans le domaine de l’agriculture : le Dust Bowl[11]. Sherman n’était pas un prophète. Mais la leçon n’a pas été retenue, en 1962 encore, John Ford divulgue la thèse du désert transformé en jardin. Dans son film "L’homme qui tua Liberty Valence", le sénateur Ransom Stoddard revient dans son État de l’Ouest quand a été votée la grande loi sur l’irrigation qu’il a préparée, son épouse lui dit : "Regarde, c’était sauvage autrefois, aujourd’hui, c’est un jardin". Foin des Indiens !

    Ces nouvelles guerres indiennes, au sud des Grandes Plaines, sont connues sous le nom de Red River Wars (1874-1875). Dès 1869, on observait un soulèvement massif. Le Service indien, en 1871, s’efforça de sédentariser les tribus (avec des bisons nomades…). A partir de 1876, après les Red River Wars, on pratiqua (dans l’Oklahoma par exemple), une politique de concentration qui consiste à parquer les Indiens dans des réserves qui leur sont exclusivement dédiées. En 1880, le Congrès des États-Unis amende la constitution : les Indiens ne peuvent avoir de représentation parlementaire. Avec le croît de l’immigration européenne, la quantité de terres vacantes se restreint de plus en plus (lien La porte du paradis de Michael Cimino (1980 - 2012)), on distribue aux pionniers les terres de l’Oklahoma et les Indiens sont concentrés dans l’Arizona (au climat semi-désertique).

    Plus au nord, il y eut aussi la guerre des Black Hills (1876-77, sommet à 2200m, Dakota du Sud, considéré comme sacré, sorte de Mt Olympe des Sioux) marquée par la bataille de Little Bighorn et la mort de Custer. Les Yankees, après avoir reconnu par traité "diplomatique" que les Black Hills étaient propriété des Sioux, les avaient accaparées en 1874 : on y avait découvert de l’or et les pionniers assoiffés accouraient de toutes parts. Mais la Cour suprême avait statué : les Indiens n’étaient pas des sujets de droit ordinaires mais des « pupilles de la nation » au nom d’une jurisprudence de 1831 :

"Il serait peut-être préférable de désigner les tribus indiennes par le vocable de nations indigènes dépendantes, car elles possèdent des terres que nous (les États-Unis) revendiquons sans tenir compte de leur volonté, et nous ne pourrons entrer en possession de ces terres que lorsqu'elles n'en seront plus propriétaires. Les Indiens sont aujourd'hui sous tutelle. Leurs relations avec les États-Unis ressemblent à celles qui existent entre un pupille et son tuteur".

    Les guerres indiennes s'achèveront avec la défaite de Geronimo et de ses Apaches, au Nouveau-Mexique, dix ans plus tard, en 1886, et le massacre de Sioux à Wounded Knee en 1890. Avec elles, s’éteignit une civilisation entière. Sur le mot célèbre de Sheridan « Les seuls bons Indiens que j’ai jamais vus étaient des Indiens morts », on sait qu’il fut modifié en la phrase qui est restée dans l’Histoire : "Un bon Indien est un Indien mort". On ne prête qu’aux riches. Terminons cette triste histoire - "mon livre n’est pas gai", écrit Dee Brown - en ciblant cette conjoncture :

    1886 : inauguration du monument de la statue de la liberté. Reddition de Geronimo.

    1890 : massacre de Wounded Knee, fin des guerres indiennes.

    1896 : premier cimetière pour animaux à New York.

            L’animal idolâtré à New York n’était pas un bison.

    En 1900, la Cour suprême déclare que "l’indien est par naissance un étranger" mais admet certains cas singuliers. A la fin du XIX° on considère qu’il n’y a plus de "question indienne".

 

B.      L’essor économique impétueux

    Au plan politique, depuis 1861 et jusqu’en 1913, les présidents sont tous du parti Républicain qui gouverne 44 ans sur 52. Ils sont, sans exception, du Nord (Ohio, Vermont, New-York). Seul le démocrate Grover Cleveland a réussi à émerger pour deux courts mandats de 4 ans au-dessus de cette marée républicaine. Mais il est du New Jersey et, surtout, il se heurte à l’opposition de la majorité du Congrès demeurée républicaine[12]. Bref, le Big business domine et parle verbe haut aux Anglais, l’expansion impériale des États-Unis commence.

    Les États-Unis deviennent la première puissance économique mondiale à la veille de 1914. Mise en évidence avec un tableau montrant le taux moyen annuel de croissance entre les 10 pays européens les plus industrialisés et les États-Unis :

 

Production

totale

Prod/HAB

Productivité/h/heure

Les « Dix »

+2,4%

+1,4%

+1,8%

Les États-Unis

+4,3%

+2,2%

+2,4%

    Et les USA, en termes de production industrielle mondiale, rattrapent le Royaume-Uni, jusque-là figure de proue de la Révolution industrielle :

 

 

1870

1913

U.K.

31,8%

14%

U.S.A.

23,5%

35,8%

    (Attention ! l’industrie britannique n’a pas baissé en chiffres absolus, c’est sa part relative dans la production mondiale qui a baissé…).

Quelques éléments explicatifs.

    L’immigration européenne s’amplifie et peuple l’Union. Les États-Unis reçoivent 25 millions d’habitants supplémentaires, grâce notamment à deux vagues d’ampleur plus grande que les autres : vers 1885 et première décennie du XX° siècle. Le solde migratoire (SM) est évidemment très positif mais l’accroissement naturel (différence entre naissances et décès) reste plus important que ce solde migratoire (AN + SM = solde démographique). Le marché intérieur croît chaque année, la force de travail également.

    Les États-Unis ont une agriculture de "pays neuf" avec de vastes espaces à exploiter et une main-d’œuvre relativement rare (cela étant valable pour les Grandes plaines de l’Ouest), en conséquence, le besoin crée sa réponse : une mécanisation précoce et une spécialisation régionale : les belts (ceintures). Lire la carte dans La porte du paradis de Michael Cimino (1980 - 2012). Grâce aux chemins de fer, le Nord-Est organise l’espace agricole à partir de lui. Dans le film "à l’est d’Eden" dont l’action se déroule juste avant l’entrée en guerre des USA en 1917, le fermier tente d’expédier des salades vers le Nord-Est à partir de la Californie grâce à des wagons frigorifiques. Ces derniers apparaissent en 1877 et permettent le développement du ranching : les troupeaux peuvent être exploités pour leur viande et pas seulement pour leur peaux. Les États-Unis créent et développent leurs industries agro-alimentaires en fin de période, mais les débuts d’une agriculture d’exportation apparaît dès après 1870 facilitée par le progrès des transports maritimes. Lire l'analyse du film de Michael Cimino.

    L’industrie prend la première place ; tout y concourt : richesse du sol et du sous-sol (1er puits de pétrole en 1859 en Pennsylvanie) et création de la Standard Oil of Ohio (excellent article dans Wiki) en 1870 par Rockefeller ; protectionnisme (généralisé après la victoire des Nordistes sur le Sud libre-échangiste, accentué par le tarif Mac Kinley voté en 1890, puis 1894, 1897, 1909, 1913) [13] ; concentration capitaliste avec autofinancement ; début en fin de période de la standardisation et de la taylorisation (chez Ford, en 1912) ; surtout recherche effrénée du produit nouveau avec prix de monopole et les Américains sont un peuple protestant donnant une priorité à l’enseignement, peuple d’inventeurs qui cherchent la réussite signe d’une vie élue par Dieu. Le peuple américain est en effet très religieux, il vient d'Angleterre qui a expédié sa religion. Richard Baxter (1615-1691) fut pasteur et chapelain de l’armée parlementaire de Cromwell. Il déclara :

 « si Dieu vous montre un moyen légitime de gagner plus que par tout autre moyen, si vous refusez d’y avoir recours et si vous choisissez le moyen le moins profitable, vous allez contre votre vocation et vous refuser d’être le serviteur de Dieu, d’accepter ses dons et d’en user selon sa volonté. Votre devoir consiste à vous enrichir conformément aux exigences de Dieu, et non à celles de la chair et du péché ».

A la question de savoir si l’on a le droit de se reposer quand on est riche, il répondait :

« non : l’homme riche est d’autant plus tenu de travailler ; plus on reçoit de preuves de la bienveillance divine, plus on doit travailler, sinon pour avoir de quoi satisfaire des besoins, du moins pour obéir à Dieu et travailler au bien-(être) général comme font ceux qui sont encore pauvres ».

    Ces propos de Baxter ne resteront pas lettre morte. En 1905, John Rockefeller, roi du pétrole, dira : « J’estime que le pouvoir de l’argent est un don de Dieu qui doit être développé et utilisé au mieux de ses capacités pour le bien de l’humanité. Ayant reçu ce don, JE CROIS QU’IL EST DE MON DEVOIR DE GAGNER DE L’ARGENT, TOUJOURS PLUS D’ARGENT (…) »…

    Autre facteur : le triomphe d’un capitalisme débridé caractérisé par une concentration précoce très poussée. C’est l’époque des rois : "roi de l’acier" (Carnegie), "roi du pétrole" (Rockefeller), "roi de la banque" (Morgan), et bien d’autres…(cf. supra the King of Spades...).  Dès 1890, se fait sentir la nécessité d’une loi anti-trusts, votée mais pas respectée…

    L'américain Cl. Bowers, biographe de Beveridge, un de ceux qu'on a pu considérer comme un des prophètes de l'impérialisme américain, précise "Les années 1898 à 1924 ont vu la montée de l'impérialisme, l'organisation des puissants consortiums financiers et industriels, le développement des trusts... ".

    C’est ce que nous allons voir maintenant. Les États-Unis d'Amérique : l'expansion (1865-1917) 2ème partie



[1] B. VINCENT, la destinée manifeste. « Le droit par notre destinée manifeste à dominer le continent tout  entier ». Quelle conception du droit : c'est le droit divin... !

[2] Les Indiens ont vécu des siècles en ignorant le droit de propriété de la terre : déficit conceptuel pour les Anglais, on s’en doute… Ni la terre, ni l’air, ni l’eau n’ont de propriétaire pour les Indiens.

[3] « 40 millions d’hectares (furent) octroyés par le Congrès et le président à différentes compagnies ferroviaires sans qu’elles aient à débourser le moindre dollar », H. ZINN, page 276.

[4] C’est la compagnie qui construisit la voie ferrée transcontinentale à partir de l’Est, à la rencontre de la CENTRAL PACIFIC qui partait quant à elle de Californie.

[5] En 1883, la chambre des députés du Massachusetts demanda sa réhabilitation. Le gouverneur de l’État était…Oliver Aimes, son fils.

[6] Grosse différence avec l’impérialisme espagnol qui superposa une trame de villes sur la population indigène. Ville à partir desquelles il assura sa domination.Les pionniers étasuniens, eux, repoussent devant eux les Indiens.

[7] Les ordres étaient exécutés avec une discipline digne de l’armée de Cromwell. « La dernière bataille se déroula au lieu-dit Palo Duro Canyon. Cernant le camp de l’ennemi, les troupes de McKenzie firent feu sur les Indiens qu’ils dominaient depuis les hauteurs. La fusillade dura toute la journée. McKenzie pouvait s’introduire dans le camp et disperser les chevaux des Indiens, une stratégie déjà utilisée par Custer à la bataille de Washita. Sans ses chevaux, l’Indien des Plaines perd sa capacité de combattre, de chasser, il perd son statut social. L’armée de McKenzie dirigea les mille chevaux dans le canyon, à quelques miles au sud du lieu de la bataille et là, les soldats les massacrèrent ». Bon site : http://redriverhistorian.com/redriverwar.html.

[8] RIEUPEYROUT, page 382.

[9] Les os de bison étaient utilisés par des compagnies industrielles pour la fabrication d’engrais.

[10] Son compère Sheridan était absolument sur la même longueur d’ondes  (1875) : «Les chasseurs feront l'année prochaine plus pour régler l'irritante question indienne que l'armée n'a pu faire durant les trente dernières années, ils détruisent l'intendance des Indiens. (...). Envoyez-leur de la poudre et du plomb, (...) qu'ils tuent, dépouillent et vendent jusqu'à extermination complète des bisons. Alors nos prairies seront recouvertes de bétail tacheté et du joyeux cow-boy qui suit le chasseur comme un second éclaireur d'une civilisation (sic) en marche». Cité par RIEUPEYROUT, page 396.

[11] Le "bassin de la poussière" est une vaste région dans les grandes plaines des États-Unis (Kansas, Oklahoma, Texas) où une érosion éolienne très puissante détruisit les sols à partir de 1935. Les causes de cette érosion en milieu sec sont largement anthropiques (excès de la monoculture mécanisée et persistance des jachères nues). Le "Dust-Bowl" a été la référence dramatique et le point de départ pour une politique de conservation des sols".  Pierre GEORGE, dictionnaire de la géographie, PUF.

[12] Le Congrès reste inflexible sur la question essentielle : protectionnisme douanier de l’industrie américaine. Cleveland détient le record d’utilisation de la procédure du veto - qu’il opposait à la majorité républicaine du Congrès - (SOPPELSA).

[13] « L'âge d'or du protectionnisme américain », Jean Heffer, Histoire, économie et société Année 2003, Volume 22 Numéro 1 pp. 7-22. Fait partie d'un numéro thématique : La politique économique extérieure des États-Unis au XXe siècle.


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