Versailles 1919/1920 : la paix manquée (2ème partie)

publié le 2 déc. 2012 à 14:32 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 30 juil. 2016 à 15:10 ]

SOMMAIRE

 

I.  LES TRAITES ET L'ILLUSION DE LA PAIX (1ère partie)Versailles 1919/1920 : la paix manquée (1ère partie)

a. Une nouvelle géographie de l'Europe :

La carte de 1914 / la carte de 1924

b. La grande illusion : la S.D.N.

 

II. LES BASES D'UN NOUVEAU CONFLIT (2ème partie)

a. Les premières désillusions

1. Le refus du Sénat américain

2. Le problème des "réparations"

b. La paix contestée

1. En Allemagne

2. En Italie

3. En Hongrie


II. LES BASES D'UN NOUVEAU CONFLIT

 

    Les garanties données à la France ne sont pas respectées et dans de nombreux pays, des hommes politiques n’ont pour programme que la révision des traités de 1919-1920. Leur audience décuple avec l’arrivée de la crise économique après 1929, mais c’est là une autre question.

 

A. LES PREMIÈRES DÉSILLUSIONS

 

1. Le refus du Sénat américain

    On sait qu’un traité est soumis à deux gestes politiques pour être valable : la signature par ceux qui avaient légitimité pour le négocier et la ratification par le souverain qui est soit une chambre élue soit le peuple lui-même. Je parle d’une démocratie bien sûr. Aux États-Unis, c’est le Sénat qui a le monopole de ce contrôle sur la diplomatie de l’Union. Wilson a négocié et signé le traité, il le soumet au sénat. Et patatras, le sénat se dérobe (novembre 1919). C’est la politique isolationniste qui l’emporte. Pour un temps. L’élection du républicain Harding à la Maison blanche conforte cette ligne politique.

    Or Wilson, et Lloyd l’avait accompagné en ce sens, avait dit à Clemenceau qu’il apportait ses « garanties » à la France contre « toute agression allemande non provoquée ». Cela parce que les Anglo-saxons avaient refusé un État rhénan entre la France et l’Allemagne prussienne. Des "garanties", il ne reste "plus rien" déclare Clemenceau quand il apprend la nouvelle du refus du Sénat américain. Lloyd George déclare que l’Angleterre ne peut assumer seule la charge de ces garanties. Bref, le France se retrouve alone.

    Bien entendu, ce refus du Sénat américain implique un refus d’entrer dans la SDN, idée wilsonienne pourtant.

 

2. Le problème des "réparations"

    L’idée est simple : l’Allemagne a commis en France et en Belgique des dégâts incommensurables. (lire, par exemple sur ce site 1914 : le martyre de la Belgique ou encore La guerre de 1914-1918, l'horreur, Reims ville martyre. liste non limitative). Toute la guerre a eu lieu sur le sol de ces deux pays (front occidental bien sûr). Or l’Allemagne est déclarée par le célèbre article 231 seule coupable de la guerre. Conséquence : elle doit payer des réparations aux pays-victimes. Je me permets de vous envoyer à la lecture de mon compte-rendu de voyage à Arras, l’une des trois villes martyres de la guerre avec Reims et la ville belge d’Ypres. LA GUERRE, ARRAS, L’HORREUR : FAUT-IL REMETTRE ÇA ?  Voir l’état du beffroi d’Arras avant et après la guerre : http://amnis.revues.org/1371?lang=es . Je vous invite aussi à visiter le site de Verdun et d’acheter les cartes postales de villages, avec des photos prises avant 1913, VILLAGES QUI ONT AUJOURD’HUI DISPARU. Vous pensez qu’ils sont en ruines, et bien non, ils n’existent plus. Ils ont reçu des centaines de milliers de tonnes de bombes qui les ont faits disparaître. On ne sait plus où se trouve l’église, la mairie, le café du commerce… Sans doute, la guerre a ses exigences, ses bavures et ses dégâts collatéraux comme disent les gens d’esprit. Mais était-il utile, pour les Allemands, d’inonder, à l’automne 1918, tous les puits de mines du Nord-Pas de Calais et de Lorraine avant de se retirer ? était-ce un objectif militaire ?

    Bref, le traité stipule qu’une commission des réparations sera mise en place et fixera le montant à payer par les Allemands. Les États-Unis ayant refusé de ratifier doivent-ils être présents à la Commission des réparations ? Voilà un cas qui montre le caractère irréfléchi de leur politique. Car, oui, ils seront présents. Mais la situation économique et financière de l’Allemagne intéresse au plus haut point les Américains qui ont de l’argent à y investir.

    Les Alliés sont divisés sur ce point.

-  intransigeants sont la France, la Belgique, une partie des Anglais -notamment les intérêts maritimes qui ont souffert de la guerre sous-marine allemande-[1].

-  Plus laxistes sont les Américains -qui sont entrés en guerre pour faire du business avec l’Europe- et les Anglais -banquiers de la City et hommes d’affaires-. Eux veulent voir l’Allemagne redémarrer le plus vite possible et la voir jouer son rôle d’entrainement.Cf. le livre de J.-M. Keynes, "Les conséquences économiques de la paix".

    Avec la crise économique mondiale de 1920-21, Lloyd George avance déjà l’idée d’un aménagement de la dette du vaincu. Puis, en janvier 1923, face à la mauvaise volonté manifeste de Berlin, Français et Belges occupent la Ruhr. C’est comme une reprise de la guerre. Les Américains vont vite calmer les ardeurs des Français. Ils ont l’arme monétaire. Mais, nous sommes ici dans la leçon suivante.

    Bref, ces questions montrent que la paix est contestée.


B. LA PAIX CONTESTÉE

 

1. En Allemagne

    L’ Allemagne ressemble maintenant à ça :


    On a peine à imaginer, aujourd’hui, l’impact du traité de Versailles sur les esprits allemands de l’époque. Il faut dire que les sujets de l’empereur comme ses militaires n’ont pas l’impression d’être défaits en novembre 1918. C’est un simple armistice. Le sol du Reich est intact, inviolé par les armées alliées. On sait que le traité de Versailles -qu’aucun allemand n’a négocié- est perçu comme un diktat : un texte imposé, mot-à-mot un texte dicté.

    Les Allemands ont alors une conception ethnique de la citoyenneté : qui parle allemand ou un dialecte allemand, qui fit partie du saint empire romain, qui a du sang allemand est citoyen allemand. Le débat de 1870 avec Fustel de Coulanges, la définition d’une nation par Ernest Renan sont toujours des choses non assimilées pour eux en 1919. Beaucoup ni n’admettent, ni ne comprennent le retour de l’Alsace-Moselle à la France. La coupure du Reich en deux, entre Poméranie et Prusse orientale, avec séparation de Dantzig de la mère-patrie, est également inacceptable.

    Le document suivant est extrait d’un atlas 100% allemand conçu et publié lors de la Guerre froide (1984)[2]. Il montre comment, à cette date encore, est reçu le traité de Versailles. Il dit à peu près la même chose que la carte précédente mais pas avec les mêmes moyens ! la cartographie n'est pas neutre.


    Le fait majeur est la violence du dessin. Les couleurs rouge et noir avec blanc sont celles du drapeau nazi. Je n’accuse pas les auteurs de nazisme mais je plaide pour une lecture freudienne de l’utilisation des ces trois couleurs. Les grosses flèches blanches veulent sans doute signifier une agression tous azimuts, ce qui est pour le moins paranoïaque relativement aux Polonais et aux Tchécoslovaques. Le titre est : la grosse tromperie (ou fraude) de Versailles. Je pense qu’un titre ironique du genre « la grosse farce du traité de Versailles » conviendrait mieux. Mais je crois que l’on parle en Allemagne de « l’escroquerie » de Versailles (trouvé au hasard d’une lecture).

    La légende est la suivante (de haut en bas et de gauche à droite) : ce qu’il reste à l’Allemagne ; zone démilitarisée (en fait c’est une zone occupée par les armées françaises et autres) ; zones interdites de fortifications ; régions cédées ; rattachement de l’Autriche interdit ; pays bénéficiaires du diktat (peut se traduire aussi par « profiteurs ») ; pays neutres et Hongrie.

    Le texte en dessous est un chef d’œuvre de mauvaise foi et de chauvinisme. "Ainsi, en 1919, l’Allemagne était dépecée et forcée, de façon indigne, à être privée de ses droits et à vivre à genoux. Des terres ayant appartenu à l’Empire -il s’agit du Saint empire romain germanique, JPR - et ayant partagé son destin depuis l’Antiquité (sic) lui ont été arrachées : Nord-Schleswig (alors que le population est danoise et a voté à 75% pour le retour au Danemark en 1920), Prusse occidentale et Posnanie (la population est très majoritairement polonaise et ces terres sont venues à la Prusse après les partages léonins de la Pologne au XVIII° siècle), Memelland, Haute-Silésie (là aussi, il y eut plébiscite et les terres passées à la Pologne sont …polonaises), Alsace, Lorraine (sans commentaire), Eupen et Malmédy. En outre, tout l’ouest de l’empire rapetissé est démilitarisé. La côte nord, la frontière orientale et la frontière sud ne doivent plus portées de fortifications. Les fleuves allemands ont été retirés à la souveraineté de l’État : ils ont été « internationalisés » (ici, la mauvaise foi est absolue. Les Allemands connaissent parfaitement ce principe qui est appliqué pour le Rhin depuis 1815, congrès de Vienne. Le Rhin relève de la Commission du Rhin qui existe toujours et qui est la première Organisation intergouvernementale, à ma connaissance. Du fait de la création de la Tchécoslovaquie, l’Elbe est devenue un fleuve international avec liberté de navigation pour le pays situé à l’amont ; il en va de même pour l’ Oder et ses affluents de rive droite qui arrivent de Pologne). Des régions entières ont dû subir l’occupation étrangère et le rattachement de l’Autriche au Reich allemand était interdit". Fin de citation (texte de 1984)..

    Il n’y eut pas de frontière plus contestée que celle de la Pologne et de l’Allemagne en 1918 :

    
CETTE CARTE - allemande- EST COMMENTÉE DANS CET ARTICLE COMMIS PAR MOI-MÊME :
3EME PARTIE : LES FRONTIÈRES DES PECO : LA FRONTIÈRE GERMANO-POLONAISE DE 1920

2. En Italie

    On sait que l’Italie était officiellement alliée aux empires centraux (la fameuse Triplice) mais avait signé des accords secrets avec Delcassé, brillant ministre français des affaires étrangères. Les abandons français sur la Libye ont détaché l’Italie de la Triplice (lire article : Delcassé, Wikipaedia). En 1914, Rome reste neutre. Reste à la faire entrer en guerre aux côtés des pays de l’Entente (France, Angleterre essentiellement). A cette fin, une conférence secrète se tient à Londres, en 1915, avec conclusion d’accords secrets. L’Autriche, par son intransigeance têtue, a empêché l’option de la neutralité « payante » envisagée par les Italiens : rester neutre, si les terres italophones reviennent à la mère-patrie.

    Le pacte secret de 1915 prévoyait que l’Italie entrerait en guerre aux côtés de l’Entente dans un délai d’un mois, et en échange elle recevrait, en cas de victoire, le Trentin, le Tyrol du Sud (jusqu’à y compris le col du Brenner), la Marche julienne, l’Istrie (à l’exception de Fiume), une partie de la Dalmatie, de nombreuses îles de la mer Adriatique, ainsi que Vlora et Saseno en Albanie et le bassin houiller d'Antalya en Turquie. De plus, elle se voit confirmer la souveraineté sur la Libye et le Dodécanèse.

    On sait que le président Wilson refuse ces clauses secrètes. Je cite l’article Wiki intitulé « traité de Rapallo, 1920 » : « Fiume doit servir de débouché commercial non pas à l'Italie mais aux territoires situés dans le nord et le nord-est de ce port : à la Hongrie, la République tchèque, la Roumanie et aux États du nouveau groupe yougoslave. Attribuer Fiume à l'Italie signifierait créer la conviction que nous avons, délibérément, mis le port dans les mains d'une puissance dont il ne fait pas partie intégrante. Et la raison pour laquelle la ligne du Pacte de Londres a inclus un grand nombre d'îles de la côte orientale de l'Adriatique et la partie de la côte dalmate a été qu'il est nécessaire pour l'Italie d'avoir une position dans les canaux de l'Adriatique orientale afin qu'elle puisse défendre ses côtes d'une agression navale de l'Autriche-Hongrie. Or l'Autriche-Hongrie n'existe plus».

    C’est alors que se situe l’aventure de Gabriele d’Annunzio qui, avec un groupe de soldats débandés, d’aventuriers, de nationalistes, s’empare de la ville et du port de Fiume (lire le cours sur l’Autriche en 1914). Ce coup de force interrompt les négociations à Versailles ! (septembre 1919). D’Annunzio crée un État fantoche mais il faut une conférence internationale à Rapallo (1920 pas 1922, attention) pour que l’Italie accepte la proposition d’un État libre de Fiume sous souveraineté de la SDN. D’Annunzio refuse, il faudra que l’armée italienne vienne l’y déloger, au "Noël de sang", (1920). Les nationalistes restent vindicatifs et revanchards ; on s’en doute. De plus, l’Italie n’obtient que Zara sur la côte adriatique et ne participe pas au banquet de partage des colonies allemandes ; Toutes choses qui entretiennent l’idée d’une paix mutilée (sic), d’une Italie vainqueure de la guerre, vaincue de la Paix (sic). Cette crise nationaliste est une des causes de la victoire de Mussolini en 1922.

 

3. En Hongrie

    Le traité de Trianon a eu sur les Hongrois le même effet que le traité de Versailles sur les Allemands. Désastreux. Destructeur. Déplorable. La biblio est évidemment foisonnante, j’utilise pour ma part un livre écrit en 1922, sous la régence de l’amiral Horthy donc, par Ladislas Buday, La Hongrie après le traité de Trianon [3] et l’article Louis Eisenmann, un des sommets de notre Himalaya universitaire, premier titulaire de la chaire d’« histoire et civilisation des Slaves » à la Sorbonne, magyarophone, expert près les ambassadeurs, La nouvelle Hongrie paru en septembre 1920 [4]. La date de parution de ces documents en fait des témoignages sur les mentalités du moment. [5]

    Eisenmann n’y va pas par quatre chemins. Son article débute ainsi : "Le dernier recensement décennal hongrois, qui a été fait en 1910, accusait, sur un territoire de 325 411 km2, une population totale de 20 886 447 habitants. Les frontières nouvelles que vient de lui fixer le traité du Grand Trianon ramènent la Hongrie à environ 91 000 km2 et 7 400 000 hab. Au simple rapprochement de ces chiffres, on mesure le prix dont les Magyars paient leur responsabilité dans la guerre. Avec l'empire turc et avec l'Autriche surtout, son associée depuis tantôt quatre siècles, le royaume de Saint £tienne est la grande victime du cataclysme européen déchaîné en 1914. L'une et l'autre, l'Autriche et la Hongrie, portent la peine d'une erreur criminelle. Elles ont cru pouvoir, au XIXe siècle et au XXe, après la révolution de 1848 et l'éveil des nationalités, maintenir par la violence et la ruse des États où la majorité était livrée à la domination de minorités ethniques et sociales". Plus loin, il parle du compromis de 1867 (cf. l’article sur l’Autriche-Hongrie en 1914) en écrivant qu’il a aggravé les abus de la Hongrie d’ancien régime. Il dit une Hongrie marâtre, oppressive. Il dénonce la plus brutale et la plus cynique oppression des minorités. Les juifs magyarophones s’étant repliés sur Budapest après Trianon, Eisenmann exprime ses craintes à voir la Hongrie vaincue, (qui) semble aujourd'hui vouloir faire d'eux les boucs émissaires de ses fautes. La question juive pose les problèmes les plus graves et les plus curieux de la structure sociale de la Hongrie et de l'avenir du nouvel État magyar. Le futur ne lui donnera pas tort.

    Buday quant à lui écrit un livre de propagande destiné à faire changer l’opinion française quant à l’attitude de rejet des Hongrois à l’égard du traité du Trianon. D’abord, il faut savoir que tout le long de son livre il parle de la Hongrie-mutilée : celle sortie de Trianon, et de la Hongrie-intégrale : celle d’avant 1914. Il écrit crûment que la Hongrie mutilée est un petit État nouveau couvrant à peine le tiers du territoire qu’il occupait depuis mille ans. Vous avez bien lu : mille ans. Tout ce qui a été donné aux minorités (slovaque, roumaine, ruthène, serbe, etc...) est une expropriation, une mutilation et ne relève en rien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et systématiquement, pour chaque secteur de l’économie (forêts, terres arables, équipement ferroviaire, etc…), ce professeur de statistique donne la part qui revient maintenant à la Hongrie mutilée et à l’occupation roumaine, à l’occupation tchèque, à l’occupation yougoslave, etc… Concernant la responsabilité hongroise dans le déclenchement de la guerre, Buday nous dit qu’il est dès à présent, un fait universellement connu et que personne ne songe à nier que le comte Etienne Tisza, alors président du conseil des ministres hongrois, s’est opposé à la déclaration de guerre jusqu’à la dernière minute. Si l’on prend pour arbitre Michel Prigent, chargé de cours à l’ INALCO, qu’apprend-on ? Après l’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo, Tisza hésite, devant la menace d’intervention russe, avant de soutenir l’ultimatum à la Serbie, et la Hongrie connaît un déferlement de passions nationalistes. Elle ne fut pas seule dans ce cas dira-t-on. Certes. Mais sa responsabilité dans le problème des nationalités dans les Balkans est telle qu’on ne peut que réprouver sa volonté de faire la guerre à des peuples qu’elle opprime déjà chez elle depuis des lustres. Par exemple, Prigent nous indique que le pourcentage d’écoles élémentaires dans le Royaume de Hongrie où le magyar est la seule langue d’enseignement est passé de 46,4% en 1880 ; à 60,6% en 1900 et à 80,4% en 1912. Les écoles bilingues, hongrois + autre langue, ayant disparu. Les Hongrois représentant 54,5% des habitants du royaume (sans la Croatie-Slavonie) au recensement de 1910.

    De toute façon, il est exact de dire que des centaines de milliers de Hongrois - comme les Allemands ailleurs - se sont retrouvés minoritaires dans les régions données aux États voisins. Eisenmann le reconnaît bien volontiers qui parle de populations sacrifiées. Il en donne les raisons en justifiant le nouveau tracé des frontières tchécoslovaque et roumaine de la Hongrie "mutilée" comme dirait l’autre. "Le tracé est ici avant tout stratégique, il vise à donner à la Tchécoslovaquie, dans le cours du Danube, sa seule ligne de défense solide, et, dans les voies ferrées, les instruments non seulement de sa vie économique, mais surtout de sa sécurité, et en particulier de ses communications directes et indépendantes avec la Roumanie, qui sont un facteur essentiel du nouvel ordre politique de l'Europe centrale. (…). La Roumanie agrandie garde sur son territoire le plus grand nombre de Magyars séparés : ceux qui peuple le glacis de protection du chemin de fer de Kiralyhaza à Nagyszalonta, …". Il s’agit là d’une voie ferrée construite par les Hongrois pour relier des villes à majorité hongroise mais qui se trouve, après le traité, en territoire roumain de sorte qu’avec les voies ferrées de Tchécoslovaquie on peut contourner la Hongrie nouvelle dont on sent à la lecture de ces faits qu’elle est toujours considérée comme une menace pat les rédacteurs du traité de Trianon.

    Je m’arrête là, me réservant la possibilité de rédiger un article plus complet sur la Hongrie durant l’entre-deux-guerres. Mais on a suffisamment d’éléments pour expliquer la rancœur des Hongrois qui étaient particulièrement nationalistes et dominateurs avant 1914 (même la « gauche » au parlement de Budapest -où ne siégeaient guère que des Hongrois, le suffrage étant restreint - était d’accord pour la politique de magyarisation des minorités) .NB. petit détail amusant (?) lors de l'Euro 2016 de foot-ball, j’ai vu des supporters hongrois avec un drapeau national portant en son centre la carte de la Hongrie royale de 1913...

 

    J’ai parlé ailleurs de la remise en cause du traité de Sèvres par les Turcs et la guerre gréco-turque qui en a résulté. Tout cela nous dit combien ces traités de paix ont été facteurs de tensions et sans aucun doute, cause (pas unique) de la guerre suivante.    Voir aussi : où sont passés les empires d'avant 14 ? "L'Europe centrale, 1914-1939" (corrigé)




[1] La position française est vivement combattue par un Anglais qui deviendra célèbre, J.-M. Keynes, dans son livre "Les conséquences économiques de la paix".

[2] W. Hilgemann, Atlas zur deutschen Zeitgeschichte 1918-1968, Piper, Munich, 1984, 208 pages.

[3] Publié à Paris par Georges Roustan éditeur, 290 pages. Buday était professeur de statistique à l’école polytechnique de Budapest.

[4] Annales de Géographie, XXIX° année, n°161, 15 septembre 1920.

[5] Il y a aussi plus récent : Michel PRIGENT, chargé de cours à l’INALCO, La Hongrie et les Hongrois aux XIX° et XX° siècles, paru dans le revue HISTORIENS ET GEOGRAPHES, n°329, année 1990 (avec bibliographie).


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