LES R.I. DE 1936 à 1939. C. "LES GRANDES MANOEUVRES"

publié le 5 déc. 2012 à 08:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 6 août 2016 à 03:55 ]

LES RELATIONS INTERNATIONALES DE 1936 à 1939

C. "LES GRANDES MANŒUVRES"

 

I. LA "MONTÉE DES PÉRILS" 1936-1937

 

A. La Guerre d'Espagne

1. Révolution et guerres civiles espagnoles

2. L’internationalisation du conflit

B. Le Japon attaque la Chine

                1. Le Japon, l’agité de l’Extrême-Orient

                 2. La guerre et les crimes de guerre japonais

 

II. LES AGRESSIONS ALLEMANDES

 

A. l'Europe à la merci d'Hitler ?

1. A la conquête de l'Europe centrale

a. la fascisation de l’Europe centrale

b. le succès du Drang nach Osten

2. Les circonstances sont favorables

B. L'expansion allemande

1. 1938 : "Ein reich, ein Volk"

a. l'Anschluss

b. Munich

2. 1939 : "Drang nach Osten"

a. disparition de la Tchécoslovaquie

b. la Pologne

 

 

 

Les Relations Internationales de 1936 à 1939

C."LES GRANDES MANŒUVRES"

 

    A partir de 1936-1937, la Guerre d’Espagne et l’agression japonaise en Chine font peser sur le monde les premières menaces de conflagration générale (I). Puis, en 1938, Hitler juge la conjoncture favorable à l’Allemagne et ses coups de force réussissent en Europe centrale. L’année 1939 voit les tensions s’accroître avec de nouvelles agressions et la vie diplomatique est intense avec, notamment, le rôle fondamentale joué par l’Union soviétique soit que l’on souhaite son alliance ou neutralité soit que l’on souhaite s’en débarrasser par la guerre (II).

 

I. LA "MONTÉE DES PÉRILS" 1936-1937

 

A.    La guerre d'Espagne

 1.      Révolution et guerres civiles espagnoles

    Alphonse XIII [1] se débarrasse du dictateur Primo de Rivera (1930). Les républicains se concertent et s’unissent. Les élections municipales convoquées par le gouvernement du roi sont un triomphe (12 avril 31) pour les républicains qui proclament la République le 14. Alphonse XIII quitte l’Espagne la nuit-même. Si les élections générales de 1931 sont favorables aux Républicains, il n’en va pas de même en 1933, favorables à la droite monarchiste et cléricale. La droite au retour mène une politique qui suscite de vives réactions à gauche au point que le président de la république préfère dissoudre les Cortès et provoquer de nouvelles élections générales. C’est alors la victoire du Front populaire Frente popular (16 février 1936).1936 : Front populaire en Espagne

    Face aux transformations révolutionnaires et exploitant les excès de l’extrême-gauche, un groupe d’officiers mené par le général Franco, ancien homme-lige d’Alphonse XIII et de Primo de Rivera, tente un coup de force à partir du Maroc espagnol (17 juillet 1936). Mais le "pronunciamiento" [2] militaire se heurte à une résistance inattendue du gouvernement. L’ Espagne est coupée en deux.

    La guerre civile fut inexpiable et dura trois ans. Conflit de classes, guerre religieuse avec moines-soldats, autonomistes contre nationalistes, elle est aussi le symbole de l’affrontement des grandes idéologies contemporaines : fascisme contre démocratie, fascisme contre communisme et plus généralement encore, affrontement entre le traditionalisme et la révolution.

    La lutte fut longtemps incertaine mais l’aide italienne et allemande donna l’avantage à Franco alors que la Grande-Bretagne et la France se confinaient dans la "non-intervention". La chute de Madrid (28 mars 1939) et celle de Barcelone marquent l’échec final des Républicains. Le franquisme triomphe qui s’apparente au fascisme mais que l’historien américain Paxton préfère dénommer dictature militaro-cléricale parce que le système s’appuie sur l’ Église catholique, religion d’État, rouage du régime, et sur l’armée. Anti-communiste par essence, le régime adhère au pacte anti-Komintern le 26 mars 1939.

    La Guerre d’Espagne eut un écho considérable dans l’art (Miro, Picasso = pro-républicains ; Dali, admirateur de Franco) et la littérature (Pour qui sonne la Glas ? d’Ernst Hemingway ; L’espoir d’André Malraux ; Les grands cimetières sous la lune de Bernanos) etc…. Hemingway, républicain, estima que ce fut la seule guerre qui fût "juste".

  2.      L’internationalisation du conflit

    Dès mars 1934, le gouvernement espagnol, de droite depuis la victoire électorale de 1933, avait signé un accord secret à Rome (résidence dernière d’Alphonse XIII exilé) par lequel Mussolini s’engageait à fournir armes et capitaux pour renverser la République. D’ailleurs, dès l’agression de Franco, la logistique allemande et italienne aida au transfert des troupes espagnoles du Maroc colonial à la métropole.

    Mussolini espérait, en aidant le fascisme espagnol, assurer l’hégémonie italienne en Méditerranée occidentale. L’Allemagne nazie compte, elle, sur les exportations espagnoles de minerai de fer, de pyrites, de cuivre. De plus, la France pouvait en cas de victoire franquiste être prise à revers. Dans l’immédiat, la crise espagnole aggrava l’hostilité entre l’Italie et les démocraties et incita le Duce à se rapprocher de l’Allemagne -qui le soutient déjà dans l’affaire éthiopienne-. Hitler envisage déjà une stratégie d’alliance.

    France et Angleterre craignent une collusion italo-espagnole en Méditerranée occidentale : là se trouvent Gibraltar (base anglaise), le Maroc français, les liaisons maritimes avec l’Afrique du Nord qui pourraient être perturbées en cas de bases italiennes aux Baléares. Mais le pacifisme l’emporte. La France est très divisée et Léon Blum est heureux de trouver dans la politique anglaise de "non-intervention" une justification à sa propre passivité. La non-intervention est acceptée par 25 pays dont l’Italie et l’Allemagne. Chef d’œuvre d’escroquerie diplomatique ou de lâcheté selon les cas. Car, en fait, l’Espagne devient un champ de manœuvres et d’expérimentation pour le matériel des dictateurs ; bombardements en piqué à Guernica (Henschel Hs 123 par exemple), utilisation des chars, des colonnes motorisées, etc... 80.000 chemises noires mussoliniennes combattent en Espagne, la légion Condor d’Hitler est grosse de 10.000 hommes. C’est la "farce de la neutralité".1937, Guernica : l'Espagne, les nazis, Picasso...


Guernica - Picasso

    Les Brigades internationales de la III° Internationale quoique venues de 53 pays sont moins nombreuses et 2000 soviétiques combattirent dans la péninsule. L’URSS soutient en effet les Républicains espagnols malgré les arrière-pensées diplomatiques de Staline. Qu’est-ce à dire ? "Le Commissaire du Peuple aux Affaires étrangères, Maxim Litvinov, qui incarne la tendance moscovite à la sécurité collective, redoute qu'un appui russe ne réveille chez les Occidentaux leur crainte d’une expansion révolutionnaire, et alimente l'anticommunisme en Europe. Ce regain d'hostilité pourrait déchirer l'esquisse de l'alliance franco-soviétique ébauchée l'année précédente"[3].

On a jamais autant rigolé dans l'église espagnole que sous Franco... Et le salut fasciste n'est pas mal non plus...

    La victoire de Franco, outre la tragédie que cela représente pour les républicains espagnols, est une véritable défaite des démocraties contre les dictatures. C’est d’ailleurs l’analyse de Mussolini qui, devant la foule romaine, se moqua du fameux no pasaran (on est passé ! rigole-t-il). Et, comme Hitler l’avait prévu, cela rapprocha les deux dictatures ; axe Rome-Berlin dès octobre1936, signature du pacte anti-Komintern par l’Italie en 1937, Pacte d’acier (22 mai 1939).

Filmographie : Lien : "Land and freedom", la Guerre d’Espagne de Ken Loach (1995)   plus qu'une critique de film, c'est au ajout à ce cours sur la Guerre d'Espagne.


 B.     Le Japon attaque la Chine

 1.      Le Japon, l’agité de l’Extrême-Orient

    Il y aura un article qui présentera un tableau de l’empire chinois en 1911 (date de la révolution républicaine) avec souci de ma part d’expliquer la présence des troupes étrangères de façon permanente dans un pays qui est réputé indépendant. Cela surprend toujours [4] et légitimement d’ailleurs.

    La carte suivante montre la multiplicité des points d’attaque de l’impérialisme japonais Le Japon, de 1868 à 1914. Le Japon, déjà présent à Formose, en Corée, à Sakhaline et Port-Arthur (pris à la Russie après sa surprenante victoire de 1905) a eu le nez creux en se mettant du côté de l’Entente lors de la guerre mondiale. Il prend ainsi le port maritime chinois de Qingdao aux Allemands et la SDN lui donna mandat sur les Iles du Pacifique. Il intervient lors de la révolution russe et crée un front en Extrême-Orient contre les Bolcheviques. Le Japon, battu, quitte Vladivostok en 1922.

    Dans le cours précédent, j’ai évoqué la création de l’État fantoche du Mandchoukouo, non reconnu par la SDN et la communauté internationale en général.Le dernier empereur Puis, l’armée japonaise affronte à plusieurs reprises les forces armées chinoises : à Shanghai en 1932, dans le Jehol à l'est de la Grande Muraille en 1933, dans le Chahar en Mongolie-Intérieure. En 1935, le Hebei est annexé de fait avec la création d'un gouvernement collaborateur pro-japonais. En 1936, à nouveau en Mongolie-Intérieure, le Japon soutient l'insurrection manquée des indépendantistes mongols (prince Te).

    Ainsi qu’on le voit, le Mandchoukouo servit de base à une tactique de "grignotage" alors même que Tokyo dénonce les accords de Washington de 1922. Tchang Kaï-chek, chef du gouvernement et chef de l'armée de la république chinoise n’a de cesse d’éliminer les communistes chinois. Cela finit par lasser beaucoup de militaires nationalistes qui préfèreraient se battre contre des Japonais plutôt que contre des Chinois, fussent-ils communistes. C’est au point que se produit l’incident dit de Xi’an, le 12 décembre 1936, où l’on voit le maréchal Zhang Xueliang emprisonner Tchang Kaï-chek et l’enjoindre de changer de politique et de prendre langue avec les communistes. Tchang n’est libéré que le 25-XII après son acceptation [5]. Il faut dire qu’au préalable Zhang avait contacté le parti de Mao et que le Komintern avait donné la consigne des Fronts Populaires, ce qui, en Chine, se traduisait par l’alliance PC - Guomindang. La voie est libre pour une déclaration de guerre des Chinois au Japon. Mais le Japon insatiable prend l’initiative.


2.      la guerre et les crimes de guerre japonais

    Frapper avant que les parties chinoises se réconcilient et frappent de concert, tel est le plan immédiat des militaires japonais. Exploitant l’incident du pont Marco Polo à Pékin, dit « du triple sept » parce qu’il eut lieu le 7 -VII-1937, les Japonais attaquent ce qu’il reste de Chine non occupée sans déclaration de guerre le 26 juillet 1937. Leurs armées foncent sur Shanghai puis sur Nankin, sur le Yang Tse, à 250 km ouest. Nankin est la capitale de la Chine à cette date [6]. Ce 26 juillet est le début de la guerre mondiale pour les Chinois, elle ne s’achèvera qu’en septembre 1945. C’est alors qu’ont lieu les terrifiants massacres de Nankin. L’absence de déclaration de guerre soustrait les Japonais à l’obligation de respecter les conventions de la Haye. Ils peuvent donc se livrer à tous les excès capricieux d’une soldatesque en délire, sûre de plaire à l’Empereur et, éventuellement de mourir pour lui. C’est pourquoi, les Japonais parlent des "évènements de Nankin" puisqu’il n’y a pas officiellement "guerre". Sur Wikipaedia, vous avez un article très documenté sur les massacres de Nankin. Je vous invite également à regarder :

"Nankin 1937 - Journal d'un massacre" http://www.youtube.com/watch?v=tqdAOOM3X6s ce film d’ ARTE dure 52 minutes. Il faut l’avoir vu. Si, dans l’immédiat vous n’avez pas le temps, visionnez au moins cette série de photos de 2 mn 54’. http://www.youtube.com/watch?v=3qwH0zLroWY

    L’avance des Japonais est très rapide mais les Chinois exploitent la profondeur stratégique de leur territoire qui mesure plusieurs milliers de kilomètres d’Est en Ouest. Les soldats nationalistes arrivent dans le Bassin Rouge, Se Chouan, et sa capitale Tchoung-King (à vol d’oiseau, 1600 km de Shanghai) cependant que la guérilla des militants communistes de Mao harcèle les envahisseurs dans leurs arrières. Le Japon qui avait espéré une victoire facile et une démission rapide des autorités chinoises se trouve dans une impasse. NB. Le Bassin rouge correspond à la province du Se Chouan, c’est une immense cuvette fermée drainée par le Yang Tse Kiang et ses affluents qui se sort de là par les célèbres Trois Gorges, célèbres depuis la construction ultra-médiatisée du barrage du même nom. L’appellation Bassin rouge est aujourd’hui désuète : on dit Sichuan et Yangzi ainsi que Chongqing, etc…[7]. 

Filmographie :« John RABE, le juste de Nankin », 2009, Florian Gallenberger  sur ce site (nombreuses infos complémentaires).

 

II. LES AGRESSIONS ALLEMANDES

 

    A partir de 1938, les relations diplomatiques européennes sont dominées par les initiatives hitlériennes. Hitler juge la conjoncture favorable à ses desseins et se fixe l’objectif de la guerre. La conquête de l’Europe centrale se fera d’autant plus facilement que les pays qui la composent sont gravement touchés par la crise économique mondiale, qu’ils sont gravement imprégnés de l’idéologie fasciste et que les « démocraties » s’effacent devant l’Allemagne.

 A. l'Europe à la merci d'Hitler ?

     L’ Europe centrale est touchée à la fois par la crise et par le fascisme et les puissances qui pouvaient faire obstacle aux ambitions allemandes sont ou indécises ou divisées.

 1. A la conquête de l'Europe centrale

    Pour cette partie du cours, je vous conseille d’exploiter à fond l’article du feu professeur J. Droz (Paris I) dont j’ai emprunté le titre « à la conquête de l’Europe centrale » [8].

    L’histoire de l’Europe centrale au cours des années trente a été dominée par la lutte des nationalités (problème que les traités n’ont pas résolu) et par la détresse économique provoquée par l’absence d’entente douanière et/ou un protectionnisme autarcique. Ces difficultés auxquelles les puissances occidentales ont été incapables de trouver une solution ont permis à l’Allemagne d’asseoir sa domination sur cette partie du continent. Deux facteurs ont été déterminants

    - le développement des partis et des méthodes fascistes de gouvernement

    - la possibilité pour l’économie allemande d’organiser l’Europe centrale à son profit.

a. la fascisation de l’Europe centrale

    S’adressant surtout à des masses rurales (paysannes et artisanales), les fascistes de ces pays (Slovaquie, Autriche alpine, Pologne, Hongrie, Roumanie, Yougoslavie), par hostilité au bolchevisme, tiennent un langage réactionnaire, clérical, antisémite. Avec le déclenchement de la crise économique, ces partis se radicalisent et se retournent contre la grande propriété foncière qui est restée traditionaliste. Il y a une lutte entre fascistes et conservateurs, ces derniers allant pour se maintenir au pouvoir jusqu’à utiliser les mêmes méthodes que leurs adversaires.

    (Voici un tableau qui tente de synthétiser les forces fascistes ou fascisantes en Europe centrale et orientale. J’ai vérifié : il correspond à ce qu’écrit J. Droz par ailleurs, même s’il est moins complet). Cette carte de l'atlas Piper montre tous les pays d'Europe qui ont eu un régime fasciste (couleur marron) ou militaro-clérical (couleur jaune).


    Le plus difficile à comprendre (et à expliquer) est cette distinction entre parti fasciste et parti conservateur d'extrême-droite. Socialement, elle peut être illustrée par l’opposition entre le Maréchal Hindenburg et Adolf Hitler. L’un, aristocrate prussien, gros propriétaire terrien, seigneur, qui a accompli le cursus honorum au sein de l’institution militaire, luthérien, impérialiste -au sens de respectueux de et soumis à l’Empereur Guillaume-, l’autre, un raté, psychopathe, caporal dans l’armée allemande (pour un maréchal prussien avoir des ambitions politiques quand on a été caporal dans l’armée c’est une farce), païen, anticlérical au sens de méprisant pour les hiérarchies ecclésiastiques qu’il veut soumettre, s’appuyant sur d’autres ratés, des déclassés, des classes moyennes déchues ruinées par la crise économique, sur des brutes épaisses organisées comme une armée privée. Ce n’est pas le même monde. En France, on retrouve cette opposition avec Pétain et Doriot, par exemple. Ou avec l’opposition entre les Chemises vertes de Dorgères, mouvement paysan carrément fasciste qui organise des groupes armés pour casser la grève d’ouvriers agricoles, et les Syndicats agricoles qui, regroupent aussi bien le petit paysan que le grand propriétaire dit « chef de terre » comme le comte Roger de La Bourdonnaye lequel, en bon notable rural, cumulait les postes de président de la chambre d'agriculture et de président du Syndicat agricole de l'Ille-et-Vilaine. (Voir mon livre, sur ce site, chapitre XVII, vol. 2).

    Les conservateurs tiennent davantage compte du soutien de l’Église alors que les fascistes n’aiment pas ce contrôle que la hiérarchie religieuse voudrait conserver. C’est pourquoi l’historien américain Paxton distingue les régimes fascistes (Hitler, Mussolini…) et les régimes du type militaro-clérical (Franco, Pétain plus tard..). Il va de soi que ces deux courants d’extrême-droite partagent des "valeurs": anticommunisme, antisoviétisme, antisémitisme, refus de l’idéologie des Droits de l’homme et du citoyen, rejet de la Révolution française et de ce que nous appelons les valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité, laïcité.

    En Yougoslavie, les Oustachis se tournent vers Mussolini, le Zbor vers l’Allemagne. Gömbös, le Hongrois, ou Codreanu, le Roumain, étaient liés de longue date à Hitler. Le roi de Roumanie bascule vers l’alliance nazie à la fin des années trente.

b. Le succès du Drang nach Osten.

    La "maladie" de l’Europe centrale résidait dans la balkanisation [9] de l’empire austro-hongrois. Certes, cet empire était multinational et les minorités n’étaient pas respectées dans leurs droits mais l’ensemble constituait un espace économique ouvert, avec échanges, complémentarité, etc... L’éclatement qui a suivi la défaite de 1918, la crise et les barrières douanières dressées ont montré la dépendance qui existait entre ces pays. En 1932, un universitaire hongrois, cité par Droz, en fait le constat : "les États issus des traités ont montré plus d’ingéniosité à s’isoler les uns des autres qu’à nouer des relations de bon voisinage".

    L’Allemagne était très présente avant 1914. Elle était le troisième exportateur de capitaux et la destination principale en Europe était l’empire austro-hongrois (12,5% de l’ensemble) suivi des Balkans avec 7,5%. Les esprits avaient été préparés à une domination allemande sur cette partie de l’Europe. Il faut réfléchir en termes d’économie d’un grand espace -Grossraumwirtschaft- et dès 1916, F. Naumann écrit un livre au titre appelé à un grand retentissement Mitteleuropa. En 1930, Haushofer, géographe, définit cette Mitteleuropa comme un espace hiérarchisé avec au sommet une Allemagne super-industrialisée, en intermédiaire une Autriche-relai et à la base des États agricoles. L’Allemagne peut tout à la fois acheter les excédents agricoles de ces pays, les financer et les pourvoir en produits industriels. La même année, un économiste, Wirsing, parle d’une "internationale verte" qui serait tout à la fois rempart contre l’individualisme occidental et contre le socialisme bolchevique. Les thèses nazies ne sont pas loin. En fait, il ne manque à ces auteurs que le vocabulaire géographique en termes de centre et de périphérie.

    A partir de 1933, Hitler s’inscrit dans une continuité. Que voulez-vous qu’il invente ? Le capitalisme financier allemand a ses exigences qu’il faut respecter. Le nouveau chancelier signe des accords économiques avec la Hongrie et la Yougoslavie dès 1934, avec la Roumanie  en 1935. Il avait tenté l’ Anschluss dès 1934. Ces accords jettent les bases d’une collaboration à long terme dont le principe est accepté par les classes possédantes agrariennes de ces pays périphériques dont la fascisation est acquise, on l’a vu. Ces accords devaient procurer à l’Allemagne la première place dans l’économie de ces États et, rendant impossible toute volonté d’indépendance, les conduire progressivement à l’asservissement politique (J. Droz).

   

2. Les circonstances sont favorables

    Les puissances sont indécises ou divisées.

    Le pacifisme britannique. Les Anglais avaient surpris leur monde en signant, en 1935, un accord naval avec l’Allemagne hitlérienne. Cela alors que la SDN tentait d’œuvrer pour le désarmement. Mais pendant ces années, il y a comme un consensus Londres-Berlin : à Londres, la politique ultra-marine, impériale, à Berlin, la politique européenne. Si les Anglais confirment (1936) leur appui à la Belgique et à la France en cas d’agression allemande non provoquée, ils refusent toute intervention en Europe centrale où le discours pervers des nazis sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (le peuple des Sudètes, allemand, doit choisir son État) a de l’emprise sur l’opinion britannique. A cela s’ajoute, la germanophilie du roi Édouard VIII et de la noblesse anglaise non insensible au discours sur la race. Filmographie : ."Remains of the day" de James Ivory (1993), les VESTIGES DU JOUR (sur ce site) Avec l’arrivée au pouvoir de Chamberlain et de Lord Halifax triomphe la politique d’appeasement. La tendance politique qu’ils représentent voit l’ennemi à abattre plutôt à Moscou qu’à Berlin. En visite en Allemagne (novembre 37), lors d’entretiens avec Hitler, Halifax avait reconnu que l’Allemagne avait constitué un rempart contre le communisme. Ce dont Hitler l’avait remercié.

    L’effacement français. La France avait eu un excellent ministre des affaires étrangères en la personne de Louis Barthou qui avait opté délibérément pour l’alliance de revers. Barthou tentait de mettre au point un « Pacte oriental » qui eût été pour les frontières orientales de l’Europe ce que le pacte de Locarno était pour les frontières occidentales lorsqu’il fut assassiné. Il avait initié un traité franco-soviétique. Son successeur, Laval, ne peut faire machine arrière mais l’esprit n’est plus le même. Le traité sera voté par le parlement français mais sans ses avenants militaires ce qui limitait beaucoup sa portée. En mars 1936, la France laisse Hitler franchir le Rhin et occuper la rive gauche par l’armée allemande. Cette inaction face à une violation flagrante du traité de Versailles provoque l’éclatement de la Petite Entente et le rapprochement de ces États avec l’Allemagne -sauf la Tchécoslovaquie-. Dès lors, la France suit la politique britannique. Elle accepte d’apaiser les tensions… Il faut dire aussi que la monnaie française est sous la dépendance de la monnaie anglaise. De surcroît, la tendance Halifax est bien présente en France : "plutôt Hitler que Blum" est une politique largement partagée à droite et extrême-droite. De Gaulle la dénonce dans sa correspondance. Le néo-pacifisme (Pétain, Laval…) est la politique de gens de droite qui prônent coûte que coûte la paix, ce qui leur vaut une popularité certaine et ce qui fait le jeu d’Hitler qui peut mener sa politique librement.


    L‘isolement soviétique. Entée à la SDN en 1934, l’URSS joua à fond la carte de la sécurité collective, adhéra aux plans de Barthou. Puis, elle n’est pas insensible aux manigances des Laval et des Halifax, elle n’ignore pas -pour l’avoir subie en 1920- la haine qu’elle suscite même chez les « démocraties ». Alors émerge, peu à peu, la thèse des deux impérialismes : celui du nazisme/fascisme, bien sûr, mais aussi celui des démocraties impériales, tous les deux ne sont-ils pas l’expression duale du même capitalisme international ? Les reculs français, l’inefficacité de la SDN face à l’agression italienne  en Éthiopie la poussent à un certain retrait.

    Le neutralisme américain. Le Sénat vote chaque année des lois sur la neutralité des États-Unis. Le Congrès vote la loi "cash and carry" : toute marchandise exportée par les E.U. sera payée comptant et mise à bord dans un port américain sur un navire de l’acheteur (en 1917, la guerre sous-marine allemande envoyait par le fond des navires américains chargés de produits non encore payés par les importateurs européens. Ce fut un argument pour Wilson pour engager son pays dans la guerre). Cette loi ne gène guère l’Allemagne qui a les yeux tournés vers l’Europe centrale et orientale dans le cadre de son Grossraumwirtschaft. Un fort parti pro-allemand travaille l’opinion aux États-Unis -qui furent terre d’émigration pour les Germains-. Bref, Roosevelt ne peut compter sur son pays pour l’instant.

    Hitler résolu à l’action. A l’inverse, Hitler, en 1937, se sent prêt. On sait que si le traité imposait une armée limitée à 100.000 hommes, ce furent pratiquement 100.000 officiers qui étaient formés et on effectuait une rotation (cela sous la république de Weimar). A partir de 1933, les progrès furent fulgurants. Hitler a gagné la bataille du chômage en faisant construire des armes de guerre. Lire ci-contre le document extrait de Hachette-GREGH p.304.

 B. L’expansion allemande

     Attention finesse : cette partie de leçon, très classique, est le plus souvent présentée avec un plan "géographique" : Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne. C’est passable. Mais ce n’est pas une problématique. Je préfère le plan suivant : dans une première partie, Hitler joue sur le thème du droit des peuples : un peuple, un État, tous les Allemands doivent être rassemblés dans le même pays. C’est un argument fort, même s’il est faux : les Alsaciens sont sans doute d’origine germanique mais ils sont Français. Ce qui compte ce n’est pas le sang, conception biologique, animale, de l’humanité mais l’esprit, la culture, le choix, la liberté d’opter pour tel ou tel pays. D’ailleurs, dans un second temps, Hitler jette le masque : il récupère les Tchèques, les Polonais qui sont des Slaves et non des Germains, ce qui prouve que ses ambitions sont impérialistes et non pas patriotiques.



1. 1938 : "Ein reich, ein Volk"

a) l'Anschluss

    En 1931, la crise s’abat sur le pays avec la faillite du Kredit Anstalt, banque de Vienne. Le fascisme en fait son miel, mais l’originalité de l’Autriche est que tout le monde ne veut pas être allemand, et cela rejoint ce que j’ai écrit précédemment. Il y a des nazis pro-allemands et un austro-fascisme : pour un fascisme, mais autrichien ! Le programme du leader Dollfuss est l’abolition des institutions parlementaires, l’élimination des socialistes, une dictature corporative et chrétienne (comprendre catholique). Après l’assassinat de Dollfuss par les nazis, son successeur Schuschnigg maintient sa double opposition contre les "rouges" -clandestins mais très actifs- et contre les Hitlériens.

    Schuschnigg a fort à faire contre ses nazis menés par un fanatique comme Seyss-Inquart. En février 1938, Hitler lui impose -sous peine d’invasion de son pays- de prendre ce nazi comme ministre de l’intérieur, poste-clé s’il en est, qui permet le contrôle de la police et des services secrets. Schuschnigg croit pouvoir préparer un referendum sur l’indépendance de l’Autriche mais, le 11 mars, Seyss-Inquart -lourdement appuyé par Hitler- l’oblige à démissionner et, nouveau chancelier, fait appel à Hitler pour "assurer l’ordre", les troupes nazies envahissent l’Autriche dès le 12. Organisé par les nazis, le referendum donne 99% de oui au rattachement (Anschluss). L’inclination du régime pour le fascisme -et notamment son hostilité systémique à l’encontre du socialisme- portait en elle la destruction de l’Autriche. 

    NB. sur cette spécificité autrichienne, à sa voir l'existence de deux courants fascistes, l'un carrément nazi, l'autre plus nationaliste ("austro-fascisme"), voici un article que j'ai rédigé :   Autriche-Hongrie avant 1914 : aux sources du fascisme...

       L’ Europe ne réagit pas. Chamberlain avait déconseillé toute résistance. La presse anglaise fait même de l’humour : "les Allemands envahissent un pays… allemand". Tout est donc OK…

b) Munich

    Pendant longtemps, les Sudètes -nom des Allemands de Bohème- ont été loyalistes : ils avaient la longue habitude de traiter avec les Tchèques sous l’empire austro-hongrois. Après la crise 1931 et l’arrivée d’Hitler en 33, un clone - Conrad Henlein-  crée un parti nazi des Sudètes qui réclame dans un premier temps l’autonomie. Grâce aux subsides de Berlin, Henlein remporte les élections législatives de 1935 (majorité relative) dans la région des Sudètes. Le führer local évolue vers l’idée du rattachement à l’Allemagne.

    Henlein voyage en Angleterre où il se fait le chantre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est un succès. Les nazis entretiennent l’agitation et fin septembre 1938, Hitler lance un ultimatum exigeant la remise à l’Allemagne des territoires tchécoslovaques de langue allemande. La guerre ? Paris rappelle des réservistes, la tension est extrême…Finalement, Mussolini prend l’initiative d’une rencontre à quatre, à Munich, lui qui s’était exclu de la SDN comme agresseur de l’ Éthiopie. De façon incompréhensible pour un esprit normal, la Tchécoslovaquie n’est pas invitée. L’URSS non plus.

    On sait les résultats ; la France laisse tomber son allié. Le colonel Charles De Gaulle écrit à son épouse : "Voici donc la détente. Les Français, comme des étourneaux, poussent des cris de joie, cependant que les troupes allemandes entrent triomphalement sur le territoire d’une État que nous avons construit nous-mêmes, dont nous garantissions les frontières et qui était notre allié " (1er octobre 38). La perte de la région des Sudètes est la perte d’une frontière naturelle pour la Tchécoslovaquie. Imaginez que la frontière espagnole, du sommet des Pyrénées, descende à Carcassonne, Pamiers, Tarbes : autant dire que les Ibériques seraient chez nous. Il en va de même pour les Allemands : ils s’installent dans la plaine de Bohème. C’est la curée : les Polonais s’emparent de Teschen, la Hongrie passe sur la rive gauche du Danube et le sud de la Slovaquie. La Ruthénie devient autonome. Monseigneur Tiso, héritier politique du curé Hlinka, pro-nazi, devient président du gouvernement autonome slovaque.

    Munich demeure une honte. On sait les paroles définitives de Churchill à ce sujet. Il n’est pas inutile de les rappeler : "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre". Cette saillie vaut aussi pour le gouvernement français. Lequel gouvernement, toute honte bue - mais a-t-il seulement eu honte ? - signe un accord économique avec les Allemands en décembre 1938 (accords Bonnet - Ribbentrop) [10]. Schneider se débarrasse de ses usines tchèques Skoda.(cf. la photo ci-dessous extraite de la GU de Vidal de la Blache qui montre que la Tchécoslovaquie n'était pas un pays sous-développé. Avec l'URSS, la France pouvait avec Prague former un barrage efficace aux ambitions allemandes).


    Munich est une étape décisive dans la marche à la guerre. Hitler est au sommet de sa gloire, toute opposition intérieure a disparu en Allemagne. Les Soviétiques se demandent ce qu’on peut faire avec des dirigeants pareils qui ne tiennent aucune promesse et ils redoutent une coalition des « Quatre » contre elle-même. Le traité franco-soviétique de 1935 n'est alors plus qu'un chiffon de papier qui ne vaut pas l'encre et le papier qui ont servi à l'écrire, dixit l'historien français Duroselle (Wikipaedia).

 

2. 1939 : "Drang nach Osten"

    Le thème de la "race", du soi-disant "droit des peuples" disparaît (sauf pour Dantzig), les annexions relève du pur banditisme.

a) Disparition de la Tchécoslovaquie

 

  Le printemps 1939 est une nouvelle étape de catastrophes vers l’issue fatale. La Tchécoslovaquie, démantelée, démembrée, désarticulée, est une proie facile. A nouveau, la présence de dirigeants locaux fascistes aide grandement Hitler dans sa sale besogne. En mars 39, Hitler convoque Mgr Tiso à Berlin et le somme de proclamer l’indépendance slovaque. C’est effectif le 14. Le 15 mars 39, l’armée allemande envahit la Bohème-Moravie et entre dans Prague. Sous les apparences d’un protectorat -les Tchèques et Moraves, encore une fois, ne sont pas germains, la Bohème-Moravie est intégrée au Reich. Hitler n’en reste pas là. Le 23 mars, il entre dans le port de Memel (Klaïpeda en lituanien), certes peuplé d’Allemands, mais qui avait été attribué, sous statut international, à la nouvelle Lituanie comme ouverture maritime. Violation, une de plus, flagrante des traités de Versailles.

    Par ailleurs, Franco remporte la guerre d’Espagne en pénétrant dans Madrid (26 mars), il adhère immédiatement au pacte anti-Komintern. Mussolini, le 7 avril, envahit l’Albanie au nom de la loi du plus fort.

    Cerise empoisonnée sur le gâteau indigeste, Hitler annonce que le problème de Dantzig ne saurait rester en suspens éternellement.

b) La Pologne

    Ce pays est né de la volonté des Alliés vainqueurs mais aussi de sa confrontation avec la Russie bolchevique -guerre de 1920-21- ce qui lui a donné des territoires tout à fait non-polonais (paix de Riga) et c’est là un problème dirimant à toute entente éventuelle avec l’URSS. C’est surtout un pays arriéré, féodal, avec aristocratie et paysans pauvres, au catholicisme le plus traditionaliste et donc à l’antisémitisme nauséeux. Durant l’entre-deux-guerres, la Pologne a connu le régime du maréchal Pilsudski (1926-1935) puis celui dit "des colonels" avec Józef Beck à leur tête. Ce n’était pas une dictature totalitaire, une forme de parlementarisme était préservée.

    Le problème de la Pologne est de  faire accepter par l’Allemagne et l’existence de Dantzig comme ville-libre sous contrôle de la SDN et le "couloir de Dantzig" qui sépare l’Allemagne en deux mais qui est majoritairement peuplée de Polonais. Les militaires polonais pensent amadouer les nazis en pratiquant comme eux un politique antisémite et tolérante au national-socialisme. Les Polonais sympathisèrent avec les Hongrois (régime fascisant), participèrent au dépeçage de la Tchécoslovaquie après Munich -manière de signer ces accords criminels- refusèrent systématiquement aux Français et aux Anglais d’accorder une autorisation de passage sur leur territoire aux armées soviétiques au cas où… les Français payent leur politique du "cordon sanitaire" qui consista à éloigner le plus possible le danger bolchevique y compris en enlevant à l’URSS des terres qui lui revenaient. C’est pourquoi les Polonais ne voulurent pas donner l’autorisation de passage, redoutant que les Soviétiques appliquassent le "j’y suis, j’y reste". C’est pourquoi la Tchécoslovaquie n’eut pas de frontière commune avec l’URSS ce qui empêcha toute entente militaire entre ces deux pays dès lors que la Pologne ne donnait pas son autorisation de passage. (Bien entendu, vous consultez une carte).

    Quant à l'antisémitisme voici un extrait d’une cours d’agrégation du CNTE diffusé aux candidats en 1976-77.

"Parmi les principales mesures dirigées contre la minorité juive on peut citer : La résolution du 10 mai 1937 de l'Union des avocats polonais qui demanda que le nombre des avocats juifs ne saurait excéder le pourcentage de la population juive dans l'ensemble du pays ; L’Union des Médecins polonais n’admet à partir du 18 octobre 1937 que les seuls médecins chrétiens de naissance; les autres ne pouvaient être admis en tant que membres que par une décision du Comité central de l'Union ; Des bancs spéciaux furent réservés aux écoliers Juifs dans les lycées et les écoles moyennes (octobre 1937). Pour protester contre l'institution du «ghetto» universitaire une grève fut proclamée le 19 octobre 1937 dans tout le pays par les organisations juives. A la même- époque des incidents se déroulaient à Varsovie, à Lódz et dans-les universités des villes polonaises".

"Mais comme l'antisémitisme se développa surtout à partir de 1939 les députés Juifs (sept seulement) entrèrent dans l'opposition et connurent soit l'exil soit la prison comme Herman Liberman du parti socialiste ou les communistes Roman Zambrowski et Adolf Warski-Warszawski".

Avec une telle politique, les militaires cléricaux polonais étaient bien préparés à l’agression nazie (humour inside) et, en tout cas, ils avaient préparé le terrain à la Shoah.

 

    Dans ces conditions, où l’on ne sait pas qui est qui, qui fait quoi, les Soviétiques confrontés aux tergiversations occidentales, au refus polonais et au danger nazi, cherchent à tirer leur épingle du jeu. De surcroît, un conflit éclate avec le Japon en Extrême-Orient (cf. supra carte sur les agressions japonaises). Il y a, certes, des négociations avec les Anglais et les Français mais Halifax n’est pas fiable ; il donne des instructions pour "limiter l’accord aux termes les plus vagues possibles". Le 23 août, afin d’avoir les mains libres à l’Est dans la question polonaise, Hitler signe avec Staline un pacte de non-agression. C’est la stupeur. Le 1er septembre, sans déclaration de guerre, l’Allemagne envahit Dantzig puis la Pologne. Le 3 septembre, le Royaume-Uni suivi quelques heures plus tard par la France, déclare la guerre à l’Allemagne.

***

 



[1] De son vrai nom : Alfonso León Fernando María Jaime Isidro Pascual Antonio de Borbón y Habsburgo-Lorena (j’adore). Il descend à la fois des Bourbons (Louis XIV et l’héritage espagnol) et des Habsbourg-Lorraine (mariage de Marie-Thérèse de Habsbourg avec le duc de Lorraine).

[2] Ainsi dénommé parce que d’origine ibérique. Les conseils d’officiers des différentes régions militaires se prononcent contre le gouvernement ; autrement dit, c’est un coup d’ État militaire, factieux et antirépublicain.

[3] Trouvé sur ce dossier dont je recommande la lecture (il fait cependant l’impasse sur la « 3° guerre civile » russe) : http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=50817&v=3 lire aussi la présentation du film  "Land and freedom", la Guerre d’Espagne de Ken Loach (1995)

[4] En attendant, voici une référence : http://rha.revues.org/index6914.html#bodyftn69 = sur la présence des militaires étrangers en Chine. Jean-François Brun, « Intervention armée en Chine : l’expédition internationale de 1900-1901 », Revue historique des armées, 258 | 2010, [En ligne], mis en ligne le 02 mars 2010. URL : http://rha.revues.org/index6914.html. Consulté le 05 décembre 2012.

[5] L’aventure du maréchal Zhang Xueliang est plutôt cocasse. Dès le 25 XII, libérant Tchang Kaï-chek, il se constitue prisonnier auprès de son chef suprême. Condamné par une cour martiale de Nankin à 10 ans de forteresse, il est en outre privé de ses droits civiques. Il sera transféré à Taïwan, en 1949, après la victoire de Mao, où il retrouve Tchang Kaï-chek réfugié avec le reste du Guomindang. Il vivra en résidence surveillé à Taipei jusqu’à sa mort. (Source : E. Universalis.).

[6] Il y a toujours eu une compétition entre Pékin, capitale du Nord, et Nankin, capitale du Sud. L’opposition Chine du Nord et Chine du Sud est récurrente et les gouvernants veillent toujours à ne pas rouvrir les vieilles cicatrices.

[8] Numéro spécial de la revue L’HISTOIRE, « les années trente, de la crise à la guerre », n°58, année 1983.

[9] On emploie cette expression depuis la crise de l’empire turc ottoman. Au début du XVIII° siècle tout le sud-est de l’Europe était sous la domination turque. C’était clair et net. Puis, l’empire ottoman est devenu « l’homme malade » de l’Europe et progressivement, de petits États sont apparus : Grèce, Bulgarie, Roumanie, Albanie, Serbie, Monténégro, etc… Petits États qui lorgnent sur le voisin, ce qui provoquent des guerres picrocholines non sans danger pour le reste du continent.Les guerres balkaniques 1912-1913

[10] Voir mon livre, fin du chapitre XVI

pour prolonger. Sur la Guerre d'Espagne : Diego Gaspar Celaya , « Portrait d’oubliés. L’engagement des Espagnols dans les Forces françaises libres, 1940-1945 », Revue historique des armées, 265 | 2011, [En ligne], mis en ligne le 16 novembre 2011. URL : http://rha.revues.org/index7345.html. Consulté le 18 décembre 2012.
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