LES R.I. de 1919 à 1930 : A. LA "SECURITE COLLECTIVE"

publié le 19 oct. 2012 à 02:28 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 janv. 2017 à 08:55 ]

SOMMAIRE

 

I. LES DERNIÈRES SECOUSSES DE LA GUERRE

A. le problème des "réparations"

                  1. L’occupation de la Ruhr

                   2. le plan Dawes

B. les autres problèmes internationaux

1. En Europe

2. En Asie

 

II. LA "GRANDE S.D.N."

A. l'ère Briand - Stresemann

1. Les accords de Locarno

2. La "mode" pacifiste

b. les limites de la détente

1. Le "révisionnisme" allemand et italien

2. La stratégie française

 

LES R.I. de 1919 à 1930 :

A. LA "SÉCURITÉ COLLECTIVE"

 

 

 

    Cette "leçon" suit l’étude des conclusions de la conférence de Versailles Versailles 1919/1920 : la paix manquée (1ère partie) et  Versailles 1919/1920 : la paix manquée (2ème partie)

    La paix signée à Versailles - et diversement ratifiée, on sait que les Etats-Unis refuseront de le faire - n’entre pas immédiatement dans les faits. Une tension internationale subsiste jusqu’en 1924. Puis une période de « détente » se déroule, favorisée par la prospérité économique mondiale. Dans ces conditions euphorisantes, la Société des Nations (SDN) est le cadre de la recherche d’une vie internationale fondée sur la « sécurité collective », c'est-à-dire sur la recherche en commun du maintien de la paix et la prévention de la guerre, et la rentrée diplomatique de Septembre à Genève -siège de la SDN- est le grand rendez-vous médiatique annuel. Mais les problèmes de fond demeurent non réglés.

 

I. LES DERNIÈRES SECOUSSES DE LA GUERRE

 

La mauvaise volonté allemande à payer les « réparations » et la colère de certains pays devant ce que leur imposent les traités de la conférence de Versailles provoquent des réactions militaires.

     A. le problème des "réparations"

    Le problème des réparations que l’Allemagne -désignée comme seule coupable - doit payer pour les dégâts de la guerre est un problème difficile car les intérêts s’affrontent et se contredisent. La Commission des réparations mise en place par le congrès de Versailles fixe le montant à payer à 132 milliards de marks-or. Somme tout à fait considérable. L’Allemagne renâcle. Deux politiques sont possibles :

    - la conciliation. C’est le point de vue des Anglais, des Américains, de l’économiste J.M. Keynes, des banquiers et des hommes d’affaires, d’Aristide Briand et du parti radical en France. L’idée générale de tous ces acteurs est que l’Allemagne doit redémarrer le plus vite possible pour entraîner l’ensemble des « wagons » européens.

    - l’intransigeance. C’est le point de vue des Français et des Belges qui ont vécu la guerre sur leurs terres, qui ont leurs villages détruits, leurs mines inondées, etc… la droite française, alors dominée par l’idéologie nationaliste -comme avant 14 - est aux avant-postes. Tardieu, Poincaré sont les leaders[1].

 1. L’occupation de la Ruhr

    Tantôt l’emportent des essais de compromis (Londres 1921, Cannes 1922), tantôt des actes de guerre comme l’occupation de la Ruhr[2] par les armées françaises et belges (janvier 1923).

    Cette occupation provoque des grèves de mineurs et sidérurgistes allemands qui sont cependant payés par le gouvernement de leur pays : c’est une distribution d’argent sans travail équivalent, autrement dit, une mesure inflationniste. La production s’effondre[3]. Cela ajoute aux conséquences directes de la guerre qui a, elle aussi, été payée à crédit ou au papier-monnaie. Bref, l’année 1923 est, en Allemagne, une année inoubliable : tout le monde a vu des timbres-poste qui valaient des milliards de marks ![4] Cette hyperinflation (qui a failli renaître en 1948) a traumatisé les Allemands et Mme Merkel qui ne veulent pas entendre parler de la moindre création monétaire par la BCE.

    Cet acte de guerre suscite un bel exemple de solidarité internationaliste entre Jeunes communistes allemands et jeunes communistes français. Les députés communistes au Palais Bourbon obtiennent même un débat sur « la responsabilité de la France dans le déclenchement de la guerre de 1914 », ce que Tardieu, l’homme des puissances d’argent, appelle « l’abominable, l’insupportable débat ». Cette occupation de la Ruhr s’explique par des intérêts immédiats bassement matériels : les sidérurgistes français voulaient du coke pour leur hauts-fourneaux ! Et, en Allemagne, les grévistes - souvent des révolutionnaires - sont mal vus. On a cette lettre épouvantable du maire de Düsseldorf qui demande à un général français de laisser entrer l’armée allemande sur le carreau des mines pour briser cette grève : « je voudrais vous rappeler qu’au moment de la Commune de 1871, le commandement allemand est venu en aide aux troupes françaises pour réprimer avec lui le soulèvement. Je vous prie de nous soutenir si vous ne voulez pas qu’il en résulte à l’avenir des situations dangereuses»[5].

 

2. Le plan Dawes,

    Les Anglo-saxons condamnent cette politique française. Les Américains - au premier rang desquels la banque Morgan qui a été l’instigatrice de l’intervention militaire en 1917 - spéculent contre le Franc qui s’écroule. On se met d’accord pour réunir un comité d’experts dirigés par un avocat-banquier américain du nom de Dawes. Le plan qui porte son nom assouplit le rythme et le montant des remboursements allemands. Aidée par des capitaux américains, l’Allemagne honore désormais ses obligations. La France recule devant la spéculation et évacue la Ruhr. Jouant sur tous les tableaux, la banque Morgan prête à Poincaré pour que celui-ci redresse la valeur du Franc. Nous sommes en 1924[6].

    D’une durée de 5 ans, le plan Dawes est renégocié en 1929 avec un certain Young, banquier chez... Morgan. Le plan Young devait durer jusqu’en 1988 avec de nouveaux allègements. La crise de 1929 qui arrive en Allemagne en 1931, le rend caduc. Face à cela, la France avait réclamé des contreparties : l’allègement de ses dettes à l’égard des Etats-Unis. Ce qui ne fut pas !

 

    B. Les autres problèmes internationaux

 

    1. En Europe

    - D’abord en Adriatique où les Italiens ne renoncent pas à prendre les anciennes possessions de la République de Venise données à la nouvelle Yougoslavie (en application du principe du doit d’accès à la mer des Etats). Fiume -nom italien de la ville de Rijeka, aujourd’hui en Croatie- est un port de l’Adriatique à la population quelque peu cosmopolite, ce qui n’a rien d’étonnant dans un port maritime[7]. Ce port eu des libertés communales presque souveraines. En 1914, il appartient à la Hongrie, dans le cadre de la double monarchie Austro-hongroise[8]. A la fin de la guerre, les négociateurs de Versailles tentent d’en faire un ville-libre sous contrôle SDN. C’est alors que les néo-fascistes italiens (corps-francs, déserteurs, aventuriers) sous la conduite du poète-idéologue nationaliste D’Annunzio s’emparent de la ville. Un accord diplomatique entre l’Etat italien et le futur Etat yougoslave (Rapallo, nov. 1920) crée un Etat indépendant (1920-1924) sous contrôle de la SDN. Cet Etat aura des élections libres dont feront fi les fascistes italiens qui s’emparent du pouvoir. Finalement, les Yougoslaves reconnaissent l’annexion de Fiume par l’Etat mussolinien (1924) en ayant obtenu quelques bouts de rivage sur la mer Adriatique.

    - Proche-Orient : les Turcs refusent catégoriquement le traité de Sèvres : c’est la guerre qui aboutira à une re-négociation et à un second traité (Lausanne, 1923) avec déplacements de populations. (lien : Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale).

    - rapports conflictuels avec la Russie bolchevique. La paix de Riga (Lettonie) est signée entre la Pologne et la Russie bolchevique le 18 mars 1921. Elle met fin aux guerres entre bolcheviks et Polonais. Il y a un cours sur les frontières de la Pologne et de l’Europe orientale durant l’entre-deux-guerres3EME PARTIE : LES FRONTIERES DES PECO : LA FRONTIERE GERMANO-POLONAISE DE 1920. Versailles s’en était préoccupé et avait mis en place une commission d’experts président par Lord Curzon. Mais la victoire des Bolcheviks chez eux - ils ont subi une intervention étrangère multiple (France, Royaume-Uni, États-Unis, Japon même en Extrême-Orient…) ne satisfait pas la France nationaliste de cette période, gendarme de l’Europe, et une coalition franco-polonaise lutte militairement pour repousser le plus à l’Est possible la frontière de l’Etat bolchevique. Les Bolcheviques sont battus et ont d’autres chats à fouetter (c’est 1921, la grande famine…). Le traité est signé en défaveur des Russes : il ne respecte pas la Ligne Curzon qui a été définie antérieurement [9]. N.B. on ne parle pas de l’URSS : celle-ci nait en 1922 seulement.

- en 1922, c’est l’Allemagne qui prend l’initiative de la reconnaissance diplomatique du nouvel État dénommé Union des républiques socialiste soviétiques (URSS). Les deux pays se rencontrent à Rapallo, la même année. J’en parlerai un peu plus bas. Les ex-alliés (France, R.-U.) sont obligés de suivre, ne voulant pas laisser aux Allemands le bénéfice d’une reconnaissance dont plus rien ne justifiait le refus (sauf l’hystérie de l’Action française). Le R.-U. , la France - c’est Ed. Herriot qui gouverne (Bloc des gauches) - échangent des ambassadeurs avec Moscou qui, cependant, reste hors de la SDN.

    2. En Asie

    Le Japon -allié de la France et de l’Angleterre - a profité de la guerre pour étendre son emprise économique sur l’Asie orientale et son emprise politique sur les possessions allemandes d’Asie pour lesquelles il reçoit mandat de la SDN (îles du Pacifique Nord).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:League_of_Nations_mandate_Pacific.png

    De surcroît, les Alliés prennent totalement parti en faveur du Japon et les "possessions" chinoises de l’Allemagne sont données..au Japon alors que la Chine était du côté des Alliées pendant la guerre de 14-18. Cela suscité une vive réaction de colère en Chine et c'est la révolution de 1919 : Chine : La révolution du 4 mai 1919

    Durant la guerre, en 1915, le Japon avait imposé à la Chine les « 21 demandes ». Les Vingt et une demandes sont un ensemble de requêtes que le gouvernement de l'Empire du Japon adressa à celui de la République de Chine et que la Chine accepta dans des traités signés le 25 mai 1915. Cette liste de demandes visait à étendre le contrôle politique et économique du Japon sur la Chine, dans le but de faire du pays « un protectorat japonais ». (Wikipaedia).

    Les États-Unis s‘émeuvent. Ils voient d’abord le danger de supprimer le principe de « la porte ouverte » -tout le monde peut commercer partout en Chine- au profit de celui des « zones d’influence » -chaque pays impérialiste a sa propre zone dans une Chine découpée. Deuxième émotion américaine : le développement de la flotte japonaise. C’est pourquoi les États-Unis réunissent la conférence de Washington (1922) qui est un coup d’arrêt à l’expansion japonaise en Asie. La flotte de l’empire du soleil levant ne pourra être égale qu’aux trois-cinquièmes de celle des E.U. -ou du R.-U.), la flotte de la France et celle de l’Italie égalent au quart.

    Cette conférence suscite des rancœurs extrêmes au Japon, les nationalistes ne sont pas près de l’oublier, mais en cette période de prospérité - ce sont les roaring twenties - le pays accepte une politique pacifique de pénétration économique silencieuse.

 

II. LA "GRANDE S.D.N."

 

    A partir de 1924, la paix semble s’installer sur le terrain et dans les esprits ainsi qu’en témoigne la tribune de la SDN à Genève. Pourtant cette détente -due en réalité à la prospérité économique- a des limites qui tiennent au « révisionnisme »[10] allemand et italien.

 

A. l'ère Briand-Stresemann

     Le « couple » Briand-Stresemann inaugure la série des couples franco-allemands célèbres (De Gaulle-Adenauer ; Giscard-Schmidt ; Kohl - Mitterrand ; Chirac - Schroeder etc…).



    Après les élections de 1924 (Bloc des gauches), Briand s’installe au Quai d’Orsay qu’il occupera presque constamment, jusqu’à la veille de sa mort en 1932. Fondée sur la réconciliation et la conciliation, sa politique semble avoir du répondant chez Stresemann, son homologue allemand. Ajoutons un thème qui m’est cher : la seconde moitié des années 20’ a des années de croissance économique exceptionnelle, souvent à deux chiffres. Entre 1924 et 1928, le parti nazi recule en Allemagne : les gens ont du boulot et du pain, nul besoin de chercher des boucs émissaires…[11]

    Cela dit, il y a des explications plus terre à terre. Briand disait "je fais la politique de notre natalité" -qui est alors très basse et n’est pas celle d’un pays en expansion - ou encore  "faute d’avoir les moyens de sa politique, il faut avoir la politique de ses moyens". La politique de Stresemann est bien plus ambiguë, pleine d’arrière-pensées, fondamentalement, nous le verrons plus bas, c’est celle de l’impérialisme allemand et Hitler la mettra en application avec les méthodes que l’on sait.

 1. Les accords de Locarno sont la clé-de-voûte de l’édifice diplomatique de la détente.

    A Locarno (Suisse), se tient une conférence (octobre 1925) avec l’Allemagne, la France, l’Angleterre, la Belgique, l’Italie, la Pologne, la Tchécoslovaquie.

    L’Allemagne reconnaît -et cette fois ce n’est pas un diktat pour elle- sa frontière occidentale avec la France et la Belgique, laquelle frontière est garantie par l’Angleterre et l’Italie. En revanche, elle refuse de confirmer quoi que ce soit concernant ses frontières orientales avec Pologne et Tchécoslovaquie. Des conventions d’arbitrage entre l’Allemagne et les autres nations sont conclues (SDN) et l’Allemagne entre à la SDN. Le discours que prononcera Briand à Genève lors de cette entrée est demeuré célèbre. Ces accords sont bien acceptés en Occident où l’on voit une rupture avec l’esprit de Rapallo où l’Allemagne et l’URSS avaient semblé vouloir faire bande à part.

    En marge de la conférence, la France passe des accords avec la Pologne et la Tchécoslovaquie (16 octobre 1925)[12]. Ce sont des traités d’alliance : chacun promet un soutien armé aux autres en cas d’attaque de l’Allemagne.

    Anticipons : ces accords de Locarno prendront fin avec la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler (1936) lequel prend prétexte du traité franco-soviétique signé en 1935. Ces accords ne seront pas respectés par la France à Munich en septembre 1938. Ils sont en revanche évoqués pour riposter à l’agression nazie contre la Pologne en septembre 1939.

    En conclusion provisoire, disons que les accords de Locarno ont symbolisé la croyance en l’avenir de la paix par la pratique de la « sécurité collective » sous la haute protection de la SDN.

2. La sécurité collective et la mode pacifiste.

    En 1924, Briand avait défendu « le protocole de Genève » rendant obligatoire un arbitrage en cas de différends diplomatiques, assortir de sanctions militaires éventuelles. Une armée internationale avait même été envisagée. Les décisions auraient été prises à la majorité des deux tiers et non à la majorité simple. A cette date, les E.U. et l’URSS ne sont pas membres de la SDN et l’Angleterre pense au "grand large" plutôt qu’à l’Europe étroite. Elle refuse de s’engager. L’initiative de Briand est un échec.

    Pour satisfaire les opinions publiques, alors pacifistes, les chancelleries vont faire un cadeau à Briand. Le 27 août 1927, à Paris, est signé le pacte Briand-Kellogg (du nom du secrétaire d’Etat américain) qui met, ni plus, ni moins, « la guerre hors la loi ». Soixante pays sont signataires (la décolonisation n’a pas eu lieu) dont l’Allemagne et le Japon. Aucune sanction n’était prévue. Le pacte ne définit ni la guerre d’agression, ni la légitime défense. C’est l’apogée de la vague pacifiste. Tout le monde, il est bon, tout le monde il est gentil. Pour Kellogg, c’est « un grand geste pacifiste offert à l’opinion publique américaine ».

    En septembre 1929, Briand lance l’idée - c’est important dans le cadre de l’histoire de l’Europe - d’une « fédération européenne », reprenant l’idée de l’association Paneurope fondée par le comte de Coudenhove-Kalergi. Cette association élitiste comptera parmi elle plus tard, les Bonnet, Pompidou, etc…Cette fédération serait seule capable de résister tant au Bolchevisme qu’à l’américanisme[13]. Les États européens révisionnistes (Allemagne, Italie, Hongrie, Bulgarie) rejettent ce projet, les Britanniques, en 1931, se tournent vers leur Empire transformé en Commonwealth à la conférence d’Ottawa. Les années Trente sont là, c’est une autre époque.

    Notons que la politique de Briand correspond à un rapprochement économique franco-allemand : un cartel est constitué entre les sidérurgistes des deux pays ; un comité franco-allemand d’information et de documentation est mis en place.

  

B. les limites de la détente ou le revers de la médaille.

 

    Le révisionnisme des pays mécontents des traités, la recherche par la France de l’alliance de revers constituent ces limites.


1.       le révisionnisme allemand et italien

 


     L’Allemagne n’a jamais renoncé à réviser le traité de Versailles. Stresemann en fait un objectif fondamental de sa politique comme en témoigne le texte ci-joint. Dans cette lettre au prince héritier de la famille Hohenzollern (les Allemands à l’exception des communistes et de beaucoup de socio-démocrates sont restés très nostalgiques de l’empire…), que dit-il ? 1. recouvrer ses forces 2. « protéger » les Allemands qui vivent hors d’Allemagne "sous le joug étranger" 3. réviser la frontière polonaise notamment au niveau de Dantzig 4. Anschluss de l’Autriche[14]. Ce sera le programme d’Hitler, aussi. Il ajoute qu’il reste ouvert à une collaboration d’Etat à État avec l’URSS tout en condamnant vivement le bolchevisme. Donc l’Allemagne veut retrouver ses forces pour les mettre au service d’une politique qui ne peut que ruiner la « détente ». L’Allemagne, en 1922 à Rapallo, a signé des accords avec l’URSS dont certains étaient secrets (lire l’article de Wikipaedia Traité de Rapallo 1922). A cette date, les deux pays étaient les parias de l’Europe. Ils ont une économie complémentaire l’URSS est un grenier à blé et possèdent toutes les matières premières, l’Allemagne à une industrie raffinée (chimie, constructions mécaniques, optique…)[15].NB. Les accords secrets cessent en 1933 avec l'arrivée d'Hitler.

    L’Italie de Mussolini durant cette période n’a pas une ligne diplomatique définitive. Pays révisionniste, elle peut espérer prendre la tête d’une alliance avec d’autres revanchards comme la Hongrie du fasciste Horthy ou la Bulgarie[16]. C’est la ligne « danubienne » ; De même qu’elle annexa Fiume en 1924, elle s’immisce en Albanie -traité de Tirana- en 1926 qui l’autorise à intervenir dans ce pays. C’est donc une ligne danubio-balkanique. Mais simultanément, Mussolini lorgne sur la Méditerranée où l’Italie est présente dans ses colonies littorales de Tripolitaine et de Cyrénaïque mais aussi en Tunisie française où habitent de nombreux ressortissants italiens. Des Italiens lorgnent aussi sur la Corse et Nice. La France est donc plutôt l’ennemi potentiel alors que c’est l’Angleterre présente partout en Méditerranée qu’il faut ménager et séduire. C’est la ligne « méditerranée-empire ».
















2.       La stratégie française

    La France - depuis François Ier qui s’allia au musulman turc Soliman le Magnifique pour prendre à revers Charles Quint qui préparait une croisade ! - a une politique récurrente d’alliance avec l’Est de l’Europe. Sauf sous cet incapable de Louis XV qui « travailla pour le roi de Prusse » ! La République eut de la peine avec l’obscurantisme clérical du tsarisme mais l’alliance fut tout de même conclue. En 1918, le bolchevique a un couteau entre les dents et mange -paraît-il- les petits enfants. Alliance impossible. Que reste-t-il ? La Pologne, amie traditionnelle que Versailles a ressuscitée et les pays de la Petite entente : Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie. http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Little_Entente.png . Leur ennemi sont les révisionnistes - et fascistes - hongrois qui n’ont de cesse de prier pour que Dieu annule le traité de Trianon.

    Ces trois pays ont tout intérêt à ce que les traités de la conférence de Versailles soient respectés : soit ils ont été créés (Tché. ; Youg.) soit nettement agrandi (Roumanie qui obtint la Bessarabie). Ils se tournent donc vers la France qui les adoube. "La France accorde progressivement sa garantie aux trois puissances alliées. Le 16 octobre 1925, à Locarno, une alliance militaire est signée avec Prague, suivie le 10 juin 1926 d'un texte similaire avec la Roumanie. En novembre 1926, c'est au tour du Royaume de Yougoslavie de prendre le même chemin" (Wiki, article Petite entente).

    Cette politique a - ou tente d’avoir - un arrière-plan économique : prêts financiers, investissements industriels (Schneider possède 75% de la firme tchèque SKODA), participation financière dans le capital des banques de Vienne et de Prague (la Société générale possède 50% de la Banque de Crédit de Prague). Mais l’histoire pèse lourd et cette partie de l’Europe est encore très influencée par l’économie allemande.

    Et surtout, la France n’a toujours pas définie sa politique à l’égard de l’URSS - même si elle l’a reconnue diplomatiquement en 1924 - seul pays capable de donner du poids à une vraie alliance de revers.

 à suivre : LES R.I. de 1931 à 1937 : B. La Dégradation



[1] Charles de Gaulle, alors capitaine, fait partie de cette tendance. Pour lui, les Allemands ne paieront pas, c’est sûr ! Il faut donc garder la rive gauche du Rhin. Lettre du 25 juin 1919.

[2] On sait que grâce au traité de Versailles, France et Belgique occupent toute la rive gauche du Rhin et une bande de 50 km le long de la rive droite. La Ruhr, célèbre pays du charbon et de l’acier, n’en faisait donc pas partie.

[3] L’occupation débute en janvier 1923, en mars la production de charbon cesse. Tous les hauts-fourneaux s’arrêtent, sauf trois. Il faut deux mois pour rallumer un haut-fourneau. Cette pénurie de charbon et acier a provoqué une flambée des prix.

[4] Lire l’article et observer les illustrations de Wikipaedia : Hyperinflation de la République de Weimar.

[5] Cité par Gilbert BADIA, histoire de l’Allemagne contemporaine, vol. I, 1917-1933. Éditions sociales.

[6] Ne pas confondre avec la crise du franc de 1926.

[7] Lire Wikipaedia : État libre de Fiume.

[8] C’est la raison pour laquelle la Hongrie avait une marine commerciale et de guerre, avec des amiraux comme l’amiral Horthy, futur dictateur fascisant de la Hongrie après 1919. Les élèves et étudiants ne comprennent pas pourquoi cet Etat continental de Hongrie pouvait avoir des amiraux : la raison est historique.

[9] A cet égard, je vous invite à vous méfier de l’article de Wikipaedia Guerre soviéto-polonaise qui a été écrit par un Polonais anti-communiste et anti-soviétique de mauvaise foi (on a le droit d’être anti-soviétique mais pas de mentir sur la ligne Curzon).

[10] Dans ces leçons sur l’entre-deux-guerres, le mot désigne ceux qui veulent réviser les traités de Versailles.

[11] Il en sera de même durant les Golden sixties, la "Détente" diplomatique des années soixante est grandement facilitée par la croissance et les besoins de trouver des partenaires commerciaux. 

[12] L’article premier du traité entre la France et la Tchécoslovaquie prévoit que, dans le cas où l’une des deux puissances viendrait à souffrir d’un manquement aux engagements intervenus ce jour entre elle et l’Allemagne en vue du maintien de la paix générale, les deux puissances s’engagent, conformément à l’article 16 du Pacte de la SDN, à se prêter mutuellement aide et assistance.

[13] Thème qui a été toujours mis en avant durant la Guerre froide. Si l’anti-soviétisme de l’Europe de Bruxelles est bien réel, l’anti-américanisme a toujours été un leurre. Sauf - peut-être -  chez De Gaulle.

[14] En mars 1931, avant donc l’irruption de la crise bancaire de juin 1931, l’Allemagne tenta une union douanière avec l’Autriche. L’opposition de la France fit capoter.

[15] Après la disparition de l’URSS et la renaissance de la Russie, il y eut comme un rapprochement entre les deux pays. Europe de l’ouest et Etats-Unis ont eu peur d’un duopole qui -surtout avec les fusées russes - pouvait devenir un géant mondial. C’est le syndrome de Rapallo.

[16] La Bulgarie est furieuse de n’avoir aucune ouverture sur la Mer Égée ce qui la rend dépendante de la Turquie (passage par les détroits) http://fr.vikidia.org/wiki/Fichier:Trait%C3%A9_de_Neuilly-sur-Seine.png 

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