Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale

publié le 15 oct. 2012 à 07:12 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 sept. 2016 à 06:22 ]

SOMMAIRE

1. Les Transformations Politiques.

A. Le Traite de Sèvres...

1. L’empire ottoman, allié des empires centraux.

2. Le principe des "mandats": nouvelle forme d'impérialisme

B ...et sa remise en cause

Le réveil nationaliste des Turcs

2. Les Grands Problèmes

A. le sionisme en Palestine

1. La déclaration "Balfour"

2. Début de la colonisation juive en Palestine britannique

B. Le pétrole

1. L'Arabie saoudite et l'alliance américaine

2. Le problème irakien en 1931

 

LE PROCHE-ORIENT APRÈS LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

 

    C’est un cours très important. Sa lecture est inséparable de l’article sur le film Lawrence d’Arabie (cartes et commentaires historiques) Lawrence d’Arabie de David Lean (1962) avec Peter O’Toole ainsi que du travail de Mme Parbot sur l’histoire de la Palestine contemporaine (en deux parties).Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945)

    Les changements géopolitiques sont nombreux avec la disparition de l’empire ottoman [1] et sa pulvérisation en maints États, la volonté britannique d’y installer un « foyer national juif » est la source des maux futurs et des risques perpétuels de guerre. Beaucoup ignorent que le problème israélo-palestinien est né avec la guerre de 1914-1918 persuadés que c’est la politique d’Hitler qui a fait naître Israël. Au sionisme, s’ajoutent les convoitises anglo-saxonnes liées au pétrole. Enfin, jusqu’à WWII, les Britanniques chapeautent tout cela, préservant le canal de Suez comme un trésor. Mais les forces contraires ou divergentes sont nombreuses.

    Après avoir observé la transformation des frontières et l’apparition de nouveaux États, on se penchera sur la présentation non-exhaustive des deux principaux problèmes qui vont agiter la diplomatie et les militaires de ces pays : le sionisme et le pétrole.

 

I. LES TRANSFORMATIONS POLITIQUES

 

    Il faut consulter une carte du Proche-Orient avant 1914.

http://www.atlas-historique.net/1815-1914/cartes/EmpireOttoman1914.html

    Plus on s’enfonce dans la péninsule arabique, plus les limites sont théoriques : il n’y a pas de postes frontières avec contrôles douaniers en plein désert. Aux confins, c’est-à-dire au bord du golfe arabo-persique et de la Mer d’Oman, la présence anglaise est bien réelle (protectorat sur le Koweït dès 1899, Koweït arraché à la Mésopotamie car les Britanniques y avaient reniflé du pétrole).

 

A. Le Traité de Sèvres...

NB. Cette carte est très bien faite (Bordas, T., 1963). Un bémol : elle mentionne "Arabie saoudite" : cet État est né en 1932 seulement. Ibn Seoud annexe l'État du Hedjaz (Médine-La Mecque) à cette date. Mais en 1931, c'est le royaume du Hedjaz qui est représenté à la SDN de Genève. (Sur le Hedjaz, lire le présentation du film "Lawrence d'Arabie").

1. L’empire ottoman, allié des empires centraux.

    Pour des tas de raisons, l’empire ottoman était une zone d’influence allemande et une zone d’investissement des capitaux allemands. Les Balkans vus d’Allemagne (1912) Une concrétisation bien connue de ces relations étroites est la construction du chemin de fer Berlin-Bagdad qui fut inauguré par Guillaume II. Autre concrétisation [2] plus dramatique, lors de la guerre 1914-1918, l’empire ottoman se range du côté allemand. Comme les Anglais sont en Égypte et qu’ils protègent bec et ongle leur canal de Suez, le Proche-Orient devient zone de conflits. Lien :

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/la-vie-de-l-esprit/critiques-de-films/lawrenced%E2%80%99arabiededavidlean1962avecpetero%E2%80%99toole

    L’empire ottoman est vaincu et son sort est réglé lors du grand congrès de Versailles et le traité qui en est issu est signé à Sèvres (aujourd'hui dans les Hauts-de-Seine)  le 10 août 1920. L’étude de la carte est essentielle.(source :Bordas T. 1963). Respectant le principe des nationalités http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:AsiaMinor1910.jpg cher au président Wilson, les négociateurs de Versailles avaient enlevé à la Turquie

               -       la Thrace, derrière la ville de Constantinople, peuplée de Macédoniens et autres

-          l’arrière-pays de Smyrne, peuplé de Grecs et donné à la Grèce

-          l’Arménie, autour de lac de Van

-          le Kurdistan, donné provisoirement aux Anglais, ce qui suscite une révolte chez les Kurdes nouvellement Irakiens qui exigent l’unité avec leurs frères.

 

2. Le principe des "mandats": nouvelle forme d'impérialisme

    La Société des Nations (SDN) créée par le traité de Versailles est une merveille de superstructure impérialiste. L’ Angleterre et la France qui en sont les initiatrices mettent en place cette O.I.G. (organisation intergouvernementale qui siège à Genève) qui, en retour, leur donne le "mandat", c’est-à-dire la mission de s’occuper des nouveaux États -créés par l’Angleterre et la France - jusqu’à leur indépendance.

    Ainsi la France reçoit le mandat de préparer à l’indépendance future le Liban et la Syrie[3]. Les Anglais déjà présents en Égypte, à Chypre, et au Koweït, se donnent un mandat sur l’Irak, la Transjordanie et la Palestine. On a vu la présence de l’Italie (pays vainqueur) dans le Dodécanèse (Rhodes).

 

B...et sa remise en cause


    La Turquie est réduite à sa plus simple expression ce qui provoque une réaction nationaliste dans le pays.http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:TreatyOfSevres_%28trad%29.PNG

    Le réveil nationaliste des Turcs

    Mustapha Kemal organise les forces nationalistes de Turquie et remet en question le traité de Sèvres, engageant la lutte contre les Grecs qui reçoivent le soutien des Anglais. Kemal destitue le sultan ottoman et, admirateur de la Révolution française, entreprend des réformes hardies. Il mobilise les nationalistes derrière-lui. Finalement, les Anglais acceptent l’armistice puis les négociations de paix à Lausanne en Suisse. Le nouveau traité est signé le 24 juillet 1923.

    Le traité tente ce que l’on appellerait plus tard une purification ethnique avec des transferts souvent forcés de population. http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:DeportaLausanne.jpg

    La Grèce est chassée d’Asie mais les îles qui bordent l’Asie mineure lui sont préservées [4]. La Turquie récupère la Thrace derrière Istanbul/Constantinople. L’ Arménie n’existera plus que au-delà de la frontière, en Russie devenue URSS : ce sera la république socialiste soviétique d’Arménie. Les Arméniens pansent les plaies subies lors du génocide de 1915, en pleine guerre, leur sympathie allant vers les Russes alors ennemis de l’Allemagne et donc de la Turquie.

    Le problème kurde est enterré. Enfin, le croit-on.

    Cette explosion des frontières crée de gros problèmes. Concernant le Sandjak d’ Alexandrette, je vous renvoie à l’article de Wikipaedia. Ainsi, le Tigre et l’ Euphrate deviennent des fleuves internationaux. Le château d’eau se trouve au niveau du lac de Van, peuplé en partie de Kurdes, raison pour laquelle les Turcs ne veulent pas l’indépendance de ce peuple. Aujourd’hui, par exemple, les Syriens se plaignent de prélèvements trop importants effectués par les Turcs à l’amont du fleuve Tigre.

 

II. LES GRANDS PROBLÈMES.

 

    Ils ont noms sionisme et pétrole.


A. Le Sionisme en Palestine

 

    Après des pogroms (surtout dans l’empire russe) et après l’affaire Dreyfus (en France, mais au retentissement mondial), des juifs, s’alignant derrière Th. Herzl, souhaitent la création d’un État juif. Cherchant « une terre sans peuple, pour un peuple sans terre », le Congrès juif mondial (Bâle, 1897) jette finalement son dévolu sur la Palestine, référence biblique du judaïsme, quittée il y a deux millénaires, où 4% des habitants sont juifs. Le Sionisme politique est né ; son objectif est d’implanter les juifs en Palestine turque qui n’est pas une « terre sans peuple » loin de là, il y vit des centaines de milliers d’arabes, musulmans, mais les chrétiens n’y sont pas en nombre négligeable.

    Voici quelques extraits des écrits de Herzl et du programme de l’Organisation sioniste mondiale.

    On appréciera la délicatesse de Herzl qui parle comme l'empereur allemand Guillaume II (la civilisation contre la barbarie...).. L"alinéa 2 du programme de Bâle marque la volonté d'un retour au communautarisme.

    Dès avant 1914, l’émigration d’européens juifs en Palestine commence. Les choses s’accélèrent avec la guerre de 1914-1918 et la célébrissime « déclaration Balfour ».

 

1. La déclaration "BALFOUR"

 




Ce texte porte le nom de Lord Balfour, ministre du gouvernement de sa très gracieuse majesté britannique en 1917, en pleine guerre. En voici le texte intégral :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8e/Balfour_declaration_unmarked.jpg










    Ce texte du gouvernement britannique est une aubaine fabuleuse pour les Sionistes. Ils ont le soutien du plus puissant État du monde.Voici plusieurs textes qui peuvent expliquer ce soudain appui britannique.


2. Début de la colonisation juive en Palestine britannique

    A ce niveau la lecture du texte L’histoire de la Palestine contemporaine est indispensable Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945). Un acteur entre en jeu dès 1918 c’est l’Alliance juive. De quoi s’agit-il ? C’est une agence de voyage assez particulière. Elle fait l’intermédiaire entre le juif européen qui veut quitter son pays et les juifs déjà installés en Palestine. Elle aide au financement du voyage. Le juif qui emménage s’engage à ne travailler que chez un juif, ou à n’embaucher que des salariés juifs. Se met alors en place une économie juive autonome, communautaire, qui exclut les Palestiniens.

    C’est donc une colonisation à base ségrégative soutenue par les Anglais. Les Palestiniens voient arriver ces Européens comme des « intrus » qui, concrètement, mettent en place une colonie de peuplement. La révolte de 1936-1939 s’explique par la prise de conscience des Arabes de cet état de fait. Devant cette situation, les Anglais décident de freiner l’immigration juive, de limiter la vente des terres aux juifs : ils deviennent de facto des ennemis des Sionistes qui créent des milices plus ou moins clandestines et qui iront jusqu’à utiliser l’attentat comme mode d’action.


B. Le pétrole

1. L' Arabie saoudite et l'alliance américaine

                 l’émergence de la famille Ibn Saoud

    Sur la carte de l’empire ottoman en 1914, on constate que l’oasis de Riyad et son alentour ne sont pas sous la domination pleine et entière des Turcs. C’est, en effet, le foyer de résistance antiturque des Arabes de la famille Ibn Saoud. Lors de la guerre mondiale, les Turcs eurent à faire à une autre famille princière arabe, celle qui fit confiance au colonel Lawrence et s’allia aux Anglais : il s’agit de la famille hachémites de Hussein ben Ali, chérif de La Mecque. Lien : Lawrence d’Arabie de David Lean (1962) avec Peter O’Toole La victoire des Anglais et de Hussein donna naissance au royaume indépendant mais éphémère du Hedjaz. Le Hedjaz fut partie au traité de Versailles et membre-fondateur de la SDN. Une lutte s’établit entre les deux familles princières et c’est Ibn Saoud qui sortit vainqueur (1925). Le royaume d’Arabie est créé en 1932, il prend le nom de la dynastie : Arabie saoudite.

-            - Dès avant 1914, les intérêts anglais étaient présents avec les compagnies B.P. et SHELL [5].. Les Arabes ne veulent pas tomber d'une domination à l'autre (de la turque à l'anglaise) et jouent sur l'opposition entre Anglais et Américains. En 1928, devant l'ampleur des découvertes pétrolières sur son territoire du Hasa (cf. carte), Abdel Aziz Ibn Saoud écarte Londres et SHELL et sollicitent la SOCAL (Standard Oil of California) et TEXACO qui forment un consortium pour l’exploitation et la commercialisation du pétrole : ARAMCO. L'Arabie devient l'axe de pénétration de l'influence américaine au Moyen-Orient.

    L'alliance sera scellée en 1945, avant même la conférence de Yalta, au large d'Alexandrie sur un porte-avions, entre Roosevelt et Ibn Saoud par un "pacte stratégique". Ce pacte tient toujours, USA et Arabie saoudite sont cul & chemise.  

2. Le problème irakien en 1931

    C'est la ROYAL DUTCH SHELL qui effectue des prospections dès avant 1914. Les prospections font attribuer aux Anglais le secteur de Mossoul (pétrolifère) alors que les premiers accords franco-britanniques le donnaient initialement à la France (lire la carte des projets de 1915-1916 Lawrence d’Arabie de David Lean (1962) avec Peter O’Toole).

    En 1917, les Anglais entrent dans Bagdad –sur la route des Indes –

    En 1920, le R.-U. reçoit mandat de la S.D.N. sur la Mésopotamie. Se pose le problème des frontières mais aussi d'une révolte de la population en 1920-21. Dès 1899, arbitrairement, les Anglais avaient mis un protectorat sur le Koweït qui appartient à la Mésopotamie[6]. Les Anglais mettent en place une monarchie avec le roi Fayçal Ier, fils de Hussein ben Ali, chérif de la Mecque, le 13 août 1921. Le haut commissaire britannique garde la souveraineté irakienne (régime du mandat). Et "les négociations frontalières sont tributaires des négociations pétrolières qui apparaissent alors comme déterminantes" (Encyclopaedia Universalis dixit)…

    En 1929 est passé un accord entre l’Irak PETROLEUM COMPANY (dont les actionnaires sont le R.-U., les E.-U. et la France) et le royaume irakien. L’ IPC obtient concession du territoire irakien presque en totalité jusqu'en l'an 2000. En échange, l'IPC verse des "royalties" à l’État irakien. Un double pipe-line est construit vers la Méditerranée.

    En 1930, c'est la fin du mandat. La Haut-commissaire anglais devient un ambassadeur et en 1932, l'Irak entrera dans la S.D.N.. Mais le sous-sol irakien est cédé à l' I.P.C. par le premier ministre ami des Anglais !! L'objectif des patriotes irakiens est de reconquérir la souveraineté vis-à-vis des Anglais…C'est la cause de la guerre de 1941 contre les Anglais…

ANNEXE





[1] Du nom du sultan turc Osman Ier, créateur de l’Empire ottoman (dit d’Osman). Osman s’impose en 1299 face aux Turcs seldjoukides. C’est un changement de dynastie comme chez les Francs lorsqu’on on est passé des Mérovingiens aux Carolingiens.

[2] Concrétisation actuelle : les Turcs sont la première par ordre d’importance, la première nationalité immigrée en Allemagne.

[3] Sur la présence française au Proche-Orient, lire La Croix du 13 décembre 1919 sous le titre : "Les intérêts économiques français en Syrie", dans l’article intégré à ce site, lien : Pour qui votent les intégristes ?.

[4] Si bien que la Mer Égée reste une « mer grecque ».

[5] SHELL est une compagnie anglo-néerlandaise.

[6] C’est la raison pour laquelle, Saddam Hussein, envahit le Koweït en 2002, estimant que c’était là un retour à la mère-patrie. Ce fut la cause de la première guerre d’Irak (2003).

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