La crise de 1929

publié le 20 sept. 2014 à 10:37 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 août 2017 à 05:57 ]

    Cet article est la suite du précédent comme dit Mr de La Palisse (Economie mondiale : 1919-1929). Pour connaître les causes de la crise, je vous y renvoie : les "ombres au tableau" sont les causes de la crise célébrissime de 1929, et je vous rappelle le mot de Schumpeter : "les cause de la crise, c’est la prospérité". Néanmoins, je joins à mon texte une reproduction d’un excellent article (1987) de Véronique Maurus, remarquable journaliste au "Monde" et donc espèce en voie de disparition, article qui évoque d’autres aspects, mieux que je ne saurais le faire.

Plan

I.

LE "KRACH" DE WALL-STREET

A. LE CYCLE "JUGLAR"

B. DU KRACH BOURSIER A LA CRISE SOCIALE

II.

LA CRISE MONDIALE

A. L'exportation de la crise vers les pays du "sud"

B. L'exportation de la crise vers l'Europe

 

Cours

 

I.

LE "KRACH" DE WALL-STREET

    La déflagration est partie de Wall-street, New York, avec un krach boursier le jour du 24 octobre 1929, célèbre "black Thursday", le jeudi noir. En quelques mois disons quelques années, la crise boursière devient une crise bancaire puis une crise économique puis une crise sociale.

A. LE CYCLE "JUGLAR"

Un cycle économique "Juglar"[1] se décompose en quatre phases, visibles sur le modeste schéma -hand made- ci-joint. 1) phase d’expansion, 2) krach, stricto sensu, 3) décroissance où tout baisse (salaires, prix et profits, investissements) où seul le chômage augmente et enfin 4) reprise. Au sens strict, la crise c’est la phase n’°2. Au XIX° siècle, le capitalisme a connu de nombreuses crises : 1847, 1857, 1866, 1873, 1882, 1893, 1900, 1907, 1914, 1920, et arrive 1929… Le "krach" est une chute brutale du cours des actions cotées en bourse : on se débarrasse des actions qui ne rapportent plus un dividende suffisant. Le krach de 1929 éclata donc le 24 octobre. "On compte déjà, en fin de matinée, onze suicides de spéculateurs ruinés". La banque Morgan tente une riposte avec d’autres colosses de la profession, ça marche, en fin de journée l’action de U.-S.-Steel termine en progression sur le 23 octobre ! Mais le lundi suivant et surtout le mardi 29, la débâcle reprend (respectivement 9 millions et 16 millions de titres vendus). A la mi-novembre, le Dow Jones a perdu 51%. Des suicides médiatisés à outrance engendrent une légende noire. Les porteurs d’actions qui avaient emprunté pour acheter des actions sont ruinés. Ils ont acheté pour $10.000, leurs titres ne valent plus que $4.900 mais la banque continue de leur réclamer 10.000 ! Ce n’est qu’un piètre exemple.

Si la banque a ainsi de nombreux clients devenus plus ou moins insolvables, elle ne peut plus faire face à ses propres engagements.

sur le croquis ci-contre, on observe que la "sagesse" tournait autour de 4% à 5% d'intérêt. A partir de 1927, la spéculation s'accélère pour devenir non maîtrisable à l'automne de 1929. le niveau des T.I. répondent à la demande : ils montent jusqu'à 10%...





B. DU KRACH BOURSIER A LA CRISE SOCIALE

    - On passe de la crise boursière à la crise bancaire. Les banques -très nombreuses aux Etats-Unis, c’est un secteur qui a échappé à la concentration- qui ont prêté ne peuvent être remboursées par des clients ruinés. Les premières faillites bancaires provoquent le run (ou rush) des épargnants qui retirent leurs dépôts. Ce qui aggrave la situation des banques dont près de 5.000 (sur l’ensemble du territoire de l’Union) font faillite. La situation s’aggrave d’année en année - ne pas croire que tout cela se déroule en octobre 29 - et la crise bancaire a deux conséquences

          - à l’intérieur, c’est le resserrement du crédit voire sa suppression. Or "the Prospérity" reposait sur le crédit ! 

- à l’extérieur : les Américains rapatrient les capitaux placés à l’étranger, particulièrement en Europe.

    - On passe alors à la crise économique.

    On s’endettait pour acheter une voiture ou autre bien de consommation durable, on s’endettait pour investir dans son entreprise : ça n’est plus possible puisque les banques ne prêtent plus. Toute la machine économique est grippée. Il y a mévente, gonflement des stocks, et même destruction : des voitures sorties de la chaîne sont envoyées immédiatement à la casse. La baisse des prix pour écouler la production provoque la faillite des entreprises les plus endettées - les célèbres canards boiteux, chers à Raymond Barre et autres économistes libéraux - ; d’autres baissent leur production, réduisent leurs horaires et/ou leurs effectifs.

        - On passe alors à la crise sociale : faillites ou licenciements provoquent le chômage qui atteint progressivement le chiffre de 13 millions de chômeurs aux Etats-Unis, ce qui représente environ le quart de la population active civile.

    Chômage, chômage partiel, réduction de la durée du travail provoquent une chute des revenus du travail et une baisse du pouvoir d’achat et donc de la consommation : c’est la spirale de la crise car cette chute entraîne de nouvelles faillites d’entreprises : la crise entretient la crise.  

 

II.

LA CRISE MONDIALE

    Même si l’importance relative des Etats-Unis dans le monde était, en 1929 et début des années Trente, moins grande qu’en 1945 et pendant toutes les 30 Glorieuses’, elle était néanmoins très élevée et cela ne pouvait pas ne pas avoir de conséquences sur les autres pays (à l’exception, encore une fois, de l’URSS).

    A. L'exportation de la crise vers les pays du "sud"

 

  La crise touche profondément l’agriculture américaine dont les prix de vente et, par là-même, les revenus des Farmers s’effondrent. Sur une base 100 (1913), les prix passent de 138 en 1929 à 117 (1930), 80 (1931), 57 (1932) et 63 (1933). Les USA exportent au plus bas prix pour décrocher des marchés, ce qui est catastrophique pour les pays mono-dépendants (qui dépendent d’un produit ou deux) comme le Canada pour son blé, l’Argentine pour sa viande, l’Australie (céréales et laine). Pour la laine précisément, le prix mondial baisse parce que l’industrie textile aux E.-U. est en crise (les chômeurs reportent à plus tard l’achat d’un nouveau costume…) ; même explication pour le prix du café ou du cacao  et autres produits tropicaux importés à New York: la baisse de la consommation aux USA entraîne tous les prix à la baisse.

    Tous les pays fournisseurs connaissent la surproduction et au Brésil le café est brûlé dans les locomotives à vapeur ou jeté à l’océan [2].  


B.  L'exportation de la crise vers l'Europe

    Les Américains rapatrient en 1931 leurs capitaux d’Autriche et d’Allemagne, capitaux prêtés à court terme (3 mois) que les banques allemands avaient prêtés, à leur tour, à long terme !

    La crise bancaire allemande a les mêmes conséquences qu’aux E.-U.. En outre, Berlin décide un strict contrôle des changes et même "gèlent" les capitaux étrangers placés en Allemagne. Ce qui fait baisser sa note attribuée par les agences de notation américaines : on ne prête plus à l’Allemagne. Le pays, touché dans ses possibilités de crédit et dans ses débouchés extérieurs (les USA lui achètent de moins en moins mais il en va de même pour chaque pays qui entre en crise) le pays donc entre dans une crise économique et sociale qui aboutit en 1933 au chiffre de 6 millions de chômeurs, taux catastrophique dont Hitler fait son miel.

    L’Angleterre en 1931 est touchée par les décisions allemandes -de geler les capitaux placés en Allemagne- car elle avait beaucoup prêté à Berlin (suivant les idées de Keynes selon lequel il fallait une Allemagne forte pour l’économie anglo-saxonne). En effet, par crainte d’être à leur tour non remboursés, les USA et la France rapatrient leurs capitaux placés à Londres. La balance des paiements britanniques est déficitaire, Londres a l’obligation de rembourser en or, en vertu des accords de Gènes (1922). Il y a hémorragie d’or et c’est pourquoi, la même année 1931, le gouvernement britannique décide la fin de la convertibilité en or de la £. Il décide aussi une dévaluation de sa monnaie pour fouetter les exportations.

    Or, la £ était une monnaie de réserve. Les banques centrales qui avaient gardé des £ en gage de leur propre monnaie se retrouvent avec du papier. Pas exactement car un pays est obligé d’accepter cette £ papier c’est l’Angleterre elle-même. Ces pays sont des clients-fournisseurs obligés de Londres : ils vont former la zone sterling. Le Royaume-Uni décide aussi l’abandon du libre-échange et contingente ses importations : ce faisant, il exporte sa crise dans son empire colonial (les colonies peuvent moins vendre à la métropole).

        La France, plus agricole, plus repliée sur elle-même, moins investie par les capitaux américains, ressent la crise plus tardivement. Celle-ci arrive peu à peu avec les difficultés à exporter vers les pays déjà en crise (R.-U., USA…).

    D’ailleurs, le commerce international s’effondre : il perd 25% en volume (calculé en prix constants de 1929) et 60% en valeur, cela en quelques années.

 chose promise, chose due...



[1] Joseph Clément Juglar (1819 à Paris - 1905 à Paris) est un médecin et économiste français. Savant éminent, Juglar a appartenu à l'Institut international de statistique ainsi qu'à l'Académie des sciences morales et politiques. Dans son ouvrage Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis (1862), il met en relief la relative régularité du retour des crises économiques et formule une des premières analyses consistantes du "cycle économique". (Wiki).

[2] Est-ce là l’origine de l’expression « boire la tasse » ? je ne le jurerais pas.

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