1929- 1939 : la lutte contre la crise et le nouveau visage économique du monde (3° partie)

publié le 16 déc. 2014 à 08:40 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 12 déc. 2016 à 09:43 ]
suite de : Économie mondiale : 1919-1929 et de : La crise de 1929

PLAN

I.

LA POLITIQUE LIBÉRALE DU DÉBUT :

                A. LE MÉCANISME SOI-DISANT LIBÉRAL

                 B. LES POLITIQUES LIBÉRALES

 II.

LES POLITIQUES DIRIGISTES

                A. DANS LES DÉMOCRATIES IMPÉRIALES

1. Le Royaume-Uni

2. les Etats-Unis

3. La France

                B. LA RECHERCHE D'AUTRES SOLUTIONS

1. Des conditions objectives différentes

2. La double face de l'autarcie

    Photo célébrissime qui ridiculise l'american way of life (l'affiche date de la Prosperity) en montrant cette foule de déshérités en attente de l'aide apportée par le New Deal. (notez que les gens sont noirs, mais il y a d'autres photos sur lesquelles figurent les Blancs). Source : Bordas T97.

COURS

    Cette partie peut être extrêmement longue, chaque pays étant une économie particulière, il faudrait une leçon pour chacun. Ce qui suit, succinct, doit donc être considéré comme un schéma et être complété par des lectures personnelles. Comme toujours, il faut retenir les idées générales et les étoffer par des exemples personnels cueillis au gré des lectures de travail.Et comme disait un de mes profs lointains, pour qu’il y ait révision - re-vision - il faut qu’il y ait eu au préalable vision.

I.

LA POLITIQUE LIBÉRALE DU DÉBUT

 

    Au début, la crise est considérée comme banale, ce n’est qu’un dérangement temporaire, et il y en eut tellement depuis que le capitalisme existe ! D’ailleurs, en 1930, il y a ébauche d’une reprise boursière. Le président américain Hoover se rend célèbre par son "la prospérité est au coin de la rue", c’est-à-dire qu’elle reviendra sans que l’on s’y attende, comme on tombe sur un vieil ami que l’on retrouve au coin de la rue.

A. LE MÉCANISME SOI-DISANT LIBÉRAL

    Comment s’amorçait la phase 4 d’un cycle Juglar ? (cf. la 2ème partie de ce cours). Elle résulte de la conjonction de quatre facteurs.

    1. les taux d’intérêt baissent faute de demande de crédit.

    2. le prix de la main-d’œuvre baisse grâce ou à cause du chômage.

    3. seules subsistent les entreprises les plus saines, les moins endettées.

    4. considérant ces trois phénomènes, il y a toujours un entrepreneur qui, cherchant l’innovation pour relancer son profit, ose emprunter et embaucher : la reprise s’amorce.

    Forts de cette doctrine, les libéraux pensent qu’il faut respecter ce mécanisme et attendre.

B. LES POLITIQUES LIBÉRALES

    En attendant donc, le moyen utilisé c’est la politique d’austérité des gouvernements, la déflation. Car un déficit budgétaire provoquerait des demandes d’emprunts de la part de l’État ce qui empêcherait le facteur 1 (supra). Quant aux dépenses sociales, elles empêcheraient le facteur 2. Horreur économique.

    Ainsi, aux Etats-Unis, Hoover - malchanceux, Hoover, du parti républicain, parti du Big Business, a été élu en nov.28, a pris ses fonctions en janvier 29, connu la crise de l’automne 29 et a dû gouverner en 1930, 1931, 1932 - Hoover donc s’oppose à ce que l’argent public soit dépensé directement en faveur des chômeurs ou des fermiers en difficulté. Faire cela serait annihiler l’esprit d’entreprise des gens secourus. Par contre, il accepte d’aider les entreprises à se sauver elles-mêmes, à poursuivre les travaux publics, à renforcer le protectionnisme avec le tarif Hawley - Smoot qui aggrave la situation des pays du Sud de la planète, cf. leçon antérieure. La loi imposa une taxe de 59 % sur plus de 3.200 biens importés aux États-Unis. Cette taxation fait suite au tarif Fordney - Mac Cumber de 1922, qui imposait une taxation de 38 % en moyenne. Les autres pays ont répondu à cette loi par des mesures protectionnistes, le commerce international diminua et l'économie au niveau mondial ralentit encore plus. Hoover, adepte du "rugged individualism" (individualisme farouche, ou sauvage), hésite à développer le rôle de l’Etat.  

    En Angleterre, en juillet 1931, les experts du May Committee convoqué par le gouvernement de Sa Majesté proposent l’équilibre des finances publiques par la réduction des allocations-chômage, créées en 1926 au Royaume-Uni, servies à 3 millions de chômeurs. Mesure déflationniste typique que Keynes qualifia immédiatement de "document le plus idiot".

    En France, Pierre Laval, extrême-droite cryptée, Président du Conseil, diminue brutalement le traitement des fonctionnaires de 10% (1935). Dans le secteur privé, on s’en inspire…Politique de soi-disant baisse du "coût" du travail qui n'est pas sans rappeler l'aujourd'hui. Laval expulse les Polonais des mines.L’Artois pendant l’entre-deux-guerres (2ème partie).. Recherche du bouc émissaire qui n'est pas sans rappeler l'aujourd'hui.

    En vérité, la déflation contribue à faire baisser la demande globale et, donc, à entretenir la crise. Peu à peu, la crise s’aggravant, les esprits en viennent à accepter une intervention plus grande de l’État.

II.

LES POLITIQUES DIRIGISTES

    Il convient de distinguer les pays dont les atouts (landing effect ou empire colonial) ont permis le maintien de la démocratie libérale et ceux qui ont appliqué des méthodes fascistes pour sortir de la crise, en fait pour préparer leur agression.

A. DANS LES DÉMOCRATIES IMPÉRIALES

1. Le Royaume-Uni

    Le 20 septembre 1931, le Gold Standard Act est abrogé. La livre £ n’est plus convertible en or, elle "flotte". Elle se déprécie d’un tiers de sa valeur. Puis est décidée une vigoureuse politique déflationniste : les emprunts de guerre sont "convertis" - leur rente passe de 5% à 3,5% - les allocations chômage sont baissées. Cependant, le maintien des importations à un haut niveau suscite le vote de l’Import Duties Act (mars 1932), loi sur les droits de douanes à l’importation qui est une décision historique : l’Angleterre abandonne le libre-échange qu’elle avait adopté dès 1846 et maintenu lors de la Grande dépression de la fin du XIX° siècle. Le libre-échange, c’est bien quand on est fort et qu’on en profite. Le nouveau tarif douanier frappe surtout les produits manufacturés courants et de luxe. L’agriculture -et notamment la céréaliculture- est remise sur pieds pour limiter les importations de blé. Pour ce qui concerne la relance de l’économie, le patronat et les Tories optent, non pas pour une politique de pouvoir d’achat -au contraire-, mais entreprennent une grande négociation économiques avec l’Empire. C’est l’idée de la préférence impériale qui est au centre des discussions. On aboutit à l’accord d’Ottawa (août 1932) qui crée une zone de libre-échange quoique certains droits -diminués-soient maintenus. Auparavant, dès 1931, par les accords de Westminster (exactement : loi de 1931 visant à donner effet à des résolutions adoptées lors des conférences impériales de 1926 et 1930), le Canada, l’Afrique du sud, l’Australie et la Nlle-Zélande ont obtenu leur pleine souveraineté. Le chef d’État demeure le roi - ou la reine - d’Angleterre mais ces pays ont une diplomatie indépendante. (cf. article wiki).

    La création de la zone sterling résulte du mécanisme du Gold exchange standard : les pays qui possédaient, en réserve dans leur banque centrale, de la livre sterling -elle équivalait à l’or- sont maintenant obligés d’aligner leur monnaie sur celle de l’Angleterre. C’est la £-papier qui dorénavant garantira leur monnaie-papier en circulation. Un pays est obligé d’accepter leur monnaie garantie sur la £, c’est l’Angleterre elle-même, émettrice de la £. Les livres dont ces pays disposent sont des créances sur l’Angleterre avec lesquelles ils peuvent se procurer des produits britanniques. La banque d’Angleterre reste un intermédiaire dans les paiements internationaux même si elle n’est plus la Banque du Monde. Sont concernés : l’Empire - les Dominions sauf le Canada (trop proche des États-Unis) avec l’Inde, la Rhodésie, Terre-Neuve - et, hors Empire, Scandinavie, Pays- baltes, Portugal, Grèce, Irak, Iran, Égypte, Argentine, Brésil. La £ reste stable jusqu’en 1939 car la balance des paiements anglaise s’est redressée et cela grâce à son Empire, à ses partenaires commerciaux de la zone sterling, d’où la sentence : "le passé anglais a sauvé le présent".


2. les États-Unis

    Le président Roosevelt prend ses fonctions en janvier 1933 : la crise frappe depuis plus de trois ans. Il lance le fameux New Deal qui signifie nouvelle donne, nouvelle distribution des cartes. Il poursuit avec son brain-trust - (groupe d’experts, brain : cerveaux ) - trois objectifs :

    1. relancer l’économie et fournir un job aux 13 millions de chômeurs. Pour cela il faut rétablir la confiance de l’opinion dans la monnaie, les banques, la bourse. C’est le sens du Banking Act et du Securities Exchange Act : garantie des dépôts des petits épargnants, augmentation légale des réserves obligatoires des banques, contrôle des crédits faits par le broker (agent de change) au spéculateur. Inflation Act autorise une inflation volontaire et contrôlée. En janvier 1934, le dollar est dévalué officiellement de 41% : décision qui favorise à la fois les débiteurs et les exportateurs. Une politique de Grands Travaux est lancée avec la T.V.A. (Vallée du Tennessee) et le Civilian Conservation Corps (C.C.C.) qui embauche 275.000 jeunes hommes la première année, deux millions sur 8 ans (initiative à caractère écologique pour la protection de l’environnement, très dégradé aux Etats-Unis, cf. le Dust bowl). Effort accompagné par la WPA : La Work Projects Administration (créée sous le nom de Works Progress Administration) : trois millions d’emplois pour des travaux divers d’intérêt général (cf. article Wiki).

    2. second objectif : réformer, c’est-à-dire supprimer les abus et les excès de la "Prosperity". Le secteur bancaire est restructuré par le Banking Act (qui crée la spécialisation entre les banques de dépôts et les banques d’investissement). Le crédit est réglementé (Securities Exchange Act). Pour ce qui concerne la maitrise de la production dont on a constaté les méfaits quand elle fait de la surproduction, est voté l’A.A.A (12 mai 1933) qui est une politique agricole malthusienne : réduction des surfaces, des rendements, destruction éventuelle, etc…En 1938, l’Etat prend à sa charge la différence entre le prix du marché et le prix garanti aux producteurs - si ceux-ci avaient accepté de réduire leur production - Bref, l’agriculture américaine est encadrée. C’est Nixon qui libéralisera tout ça en 1970, lançant l’agriculture américaine à la conquête du monde. Le NIRA (National Industrial Recovery Act -loi de redressement industriel national-) crée les conventions collectives, le salaire légal minimum, les quotas de production (contre la baisse des prix), réduction de la durée hebdomadaire du travail (entre 35 et 40 heures en fonction des métiers) ;  autant de conditions qui vont défavoriser les P.M.E. et favoriser les grosses entreprises, mais on s’en apercevra plus tard.

    3. équilibrer les chances de chacun (d’où le nom de nouvelle donne, new deal). C’est à la fois l’aide immédiate aux chômeurs et la création d’un début d’ Etat-providence aux États-Unis. Vote du SOCIAL SECURITY Act (1935) qui organise la retraite-vieillesse, l’assurance-chômage (versée pendant six mois). Toutefois, il n’y a toujours pas d’assurance-maladie, il faudra attendre 1965 pour cela. Est-ce la fin du darwinisme social aux États-Unis ? Les syndicats sont reconnus par la loi, plus de yellow syndicats (créés par les patrons) ? On pourra négocier les contrats collectifs entre patrons et délégués syndicaux. Tout cea est mis en place après le vote du National Labor Relations Act (« Loi nationale sur les Rapports Syndicaux ») ou Wagner Act en juillet 1935 (article Wiki). Avec 9 millions de syndiqués, le Big Labor peut faire face au Big Business (la guerre froide va supprimer la plupart des dispositions du Wagner Act). La cour suprême -dont les juges ont été mis en place par les anciens présidents républicains déclare inconstitutionnelles beaucoup de ces dispositions. Mais, la réélection de Roosevelt en nov. 1936 permettra au président de venir à bout de cette résistance (surtout pour les A.A.A).

Bilan du New Deal.

    Sur une base 100 en 1929, la production industrielle est à l’indice 98 et la masse salariale à 90 en fin de période (1939). Roosevelt rend les "grandes affaires" responsables, elles possèdent un "droit de prospérité ou de crise" sur l’économie américaine. Il envisage de relancer la loi anti-trust (votée avant 1914 mais mal appliquée et détournée) mais la guerre rendra indispensable la collaboration entre le gouvernement fédéral et les patrons de l’industrie. Le New Deal - effet pervers ? - a favorisé le Big Business qui pouvait seul supporter les nouvelles contraintes de production, d’horaire, de prix et de salaires. Cependant, si avant le New deal le pays répondait à la volonté d’un seul élément de la population : les WASP propriétaires, Roosevelt créa une société plus juste, pluraliste. Il rallia au parti démocrate les pauvres, les Noirs (bénéficiaires du NIRA), les immigrants récents. Ni planificateur, encore moins socialiste, le New Deal avait pour but essentiel de sauver le capitalisme par les réformes, une intervention volontaire de l’État dans l’économie. C’est l’amorce du Welfare state que J.-M. Keynes théorisera en 1936 - après l’expérience du 1er New deal, donc - dans son ouvrage célébrissime "Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie" dans lequel il expose la théorie du pump priming : l’État doit amorcer la pompe pour relancer l’économie.

3. La France

    La France souffre de ses prix élevés que mettent en relief la dévaluation de la £ et la baisse des prix mondiaux. Sa balance commerciale devient déficitaire et le budget est également en déficit (il faut toujours payer la retraite des anciens combattants, indemniser les victimes des calamités agricoles (loi de 1930) et verser les assurances sociales -1930-). L’inflation menace. Notons que les classes dirigeantes redécouvrent l’intérêt de l’empire avec la grande exposition coloniale de 1931.

    Avant le Front populaire. Nous l’avons entr’aperçu les politiques sont à la déflation et au malthusianisme économique (arrachage des vignes, destruction de stocks de blé). NB. de 1928 à 1936, les gouvernements sont à droite, la droite ayant gagné les élections de 1928 et de 1932. Le ministère Tardieu est un peu particulier : ce Président du Conseil, grand bourgeois libéral, lance de grands travaux (comme la construction de la Ligne MAGINOT), fait voter la gratuité de la classe de 6°, fait voter des lois sur les assurances sociales et les allocations familiales (début d’une redistribution des revenus). Il annonce le mariage entre la droite et l’interventionnisme économique. Mais il est mis en minorité et doit démissionner.

    Après le Front populaire. L’union électorale PCF- PS(SFIO) - parti radical-socialiste se heurte à une crise aggravée par la déflation (cf. les mesures Laval). Dans les entreprises, il y a un grand retard social. Victorieux, le gouvernement Blum (SFIO) est soutenu par une gigantesque vague de grèves qui prennent la forme inattendu de grèves sur le tas, cad d’occupation des usines et autres lieux de travail. Patronat, syndicat CGT (réunifiée en 1935) et gouvernement signent les Accords de Matignon (7 juin 36) qui aboutissent à une hausse des salaires, au droit syndical avec l’institution de délégués du personnel et les conventions collectives (on signe des accords entre patronat et CGT pour toutes les entreprises d’une même branche industrielle, si bien que les accords bénéficient aussi aux entreprises qui n’ont pas de syndicat). Puis les 11 et 12 juin, les députés votent la loi sur les 40h hebdomadaires et sur les congés payés de deux semaines. La Banque de France est nationalisée. Ainsi que les industries d’armement dont l’aéronautique. La SNCF est créée (1937). L’Office du Blé garantit un prix minimum aux céréaliculteurs. Par contre, le Front Populaire doit dévaluer le Franc (octobre 36) dont la situation était intenable face à la £ dévaluée et au $ - c’était la "guerre des monnaies" - et qui souffrait de la fuite des capitaux (absence de contrôle des changes qui permet aux capitalistes de les faire passer à ‘étranger).

    Le Front populaire garde à son actif les mesures sociales, une relance économique, une baisse du chômage mais l’inflation a augmenté. A l’éternelle question sur les 40h qui auraient été responsables d’une baisse de la production alors que la guerre menaçait, il faut répondre que le patronat n’a pas effectué les investissements de productivité qui s’imposaient. La production a mal suivi : 1928 : 100 ; 1935 : 79 ; 1937 : 90. De plus, les prix ont augmenté de 70% alors que les célébrissimes charges sociales ont crû de 45%.

    Le Front populaire fut davantage un New Deal qu’une expérience socialiste, et surtout, il n’y eut pas en France de consensus mais au contraire une volonté de revanche de la part du patronat que symbolise la formule traitresse "plutôt Hitler que Blum".    

B. LA RECHERCHE D'AUTRES SOLUTIONS

1. Des conditions objectives différentes

    Les États-Unis possèdent leurs ressources naturelles, et leur marché intérieur, France et Royaume-Uni ont leur empire colonial, un stock d’or, des devises : elles peuvent emprunter le cas échéant. La crise y sera plus ou moins bien surmontée, il n’y aura pas de véritable danger fasciste. D’autres pays n’ont pas ces atouts. Comment relancer l’économie et réduire le chômage puisque le déficit de la balance commerciale ne peut être compensé par des emprunts internationaux (on dit de ces pays qu’ils ont une "mauvaise signature"). Comment exporter alors qu’il n’y a pas de colonies réservées et que le monde est cloisonné par le protectionnisme ? Comment maintenir l’équilibre de la balance des paiements ? C’est pourquoi certains pays subissent plus gravement que d’autres les conséquences de la Crise, et, pour citer les plus importants, ce sont l’Allemagne, l’Italie, le Japon. Ils vont s’orienter vers l’autarcie. L’autarcie des années Trente n’a pas pour but de vivre complètement coupé du monde extérieur, ce qui est impossible pour un pays industrialisé. L’autarcie est la recherche autant que possible de l’équilibre des échanges extérieurs. Ce n’est pas une doctrine mais une série de remèdes appliqués à chaud sur la situation économique du pays.

    Noter que Mussolini entreprend sa politique de Grands Travaux et "la bataille du blé" AVANT la crise de 1929 parce qu’il doit dès les années 20’ faire face au chômage (provoqué par la déflation mais aussi une surpopulation relative) et au déficit de la balance commerciale. En Allemagne, le contrôle des changes est mis en place en 1931 parce que le pays est confronté à ce problème à cette date. Hitler conservera cette mesure prise avant lui. C’est la situation du capitalisme dans ces pays qui contraint les dirigeants à trouver des solutions du type autarcique.

2. La double face de l'autarcie

L’autarcie a une face interne et une face externe.

1. à l’intérieur. Grands travaux (cf. les autoroutes construites tant en Italie qu’en Allemagne), bonification des terres incultes, contingentement des importations, recherche de produits de remplacement appelés ersatz en Allemagne (recherche déjà entreprise durant le blocus de 1914-1918) : essence et caoutchouc synthétique, textiles artificiels et synthétiques… Il y a une recherche systématique de la self-suffisance dans la perspective d’une guerre. D’ailleurs Mussolini, puis Hitler, les militaires japonais font de la guerre une issue à la crise et l’industrie d’armement est un aspect fondamental de la politique autarcique : l’écoulement des marchandises produites n’est pas un problème mais la diplomatie de ces États devient agressive.

2. à l’extérieur. Les capitaux étrangers bloqués en Allemagne après 1931 (cf. cours précédent) sont remboursés en marchandises allemandes. Afin d’éviter l’usage de devises, ces pays pratiquent avec d’autres, le troc. Berlin passe des accords de compensation : l’Allemagne achète du blé et du pétrole à la Roumanie si cette dernière importe des produits fabriqués en Allemagne pour un montant équivalent. L’Europe centrale trouve de la sorte des débouchés. D’ailleurs, la plupart de ces pays - sauf la Tchécoslovaquie - adoptent un régime pro-allemand voire pro-nazi. LES R.I. DE 1936 à 1939. C. "LES GRANDES MANOEUVRES" Le recherche éperdue de débouchés conduit à la guerre impérialiste : Italie : Éthiopie, Albanie ; Allemagne : Autriche, Sudètes, ensemble de la Tchécoslovaquie, Pologne ; Japon : Chine dès1937.

                L’analyse économique est inséparable de l’analyse diplomatique.

   

CONCLUSION GÉNÉRALE

 

    En fin des années trente, le monde vit dans un climat général d’angoisse - qu’en France on essaie d’évacuer par des chansons comme "tout va très bien madame la marquise" -, on a peur d’une rechute dans la crise, les peuples ont peur de la guerre, les possédants ont peur du communisme. Cette période marque la fin du Welfare capitalism, le libéralisme économique intégral est mort, l’État intervient peu ou prou partout. Keynes apporte sa contribution théorique, il met en concepts ce qu’il voit faire aux États-Unis. L’État intervient comme secours au capitalisme : il y a l’État-producteur, l’État-régulateur, l’État-bienfaiteur.

    Les réactions externes à la crise montrent une concurrence internationale exacerbée pour la conquête des débouchés commerciaux, des sources d’énergie et de matières premières. Peu à peu se dessine la frontière entre deux blocs, d’un côté les nations "ploutocratiques" - le mot est de Mussolini - qui disposent d’un stock d’or, de devises, de matières premières ou énergétiques, de marchés coloniaux ou de zones protégées ; de l’autre des nations "prolétaires" (Mussolini, emprunt au vocabulaire du marxisme typique des fascistes) sans crédit international, sans colonies ou pas assez, à l’étroit dans leur territoire exigüe. Allemagne, Italie, Japon finiront d’ailleurs par s’entendre avec le pacte anti-Komintern de 1937 puis le pacte d’acier.

    D’où la division du monde capitaliste en deux. Cependant ; la deuxième guerre mondiale se distingue de la première par un troisième acteur : l’U.R.S.S.. Sachant que dès l’incident du Triple sept, la Chine rejoint de facto, les pays anglo-saxons et la France.

 

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