h. ENTRE-deux-GUERRES

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Les conséquences de la guerre de 1914 - 1918.

publié le 17 avr. 2016 à 05:04 par Jean-Pierre Rissoan

   
    Vous obtiendrez l'intégralité de cet article dans un autre paragraphe du cours :

1929- 1939 : la lutte contre la crise et le nouveau visage économique du monde (3° partie)

publié le 16 déc. 2014 à 08:40 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 12 déc. 2016 à 09:43 ]

suite de : Économie mondiale : 1919-1929 et de : La crise de 1929

PLAN

I.

LA POLITIQUE LIBÉRALE DU DÉBUT :

                A. LE MÉCANISME SOI-DISANT LIBÉRAL

                 B. LES POLITIQUES LIBÉRALES

 II.

LES POLITIQUES DIRIGISTES

                A. DANS LES DÉMOCRATIES IMPÉRIALES

1. Le Royaume-Uni

2. les Etats-Unis

3. La France

                B. LA RECHERCHE D'AUTRES SOLUTIONS

1. Des conditions objectives différentes

2. La double face de l'autarcie

    Photo célébrissime qui ridiculise l'american way of life (l'affiche date de la Prosperity) en montrant cette foule de déshérités en attente de l'aide apportée par le New Deal. (notez que les gens sont noirs, mais il y a d'autres photos sur lesquelles figurent les Blancs). Source : Bordas T97.

COURS

    Cette partie peut être extrêmement longue, chaque pays étant une économie particulière, il faudrait une leçon pour chacun. Ce qui suit, succinct, doit donc être considéré comme un schéma et être complété par des lectures personnelles. Comme toujours, il faut retenir les idées générales et les étoffer par des exemples personnels cueillis au gré des lectures de travail.Et comme disait un de mes profs lointains, pour qu’il y ait révision - re-vision - il faut qu’il y ait eu au préalable vision.

I.

LA POLITIQUE LIBÉRALE DU DÉBUT

 

    Au début, la crise est considérée comme banale, ce n’est qu’un dérangement temporaire, et il y en eut tellement depuis que le capitalisme existe ! D’ailleurs, en 1930, il y a ébauche d’une reprise boursière. Le président américain Hoover se rend célèbre par son "la prospérité est au coin de la rue", c’est-à-dire qu’elle reviendra sans que l’on s’y attende, comme on tombe sur un vieil ami que l’on retrouve au coin de la rue.

A. LE MÉCANISME SOI-DISANT LIBÉRAL

    Comment s’amorçait la phase 4 d’un cycle Juglar ? (cf. la 2ème partie de ce cours). Elle résulte de la conjonction de quatre facteurs.

    1. les taux d’intérêt baissent faute de demande de crédit.

    2. le prix de la main-d’œuvre baisse grâce ou à cause du chômage.

    3. seules subsistent les entreprises les plus saines, les moins endettées.

    4. considérant ces trois phénomènes, il y a toujours un entrepreneur qui, cherchant l’innovation pour relancer son profit, ose emprunter et embaucher : la reprise s’amorce.

    Forts de cette doctrine, les libéraux pensent qu’il faut respecter ce mécanisme et attendre.

B. LES POLITIQUES LIBÉRALES

    En attendant donc, le moyen utilisé c’est la politique d’austérité des gouvernements, la déflation. Car un déficit budgétaire provoquerait des demandes d’emprunts de la part de l’État ce qui empêcherait le facteur 1 (supra). Quant aux dépenses sociales, elles empêcheraient le facteur 2. Horreur économique.

    Ainsi, aux Etats-Unis, Hoover - malchanceux, Hoover, du parti républicain, parti du Big Business, a été élu en nov.28, a pris ses fonctions en janvier 29, connu la crise de l’automne 29 et a dû gouverner en 1930, 1931, 1932 - Hoover donc s’oppose à ce que l’argent public soit dépensé directement en faveur des chômeurs ou des fermiers en difficulté. Faire cela serait annihiler l’esprit d’entreprise des gens secourus. Par contre, il accepte d’aider les entreprises à se sauver elles-mêmes, à poursuivre les travaux publics, à renforcer le protectionnisme avec le tarif Hawley - Smoot qui aggrave la situation des pays du Sud de la planète, cf. leçon antérieure. La loi imposa une taxe de 59 % sur plus de 3.200 biens importés aux États-Unis. Cette taxation fait suite au tarif Fordney - Mac Cumber de 1922, qui imposait une taxation de 38 % en moyenne. Les autres pays ont répondu à cette loi par des mesures protectionnistes, le commerce international diminua et l'économie au niveau mondial ralentit encore plus. Hoover, adepte du "rugged individualism" (individualisme farouche, ou sauvage), hésite à développer le rôle de l’Etat.  

    En Angleterre, en juillet 1931, les experts du May Committee convoqué par le gouvernement de Sa Majesté proposent l’équilibre des finances publiques par la réduction des allocations-chômage, créées en 1926 au Royaume-Uni, servies à 3 millions de chômeurs. Mesure déflationniste typique que Keynes qualifia immédiatement de "document le plus idiot".

    En France, Pierre Laval, extrême-droite cryptée, Président du Conseil, diminue brutalement le traitement des fonctionnaires de 10% (1935). Dans le secteur privé, on s’en inspire…Politique de soi-disant baisse du "coût" du travail qui n'est pas sans rappeler l'aujourd'hui. Laval expulse les Polonais des mines.L’Artois pendant l’entre-deux-guerres (2ème partie).. Recherche du bouc émissaire qui n'est pas sans rappeler l'aujourd'hui.

    En vérité, la déflation contribue à faire baisser la demande globale et, donc, à entretenir la crise. Peu à peu, la crise s’aggravant, les esprits en viennent à accepter une intervention plus grande de l’État.

II.

LES POLITIQUES DIRIGISTES

    Il convient de distinguer les pays dont les atouts (landing effect ou empire colonial) ont permis le maintien de la démocratie libérale et ceux qui ont appliqué des méthodes fascistes pour sortir de la crise, en fait pour préparer leur agression.

A. DANS LES DÉMOCRATIES IMPÉRIALES

1. Le Royaume-Uni

    Le 20 septembre 1931, le Gold Standard Act est abrogé. La livre £ n’est plus convertible en or, elle "flotte". Elle se déprécie d’un tiers de sa valeur. Puis est décidée une vigoureuse politique déflationniste : les emprunts de guerre sont "convertis" - leur rente passe de 5% à 3,5% - les allocations chômage sont baissées. Cependant, le maintien des importations à un haut niveau suscite le vote de l’Import Duties Act (mars 1932), loi sur les droits de douanes à l’importation qui est une décision historique : l’Angleterre abandonne le libre-échange qu’elle avait adopté dès 1846 et maintenu lors de la Grande dépression de la fin du XIX° siècle. Le libre-échange, c’est bien quand on est fort et qu’on en profite. Le nouveau tarif douanier frappe surtout les produits manufacturés courants et de luxe. L’agriculture -et notamment la céréaliculture- est remise sur pieds pour limiter les importations de blé. Pour ce qui concerne la relance de l’économie, le patronat et les Tories optent, non pas pour une politique de pouvoir d’achat -au contraire-, mais entreprennent une grande négociation économiques avec l’Empire. C’est l’idée de la préférence impériale qui est au centre des discussions. On aboutit à l’accord d’Ottawa (août 1932) qui crée une zone de libre-échange quoique certains droits -diminués-soient maintenus. Auparavant, dès 1931, par les accords de Westminster (exactement : loi de 1931 visant à donner effet à des résolutions adoptées lors des conférences impériales de 1926 et 1930), le Canada, l’Afrique du sud, l’Australie et la Nlle-Zélande ont obtenu leur pleine souveraineté. Le chef d’État demeure le roi - ou la reine - d’Angleterre mais ces pays ont une diplomatie indépendante. (cf. article wiki).

    La création de la zone sterling résulte du mécanisme du Gold exchange standard : les pays qui possédaient, en réserve dans leur banque centrale, de la livre sterling -elle équivalait à l’or- sont maintenant obligés d’aligner leur monnaie sur celle de l’Angleterre. C’est la £-papier qui dorénavant garantira leur monnaie-papier en circulation. Un pays est obligé d’accepter leur monnaie garantie sur la £, c’est l’Angleterre elle-même, émettrice de la £. Les livres dont ces pays disposent sont des créances sur l’Angleterre avec lesquelles ils peuvent se procurer des produits britanniques. La banque d’Angleterre reste un intermédiaire dans les paiements internationaux même si elle n’est plus la Banque du Monde. Sont concernés : l’Empire - les Dominions sauf le Canada (trop proche des États-Unis) avec l’Inde, la Rhodésie, Terre-Neuve - et, hors Empire, Scandinavie, Pays- baltes, Portugal, Grèce, Irak, Iran, Égypte, Argentine, Brésil. La £ reste stable jusqu’en 1939 car la balance des paiements anglaise s’est redressée et cela grâce à son Empire, à ses partenaires commerciaux de la zone sterling, d’où la sentence : "le passé anglais a sauvé le présent".


2. les États-Unis

    Le président Roosevelt prend ses fonctions en janvier 1933 : la crise frappe depuis plus de trois ans. Il lance le fameux New Deal qui signifie nouvelle donne, nouvelle distribution des cartes. Il poursuit avec son brain-trust - (groupe d’experts, brain : cerveaux ) - trois objectifs :

    1. relancer l’économie et fournir un job aux 13 millions de chômeurs. Pour cela il faut rétablir la confiance de l’opinion dans la monnaie, les banques, la bourse. C’est le sens du Banking Act et du Securities Exchange Act : garantie des dépôts des petits épargnants, augmentation légale des réserves obligatoires des banques, contrôle des crédits faits par le broker (agent de change) au spéculateur. Inflation Act autorise une inflation volontaire et contrôlée. En janvier 1934, le dollar est dévalué officiellement de 41% : décision qui favorise à la fois les débiteurs et les exportateurs. Une politique de Grands Travaux est lancée avec la T.V.A. (Vallée du Tennessee) et le Civilian Conservation Corps (C.C.C.) qui embauche 275.000 jeunes hommes la première année, deux millions sur 8 ans (initiative à caractère écologique pour la protection de l’environnement, très dégradé aux Etats-Unis, cf. le Dust bowl). Effort accompagné par la WPA : La Work Projects Administration (créée sous le nom de Works Progress Administration) : trois millions d’emplois pour des travaux divers d’intérêt général (cf. article Wiki).

    2. second objectif : réformer, c’est-à-dire supprimer les abus et les excès de la "Prosperity". Le secteur bancaire est restructuré par le Banking Act (qui crée la spécialisation entre les banques de dépôts et les banques d’investissement). Le crédit est réglementé (Securities Exchange Act). Pour ce qui concerne la maitrise de la production dont on a constaté les méfaits quand elle fait de la surproduction, est voté l’A.A.A (12 mai 1933) qui est une politique agricole malthusienne : réduction des surfaces, des rendements, destruction éventuelle, etc…En 1938, l’Etat prend à sa charge la différence entre le prix du marché et le prix garanti aux producteurs - si ceux-ci avaient accepté de réduire leur production - Bref, l’agriculture américaine est encadrée. C’est Nixon qui libéralisera tout ça en 1970, lançant l’agriculture américaine à la conquête du monde. Le NIRA (National Industrial Recovery Act -loi de redressement industriel national-) crée les conventions collectives, le salaire légal minimum, les quotas de production (contre la baisse des prix), réduction de la durée hebdomadaire du travail (entre 35 et 40 heures en fonction des métiers) ;  autant de conditions qui vont défavoriser les P.M.E. et favoriser les grosses entreprises, mais on s’en apercevra plus tard.

    3. équilibrer les chances de chacun (d’où le nom de nouvelle donne, new deal). C’est à la fois l’aide immédiate aux chômeurs et la création d’un début d’ Etat-providence aux États-Unis. Vote du SOCIAL SECURITY Act (1935) qui organise la retraite-vieillesse, l’assurance-chômage (versée pendant six mois). Toutefois, il n’y a toujours pas d’assurance-maladie, il faudra attendre 1965 pour cela. Est-ce la fin du darwinisme social aux États-Unis ? Les syndicats sont reconnus par la loi, plus de yellow syndicats (créés par les patrons) ? On pourra négocier les contrats collectifs entre patrons et délégués syndicaux. Tout cea est mis en place après le vote du National Labor Relations Act (« Loi nationale sur les Rapports Syndicaux ») ou Wagner Act en juillet 1935 (article Wiki). Avec 9 millions de syndiqués, le Big Labor peut faire face au Big Business (la guerre froide va supprimer la plupart des dispositions du Wagner Act). La cour suprême -dont les juges ont été mis en place par les anciens présidents républicains déclare inconstitutionnelles beaucoup de ces dispositions. Mais, la réélection de Roosevelt en nov. 1936 permettra au président de venir à bout de cette résistance (surtout pour les A.A.A).

Bilan du New Deal.

    Sur une base 100 en 1929, la production industrielle est à l’indice 98 et la masse salariale à 90 en fin de période (1939). Roosevelt rend les "grandes affaires" responsables, elles possèdent un "droit de prospérité ou de crise" sur l’économie américaine. Il envisage de relancer la loi anti-trust (votée avant 1914 mais mal appliquée et détournée) mais la guerre rendra indispensable la collaboration entre le gouvernement fédéral et les patrons de l’industrie. Le New Deal - effet pervers ? - a favorisé le Big Business qui pouvait seul supporter les nouvelles contraintes de production, d’horaire, de prix et de salaires. Cependant, si avant le New deal le pays répondait à la volonté d’un seul élément de la population : les WASP propriétaires, Roosevelt créa une société plus juste, pluraliste. Il rallia au parti démocrate les pauvres, les Noirs (bénéficiaires du NIRA), les immigrants récents. Ni planificateur, encore moins socialiste, le New Deal avait pour but essentiel de sauver le capitalisme par les réformes, une intervention volontaire de l’État dans l’économie. C’est l’amorce du Welfare state que J.-M. Keynes théorisera en 1936 - après l’expérience du 1er New deal, donc - dans son ouvrage célébrissime "Théorie générale de l’emploi, de l’intérêt et de la monnaie" dans lequel il expose la théorie du pump priming : l’État doit amorcer la pompe pour relancer l’économie.

3. La France

    La France souffre de ses prix élevés que mettent en relief la dévaluation de la £ et la baisse des prix mondiaux. Sa balance commerciale devient déficitaire et le budget est également en déficit (il faut toujours payer la retraite des anciens combattants, indemniser les victimes des calamités agricoles (loi de 1930) et verser les assurances sociales -1930-). L’inflation menace. Notons que les classes dirigeantes redécouvrent l’intérêt de l’empire avec la grande exposition coloniale de 1931.

    Avant le Front populaire. Nous l’avons entr’aperçu les politiques sont à la déflation et au malthusianisme économique (arrachage des vignes, destruction de stocks de blé). NB. de 1928 à 1936, les gouvernements sont à droite, la droite ayant gagné les élections de 1928 et de 1932. Le ministère Tardieu est un peu particulier : ce Président du Conseil, grand bourgeois libéral, lance de grands travaux (comme la construction de la Ligne MAGINOT), fait voter la gratuité de la classe de 6°, fait voter des lois sur les assurances sociales et les allocations familiales (début d’une redistribution des revenus). Il annonce le mariage entre la droite et l’interventionnisme économique. Mais il est mis en minorité et doit démissionner.

    Après le Front populaire. L’union électorale PCF- PS(SFIO) - parti radical-socialiste se heurte à une crise aggravée par la déflation (cf. les mesures Laval). Dans les entreprises, il y a un grand retard social. Victorieux, le gouvernement Blum (SFIO) est soutenu par une gigantesque vague de grèves qui prennent la forme inattendu de grèves sur le tas, cad d’occupation des usines et autres lieux de travail. Patronat, syndicat CGT (réunifiée en 1935) et gouvernement signent les Accords de Matignon (7 juin 36) qui aboutissent à une hausse des salaires, au droit syndical avec l’institution de délégués du personnel et les conventions collectives (on signe des accords entre patronat et CGT pour toutes les entreprises d’une même branche industrielle, si bien que les accords bénéficient aussi aux entreprises qui n’ont pas de syndicat). Puis les 11 et 12 juin, les députés votent la loi sur les 40h hebdomadaires et sur les congés payés de deux semaines. La Banque de France est nationalisée. Ainsi que les industries d’armement dont l’aéronautique. La SNCF est créée (1937). L’Office du Blé garantit un prix minimum aux céréaliculteurs. Par contre, le Front Populaire doit dévaluer le Franc (octobre 36) dont la situation était intenable face à la £ dévaluée et au $ - c’était la "guerre des monnaies" - et qui souffrait de la fuite des capitaux (absence de contrôle des changes qui permet aux capitalistes de les faire passer à ‘étranger).

    Le Front populaire garde à son actif les mesures sociales, une relance économique, une baisse du chômage mais l’inflation a augmenté. A l’éternelle question sur les 40h qui auraient été responsables d’une baisse de la production alors que la guerre menaçait, il faut répondre que le patronat n’a pas effectué les investissements de productivité qui s’imposaient. La production a mal suivi : 1928 : 100 ; 1935 : 79 ; 1937 : 90. De plus, les prix ont augmenté de 70% alors que les célébrissimes charges sociales ont crû de 45%.

    Le Front populaire fut davantage un New Deal qu’une expérience socialiste, et surtout, il n’y eut pas en France de consensus mais au contraire une volonté de revanche de la part du patronat que symbolise la formule traitresse "plutôt Hitler que Blum".    

B. LA RECHERCHE D'AUTRES SOLUTIONS

1. Des conditions objectives différentes

    Les États-Unis possèdent leurs ressources naturelles, et leur marché intérieur, France et Royaume-Uni ont leur empire colonial, un stock d’or, des devises : elles peuvent emprunter le cas échéant. La crise y sera plus ou moins bien surmontée, il n’y aura pas de véritable danger fasciste. D’autres pays n’ont pas ces atouts. Comment relancer l’économie et réduire le chômage puisque le déficit de la balance commerciale ne peut être compensé par des emprunts internationaux (on dit de ces pays qu’ils ont une "mauvaise signature"). Comment exporter alors qu’il n’y a pas de colonies réservées et que le monde est cloisonné par le protectionnisme ? Comment maintenir l’équilibre de la balance des paiements ? C’est pourquoi certains pays subissent plus gravement que d’autres les conséquences de la Crise, et, pour citer les plus importants, ce sont l’Allemagne, l’Italie, le Japon. Ils vont s’orienter vers l’autarcie. L’autarcie des années Trente n’a pas pour but de vivre complètement coupé du monde extérieur, ce qui est impossible pour un pays industrialisé. L’autarcie est la recherche autant que possible de l’équilibre des échanges extérieurs. Ce n’est pas une doctrine mais une série de remèdes appliqués à chaud sur la situation économique du pays.

    Noter que Mussolini entreprend sa politique de Grands Travaux et "la bataille du blé" AVANT la crise de 1929 parce qu’il doit dès les années 20’ faire face au chômage (provoqué par la déflation mais aussi une surpopulation relative) et au déficit de la balance commerciale. En Allemagne, le contrôle des changes est mis en place en 1931 parce que le pays est confronté à ce problème à cette date. Hitler conservera cette mesure prise avant lui. C’est la situation du capitalisme dans ces pays qui contraint les dirigeants à trouver des solutions du type autarcique.

2. La double face de l'autarcie

L’autarcie a une face interne et une face externe.

1. à l’intérieur. Grands travaux (cf. les autoroutes construites tant en Italie qu’en Allemagne), bonification des terres incultes, contingentement des importations, recherche de produits de remplacement appelés ersatz en Allemagne (recherche déjà entreprise durant le blocus de 1914-1918) : essence et caoutchouc synthétique, textiles artificiels et synthétiques… Il y a une recherche systématique de la self-suffisance dans la perspective d’une guerre. D’ailleurs Mussolini, puis Hitler, les militaires japonais font de la guerre une issue à la crise et l’industrie d’armement est un aspect fondamental de la politique autarcique : l’écoulement des marchandises produites n’est pas un problème mais la diplomatie de ces États devient agressive.

2. à l’extérieur. Les capitaux étrangers bloqués en Allemagne après 1931 (cf. cours précédent) sont remboursés en marchandises allemandes. Afin d’éviter l’usage de devises, ces pays pratiquent avec d’autres, le troc. Berlin passe des accords de compensation : l’Allemagne achète du blé et du pétrole à la Roumanie si cette dernière importe des produits fabriqués en Allemagne pour un montant équivalent. L’Europe centrale trouve de la sorte des débouchés. D’ailleurs, la plupart de ces pays - sauf la Tchécoslovaquie - adoptent un régime pro-allemand voire pro-nazi. LES R.I. DE 1936 à 1939. C. "LES GRANDES MANOEUVRES" Le recherche éperdue de débouchés conduit à la guerre impérialiste : Italie : Éthiopie, Albanie ; Allemagne : Autriche, Sudètes, ensemble de la Tchécoslovaquie, Pologne ; Japon : Chine dès1937.

                L’analyse économique est inséparable de l’analyse diplomatique.

   

CONCLUSION GÉNÉRALE

 

    En fin des années trente, le monde vit dans un climat général d’angoisse - qu’en France on essaie d’évacuer par des chansons comme "tout va très bien madame la marquise" -, on a peur d’une rechute dans la crise, les peuples ont peur de la guerre, les possédants ont peur du communisme. Cette période marque la fin du Welfare capitalism, le libéralisme économique intégral est mort, l’État intervient peu ou prou partout. Keynes apporte sa contribution théorique, il met en concepts ce qu’il voit faire aux États-Unis. L’État intervient comme secours au capitalisme : il y a l’État-producteur, l’État-régulateur, l’État-bienfaiteur.

    Les réactions externes à la crise montrent une concurrence internationale exacerbée pour la conquête des débouchés commerciaux, des sources d’énergie et de matières premières. Peu à peu se dessine la frontière entre deux blocs, d’un côté les nations "ploutocratiques" - le mot est de Mussolini - qui disposent d’un stock d’or, de devises, de matières premières ou énergétiques, de marchés coloniaux ou de zones protégées ; de l’autre des nations "prolétaires" (Mussolini, emprunt au vocabulaire du marxisme typique des fascistes) sans crédit international, sans colonies ou pas assez, à l’étroit dans leur territoire exigüe. Allemagne, Italie, Japon finiront d’ailleurs par s’entendre avec le pacte anti-Komintern de 1937 puis le pacte d’acier.

    D’où la division du monde capitaliste en deux. Cependant ; la deuxième guerre mondiale se distingue de la première par un troisième acteur : l’U.R.S.S.. Sachant que dès l’incident du Triple sept, la Chine rejoint de facto, les pays anglo-saxons et la France.

 

La crise de 1929

publié le 20 sept. 2014 à 10:37 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 août 2017 à 05:57 ]

    Cet article est la suite du précédent comme dit Mr de La Palisse (Economie mondiale : 1919-1929). Pour connaître les causes de la crise, je vous y renvoie : les "ombres au tableau" sont les causes de la crise célébrissime de 1929, et je vous rappelle le mot de Schumpeter : "les cause de la crise, c’est la prospérité". Néanmoins, je joins à mon texte une reproduction d’un excellent article (1987) de Véronique Maurus, remarquable journaliste au "Monde" et donc espèce en voie de disparition, article qui évoque d’autres aspects, mieux que je ne saurais le faire.

Plan

I.

LE "KRACH" DE WALL-STREET

A. LE CYCLE "JUGLAR"

B. DU KRACH BOURSIER A LA CRISE SOCIALE

II.

LA CRISE MONDIALE

A. L'exportation de la crise vers les pays du "sud"

B. L'exportation de la crise vers l'Europe

 

Cours

 

I.

LE "KRACH" DE WALL-STREET

    La déflagration est partie de Wall-street, New York, avec un krach boursier le jour du 24 octobre 1929, célèbre "black Thursday", le jeudi noir. En quelques mois disons quelques années, la crise boursière devient une crise bancaire puis une crise économique puis une crise sociale.

A. LE CYCLE "JUGLAR"

Un cycle économique "Juglar"[1] se décompose en quatre phases, visibles sur le modeste schéma -hand made- ci-joint. 1) phase d’expansion, 2) krach, stricto sensu, 3) décroissance où tout baisse (salaires, prix et profits, investissements) où seul le chômage augmente et enfin 4) reprise. Au sens strict, la crise c’est la phase n’°2. Au XIX° siècle, le capitalisme a connu de nombreuses crises : 1847, 1857, 1866, 1873, 1882, 1893, 1900, 1907, 1914, 1920, et arrive 1929… Le "krach" est une chute brutale du cours des actions cotées en bourse : on se débarrasse des actions qui ne rapportent plus un dividende suffisant. Le krach de 1929 éclata donc le 24 octobre. "On compte déjà, en fin de matinée, onze suicides de spéculateurs ruinés". La banque Morgan tente une riposte avec d’autres colosses de la profession, ça marche, en fin de journée l’action de U.-S.-Steel termine en progression sur le 23 octobre ! Mais le lundi suivant et surtout le mardi 29, la débâcle reprend (respectivement 9 millions et 16 millions de titres vendus). A la mi-novembre, le Dow Jones a perdu 51%. Des suicides médiatisés à outrance engendrent une légende noire. Les porteurs d’actions qui avaient emprunté pour acheter des actions sont ruinés. Ils ont acheté pour $10.000, leurs titres ne valent plus que $4.900 mais la banque continue de leur réclamer 10.000 ! Ce n’est qu’un piètre exemple.

Si la banque a ainsi de nombreux clients devenus plus ou moins insolvables, elle ne peut plus faire face à ses propres engagements.

sur le croquis ci-contre, on observe que la "sagesse" tournait autour de 4% à 5% d'intérêt. A partir de 1927, la spéculation s'accélère pour devenir non maîtrisable à l'automne de 1929. le niveau des T.I. répondent à la demande : ils montent jusqu'à 10%...





B. DU KRACH BOURSIER A LA CRISE SOCIALE

    - On passe de la crise boursière à la crise bancaire. Les banques -très nombreuses aux Etats-Unis, c’est un secteur qui a échappé à la concentration- qui ont prêté ne peuvent être remboursées par des clients ruinés. Les premières faillites bancaires provoquent le run (ou rush) des épargnants qui retirent leurs dépôts. Ce qui aggrave la situation des banques dont près de 5.000 (sur l’ensemble du territoire de l’Union) font faillite. La situation s’aggrave d’année en année - ne pas croire que tout cela se déroule en octobre 29 - et la crise bancaire a deux conséquences

          - à l’intérieur, c’est le resserrement du crédit voire sa suppression. Or "the Prospérity" reposait sur le crédit ! 

- à l’extérieur : les Américains rapatrient les capitaux placés à l’étranger, particulièrement en Europe.

    - On passe alors à la crise économique.

    On s’endettait pour acheter une voiture ou autre bien de consommation durable, on s’endettait pour investir dans son entreprise : ça n’est plus possible puisque les banques ne prêtent plus. Toute la machine économique est grippée. Il y a mévente, gonflement des stocks, et même destruction : des voitures sorties de la chaîne sont envoyées immédiatement à la casse. La baisse des prix pour écouler la production provoque la faillite des entreprises les plus endettées - les célèbres canards boiteux, chers à Raymond Barre et autres économistes libéraux - ; d’autres baissent leur production, réduisent leurs horaires et/ou leurs effectifs.

        - On passe alors à la crise sociale : faillites ou licenciements provoquent le chômage qui atteint progressivement le chiffre de 13 millions de chômeurs aux Etats-Unis, ce qui représente environ le quart de la population active civile.

    Chômage, chômage partiel, réduction de la durée du travail provoquent une chute des revenus du travail et une baisse du pouvoir d’achat et donc de la consommation : c’est la spirale de la crise car cette chute entraîne de nouvelles faillites d’entreprises : la crise entretient la crise.  

 

II.

LA CRISE MONDIALE

    Même si l’importance relative des Etats-Unis dans le monde était, en 1929 et début des années Trente, moins grande qu’en 1945 et pendant toutes les 30 Glorieuses’, elle était néanmoins très élevée et cela ne pouvait pas ne pas avoir de conséquences sur les autres pays (à l’exception, encore une fois, de l’URSS).

    A. L'exportation de la crise vers les pays du "sud"

 

  La crise touche profondément l’agriculture américaine dont les prix de vente et, par là-même, les revenus des Farmers s’effondrent. Sur une base 100 (1913), les prix passent de 138 en 1929 à 117 (1930), 80 (1931), 57 (1932) et 63 (1933). Les USA exportent au plus bas prix pour décrocher des marchés, ce qui est catastrophique pour les pays mono-dépendants (qui dépendent d’un produit ou deux) comme le Canada pour son blé, l’Argentine pour sa viande, l’Australie (céréales et laine). Pour la laine précisément, le prix mondial baisse parce que l’industrie textile aux E.-U. est en crise (les chômeurs reportent à plus tard l’achat d’un nouveau costume…) ; même explication pour le prix du café ou du cacao  et autres produits tropicaux importés à New York: la baisse de la consommation aux USA entraîne tous les prix à la baisse.

    Tous les pays fournisseurs connaissent la surproduction et au Brésil le café est brûlé dans les locomotives à vapeur ou jeté à l’océan [2].  


B.  L'exportation de la crise vers l'Europe

    Les Américains rapatrient en 1931 leurs capitaux d’Autriche et d’Allemagne, capitaux prêtés à court terme (3 mois) que les banques allemands avaient prêtés, à leur tour, à long terme !

    La crise bancaire allemande a les mêmes conséquences qu’aux E.-U.. En outre, Berlin décide un strict contrôle des changes et même "gèlent" les capitaux étrangers placés en Allemagne. Ce qui fait baisser sa note attribuée par les agences de notation américaines : on ne prête plus à l’Allemagne. Le pays, touché dans ses possibilités de crédit et dans ses débouchés extérieurs (les USA lui achètent de moins en moins mais il en va de même pour chaque pays qui entre en crise) le pays donc entre dans une crise économique et sociale qui aboutit en 1933 au chiffre de 6 millions de chômeurs, taux catastrophique dont Hitler fait son miel.

    L’Angleterre en 1931 est touchée par les décisions allemandes -de geler les capitaux placés en Allemagne- car elle avait beaucoup prêté à Berlin (suivant les idées de Keynes selon lequel il fallait une Allemagne forte pour l’économie anglo-saxonne). En effet, par crainte d’être à leur tour non remboursés, les USA et la France rapatrient leurs capitaux placés à Londres. La balance des paiements britanniques est déficitaire, Londres a l’obligation de rembourser en or, en vertu des accords de Gènes (1922). Il y a hémorragie d’or et c’est pourquoi, la même année 1931, le gouvernement britannique décide la fin de la convertibilité en or de la £. Il décide aussi une dévaluation de sa monnaie pour fouetter les exportations.

    Or, la £ était une monnaie de réserve. Les banques centrales qui avaient gardé des £ en gage de leur propre monnaie se retrouvent avec du papier. Pas exactement car un pays est obligé d’accepter cette £ papier c’est l’Angleterre elle-même. Ces pays sont des clients-fournisseurs obligés de Londres : ils vont former la zone sterling. Le Royaume-Uni décide aussi l’abandon du libre-échange et contingente ses importations : ce faisant, il exporte sa crise dans son empire colonial (les colonies peuvent moins vendre à la métropole).

        La France, plus agricole, plus repliée sur elle-même, moins investie par les capitaux américains, ressent la crise plus tardivement. Celle-ci arrive peu à peu avec les difficultés à exporter vers les pays déjà en crise (R.-U., USA…).

    D’ailleurs, le commerce international s’effondre : il perd 25% en volume (calculé en prix constants de 1929) et 60% en valeur, cela en quelques années.

 chose promise, chose due...



[1] Joseph Clément Juglar (1819 à Paris - 1905 à Paris) est un médecin et économiste français. Savant éminent, Juglar a appartenu à l'Institut international de statistique ainsi qu'à l'Académie des sciences morales et politiques. Dans son ouvrage Des crises commerciales et de leur retour périodique en France, en Angleterre et aux États-Unis (1862), il met en relief la relative régularité du retour des crises économiques et formule une des premières analyses consistantes du "cycle économique". (Wiki).

[2] Est-ce là l’origine de l’expression « boire la tasse » ? je ne le jurerais pas.

Economie mondiale : 1919-1929

publié le 18 sept. 2014 à 08:24 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 août 2017 à 05:16 ]

Mots-clés : Déclin de l’Europe ; Montée en puissance des Etats-Unis et du Japon ; Décentralisation industrielle mondiale ; Naissance de l’U.R.S.S ; Inflation ; "dollar-gap" ; spéculation ; La crise de 1920-21 ; "The prosperity" ; l’"America mania" ; Surproduction ; inégalités de développement.

     sur cet aspect des choses, lire en complément : 1914-1918 : des conséquences inouïes...

    lire aussi : 1917 : entrée en guerre des Etats-Unis (1ère partie) (avec des éléments sur les changements structuraux concernant le système financier mondial, 1ère et 2ème parties)


I.

LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES DE 1914-1918

A.      AU PLAN DE L’ÉCONOMIE RÉELLE

                Déclin de l’Europe ; Montée en puissance des États-Unis et du Japon ; Décentralisation industrielle mondiale ; Naissance de l’U.R.S.S.

B.      AU PLAN DE L’ÉCONOMIE FINANCIÈRE

                Inflation ; "dollar-gap" ; spéculation.

II.

L’APOGÉE DU SYSTÈME LIBÉRAL

A.    LES ANNÉES "FOLLES

                La crise de 1920-21 ; "The prosperity" ; l’"America mania".

B.     LES OMBRES AU TABLEAU

                Surproduction ; inégalités de développement ; spéculation.

 

Cours :

I.

LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES DE 1914-1918

    Cette période est dominée par les conséquences de la 1ère Guerre mondiale qui se répercutent sur une très longue période mais qui sont en partie masquées par la "Prospérité" des années 20’.

 

A. AU PLAN DE L’ÉCONOMIE RÉELLE

    C’est d’abord le déclin économique de l’Europe qui frappe l’observateur, Europe dont la production agricole et industrielle a fortement baissé. De plus, la balance commerciale et la balance des paiements des pays belligérants sont devenues déficitaires et le solde se traduit par un déplacement du stock d’or mondial depuis l’Europe vers les Etats-Unis, accessoirement vers le Japon.

    Ces deux pays - surtout les Etats-Unis - sont les bénéficiaires de la guerre : leurs balances sont excédentaires, ils sont créditeurs. Ils ont gagné des clients commerciaux au détriment des pays européens.

    La guerre a également provoqué, ainsi que l’écrivit A. Siegfried, "une décentralisation industrielle mondiale". Il fallait, en effet, suppléer l’Europe défaillante. Mis à part le cas des Etats-Unis et du Japon, c’est le cas en Chine (Shangaï) ; en Inde (Bombay), en Australie et Nlle-Zélande, pour quelques régions urbaines d’Amérique latine (Buenos Aires).

    Enfin, la guerre a provoqué la naissance d’un Etat qui ne se réclame pas du capitalisme mais du socialisme. La création de l’URSS représente un rétrécissement du champ d’action des sociétés capitalistes. Le capitalisme n’est plus seul au monde, il a un concurrent.

 

B. AU PLAN DE L’ÉCONOMIE FINANCIÈRE

    1. La guerre a crée l’inflation pratiquement inconnue au XIX° siècle. Prenons l’exemple de la France : en 1913, dernière année pleine en période de paix, les dépenses budgétaires publiques furent de 5 milliards de francs. Le coût total de la guerre est estimé -pour la France seule - à 200 milliards de francs soit une dépense annuelle moyenne de 35 milliards. Par rapport à 1913, c’est une multiplication par 7 (sept) ! Ces dépenses inouïes ont été financées de la manière suivante : impôt : 15% ; dette intérieure : 50% ; dette extérieure : 22% ; avances de la Banque de France au Trésor : 13%. Ces 13% représentent la planche à billets.  En 1913, l’encaisse métallique de la Banque de France représentait l’équivalent de 70% de la valeur nominale des billets de papier en circulation. A la fin de la guerre : 21,5% seulement. De plus, il y a une distorsion entre les moyens de paiement en circulation et les biens matériels offerts ce qui crée une hausse des prix, la valeur de la monnaie baisse.

    Cela est valable pour tous les pays dont certains connaissent ou vont connaître l’hyperinflation (hausse à deux chiffres) par exemple l’Allemagne, les pays d’Europe centrale et orientale (Lituanie, par exemple), Russie.

    2. Pendant la guerre, les monnaies ont été détachées de l’or : elles n’étaient plus définies par un poids d’or précis. Elles varient dès lors, sur le marché des changes, selon un taux de change flottant et les gouvernements interviennent par le jeu des taux d’intérêt (l’augmentation des taux provoque la hausse de la valeur de la monnaie -mais cela freine l’économie -). Inflation et changes flottants favorisent la spéculation à un degré jamais vu au XIX° siècle.

    3. Avant la guerre, les États payaient leur déficit éventuel avec de l’or (Gold Standard) ou plutôt avec de la livre sterling (£)-con-vertible en or. Ce n’est plus possible en 1918 et ensuite. La confiance dans la £ est ébranlée par les dettes de guerre de l’Angleterre et par l’inflation. Il faut reconstruire un système monétaire international. C’est la mission de la conférence de Gênes de 1922.

    A Gênes, on décide que les déficits des balances de paiements des États seront réglés en devises convertibles en or : le dollar ($) ou la £. C’est le Gold Exchange standard (GES). Une banque centrale peut donc avoir dans ses coffres soit de l’or, soit des dollars, soit des livres, soit un mélange des trois.

    En fait, il y a une différence fondamentale avec la situation du XIX° siècle. Alors, l’Angleterre était déficitaire dans sa balance commerciale (sorties de £), ce qui donnait des £ à ses partenaires qui pouvaient rembourser les dettes qu’ils avaient contractées auprès de Londres -car Londres était créancière grâce à ses services : shipping, assurances, banques…- . Après 1918, les États-Unis sont dans une autre position : ils sont  créanciers commercialement et financièrement, d’autant qu’ils commettent l’erreur égoïste d’augmenter, encore, leurs barrières douanières avec le tarif Fordney-Mac Cumber (1922)[1]. C’est dire que leurs partenaires manquent de dollars pour les rembourser : c’est le « dollar-gap ». C’est pourquoi les E.-U. doivent prêter de l’argent à l’Europe s’ils veulent qu’on leur achète leurs marchandises : Autriche, Allemagne, Angleterre. L’historien de l’économie, Jean BOUVIER, écrit : "les E.-U. vendent de tout, même l’argent pour être payés". Tous ces pays se trouveront à la merci d’un éventuel rapatriement des capitaux américains.

    C’est dans ces conditions que démarrent "les années 20" qui connaissent une grisante prospérité.


 

II.

L’APOGÉE DU SYSTÈME LIBÉRAL

A. LES ANNÉES "FOLLES"

    La décennie commence par une crise économique, brutale et brève, qui va influencer les comportements extérieurs.

    La crise de 1920-1921

    Crise mondiale née aux E.-U.. C’est une crise de surproduction en rapport avec le sur-équipement puisque l’Europe a reconstitué, plus ou moins, ses forces productives et qu’il y a par ailleurs sous-consommation à cause du faible pouvoir d’achat des ouvriers et paysans et des populations des pays du sud de la planète.

    Cette crise montre aux élites américaines la fragilité de l’économie de leur pays qui a un besoin absolu d’exporter. Si le marché extérieur se dérobe - et c’est ce que démontre la crise de 20-21 - il faut gonfler le marché intérieur par le développement du crédit, par l’idéologie et la pratique de la "société de consommation", par la publicité. Il faut diffuser l’idée de prospérité pour faire croire à une croissance indéfinie.

    "The Prosperity"

    Ce sont les "roaring twenties", les années rugissantes mais les plus perspicaces observent des ombres sur le tableau. A parler simplement, il s’agit de la phase ascendante d’un cycle Juglar.

    Aux États-Unis, la croissance est très importante. Elle repose d’abord sur la vive augmentation des investissements dans les secteurs porteurs de la 2ème révolution industrielle (R.I.) : électricité et pétrole, chimie, automobile. L’abaissement des coûts de production est obtenu grâce à la standardisation des produits qui permet l’extension de la taylorisation. Cela engendre au moins deux phénomènes : 1) la multiplication des O.S. (ouvriers spécialisés dans une seule tâche) -et là on cite traditionnellement le film de Charlie Chaplin - et 2) le renforcement de la concentration horizontale (monopoles) car seules les grosses entreprises peuvent effectuer ces gros investissements et rachètent celles qui ne le peuvent pas. La croissance américaine s’explique aussi -et c’est une conséquence- par l’élargissement du marché intérieur puisque les produits sont moins chers mais le marché est élargi également par les méthodes fordistes -de Ford, constructeur automobile, germanophile et antisémite- qui consistent à intégrer les salariés à la vie de l’entreprise pour leur faire accepter l’intensité du travail par une politique de salaires élevés (mais ne pas exagérer l’extension du phénomène).

C’est le triomphe de la publicité radiodiffusée, des magasins à succursales multiples, de la pratique du crédit (en 1927, 60% des voitures sont achetées à crédit). C’est déjà l’ère de la consommation de masse au sein de laquelle l’automobile joue un rôle moteur (lol. Ndrl) : 1 pour 5 habitants soit le taux d’équipement de l’Europe occidentale en 1970. L’homo sapiens devient homo œconomicus voire un homo consumens (je consomme donc je suis).

Cet essor de la consommation devient une méthode pour obtenir l’assoupissement des travailleurs ; la “Prosperity” est une période de désyndicalisation, de luttes anti-syndicales des patrons qui multiplient les syndicats Jaunes, L’establishment développe une red scare -une peur des Rouges - (voir par exemple l’affaire Sacco et Venzetti), l’administration  limite les entrées d’immigrants méditerranéens réputés révolutionnaires. Au contraire, le capitalisme US se développe dans une ambiance de "laissez-faire", le président Coolidge parle  -déjà !-  de "déréglementation", le héros américain c’est le businessman. C’est l’apogée du Big Business.

Quel est le caractère politique de cette photo ludique, champêtre, décomplexée ? elle veut signifier qu'en vrai régime libéral, le Président des E.-U. (ici Harding) n'a rien à faire. c'est le laissez-faire.laissez-passer pur et parfait. (sauf aux frontières, où règne le protectionnisme...).


    Et chacun se souvient des propos de Rockefeller qu’il est inutile de présenter "J’estime que le pouvoir de l’argent est un don de Dieu qui doit être développé et utilisé au mieux de ses capacités pour le bien de l’humanité. Ayant reçu ce don, JE CROIS QU’IL EST DE MON DEVOIR DE GAGNER DE L’ARGENT, TOUJOURS PLUS D’ARGENT (…)". God bless him.

     En Allemagne. Après l’effondrement du mark en 1923, le pays -qui a une balance des paiements déficitaires- ne peut redresser la situation qu’avec l’aide des capitaux américains. Le plan Dawes de 1924 y contribue. Les années vingt sont, à Berlin, une période d’"America mania". L’Amérique est à la mode dans tous les domaines. Au plan économique, des investissements croisés concourent à la prospérité : General Motors crée OPEL en Allemagne, General Electric investit dans SIEMENS, l’Allemand SHERRING, biologiste et pharmacien, investit aux Etats-Unis. L’Allemagne augmente ainsi de 40% sa capacité de production et redevient le "chaudière surchauffée" qu’elle était avant 1914 avec son problème structurel d’écoulement de sa production.

 En France. Notre pays connaît également la prospérité. Ce fut une décennie de forte industrialisation : Denis Woronoff, dans son

"histoire de l'industrie de France", par imitation des "Trente Glorieuses", parle des "Six fabuleuses" de 1924 à 1930, avec un croît annuel de la production industrielle de 5%. Les chefs d’entreprise pratiquent le tourisme d’affaires aux E.-U. (cf. Ernest Mercier). La guerre de 14-18 avec ses problèmes de ravitaillement a montré le rôle positif de la technocratie. La productivité augmente pour les mêmes raisons qu’outre-Atlantique : secteur énergétique, acier, aluminium, Schneider, Citroën, Renault, sont des mots-clés. Mais on doit faire appel à l’immigration à cause du désastre de la guerre : en 10 ans, la population immigrée passe de 1,4 à 3 millions de personnes (beaucoup seront renvoyées sans vergogne quand la crise surviendra...). Les élèves des Grandes écoles (Centrale, Polytechnique, ...) optent de plus en plus pour les "affaires" après un séjour aux USA. Mais la France reste un pays de petites entreprises au patronat socialement rétrograde (cf. Coty versus Mercier Au bonheur des riches, 1927 : E. Mercier, Foch, le "Redressement français") et, par ailleurs, les investissements américains y sont moindres qu’ailleurs.

 

B. LES OMBRES AU TABLEAU

Elles sont au moins de trois ordres.

    1. Il y a une surproduction générale, en fin de période, qui génère des problèmes d’écoulement. Cela est visible dans la courbe des prix de gros (cf. ci-dessous) aux E.-U. qui baissent, visible aussi dans la constitution de cartels dans l’industrie de l’acier, l’alimentation, et surtout, pétrole en1927. Au sein des cartels les monopoles coalisés se répartissent les marchés, se fixent des quotas de production que chacun s’engage à ne pas dépasser. La croissance repose sur le développement du crédit : à la consommation, à la production, crédit pour l’achat des actions à la Bourse.

    

Les États-Unis utilisent l’arme du protectionnisme, se réservant leur marché intérieur toujours croissant -l’immigration continue-. Le tarif Fordney-Mc Cumber est d’une lourdeur jamais connue en temps de paix. Compte tenu de la taille de l’économie américaine, ce protectionnisme aboutit à une certaine paralysie du commerce international avec deux conséquences : 1) non-redistribution du stock d’or des E.-U. puisque ceux-ci n’ont pas de déficit commercial et 2) encouragement à la fuite des capitaux américains via les filiales à l’étranger créées pour contourner le protectionnisme de représailles des pays étrangers ; cela rend solidaires les pays en cas de crises.

    Ainsi, aux E.-U., en Allemagne, au Japon, la production est toujours supérieure à la consommation. Comment l’expliquer ?

2. la "Prospérity" est marquée/caractérisée par l’inégale répartition des fruits de la croissance (notez-bien qu’il en va toujours de même aujourd’hui) donc les écarts sociaux s’accentuent. Aux États-Unis, toujours figure de proue en la matière, les salaires réels augmentent de 15% pendant la période mais les dividendes (soit la rémunération du capital) augmentent de 100%. Quelques pourcents de la population américaine absorbent le tiers du revenu fédéral.

    Il y a un chômage chronique, particulièrement en Grande-Bretagne qui invente les allocations-chômage, aux E.-U. cela suscite la création de quota d’immigration par nationalité.

    Un peu partout les paysans sont victimes de la "crise des ciseaux" : leurs inputs -produits nécessaires à leur production- augmentent plus vite que les prix des céréales, du lait, viande, etc… Leur pouvoir d’achat baisse. Enfin, répétons-le, le tarif protectionniste américain empêche les pays du Sud qui s’étaient industrialisés durant la guerre de 14-18 de devenir de nouveaux pays industrialisés.

    Autrement dit et pour nous résumer, face à une croissance spectaculaire des capacités de production, on a une croissance limitée des capacités de consommation.

 3. la hausse des profits, bien réelle, provoque une formation de capital fixe excessive par rapport au pouvoir d’achat des consommateurs, il y a sur-accumulation de capital et, à terme, une tendance à la baisse de ces mêmes profits si bien qu’il y a crise de la mise en valeur du capital productif et il devient plus lucratif de spéculer que de produire. La Prospérité en fin de période est caractérisée par la croissance d’une bulle spéculative sans précédent historique. Les banques, les ménages, les entreprises mêmes spéculent, on s’endette pour spéculer ! le cours des actions montent et peu à peu "les valeurs (i.e. les actions) n’ont plus aucun rapport avec le capital réel des entreprises qu’elles représentent".

    D’où la formule célèbre de Schumpeter "la vraie cause de la dépression, c’est …la prospérité" (la prospérité telle qu’elle a été conçue par les capitalistes de l’époque).

 

à suivre : La crise de 1929

[1] Ce tarif protectionniste est d’autant plus tragique qu’il brise l’élan industriel des pays du sud, élan pris durant la guerre (cf. supra).

Versailles 1919/1920 : la paix manquée (1ère partie)

publié le 13 déc. 2012 à 03:28 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 13 oct. 2016 à 04:31 ]

SOMMAIRE

 

I.  LES TRAITES ET L'ILLUSION DE LA PAIX (1ère partie)

a. Une nouvelle géographie de l'Europe :

La carte de 1914 / la carte de 1924

b. La grande illusion : la S.D.N.

 

II. LES BASES D'UN NOUVEAU CONFLIT (2ème partie) Versailles 1919/1920 : la paix manquée (2ème partie)

a. Les premières désillusions

1. Le refus du Sénat américain

2. Le problème des "réparations"

b. La paix contestée

1. En Allemagne

2. En Italie

3. En Hongrie

 

Introduction générale

    Le traité de Versailles signé le 28 juin 1919 avec l’Allemagne et promulgué le 10 janvier 1920 est évidemment le plus important et le plus connu mais des traités annexes au traité de Versailles sont signés séparément avec chacun des vaincus : Les traités de Saint-Germain-en-Laye puis du Trianon avec respectivement l'Autriche et la Hongrie. Les vainqueurs signent aussi le traité de Neuilly-sur-Seine avec la Bulgarie, et celui de Sèvres avec l'Empire ottoman, autres alliés des "empires centraux".

    Tous ces traités sont marqués par le même "esprit des lois" : les vainqueurs entendent profiter de leur victoire et imposer leurs conditions aux vaincus car l’idéologie meurtrière du nationalisme n’est pas morte le 11 novembre : elle reste longtemps dans les esprits. Ne renaît-elle pas aujourd’hui avec, par exemple, en 2012, des hommes politiques hongrois qui pleurent encore sur le traité de Trianon ? Les traités de 1919-1920 sont donc mal négociés et inoculent chez les vaincus le poison de l’esprit de revanche (I a). Mais ces traités, avec la Société des Nations et la prospérité économique aidant créent l’illusion d’un retour à la paix définitive (I b). En réalité, les Alliés sont divisés (II a) et cette paix est refusée en Allemagne, en Hongrie, en Turquie, en Italie-même pays pourtant vainqueur : ces conditions créent les bases d’un nouveau conflit (II b).

 

I. LES TRAITES ET L'ILLUSION DE LA PAIX

 

    La géographie politique de l’Europe de 1914 est chamboulée -surtout en Europe centrale et orientale. Autant elle était simple -et injuste- avec ces trois empires (allemand, russe et austro-hongrois) autant la multiplication des États qui tâchent -autant que faire se peut- de correspondre à des "ethnies" comme on le disait à Versailles, complique tout. Mais on pense que les éventuelles divergences voire conflits qui peuvent naître entre ces entités nouvelles pourront être réglés par la négociation collective avec la Société des Nations (SDN).

    Voici la nouvelle carte de l’Europe centrale après application - plus ou moins rigoureuse - du principe des nationalités

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:MittelEuropa1919.JPG




Fichier:MittelEuropa1919.JPG

A. UNE NOUVELLE GÉOGRAPHIE DE L'EUROPE :

     A ce niveau, les deux cartes d’Europe de 1914 et de 1924 (date où Fiume est définitivement italienne) sont à connaître sans défaillance. Je place en annexe des cartes aveugles qui permettront de s’exercer. Je signale qu’il faut savoir distinguer l’essentiel. Placer l’Italie, c’est bien, mais à vrai dire on pense que vous le savez déjà. En revanche, si vous ne précisez pas par un jeu de couleurs que l’Allemagne est coupée en deux et qu’une partie de la Pologne se glisse entre les deux parties, votre carte est nulle. Même si vous avez placé l’Espagne au bon endroit.

 a. Conditions de l’élaboration des traités

    1. Il y a trop de monde à Versailles. Rapidement un comité restreint est mis en place avec Clemenceau, Lloyd George, Orlando l’Italien et Wilson l’Américain. L’Allemagne - vexation inutile et contre-productive - ne participe pas aux négociations. A la fin de celles-ci, elle n’aura que huit jours pour présenter ses observations -le traité pèse quelque 500 pages. Orlando quitte le comité restreint quand Wilson déclare qu’il rejette les accords de Londres de 1915. Accords secrets, négociés pour faire entrer l’Italie aux côtés des forces de l’Entente.

    2. Wilson arrive en effet avec ses gros sabots croyant tout connaître de l’Europe. Il arrive avec ses fameux 14 points présentés le 8 janvier 1918 devant le Congrès des Etats-Unis.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Quatorze_points_de_Wilson

    Ne pas être impressionné par cette liste de 14 points. Les points 6 à 13 -soit huit sur quatorze- sont consacrés chacun à un seul pays. Le 14° concerne la SDN. Il en reste cinq : le point 1 condamne la diplomatie secrète et prône la diplomatie ouverte. Les points 2 et 3 sont, à mon sens, les plus intéressants. Ils justifient/expliquent l’intervention militaire des Etats-Unis dans cette guerre. Ils sont en tête du discours au Congrès : ce n’est pas sans signification. Après leur chasse gardée américaine (back-yard)[1], les Etats-Unis - Théodore Roosevelt dixit - découvre les exigences de l’impérialisme, chaque pays a besoin d’une Weltpolitik comme a dit l’empereur allemand. Les États-Unis sous la pression de la banque new-yorkaise -dont Morgan qui pèse lourd- se tournent vers l’Europe. Le commerce américain a besoin d’y trouver le maximum de « laissez-faire, laissez passer », d’où l’exigence de liberté absolue de la navigation en mer (point 2), et celle de portes ouvertes à tous plutôt que de zones d’influence réservées à untel ou untel. Pas de barrières économiques non plus (point 3). La guerre de 1917 pour les Américains, c’est le début de leur grand débarquement en Europe [2]. Le point 4 évoque le désarmement. Le point 5 évoque le partage colonial et nous somme assez loin du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

    En réalité, tout le monde est d’accord pour appliquer le principe des nationalités ainsi que l’accès à la mer. Mais, la coordination est mal aisée : l’accès à la mer pour la Pologne se heurte à la nationalité du peuplement de Dantzig et sa région qui sont allemands. Simple exemple.

    3. Clemenceau et le maréchal Foch veulent briser la puissance allemande. Foch voit d’un bon œil la création d’un État rhénan (De Gaulle est d'accord avec lui, mais il ne pèse pas lourd à cette date) qui ferait tampon entre la France et le reste de l’Allemagne. Après tout les Rhénans n’ont rien de Prussiens. Les Anglo-Saxons sont farouchement contre. Ils ont des intérêts économiques dans une Allemagne qu’ils veulent voir redémarrer au plus vite. Mais faire redémarrer l'Allemagne et ses konzerns, c'est re-créer les conditions de la guerre. Point essentiel.

 

b. Les nouvelles frontières de l’Europe centrale

    Cela concerne l’Allemagne, la Tchécoslovaquie, l’Autriche. J’évoquerai l’Europe orientale dans la partie II-B : c’est là qu’il y eut le plus de contestations.

1.  L’ Allemagne.

    Les principaux articles concernant l’Allemagne figurent ci-dessous..(document GREHG-Hachette 1988). J’y reviendrai dans la partie du cours consacrée aux contestations.

    Mais la configuration des Länder - la république de Weimar était un État fédéral - reste à peu près la même que la configuration des principautés avant la guerre de 1914 (à comparer avec la construction de nos départements qui ont détruit les structures d’ancien régime en 1790). (atlas historique Westermann p.152).

      La rive gauche du Rhin est soumise à un régime complexe d’occupation. La rive droite est démilitarisée sur une profondeur -un glacis- de 50km.http://www.medailles1914-1918.fr/france-rhenanie.html


2.       La Tchécoslovaquie

    C’est un pays tout neuf formé de peuples slaves : Tchèques, Moraves, Slovaques et Ruthènes. Des côtés allemand et autrichien, la frontière est pratiquement la même que ce qu’elle fut avant 1914. Le point qui fait le plus problème est celui de la frontière à donner à l’ex-principauté de Teschen (lettre T,cf. légende), riche bassin houiller avec de surcroît grand carrefour ferroviaire à Bohumín (indiqué Boh. sur la carte ci-dessous)  Autriche-Hongrie en 1914 (2ème partie) : nationalités & problèmes politiques). Cela dit pour les limites. Pour ce qui concerne la population, la Tchécoslovaquie est une État multinational au sein duquel les Slaves sont 65,5% [3] auxquels on peut ajouter 3,4% de Ruthènes. Outre les Polonais et les Juifs, les minorités les plus importantes sont les Magyars (5,6%) et surtout les Allemands (23,3%). A cette date, Martonne signale que les Allemands sont économiquement très liés aux Tchèques et le problème de la sécession ne se pose pas. Le cancer nazi n’est encore pas développé.

    source : G.U. De Martonne 1931.

    Après la défaite austro-allemande, héritier du royaume de Bohême, le nouvel État réprime les tentations sécessionnistes des Allemands (décembre 1918 à mars 1919). La ville de Teschen est ensuite convoitée par les gouvernements de ses deux populations majoritaires, tchèques et polonais. Les conseils municipaux locaux décident de rejoindre la Pologne ou la Tchécoslovaquie en fonction des frontières linguistiques. Mais cette décision n'est pas entérinée par Prague qui envahit le territoire de la Silésie de Těšín (Teschen), à majorité polonaise (janvier 1919) jusqu'à la rivière Olše (affluent de l’Oder). La conférence des ambassadeurs[4] de Spa confirme cette annexion. Těšín (Teschen) est donc coupée en deux : une partie est tchèque, l’autre polonaise, avec la rivière qui fait frontière (et qui est visible sur la carte Westermann 152)[5].

    "La forme allongée du territoire frappe comme une particularité évidemment défavorable" écrit E. de Martonne, expert convoqué à Versailles, dans son article sur "L’État tchécoslovaque" de 1920 [6]. On a effectivement un rapport de 4 à 1 entre la plus grande longueur (800km) et l’épaisseur moyenne (200km). Les experts répliquent qu’ils ont donné la Russie subcarpatique, autrement dit la Ruthénie, à la Tchécoslovaquie afin que des relations terrestres avec la Roumanie soient possibles sans passer par le nouveau territoire hongrois. De plus, on a veillé à donner des frontières naturelles afin de faciliter la défense du territoire : le sommet des trois côtés du Quadrilatère de Bohème qui jouxtent l’Allemagne, la crête des Carpathes qui limite la Pologne et, au sud, le Danube plus un affluent de rive gauche qui séparent de la nouvelle Hongrie.

    Autre problème bien plus épineux : la Tchécoslovaquie n’a pas d’accès direct à la mer. "Cet isolement serait moins regrettable si les voisins pouvaient être comptés comme des amis naturels. Tel n’est pas le cas" écrit De Martonne et de souhaiter un règlement à l’amiable avec la Pologne "pour que, de ce côté au moins, les liens de race assurent des relations cordiales". On constate combien ces théories ethnicistes ont imprégné les esprits mêmes les plus savants. En 1938, la slave Pologne plantera son poignard dans la Tchécoslovaquie comme les Germains et Magyars d’alentour. Son couteau était peut être plus petit. "Avant la guerre, Hambourg et Trieste étaient les deux portes par lesquelles les pays tchèques pouvaient respirer l’atmosphère du commerce mondial". Trieste passe à l’Italie. Versailles prévoit l’internationalisation de la navigation sur l’Elbe et la concession au gouvernement tchécoslovaque de quais et d’installations maritimes à Hambourg. Mêmes projets pour Stettin port polonais au terminus de l’ Oder, laquelle Oder prend sa source près de Těšín (Teschen). Surtout, une commission du Danube est créée -comme celle du Rhin créée par le congrès de Vienne en 1815- dont le siège social est à Budapest, où le français est une des langues officielles. Sur ce fleuve, de petits navires de mer peuvent naviguer en plus des péniches. C’est une chance pour Bratislava (Presbourg) capitale de la Slovaquie.

    De Martonne conclut en formulant un vœu : "État national, s'il en fut, par son origine, la Tchécoslovaquie semble pourtant ne pouvoir vivre que dans un large courant de relations internationales. C'est dans un pareil milieu qu'elle peut acquérir stabilité et cohésion, en devenant une pièce essentielle de l'organisme économique européen". La France répondra durant les années 20 à cet espoir. Le nazisme, au contraire, l’étranglera dans ses filets.

 

3.  "Le traité de St-Germain et le démembrement de l’Autriche"

    Il s’agit là du titre de l’article d’ E. de Martonne publié dans les Annales de Géographie, n°157, 15 janvier 1920 [7]. "On pouvait concevoir au moyen âge un État où les distinctions sociales comptaient plus que les différences de langue et de race. Il n'en est plus de même. Le XIX° siècle a développé le sentiment national à un tel point que le XX° siècle ne pouvait se dérouler sans voir se dissocier un État où 9 millions d'Allemands dominaient 16 millions de Slaves et 4 million de Latins". Le traité signé à Saint-Germain avec le Gouvernement de Vienne réduit l'Autriche à peu près exactement aux limites du groupe germanique. C’est réellement un démembrement.

    Sur cette carte, établie en 1920 par De Martonne,les frontières de la future Yougoslavie ne sont pas encore fixées.

   On ne peut imaginer pareille démolition d’un édifice que les Habsbourg avaient mis presque un millénaire à construire. Vienne a prospéré grâce à la "Kakanie" c’est-à-dire à la fois le Kaiserreich et le Königreich, l’empire et le royaume, qui justifiaient la présence dans la capitale, non seulement de la cour impériale et du gouvernement mais aussi de milliers de hauts fonctionnaires civils et militaires, de dizaines d’ambassadeurs et de centaines de diplomates, les députés et les représentants des provinces, les touristes (fortunés à cette époque), les industries du luxe et de tout ce qui tourne autour de la musique… bref, "la décadence de Vienne est à prévoir" écrit laconiquement et sans regrets de Martonne en janvier 1920. Les faits ne lui ont pas donné raison. Cela reste un motif d’émerveillement.

    De Matonne écrit aussi "La frontière ne s'écarte de la limite linguistique que pour des raisons stratégiques d'importance exceptionnelle". C’est le cas dans le Trentin-Haut-Adige. En 1914, le Trentin avait la forme d’une langue qui s’avançait profondément dans le cœur de l’Italie du Nord jusqu’au nord du lac de Garde. De là, les attaques étaient faciles sur la plaine padane (= Po), les armées autrichiennes pouvant être abondées et ravitaillées par la voie du Brenner. Situation d’autant plus insupportable pour les Italiens que le Trentin, stricto sensu, c’est-à-dire commandée par la ville de Trente, est italophone. Mais ce n’est pas le cas du Haut-Adige, versant sud des Alpes comme le Trentin, qui est germanophone et commande le passage du col. C’est pourtant l’ensemble qui est attribué à l’Italie afin qu’elle contrôle la voie du Brenner mais, ce faisant, on lui donne une population linguistiquement distincte qui devient une minorité (et plus tard une minorité très agissante, réclamant son retour à l’Autriche).  http://www.informagiovani-italia.com/carte_trentin_haute_adice.htm

      Le petit bassin bilingue de Klagenfurt a été le théâtre d’un plébiscite (cf. la carte) : les partisans du rattachement à l’Autriche l’ont emporté.

 B. LA GRANDE ILLUSION : LA S.D.N.

    Elle est évoquée dans le point 14 de Wilson. Elle correspond à un besoin au moins affectif : civils et militaires, tous espéraient que la guerre de 14-18 serait la « der des der », la dernière des dernières guerres. La Société des Nations, représentant les États et leurs gouvernements -autrement dit, c’est une O.I.G.[8] - avec son programme de coopération internationale, de paix par l’arbitrage, par son programme de sécurité et de désarmement éveille une grande espérance. Au moins, chez les hommes de bonne volonté. Car, en France par exemple, la droite maurassienne, qui pense que la guerre est au cœur de l’homme peccamineux, n’a pas de mots assez durs contre cette institution bâtie par les maçons, pas n’importe lesquels : les Francs-maçons ! Derrière lesquels se cache la juiverie cosmopolite bien entendu [9]. A part ça, la SDN est bien accueillie.

    Le siège est fixé à Genève. L’organe principal est l’assemblée générale des nations, mais neuf membres constituent un conseil restreint chargé de régler tout litige menaçant la paix. Sont rattachées à la SDN des OIG créées avant la guerre : la Cour internationale de Justice de La Haye ; le Bureau international du travail (BIT) de Genève ; la Banque des règlements internationaux, créée plus tard pour le problème des Réparations, elle siège à Bâle. Enfin, est rattaché à la SDN le Centre international de coopération intellectuelle -future UNESCO- qui se trouve à Paris.

    Immédiatement, la SDN reçoit le contrôle des villes-libres créées par Versailles, comme Dantzig. Elle a la haute surveillance sur le territoire de la Sarre -occupée temporairement par la France - et le territoire de Memel -occupée par la Lituanie-. Elle met en place les commissions chargées d’organiser les plébiscites pour trancher les problèmes de rattachement de telle ou telle région divisée au plan linguistique ; elle répartit les « mandats » donnant autorité à certains de ses membres sur (pas toutes) les anciennes colonies allemandes ou les anciens territoires occupés par les Turcs (cf. le cours sur le Proche-Orient après la guerre de 14-18). (article wiki "Mandat de la Société des Nations" pour l’enseignement supérieur).

    La Société des Nations avait 42 membres fondateurs. 16 d’entre eux quittèrent ou se retirèrent de l’organisation. Le royaume de Yougoslavie fut le seul, parmi les membres fondateurs, à quitter la Société et à y revenir, restant ensuite membre jusqu’à la fin. L’année de la fondation, six autres États la rejoignirent ; seuls deux d’entre eux y participèrent jusqu’au bout. Par la suite, 15 autres pays devinrent membres, dont seulement deux le furent jusqu’à la fin.[10] L’Égypte fut le dernier pays membre en 1937. L’Union soviétique fut exclue de la Société le 14 décembre 1939, cinq ans après son adhésion le 18 septembre 1934. L’Irak fut le seul membre à être également un Mandat de la Société des Nations. L’Irak devint membre en 1932.

    Les faiblesses de la SDN vont vite apparaître mais - comme pour l’ONU aujourd’hui - ces faiblesses sont celles des États qui la composent car la SDN n’a que la force que les États-membres veulent bien lui donner. D’abord, les États-Unis refusent d’en faire partie. America first ! Attitude absurde puisque la crise des réparations les obligent à intervenir dans les affaires européennes en 1924 et en 1929. Ensuite, il y a l’hostilité des pays vaincus : n’est-elle pas un instrument de l’impérialisme de la France et du Royaume-Uni ? question non sans fondements. La règle de l’unanimité est très (trop) contraignante pour la prise de décisions. Beaucoup plus graves sont les questions fondamentales : Qu’est-ce qu’une guerre d’agression ? N’est-il pas juste de riposter à une agression ? Quelles sanctions efficaces prendre contre un agresseur ? De quels moyens militaires dispose la SDN ? aucun. Elle dispose de deux outils : l’arbitrage diplomatique, et les sanctions économiques (embargo). C’est peu.


[1] Doctrine Johnson : « l’Amérique aux Américains », 1823.

[2] Qui s’achèvera, non pas avec celui de Normandie, mais avec celui de l’industrie américaine dans les années 50’ quand la « construction européenne » qu’ils ont initiée se mettra en place.

[3] Recensement 1921 (donc tchèque), cité dans la G.U. de Vidal de la Blache, 1931, chapitres de De Martonne.

[4] Structure officielle mise en place par Versailles.

[5] Autre rédaction possible de ce paragraphe délicat : Cieszyn (allemand : Teschen, tchèque : Těšín) est une région située entre la Pologne et l’actuelle République tchèque, importante pour ces mines de charbon. Les troupes tchécoslovaques firent mouvement vers Cieszyn en 1919 pour prendre le contrôle de la région au moment où la Pologne devait faire face à l’attaque des bolcheviques. La SDN intervint (conférence des ambassadeurs de Spa), décidant que la Pologne devait conserver le contrôle de la plupart des villes mais que la Tchécoslovaquie pouvait garder une des banlieues qui disposait des mines les plus importantes ainsi que de la seule ligne ferrée reliant les territoires tchèques et la Slovaquie. La ville fut divisée en une partie polonaise (Cieszyn) et une partie tchèque (Český Těšín). La Pologne refusa cette décision et, bien qu’il n’y eut pas d’autres violences, la controverse diplomatique dura encore 20 ans (en 1938, la Pologne prend de force Český Těšín).

[6] Annales de Géographie, XXIX, n°159, 15 mai 1920.

[7] Je conseille vivement aux étudiants d’exploiter ce recueil des ANNALES de l’année XXIX (numéros 157 à 161). Les géographes sont sur la planche, ils sont sollicités pour donner leur avis car le tracé des nouvelles frontières n’est pas simple à définir. Dans le recueil figurent des articles de fond sur la Tchécoslovaquie, la Hongrie et l’Autriche. Plus des articles de détails sur la Roumanie, la Bulgarie, les ethnies en Italie, la Pologne. Et, c’est en soi un document : on peut appréhender la mentalité, l’idéologie des auteurs en 1920 d’après leurs écrits géographiques. Le recueil XXX analyse les résultats des plébiscites (Mazurie, Klagenfurt…).

[8] A un pas confondre avec une ONG = organisation non-gouvernementale. Les associations caritatives sont le plus souvent des ONG. L’UNESCO est une OIG. L’ UEFA est une ONG.

[9] Je renvoie à la lecture de mon livre, en clair sur ce site, chapitre 14, volume 2.

[10] NB. Ne pas oublier que beaucoup des États-membres de l’ONU d’aujourd’hui sont des colonies durant l’entre-deux-guerres et donc ne peuvent être membres de la SDN. Cela dit pour expliquer la modestie relative des chiffres







LES R.I. DE 1936 à 1939. C. "LES GRANDES MANOEUVRES"

publié le 5 déc. 2012 à 08:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 6 août 2016 à 03:55 ]


LES RELATIONS INTERNATIONALES DE 1936 à 1939

C. "LES GRANDES MANŒUVRES"

 

I. LA "MONTÉE DES PÉRILS" 1936-1937

 

A. La Guerre d'Espagne

1. Révolution et guerres civiles espagnoles

2. L’internationalisation du conflit

B. Le Japon attaque la Chine

                1. Le Japon, l’agité de l’Extrême-Orient

                 2. La guerre et les crimes de guerre japonais

 

II. LES AGRESSIONS ALLEMANDES

 

A. l'Europe à la merci d'Hitler ?

1. A la conquête de l'Europe centrale

a. la fascisation de l’Europe centrale

b. le succès du Drang nach Osten

2. Les circonstances sont favorables

B. L'expansion allemande

1. 1938 : "Ein reich, ein Volk"

a. l'Anschluss

b. Munich

2. 1939 : "Drang nach Osten"

a. disparition de la Tchécoslovaquie

b. la Pologne

 

 

 

Les Relations Internationales de 1936 à 1939

C."LES GRANDES MANŒUVRES"

 

    A partir de 1936-1937, la Guerre d’Espagne et l’agression japonaise en Chine font peser sur le monde les premières menaces de conflagration générale (I). Puis, en 1938, Hitler juge la conjoncture favorable à l’Allemagne et ses coups de force réussissent en Europe centrale. L’année 1939 voit les tensions s’accroître avec de nouvelles agressions et la vie diplomatique est intense avec, notamment, le rôle fondamentale joué par l’Union soviétique soit que l’on souhaite son alliance ou neutralité soit que l’on souhaite s’en débarrasser par la guerre (II).

 

I. LA "MONTÉE DES PÉRILS" 1936-1937

 

A.    La guerre d'Espagne

 1.      Révolution et guerres civiles espagnoles

    Alphonse XIII [1] se débarrasse du dictateur Primo de Rivera (1930). Les républicains se concertent et s’unissent. Les élections municipales convoquées par le gouvernement du roi sont un triomphe (12 avril 31) pour les républicains qui proclament la République le 14. Alphonse XIII quitte l’Espagne la nuit-même. Si les élections générales de 1931 sont favorables aux Républicains, il n’en va pas de même en 1933, favorables à la droite monarchiste et cléricale. La droite au retour mène une politique qui suscite de vives réactions à gauche au point que le président de la république préfère dissoudre les Cortès et provoquer de nouvelles élections générales. C’est alors la victoire du Front populaire Frente popular (16 février 1936).1936 : Front populaire en Espagne

    Face aux transformations révolutionnaires et exploitant les excès de l’extrême-gauche, un groupe d’officiers mené par le général Franco, ancien homme-lige d’Alphonse XIII et de Primo de Rivera, tente un coup de force à partir du Maroc espagnol (17 juillet 1936). Mais le "pronunciamiento" [2] militaire se heurte à une résistance inattendue du gouvernement. L’ Espagne est coupée en deux.

    La guerre civile fut inexpiable et dura trois ans. Conflit de classes, guerre religieuse avec moines-soldats, autonomistes contre nationalistes, elle est aussi le symbole de l’affrontement des grandes idéologies contemporaines : fascisme contre démocratie, fascisme contre communisme et plus généralement encore, affrontement entre le traditionalisme et la révolution.

    La lutte fut longtemps incertaine mais l’aide italienne et allemande donna l’avantage à Franco alors que la Grande-Bretagne et la France se confinaient dans la "non-intervention". La chute de Madrid (28 mars 1939) et celle de Barcelone marquent l’échec final des Républicains. Le franquisme triomphe qui s’apparente au fascisme mais que l’historien américain Paxton préfère dénommer dictature militaro-cléricale parce que le système s’appuie sur l’ Église catholique, religion d’État, rouage du régime, et sur l’armée. Anti-communiste par essence, le régime adhère au pacte anti-Komintern le 26 mars 1939.

    La Guerre d’Espagne eut un écho considérable dans l’art (Miro, Picasso = pro-républicains ; Dali, admirateur de Franco) et la littérature (Pour qui sonne la Glas ? d’Ernst Hemingway ; L’espoir d’André Malraux ; Les grands cimetières sous la lune de Bernanos) etc…. Hemingway, républicain, estima que ce fut la seule guerre qui fût "juste".

  2.      L’internationalisation du conflit

    Dès mars 1934, le gouvernement espagnol, de droite depuis la victoire électorale de 1933, avait signé un accord secret à Rome (résidence dernière d’Alphonse XIII exilé) par lequel Mussolini s’engageait à fournir armes et capitaux pour renverser la République. D’ailleurs, dès l’agression de Franco, la logistique allemande et italienne aida au transfert des troupes espagnoles du Maroc colonial à la métropole.

    Mussolini espérait, en aidant le fascisme espagnol, assurer l’hégémonie italienne en Méditerranée occidentale. L’Allemagne nazie compte, elle, sur les exportations espagnoles de minerai de fer, de pyrites, de cuivre. De plus, la France pouvait en cas de victoire franquiste être prise à revers. Dans l’immédiat, la crise espagnole aggrava l’hostilité entre l’Italie et les démocraties et incita le Duce à se rapprocher de l’Allemagne -qui le soutient déjà dans l’affaire éthiopienne-. Hitler envisage déjà une stratégie d’alliance.

    France et Angleterre craignent une collusion italo-espagnole en Méditerranée occidentale : là se trouvent Gibraltar (base anglaise), le Maroc français, les liaisons maritimes avec l’Afrique du Nord qui pourraient être perturbées en cas de bases italiennes aux Baléares. Mais le pacifisme l’emporte. La France est très divisée et Léon Blum est heureux de trouver dans la politique anglaise de "non-intervention" une justification à sa propre passivité. La non-intervention est acceptée par 25 pays dont l’Italie et l’Allemagne. Chef d’œuvre d’escroquerie diplomatique ou de lâcheté selon les cas. Car, en fait, l’Espagne devient un champ de manœuvres et d’expérimentation pour le matériel des dictateurs ; bombardements en piqué à Guernica (Henschel Hs 123 par exemple), utilisation des chars, des colonnes motorisées, etc... 80.000 chemises noires mussoliniennes combattent en Espagne, la légion Condor d’Hitler est grosse de 10.000 hommes. C’est la "farce de la neutralité".1937, Guernica : l'Espagne, les nazis, Picasso...


Guernica - Picasso

    Les Brigades internationales de la III° Internationale quoique venues de 53 pays sont moins nombreuses et 2000 soviétiques combattirent dans la péninsule. L’URSS soutient en effet les Républicains espagnols malgré les arrière-pensées diplomatiques de Staline. Qu’est-ce à dire ? "Le Commissaire du Peuple aux Affaires étrangères, Maxim Litvinov, qui incarne la tendance moscovite à la sécurité collective, redoute qu'un appui russe ne réveille chez les Occidentaux leur crainte d’une expansion révolutionnaire, et alimente l'anticommunisme en Europe. Ce regain d'hostilité pourrait déchirer l'esquisse de l'alliance franco-soviétique ébauchée l'année précédente"[3].

On a jamais autant rigolé dans l'église espagnole que sous Franco... Et le salut fasciste n'est pas mal non plus...

    La victoire de Franco, outre la tragédie que cela représente pour les républicains espagnols, est une véritable défaite des démocraties contre les dictatures. C’est d’ailleurs l’analyse de Mussolini qui, devant la foule romaine, se moqua du fameux no pasaran (on est passé ! rigole-t-il). Et, comme Hitler l’avait prévu, cela rapprocha les deux dictatures ; axe Rome-Berlin dès octobre1936, signature du pacte anti-Komintern par l’Italie en 1937, Pacte d’acier (22 mai 1939).

Filmographie : Lien : "Land and freedom", la Guerre d’Espagne de Ken Loach (1995)   plus qu'une critique de film, c'est au ajout à ce cours sur la Guerre d'Espagne.


 B.     Le Japon attaque la Chine

 1.      Le Japon, l’agité de l’Extrême-Orient

    Il y aura un article qui présentera un tableau de l’empire chinois en 1911 (date de la révolution républicaine) avec souci de ma part d’expliquer la présence des troupes étrangères de façon permanente dans un pays qui est réputé indépendant. Cela surprend toujours [4] et légitimement d’ailleurs.

    La carte suivante montre la multiplicité des points d’attaque de l’impérialisme japonais Le Japon, de 1868 à 1914. Le Japon, déjà présent à Formose, en Corée, à Sakhaline et Port-Arthur (pris à la Russie après sa surprenante victoire de 1905) a eu le nez creux en se mettant du côté de l’Entente lors de la guerre mondiale. Il prend ainsi le port maritime chinois de Qingdao aux Allemands et la SDN lui donna mandat sur les Iles du Pacifique. Il intervient lors de la révolution russe et crée un front en Extrême-Orient contre les Bolcheviques. Le Japon, battu, quitte Vladivostok en 1922.

    Dans le cours précédent, j’ai évoqué la création de l’État fantoche du Mandchoukouo, non reconnu par la SDN et la communauté internationale en général.Le dernier empereur Puis, l’armée japonaise affronte à plusieurs reprises les forces armées chinoises : à Shanghai en 1932, dans le Jehol à l'est de la Grande Muraille en 1933, dans le Chahar en Mongolie-Intérieure. En 1935, le Hebei est annexé de fait avec la création d'un gouvernement collaborateur pro-japonais. En 1936, à nouveau en Mongolie-Intérieure, le Japon soutient l'insurrection manquée des indépendantistes mongols (prince Te).

    Ainsi qu’on le voit, le Mandchoukouo servit de base à une tactique de "grignotage" alors même que Tokyo dénonce les accords de Washington de 1922. Tchang Kaï-chek, chef du gouvernement et chef de l'armée de la république chinoise n’a de cesse d’éliminer les communistes chinois. Cela finit par lasser beaucoup de militaires nationalistes qui préfèreraient se battre contre des Japonais plutôt que contre des Chinois, fussent-ils communistes. C’est au point que se produit l’incident dit de Xi’an, le 12 décembre 1936, où l’on voit le maréchal Zhang Xueliang emprisonner Tchang Kaï-chek et l’enjoindre de changer de politique et de prendre langue avec les communistes. Tchang n’est libéré que le 25-XII après son acceptation [5]. Il faut dire qu’au préalable Zhang avait contacté le parti de Mao et que le Komintern avait donné la consigne des Fronts Populaires, ce qui, en Chine, se traduisait par l’alliance PC - Guomindang. La voie est libre pour une déclaration de guerre des Chinois au Japon. Mais le Japon insatiable prend l’initiative.


2.      la guerre et les crimes de guerre japonais

    Frapper avant que les parties chinoises se réconcilient et frappent de concert, tel est le plan immédiat des militaires japonais. Exploitant l’incident du pont Marco Polo à Pékin, dit « du triple sept » parce qu’il eut lieu le 7 -VII-1937, les Japonais attaquent ce qu’il reste de Chine non occupée sans déclaration de guerre le 26 juillet 1937. Leurs armées foncent sur Shanghai puis sur Nankin, sur le Yang Tse, à 250 km ouest. Nankin est la capitale de la Chine à cette date [6]. Ce 26 juillet est le début de la guerre mondiale pour les Chinois, elle ne s’achèvera qu’en septembre 1945. C’est alors qu’ont lieu les terrifiants massacres de Nankin. L’absence de déclaration de guerre soustrait les Japonais à l’obligation de respecter les conventions de la Haye. Ils peuvent donc se livrer à tous les excès capricieux d’une soldatesque en délire, sûre de plaire à l’Empereur et, éventuellement de mourir pour lui. C’est pourquoi, les Japonais parlent des "évènements de Nankin" puisqu’il n’y a pas officiellement "guerre". Sur Wikipaedia, vous avez un article très documenté sur les massacres de Nankin. Je vous invite également à regarder :

"Nankin 1937 - Journal d'un massacre" http://www.youtube.com/watch?v=tqdAOOM3X6s ce film d’ ARTE dure 52 minutes. Il faut l’avoir vu. Si, dans l’immédiat vous n’avez pas le temps, visionnez au moins cette série de photos de 2 mn 54’. http://www.youtube.com/watch?v=3qwH0zLroWY

    L’avance des Japonais est très rapide mais les Chinois exploitent la profondeur stratégique de leur territoire qui mesure plusieurs milliers de kilomètres d’Est en Ouest. Les soldats nationalistes arrivent dans le Bassin Rouge, Se Chouan, et sa capitale Tchoung-King (à vol d’oiseau, 1600 km de Shanghai) cependant que la guérilla des militants communistes de Mao harcèle les envahisseurs dans leurs arrières. Le Japon qui avait espéré une victoire facile et une démission rapide des autorités chinoises se trouve dans une impasse. NB. Le Bassin rouge correspond à la province du Se Chouan, c’est une immense cuvette fermée drainée par le Yang Tse Kiang et ses affluents qui se sort de là par les célèbres Trois Gorges, célèbres depuis la construction ultra-médiatisée du barrage du même nom. L’appellation Bassin rouge est aujourd’hui désuète : on dit Sichuan et Yangzi ainsi que Chongqing, etc…[7]. 

Filmographie :« John RABE, le juste de Nankin », 2009, Florian Gallenberger  sur ce site (nombreuses infos complémentaires).

 

II. LES AGRESSIONS ALLEMANDES

 

    A partir de 1938, les relations diplomatiques européennes sont dominées par les initiatives hitlériennes. Hitler juge la conjoncture favorable à ses desseins et se fixe l’objectif de la guerre. La conquête de l’Europe centrale se fera d’autant plus facilement que les pays qui la composent sont gravement touchés par la crise économique mondiale, qu’ils sont gravement imprégnés de l’idéologie fasciste et que les « démocraties » s’effacent devant l’Allemagne.

 A. l'Europe à la merci d'Hitler ?

     L’ Europe centrale est touchée à la fois par la crise et par le fascisme et les puissances qui pouvaient faire obstacle aux ambitions allemandes sont ou indécises ou divisées.

 1. A la conquête de l'Europe centrale

    Pour cette partie du cours, je vous conseille d’exploiter à fond l’article du feu professeur J. Droz (Paris I) dont j’ai emprunté le titre « à la conquête de l’Europe centrale » [8].

    L’histoire de l’Europe centrale au cours des années trente a été dominée par la lutte des nationalités (problème que les traités n’ont pas résolu) et par la détresse économique provoquée par l’absence d’entente douanière et/ou un protectionnisme autarcique. Ces difficultés auxquelles les puissances occidentales ont été incapables de trouver une solution ont permis à l’Allemagne d’asseoir sa domination sur cette partie du continent. Deux facteurs ont été déterminants

    - le développement des partis et des méthodes fascistes de gouvernement

    - la possibilité pour l’économie allemande d’organiser l’Europe centrale à son profit.

a. la fascisation de l’Europe centrale

    S’adressant surtout à des masses rurales (paysannes et artisanales), les fascistes de ces pays (Slovaquie, Autriche alpine, Pologne, Hongrie, Roumanie, Yougoslavie), par hostilité au bolchevisme, tiennent un langage réactionnaire, clérical, antisémite. Avec le déclenchement de la crise économique, ces partis se radicalisent et se retournent contre la grande propriété foncière qui est restée traditionaliste. Il y a une lutte entre fascistes et conservateurs, ces derniers allant pour se maintenir au pouvoir jusqu’à utiliser les mêmes méthodes que leurs adversaires.

    (Voici un tableau qui tente de synthétiser les forces fascistes ou fascisantes en Europe centrale et orientale. J’ai vérifié : il correspond à ce qu’écrit J. Droz par ailleurs, même s’il est moins complet). Cette carte de l'atlas Piper montre tous les pays d'Europe qui ont eu un régime fasciste (couleur marron) ou militaro-clérical (couleur jaune).


    Le plus difficile à comprendre (et à expliquer) est cette distinction entre parti fasciste et parti conservateur d'extrême-droite. Socialement, elle peut être illustrée par l’opposition entre le Maréchal Hindenburg et Adolf Hitler. L’un, aristocrate prussien, gros propriétaire terrien, seigneur, qui a accompli le cursus honorum au sein de l’institution militaire, luthérien, impérialiste -au sens de respectueux de et soumis à l’Empereur Guillaume-, l’autre, un raté, psychopathe, caporal dans l’armée allemande (pour un maréchal prussien avoir des ambitions politiques quand on a été caporal dans l’armée c’est une farce), païen, anticlérical au sens de méprisant pour les hiérarchies ecclésiastiques qu’il veut soumettre, s’appuyant sur d’autres ratés, des déclassés, des classes moyennes déchues ruinées par la crise économique, sur des brutes épaisses organisées comme une armée privée. Ce n’est pas le même monde. En France, on retrouve cette opposition avec Pétain et Doriot, par exemple. Ou avec l’opposition entre les Chemises vertes de Dorgères, mouvement paysan carrément fasciste qui organise des groupes armés pour casser la grève d’ouvriers agricoles, et les Syndicats agricoles qui, regroupent aussi bien le petit paysan que le grand propriétaire dit « chef de terre » comme le comte Roger de La Bourdonnaye lequel, en bon notable rural, cumulait les postes de président de la chambre d'agriculture et de président du Syndicat agricole de l'Ille-et-Vilaine. (Voir mon livre, sur ce site, chapitre XVII, vol. 2).

    Les conservateurs tiennent davantage compte du soutien de l’Église alors que les fascistes n’aiment pas ce contrôle que la hiérarchie religieuse voudrait conserver. C’est pourquoi l’historien américain Paxton distingue les régimes fascistes (Hitler, Mussolini…) et les régimes du type militaro-clérical (Franco, Pétain plus tard..). Il va de soi que ces deux courants d’extrême-droite partagent des "valeurs": anticommunisme, antisoviétisme, antisémitisme, refus de l’idéologie des Droits de l’homme et du citoyen, rejet de la Révolution française et de ce que nous appelons les valeurs républicaines : liberté, égalité, fraternité, laïcité.

    En Yougoslavie, les Oustachis se tournent vers Mussolini, le Zbor vers l’Allemagne. Gömbös, le Hongrois, ou Codreanu, le Roumain, étaient liés de longue date à Hitler. Le roi de Roumanie bascule vers l’alliance nazie à la fin des années trente.

b. Le succès du Drang nach Osten.

    La "maladie" de l’Europe centrale résidait dans la balkanisation [9] de l’empire austro-hongrois. Certes, cet empire était multinational et les minorités n’étaient pas respectées dans leurs droits mais l’ensemble constituait un espace économique ouvert, avec échanges, complémentarité, etc... L’éclatement qui a suivi la défaite de 1918, la crise et les barrières douanières dressées ont montré la dépendance qui existait entre ces pays. En 1932, un universitaire hongrois, cité par Droz, en fait le constat : "les États issus des traités ont montré plus d’ingéniosité à s’isoler les uns des autres qu’à nouer des relations de bon voisinage".

    L’Allemagne était très présente avant 1914. Elle était le troisième exportateur de capitaux et la destination principale en Europe était l’empire austro-hongrois (12,5% de l’ensemble) suivi des Balkans avec 7,5%. Les esprits avaient été préparés à une domination allemande sur cette partie de l’Europe. Il faut réfléchir en termes d’économie d’un grand espace -Grossraumwirtschaft- et dès 1916, F. Naumann écrit un livre au titre appelé à un grand retentissement Mitteleuropa. En 1930, Haushofer, géographe, définit cette Mitteleuropa comme un espace hiérarchisé avec au sommet une Allemagne super-industrialisée, en intermédiaire une Autriche-relai et à la base des États agricoles. L’Allemagne peut tout à la fois acheter les excédents agricoles de ces pays, les financer et les pourvoir en produits industriels. La même année, un économiste, Wirsing, parle d’une "internationale verte" qui serait tout à la fois rempart contre l’individualisme occidental et contre le socialisme bolchevique. Les thèses nazies ne sont pas loin. En fait, il ne manque à ces auteurs que le vocabulaire géographique en termes de centre et de périphérie.

    A partir de 1933, Hitler s’inscrit dans une continuité. Que voulez-vous qu’il invente ? Le capitalisme financier allemand a ses exigences qu’il faut respecter. Le nouveau chancelier signe des accords économiques avec la Hongrie et la Yougoslavie dès 1934, avec la Roumanie  en 1935. Il avait tenté l’ Anschluss dès 1934. Ces accords jettent les bases d’une collaboration à long terme dont le principe est accepté par les classes possédantes agrariennes de ces pays périphériques dont la fascisation est acquise, on l’a vu. Ces accords devaient procurer à l’Allemagne la première place dans l’économie de ces États et, rendant impossible toute volonté d’indépendance, les conduire progressivement à l’asservissement politique (J. Droz).

   

2. Les circonstances sont favorables

    Les puissances sont indécises ou divisées.

    Le pacifisme britannique. Les Anglais avaient surpris leur monde en signant, en 1935, un accord naval avec l’Allemagne hitlérienne. Cela alors que la SDN tentait d’œuvrer pour le désarmement. Mais pendant ces années, il y a comme un consensus Londres-Berlin : à Londres, la politique ultra-marine, impériale, à Berlin, la politique européenne. Si les Anglais confirment (1936) leur appui à la Belgique et à la France en cas d’agression allemande non provoquée, ils refusent toute intervention en Europe centrale où le discours pervers des nazis sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes (le peuple des Sudètes, allemand, doit choisir son État) a de l’emprise sur l’opinion britannique. A cela s’ajoute, la germanophilie du roi Édouard VIII et de la noblesse anglaise non insensible au discours sur la race. Filmographie : ."Remains of the day" de James Ivory (1993), les VESTIGES DU JOUR (sur ce site) Avec l’arrivée au pouvoir de Chamberlain et de Lord Halifax triomphe la politique d’appeasement. La tendance politique qu’ils représentent voit l’ennemi à abattre plutôt à Moscou qu’à Berlin. En visite en Allemagne (novembre 37), lors d’entretiens avec Hitler, Halifax avait reconnu que l’Allemagne avait constitué un rempart contre le communisme. Ce dont Hitler l’avait remercié.

    L’effacement français. La France avait eu un excellent ministre des affaires étrangères en la personne de Louis Barthou qui avait opté délibérément pour l’alliance de revers. Barthou tentait de mettre au point un « Pacte oriental » qui eût été pour les frontières orientales de l’Europe ce que le pacte de Locarno était pour les frontières occidentales lorsqu’il fut assassiné. Il avait initié un traité franco-soviétique. Son successeur, Laval, ne peut faire machine arrière mais l’esprit n’est plus le même. Le traité sera voté par le parlement français mais sans ses avenants militaires ce qui limitait beaucoup sa portée. En mars 1936, la France laisse Hitler franchir le Rhin et occuper la rive gauche par l’armée allemande. Cette inaction face à une violation flagrante du traité de Versailles provoque l’éclatement de la Petite Entente et le rapprochement de ces États avec l’Allemagne -sauf la Tchécoslovaquie-. Dès lors, la France suit la politique britannique. Elle accepte d’apaiser les tensions… Il faut dire aussi que la monnaie française est sous la dépendance de la monnaie anglaise. De surcroît, la tendance Halifax est bien présente en France : "plutôt Hitler que Blum" est une politique largement partagée à droite et extrême-droite. De Gaulle la dénonce dans sa correspondance. Le néo-pacifisme (Pétain, Laval…) est la politique de gens de droite qui prônent coûte que coûte la paix, ce qui leur vaut une popularité certaine et ce qui fait le jeu d’Hitler qui peut mener sa politique librement.


    L‘isolement soviétique. Entée à la SDN en 1934, l’URSS joua à fond la carte de la sécurité collective, adhéra aux plans de Barthou. Puis, elle n’est pas insensible aux manigances des Laval et des Halifax, elle n’ignore pas -pour l’avoir subie en 1920- la haine qu’elle suscite même chez les « démocraties ». Alors émerge, peu à peu, la thèse des deux impérialismes : celui du nazisme/fascisme, bien sûr, mais aussi celui des démocraties impériales, tous les deux ne sont-ils pas l’expression duale du même capitalisme international ? Les reculs français, l’inefficacité de la SDN face à l’agression italienne  en Éthiopie la poussent à un certain retrait.

    Le neutralisme américain. Le Sénat vote chaque année des lois sur la neutralité des États-Unis. Le Congrès vote la loi "cash and carry" : toute marchandise exportée par les E.U. sera payée comptant et mise à bord dans un port américain sur un navire de l’acheteur (en 1917, la guerre sous-marine allemande envoyait par le fond des navires américains chargés de produits non encore payés par les importateurs européens. Ce fut un argument pour Wilson pour engager son pays dans la guerre). Cette loi ne gène guère l’Allemagne qui a les yeux tournés vers l’Europe centrale et orientale dans le cadre de son Grossraumwirtschaft. Un fort parti pro-allemand travaille l’opinion aux États-Unis -qui furent terre d’émigration pour les Germains-. Bref, Roosevelt ne peut compter sur son pays pour l’instant.

    Hitler résolu à l’action. A l’inverse, Hitler, en 1937, se sent prêt. On sait que si le traité imposait une armée limitée à 100.000 hommes, ce furent pratiquement 100.000 officiers qui étaient formés et on effectuait une rotation (cela sous la république de Weimar). A partir de 1933, les progrès furent fulgurants. Hitler a gagné la bataille du chômage en faisant construire des armes de guerre. Lire ci-contre le document extrait de Hachette-GREGH p.304.

 B. L’expansion allemande

     Attention finesse : cette partie de leçon, très classique, est le plus souvent présentée avec un plan "géographique" : Autriche, Tchécoslovaquie, Pologne. C’est passable. Mais ce n’est pas une problématique. Je préfère le plan suivant : dans une première partie, Hitler joue sur le thème du droit des peuples : un peuple, un État, tous les Allemands doivent être rassemblés dans le même pays. C’est un argument fort, même s’il est faux : les Alsaciens sont sans doute d’origine germanique mais ils sont Français. Ce qui compte ce n’est pas le sang, conception biologique, animale, de l’humanité mais l’esprit, la culture, le choix, la liberté d’opter pour tel ou tel pays. D’ailleurs, dans un second temps, Hitler jette le masque : il récupère les Tchèques, les Polonais qui sont des Slaves et non des Germains, ce qui prouve que ses ambitions sont impérialistes et non pas patriotiques.



1. 1938 : "Ein reich, ein Volk"

a) l'Anschluss

    En 1931, la crise s’abat sur le pays avec la faillite du Kredit Anstalt, banque de Vienne. Le fascisme en fait son miel, mais l’originalité de l’Autriche est que tout le monde ne veut pas être allemand, et cela rejoint ce que j’ai écrit précédemment. Il y a des nazis pro-allemands et un austro-fascisme : pour un fascisme, mais autrichien ! Le programme du leader Dollfuss est l’abolition des institutions parlementaires, l’élimination des socialistes, une dictature corporative et chrétienne (comprendre catholique). Après l’assassinat de Dollfuss par les nazis, son successeur Schuschnigg maintient sa double opposition contre les "rouges" -clandestins mais très actifs- et contre les Hitlériens.

    Schuschnigg a fort à faire contre ses nazis menés par un fanatique comme Seyss-Inquart. En février 1938, Hitler lui impose -sous peine d’invasion de son pays- de prendre ce nazi comme ministre de l’intérieur, poste-clé s’il en est, qui permet le contrôle de la police et des services secrets. Schuschnigg croit pouvoir préparer un referendum sur l’indépendance de l’Autriche mais, le 11 mars, Seyss-Inquart -lourdement appuyé par Hitler- l’oblige à démissionner et, nouveau chancelier, fait appel à Hitler pour "assurer l’ordre", les troupes nazies envahissent l’Autriche dès le 12. Organisé par les nazis, le referendum donne 99% de oui au rattachement (Anschluss). L’inclination du régime pour le fascisme -et notamment son hostilité systémique à l’encontre du socialisme- portait en elle la destruction de l’Autriche. 

    NB. sur cette spécificité autrichienne, à sa voir l'existence de deux courants fascistes, l'un carrément nazi, l'autre plus nationaliste ("austro-fascisme"), voici un article que j'ai rédigé :   Autriche-Hongrie avant 1914 : aux sources du fascisme...

       L’ Europe ne réagit pas. Chamberlain avait déconseillé toute résistance. La presse anglaise fait même de l’humour : "les Allemands envahissent un pays… allemand". Tout est donc OK…

b) Munich

    Pendant longtemps, les Sudètes -nom des Allemands de Bohème- ont été loyalistes : ils avaient la longue habitude de traiter avec les Tchèques sous l’empire austro-hongrois. Après la crise 1931 et l’arrivée d’Hitler en 33, un clone - Conrad Henlein-  crée un parti nazi des Sudètes qui réclame dans un premier temps l’autonomie. Grâce aux subsides de Berlin, Henlein remporte les élections législatives de 1935 (majorité relative) dans la région des Sudètes. Le führer local évolue vers l’idée du rattachement à l’Allemagne.

    Henlein voyage en Angleterre où il se fait le chantre du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. C’est un succès. Les nazis entretiennent l’agitation et fin septembre 1938, Hitler lance un ultimatum exigeant la remise à l’Allemagne des territoires tchécoslovaques de langue allemande. La guerre ? Paris rappelle des réservistes, la tension est extrême…Finalement, Mussolini prend l’initiative d’une rencontre à quatre, à Munich, lui qui s’était exclu de la SDN comme agresseur de l’ Éthiopie. De façon incompréhensible pour un esprit normal, la Tchécoslovaquie n’est pas invitée. L’URSS non plus.

    On sait les résultats ; la France laisse tomber son allié. Le colonel Charles De Gaulle écrit à son épouse : "Voici donc la détente. Les Français, comme des étourneaux, poussent des cris de joie, cependant que les troupes allemandes entrent triomphalement sur le territoire d’une État que nous avons construit nous-mêmes, dont nous garantissions les frontières et qui était notre allié " (1er octobre 38). La perte de la région des Sudètes est la perte d’une frontière naturelle pour la Tchécoslovaquie. Imaginez que la frontière espagnole, du sommet des Pyrénées, descende à Carcassonne, Pamiers, Tarbes : autant dire que les Ibériques seraient chez nous. Il en va de même pour les Allemands : ils s’installent dans la plaine de Bohème. C’est la curée : les Polonais s’emparent de Teschen, la Hongrie passe sur la rive gauche du Danube et le sud de la Slovaquie. La Ruthénie devient autonome. Monseigneur Tiso, héritier politique du curé Hlinka, pro-nazi, devient président du gouvernement autonome slovaque.

    Munich demeure une honte. On sait les paroles définitives de Churchill à ce sujet. Il n’est pas inutile de les rappeler : "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre". Cette saillie vaut aussi pour le gouvernement français. Lequel gouvernement, toute honte bue - mais a-t-il seulement eu honte ? - signe un accord économique avec les Allemands en décembre 1938 (accords Bonnet - Ribbentrop) [10]. Schneider se débarrasse de ses usines tchèques Skoda.(cf. la photo ci-dessous extraite de la GU de Vidal de la Blache qui montre que la Tchécoslovaquie n'était pas un pays sous-développé. Avec l'URSS, la France pouvait avec Prague former un barrage efficace aux ambitions allemandes).


    Munich est une étape décisive dans la marche à la guerre. Hitler est au sommet de sa gloire, toute opposition intérieure a disparu en Allemagne. Les Soviétiques se demandent ce qu’on peut faire avec des dirigeants pareils qui ne tiennent aucune promesse et ils redoutent une coalition des « Quatre » contre elle-même. Le traité franco-soviétique de 1935 n'est alors plus qu'un chiffon de papier qui ne vaut pas l'encre et le papier qui ont servi à l'écrire, dixit l'historien français Duroselle (Wikipaedia).

 

2. 1939 : "Drang nach Osten"

    Le thème de la "race", du soi-disant "droit des peuples" disparaît (sauf pour Dantzig), les annexions relève du pur banditisme.

a) Disparition de la Tchécoslovaquie

 

  Le printemps 1939 est une nouvelle étape de catastrophes vers l’issue fatale. La Tchécoslovaquie, démantelée, démembrée, désarticulée, est une proie facile. A nouveau, la présence de dirigeants locaux fascistes aide grandement Hitler dans sa sale besogne. En mars 39, Hitler convoque Mgr Tiso à Berlin et le somme de proclamer l’indépendance slovaque. C’est effectif le 14. Le 15 mars 39, l’armée allemande envahit la Bohème-Moravie et entre dans Prague. Sous les apparences d’un protectorat -les Tchèques et Moraves, encore une fois, ne sont pas germains, la Bohème-Moravie est intégrée au Reich. Hitler n’en reste pas là. Le 23 mars, il entre dans le port de Memel (Klaïpeda en lituanien), certes peuplé d’Allemands, mais qui avait été attribué, sous statut international, à la nouvelle Lituanie comme ouverture maritime. Violation, une de plus, flagrante des traités de Versailles.

    Par ailleurs, Franco remporte la guerre d’Espagne en pénétrant dans Madrid (26 mars), il adhère immédiatement au pacte anti-Komintern. Mussolini, le 7 avril, envahit l’Albanie au nom de la loi du plus fort.

    Cerise empoisonnée sur le gâteau indigeste, Hitler annonce que le problème de Dantzig ne saurait rester en suspens éternellement.

b) La Pologne

    Ce pays est né de la volonté des Alliés vainqueurs mais aussi de sa confrontation avec la Russie bolchevique -guerre de 1920-21- ce qui lui a donné des territoires tout à fait non-polonais (paix de Riga) et c’est là un problème dirimant à toute entente éventuelle avec l’URSS. C’est surtout un pays arriéré, féodal, avec aristocratie et paysans pauvres, au catholicisme le plus traditionaliste et donc à l’antisémitisme nauséeux. Durant l’entre-deux-guerres, la Pologne a connu le régime du maréchal Pilsudski (1926-1935) puis celui dit "des colonels" avec Józef Beck à leur tête. Ce n’était pas une dictature totalitaire, une forme de parlementarisme était préservée.

    Le problème de la Pologne est de  faire accepter par l’Allemagne et l’existence de Dantzig comme ville-libre sous contrôle de la SDN et le "couloir de Dantzig" qui sépare l’Allemagne en deux mais qui est majoritairement peuplée de Polonais. Les militaires polonais pensent amadouer les nazis en pratiquant comme eux un politique antisémite et tolérante au national-socialisme. Les Polonais sympathisèrent avec les Hongrois (régime fascisant), participèrent au dépeçage de la Tchécoslovaquie après Munich -manière de signer ces accords criminels- refusèrent systématiquement aux Français et aux Anglais d’accorder une autorisation de passage sur leur territoire aux armées soviétiques au cas où… les Français payent leur politique du "cordon sanitaire" qui consista à éloigner le plus possible le danger bolchevique y compris en enlevant à l’URSS des terres qui lui revenaient. C’est pourquoi les Polonais ne voulurent pas donner l’autorisation de passage, redoutant que les Soviétiques appliquassent le "j’y suis, j’y reste". C’est pourquoi la Tchécoslovaquie n’eut pas de frontière commune avec l’URSS ce qui empêcha toute entente militaire entre ces deux pays dès lors que la Pologne ne donnait pas son autorisation de passage. (Bien entendu, vous consultez une carte).

    Quant à l'antisémitisme voici un extrait d’une cours d’agrégation du CNTE diffusé aux candidats en 1976-77.

"Parmi les principales mesures dirigées contre la minorité juive on peut citer : La résolution du 10 mai 1937 de l'Union des avocats polonais qui demanda que le nombre des avocats juifs ne saurait excéder le pourcentage de la population juive dans l'ensemble du pays ; L’Union des Médecins polonais n’admet à partir du 18 octobre 1937 que les seuls médecins chrétiens de naissance; les autres ne pouvaient être admis en tant que membres que par une décision du Comité central de l'Union ; Des bancs spéciaux furent réservés aux écoliers Juifs dans les lycées et les écoles moyennes (octobre 1937). Pour protester contre l'institution du «ghetto» universitaire une grève fut proclamée le 19 octobre 1937 dans tout le pays par les organisations juives. A la même- époque des incidents se déroulaient à Varsovie, à Lódz et dans-les universités des villes polonaises".

"Mais comme l'antisémitisme se développa surtout à partir de 1939 les députés Juifs (sept seulement) entrèrent dans l'opposition et connurent soit l'exil soit la prison comme Herman Liberman du parti socialiste ou les communistes Roman Zambrowski et Adolf Warski-Warszawski".

Avec une telle politique, les militaires cléricaux polonais étaient bien préparés à l’agression nazie (humour inside) et, en tout cas, ils avaient préparé le terrain à la Shoah.

 

    Dans ces conditions, où l’on ne sait pas qui est qui, qui fait quoi, les Soviétiques confrontés aux tergiversations occidentales, au refus polonais et au danger nazi, cherchent à tirer leur épingle du jeu. De surcroît, un conflit éclate avec le Japon en Extrême-Orient (cf. supra carte sur les agressions japonaises). Il y a, certes, des négociations avec les Anglais et les Français mais Halifax n’est pas fiable ; il donne des instructions pour "limiter l’accord aux termes les plus vagues possibles". Le 23 août, afin d’avoir les mains libres à l’Est dans la question polonaise, Hitler signe avec Staline un pacte de non-agression. C’est la stupeur. Le 1er septembre, sans déclaration de guerre, l’Allemagne envahit Dantzig puis la Pologne. Le 3 septembre, le Royaume-Uni suivi quelques heures plus tard par la France, déclare la guerre à l’Allemagne.

***

 



[1] De son vrai nom : Alfonso León Fernando María Jaime Isidro Pascual Antonio de Borbón y Habsburgo-Lorena (j’adore). Il descend à la fois des Bourbons (Louis XIV et l’héritage espagnol) et des Habsbourg-Lorraine (mariage de Marie-Thérèse de Habsbourg avec le duc de Lorraine).

[2] Ainsi dénommé parce que d’origine ibérique. Les conseils d’officiers des différentes régions militaires se prononcent contre le gouvernement ; autrement dit, c’est un coup d’ État militaire, factieux et antirépublicain.

[3] Trouvé sur ce dossier dont je recommande la lecture (il fait cependant l’impasse sur la « 3° guerre civile » russe) : http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=50817&v=3 lire aussi la présentation du film  "Land and freedom", la Guerre d’Espagne de Ken Loach (1995)

[4] En attendant, voici une référence : http://rha.revues.org/index6914.html#bodyftn69 = sur la présence des militaires étrangers en Chine. Jean-François Brun, « Intervention armée en Chine : l’expédition internationale de 1900-1901 », Revue historique des armées, 258 | 2010, [En ligne], mis en ligne le 02 mars 2010. URL : http://rha.revues.org/index6914.html. Consulté le 05 décembre 2012.

[5] L’aventure du maréchal Zhang Xueliang est plutôt cocasse. Dès le 25 XII, libérant Tchang Kaï-chek, il se constitue prisonnier auprès de son chef suprême. Condamné par une cour martiale de Nankin à 10 ans de forteresse, il est en outre privé de ses droits civiques. Il sera transféré à Taïwan, en 1949, après la victoire de Mao, où il retrouve Tchang Kaï-chek réfugié avec le reste du Guomindang. Il vivra en résidence surveillé à Taipei jusqu’à sa mort. (Source : E. Universalis.).

[6] Il y a toujours eu une compétition entre Pékin, capitale du Nord, et Nankin, capitale du Sud. L’opposition Chine du Nord et Chine du Sud est récurrente et les gouvernants veillent toujours à ne pas rouvrir les vieilles cicatrices.

[8] Numéro spécial de la revue L’HISTOIRE, « les années trente, de la crise à la guerre », n°58, année 1983.

[9] On emploie cette expression depuis la crise de l’empire turc ottoman. Au début du XVIII° siècle tout le sud-est de l’Europe était sous la domination turque. C’était clair et net. Puis, l’empire ottoman est devenu « l’homme malade » de l’Europe et progressivement, de petits États sont apparus : Grèce, Bulgarie, Roumanie, Albanie, Serbie, Monténégro, etc… Petits États qui lorgnent sur le voisin, ce qui provoquent des guerres picrocholines non sans danger pour le reste du continent.Les guerres balkaniques 1912-1913

[10] Voir mon livre, fin du chapitre XVI

pour prolonger. Sur la Guerre d'Espagne : Diego Gaspar Celaya , « Portrait d’oubliés. L’engagement des Espagnols dans les Forces françaises libres, 1940-1945 », Revue historique des armées, 265 | 2011, [En ligne], mis en ligne le 16 novembre 2011. URL : http://rha.revues.org/index7345.html. Consulté le 18 décembre 2012.

Versailles 1919/1920 : la paix manquée (2ème partie)

publié le 2 déc. 2012 à 14:32 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 30 juil. 2016 à 15:10 ]


SOMMAIRE

 

I.  LES TRAITES ET L'ILLUSION DE LA PAIX (1ère partie)Versailles 1919/1920 : la paix manquée (1ère partie)

a. Une nouvelle géographie de l'Europe :

La carte de 1914 / la carte de 1924

b. La grande illusion : la S.D.N.

 

II. LES BASES D'UN NOUVEAU CONFLIT (2ème partie)

a. Les premières désillusions

1. Le refus du Sénat américain

2. Le problème des "réparations"

b. La paix contestée

1. En Allemagne

2. En Italie

3. En Hongrie


II. LES BASES D'UN NOUVEAU CONFLIT

 

    Les garanties données à la France ne sont pas respectées et dans de nombreux pays, des hommes politiques n’ont pour programme que la révision des traités de 1919-1920. Leur audience décuple avec l’arrivée de la crise économique après 1929, mais c’est là une autre question.

 

A. LES PREMIÈRES DÉSILLUSIONS

 

1. Le refus du Sénat américain

    On sait qu’un traité est soumis à deux gestes politiques pour être valable : la signature par ceux qui avaient légitimité pour le négocier et la ratification par le souverain qui est soit une chambre élue soit le peuple lui-même. Je parle d’une démocratie bien sûr. Aux États-Unis, c’est le Sénat qui a le monopole de ce contrôle sur la diplomatie de l’Union. Wilson a négocié et signé le traité, il le soumet au sénat. Et patatras, le sénat se dérobe (novembre 1919). C’est la politique isolationniste qui l’emporte. Pour un temps. L’élection du républicain Harding à la Maison blanche conforte cette ligne politique.

    Or Wilson, et Lloyd l’avait accompagné en ce sens, avait dit à Clemenceau qu’il apportait ses « garanties » à la France contre « toute agression allemande non provoquée ». Cela parce que les Anglo-saxons avaient refusé un État rhénan entre la France et l’Allemagne prussienne. Des "garanties", il ne reste "plus rien" déclare Clemenceau quand il apprend la nouvelle du refus du Sénat américain. Lloyd George déclare que l’Angleterre ne peut assumer seule la charge de ces garanties. Bref, le France se retrouve alone.

    Bien entendu, ce refus du Sénat américain implique un refus d’entrer dans la SDN, idée wilsonienne pourtant.

 

2. Le problème des "réparations"

    L’idée est simple : l’Allemagne a commis en France et en Belgique des dégâts incommensurables. (lire, par exemple sur ce site 1914 : le martyre de la Belgique ou encore La guerre de 1914-1918, l'horreur, Reims ville martyre. liste non limitative). Toute la guerre a eu lieu sur le sol de ces deux pays (front occidental bien sûr). Or l’Allemagne est déclarée par le célèbre article 231 seule coupable de la guerre. Conséquence : elle doit payer des réparations aux pays-victimes. Je me permets de vous envoyer à la lecture de mon compte-rendu de voyage à Arras, l’une des trois villes martyres de la guerre avec Reims et la ville belge d’Ypres. LA GUERRE, ARRAS, L’HORREUR : FAUT-IL REMETTRE ÇA ?  Voir l’état du beffroi d’Arras avant et après la guerre : http://amnis.revues.org/1371?lang=es . Je vous invite aussi à visiter le site de Verdun et d’acheter les cartes postales de villages, avec des photos prises avant 1913, VILLAGES QUI ONT AUJOURD’HUI DISPARU. Vous pensez qu’ils sont en ruines, et bien non, ils n’existent plus. Ils ont reçu des centaines de milliers de tonnes de bombes qui les ont faits disparaître. On ne sait plus où se trouve l’église, la mairie, le café du commerce… Sans doute, la guerre a ses exigences, ses bavures et ses dégâts collatéraux comme disent les gens d’esprit. Mais était-il utile, pour les Allemands, d’inonder, à l’automne 1918, tous les puits de mines du Nord-Pas de Calais et de Lorraine avant de se retirer ? était-ce un objectif militaire ?

    Bref, le traité stipule qu’une commission des réparations sera mise en place et fixera le montant à payer par les Allemands. Les États-Unis ayant refusé de ratifier doivent-ils être présents à la Commission des réparations ? Voilà un cas qui montre le caractère irréfléchi de leur politique. Car, oui, ils seront présents. Mais la situation économique et financière de l’Allemagne intéresse au plus haut point les Américains qui ont de l’argent à y investir.

    Les Alliés sont divisés sur ce point.

-  intransigeants sont la France, la Belgique, une partie des Anglais -notamment les intérêts maritimes qui ont souffert de la guerre sous-marine allemande-[1].

-  Plus laxistes sont les Américains -qui sont entrés en guerre pour faire du business avec l’Europe- et les Anglais -banquiers de la City et hommes d’affaires-. Eux veulent voir l’Allemagne redémarrer le plus vite possible et la voir jouer son rôle d’entrainement.Cf. le livre de J.-M. Keynes, "Les conséquences économiques de la paix".

    Avec la crise économique mondiale de 1920-21, Lloyd George avance déjà l’idée d’un aménagement de la dette du vaincu. Puis, en janvier 1923, face à la mauvaise volonté manifeste de Berlin, Français et Belges occupent la Ruhr. C’est comme une reprise de la guerre. Les Américains vont vite calmer les ardeurs des Français. Ils ont l’arme monétaire. Mais, nous sommes ici dans la leçon suivante.

    Bref, ces questions montrent que la paix est contestée.


B. LA PAIX CONTESTÉE

 

1. En Allemagne

    L’ Allemagne ressemble maintenant à ça :


    On a peine à imaginer, aujourd’hui, l’impact du traité de Versailles sur les esprits allemands de l’époque. Il faut dire que les sujets de l’empereur comme ses militaires n’ont pas l’impression d’être défaits en novembre 1918. C’est un simple armistice. Le sol du Reich est intact, inviolé par les armées alliées. On sait que le traité de Versailles -qu’aucun allemand n’a négocié- est perçu comme un diktat : un texte imposé, mot-à-mot un texte dicté.

    Les Allemands ont alors une conception ethnique de la citoyenneté : qui parle allemand ou un dialecte allemand, qui fit partie du saint empire romain, qui a du sang allemand est citoyen allemand. Le débat de 1870 avec Fustel de Coulanges, la définition d’une nation par Ernest Renan sont toujours des choses non assimilées pour eux en 1919. Beaucoup ni n’admettent, ni ne comprennent le retour de l’Alsace-Moselle à la France. La coupure du Reich en deux, entre Poméranie et Prusse orientale, avec séparation de Dantzig de la mère-patrie, est également inacceptable.

    Le document suivant est extrait d’un atlas 100% allemand conçu et publié lors de la Guerre froide (1984)[2]. Il montre comment, à cette date encore, est reçu le traité de Versailles. Il dit à peu près la même chose que la carte précédente mais pas avec les mêmes moyens ! la cartographie n'est pas neutre.


    Le fait majeur est la violence du dessin. Les couleurs rouge et noir avec blanc sont celles du drapeau nazi. Je n’accuse pas les auteurs de nazisme mais je plaide pour une lecture freudienne de l’utilisation des ces trois couleurs. Les grosses flèches blanches veulent sans doute signifier une agression tous azimuts, ce qui est pour le moins paranoïaque relativement aux Polonais et aux Tchécoslovaques. Le titre est : la grosse tromperie (ou fraude) de Versailles. Je pense qu’un titre ironique du genre « la grosse farce du traité de Versailles » conviendrait mieux. Mais je crois que l’on parle en Allemagne de « l’escroquerie » de Versailles (trouvé au hasard d’une lecture).

    La légende est la suivante (de haut en bas et de gauche à droite) : ce qu’il reste à l’Allemagne ; zone démilitarisée (en fait c’est une zone occupée par les armées françaises et autres) ; zones interdites de fortifications ; régions cédées ; rattachement de l’Autriche interdit ; pays bénéficiaires du diktat (peut se traduire aussi par « profiteurs ») ; pays neutres et Hongrie.

    Le texte en dessous est un chef d’œuvre de mauvaise foi et de chauvinisme. "Ainsi, en 1919, l’Allemagne était dépecée et forcée, de façon indigne, à être privée de ses droits et à vivre à genoux. Des terres ayant appartenu à l’Empire -il s’agit du Saint empire romain germanique, JPR - et ayant partagé son destin depuis l’Antiquité (sic) lui ont été arrachées : Nord-Schleswig (alors que le population est danoise et a voté à 75% pour le retour au Danemark en 1920), Prusse occidentale et Posnanie (la population est très majoritairement polonaise et ces terres sont venues à la Prusse après les partages léonins de la Pologne au XVIII° siècle), Memelland, Haute-Silésie (là aussi, il y eut plébiscite et les terres passées à la Pologne sont …polonaises), Alsace, Lorraine (sans commentaire), Eupen et Malmédy. En outre, tout l’ouest de l’empire rapetissé est démilitarisé. La côte nord, la frontière orientale et la frontière sud ne doivent plus portées de fortifications. Les fleuves allemands ont été retirés à la souveraineté de l’État : ils ont été « internationalisés » (ici, la mauvaise foi est absolue. Les Allemands connaissent parfaitement ce principe qui est appliqué pour le Rhin depuis 1815, congrès de Vienne. Le Rhin relève de la Commission du Rhin qui existe toujours et qui est la première Organisation intergouvernementale, à ma connaissance. Du fait de la création de la Tchécoslovaquie, l’Elbe est devenue un fleuve international avec liberté de navigation pour le pays situé à l’amont ; il en va de même pour l’ Oder et ses affluents de rive droite qui arrivent de Pologne). Des régions entières ont dû subir l’occupation étrangère et le rattachement de l’Autriche au Reich allemand était interdit". Fin de citation (texte de 1984)..

    Il n’y eut pas de frontière plus contestée que celle de la Pologne et de l’Allemagne en 1918 :

    
CETTE CARTE - allemande- EST COMMENTÉE DANS CET ARTICLE COMMIS PAR MOI-MÊME :
3EME PARTIE : LES FRONTIÈRES DES PECO : LA FRONTIÈRE GERMANO-POLONAISE DE 1920

2. En Italie

    On sait que l’Italie était officiellement alliée aux empires centraux (la fameuse Triplice) mais avait signé des accords secrets avec Delcassé, brillant ministre français des affaires étrangères. Les abandons français sur la Libye ont détaché l’Italie de la Triplice (lire article : Delcassé, Wikipaedia). En 1914, Rome reste neutre. Reste à la faire entrer en guerre aux côtés des pays de l’Entente (France, Angleterre essentiellement). A cette fin, une conférence secrète se tient à Londres, en 1915, avec conclusion d’accords secrets. L’Autriche, par son intransigeance têtue, a empêché l’option de la neutralité « payante » envisagée par les Italiens : rester neutre, si les terres italophones reviennent à la mère-patrie.

    Le pacte secret de 1915 prévoyait que l’Italie entrerait en guerre aux côtés de l’Entente dans un délai d’un mois, et en échange elle recevrait, en cas de victoire, le Trentin, le Tyrol du Sud (jusqu’à y compris le col du Brenner), la Marche julienne, l’Istrie (à l’exception de Fiume), une partie de la Dalmatie, de nombreuses îles de la mer Adriatique, ainsi que Vlora et Saseno en Albanie et le bassin houiller d'Antalya en Turquie. De plus, elle se voit confirmer la souveraineté sur la Libye et le Dodécanèse.

    On sait que le président Wilson refuse ces clauses secrètes. Je cite l’article Wiki intitulé « traité de Rapallo, 1920 » : « Fiume doit servir de débouché commercial non pas à l'Italie mais aux territoires situés dans le nord et le nord-est de ce port : à la Hongrie, la République tchèque, la Roumanie et aux États du nouveau groupe yougoslave. Attribuer Fiume à l'Italie signifierait créer la conviction que nous avons, délibérément, mis le port dans les mains d'une puissance dont il ne fait pas partie intégrante. Et la raison pour laquelle la ligne du Pacte de Londres a inclus un grand nombre d'îles de la côte orientale de l'Adriatique et la partie de la côte dalmate a été qu'il est nécessaire pour l'Italie d'avoir une position dans les canaux de l'Adriatique orientale afin qu'elle puisse défendre ses côtes d'une agression navale de l'Autriche-Hongrie. Or l'Autriche-Hongrie n'existe plus».

    C’est alors que se situe l’aventure de Gabriele d’Annunzio qui, avec un groupe de soldats débandés, d’aventuriers, de nationalistes, s’empare de la ville et du port de Fiume (lire le cours sur l’Autriche en 1914). Ce coup de force interrompt les négociations à Versailles ! (septembre 1919). D’Annunzio crée un État fantoche mais il faut une conférence internationale à Rapallo (1920 pas 1922, attention) pour que l’Italie accepte la proposition d’un État libre de Fiume sous souveraineté de la SDN. D’Annunzio refuse, il faudra que l’armée italienne vienne l’y déloger, au "Noël de sang", (1920). Les nationalistes restent vindicatifs et revanchards ; on s’en doute. De plus, l’Italie n’obtient que Zara sur la côte adriatique et ne participe pas au banquet de partage des colonies allemandes ; Toutes choses qui entretiennent l’idée d’une paix mutilée (sic), d’une Italie vainqueure de la guerre, vaincue de la Paix (sic). Cette crise nationaliste est une des causes de la victoire de Mussolini en 1922.

 

3. En Hongrie

    Le traité de Trianon a eu sur les Hongrois le même effet que le traité de Versailles sur les Allemands. Désastreux. Destructeur. Déplorable. La biblio est évidemment foisonnante, j’utilise pour ma part un livre écrit en 1922, sous la régence de l’amiral Horthy donc, par Ladislas Buday, La Hongrie après le traité de Trianon [3] et l’article Louis Eisenmann, un des sommets de notre Himalaya universitaire, premier titulaire de la chaire d’« histoire et civilisation des Slaves » à la Sorbonne, magyarophone, expert près les ambassadeurs, La nouvelle Hongrie paru en septembre 1920 [4]. La date de parution de ces documents en fait des témoignages sur les mentalités du moment. [5]

    Eisenmann n’y va pas par quatre chemins. Son article débute ainsi : "Le dernier recensement décennal hongrois, qui a été fait en 1910, accusait, sur un territoire de 325 411 km2, une population totale de 20 886 447 habitants. Les frontières nouvelles que vient de lui fixer le traité du Grand Trianon ramènent la Hongrie à environ 91 000 km2 et 7 400 000 hab. Au simple rapprochement de ces chiffres, on mesure le prix dont les Magyars paient leur responsabilité dans la guerre. Avec l'empire turc et avec l'Autriche surtout, son associée depuis tantôt quatre siècles, le royaume de Saint £tienne est la grande victime du cataclysme européen déchaîné en 1914. L'une et l'autre, l'Autriche et la Hongrie, portent la peine d'une erreur criminelle. Elles ont cru pouvoir, au XIXe siècle et au XXe, après la révolution de 1848 et l'éveil des nationalités, maintenir par la violence et la ruse des États où la majorité était livrée à la domination de minorités ethniques et sociales". Plus loin, il parle du compromis de 1867 (cf. l’article sur l’Autriche-Hongrie en 1914) en écrivant qu’il a aggravé les abus de la Hongrie d’ancien régime. Il dit une Hongrie marâtre, oppressive. Il dénonce la plus brutale et la plus cynique oppression des minorités. Les juifs magyarophones s’étant repliés sur Budapest après Trianon, Eisenmann exprime ses craintes à voir la Hongrie vaincue, (qui) semble aujourd'hui vouloir faire d'eux les boucs émissaires de ses fautes. La question juive pose les problèmes les plus graves et les plus curieux de la structure sociale de la Hongrie et de l'avenir du nouvel État magyar. Le futur ne lui donnera pas tort.

    Buday quant à lui écrit un livre de propagande destiné à faire changer l’opinion française quant à l’attitude de rejet des Hongrois à l’égard du traité du Trianon. D’abord, il faut savoir que tout le long de son livre il parle de la Hongrie-mutilée : celle sortie de Trianon, et de la Hongrie-intégrale : celle d’avant 1914. Il écrit crûment que la Hongrie mutilée est un petit État nouveau couvrant à peine le tiers du territoire qu’il occupait depuis mille ans. Vous avez bien lu : mille ans. Tout ce qui a été donné aux minorités (slovaque, roumaine, ruthène, serbe, etc...) est une expropriation, une mutilation et ne relève en rien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Et systématiquement, pour chaque secteur de l’économie (forêts, terres arables, équipement ferroviaire, etc…), ce professeur de statistique donne la part qui revient maintenant à la Hongrie mutilée et à l’occupation roumaine, à l’occupation tchèque, à l’occupation yougoslave, etc… Concernant la responsabilité hongroise dans le déclenchement de la guerre, Buday nous dit qu’il est dès à présent, un fait universellement connu et que personne ne songe à nier que le comte Etienne Tisza, alors président du conseil des ministres hongrois, s’est opposé à la déclaration de guerre jusqu’à la dernière minute. Si l’on prend pour arbitre Michel Prigent, chargé de cours à l’ INALCO, qu’apprend-on ? Après l’assassinat de François-Ferdinand à Sarajevo, Tisza hésite, devant la menace d’intervention russe, avant de soutenir l’ultimatum à la Serbie, et la Hongrie connaît un déferlement de passions nationalistes. Elle ne fut pas seule dans ce cas dira-t-on. Certes. Mais sa responsabilité dans le problème des nationalités dans les Balkans est telle qu’on ne peut que réprouver sa volonté de faire la guerre à des peuples qu’elle opprime déjà chez elle depuis des lustres. Par exemple, Prigent nous indique que le pourcentage d’écoles élémentaires dans le Royaume de Hongrie où le magyar est la seule langue d’enseignement est passé de 46,4% en 1880 ; à 60,6% en 1900 et à 80,4% en 1912. Les écoles bilingues, hongrois + autre langue, ayant disparu. Les Hongrois représentant 54,5% des habitants du royaume (sans la Croatie-Slavonie) au recensement de 1910.

    De toute façon, il est exact de dire que des centaines de milliers de Hongrois - comme les Allemands ailleurs - se sont retrouvés minoritaires dans les régions données aux États voisins. Eisenmann le reconnaît bien volontiers qui parle de populations sacrifiées. Il en donne les raisons en justifiant le nouveau tracé des frontières tchécoslovaque et roumaine de la Hongrie "mutilée" comme dirait l’autre. "Le tracé est ici avant tout stratégique, il vise à donner à la Tchécoslovaquie, dans le cours du Danube, sa seule ligne de défense solide, et, dans les voies ferrées, les instruments non seulement de sa vie économique, mais surtout de sa sécurité, et en particulier de ses communications directes et indépendantes avec la Roumanie, qui sont un facteur essentiel du nouvel ordre politique de l'Europe centrale. (…). La Roumanie agrandie garde sur son territoire le plus grand nombre de Magyars séparés : ceux qui peuple le glacis de protection du chemin de fer de Kiralyhaza à Nagyszalonta, …". Il s’agit là d’une voie ferrée construite par les Hongrois pour relier des villes à majorité hongroise mais qui se trouve, après le traité, en territoire roumain de sorte qu’avec les voies ferrées de Tchécoslovaquie on peut contourner la Hongrie nouvelle dont on sent à la lecture de ces faits qu’elle est toujours considérée comme une menace pat les rédacteurs du traité de Trianon.

    Je m’arrête là, me réservant la possibilité de rédiger un article plus complet sur la Hongrie durant l’entre-deux-guerres. Mais on a suffisamment d’éléments pour expliquer la rancœur des Hongrois qui étaient particulièrement nationalistes et dominateurs avant 1914 (même la « gauche » au parlement de Budapest -où ne siégeaient guère que des Hongrois, le suffrage étant restreint - était d’accord pour la politique de magyarisation des minorités) .NB. petit détail amusant (?) lors de l'Euro 2016 de foot-ball, j’ai vu des supporters hongrois avec un drapeau national portant en son centre la carte de la Hongrie royale de 1913...

 

    J’ai parlé ailleurs de la remise en cause du traité de Sèvres par les Turcs et la guerre gréco-turque qui en a résulté. Tout cela nous dit combien ces traités de paix ont été facteurs de tensions et sans aucun doute, cause (pas unique) de la guerre suivante.    Voir aussi : où sont passés les empires d'avant 14 ? "L'Europe centrale, 1914-1939" (corrigé)




[1] La position française est vivement combattue par un Anglais qui deviendra célèbre, J.-M. Keynes, dans son livre "Les conséquences économiques de la paix".

[2] W. Hilgemann, Atlas zur deutschen Zeitgeschichte 1918-1968, Piper, Munich, 1984, 208 pages.

[3] Publié à Paris par Georges Roustan éditeur, 290 pages. Buday était professeur de statistique à l’école polytechnique de Budapest.

[4] Annales de Géographie, XXIX° année, n°161, 15 septembre 1920.

[5] Il y a aussi plus récent : Michel PRIGENT, chargé de cours à l’INALCO, La Hongrie et les Hongrois aux XIX° et XX° siècles, paru dans le revue HISTORIENS ET GEOGRAPHES, n°329, année 1990 (avec bibliographie).


LES R.I. de 1931 à 1937 : B. La Dégradation

publié le 20 oct. 2012 à 08:14 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 21 mars 2017 à 02:32 ]

    Vous pouvez lire au préalable LES R.I. de 1919 à 1930 : A. LA "SÉCURITÉ COLLECTIVE"

SOMMAIRE

 

I. L'ABANDON DE LA SÉCURITÉ COLLECTIVE

A. En Europe

Le moratoire Hoover. La question de l'égalité des droits

B. En Asie

La création du Mandchoukouo

II. LA CONSTITUTION DE L'AXE ROME-BERLIN

A. L'Europe face au problème Allemand

B. Le revirement de la politique italienne

La S.D.N. et la guerre d’Éthiopie

Conclusion : LE TOURNANT DE MARS 1936

La remilitarisation de la Rhénanie. Le pacte anti-Komintern.

 

LES R.I. DE 1931 A 1937 :

B. LA DÉGRADATION

 

    Cette période est évidemment marquée par l’arrivée en Europe (1931) de la crise économique mondiale, cadeau des Américains et de leur « way of life ». La dégradation des relations diplomatiques est rapide et, bien sûr, la nomination (31 janvier 1933) au poste de chancelier du Reich d’Adolf Hitler par la président-maréchal Hindenburg accentue le phénomène, la guerre est l’essence du nazisme.

    A cause de la crise économique, la stabilité relative obtenue dans le cadre de la SDN est rompue. Puis, à partir de 1933, les initiatives des pays fascistes [1] réduisent les démocraties occidentales à une attitude défensive où se mêlent le désir de composer avec l’Allemagne et l’ antisoviétisme. Cette attitude est périlleuse dans la mesure où cette volonté de concessions dégrade régulièrement la situation politique intérieure de ces pays et renforce l’agressivité des fascistes qui n’ont pourtant pas besoin d’excitants (2).

 

I.

L'ABANDON DE LA SÉCURITÉ COLLECTIVE

 

    Les premières conséquences de la crise de 1929 provoquent une tension internationale dont la SDN sort très affaiblie tant à cause de son inaction face au Japon qu’à cause de son échec sur l’organisation du désarmement. Cette faiblesse devient insignifiance au moment de l’affaire d’Éthiopie et de la remilitarisation de la Rhénanie (qui sera traitée en conclusion car c’est le point d’orgue de cette période).

 

    A. En Europe


1.  Le moratoire Hoover, la liquidation des Réparations.

    Le plan Young de 1929 avait prévu qu’en cas de difficultés, l’Allemagne pouvait différer ses paiements. En Mai 1931, c’est l’effondrement financier et économique de l’Allemagne et de l’Autriche. Les faillites [2] du Kredit Anstalt de Vienne et celle de la Danatbank à Berlin déclenchent une véritable panique. En Allemagne, la production industrielle tombe à 53 % de son niveau de 1929. Le pays compte 4 744 000 chômeurs en mars, plus de 6 millions à la fin de l’année. Dès le 6 juin, L’Allemagne se déclare incapable de payer les réparations. Le 20 juin 1931, le président américain Hoover propose un moratoire. La France décide d’interrompre ses propres versements aux États-Unis.

    En juin 1932, la conférence de Lausanne prévoit le versement d’un forfait général à la B.R.I. de Bâle (Banque des règlements internationaux, créée par le plan Young et qui existe toujours). Les dettes de l’Allemagne sont annulées. La France perd 70% des réparations envisagées en 1919. De jure, c’est-à-dire officiellement, c’est la première révision du traité de Versailles. Une victoire allemande sur le tapis vert mais très symbolique. Lausanne fait apparaître l’opposition entre Français et Anglo-saxons. Ces derniers ont privilégié les dettes privées allemandes (dues aux banques américaines et anglaises) que les Allemands n’auraient pu honorer s’ils avaient dû consacrer leurs liquidités aux dettes publiques des réparations.

    La confiance des "petites nations" est ébranlée par ce non-respect du traité de Versailles, jusque là considéré comme intouchable.

 

2. La question de l'égalité des droits face au réarmement.

    En février 1932, la commission du désarmement de la SDN se réunit. 62 États sont représentés. L’Allemagne s’agite [3], quitte la séance, revient. En décembre, elle se voit reconnaître le droit au réarmement par la clause de l’égalité des droits. En janvier 1933, Hitler est chancelier. La France renâcle à appliquer l’égalité des droits. Hitler tient là un prétexte lui permettant de quitter à la fois la conférence du désarmement et la SDN (octobre 1933). La France refuse dès lors de légaliser le réarmement du Reich, ce sont donc les clauses du traité de Versailles qui s’appliquent. Théoriquement. Car, clandestinement, l’Allemagne réarme (nous sommes en 1934, la dictature totalitaire est en place, plus rien ne sort).

 

    B. En Asie


    Le Japon, comme d’ailleurs l’Allemagne et l’Italie, est paralysé par la restriction des crédits étrangers. De plus, l’insuffisance de ses ressources naturelles et la puissance de son industrie le placent sous la dépendance de ses importations et de ses fournisseurs. Importations qu’il doit compenser par des exportations, or la lutte pour les marchés extérieurs est plus âpre avec la politique des Blocs monétaires, des barrières tarifaires. Le dumping japonais se heurte aux mesures de rétorsion des concurrents. En 1936, 40 pays ont opposé des taxes exceptionnelles à l’entrée des produits nippons. 

    La création du Mandchoukouo.

La crise a provoqué aussitôt le retour au pouvoir des militaires partisans d’une politique d’expansion sur le continent asiatique, politique qui avait débuté dès avant 1914. En septembre 1931, le Japon s’empare de la Mandchourie dont il fait le Mandchoukouo (mars 1932).Le dernier empereur La Chine fait appel à la SDN qui prononce une condamnation bénigne, sans sanction, sans caractériser l’action du Japon comme « guerre d’agression » notion capitale en droit international public. Le Japon se retire de la SDN en mars 1933 donnant ainsi le mauvais exemple à Hitler qui l’imite quelques mois plus tard [4]. Cette carence de la SDN est la première atteinte grave à la notion de sécurité collective. Le Mandchoukouo est une étude de cas en droit international public. C’est l’archétype de l’État-fantoche. Les Japonais mettent à sa tête le dernier empereur chinois mais celui-ci n’a aucune légitimité intérieure : les Chinois/Mandchous ne le reconnaissent pas comme souverain, et aucune légitimité externe : à part le Japon, aucun État ne reconnaît le Mandchoukouo dont nul n’ignore qu’il est administré directement par Tokyo.






     Mars 1933 est aussi la date où Mussolini prend l’initiative d’établir une sorte de directoire des quatre grandes puissances européennes qui pourraient réviser les traités de Versailles sans que les "petits États" soient même consultés. C’est le Pacte à quatre, accepté par Daladier. La Petite entente proteste : le pacte à quatre agira dans le cadre de la SDN. Mais c’est encore un coup porté à la SDN, l’entrée de l’URSS en septembre 1934 ne compense pas ces affaiblissements. Cette "idée" de Mussolini est appliquée en 1938 à Munich. Sans la SDN. No comment.

 

II.

LA CONSTITUTION DE L'AXE ROME-BERLIN

 

    L’axe Rome-Berlin n’allait pas de soi, nous l’avons vu, l’Italie ayant des ambitions danubiennes. Mussolini rejoint même le front de Stressa en 1935. Mais ses ambitions coloniales qui heurtent les intérêts de l’Angleterre le poussent à rejoindre le camp allemand inséparable par ailleurs du camp anti-soviétique.

 

A. L' Europe face au problème Allemand

    Dans "Mein Kampf", Hitler avait annoncé son programme : révision du traité de Versailles, remilitarisation, pangermanisme avec l’Anschluss comme point de départ, conquête de "l’espace vital" vers l’Est et destruction de l’URSS "foyer de la bolchevisation juive mondiale", "explication définitive" avec la France, ennemie héréditaire et pays de l’alliance de revers, bienveillance relative avec l’Angleterre. Hitler n’a rien de révolutionnaire mais s’inscrit au contraire dans la continuité de la politique du capitalisme allemand = relire la lettre de Stresemann au Kronprinz de 1925 (leçon précédente), se rappeler la tentative d’Anschluss économique dès 1931, l’obtention de "l’égalité des droits" dès 1932, toutes choses avec lesquelles Hitler était parfaitement d’accord quoiqu’officiellement dans l’opposition.

    Ses premières initiatives sont 1) pacte de non-agression avec la Pologne, alliée traditionnelle de la France 2) un soutien aux nazis autrichiens (assassinat de Dollfuss[5] en juillet 1934) mais la concentration de deux divisions italiennes au col du Brenner par Mussolini fut dissuasive, momentanément 3) la sortie de la SDN et le réarmement clandestin 4) une puissante propagande en Sarre pour préparer le referendum prévu par Versailles sur le choix entre la France ou l’Allemagne 5) le réarmement officiel public malgré le traité.   


    1. La France ?

    La France est évidemment concernée. Sa première réaction est le développement de l’alliance de revers. Louis Barthou, ministre des affaires étrangères, homme de la situation, relance l’alliance avec la Petite entente. En 1932, un traité de non-agression a été signé avec l’URSS et Barthou réussit à faire admettre l’URSS à la SDN en 34. Barthou est malheureusement assassiné avec le roi de Yougoslavie en visite officielle. Il est remplacé par le roi du double-jeu : Laval. En 1935, Laval, président du conseil, signe un traité d’assistance mutuelle avec l’ambassadeur soviétique à Paris (qui ne sera pas complété par les avenants militaires [6]). Mais que signifie une alliance de revers ?

  

  L’idée est de prendre l’Allemagne entre deux feux, de l’obliger à diviser ses forces afin de ne pas toutes les concentrer sur la France. L’idée est aussi de voler au secours des "petits pays" afin d’éviter leur débâcle face à l’armée allemande dont on connaît la puissance si, par malheur elle venait à se reconstituer. Or, à cet égard, que signifie la ligne Maginot ? Quel est son sens stratégique ? Elle présente, en réalité "le rare exemple d’inadéquation d’un outil militaire à une situation stratégique donnée" : les alliances de revers impliquent des interventions militaires en Pologne, en Bohème, etc… et la ligne Maginot offre au monde entier la démonstration du caractère défensif de notre politique militaire, elle discrédite toute idée d’une intervention au-delà de nos frontières. De surcroît, puisque nos armées sont dans la ligne ou derrière, à quoi bon effectuer des manœuvres alors que le binôme chars-avions de combat avec liaisons radio possède des potentialités de mouvement qu’il faudrait maîtriser.[7]

    Et puis Laval incarne la politique du nationalisme français : certes, l’Allemagne est l’ennemi potentiel, mais notre alliée véritable ne devrait-elle pas être notre "sœur latine" italienne ? Elle fut à nos côtés en 1916, elle est catholique, elle est fasciste, corporative et anticommuniste : bref, que du bonheur. La droite et l’extrême-droite françaises, contre toutes évidences, chercheront l’alliance italienne jusqu’au bout [8]. En revanche, l'alliance franco-russe a peu d'adeptes à droite, sauf chez les plus lucides comme De Kérillis ou De Gaulle (cf. le texte ci-dessous, lettre de De Gaulle à sa mère). .


2. le front ébréché de Stresa.

    En France, avec les années trente, arrivent en âge de faire leur service militaire les classes creuses nées pendant la guerre. Pour garder un effectif constant, on porte de 18 mois à 2 ans la durée du service. Aubaine pour Hitler qui s’empare du prétexte et déclare ouvertement le réarmement de l’Allemagne (16 mars 35) et le retour à la conscription. Violation flagrante du traité de Versailles. La SDN condamne platoniquement. Italie, France et Angleterre se réunissent à Stresa

    La conférence franco-anglo-italienne se tint, du 11 au 14 avril 1935, à Stresa, au bord du Lac majeur. Les réunions sont présidées par Mussolini. Il y a le Premier ministre britannique, le président du Conseil français et Pierre Laval, ministre des Affaires étrangères. Un accord y fut signé dont l'objectif était de pérenniser le Traité de Locarno et d'assurer que l'indépendance autrichienne « continuerait d'inspirer une politique commune des pays participants ». L'accord visait à empêcher toutes futures tentatives allemandes de modifier le Traité de Versailles et à isoler Hitler. La conférence est considérée comme un succès : la preuve les Allemands sont déconfits. 



     Mais le texte final de la conférence est frappé d'ambiguïté. Mussolini souhaitait en effet négocier sa participation à la défense du Traité de Versailles contre la validation par la France de ses ambitions coloniales en Éthiopie. La France n'exprima pas de position claire sur ce sujet et les Britanniques ne prirent aucun engagement. En fait, dans une entrevue à Rome, en janvier précédent, Laval avait donné son … aval à une intervention italienne en Éthiopie. La formule du document final manifeste l'absence de consensus, dans le détail, entre les trois pays : « Les trois puissances dont la politique a pour objet le maintien collectif de la paix dans le cadre de la Société des Nations constatent leur complet accord pour s’opposer par tous les moyens appropriés à toute répudiation unilatérale de traités susceptibles de mettre en danger la paix de l’Europe».

    Les Anglais poursuivirent des négociations unilatérales avec l'Allemagne. La signature d'un accord naval entre les deux pays le 18 juin 1935 affaiblit la cohésion du "Front de Stresa" face au Troisième Reich. Les Anglais cautionnent le réarmement allemand[9]. L'invasion de l'Éthiopie par Mussolini et la dénonciation de cette agression par les Anglais le dissout.

 B. Le revirement de la politique italienne

    J’ai dit ailleurs la valse-hésitation des Italiens entre leur diplomatie « danubio-balkanique » et leur diplomatie  « méditerranéenne-coloniale ». Leur présence à Stresa montre que tout n’est pas encore clair. Laval avait rencontré Mussolini en janvier 35 où il lui accord à peu près tout, l’idée étant la recherche de l’alliance italienne contre les Allemands. A cette date, la crise économique frappe l’Italie depuis plusieurs années. Reprenant les thèses d’un écrivain fasciste[10] -membre du parti- Mussolini rage contre les nations ploutocratiques (Angleterre, France…) qui ont un empire leur fournissant matières premières, sources d’énergie, espaces de peuplement) et les nations prolétaires qui n’ont rien (Italie, Allemagne Japon…). Bref, pour les mêmes raisons indiquées pour le Japon (cf. supra), l’Italie veut élargir le peu d’empire colonial dont elle dispose. Elle jette son dévolu sur l' Éthiopie, État libre, membre de la SDN ! 

    Un incident de frontière entre l’Érythrée italienne et l'Éthiopie fournit le prétexte à l’intervention qui commence en octobre 1935. Mussolini argue du soutien de Laval que celui-ci nie. Mais la Grande-Bretagne porte l’affaire devant la SDN et exige une condamnation ; l’Éthiopie, ce sont les sources du Nil et l’Angleterre est présente au Soudan et en Égypte, l’Italie en Afrique orientale se trouve sur la route des Indes qui passe par la Mer Rouge). La SDN opte pour des sanctions commerciales : embargo. Mais le pétrole en est exclu (la SDN date de 1919 où le pétrole ne jouait encore aucun rôle) et le canal de Suez reste ouvert aux Italiens. L’embargo fait souffrir la Yougoslavie qui perd un client essentiel : Belgrade regarde vers Berlin… Hitler, malin comme un singe, n’a pas à respecter d’embargo : il ravitaille l’Italie en charbon. Vainqueur, Mussolini annule les textes de la conférence de Stresa. Un boulevard s’ouvre devant l’Allemagne nazie.

    Cette impuissance de la SDN -c’est-à-dire de la France et de l’Angleterre - permet à Hitler un coup d’audace stupéfiant.

 

Conclusion :

LE TOURNANT DE MARS 1936

 

    Le 7 mars 1936, en violation flagrante du traité de Versailles et devant le monde entier, Hitler ordonne la remilitarisation de la Rhénanie où il fait pénétrer 30.000 hommes qui franchissent le Rhin et font de sa rive gauche une terre militarisée. Comme à son habitude, Hitler avance un prétexte : le traité franco-soviétique de 1935 viole celui de Locarno, alors qu’il ne prévoyait AUCUNE CLAUSE MILITAIRE pratique, concrète. En conséquence, Hitler annule Locarno, et envahit la rive gauche du Rhin. Ce que le TIMES de Londres croit pouvoir ridiculiser en écrivant : « les Allemands envahissent un territoire… allemand » ! Humour britannique. C’est Versailles - le traité - qui est anéanti mais Londres s’amuse.

    L’Angleterre ne suivra pas la France, l’État-major français est défaitiste, peut-on lancer un ordre de mobilisation à la veille des élections ? La droite serait sûre de les perdre ! Bref, on décide de ne rien faire, la France se contente d’évoquer l’affaire devant la SDN qui proclame que « l’Allemagne a manqué à ses obligations internationales ».

    C’est un tournant. France et Grande-Bretagne ont perdu tout crédit. La Petite entente se disloque (fin 1936), la Belgique reprend sa liberté d’action à l’égard de la France. Hitler fait construire la Ligne SIEGFRIED qui empêche toute manœuvre offensive de la France en direction de la Tchécoslovaquie. Hitler fait approuver la remilitarisation de la Rhénanie par plébiscite (99% de Ya). La Pologne se sent confortée dans son désir de rapprochement avec l’Allemagne ainsi que la Yougoslavie et la Roumanie. Seule, Prague reste fidèle à Paris. Mussolini et Staline constate la faiblesse des Occidentaux. Bref, le «  drame rhénan » a modifié l’équilibre politique européen au bénéfice de l’Allemagne. Ce n’est pas tout.

    En juillet 1936, des navires et avions allemands et italiens ont transporté des rebelles fascistes espagnols -à l’appel de Franco- depuis le Maroc espagnol vers l’Espagne catholique et royale, traditionaliste et anticommuniste. En octobre 36, Hitler et Mussolini se retrouvent à Berlin pour constater leur accord antibolchevique. Dans un discours de novembre, le Duce parle de « l’axe Rome-Berlin ». Le terme restera.

    Le 25 novembre, un militaire japonais signe à Berlin « le pacte anti-Komintern ». Que Mussolini s’empresse de signer à son tour. Anti-Komintern, cela veut dire contre l’Internationale (intern) communiste (Kom).

La guerre n’est plus qu’une question de mois.


[1] Cette formulation inclut l’Allemagne nazie.

[2] Provoquées par le retrait des capitaux américains placés à court terme.

[3] En 1932, l’Allemagne est dirigée par des hommes politiques de droite-extrême et d’extrême-droite. Ils envisagent de faire entrer les Nazis au gouvernement, même le Zentrum catholique y est favorable ! Leurs responsabilités sont grandes dans l’arrivée d’Hitler à la chancellerie.

[4] Vous pouvez lire Tintin et le lotus bleu qui évoque le coup des Japonais à la SDN, et voir Le dernier empereur. 

[5] Dictateur autrichien, fasciste mais antinazi, hostile à l’ Anschluss.

[6] Pétain, Action française, catholique traditionaliste, anticommuniste systémique, y était farouchement hostile. Et pas seul !

[7] Sur ces questions, je conseille vivement la lecture de l’article de Jean-Baptiste Duroselle, "1940 : la France sans stratégie", revue l’Histoire, n°20/février 1980. Accessible au CDI du lycée ou à la B.U..

[8] Jacques Bardoux, député du Puy-de-Dôme, incarnation de cette droite française issue du fond des âges, écrira un livre « l’Ordre nouveau contre la communisme et le racisme »… On aurait pu s’attendre à « contre le communisme et le nazisme » mais, en fait, il faut ménager l’Italie fasciste et l’auteur met l’accent uniquement sur le racisme qui distingue le régime allemand de l’italien. L’Italie n’est pas concernée par le « contre » contenu dans le titre de Bardoux (que l’on retrouvera collaborateur de Pétain à Vichy). Cf. mon livre (chapitres 16 et 17).

[9] Les Anglais sont surtout préoccupés par l’armement naval. Cet accord naval qui permet à Hitler de créer sa Kriegsmarine signifie « faites ce que voulez quant à votre armée de terre… ».

[10] Lire l’article Wiki Enrico Corradini. Les fascistes, nazis et autres extrêmes-droites (cf. "notre" FN) adorent utiliser un vocabulaire marxisant, pseudo-marxiste. Ils pensent que cela donne une allure révolutionnaire à leurs discours. Cela marche parfois chez le lumpen-prolétariat.

LES R.I. de 1919 à 1930 : A. LA "SECURITE COLLECTIVE"

publié le 19 oct. 2012 à 02:28 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 2 janv. 2017 à 08:55 ]

SOMMAIRE

 

I. LES DERNIÈRES SECOUSSES DE LA GUERRE

A. le problème des "réparations"

                  1. L’occupation de la Ruhr

                   2. le plan Dawes

B. les autres problèmes internationaux

1. En Europe

2. En Asie

 

II. LA "GRANDE S.D.N."

A. l'ère Briand - Stresemann

1. Les accords de Locarno

2. La "mode" pacifiste

b. les limites de la détente

1. Le "révisionnisme" allemand et italien

2. La stratégie française

 

LES R.I. de 1919 à 1930 :

A. LA "SÉCURITÉ COLLECTIVE"

 

 

 

    Cette "leçon" suit l’étude des conclusions de la conférence de Versailles Versailles 1919/1920 : la paix manquée (1ère partie) et  Versailles 1919/1920 : la paix manquée (2ème partie)

    La paix signée à Versailles - et diversement ratifiée, on sait que les Etats-Unis refuseront de le faire - n’entre pas immédiatement dans les faits. Une tension internationale subsiste jusqu’en 1924. Puis une période de « détente » se déroule, favorisée par la prospérité économique mondiale. Dans ces conditions euphorisantes, la Société des Nations (SDN) est le cadre de la recherche d’une vie internationale fondée sur la « sécurité collective », c'est-à-dire sur la recherche en commun du maintien de la paix et la prévention de la guerre, et la rentrée diplomatique de Septembre à Genève -siège de la SDN- est le grand rendez-vous médiatique annuel. Mais les problèmes de fond demeurent non réglés.

 

I. LES DERNIÈRES SECOUSSES DE LA GUERRE

 

La mauvaise volonté allemande à payer les « réparations » et la colère de certains pays devant ce que leur imposent les traités de la conférence de Versailles provoquent des réactions militaires.

     A. le problème des "réparations"

    Le problème des réparations que l’Allemagne -désignée comme seule coupable - doit payer pour les dégâts de la guerre est un problème difficile car les intérêts s’affrontent et se contredisent. La Commission des réparations mise en place par le congrès de Versailles fixe le montant à payer à 132 milliards de marks-or. Somme tout à fait considérable. L’Allemagne renâcle. Deux politiques sont possibles :

    - la conciliation. C’est le point de vue des Anglais, des Américains, de l’économiste J.M. Keynes, des banquiers et des hommes d’affaires, d’Aristide Briand et du parti radical en France. L’idée générale de tous ces acteurs est que l’Allemagne doit redémarrer le plus vite possible pour entraîner l’ensemble des « wagons » européens.

    - l’intransigeance. C’est le point de vue des Français et des Belges qui ont vécu la guerre sur leurs terres, qui ont leurs villages détruits, leurs mines inondées, etc… la droite française, alors dominée par l’idéologie nationaliste -comme avant 14 - est aux avant-postes. Tardieu, Poincaré sont les leaders[1].

 1. L’occupation de la Ruhr

    Tantôt l’emportent des essais de compromis (Londres 1921, Cannes 1922), tantôt des actes de guerre comme l’occupation de la Ruhr[2] par les armées françaises et belges (janvier 1923).

    Cette occupation provoque des grèves de mineurs et sidérurgistes allemands qui sont cependant payés par le gouvernement de leur pays : c’est une distribution d’argent sans travail équivalent, autrement dit, une mesure inflationniste. La production s’effondre[3]. Cela ajoute aux conséquences directes de la guerre qui a, elle aussi, été payée à crédit ou au papier-monnaie. Bref, l’année 1923 est, en Allemagne, une année inoubliable : tout le monde a vu des timbres-poste qui valaient des milliards de marks ![4] Cette hyperinflation (qui a failli renaître en 1948) a traumatisé les Allemands et Mme Merkel qui ne veulent pas entendre parler de la moindre création monétaire par la BCE.

    Cet acte de guerre suscite un bel exemple de solidarité internationaliste entre Jeunes communistes allemands et jeunes communistes français. Les députés communistes au Palais Bourbon obtiennent même un débat sur « la responsabilité de la France dans le déclenchement de la guerre de 1914 », ce que Tardieu, l’homme des puissances d’argent, appelle « l’abominable, l’insupportable débat ». Cette occupation de la Ruhr s’explique par des intérêts immédiats bassement matériels : les sidérurgistes français voulaient du coke pour leur hauts-fourneaux ! Et, en Allemagne, les grévistes - souvent des révolutionnaires - sont mal vus. On a cette lettre épouvantable du maire de Düsseldorf qui demande à un général français de laisser entrer l’armée allemande sur le carreau des mines pour briser cette grève : « je voudrais vous rappeler qu’au moment de la Commune de 1871, le commandement allemand est venu en aide aux troupes françaises pour réprimer avec lui le soulèvement. Je vous prie de nous soutenir si vous ne voulez pas qu’il en résulte à l’avenir des situations dangereuses»[5].

 

2. Le plan Dawes,

    Les Anglo-saxons condamnent cette politique française. Les Américains - au premier rang desquels la banque Morgan qui a été l’instigatrice de l’intervention militaire en 1917 - spéculent contre le Franc qui s’écroule. On se met d’accord pour réunir un comité d’experts dirigés par un avocat-banquier américain du nom de Dawes. Le plan qui porte son nom assouplit le rythme et le montant des remboursements allemands. Aidée par des capitaux américains, l’Allemagne honore désormais ses obligations. La France recule devant la spéculation et évacue la Ruhr. Jouant sur tous les tableaux, la banque Morgan prête à Poincaré pour que celui-ci redresse la valeur du Franc. Nous sommes en 1924[6].

    D’une durée de 5 ans, le plan Dawes est renégocié en 1929 avec un certain Young, banquier chez... Morgan. Le plan Young devait durer jusqu’en 1988 avec de nouveaux allègements. La crise de 1929 qui arrive en Allemagne en 1931, le rend caduc. Face à cela, la France avait réclamé des contreparties : l’allègement de ses dettes à l’égard des Etats-Unis. Ce qui ne fut pas !

 

    B. Les autres problèmes internationaux

 

    1. En Europe

    - D’abord en Adriatique où les Italiens ne renoncent pas à prendre les anciennes possessions de la République de Venise données à la nouvelle Yougoslavie (en application du principe du doit d’accès à la mer des Etats). Fiume -nom italien de la ville de Rijeka, aujourd’hui en Croatie- est un port de l’Adriatique à la population quelque peu cosmopolite, ce qui n’a rien d’étonnant dans un port maritime[7]. Ce port eu des libertés communales presque souveraines. En 1914, il appartient à la Hongrie, dans le cadre de la double monarchie Austro-hongroise[8]. A la fin de la guerre, les négociateurs de Versailles tentent d’en faire un ville-libre sous contrôle SDN. C’est alors que les néo-fascistes italiens (corps-francs, déserteurs, aventuriers) sous la conduite du poète-idéologue nationaliste D’Annunzio s’emparent de la ville. Un accord diplomatique entre l’Etat italien et le futur Etat yougoslave (Rapallo, nov. 1920) crée un Etat indépendant (1920-1924) sous contrôle de la SDN. Cet Etat aura des élections libres dont feront fi les fascistes italiens qui s’emparent du pouvoir. Finalement, les Yougoslaves reconnaissent l’annexion de Fiume par l’Etat mussolinien (1924) en ayant obtenu quelques bouts de rivage sur la mer Adriatique.

    - Proche-Orient : les Turcs refusent catégoriquement le traité de Sèvres : c’est la guerre qui aboutira à une re-négociation et à un second traité (Lausanne, 1923) avec déplacements de populations. (lien : Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale).

    - rapports conflictuels avec la Russie bolchevique. La paix de Riga (Lettonie) est signée entre la Pologne et la Russie bolchevique le 18 mars 1921. Elle met fin aux guerres entre bolcheviks et Polonais. Il y a un cours sur les frontières de la Pologne et de l’Europe orientale durant l’entre-deux-guerres3EME PARTIE : LES FRONTIERES DES PECO : LA FRONTIERE GERMANO-POLONAISE DE 1920. Versailles s’en était préoccupé et avait mis en place une commission d’experts président par Lord Curzon. Mais la victoire des Bolcheviks chez eux - ils ont subi une intervention étrangère multiple (France, Royaume-Uni, États-Unis, Japon même en Extrême-Orient…) ne satisfait pas la France nationaliste de cette période, gendarme de l’Europe, et une coalition franco-polonaise lutte militairement pour repousser le plus à l’Est possible la frontière de l’Etat bolchevique. Les Bolcheviques sont battus et ont d’autres chats à fouetter (c’est 1921, la grande famine…). Le traité est signé en défaveur des Russes : il ne respecte pas la Ligne Curzon qui a été définie antérieurement [9]. N.B. on ne parle pas de l’URSS : celle-ci nait en 1922 seulement.

- en 1922, c’est l’Allemagne qui prend l’initiative de la reconnaissance diplomatique du nouvel État dénommé Union des républiques socialiste soviétiques (URSS). Les deux pays se rencontrent à Rapallo, la même année. J’en parlerai un peu plus bas. Les ex-alliés (France, R.-U.) sont obligés de suivre, ne voulant pas laisser aux Allemands le bénéfice d’une reconnaissance dont plus rien ne justifiait le refus (sauf l’hystérie de l’Action française). Le R.-U. , la France - c’est Ed. Herriot qui gouverne (Bloc des gauches) - échangent des ambassadeurs avec Moscou qui, cependant, reste hors de la SDN.

    2. En Asie

    Le Japon -allié de la France et de l’Angleterre - a profité de la guerre pour étendre son emprise économique sur l’Asie orientale et son emprise politique sur les possessions allemandes d’Asie pour lesquelles il reçoit mandat de la SDN (îles du Pacifique Nord).

http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:League_of_Nations_mandate_Pacific.png

    De surcroît, les Alliés prennent totalement parti en faveur du Japon et les "possessions" chinoises de l’Allemagne sont données..au Japon alors que la Chine était du côté des Alliées pendant la guerre de 14-18. Cela suscité une vive réaction de colère en Chine et c'est la révolution de 1919 : Chine : La révolution du 4 mai 1919

    Durant la guerre, en 1915, le Japon avait imposé à la Chine les « 21 demandes ». Les Vingt et une demandes sont un ensemble de requêtes que le gouvernement de l'Empire du Japon adressa à celui de la République de Chine et que la Chine accepta dans des traités signés le 25 mai 1915. Cette liste de demandes visait à étendre le contrôle politique et économique du Japon sur la Chine, dans le but de faire du pays « un protectorat japonais ». (Wikipaedia).

    Les États-Unis s‘émeuvent. Ils voient d’abord le danger de supprimer le principe de « la porte ouverte » -tout le monde peut commercer partout en Chine- au profit de celui des « zones d’influence » -chaque pays impérialiste a sa propre zone dans une Chine découpée. Deuxième émotion américaine : le développement de la flotte japonaise. C’est pourquoi les États-Unis réunissent la conférence de Washington (1922) qui est un coup d’arrêt à l’expansion japonaise en Asie. La flotte de l’empire du soleil levant ne pourra être égale qu’aux trois-cinquièmes de celle des E.U. -ou du R.-U.), la flotte de la France et celle de l’Italie égalent au quart.

    Cette conférence suscite des rancœurs extrêmes au Japon, les nationalistes ne sont pas près de l’oublier, mais en cette période de prospérité - ce sont les roaring twenties - le pays accepte une politique pacifique de pénétration économique silencieuse.

 

II. LA "GRANDE S.D.N."

 

    A partir de 1924, la paix semble s’installer sur le terrain et dans les esprits ainsi qu’en témoigne la tribune de la SDN à Genève. Pourtant cette détente -due en réalité à la prospérité économique- a des limites qui tiennent au « révisionnisme »[10] allemand et italien.

 

A. l'ère Briand-Stresemann

     Le « couple » Briand-Stresemann inaugure la série des couples franco-allemands célèbres (De Gaulle-Adenauer ; Giscard-Schmidt ; Kohl - Mitterrand ; Chirac - Schroeder etc…).



    Après les élections de 1924 (Bloc des gauches), Briand s’installe au Quai d’Orsay qu’il occupera presque constamment, jusqu’à la veille de sa mort en 1932. Fondée sur la réconciliation et la conciliation, sa politique semble avoir du répondant chez Stresemann, son homologue allemand. Ajoutons un thème qui m’est cher : la seconde moitié des années 20’ a des années de croissance économique exceptionnelle, souvent à deux chiffres. Entre 1924 et 1928, le parti nazi recule en Allemagne : les gens ont du boulot et du pain, nul besoin de chercher des boucs émissaires…[11]

    Cela dit, il y a des explications plus terre à terre. Briand disait "je fais la politique de notre natalité" -qui est alors très basse et n’est pas celle d’un pays en expansion - ou encore  "faute d’avoir les moyens de sa politique, il faut avoir la politique de ses moyens". La politique de Stresemann est bien plus ambiguë, pleine d’arrière-pensées, fondamentalement, nous le verrons plus bas, c’est celle de l’impérialisme allemand et Hitler la mettra en application avec les méthodes que l’on sait.

 1. Les accords de Locarno sont la clé-de-voûte de l’édifice diplomatique de la détente.

    A Locarno (Suisse), se tient une conférence (octobre 1925) avec l’Allemagne, la France, l’Angleterre, la Belgique, l’Italie, la Pologne, la Tchécoslovaquie.

    L’Allemagne reconnaît -et cette fois ce n’est pas un diktat pour elle- sa frontière occidentale avec la France et la Belgique, laquelle frontière est garantie par l’Angleterre et l’Italie. En revanche, elle refuse de confirmer quoi que ce soit concernant ses frontières orientales avec Pologne et Tchécoslovaquie. Des conventions d’arbitrage entre l’Allemagne et les autres nations sont conclues (SDN) et l’Allemagne entre à la SDN. Le discours que prononcera Briand à Genève lors de cette entrée est demeuré célèbre. Ces accords sont bien acceptés en Occident où l’on voit une rupture avec l’esprit de Rapallo où l’Allemagne et l’URSS avaient semblé vouloir faire bande à part.

    En marge de la conférence, la France passe des accords avec la Pologne et la Tchécoslovaquie (16 octobre 1925)[12]. Ce sont des traités d’alliance : chacun promet un soutien armé aux autres en cas d’attaque de l’Allemagne.

    Anticipons : ces accords de Locarno prendront fin avec la remilitarisation de la Rhénanie par Hitler (1936) lequel prend prétexte du traité franco-soviétique signé en 1935. Ces accords ne seront pas respectés par la France à Munich en septembre 1938. Ils sont en revanche évoqués pour riposter à l’agression nazie contre la Pologne en septembre 1939.

    En conclusion provisoire, disons que les accords de Locarno ont symbolisé la croyance en l’avenir de la paix par la pratique de la « sécurité collective » sous la haute protection de la SDN.

2. La sécurité collective et la mode pacifiste.

    En 1924, Briand avait défendu « le protocole de Genève » rendant obligatoire un arbitrage en cas de différends diplomatiques, assortir de sanctions militaires éventuelles. Une armée internationale avait même été envisagée. Les décisions auraient été prises à la majorité des deux tiers et non à la majorité simple. A cette date, les E.U. et l’URSS ne sont pas membres de la SDN et l’Angleterre pense au "grand large" plutôt qu’à l’Europe étroite. Elle refuse de s’engager. L’initiative de Briand est un échec.

    Pour satisfaire les opinions publiques, alors pacifistes, les chancelleries vont faire un cadeau à Briand. Le 27 août 1927, à Paris, est signé le pacte Briand-Kellogg (du nom du secrétaire d’Etat américain) qui met, ni plus, ni moins, « la guerre hors la loi ». Soixante pays sont signataires (la décolonisation n’a pas eu lieu) dont l’Allemagne et le Japon. Aucune sanction n’était prévue. Le pacte ne définit ni la guerre d’agression, ni la légitime défense. C’est l’apogée de la vague pacifiste. Tout le monde, il est bon, tout le monde il est gentil. Pour Kellogg, c’est « un grand geste pacifiste offert à l’opinion publique américaine ».

    En septembre 1929, Briand lance l’idée - c’est important dans le cadre de l’histoire de l’Europe - d’une « fédération européenne », reprenant l’idée de l’association Paneurope fondée par le comte de Coudenhove-Kalergi. Cette association élitiste comptera parmi elle plus tard, les Bonnet, Pompidou, etc…Cette fédération serait seule capable de résister tant au Bolchevisme qu’à l’américanisme[13]. Les États européens révisionnistes (Allemagne, Italie, Hongrie, Bulgarie) rejettent ce projet, les Britanniques, en 1931, se tournent vers leur Empire transformé en Commonwealth à la conférence d’Ottawa. Les années Trente sont là, c’est une autre époque.

    Notons que la politique de Briand correspond à un rapprochement économique franco-allemand : un cartel est constitué entre les sidérurgistes des deux pays ; un comité franco-allemand d’information et de documentation est mis en place.

  

B. les limites de la détente ou le revers de la médaille.

 

    Le révisionnisme des pays mécontents des traités, la recherche par la France de l’alliance de revers constituent ces limites.


1.       le révisionnisme allemand et italien

 


     L’Allemagne n’a jamais renoncé à réviser le traité de Versailles. Stresemann en fait un objectif fondamental de sa politique comme en témoigne le texte ci-joint. Dans cette lettre au prince héritier de la famille Hohenzollern (les Allemands à l’exception des communistes et de beaucoup de socio-démocrates sont restés très nostalgiques de l’empire…), que dit-il ? 1. recouvrer ses forces 2. « protéger » les Allemands qui vivent hors d’Allemagne "sous le joug étranger" 3. réviser la frontière polonaise notamment au niveau de Dantzig 4. Anschluss de l’Autriche[14]. Ce sera le programme d’Hitler, aussi. Il ajoute qu’il reste ouvert à une collaboration d’Etat à État avec l’URSS tout en condamnant vivement le bolchevisme. Donc l’Allemagne veut retrouver ses forces pour les mettre au service d’une politique qui ne peut que ruiner la « détente ». L’Allemagne, en 1922 à Rapallo, a signé des accords avec l’URSS dont certains étaient secrets (lire l’article de Wikipaedia Traité de Rapallo 1922). A cette date, les deux pays étaient les parias de l’Europe. Ils ont une économie complémentaire l’URSS est un grenier à blé et possèdent toutes les matières premières, l’Allemagne à une industrie raffinée (chimie, constructions mécaniques, optique…)[15].NB. Les accords secrets cessent en 1933 avec l'arrivée d'Hitler.

    L’Italie de Mussolini durant cette période n’a pas une ligne diplomatique définitive. Pays révisionniste, elle peut espérer prendre la tête d’une alliance avec d’autres revanchards comme la Hongrie du fasciste Horthy ou la Bulgarie[16]. C’est la ligne « danubienne » ; De même qu’elle annexa Fiume en 1924, elle s’immisce en Albanie -traité de Tirana- en 1926 qui l’autorise à intervenir dans ce pays. C’est donc une ligne danubio-balkanique. Mais simultanément, Mussolini lorgne sur la Méditerranée où l’Italie est présente dans ses colonies littorales de Tripolitaine et de Cyrénaïque mais aussi en Tunisie française où habitent de nombreux ressortissants italiens. Des Italiens lorgnent aussi sur la Corse et Nice. La France est donc plutôt l’ennemi potentiel alors que c’est l’Angleterre présente partout en Méditerranée qu’il faut ménager et séduire. C’est la ligne « méditerranée-empire ».
















2.       La stratégie française

    La France - depuis François Ier qui s’allia au musulman turc Soliman le Magnifique pour prendre à revers Charles Quint qui préparait une croisade ! - a une politique récurrente d’alliance avec l’Est de l’Europe. Sauf sous cet incapable de Louis XV qui « travailla pour le roi de Prusse » ! La République eut de la peine avec l’obscurantisme clérical du tsarisme mais l’alliance fut tout de même conclue. En 1918, le bolchevique a un couteau entre les dents et mange -paraît-il- les petits enfants. Alliance impossible. Que reste-t-il ? La Pologne, amie traditionnelle que Versailles a ressuscitée et les pays de la Petite entente : Tchécoslovaquie, Yougoslavie, Roumanie. http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Little_Entente.png . Leur ennemi sont les révisionnistes - et fascistes - hongrois qui n’ont de cesse de prier pour que Dieu annule le traité de Trianon.

    Ces trois pays ont tout intérêt à ce que les traités de la conférence de Versailles soient respectés : soit ils ont été créés (Tché. ; Youg.) soit nettement agrandi (Roumanie qui obtint la Bessarabie). Ils se tournent donc vers la France qui les adoube. "La France accorde progressivement sa garantie aux trois puissances alliées. Le 16 octobre 1925, à Locarno, une alliance militaire est signée avec Prague, suivie le 10 juin 1926 d'un texte similaire avec la Roumanie. En novembre 1926, c'est au tour du Royaume de Yougoslavie de prendre le même chemin" (Wiki, article Petite entente).

    Cette politique a - ou tente d’avoir - un arrière-plan économique : prêts financiers, investissements industriels (Schneider possède 75% de la firme tchèque SKODA), participation financière dans le capital des banques de Vienne et de Prague (la Société générale possède 50% de la Banque de Crédit de Prague). Mais l’histoire pèse lourd et cette partie de l’Europe est encore très influencée par l’économie allemande.

    Et surtout, la France n’a toujours pas définie sa politique à l’égard de l’URSS - même si elle l’a reconnue diplomatiquement en 1924 - seul pays capable de donner du poids à une vraie alliance de revers.

 à suivre : LES R.I. de 1931 à 1937 : B. La Dégradation



[1] Charles de Gaulle, alors capitaine, fait partie de cette tendance. Pour lui, les Allemands ne paieront pas, c’est sûr ! Il faut donc garder la rive gauche du Rhin. Lettre du 25 juin 1919.

[2] On sait que grâce au traité de Versailles, France et Belgique occupent toute la rive gauche du Rhin et une bande de 50 km le long de la rive droite. La Ruhr, célèbre pays du charbon et de l’acier, n’en faisait donc pas partie.

[3] L’occupation débute en janvier 1923, en mars la production de charbon cesse. Tous les hauts-fourneaux s’arrêtent, sauf trois. Il faut deux mois pour rallumer un haut-fourneau. Cette pénurie de charbon et acier a provoqué une flambée des prix.

[4] Lire l’article et observer les illustrations de Wikipaedia : Hyperinflation de la République de Weimar.

[5] Cité par Gilbert BADIA, histoire de l’Allemagne contemporaine, vol. I, 1917-1933. Éditions sociales.

[6] Ne pas confondre avec la crise du franc de 1926.

[7] Lire Wikipaedia : État libre de Fiume.

[8] C’est la raison pour laquelle la Hongrie avait une marine commerciale et de guerre, avec des amiraux comme l’amiral Horthy, futur dictateur fascisant de la Hongrie après 1919. Les élèves et étudiants ne comprennent pas pourquoi cet Etat continental de Hongrie pouvait avoir des amiraux : la raison est historique.

[9] A cet égard, je vous invite à vous méfier de l’article de Wikipaedia Guerre soviéto-polonaise qui a été écrit par un Polonais anti-communiste et anti-soviétique de mauvaise foi (on a le droit d’être anti-soviétique mais pas de mentir sur la ligne Curzon).

[10] Dans ces leçons sur l’entre-deux-guerres, le mot désigne ceux qui veulent réviser les traités de Versailles.

[11] Il en sera de même durant les Golden sixties, la "Détente" diplomatique des années soixante est grandement facilitée par la croissance et les besoins de trouver des partenaires commerciaux. 

[12] L’article premier du traité entre la France et la Tchécoslovaquie prévoit que, dans le cas où l’une des deux puissances viendrait à souffrir d’un manquement aux engagements intervenus ce jour entre elle et l’Allemagne en vue du maintien de la paix générale, les deux puissances s’engagent, conformément à l’article 16 du Pacte de la SDN, à se prêter mutuellement aide et assistance.

[13] Thème qui a été toujours mis en avant durant la Guerre froide. Si l’anti-soviétisme de l’Europe de Bruxelles est bien réel, l’anti-américanisme a toujours été un leurre. Sauf - peut-être -  chez De Gaulle.

[14] En mars 1931, avant donc l’irruption de la crise bancaire de juin 1931, l’Allemagne tenta une union douanière avec l’Autriche. L’opposition de la France fit capoter.

[15] Après la disparition de l’URSS et la renaissance de la Russie, il y eut comme un rapprochement entre les deux pays. Europe de l’ouest et Etats-Unis ont eu peur d’un duopole qui -surtout avec les fusées russes - pouvait devenir un géant mondial. C’est le syndrome de Rapallo.

[16] La Bulgarie est furieuse de n’avoir aucune ouverture sur la Mer Égée ce qui la rend dépendante de la Turquie (passage par les détroits) http://fr.vikidia.org/wiki/Fichier:Trait%C3%A9_de_Neuilly-sur-Seine.png 

Le Proche-Orient à l'issue de la première guerre mondiale

publié le 15 oct. 2012 à 07:12 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 sept. 2016 à 06:22 ]

SOMMAIRE

1. Les Transformations Politiques.

A. Le Traite de Sèvres...

1. L’empire ottoman, allié des empires centraux.

2. Le principe des "mandats": nouvelle forme d'impérialisme

B ...et sa remise en cause

Le réveil nationaliste des Turcs

2. Les Grands Problèmes

A. le sionisme en Palestine

1. La déclaration "Balfour"

2. Début de la colonisation juive en Palestine britannique

B. Le pétrole

1. L'Arabie saoudite et l'alliance américaine

2. Le problème irakien en 1931

 

LE PROCHE-ORIENT APRÈS LA PREMIÈRE GUERRE MONDIALE

 

    C’est un cours très important. Sa lecture est inséparable de l’article sur le film Lawrence d’Arabie (cartes et commentaires historiques) Lawrence d’Arabie de David Lean (1962) avec Peter O’Toole ainsi que du travail de Mme Parbot sur l’histoire de la Palestine contemporaine (en deux parties).Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945)

    Les changements géopolitiques sont nombreux avec la disparition de l’empire ottoman [1] et sa pulvérisation en maints États, la volonté britannique d’y installer un « foyer national juif » est la source des maux futurs et des risques perpétuels de guerre. Beaucoup ignorent que le problème israélo-palestinien est né avec la guerre de 1914-1918 persuadés que c’est la politique d’Hitler qui a fait naître Israël. Au sionisme, s’ajoutent les convoitises anglo-saxonnes liées au pétrole. Enfin, jusqu’à WWII, les Britanniques chapeautent tout cela, préservant le canal de Suez comme un trésor. Mais les forces contraires ou divergentes sont nombreuses.

    Après avoir observé la transformation des frontières et l’apparition de nouveaux États, on se penchera sur la présentation non-exhaustive des deux principaux problèmes qui vont agiter la diplomatie et les militaires de ces pays : le sionisme et le pétrole.

 

I. LES TRANSFORMATIONS POLITIQUES

 

    Il faut consulter une carte du Proche-Orient avant 1914.

http://www.atlas-historique.net/1815-1914/cartes/EmpireOttoman1914.html

    Plus on s’enfonce dans la péninsule arabique, plus les limites sont théoriques : il n’y a pas de postes frontières avec contrôles douaniers en plein désert. Aux confins, c’est-à-dire au bord du golfe arabo-persique et de la Mer d’Oman, la présence anglaise est bien réelle (protectorat sur le Koweït dès 1899, Koweït arraché à la Mésopotamie car les Britanniques y avaient reniflé du pétrole).

 

A. Le Traité de Sèvres...

NB. Cette carte est très bien faite (Bordas, T., 1963). Un bémol : elle mentionne "Arabie saoudite" : cet État est né en 1932 seulement. Ibn Seoud annexe l'État du Hedjaz (Médine-La Mecque) à cette date. Mais en 1931, c'est le royaume du Hedjaz qui est représenté à la SDN de Genève. (Sur le Hedjaz, lire le présentation du film "Lawrence d'Arabie").

1. L’empire ottoman, allié des empires centraux.

    Pour des tas de raisons, l’empire ottoman était une zone d’influence allemande et une zone d’investissement des capitaux allemands. Les Balkans vus d’Allemagne (1912) Une concrétisation bien connue de ces relations étroites est la construction du chemin de fer Berlin-Bagdad qui fut inauguré par Guillaume II. Autre concrétisation [2] plus dramatique, lors de la guerre 1914-1918, l’empire ottoman se range du côté allemand. Comme les Anglais sont en Égypte et qu’ils protègent bec et ongle leur canal de Suez, le Proche-Orient devient zone de conflits. Lien :

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/la-vie-de-l-esprit/critiques-de-films/lawrenced%E2%80%99arabiededavidlean1962avecpetero%E2%80%99toole

    L’empire ottoman est vaincu et son sort est réglé lors du grand congrès de Versailles et le traité qui en est issu est signé à Sèvres (aujourd'hui dans les Hauts-de-Seine)  le 10 août 1920. L’étude de la carte est essentielle.(source :Bordas T. 1963). Respectant le principe des nationalités http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:AsiaMinor1910.jpg cher au président Wilson, les négociateurs de Versailles avaient enlevé à la Turquie

               -       la Thrace, derrière la ville de Constantinople, peuplée de Macédoniens et autres

-          l’arrière-pays de Smyrne, peuplé de Grecs et donné à la Grèce

-          l’Arménie, autour de lac de Van

-          le Kurdistan, donné provisoirement aux Anglais, ce qui suscite une révolte chez les Kurdes nouvellement Irakiens qui exigent l’unité avec leurs frères.

 

2. Le principe des "mandats": nouvelle forme d'impérialisme

    La Société des Nations (SDN) créée par le traité de Versailles est une merveille de superstructure impérialiste. L’ Angleterre et la France qui en sont les initiatrices mettent en place cette O.I.G. (organisation intergouvernementale qui siège à Genève) qui, en retour, leur donne le "mandat", c’est-à-dire la mission de s’occuper des nouveaux États -créés par l’Angleterre et la France - jusqu’à leur indépendance.

    Ainsi la France reçoit le mandat de préparer à l’indépendance future le Liban et la Syrie[3]. Les Anglais déjà présents en Égypte, à Chypre, et au Koweït, se donnent un mandat sur l’Irak, la Transjordanie et la Palestine. On a vu la présence de l’Italie (pays vainqueur) dans le Dodécanèse (Rhodes).

 

B...et sa remise en cause


    La Turquie est réduite à sa plus simple expression ce qui provoque une réaction nationaliste dans le pays.http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:TreatyOfSevres_%28trad%29.PNG

    Le réveil nationaliste des Turcs

    Mustapha Kemal organise les forces nationalistes de Turquie et remet en question le traité de Sèvres, engageant la lutte contre les Grecs qui reçoivent le soutien des Anglais. Kemal destitue le sultan ottoman et, admirateur de la Révolution française, entreprend des réformes hardies. Il mobilise les nationalistes derrière-lui. Finalement, les Anglais acceptent l’armistice puis les négociations de paix à Lausanne en Suisse. Le nouveau traité est signé le 24 juillet 1923.

    Le traité tente ce que l’on appellerait plus tard une purification ethnique avec des transferts souvent forcés de population. http://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:DeportaLausanne.jpg

    La Grèce est chassée d’Asie mais les îles qui bordent l’Asie mineure lui sont préservées [4]. La Turquie récupère la Thrace derrière Istanbul/Constantinople. L’ Arménie n’existera plus que au-delà de la frontière, en Russie devenue URSS : ce sera la république socialiste soviétique d’Arménie. Les Arméniens pansent les plaies subies lors du génocide de 1915, en pleine guerre, leur sympathie allant vers les Russes alors ennemis de l’Allemagne et donc de la Turquie.

    Le problème kurde est enterré. Enfin, le croit-on.

    Cette explosion des frontières crée de gros problèmes. Concernant le Sandjak d’ Alexandrette, je vous renvoie à l’article de Wikipaedia. Ainsi, le Tigre et l’ Euphrate deviennent des fleuves internationaux. Le château d’eau se trouve au niveau du lac de Van, peuplé en partie de Kurdes, raison pour laquelle les Turcs ne veulent pas l’indépendance de ce peuple. Aujourd’hui, par exemple, les Syriens se plaignent de prélèvements trop importants effectués par les Turcs à l’amont du fleuve Tigre.

 

II. LES GRANDS PROBLÈMES.

 

    Ils ont noms sionisme et pétrole.


A. Le Sionisme en Palestine

 

    Après des pogroms (surtout dans l’empire russe) et après l’affaire Dreyfus (en France, mais au retentissement mondial), des juifs, s’alignant derrière Th. Herzl, souhaitent la création d’un État juif. Cherchant « une terre sans peuple, pour un peuple sans terre », le Congrès juif mondial (Bâle, 1897) jette finalement son dévolu sur la Palestine, référence biblique du judaïsme, quittée il y a deux millénaires, où 4% des habitants sont juifs. Le Sionisme politique est né ; son objectif est d’implanter les juifs en Palestine turque qui n’est pas une « terre sans peuple » loin de là, il y vit des centaines de milliers d’arabes, musulmans, mais les chrétiens n’y sont pas en nombre négligeable.

    Voici quelques extraits des écrits de Herzl et du programme de l’Organisation sioniste mondiale.

    On appréciera la délicatesse de Herzl qui parle comme l'empereur allemand Guillaume II (la civilisation contre la barbarie...).. L"alinéa 2 du programme de Bâle marque la volonté d'un retour au communautarisme.

    Dès avant 1914, l’émigration d’européens juifs en Palestine commence. Les choses s’accélèrent avec la guerre de 1914-1918 et la célébrissime « déclaration Balfour ».

 

1. La déclaration "BALFOUR"

 




Ce texte porte le nom de Lord Balfour, ministre du gouvernement de sa très gracieuse majesté britannique en 1917, en pleine guerre. En voici le texte intégral :
http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/8e/Balfour_declaration_unmarked.jpg










    Ce texte du gouvernement britannique est une aubaine fabuleuse pour les Sionistes. Ils ont le soutien du plus puissant État du monde.Voici plusieurs textes qui peuvent expliquer ce soudain appui britannique.


2. Début de la colonisation juive en Palestine britannique

    A ce niveau la lecture du texte L’histoire de la Palestine contemporaine est indispensable Histoire de la Palestine contemporaine (1ère partie ; avant 1914- 1945). Un acteur entre en jeu dès 1918 c’est l’Alliance juive. De quoi s’agit-il ? C’est une agence de voyage assez particulière. Elle fait l’intermédiaire entre le juif européen qui veut quitter son pays et les juifs déjà installés en Palestine. Elle aide au financement du voyage. Le juif qui emménage s’engage à ne travailler que chez un juif, ou à n’embaucher que des salariés juifs. Se met alors en place une économie juive autonome, communautaire, qui exclut les Palestiniens.

    C’est donc une colonisation à base ségrégative soutenue par les Anglais. Les Palestiniens voient arriver ces Européens comme des « intrus » qui, concrètement, mettent en place une colonie de peuplement. La révolte de 1936-1939 s’explique par la prise de conscience des Arabes de cet état de fait. Devant cette situation, les Anglais décident de freiner l’immigration juive, de limiter la vente des terres aux juifs : ils deviennent de facto des ennemis des Sionistes qui créent des milices plus ou moins clandestines et qui iront jusqu’à utiliser l’attentat comme mode d’action.


B. Le pétrole

1. L' Arabie saoudite et l'alliance américaine

                 l’émergence de la famille Ibn Saoud

    Sur la carte de l’empire ottoman en 1914, on constate que l’oasis de Riyad et son alentour ne sont pas sous la domination pleine et entière des Turcs. C’est, en effet, le foyer de résistance antiturque des Arabes de la famille Ibn Saoud. Lors de la guerre mondiale, les Turcs eurent à faire à une autre famille princière arabe, celle qui fit confiance au colonel Lawrence et s’allia aux Anglais : il s’agit de la famille hachémites de Hussein ben Ali, chérif de La Mecque. Lien : Lawrence d’Arabie de David Lean (1962) avec Peter O’Toole La victoire des Anglais et de Hussein donna naissance au royaume indépendant mais éphémère du Hedjaz. Le Hedjaz fut partie au traité de Versailles et membre-fondateur de la SDN. Une lutte s’établit entre les deux familles princières et c’est Ibn Saoud qui sortit vainqueur (1925). Le royaume d’Arabie est créé en 1932, il prend le nom de la dynastie : Arabie saoudite.

-            - Dès avant 1914, les intérêts anglais étaient présents avec les compagnies B.P. et SHELL [5].. Les Arabes ne veulent pas tomber d'une domination à l'autre (de la turque à l'anglaise) et jouent sur l'opposition entre Anglais et Américains. En 1928, devant l'ampleur des découvertes pétrolières sur son territoire du Hasa (cf. carte), Abdel Aziz Ibn Saoud écarte Londres et SHELL et sollicitent la SOCAL (Standard Oil of California) et TEXACO qui forment un consortium pour l’exploitation et la commercialisation du pétrole : ARAMCO. L'Arabie devient l'axe de pénétration de l'influence américaine au Moyen-Orient.

    L'alliance sera scellée en 1945, avant même la conférence de Yalta, au large d'Alexandrie sur un porte-avions, entre Roosevelt et Ibn Saoud par un "pacte stratégique". Ce pacte tient toujours, USA et Arabie saoudite sont cul & chemise.  

2. Le problème irakien en 1931

    C'est la ROYAL DUTCH SHELL qui effectue des prospections dès avant 1914. Les prospections font attribuer aux Anglais le secteur de Mossoul (pétrolifère) alors que les premiers accords franco-britanniques le donnaient initialement à la France (lire la carte des projets de 1915-1916 Lawrence d’Arabie de David Lean (1962) avec Peter O’Toole).

    En 1917, les Anglais entrent dans Bagdad –sur la route des Indes –

    En 1920, le R.-U. reçoit mandat de la S.D.N. sur la Mésopotamie. Se pose le problème des frontières mais aussi d'une révolte de la population en 1920-21. Dès 1899, arbitrairement, les Anglais avaient mis un protectorat sur le Koweït qui appartient à la Mésopotamie[6]. Les Anglais mettent en place une monarchie avec le roi Fayçal Ier, fils de Hussein ben Ali, chérif de la Mecque, le 13 août 1921. Le haut commissaire britannique garde la souveraineté irakienne (régime du mandat). Et "les négociations frontalières sont tributaires des négociations pétrolières qui apparaissent alors comme déterminantes" (Encyclopaedia Universalis dixit)…

    En 1929 est passé un accord entre l’Irak PETROLEUM COMPANY (dont les actionnaires sont le R.-U., les E.-U. et la France) et le royaume irakien. L’ IPC obtient concession du territoire irakien presque en totalité jusqu'en l'an 2000. En échange, l'IPC verse des "royalties" à l’État irakien. Un double pipe-line est construit vers la Méditerranée.

    En 1930, c'est la fin du mandat. La Haut-commissaire anglais devient un ambassadeur et en 1932, l'Irak entrera dans la S.D.N.. Mais le sous-sol irakien est cédé à l' I.P.C. par le premier ministre ami des Anglais !! L'objectif des patriotes irakiens est de reconquérir la souveraineté vis-à-vis des Anglais…C'est la cause de la guerre de 1941 contre les Anglais…

ANNEXE





[1] Du nom du sultan turc Osman Ier, créateur de l’Empire ottoman (dit d’Osman). Osman s’impose en 1299 face aux Turcs seldjoukides. C’est un changement de dynastie comme chez les Francs lorsqu’on on est passé des Mérovingiens aux Carolingiens.

[2] Concrétisation actuelle : les Turcs sont la première par ordre d’importance, la première nationalité immigrée en Allemagne.

[3] Sur la présence française au Proche-Orient, lire La Croix du 13 décembre 1919 sous le titre : "Les intérêts économiques français en Syrie", dans l’article intégré à ce site, lien : Pour qui votent les intégristes ?.

[4] Si bien que la Mer Égée reste une « mer grecque ».

[5] SHELL est une compagnie anglo-néerlandaise.

[6] C’est la raison pour laquelle, Saddam Hussein, envahit le Koweït en 2002, estimant que c’était là un retour à la mère-patrie. Ce fut la cause de la première guerre d’Irak (2003).

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