La vie économique du monde après le "coup monétaire" de 1971 (1971-1994)

publié le 21 sept. 2013 à 09:27 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 28 sept. 2017 à 03:11 ]


    Cette leçon est la suite de  ...La vie économique du monde après la seconde guerre mondiale (1944-1971)

 L’HÉGÉMONIE AMÉRICAINE DE 1944

A. Les États-Unis aux lendemains de la Guerre

1. Approche statique

2. Approche dynamique

B. Le "diktat"

1. Les accords de Bretton Woods

2. Les accords de Genève (GATT)

 PLAN GÉNÉRAL DU COURS SUIVANT

L'HÉGÉMONIE AMÉRICAINE EST TOUJOURS EN PLACE A LA FIN DU XX° SIÈCLE (1971-1994)


A. Le $ flottant et le F.M.I. sont des armes efficaces

1. Que reste-t-il du S.M.I. ?

2. Le F.M.I. reste une institution redoutable

B. Avec le GATT, les E.U. imposent le libéralisme

1. Les " rounds "

2. Le "gendarme" du libéralisme



HÉGÉMONIE AMÉRICAINE EST TOUJOURS EN PLACE A LA FIN DE LA GUERRE FROIDE

 

    La Guerre froide s’achève en 1989 avec la chute du Mur et 1991 avec la disparition de l’URSS. C’est la fin de l’Histoire -avec un grand H- écrit un imbécile : selon lui le capitalisme occidental a définitivement gagné la partie. Il est vrai que l’URSS aussi bien que les associations de pays du Tiers Monde ont été terrassées par l’utilisation perverse de l’arme monétaire, du King $.

    Mais, de même que « demain est un autre jour », le XXI° siècle est un autre siècle. Les 17.000 milliards de dollars de dette américaine devront bien être mis sur la table un jour ou l’autre.

 

A. Le $ flottant et le F.M.I. sont des armes efficaces

    1. Que reste-t-il du S.M.I. ?

    D’abord, on s’en doute, la situation a évolué. Progressivement, les pays d’Europe et le Japon se relèvent de leurs ruines selon l’expression bateau et redeviennent exportateurs. Les EU ne sont plus les seuls fournisseurs possibles, leur part dans le CI baisse fortement et leur balance commerciale est parfois déficitaire. Leur BP également à cause, notamment, de la Guerre du Vietnam et de la Guerre froide qui sont des puits financiers où s’engouffrent les $ US. Le général De Gaulle -dont on a vu ce qu’il pense du système de BW- va jusqu’au bout de la logique, non sans quelque provocation à l’égard des Américains, et demande carrément de l’or en échange des dollars de la Banque de France. On assiste à des transports physiques d’or-métal entre les États-Unis et la France !

    Au-delà de l’anecdote, on voit bien aux États-Unis que la parité-or du dollar n’est plus tenable. Le 15 août 1971, le président Nixon se livre à un coup d’État monétaire : il déclare unilatéralement la fin de la convertibilité du dollar. C’est un "coup d’État" dans la mesure où les accords de Bretton Woods sont des accords internationaux, objet d’un traité en bonne et due forme et les parties contractantes, comme on dit en langage diplomatique, auraient dû être informées et la chose négociée. En 1973, les choses s’aggravant, les taux de change sont flottants ! C’est le désordre monétaire international.

    En 1976, sont signés les accords de la Jamaïque. Le dollar est admis comme flottant, comme réserve monétaire, monnaie d’intervention. Il n’est plus garanti sur l’or. On entre dans la période désastreuse du dollar yo-yo ; le dollar monte ou descend au gré des caprices américains. Un gain de productivité en Europe de 25% est annihilé par une baisse du dollar de 30%...  

    En juin 1979, Volcker est nommé président de la FED. Il voit l’intérêt de cette absence de contraintes sur le dollar. Par un mécanisme compliqué, il permet de faire augmenter les taux d’intérêt en fonction de la demande de dollars par les pays étrangers. Avec la reprise de la guerre froide -la "Détente" est finie et les USA sont un pays-refuge pour tous ceux qui ont quelque capital - les taux montent jusqu’à 20% : les dettes envers les USA contractées à taux variables ruinent les débiteurs, dont les pays du Tiers monde. Reagan dépense sans compter pour sa Guerre des étoiles : le dollar est du papier ! et sa politique agressive augmente les tensions diplomatiques et la peur et fait rentrer les dollars et autres devises aux États-Unis ce qui fait augmenter les taux d’intérêt. Il peut sans vergogne déclarer : "j’ai gagné la Guerre froide ! ", il l’a fait avec l’argent des autres qui achetaient les bons du Trésor de la dette américaine.

    2. Le F.M.I. reste une institution redoutable

    Dans le journal Le Figaro du 30 novembre 2010, on pouvait lire : "Le gouverneur de la Banque de France, Christian Noyer, a déclaré aujourd'hui -29/11/2010- à Tokyo n'avoir "aucun doute" sur la réussite du plan d'aide de l'Union européenne et du FMI à l'Irlande, adopté dimanche à Bruxelles. "Ce plan a été clairement dessiné par le F.M.I. et l'U.E. et vous pouvez vous fier à l'expérience de plusieurs décennies du F.M.I. pour instaurer des plans totalement crédibles", a souligné M. Noyer, qui est aussi membre du Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE), lors d'une conférence de presse au forum financier Paris Europlace dans la capitale japonaise". Se fier à l’expérience de plusieurs décennies du F.M.I. ? Voici quelques méfaits de cette O.I.G. où les USA ont un droit de veto.

    Égypte : une grève sévèrement réprimée : Le Monde, 4 août 1989

« La police a pris d'assaut une usine et arrêté cinq cents ouvriers. Les désordres ont commencé début juillet à la suite d'une réduction de la prime d'encouragement accordée aux ouvriers, dans le but le limiter les pertes de l'usine. Cette mesure s’inscrivait dans 1e cadre plus large des efforts déployés par le gouvernement égyptien pour réduire le déficit budgétaire afin de parvenir un accord avec le Fonds monétaire international en vue de rééchelonner une partie de la dette extérieure, estimée à près de 44 milliards de $ ».

    C’est un des aspects essentiels des remèdes FMI en échange d’un prêt à un État dans le besoin de devises pour payer ses dettes : baisser drastiquement les dépenses. Ici, l’État égyptien réduit les primes accordées aux ouvriers d’une usine métallurgique d’État.

    Philippines : le FMI suspend son crédit (Le Monde, 28 août 1991). Autre aspect des remèdes FMI : les prêts sont dédiés. On ne peut pas s’en servir pour autre chose. Le gouvernement philippin voulait se servir du prêt FMI pour subventionner une entreprise publique en difficulté. Impossible.

    "Le Fonds monétaire international a suspendu une partie d'un crédit standby de 916 millions de dollars accordé à Manille, en raison des problèmes financiers de l'entreprise publique d'électricité National Power Corp. (NPC). Le FMI a repoussé son examen du programme de stabilisation économique (sic) du pays, initialement prévu au mois d'août, en conseillant à Manille «de ne pas puiser dans la même caisse» l'argent pour réaliser le programme de stabilisation de l'économie et pour sortir la NPC du rouge".

    Algérie : hausse du prix des produits de première nécessité (28 août 1991)

    "Le Parlement algérien a rejeté lundi 26 août les augmentations des prix des produits de première nécessité proposées par le gouvernement dans la loi de finance complémentaire pour 1991 et qui font partie du plan de restructuration économique négocié avec le Fonds monétaire international (FMI) en avril dernier. Le président de l'Assemblée a invité le gouvernement à demander au FMI de surseoir jusqu'à la fin de l'année à ces augmentations et estime qu'il faut trouver des compensations pour les revenus les plus faibles".

    Il arrive que les exigences du FMI se heurtent momentanément à des résistances. Dans la stratégie globale qui consiste à réduire les dépenses, coûte que coûte, les subventions publiques pour une nourriture accessible aux plus pauvres entrent dans la ligne de mire du FMI.

    La Suède se fait taper sur les doigts. Le Monde, août 1993.

    Même les pays "riches", en difficultés passagères, doivent obéir au doigt et à l’œil.

    "La crise économique en Suède serait principalement due au niveau très élevé des dépenses publiques, selon un rapport confidentiel du Fonds monétaire international (FMI) dont certains éléments ont été dévoilés jeudi 26 août (1993, JPR). L'institution explique que ces dépenses «ont affaibli les incitations à l'emploi et à l'épargne et nécessité un niveau de taxation paralysant». Les économies budgétaires (…) sont insuffisantes pour réduire la dette, estime le FMI, qui préconise d'en doubler le montant. Jeudi 26 août, la Banque centrale suédoise a dû intervenir sur le marché des changes de Stockholm pour soutenir la couronne affaiblie par les analyses du FMI". Le FMI n’est pas un organisme d’aide mais un organe de contrôle et de coercition.

    Voilà quelques exemples des décennies précédentes.

    Pour accepter un prêt, le FMI exige de l’État-demandeur de prendre des engagements et les fonctionnaires du FMI (lien) ont un droit de regard sur sa gestion financière. Cela signifie la possibilité de facto pour les États-Unis d’imposer leur point de vue et d’orienter la politique économique des États-membres.  Lire aussi sur ce site : STRAUSS-KAHN, la Tunisie et le F.M.I., ...

    Disons que le FMI se comporte comme un maître qui dit à son élève : "Pourquoi demandez-vous des dollars ? Parce que vous êtes endetté, parce que votre budget est en déficit chronique [1]. Cela parce que vos structures économiques sont mauvaises : il faut les a-jus-ter". Et c’est la politique d’ajustement structurel célèbre dans les années 80-90’ qui fit descendre des millions de latino-américains dans la rue.

Qu’est-ce que la politique d’ajustement structurel ?

    Il faut à la fois améliorer la balance commerciale (BC) et réduire le déficit public. Concernant la BC, il faut, par l’austérité, réduire la consommation intérieure -et donc les importations- en baissant salaires privés et traitements des fonctionnaires. Il faut, en même temps, produire des marchandises correspondant aux besoins internationaux, s’ouvrir au commerce international, accepter les règles du GATT et tant pis pour l’agriculture vivrière. Concernant le déficit public, il faut privatiser les entreprises publiques, le privé sait mieux gérer que l’Etat, il faut vendre -et donc ouvrir le pays au capital extérieur-, il faut supprimer les subventions publiques aux entreprises publiques et aux produits de consommation. Augmenter les impôts.

    Les exemples pris dans la presse cités plus haut montrent que tout cela est très concret. Le FMI américain a été un des principaux agents de la mondialisation. Un homme a lié son nom à cette politique d’ajustement cruelle : Camdessus, directeur général de 1987 à 2000. Mais le socialiste DSK fit de même (Camdessus, c’est la droite catholique). De toute façon, rien ne se fait sans l’accord des Américains.

 

B. Avec le GATT, les E.U. imposent le libéralisme

    1. Les " rounds "

Le G.A.T.T. a été initié par les Américains qui avaient besoin du libre-échange, en 1945, pour écouler la masse de leur production. Simple accord provisoire au départ (cf. supra), le GATT -avant même qu’il se mue en OMC- est devenu une institution permanente et quasi universelle qui avait son siège à Genève. Le Gatt a été le creuset de plusieurs NCM, négociations commerciales multilatérales, vite appelées « rounds » par les journalistes.  

Ainsi :

   1950-51 : conférence de Torquay : moins 25% sur les droits de douane entre les pays signataires.

   1961-62 : Dillon round : moins 6,5% sur les droits de douanes affectant les produits industriels et surtout accord des USA pour la création de la PAC européenne.

   1963-67 : KENNEDY ROUND : moins 35% sur les droits frappent les produits industriels.

   1973-79: TOKYO ROUND : moins 33% de baisse des droits entre l’Europe et les E.U.

        *   1987-94 : URUGUAY ROUND : libéralisation de l’agriculture et des services (l’exception culturelle française étant sauvegardée). Le GATT devient l’ O.M.C. avec la signature de l’acte final du « round » à Marrakech, 112 pays signataires, 15 avril 1994.

    Depuis peu Chine et Russie ont rejoint l’OMC.

    2 . Le "gendarme" du libéralisme

    On sait que les pays du Tiers Monde ont tentée de mettre en œuvre d’autres solutions, je vous renvoie aux cours sur le Tiers Monde pendant les Trente Glorieuses mais tout s’est heurté à l’opposition des pays riches.

    Conséquences : avec cette intégration commerciale de plus en plus poussée, les pays se spécialisent sur leurs "avantages comparatifs", ils abandonnent leurs productions où ils ne sont pas compétitifs. Certes, cela permet un progrès du pouvoir d’achat des consommateurs, mais aussi et surtout la perte de l’indépendance économique des États.

    De plus, ces accords ont été signés de façon irresponsable. Alors que les 25 pays de 1947 étaient à peu près comparables (Amérique du nord et Europe de l’Ouest), ce n’est plus le cas avec l’arrivée des N.P.I. et pays plus ou moins développés qui ont d’autres structures économiques. En d’autres termes : les dirigeants occidentaux, poussés dans le dos par les FMN (firmes multinationales qui sont comme poissons dans l’eau dans ce monde dérégulé) ont créé un espace économique mondial, sans penser à un espace social ni à un espace écologique. On met en concurrence des produits fabriqués ici par des ouvrières qui ont droit à des congés de maternité et là par des ouvrières sans contrat de travail. Ce n’est qu’un exemple.

Une cour de justice commerciale juge les conflits, les atteintes à la libre concurrence  L’ O.M.C. est le "gendarme du libéralisme". Voici quelques exemples (à gauche, le ou les pays qui a/ont porté plainte[2]) :

Venezuela, Brésil : Normes concernant l'essence aux États-Unis

Japon : Imposition de droits sur les importations d'automobiles par les États-Unis

UE, Canada, États-Unis : Taxes sur les alcools au Japon

UE : Mesures affectant les achats de matériel de télécommunication au Japon

États-Unis, Guatemala : Importation et distribution des bananes dans I UE

Thaïlande : Droits sur les importations de riz par l'UE

États-Unis : Droits sur les importations de céréales par l'UE

États-Unis : Mesures concernant les produits agricoles en Corée du sud

Canada : Mesures concernant les importations de saumon par l'Australie

Philippines : Mesures visant la noix de coco desséchée au Brésil

Costa Rica : Restrictions à l'importation de sous-vêtements aux États-Unis

États-Unis : Mesures concernant le piratage d'enregistrements sonores au Japon entre 1946 et 1971

Hong Kong : Restrictions à l'importation de textiles par la Turquie

     Ci-dessous deux documents qui évoquent la lutte des Français pour l'imposition d'une "exception culturelle" , c'est-à-dire une clause figurant dans les accords du GATT de 1993 qui  stipule que les objets culturels -Vidéo, CD, DVD etc..  ne sont pas des marchandises comme l'eau PERIER ou le Coca-cola mais mettent en jeu l'identité culturelle de la France et de l'Europe en général. Le libre-échange intégral ruinerait l'industrie française du cinéma incapable de lutter contre les Majors hollywoodiennes. Les USA ont de la peine à comprendre cela. En 1992, vous constatez que l'industrie américaine de l'audiovisuel réalisait déjà UN ÉNORME EXCÉDENT commercial par rapport à sa concurrente européenne.

Là, une publicité achetée par la SACEM, la société des auteurs multimédia, la société des gens de lettres, publicité qui donne les enjeux de cette négociation du GATT, Notez que les enjeux sont les mêmes concernant le grand marché transatlantique dont rêvent à ce jour les transnationales.



[1] Le FMI interdit quasiment l’inflation, l’usage de la planche à billets -ce que les USA font royalement et même impérialement-. Pour financer l’excédent de dépenses, un État-membre doit emprunter des dollars soit d’autres devises qui lui permettent de mettre en circulation sa propre monnaie sur son territoire.

[2] Sachant que derrière le gouvernement plaignant il y a les FMN installées chez lui…

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