3°partie : LA VICTOIRE DES ALLIES (1942-45)

publié le 4 juil. 2011 à 06:13 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 janv. 2017 à 10:47 ]


    Après Stalingrad, la route est longue qui mène à la victoire finale. Le conflit atteint l’apocalypse avec les bombes atomiques lancées sur le Japon, en 1945.

A.    Le tournant stratégique : fin 42-début 43

    Il se produit sur les trois fronts : à Stalingrad, le 31 janvier 43 ; en Afrique du Nord avec l'évacuation de la Tunisie par les troupes de l'Axe en févr.-mars 43 ; en Asie, avec la reprise de l'île de Guadalcanal par les américains en février 43.

1.      Stalingrad

    La seconde grande offensive allemande a lieu en été 42. Elle est "ciblée" sur la Volga afin de couper Moscou du Caucase et de l'Iran par où arrive du ravitaillement américain (voir carte précédente).

    Du 12 au 15 août 1942 se tient une conférence à Moscou avec Staline, Churchill et Harriman : c'est la première tentative des Alliés pour harmoniser leurs combats. Staline demande l'ouverture d'un second front.

    Les Allemands atteignent Stalingrad fin août : c'est un combat de rue, usine par usine, maison par maison (livre page 21)[1]. Les Russes réussissent à maintenir une tête de pont sur la rive droite et, donc, à contrôler le fleuve et sa traversée. L'armée allemande offre un saillant qui est pris en tenaille par les Russes le 19-11-42 : la VI° armée est encerclée. Von Paulus capitule le 31 janvier 43. Immense retentissement mondial, victoire que salue le Général De Gaulle sur la radio de Londres. C'est la fin du mythe de l'invincibilité de la Wehrmacht. C'est LE tournant de la guerre en Europe.

    Pour approfondir : STALINGRAD, le grand tournant de la seconde guerre mondiale (1ère partie) (développement en 3 parties) -sur ce site -.

2.      En Afrique du nord

    L'Axe maîtrise la Méditerranée, l'Égypte est ravitaillée par un pont aérien entre Le Cap et Alexandrie. Offensive de Rommel qui, après Tobrouk (mai-juin 42), menace Alexandrie.

    Une offensive alliée sur deux fronts est entreprise :

    1. par l'Est, Montgomery attaque sur El Alamein en Oct.-nov. 42.

    2. à l'Ouest, un débarquement anglo-américain réussit en Afrique du Nord (AFN). Le 8 novembre 42, Eisenhower débarque avec 100.000 hommes à Casablanca puis Oran et Alger : une partie du territoire juridiquement français est libéré. Afin de prévenir un débarquement allié sur le littoral sud de la France, Hitler fait envahir la zone non occupée (11 nov.). Pétain se tait, la flotte se saborde à Toulon au lieu de rejoindre les F.F.L., le mythe du "double jeu" s'effondre : la France de Vichy est un pays satellite de l'Allemagne. Laval déclare : "je souhaite la victoire de l'Allemagne car sans cela le bolchevisme régnera partout". Le 12 novembre 42, les Italo-allemands occupent la Tunisie rejoints par Rommel mais la conjonction des forces de Montgomery et d'Eisenhower, appuyées par les F.F.L. les en déloge (fév.-mars43). Carte

    3. 2 à 300.000 Italo-allemands sont faits prisonniers, la rive sud de la Méditerranée est libérée : les convois pour l'Angleterre circulent à nouveau, l'AFN devient la base d'opérations de plus grande envergure vers l'Europe via les îles et la péninsule italienne, le Général De Gaulle peut venir s'installer à Alger, alors terre française. Lors de la conférence de Casablanca, les Alliés s'engagent sur la lutte pour une "capitulation sans conditions" de l'Allemagne (janvier 43).

3.      Dans le Pacifique

    Les grandes batailles aéronavales de la Mer de Corail et de Midway (mai et juin 42) ont montré la suprématie navale des américains (porte-avions). L'amiral Nimitz met au point les "task forces" (forces spéciales). Mais les Japonais s'emparent en juillet 1942 de l'île de Guadalcanal pour y construire un aérodrome or Mac Arthur envisage aussi de faire de cette île la base de ses contre-offensives. La bataille durera d'août 42 à février 43. On parlera de "Verdun du Pacifique". Par ailleurs les Japonais sont stoppés en Nouvelle-Guinée et en Birmanie : l'Australie et l'Inde sont préservées de l'invasion.

    Ainsi, au premier semestre 43, sur tous les fronts, la progression de l'Axe est arrêtée, les contre-offensives alliées sont engagées.

B.     La victoire des Alliés (43-45)

    La supériorité matérielle acquise par les alliés grâce aux USA, dans tous les domaines, pèse de manière déterminante sur l'évolution du conflit. Mais Hitler continue le combat car il croit en la mise au point d'armes nouvelles, décisives.

    La victoire est plus rapide en Europe qu'en Asie.

1.      À l'assaut de la "forteresse Europe"

    Cette image de "forteresse" est due à deux éléments : à l'est, le glacis profond (2000km) des plaines russes occupées ; à l'ouest, le "mur de l'Atlantique" construit du Cap Nord à la Bidassoa.

        a)       La question du "second front"

    La progression des Alliés est rapidement stoppée en Italie. Après le débarquement en Sicile (juillet 43), Mussolini est renversé. Des négociations sécrètes s'ouvrent entre les Américains et les nouveaux responsables italiens mais une intervention de l'armée allemande en Italie bloque la progression des Alliés pendant l'hiver 43-44. Le Maréchal Juin est cependant vainqueur au Mont Cassin (Monte Cassino) en mai 44.

    Au total, c'est un semi-échec pour les Alliés et l'Allemagne consacre toujours l'essentiel de son effort sur le front de l'est. C'est pourquoi Staline réclame avec insistance l'ouverture d’un second front lors de la conférence de Moscou en octobre 43. Conférence élargie à la Chine de Tchang Kaï-Chek et qui jette les bases de la future O.N.U.. L'URSS supporte en effet entre les 2/3 et les 3/4 de l'effort de guerre de l'Europe nazie. Churchill et l'État-major américain ainsi que Truman laissent traîner car cela affaiblit l'URSS dont ils n'oublient pas qu'elle est un ennemi potentiel. Staline accentue alors l'effort national soviétique ce qui va surprendre les Occidentaux.

    La décision d'ouvrir un second front est prise lors de la conférence de Téhéran, en nov. 43, son nom de code est OVERLORD. Le débarquement aura lieu en France, au printemps 44 en coordination avec une grande offensive soviétique. La préparation stratégique et logistique est confiée au général Eisenhower. Le 6 juin 44, une tête de pont est établie entre le Cotentin et l'Orne. En 50 jours, les Alliés progressent sur un territoire qu'ils avaient prévu de libérer en 5 jours. La Résistance joue un rôle éminent (rôle des cheminots par exemple), la répression nazie est féroce (massacre de la prison de Tulle, Oradour-sur-Glane). Paris s'insurge sous la direction du colonel Rol-Tanguy (FFI, communiste) et réussit sa libération grâce à l'arrivée de la 2° D.B. de Leclerc (19-25 août). Le 15 août, c'est le débarquement de Provence,Août 1944 : Provence, l’autre débarquement les Alliés arrivent à Lyon le 4 septembre 44. Les deux colonnes font leur jonction en septembre 44 (carte ) et, à cette date, la majeure partie de la France et de la Belgique est libérée.

        b)    La progression fulgurante de l'Armée Rouge

    Les Allemands effectuent leur troisième et dernière offensive de printemps en 1943 mais les milliers de chars qu'ils engagent à Koursk ne peuvent résister à la puissance de feu de l'artillerie soviétique (utilisation des lance-roquettes KATIOCHHAS, dites aussi "les orgues de Staline"). http://www.youtube.com/watch?v=rBvC2Wd-Jfw C'est la fin de l'utilisation des chars par grandes masses.

    Les Allemands reculent sans cesse et définitivement. La propagande de Goebbels parle de "défense élastique". Les généraux russes Malinovski et Koniev attaquent l'un par l'Ukraine, l'autre par la Pologne. Ils adoptent la tactique de l'offensive "à tiroir"  : en des secteurs différents, sans interruption, une attaque est lancée sur un point avant que s'achève l'attaque précédente sur un autre. Il n'y aura pas, au printemps 44, une quatrième offensive générale allemande.

    Le 23 juin 44 - les Alliés sont en Normandie - les Soviétiques respectent leurs engagements et déclenchent une offensive généralisée : c'est l'opération BAGRATION. Avec 400 divisions articulées en 11 groupes d'armées, ils atteignent Varsovie en juillet 44 où a lieu le drame du soulèvement. En 18 jours, du 23 juin 44 au 10 juillet 44, les Allemands perdirent 28 divisions. C'est la plus grave défaite militaire allemande de tous les temps.

    Les combats les plus décisifs s'engagent au sud du front oriental : la Roumanie et la Bulgarie réalisent une révolution et se donnent un gouvernement pro-Alliés avec des ministres communistes (septembre 44). La liaison est établie entre Soviétiques et Résistance yougoslave (qui se libère seule) le 19 octobre 44. Le 27 janvier 1945, qui a libéré le camp d'Auschwitz ? l'Armée rouge libère le camp d'Auschwitz-Birkenau : rencontre avec l’horreur. 

    Tout cela inquiète Churchill qui se rend à Moscou, en octobre 44, pour se partager les zones d'influence entre URSS et R.-U. en Europe orientale et balkanique. Staline "lâche" les communistes Grecs et les Anglais effectuent une opération aéroportée en Grèce. Voir document original dans le cours Les vainqueurs face à leur victoire (1945-1947)

    Cette avance fulgurante n'avait pas été prévue et la conférence de Yalta en février 1945 reflète les avantages soviétiques acquis sur le terrain militaire.

        c)     L’effondrement de l'Allemagne

    L' Allemagne est alors aux mains des nazis fanatiques, la répression est féroce après l'attentat manqué contre Hitler (Rommel est contraint à se suicider). Un sursaut des forces armées allemandes est observé dans les Ardennes et devant Budapest mais elles échouent faute de moyens matériels (dont la pénurie d'essence).

    Ce n'est que le 7 mars 1945 (après Yalta) que les Alliés franchissent le Rhin, à Remagen, entre Bonn et Coblence. Les Français franchissent le Rhin en Alsace et filent en Bavière et au Tyrol. C'est le 4 mai 1945 que Leclerc et la 2° D.B entrent à Berchtesgaden (le fameux "nid d'aigle" d'Hitler).

   Mais l'avantage décisif est aux Soviétiques qui prennent Budapest, en mars 45, Vienne et Prague en avril. Joukov et Koniev investissent Berlin le 19 avril où se livrent des combats acharnés. Ils disposent de 180 divisions, 6300 chars, 41.000 canons sur un front de 400 km : un canon tous les 10 mètres ! Pour la bataille de Berlin intra-muros ce sera un canon tous les 1,5 m ! 25.000 tonnes d'obus tombent sur la ville. Hitler et Goebbels se suicident (30 avril 1945). Himmler, pris par les Anglais, se suicide. Les autres dirigeants seront jugés à Nuremberg.

    Les Alliés, en application des accords de Casablanca, imposent une capitulation sans conditions, signée à Reims le 7 mai, confirmée à Berlin le 8. Le Maréchal Keitel signe devant Joukov et de Lattre, "des Français, c'est un comble !" déclare-t-il, car pour lui les Français ont été défaits et avaient signé l'armistice de Rethondes en juillet 40. Keitel ne peut pas comprendre que la résistance française, c'est aussi la France. La présence française à Berlin, est une conséquence de Yalta et une grande victoire politique de la Résistance française.

2.      La défaite japonaise

    1. Les américains adoptent la tactique dite du "saute-mouton".

Sur cette carte (Nathan-Bethemont), on voit les Américains passer de Pearl Harbour aux îles Marshall puis sur l'île de Guam puis sur Iwa JIma ou Okinawa et, de là, bombarder Tokyo. (Il est regrettable que les auteurs n'aient pas colorier l'URSS de la même couleur que l'Australie et autres alliés. Faute lourde à un examen). Sur la carte (légende) vous lisez : "Positions japonises tournées (i.e. contournées) par les forces américaines".

    2. Deux lignes d'attaque :

        a. Mac Arthur attaque à hauteur des Philippines, avec la victoire de Leyte (octobre 44) où apparaissent les Kamikaze. L'archipel est repris en février 45.

        b. Nimitz "saute" des îles Gilbert (nov. 43) aux îles Marshall (janvier 44) puis Guam (septembre 44) puis Iwo Jima (février 45) et Okinawa en avril-juin 45.

    3. La résistance japonaise est très vive. Les Japonais préfèrent la mort à la reddition. Ainsi, à Okinawa, on dénombre 110.000 tués et 7.000 prisonniers. L'armée japonaise reste solide en Indonésie, Indochine, sur les côtes chinoises et en métropole. Le Japon est bloqué par la flotte américaine : sans liaisons maritimes, son asphyxie économique est certaine mais Truman, nouveau président depuis le 12 avril 45, décide d'abréger la guerre de façon expéditive : bombe A sur Hiroshima le 6 août, sur Nagasaki le 9 !Hiroshima : le Japon, du statut d’agresseur à celui de victime

    4. Conformément aux accords de Yalta, et c'est justement ce qui irritait Truman, les troupes soviétiques, trois mois après la capitulation allemande, entrent en Mandchourie et en Corée (8 août 45). Le Japon doit lui aussi capituler sans conditions le 19 août. La cérémonie a lieu à bord du Missouri, porte-avions mouillé en rade de Tokyo, le 2 septembre 1945, sur lequel se trouve le général Leclerc, pour la France.

à suivre :

4°partie : LA RECONSTRUCTION MORALE : NUREMBERG

[1] Voir le film réalisé par Jean-Jacques Annaud, sorti en salle en 2001. 

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