1°partie. INTRO : les caractères de la 2ème guerre mondiale

publié le 4 juil. 2011 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 22 juin 2017 à 02:52 ]

    Il est important de réfléchir à cette question. « Une enquête du National Council for History Education, réalisée dans les années 1990, révélait que 40% des étudiants (américains) pensaient que, pendant la WWII, les États-Unis ont combattu… aux côtés de l’Allemagne contre l’Union soviétique » écrit le journal Le Monde, les 2-3 mars 2008, à l’occasion de la diffusion du téléfilm THE WAR de Ken Burns. C'est le résultat désastreux de la propagande révisionniste. Voici des éléments pour comprendre.

 

A. Une guerre impérialiste comme en 1914 ?...

    S'agit-il d'un nouveau partage du monde comme en 1914 ? on lira avec intérêt les écrits du général Von Bernhardi, ici-même, "Notre avenir" par le général**** von Bernhardi (1912), préfacé par Clemenceau (1915) S'agit-il de réviser le statu quo né des conférences de Versailles et de Washington qui conclurent la première guerre mondiale ? (La conférence de Washington avait marqué un coup d'arrêt à l'expansion japonaise en Chine et à la croissance de la marine japonaise LES R.I. de 1919 à 1930 : A. LA "SÉCURITÉ COLLECTIVE").

    Les pays fascistes sont qualifiés de "nations-prolétaires" par Mussolini lui-même qui les oppose aux "nations ploutocratiques" que seraient les démocraties, Mussolini n’hésitant pas à utiliser un vocabulaire pseudo-marxiste alors que son idéologie est l'anti-thèse du marxisme.
    Les "démocraties" - soit grâce à leurs empires coloniaux soit à leur landind effect (USA, Australie mesurent de 9 à 7 millions de km2) - disposent en effet, d'or monétaire, de marchés coloniaux, de larges disponibilités en matières premières et sources d'énergie ce dont manquent l'Allemagne, l'Italie et le Japon. Les puissances de l'Axe vont donc s'efforcer de disposer de débouchés, pour leurs produits manufacturés, de sources d'approvisionnement en Sources d'énergie et Matières premières, d'un "espace vital" dira Hitler pour leur population en surnombre. Bref, elles veulent se constituer un empire, repartager le monde à leur profit. C'est ce qui explique les agressions multiples et répétées depuis 1931. LES R.I. DE 1936 à 1939. C. "LES GRANDES MANŒUVRES"   Observons que de nombreux diplomates Anglais ou Français étaient disposés à rétrocéder des colonies à l'Allemagne. 
Cette lutte pour le partage du monde fait dire, à certains historiens, qu'il y eut une seconde guerre de Trente ans (1914-1945) par allusion à celle du XVII° siècle (1618-1648).

    De ce point de vue la WW II (world war II) pourrait apparaître comme un "remake" de la première, une revanche pour certains. Lire les propos de Mussolini lors de la guerre d’Éthiopie.  Beaucoup "d'idées" remuées en 1914 par les empires centraux peuvent être reprises en 1939.
"Les idées de 1914" : 1914 versus 1789
    En France et en Angleterre, l'objectif est de diriger cette agressivité contre l'Union Soviétique, c'est ce qui explique les accords de Munich, ou encore l'accord anglo-japonais de juillet 1939.

    Cette thèse de la "guerre impérialiste" sera mise en avant par Staline pour justifier le pacte de non-agression signé avec Hitler en 1939.
Ainsi, si l'on s’empare de la notion de Bourdieu sur la "vision des divisions du monde" qui déterminerait, pour une part importante, la lutte politique des uns et des autres,  beaucoup auraient réussi à imposer la vision d'une lutte entre les pays nantis et les pays prolétaires.

B.
…Non, car le nazi-fascisme change les données de la guerre

    ...mais les acteurs ne sont plus tout à fait les mêmes.

    L'objectif déclaré des fascistes est la domination mondiale par la mise en esclavage voire l'extermination de peuples entiers  Dans un ouvrage retentissant (2009) sur "Les crimes de la Wehrmacht" - notez bien : Wehrmacht pas S.S. - Wolfram Wette (U. de Fribourg et de Lipetsk) peut écrire : "En 1941, le corps des généraux de la Wehrmacht envisageait contre l'Union soviétique une guerre sans précédent historique : un conflit fondé sur une motivation idéologique et visant à l'extermination physique de certains groupes ennemis".

    Les arguments qui suivent sont extraits des travaux de Wolfram Wette [1] et de son livre "Les crimes de la Wehrmacht". Il y a, certes, des buts très concrets comme le pétrole du Caucase.  Mais pourquoi ce pétrole est-il si important ? Quel est l’enjeu suprême, l’eschatologie du combat ?

    Le général de corps d'armée Erich Hoepner était le commandant du 4° groupe de blindés. Au début du mois de mai 1941, il informa ses officiers de la manière dont on prévoyait que seraient menés les combats. Son texte, à propos du programme d'extermination militaire imminent, transmis par écrit, est une parfaite illustration de cette pensée fondée sur la caractérisation de l'ennemi et où différents éléments de propagande étaient assemblés en un mélange explosif : "Dans sa conception et dans son exécution, toute opération de combat doit être guidée par la volonté de détruire l'ennemi entièrement et sans pitié. On sera en particulier sans merci pour les piliers du système russo-bolchevique actuel".

    Le général de corps d'armée Erich von Manstein était en 1941 commandant en chef de la 11e armée, engagée dans la section Sud du front de l'Est. Dans son ordre à l'armée daté du 20 novembre 1941, on peut lire : "II faut éliminer une fois pour toutes le système judéo-bolchevique. Il ne doit plus jamais pouvoir intervenir dans notre espace vital européen" [2]. Le soldat allemand s'engageait aussi dans ce combat, écrivait-il, "comme vecteur d'une idée ethnique et vengeur de toutes les cruautés qui lui ont été infligées, à lui et au peuple allemand".

    "Un certain nombre de points n'étant pas encore établis" à propos du comportement de la troupe à l'égard du système bolchevique, le commandant du groupe d'armées Sud, engagé dans le cadre de la 6°armée, le feld-maréchal Walter von Reichenau, jugea nécessaire de promulguer un nouvel ordre qui fixait le niveau de la violence autorisée et souhaitée. Ce texte, distribué à toutes les compagnies, emploie une argumentation racialiste et se focalise sur l'objectif d'extermination : "Le but essentiel de la campagne contre le système judéo-bolchevique est l'écrasement complet des moyens de pouvoir et l'éradication de l'influence asiatique dans le cercle culturel européen. Cela implique, y compris pour la troupe des missions qui vont au-delà de l'attitude unilatérale traditionnellement assignée au soldat (voilà qui change les données de la guerre "traditionnelle", JPR). Le soldat, dans la zone Est, n'est pas seulement un combattant respectant les règles de l'art de la guerre, mais aussi le vecteur d'une implacable volonté ethnique et le vengeur de toutes les bestialités qui ont été infligées à l'ethnie [Volkstum] allemande et apparentée.". (…). Reichenau concluait son ordre avec un appel - volontairement imprécis - à la poursuite de la guerre d'anéantissement. La mission du soldat allemand, écrit-il, est "d'éradiquer impitoyablement la perfidie et la cruauté des espèces étrangères, et, par là-même, de sécuriser l’existence de la Wehrmacht allemande en Russie".

    Wolfram Wette peut donc écrire : "Quand on lit les discours et les ordres du général de corps d'armée Erich Hoepner, du général feld-maréchal Walter von Reichenau ou du général de corps d'armée Erich von Manstein en 1941, on ne peut s'empêcher de penser que ces textes n'étaient que l'écho direct du discours tenu par Hitler le 30 mars 1941". Il s’agit du discours secret tenu par Hitler, à la chancellerie du Reich, devant le corps des généraux de la Wehrmacht. 250 généraux qui, trois mois plus tard, allaient commander l’armée de l’Est. Hitler y qualifia le bolchevisme de "système criminel asocial" et parla d'un "combat d'extermination" dans lequel il n'était pas question de "conserver l'ennemi", mais où le but était l'"extermination des commissaires bolcheviques et de l'intelligentsia communiste". La Wehrmacht devait selon lui abandonner, dans cette guerre, le "point de vue de la camaraderie entre soldats" (aspect "traditionnel" d'une guerre, JPR) qui avait jusque-là été le sien. Citons-le mot pour mot "Ce combat sera très différent du combat à l'Ouest. A l'Est, c'est la dureté qui sera source de douceur pour l'avenir".

Document qui montre que les Allemands n'avaient pas en URSS que des objectifs militaires. On a compté plusieurs centaines d'Oradour en URSS, c-a-d de villages brûlés avec leur population enfermée dans les bâtiments du village.
   
     L'idéologie fasciste est le contraire de la démocratie qu'elle nie officiellement, l'idéologie nazie justifie le génocide. Le pacte anti-Kominterm a pour objectif le démantèlement de l'Union soviétique. Même la France sera dépecée : au lieu d'établir de nouveaux rapports de force, la guerre fasciste vise à détruire des nations entières construites depuis plus d'un millénaire : Chine, Pays slaves, URSS, France...(concernant l'URSS lire La paix de Brest-Litovsk, 3 mars 1918)

    Cet aspect nouveau donné par les États fascistes à la guerre fonde l'alliance entre les démocraties impériales occidentales et l'Union Soviétique alors que ces deux groupes de pays ont des régimes économiques et sociaux différents et même antagonistes. Dès l'invasion de l'URSS, en juin 41, Churchill se rend à Moscou et déclare : combattons ensemble, "as brothers". Comme des frères ! Ce sera la "Grande Alliance" face à ce que le tribunal de Nuremberg appellera les auteurs de "crimes contre l'humanité", catégorie juridique nouvelle créée spécialement pour caractériser les crimes de la seconde guerre mondiale .

Conclusion

    En principe, il n'y a pas besoin de conclusion. Prolongeons cependant la réflexion : avec le professeur LOSURDO, savant de l'Université d'Urbino , nombreux sont ceux qui parlent de "la seconde guerre de Trente ans" (1914 - 1945) après celle de 1618-1648. l'idée est la suivante : face à l'expansion allemande, à l'expansion du capitalisme allemand, le reste de l'Europe a réussi à contenir le danger en 1918 mais ce ne fut qu'un sursis. Le ventre était encore fécond comme disait Brecht. La seconde guerre mondiale est donc une reprise des ambitions de la première mais, tenant compte de ce premier échec, l’Allemagne se donne les pires moyens pour arriver à ses fins.


[1] Professeur d’histoire contemporaine à la faculté de Fribourg et professeur honoraire de l’université russe de Lipetsk. Publié à Francfort/Main en 2002, Paris (Perrin) 2009.

[2] "Il faut réfléchir en termes d’économie d’un grand espace -Grossraumwirtschaft-" disaient déjà les Allemands avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir. (Cf. le coin du bachotage, « les R.I. de 1936 à 1939 »).

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