a. 2EME GUERRE MONDIALE : LES GRANDES PHASES DU CONFLIT

  • 1°partie. INTRO : les caractères de la 2ème guerre mondiale     Il est important de réfléchir à cette question. « Une enquête du National Council for History Education, réalisée dans les années 1990, révélait que 40% des étudiants (américains) pensaient que, pendant ...
    Publié à 22 juin 2017 à 02:52 par Jean-Pierre Rissoan
  • 2°partie : LES VICTOIRES DE "L'AXE" : 1939-1942 N.B. les chiffres et numéros de pages font référence au livre coll. BORDAS, direction M.-H. BAYLAC, Terminale, 1998.  A. LES DÉBUTS DE LA GUERRE EN EUROPE     C'est ...
    Publié à 15 avr. 2015 à 03:05 par Jean-Pierre Rissoan
  • 3°partie : LA VICTOIRE DES ALLIES (1942-45)     Après Stalingrad, la route est longue qui mène à la victoire finale. Le conflit atteint l’apocalypse avec les bombes atomiques lancées sur le Japon, en 1945. A.    Le tournant ...
    Publié à 3 janv. 2017 à 10:47 par Jean-Pierre Rissoan
  • 4°partie : LA RECONSTRUCTION MORALE : NUREMBERG     N.B. : Mon article est ici fort sommaire. Ce thème est généralement bien traité dans les divers manuels. Cependant, pour faire face à une forte demande (lol) je publie l ...
    Publié à 5 oct. 2016 à 06:42 par Jean-Pierre Rissoan
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1°partie. INTRO : les caractères de la 2ème guerre mondiale

publié le 4 juil. 2011 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 22 juin 2017 à 02:52 ]

    Il est important de réfléchir à cette question. « Une enquête du National Council for History Education, réalisée dans les années 1990, révélait que 40% des étudiants (américains) pensaient que, pendant la WWII, les États-Unis ont combattu… aux côtés de l’Allemagne contre l’Union soviétique » écrit le journal Le Monde, les 2-3 mars 2008, à l’occasion de la diffusion du téléfilm THE WAR de Ken Burns. C'est le résultat désastreux de la propagande révisionniste. Voici des éléments pour comprendre.

 

A. Une guerre impérialiste comme en 1914 ?...

    S'agit-il d'un nouveau partage du monde comme en 1914 ? on lira avec intérêt les écrits du général Von Bernhardi, ici-même, "Notre avenir" par le général**** von Bernhardi (1912), préfacé par Clemenceau (1915) S'agit-il de réviser le statu quo né des conférences de Versailles et de Washington qui conclurent la première guerre mondiale ? (La conférence de Washington avait marqué un coup d'arrêt à l'expansion japonaise en Chine et à la croissance de la marine japonaise LES R.I. de 1919 à 1930 : A. LA "SÉCURITÉ COLLECTIVE").

    Les pays fascistes sont qualifiés de "nations-prolétaires" par Mussolini lui-même qui les oppose aux "nations ploutocratiques" que seraient les démocraties, Mussolini n’hésitant pas à utiliser un vocabulaire pseudo-marxiste alors que son idéologie est l'anti-thèse du marxisme.
    Les "démocraties" - soit grâce à leurs empires coloniaux soit à leur landind effect (USA, Australie mesurent de 9 à 7 millions de km2) - disposent en effet, d'or monétaire, de marchés coloniaux, de larges disponibilités en matières premières et sources d'énergie ce dont manquent l'Allemagne, l'Italie et le Japon. Les puissances de l'Axe vont donc s'efforcer de disposer de débouchés, pour leurs produits manufacturés, de sources d'approvisionnement en Sources d'énergie et Matières premières, d'un "espace vital" dira Hitler pour leur population en surnombre. Bref, elles veulent se constituer un empire, repartager le monde à leur profit. C'est ce qui explique les agressions multiples et répétées depuis 1931. LES R.I. DE 1936 à 1939. C. "LES GRANDES MANŒUVRES"   Observons que de nombreux diplomates Anglais ou Français étaient disposés à rétrocéder des colonies à l'Allemagne. 
Cette lutte pour le partage du monde fait dire, à certains historiens, qu'il y eut une seconde guerre de Trente ans (1914-1945) par allusion à celle du XVII° siècle (1618-1648).

    De ce point de vue la WW II (world war II) pourrait apparaître comme un "remake" de la première, une revanche pour certains. Lire les propos de Mussolini lors de la guerre d’Éthiopie.  Beaucoup "d'idées" remuées en 1914 par les empires centraux peuvent être reprises en 1939.
"Les idées de 1914" : 1914 versus 1789
    En France et en Angleterre, l'objectif est de diriger cette agressivité contre l'Union Soviétique, c'est ce qui explique les accords de Munich, ou encore l'accord anglo-japonais de juillet 1939.

    Cette thèse de la "guerre impérialiste" sera mise en avant par Staline pour justifier le pacte de non-agression signé avec Hitler en 1939.
Ainsi, si l'on s’empare de la notion de Bourdieu sur la "vision des divisions du monde" qui déterminerait, pour une part importante, la lutte politique des uns et des autres,  beaucoup auraient réussi à imposer la vision d'une lutte entre les pays nantis et les pays prolétaires.

B.
…Non, car le nazi-fascisme change les données de la guerre

    ...mais les acteurs ne sont plus tout à fait les mêmes.

    L'objectif déclaré des fascistes est la domination mondiale par la mise en esclavage voire l'extermination de peuples entiers  Dans un ouvrage retentissant (2009) sur "Les crimes de la Wehrmacht" - notez bien : Wehrmacht pas S.S. - Wolfram Wette (U. de Fribourg et de Lipetsk) peut écrire : "En 1941, le corps des généraux de la Wehrmacht envisageait contre l'Union soviétique une guerre sans précédent historique : un conflit fondé sur une motivation idéologique et visant à l'extermination physique de certains groupes ennemis".

    Les arguments qui suivent sont extraits des travaux de Wolfram Wette [1] et de son livre "Les crimes de la Wehrmacht". Il y a, certes, des buts très concrets comme le pétrole du Caucase.  Mais pourquoi ce pétrole est-il si important ? Quel est l’enjeu suprême, l’eschatologie du combat ?

    Le général de corps d'armée Erich Hoepner était le commandant du 4° groupe de blindés. Au début du mois de mai 1941, il informa ses officiers de la manière dont on prévoyait que seraient menés les combats. Son texte, à propos du programme d'extermination militaire imminent, transmis par écrit, est une parfaite illustration de cette pensée fondée sur la caractérisation de l'ennemi et où différents éléments de propagande étaient assemblés en un mélange explosif : "Dans sa conception et dans son exécution, toute opération de combat doit être guidée par la volonté de détruire l'ennemi entièrement et sans pitié. On sera en particulier sans merci pour les piliers du système russo-bolchevique actuel".

    Le général de corps d'armée Erich von Manstein était en 1941 commandant en chef de la 11e armée, engagée dans la section Sud du front de l'Est. Dans son ordre à l'armée daté du 20 novembre 1941, on peut lire : "II faut éliminer une fois pour toutes le système judéo-bolchevique. Il ne doit plus jamais pouvoir intervenir dans notre espace vital européen" [2]. Le soldat allemand s'engageait aussi dans ce combat, écrivait-il, "comme vecteur d'une idée ethnique et vengeur de toutes les cruautés qui lui ont été infligées, à lui et au peuple allemand".

    "Un certain nombre de points n'étant pas encore établis" à propos du comportement de la troupe à l'égard du système bolchevique, le commandant du groupe d'armées Sud, engagé dans le cadre de la 6°armée, le feld-maréchal Walter von Reichenau, jugea nécessaire de promulguer un nouvel ordre qui fixait le niveau de la violence autorisée et souhaitée. Ce texte, distribué à toutes les compagnies, emploie une argumentation racialiste et se focalise sur l'objectif d'extermination : "Le but essentiel de la campagne contre le système judéo-bolchevique est l'écrasement complet des moyens de pouvoir et l'éradication de l'influence asiatique dans le cercle culturel européen. Cela implique, y compris pour la troupe des missions qui vont au-delà de l'attitude unilatérale traditionnellement assignée au soldat (voilà qui change les données de la guerre "traditionnelle", JPR). Le soldat, dans la zone Est, n'est pas seulement un combattant respectant les règles de l'art de la guerre, mais aussi le vecteur d'une implacable volonté ethnique et le vengeur de toutes les bestialités qui ont été infligées à l'ethnie [Volkstum] allemande et apparentée.". (…). Reichenau concluait son ordre avec un appel - volontairement imprécis - à la poursuite de la guerre d'anéantissement. La mission du soldat allemand, écrit-il, est "d'éradiquer impitoyablement la perfidie et la cruauté des espèces étrangères, et, par là-même, de sécuriser l’existence de la Wehrmacht allemande en Russie".

    Wolfram Wette peut donc écrire : "Quand on lit les discours et les ordres du général de corps d'armée Erich Hoepner, du général feld-maréchal Walter von Reichenau ou du général de corps d'armée Erich von Manstein en 1941, on ne peut s'empêcher de penser que ces textes n'étaient que l'écho direct du discours tenu par Hitler le 30 mars 1941". Il s’agit du discours secret tenu par Hitler, à la chancellerie du Reich, devant le corps des généraux de la Wehrmacht. 250 généraux qui, trois mois plus tard, allaient commander l’armée de l’Est. Hitler y qualifia le bolchevisme de "système criminel asocial" et parla d'un "combat d'extermination" dans lequel il n'était pas question de "conserver l'ennemi", mais où le but était l'"extermination des commissaires bolcheviques et de l'intelligentsia communiste". La Wehrmacht devait selon lui abandonner, dans cette guerre, le "point de vue de la camaraderie entre soldats" (aspect "traditionnel" d'une guerre, JPR) qui avait jusque-là été le sien. Citons-le mot pour mot "Ce combat sera très différent du combat à l'Ouest. A l'Est, c'est la dureté qui sera source de douceur pour l'avenir".

Document qui montre que les Allemands n'avaient pas en URSS que des objectifs militaires. On a compté plusieurs centaines d'Oradour en URSS, c-a-d de villages brûlés avec leur population enfermée dans les bâtiments du village.
   
     L'idéologie fasciste est le contraire de la démocratie qu'elle nie officiellement, l'idéologie nazie justifie le génocide. Le pacte anti-Kominterm a pour objectif le démantèlement de l'Union soviétique. Même la France sera dépecée : au lieu d'établir de nouveaux rapports de force, la guerre fasciste vise à détruire des nations entières construites depuis plus d'un millénaire : Chine, Pays slaves, URSS, France...(concernant l'URSS lire La paix de Brest-Litovsk, 3 mars 1918)

    Cet aspect nouveau donné par les États fascistes à la guerre fonde l'alliance entre les démocraties impériales occidentales et l'Union Soviétique alors que ces deux groupes de pays ont des régimes économiques et sociaux différents et même antagonistes. Dès l'invasion de l'URSS, en juin 41, Churchill se rend à Moscou et déclare : combattons ensemble, "as brothers". Comme des frères ! Ce sera la "Grande Alliance" face à ce que le tribunal de Nuremberg appellera les auteurs de "crimes contre l'humanité", catégorie juridique nouvelle créée spécialement pour caractériser les crimes de la seconde guerre mondiale .

Conclusion

    En principe, il n'y a pas besoin de conclusion. Prolongeons cependant la réflexion : avec le professeur LOSURDO, savant de l'Université d'Urbino , nombreux sont ceux qui parlent de "la seconde guerre de Trente ans" (1914 - 1945) après celle de 1618-1648. l'idée est la suivante : face à l'expansion allemande, à l'expansion du capitalisme allemand, le reste de l'Europe a réussi à contenir le danger en 1918 mais ce ne fut qu'un sursis. Le ventre était encore fécond comme disait Brecht. La seconde guerre mondiale est donc une reprise des ambitions de la première mais, tenant compte de ce premier échec, l’Allemagne se donne les pires moyens pour arriver à ses fins.


[1] Professeur d’histoire contemporaine à la faculté de Fribourg et professeur honoraire de l’université russe de Lipetsk. Publié à Francfort/Main en 2002, Paris (Perrin) 2009.

[2] "Il faut réfléchir en termes d’économie d’un grand espace -Grossraumwirtschaft-" disaient déjà les Allemands avant l’arrivée d’Hitler au pouvoir. (Cf. le coin du bachotage, « les R.I. de 1936 à 1939 »).

2°partie : LES VICTOIRES DE "L'AXE" : 1939-1942

publié le 4 juil. 2011 à 06:15 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 15 avr. 2015 à 03:05 ]


N.B. les chiffres et numéros de pages font référence au livre coll. BORDAS, direction M.-H. BAYLAC, Terminale, 1998. 

A. LES DÉBUTS DE LA GUERRE EN EUROPE

    C'est la période de septembre 1939 à juin 40.


1.      Les premiers succès allemands (sept.39-juin 40)

    1. la Pologne est écrasée en trois semaines. L'objectif affiché est de réunir les deux morceaux de l'Allemagne. La Blitzkrieg commence le 1er septembre. En application des accords germano-soviétique, l'URSS récupère les territoires à l'Est de la ligne Curzon le 18 septembre 39. Les alliés (France et Angleterre) pensent que "le temps travaillent pour eux" (ils espèrent rattraper leur retard en armement) quant à Hitler, il n'engage pas l'offensive prévue. On a donc un attentisme des deux parties : c'est la "drôle de guerre".

    2. La "Drôle de guerre" eut un effet moral désastreux pour l'armée française. On parlait de "paix de compromis". Par contre, en politique intérieure, le P.C.F. est interdit (26 septembre 1939), ses militants sont pourchassés. La censure s'exerce. La guerre entre l'URSS et la Finlande est l'occasion d'une formidable campagne anti-soviétique (à partir du 30 novembre 39) et un projet d'attaque de l'URSS par la France est même mis au point. L'opinion désorientée et démobilisée ne sait plus quel est l'ennemi : Hitler ou Staline ? Pour nombre de dirigeants c'est clair (Cf. le témoignage du général De Gaulle). Les décrets de l'automne 39 suppriment les conquêtes sociales du F.P. : il n'y aura pas "d'Union sacrée".

    3. Durant l'hiver 39-40, la Scandinavie est l'enjeu du conflit : la Suède fournit son minerai de fer à l'Allemagne via le port maritime de Narvik en Norvège. Le 8 avril 1940, Hitler devance une opération alliée et envahit le Danemark puis la Norvège. (Les alliés "coupent la route du fer" en prenant Narvik mais c'est un succès sans lendemain car le 10 mai Hitler lance sa grande offensive sur la France).

2.      L’effondrement français (mai-juin 1940)

    Les Allemands déclenchent une offensive générale aux Pays-Bas, Belgique, Luxembourg et attaquent la France sur la Meuse à Sedan à travers les Ardennes, massif forestier que l'Etat-major français croyait infranchissable. C’est l'application du plan Manstein, l'effet de surprise est total. Exploitant la percée, les Panzerdivisionen déferlent à travers la brèche et pivotent en direction du nord-ouest : le 21 mai elles sont sur la Manche. (Carte page 39)

    L'offensive allemande se développe dans deux directions :

a. au nord, c'est la poche de Dunkerque (26 mai-4 juin)

b. au sud, c'est la "campagne de France". Weygand est battu sur la Somme. Paris est pris le 14 juin.

    Après un choc très violent où les faits de résistance militaire français ne sont pas rares, c'est la débâcle : ordre de retraite générale le 12 juin. Un parti de l'armistice se constitue autour de Pétain et du généralissime Weygand qui estime, huit jours après l'invasion, que la guerre est perdue. Surtout, il pense qu'il faut "sauver l'armée pour sauver l'ordre".

    A la débâcle s'ajoute l'exode des populations civiles(page 39).

    Le 16 juin Pétain est président du Conseil, le 17 il demande l'armistice qui est signé le 22 à Rethondes et appliqué le 25 avec l'Allemagne et l'Italie (entrée en guerre le 10 juin). Pour les français qui avaient dit "préférer Hitler au Front Populaire", c'est la "divine surprise". Tout est en place pour imposer la "Révolution Nationale".


B.    LA GRANDE-BRETAGNE SEULE CONTRE L'AXE (1940-41)

     L'Allemagne mène la guerre contre l'Angleterre sur trois fronts.

1.      La guerre aérienne (aout-octobre 1940)

    Churchill, Premier Ministre depuis le 10 mai, refuse la paix de compromis de Hitler. L'offensive aérienne de la Luftwaffe se heurte à la R.A.F. dotée de radars. Ce sont des raids de terreurs ( c'est-à-dire visant des objectifs non-militaires, mais la population) qui se brisent contre la ténacité britannique. L'ordre de débarquement allemand est ajourné le 17 septembre. L'objectif d'Hitler est alors une guerre d'usure : réduire le R.U. en paralysant ses approvisionnements (européens et impériaux) d'où la lutte sur les grandes routes maritimes (Méditerranée et Atlantique). Cependant, les Japonais prennent les places fortes coloniales européennes en Asie durant l'été 40).

2.      La guerre en Méditerranée

    Les objectifs des pays de l'Axe sont, outre Gibraltar, Malte et Alexandrie, : Suez, l'Égypte, Le Proche Orient, le Golfe Persique.

    Deux foyers de guerre en Méditerranée :

    a. La péninsule balkanique : outre un échec des italiens contre les Grecs soutenus par la R.A.F., il y a là une tête de pont possible pour les anglais. La Yougoslavie puis la Grèce sont envahies en avril 41, Les Allemands effectuent la première opération aéroportée de la guerre sur la Crète.

    b. En Libye où les Italiens étaient présents avant 1939. Après une offensive en direction de l’Égypte anglaise c'est la défaite durant l'hiver 40/41 ce qui obligent les allemands a envoyé l'Afrika Korps, lequel arrive en Égypte.

    Toute la rive sud de la mer est aux mains des Allemands ou de leurs alliés (autrement dit, la Méditerranée est, à cette date, une mer allemande) et les convois qui alimentent l'Angleterre sont obligés de passer par le cap de Bonne Espérance., au sud de l'Afrique. Cependant, les Allemands ont échoué en Irak et en Syrie-Liban qui sont occupés par les Anglais et la France Libre (mars juillet 41).

3.      La question de l'Atlantique

    La survie de l'Angleterre est donc liée au maintien de la navigation sur l'Océan où le conflit prend surtout l'aspect d'une guerre sous-marine. Mais se pose alors la question de la politique américaine. L'opinion américaine se partage entre isolationnistes et interventionnistes. En mars 41, Roosevelt fait adopter la loi Prêt-bail (qui met fin à la loi cash & carry de neutralité), faveur accordée "aux pays dont la protection offrait un intérêt vital pour la sécurité des USA".

    En août 41, Churchill et Roosevelt signent la "charte de l'Atlantique" qui ne reconnaît pas les conquêtes de l'Axe et qui énonce les principes selon lesquels devraient être réorganisé le monde après la fin du conflit.


C. L'EXTENSION MONDIALE DU CONFLIT (1941-1942)   

    La guerre devient mondiale en 1941 avec l'agression allemande contre l'URSS et l'agression japonaise contre les USA.

1.      L’invasion de l'U.R.S.S. par l'Allemagne

    Depuis juin 41, la G.Bretagne n'est plus seule en guerre.

    L'URSS présente de graves faiblesses : son armée a été décapitée par les purges staliniennes (1937-38), Staline analyse le conflit comme une guerre impérialiste qui ne concerne que les Occidentaux et il sous-estime la détermination des nazis a détruite les grands États européens. Son pouvoir dictatorial le rend insensible aux critiques et aux mises en garde.

    En Allemagne, le plan BARBEROUSSE est conçu dès 1940. Pour les nazis, l'URSS c'est le bolchevisme judéo-marxiste, l'ennemi essentiel, c'est aussi "l'espace vital" dont les Germains ont besoin dans le cadre de la politique du DRANG NACH OSTEN, c'est enfin le pétrole et le blé qui manquent par nature à l'économie allemande.

    Sans déclaration de guerre, le 21 juin 41, l'armée allemande et ses vassaux envahissent le pays selon trois directions majeures : Leningrad, Moscou et le Caucase. Fin septembre, l'Armée Rouge a perdu 2.500.000 hommes, Leningrad est encerclée, Kiev est prise, Moscou est menacée. Mais ce n'est pas la débâcle, loin de là. "On ne peut en aucune façon parler de promenade" écrit Goebbels dans son journal à la date du 2 juillet 1941. En décembre 41, la bataille de Moscou fait même reculer les allemands de 200 km : la guerre-éclair se transforme en guerre d'usure. En URSS, c'est l'union sacrée pour la "guerre patriotique, révolutionnaire et libératrice" (Staline, le 3 juillet 1941). Sur les ondes de la radio de Londres, le Général De Gaulle se félicite de l'entrée en guerre de l'URSS.

2.      La guerre du Pacifique et l'entrée en guerre des États-Unis

    Pour nombre d'historiens asiatiques, la WWII a commencé non pas en 1939 mais en 1937 avec l'accident du "triple 7" [1] et l'agression de la Chine par le Japon. « John RABE, le juste de Nankin », 2009, Florian Gallenberger  et aussi LES R.I. DE 1936 à 1939. C. "LES GRANDES MANOEUVRES"

    Le Japon des militaires profite dès 1940 de l'effacement de la France et des Pays-Bas en Asie. L’Indochine française est occupée en juillet 1941 en totalité puis c'est l'Indonésie hollandaise (où le Japon met en place Soekarno). Les Japonais menacent Hong Kong et Singapour. Les Japonais jouent habilement sur la lutte de libération des peuples "jaunes" contre les "blancs" (en Birmanie, par ex.). Seuls les USA peuvent s'opposer au plan TANAKA de création d'une "sphère de coprospérité asiatique" (2). Les Japonais attaquent par surprise PEARL-HARBOUR, le 7 décembre 1941. Ils conquièrent rapidement Guam et Wake, débarquent aux Philippines (à qui ils accordent l'indépendance car c'était une colonie américaine), Singapour est prise. L’ Australie est menacée au printemps 42.

    Cependant, rien de décisif n'est réalisé. Leur agression va créer aux USA un véritable unanimisme national, derrière Roosevelt, et ce pays va devenir "l'arsenal de la démocratie".

suite : 3°partie : LA VICTOIRE DES ALLIES (1942-45)



[1] Parce qu’il eut lieu le 7 juillet 1937.

(2) Pour les experts : http://www.stratisc.org/Strategique_81_10.htm (La politique de la sphère de coprospérité de la grande Asie orientale au Japon);


3°partie : LA VICTOIRE DES ALLIES (1942-45)

publié le 4 juil. 2011 à 06:13 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 janv. 2017 à 10:47 ]


    Après Stalingrad, la route est longue qui mène à la victoire finale. Le conflit atteint l’apocalypse avec les bombes atomiques lancées sur le Japon, en 1945.

A.    Le tournant stratégique : fin 42-début 43

    Il se produit sur les trois fronts : à Stalingrad, le 31 janvier 43 ; en Afrique du Nord avec l'évacuation de la Tunisie par les troupes de l'Axe en févr.-mars 43 ; en Asie, avec la reprise de l'île de Guadalcanal par les américains en février 43.

1.      Stalingrad

    La seconde grande offensive allemande a lieu en été 42. Elle est "ciblée" sur la Volga afin de couper Moscou du Caucase et de l'Iran par où arrive du ravitaillement américain (voir carte précédente).

    Du 12 au 15 août 1942 se tient une conférence à Moscou avec Staline, Churchill et Harriman : c'est la première tentative des Alliés pour harmoniser leurs combats. Staline demande l'ouverture d'un second front.

    Les Allemands atteignent Stalingrad fin août : c'est un combat de rue, usine par usine, maison par maison (livre page 21)[1]. Les Russes réussissent à maintenir une tête de pont sur la rive droite et, donc, à contrôler le fleuve et sa traversée. L'armée allemande offre un saillant qui est pris en tenaille par les Russes le 19-11-42 : la VI° armée est encerclée. Von Paulus capitule le 31 janvier 43. Immense retentissement mondial, victoire que salue le Général De Gaulle sur la radio de Londres. C'est la fin du mythe de l'invincibilité de la Wehrmacht. C'est LE tournant de la guerre en Europe.

    Pour approfondir : STALINGRAD, le grand tournant de la seconde guerre mondiale (1ère partie) (développement en 3 parties) -sur ce site -.

2.      En Afrique du nord

    L'Axe maîtrise la Méditerranée, l'Égypte est ravitaillée par un pont aérien entre Le Cap et Alexandrie. Offensive de Rommel qui, après Tobrouk (mai-juin 42), menace Alexandrie.

    Une offensive alliée sur deux fronts est entreprise :

    1. par l'Est, Montgomery attaque sur El Alamein en Oct.-nov. 42.

    2. à l'Ouest, un débarquement anglo-américain réussit en Afrique du Nord (AFN). Le 8 novembre 42, Eisenhower débarque avec 100.000 hommes à Casablanca puis Oran et Alger : une partie du territoire juridiquement français est libéré. Afin de prévenir un débarquement allié sur le littoral sud de la France, Hitler fait envahir la zone non occupée (11 nov.). Pétain se tait, la flotte se saborde à Toulon au lieu de rejoindre les F.F.L., le mythe du "double jeu" s'effondre : la France de Vichy est un pays satellite de l'Allemagne. Laval déclare : "je souhaite la victoire de l'Allemagne car sans cela le bolchevisme régnera partout". Le 12 novembre 42, les Italo-allemands occupent la Tunisie rejoints par Rommel mais la conjonction des forces de Montgomery et d'Eisenhower, appuyées par les F.F.L. les en déloge (fév.-mars43). Carte

    3. 2 à 300.000 Italo-allemands sont faits prisonniers, la rive sud de la Méditerranée est libérée : les convois pour l'Angleterre circulent à nouveau, l'AFN devient la base d'opérations de plus grande envergure vers l'Europe via les îles et la péninsule italienne, le Général De Gaulle peut venir s'installer à Alger, alors terre française. Lors de la conférence de Casablanca, les Alliés s'engagent sur la lutte pour une "capitulation sans conditions" de l'Allemagne (janvier 43).

3.      Dans le Pacifique

    Les grandes batailles aéronavales de la Mer de Corail et de Midway (mai et juin 42) ont montré la suprématie navale des américains (porte-avions). L'amiral Nimitz met au point les "task forces" (forces spéciales). Mais les Japonais s'emparent en juillet 1942 de l'île de Guadalcanal pour y construire un aérodrome or Mac Arthur envisage aussi de faire de cette île la base de ses contre-offensives. La bataille durera d'août 42 à février 43. On parlera de "Verdun du Pacifique". Par ailleurs les Japonais sont stoppés en Nouvelle-Guinée et en Birmanie : l'Australie et l'Inde sont préservées de l'invasion.

    Ainsi, au premier semestre 43, sur tous les fronts, la progression de l'Axe est arrêtée, les contre-offensives alliées sont engagées.

B.     La victoire des Alliés (43-45)

    La supériorité matérielle acquise par les alliés grâce aux USA, dans tous les domaines, pèse de manière déterminante sur l'évolution du conflit. Mais Hitler continue le combat car il croit en la mise au point d'armes nouvelles, décisives.

    La victoire est plus rapide en Europe qu'en Asie.

1.      À l'assaut de la "forteresse Europe"

    Cette image de "forteresse" est due à deux éléments : à l'est, le glacis profond (2000km) des plaines russes occupées ; à l'ouest, le "mur de l'Atlantique" construit du Cap Nord à la Bidassoa.

        a)       La question du "second front"

    La progression des Alliés est rapidement stoppée en Italie. Après le débarquement en Sicile (juillet 43), Mussolini est renversé. Des négociations sécrètes s'ouvrent entre les Américains et les nouveaux responsables italiens mais une intervention de l'armée allemande en Italie bloque la progression des Alliés pendant l'hiver 43-44. Le Maréchal Juin est cependant vainqueur au Mont Cassin (Monte Cassino) en mai 44.

    Au total, c'est un semi-échec pour les Alliés et l'Allemagne consacre toujours l'essentiel de son effort sur le front de l'est. C'est pourquoi Staline réclame avec insistance l'ouverture d’un second front lors de la conférence de Moscou en octobre 43. Conférence élargie à la Chine de Tchang Kaï-Chek et qui jette les bases de la future O.N.U.. L'URSS supporte en effet entre les 2/3 et les 3/4 de l'effort de guerre de l'Europe nazie. Churchill et l'État-major américain ainsi que Truman laissent traîner car cela affaiblit l'URSS dont ils n'oublient pas qu'elle est un ennemi potentiel. Staline accentue alors l'effort national soviétique ce qui va surprendre les Occidentaux.

    La décision d'ouvrir un second front est prise lors de la conférence de Téhéran, en nov. 43, son nom de code est OVERLORD. Le débarquement aura lieu en France, au printemps 44 en coordination avec une grande offensive soviétique. La préparation stratégique et logistique est confiée au général Eisenhower. Le 6 juin 44, une tête de pont est établie entre le Cotentin et l'Orne. En 50 jours, les Alliés progressent sur un territoire qu'ils avaient prévu de libérer en 5 jours. La Résistance joue un rôle éminent (rôle des cheminots par exemple), la répression nazie est féroce (massacre de la prison de Tulle, Oradour-sur-Glane). Paris s'insurge sous la direction du colonel Rol-Tanguy (FFI, communiste) et réussit sa libération grâce à l'arrivée de la 2° D.B. de Leclerc (19-25 août). Le 15 août, c'est le débarquement de Provence,Août 1944 : Provence, l’autre débarquement les Alliés arrivent à Lyon le 4 septembre 44. Les deux colonnes font leur jonction en septembre 44 (carte ) et, à cette date, la majeure partie de la France et de la Belgique est libérée.

        b)    La progression fulgurante de l'Armée Rouge

    Les Allemands effectuent leur troisième et dernière offensive de printemps en 1943 mais les milliers de chars qu'ils engagent à Koursk ne peuvent résister à la puissance de feu de l'artillerie soviétique (utilisation des lance-roquettes KATIOCHHAS, dites aussi "les orgues de Staline"). http://www.youtube.com/watch?v=rBvC2Wd-Jfw C'est la fin de l'utilisation des chars par grandes masses.

    Les Allemands reculent sans cesse et définitivement. La propagande de Goebbels parle de "défense élastique". Les généraux russes Malinovski et Koniev attaquent l'un par l'Ukraine, l'autre par la Pologne. Ils adoptent la tactique de l'offensive "à tiroir"  : en des secteurs différents, sans interruption, une attaque est lancée sur un point avant que s'achève l'attaque précédente sur un autre. Il n'y aura pas, au printemps 44, une quatrième offensive générale allemande.

    Le 23 juin 44 - les Alliés sont en Normandie - les Soviétiques respectent leurs engagements et déclenchent une offensive généralisée : c'est l'opération BAGRATION. Avec 400 divisions articulées en 11 groupes d'armées, ils atteignent Varsovie en juillet 44 où a lieu le drame du soulèvement. En 18 jours, du 23 juin 44 au 10 juillet 44, les Allemands perdirent 28 divisions. C'est la plus grave défaite militaire allemande de tous les temps.

    Les combats les plus décisifs s'engagent au sud du front oriental : la Roumanie et la Bulgarie réalisent une révolution et se donnent un gouvernement pro-Alliés avec des ministres communistes (septembre 44). La liaison est établie entre Soviétiques et Résistance yougoslave (qui se libère seule) le 19 octobre 44. Le 27 janvier 1945, qui a libéré le camp d'Auschwitz ? l'Armée rouge libère le camp d'Auschwitz-Birkenau : rencontre avec l’horreur. 

    Tout cela inquiète Churchill qui se rend à Moscou, en octobre 44, pour se partager les zones d'influence entre URSS et R.-U. en Europe orientale et balkanique. Staline "lâche" les communistes Grecs et les Anglais effectuent une opération aéroportée en Grèce. Voir document original dans le cours Les vainqueurs face à leur victoire (1945-1947)

    Cette avance fulgurante n'avait pas été prévue et la conférence de Yalta en février 1945 reflète les avantages soviétiques acquis sur le terrain militaire.

        c)     L’effondrement de l'Allemagne

    L' Allemagne est alors aux mains des nazis fanatiques, la répression est féroce après l'attentat manqué contre Hitler (Rommel est contraint à se suicider). Un sursaut des forces armées allemandes est observé dans les Ardennes et devant Budapest mais elles échouent faute de moyens matériels (dont la pénurie d'essence).

    Ce n'est que le 7 mars 1945 (après Yalta) que les Alliés franchissent le Rhin, à Remagen, entre Bonn et Coblence. Les Français franchissent le Rhin en Alsace et filent en Bavière et au Tyrol. C'est le 4 mai 1945 que Leclerc et la 2° D.B entrent à Berchtesgaden (le fameux "nid d'aigle" d'Hitler).

   Mais l'avantage décisif est aux Soviétiques qui prennent Budapest, en mars 45, Vienne et Prague en avril. Joukov et Koniev investissent Berlin le 19 avril où se livrent des combats acharnés. Ils disposent de 180 divisions, 6300 chars, 41.000 canons sur un front de 400 km : un canon tous les 10 mètres ! Pour la bataille de Berlin intra-muros ce sera un canon tous les 1,5 m ! 25.000 tonnes d'obus tombent sur la ville. Hitler et Goebbels se suicident (30 avril 1945). Himmler, pris par les Anglais, se suicide. Les autres dirigeants seront jugés à Nuremberg.

    Les Alliés, en application des accords de Casablanca, imposent une capitulation sans conditions, signée à Reims le 7 mai, confirmée à Berlin le 8. Le Maréchal Keitel signe devant Joukov et de Lattre, "des Français, c'est un comble !" déclare-t-il, car pour lui les Français ont été défaits et avaient signé l'armistice de Rethondes en juillet 40. Keitel ne peut pas comprendre que la résistance française, c'est aussi la France. La présence française à Berlin, est une conséquence de Yalta et une grande victoire politique de la Résistance française.

2.      La défaite japonaise

    1. Les américains adoptent la tactique dite du "saute-mouton".

Sur cette carte (Nathan-Bethemont), on voit les Américains passer de Pearl Harbour aux îles Marshall puis sur l'île de Guam puis sur Iwa JIma ou Okinawa et, de là, bombarder Tokyo. (Il est regrettable que les auteurs n'aient pas colorier l'URSS de la même couleur que l'Australie et autres alliés. Faute lourde à un examen). Sur la carte (légende) vous lisez : "Positions japonises tournées (i.e. contournées) par les forces américaines".

    2. Deux lignes d'attaque :

        a. Mac Arthur attaque à hauteur des Philippines, avec la victoire de Leyte (octobre 44) où apparaissent les Kamikaze. L'archipel est repris en février 45.

        b. Nimitz "saute" des îles Gilbert (nov. 43) aux îles Marshall (janvier 44) puis Guam (septembre 44) puis Iwo Jima (février 45) et Okinawa en avril-juin 45.

    3. La résistance japonaise est très vive. Les Japonais préfèrent la mort à la reddition. Ainsi, à Okinawa, on dénombre 110.000 tués et 7.000 prisonniers. L'armée japonaise reste solide en Indonésie, Indochine, sur les côtes chinoises et en métropole. Le Japon est bloqué par la flotte américaine : sans liaisons maritimes, son asphyxie économique est certaine mais Truman, nouveau président depuis le 12 avril 45, décide d'abréger la guerre de façon expéditive : bombe A sur Hiroshima le 6 août, sur Nagasaki le 9 !Hiroshima : le Japon, du statut d’agresseur à celui de victime

    4. Conformément aux accords de Yalta, et c'est justement ce qui irritait Truman, les troupes soviétiques, trois mois après la capitulation allemande, entrent en Mandchourie et en Corée (8 août 45). Le Japon doit lui aussi capituler sans conditions le 19 août. La cérémonie a lieu à bord du Missouri, porte-avions mouillé en rade de Tokyo, le 2 septembre 1945, sur lequel se trouve le général Leclerc, pour la France.

à suivre :

4°partie : LA RECONSTRUCTION MORALE : NUREMBERG

[1] Voir le film réalisé par Jean-Jacques Annaud, sorti en salle en 2001. 

4°partie : LA RECONSTRUCTION MORALE : NUREMBERG

publié le 4 juil. 2011 à 06:10 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 oct. 2016 à 06:42 ]

    N.B. : Mon article est ici fort sommaire. Ce thème est généralement bien traité dans les divers manuels. Cependant, pour faire face à une forte demande (lol) je publie l'article d'un Historien Christian DELAGE : "Nuremberg : un modèle pour la justice pénale internationale" paru en 2015, pis un autre paru en Octobre 2016, Nuremberg, un progrès pour la conscience humaine, de Nicolas DERVERS-DREYFUS;


A.    Quelques aspects du bilan

    L'ampleur des pertes humaines et matérielles, le caractère nouveau donné à la guerre par les pays fascistes, ont profondément heurté les consciences. En 1945, on découvre avec stupeur la réalité de la terreur nazie.

    La seconde guerre mondiale représente une hécatombe sans précédent. Ce qui frappe, c'est l'importance du nombre de civils parmi les victimes. Les bombardements aériens qui frappent aveuglément n'expliquent pas tout : R.U., Japon - très bombardés - ont eu peu de morts civils. Cette importance est liée en réalité aux massacres et déportations systématiques perpétrées par les nazis dans les pays occupés.  Les chiffres élevés de Pologne et d'URSS, s'expliquent par le génocide, c'est-à-dire la destruction méthodique, systématique, de la population. 

le tableau suivant n'évoque que les pertes militaires :

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    Cette hécatombe démographique a de profondes répercussions sur la pyramide des âges, dans les pays de l'ex-URSS en particulier (déséquilibre entre les sexes, phénomène des classes creuses…).

    Le coût matériel frappe surtout certains pays : URSS 

    Le coût moral est difficile à évaluer. L'Europe, terre des droits de l'Homme, est aussi celle de la plus inhumaine des idéologies. L'angoisse atomique ajoute au désarroi mais elle n'a pas à être jugée à Nuremberg.

    Les Alliés veulent faire le procès d'une idéologie destructrice.

B.     Le procès de Nuremberg

    A Yalta, les Alliés décident de "dénazifier" l'Allemagne. De fait, 600.000 Allemands seront privés de leurs droits civiques, cependant, de nombreux responsables nazis réfugiés en Espagne ou en Amérique latine, parfois cachés par certains services secrets américains échappent aux recherches.

    L'accord interalliés de 1945 crée un tribunal souverain pour juger les criminels. Le procès s'ouvre symboliquement à Nuremberg le 20 octobre 1945 (photo 2/79). 21 accusés doivent répondre de l'accusation de "crime contre la paix", de "crimes de guerre" et de "crimes contre l'humanité", notion nouvelle et essentielle qui peut être définie comme "la persécution des adversaires politiques et des minorités raciales et religieuses, l'extermination de collectivités ethniques" (livre, 1/84).

  

 Après 315 jours de débat, le procès a tenté de dresser le bilan des atrocités. Nuremberg a été un moment dans l'histoire de l'élaboration d'une morale des D.D.H.. Avec cette reconstruction morale, l'objectif des Alliés a été, à l'initiative de Roosevelt, "d'assurer la paix du monde" par une autre reconstruction, politique celle-là, l' O.N.U.. C'est pourquoi, Nuremberg trouve son prolongement logique dans la déclaration universelle des D.D.H. votée par l'A.G. de l' O.N.U., à Paris, en 1948.

    Ce procès sera suivi du procès EICHMANN, à Jérusalem en 1962, du procès BARBIE, à Lyon, en 1987, qui visent aussi à rappeler aux nouvelles générations la réalité des crimes nazies. Cette réalité est actuellement niée par un courant appelé "négationniste", qui agit dans le cadre d'une renaissance de l'extrême-droite antisémite et pro-fasciste.

    Aussi bien, cette "reconstruction" ne doit pas être considérée comme achevée mais elle est à entreprendre à chaque génération.

ci-dessus : la militante communiste, Marie-Claude Vaillant-Couturier, déportée, témoignant au procès de Nuremberg.

les regarder dans les yeux :

« Je pensais en les regardant : regardez-moi car, à travers mes yeux, ce sont des centaines de milliers d’yeux qui vous regardent, par ma voix ce sont des centaines de milliers de voix qui vous accusent. Une des hantises de tous les déportés dans les camps était l’idée que nous puissions tous disparaître sans laisser de trace et que les crimes qui s’y commettaient puissent demeurer ignorés du monde extérieur. Le travail accompli parle Tribunal militaire international a non seulement aidé à les révéler au monde, mais à ce qu’ils demeurent dans l’histoire de façon indélébile. » Allocution d’ouverture de Marie-Claude Vaillant-Couturier au colloque organisé par la FNDIRP, quarante ans après Nuremberg, le 24 octobre 1986 au Sénat.

BIBLIOGRAPHIE :

François BEDARIDA, "le nazisme et le génocide, histoire et enjeux", chez F.NATHAN, disponible sur simple demande à "DPE, 69 rue Barrault, 75013 PARIS". 

Wolfram WETTE, "Les crimes de la Wehrmacht", éditions PERRIN, 2009, 390 pages.

Gilbert BADIA (sous la direction de), « Histoire de l’Allemagne contemporaine », éditions MESSIDOR, 1987.

Nuremberg : un modèle pour la justice pénale internationale

Christian Delage, Historien
Vendredi, 20 Novembre, 2015
Humanite.fr

    Le 20 novembre 1945, un tribunal d’un nouveau genre s’ouvre à Nuremberg. Les principaux dignitaires nazis y sont accusés. Le but n’est pas d’y tenir une justice des vainqueurs mais de punir les crimes commis. La qualification de crime contre l’humanité naît de cette volonté.

    Pour les Alliés, la décision était claire, et elle fut prise en pleine guerre : l’Allemagne devra capituler et les nazis seront jugés. Le 20 novembre 1945, un tribunal d’un nouveau genre s’ouvre à Nuremberg, la ville des réunions du parti nazi. Militaire, mais surtout international. Devant les juges des principales puissances alliées (États-Unis, Royaume-Uni, France, URSS), se tiennent les plus hauts dignitaires nazis qui ont pu être arrêtés. Les audiences vont durer de longs mois, de novembre 1945 à octobre 1946. Sur 22 prévenus, 12 seront condamnés à mort, dont un par contumace, 7 à des peines de prison, 3 acquittés. Les Alliés ouvrent également des tribunaux militaires sur les lieux où des crimes ont été commis, tandis que les nations libérées tiennent des procès pénaux dans leurs cours ordinaires.

    La construction juridique mise en œuvre pour appréhender et juger la politique criminelle nazie comprend les crimes contre la paix, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité, tous rapportés au crime de conspiration. Cette notion associe deux types de comportement : l’intention de commettre un acte illégal et l’accord entre les parties sur le plan ainsi concerté. Ainsi cette charge pénale se distingue-t-elle de la commission des autres crimes, qui en sont le prolongement, mais qui génèrent une incrimination spécifique.

    Contrairement à une idée reçue, il ne s’agit pas d’une justice de vainqueurs, dans la mesure où les crimes commis pas les nazis sont d’une ampleur et d’une violence inédites, qui pose d’ailleurs la question de l’écart, inévitable, entre la très haute responsabilité des personnes jugées et le niveau de la peine. Comme le souligne le philosophe Paul Ricœur, il y a « une limite interne du jugement pénal, tout châtiment paraissant dérisoire à la mesure des torts infligés aux victimes ». Ce ne sont d’ailleurs pas seulement les individus qui sont jugés, mais les « organisations », ce qui conduit à une inflexion majeure du procès et de son système d’accusation quand le procureur général, Robert H. Jackson, après avoir entendu le témoin Otto Ohlendorf expliquer comment son unité, l’Einsatzgruppe D, a « liquidé environ 90 000 personnes, hommes, femmes, et enfants, dont la majorité était juive », s’écrie : « Aucun tribunal n’a jamais entendu pareille énumération de meurtres de masse du genre de ceux commis par cet homme et son camarade SS Wisliceny. Leur propre témoignage met en évidence la responsabilité de la SS dans le programme d’extermination qui a coûté la vie à 5 millions de juifs, responsabilité que cette organisation a acceptée et dont elle s’est acquittée avec méthode, sans remords, et minutieusement (…). Ces organisations sont exemplaires des forces du mal du régime nazi. En rendant une justice préventive pour éviter que se répètent ces crimes contre la paix, ces crimes contre l’humanité et ces crimes de guerre, il serait plus catastrophique d’acquitter ces organisations que d’acquitter l’ensemble des 21 individus présents dans le box. »

    La construction de cette nouvelle forme de justice nécessitait une révision de la scénographie du procès, une décision qui allait s’avérer riche de conséquences pour l’avenir. Il convenait qu’aucun ornement ou emblème relevant des traditions de chacun des pays alliés ne vienne perturber une instance à vocation supranationale. Mais, surtout, il fallait s’assurer que les conclusions des audiences ne puissent être contestées et que les crimes jugés, en particulier ceux commis contre les juifs d’Europe, ne soient pas niables. La tendance qui a prévalu était positiviste. Grâce à l’énorme travail d’investigation réalisé par une équipe d’experts entourant le procureur général, pendant les six mois précédant l’ouverture du procès, le crime a été établi à partir de documents émanant de l’État et des organisations qui l’avaient commandité.

    Ainsi, non seulement le procès fut équitable, les peines prononcées étant différenciées, mais il a été doté d’une fonction pédagogique pérenne, en rendant ces preuves, en même temps que la transcription des audiences, disponibles sous forme imprimée dans les langues des juges et des accusés. Cette masse documentaire a largement influencé la première historiographie du procès de Nuremberg.

    La durée du procès et la confrontation des parties, qui a permis d’entendre la voix des premiers témoins survivants de la Shoah, comme Abraham Sutzkever, ont permis de favoriser une meilleure compréhension des crimes commis, d’abord perçus comme des « atrocités ». La qualification nouvelle de crime contre l’humanité constitue ainsi le vecteur majeur de la création d’une justice pénale internationale.


    La preuve par l’image »

    En juin 1945, le procureur Robert H. Jackson exposait dans un rapport rédigé à l’attention du président des États-Unis, Harry S. Truman, qu’il allait falloir « établir des faits incroyables au moyen de preuves crédibles ». Alors que l’on aurait pu s’attendre à ce que ces documents soient surtout écrits, les images furent également convoquées comme preuves, une première dans l’histoire. Le 29 novembre 1945, un film de montage sur les camps de concentration fut projeté dans le tribunal, sous le regard des 21 prévenus. « La résurrection de l’horreur, écrit Joseph Kessel, n’était plus, en cet instant, le fait essentiel. Il s’agissait de mettre tout à coup les criminels face à face avec leur forfait immense et de surprendre les mouvements auxquels les forcerait ce spectacle, ce choc. »


Il y a soixante-dix ans à Nuremberg, « un progrès pour la conscience humaine »

Nicolas Devers-Dreyfus
Vendredi, 30 Septembre, 2016
L'Humanité

 

  Les 30 septembre et 1er octobre 1946, presque un an après la première réunion du tribunal, le jugement est rendu. Le 1er octobre, dernier jour du procès, la culpabilité de chaque accusé est exprimée et les peines sont prononcées. Sur les 24 hommes accusés, 12 sont condamnés à mort.

    Dès 1943, les alliés manifestent la volonté commune de châtier les criminels de guerre. Ainsi, dans la déclaration du 30 octobre à Moscou, Américains, Britanniques et Soviétiques, les « trois grands », s’élèvent contre les « atrocités allemandes dans l’Europe occupée », « la brutalité et la cruauté jamais vues » dont les SS et la Wermacht se rendent coupables. C’est à Londres, en août 1945, que les quatre puissances occupantes définissent le statut d’un tribunal militaire international appelé à juger les principaux criminels de guerre, le jugement des autres étant du ressort des pays où les atrocités ont été commises (1).

    Les alliés choisissent pour siège Nuremberg, presque entièrement détruite, en raison de sa valeur symbolique : c’était là que le parti nazi avait tenu ses congrès. Le procès s’ouvre le 20 novembre 1945 et dure plus de dix mois. Joseph Kessel, reporter pour France-Soir, écrit : « Il s’agissait de mettre tout à coup les criminels face à face avec leur forfait immense, de jeter pour ainsi dire les assassins, les bouchers de l’Europe, au milieu des charniers qu’ils avaient organisés, et de surprendre les mouvements auxquels les forcerait ce spectacle, ce choc. » Chacune des quatre puissances dispose d’un juge et d’un suppléant. Pour la France, il s’agit de Henri Donnedieu de Vabres suppléé par Robert Falco.

En dix mois 94 témoins sont appelés à la barre

    Quatre chefs d’accusation peuvent être retenus : complot, crime contre la paix, crime de guerre, crime contre l’humanité. De nombreux témoins originaires de pays asservis et des rescapés des camps sont appelés à témoigner. L’accusation soviétique détaille les crimes commis en Europe orientale. L’accusation française, avec comme procureur François de Menthon puis Auguste Champetier de Ribes, assistés notamment par Edgar Faure et Joé Nordmann, fait de même pour l’Europe occidentale. Outre la masse de documents réunis, dont la lecture donne aujourd’hui un sentiment d’horreur, en dix mois 94 témoins sont appelés à la barre, 61 pour l’accusation, 33 pour la défense.

    Celui de Marie-Claude Vaillant-Couturier (cf. photo supra), le 28 janvier 1945, résistante, députée communiste, rescapée d’Auschwitz et de Ravensbrück, fait forte impression. Elle apporte un témoignage direct de l’élimination des juifs dans les chambres à gaz et provoque des passes d’armes mémorables avec les nazis et leurs défenseurs.

    Le 1er octobre 1946, le tribunal rend son verdict. Vingt-deux sentences sont prononcées pour 24 accusés, vu l’état physique et mental de l’industriel Gustave Krupp et le suicide en prison le 25 octobre de Robert Ley, le chef du Front du travail.

    Il y a douze condamnations à mort, dont une par contumace à l’encontre de Martin Bormann. Göring se suicide en avalant une capsule de cyanure, et dix condamnés, dirigeants du parti nazi et chefs de la Wermacht, sont exécutes par pendaison : Ribbentrop, Rosenberg, Franck, Frick, Streicher, Sauckel, Seyss-Inquart, Keitel, Jodl et Kaltenbrunner. L’amiral Raeder, le ministre de l’Économie Funket, Rudolf Hess sont condamnés à la détention perpétuelle. Albert Speer, Von Schirach, Neurath et l’amiral Dönitz à des peines plus légères.

    Les acquittements de Von Papen, ancien vice-chancelier d’Hitler en 1933, de Schacht et de Fritzsche provoquent de nombreuses protestations, comme le fait que les différentes organisations incriminées, la hiérarchie du parti nazi, SS, Gestapo et SA, sont toutes déclarées coupables, mais ni le gouvernement du Reich et ni l’état-major.

    Le réquisitoire de Robert Jackson, le procureur général américain, situe bien les enjeux : « La civilisation demande si le droit est lent au point d’être absolument inefficace lorsqu’il s’agit de crimes d’une telle ampleur… Elle n’espère pas que vous puissiez rendre la guerre impossible, mais elle espère que votre décision placera la force du droit international, ses prescriptions, ses défenses et surtout ses sanctions, au service de la paix, de sorte que les hommes et les femmes de bonne volonté, dans tous les pays, puissent avoir la permission de vivre sans en demander l’autorisation à quiconque, sous la protection du droit. »

    Malgré ses insuffisances et la fragilité juridique d’un « tribunal des vainqueurs » s’appuyant sur la rétroactivité des délits, le défaut de caractérisation du génocide des juifs et des tsiganes, l’absence de nombreux coupables, Nuremberg crée un précédent historique de grande valeur. Pour la première fois, des crimes monstrueux, le massacre de millions d’hommes, ne restent pas impunis. Le tribunal pose les jalons d’un nouveau droit des peuples. La qualité des documents et des témoignages constitue une somme d’une grande valeur pédagogique sur les forfaits du nazisme. En ce sens, comme le déclarait Marie-Claude Vaillant-Couturier, il constitue bien un « progrès pour la conscience humaine ».

(1) Lire notamment Histoire de l’Allemagne contemporaine sous la direction de Gilbert Badia, éditions Messidor, 1987.

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