d. LA LIBERATION 1944-1947

  • 1944 - 1947 : LA "LIBERATION"     C’est une des périodes les plus fécondes de l’histoire de France, qui a durablement marqué les « Trente Glorieuses ». C’est l’époque de l’union des Français avec ...
    Publié à 27 nov. 2014 07:12 par Jean-Pierre Rissoan
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1944 - 1947 : LA "LIBERATION"

publié le 5 juil. 2011 09:49 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 nov. 2014 07:12 ]


    C’est une des périodes les plus fécondes de l’histoire de France, qui a durablement marqué les « Trente Glorieuses ». C’est l’époque de l’union des Français avec le Tripartisme et l’esprit du C.N.R.. 2. La Résistance   Malheureusement cette union interne a été brisée par la Guerre Froide.

    Le Gouvernement provisoire de la république (G.P.R.F). fait place à un régime définitif : la IV° République dont les conditions de création, de naissance, expliquent la faiblesse essentielle, fondamentale.


A.    L'ŒUVRE DU G.P.R.F.

 

1. Un gouvernement d'unité nationale issu de la Résistance

    a)      Du C.F.L.N. au G.P.R.F..

    Le Comité Français de Libération Nationale créé à Alger et unissant toutes les forces de la Résistance (extérieure et intérieure, y compris le P.C.F.) est transformé en gouvernement provisoire peu avant le 6 juin 1944, le 3 juin exactement. Il est dirigé par le Général de Gaulle.

    b)      La reconnaissance de la souveraineté du nouveau régime républicain.

            Reconnaissance par le peuple français :

    Dès le débarquement, le Général de Gaulle nomme des sous-préfets (commissaires de la République), le premier à Bayeux, acte fondateur. Et des Préfets qui exercent les pleins pouvoirs. De Gaulle se fait connaître par des voyages en province. Il met en place des « cours spéciales de justice » qui remplace la justice improvisée des résistants (C.D.L. et F.F.I.). Faute d’hommes, il reprend souvent des fonctionnaires de Vichy (affaire Papon) pour équilibrer l’influence communiste, très forte. Les F.F.I. sont amalgamés à l’armée régulière et le P.C.F. approuve la dissolution de ses milices patriotiques (ex-F.T.P.). Le P.C.F. appuie résolument le G.P.R.F. (dont il est membre) dans la mesure où celui-ci applique le programme du C.N.R..

    Noter que le G.P.R.F. gouverne sans élections au suffrage universel avant l’automne 1945. Cela n’enleva rien à sa légitimité reconnu par la quasi-totalité des Français.

            Reconnaissance par les Alliés :

    Ces mesures visent à faire admettre par les Américains que le G.P.R.F. est le représentant légitime et incontesté du peuple français. Face aux Alliés, il y a unanimité des Français de la Résistance pour éviter l’ AMGOT[1]. Le consensus national est tel que les Alliés reconnaissent le G.P.R.F. le 23 octobre 1944. De Gaulle signe à Moscou, un pacte franco-soviétique, le 10 décembre 1944. Le 8 mai 1945, la France est partie signataire aux conventions de capitulation, puissance occupante de l’Allemagne, membre permanent du Conseil de Sécurité de l’ O.N.U. : elle a recouvré une totale souveraineté.

2. Les réformes de la Libération

La Libération est une période favorable aux réformes. Le patronat est discrédité par la Collaboration (Cf. Renault), la Droite politique également. La haute fonction publique est épurée (d’ailleurs est créée l’ E.N.A. dont la vocation est de recruter et former de hauts fonctionnaires républicains). Surtout, le P.C.F représente plus du quart de l’électorat ainsi que le P.S.-S.F.I.O.. Il y aura même une majorité absolue de Français qui voteront pour ces deux partis se réclamant du marxisme. Aussi, le programme du C.N.R. (adopté en mars 44) qui prévoyait d’importantes réformes de structures entre-t-il en application.

Livre : Antoine PROST, « petite histoire de la France au XX° siècle ». Armand COLIN (très accessible).  

    a)      Les nationalisations et le plan

Énergie : E.D.F., G.D.F., Charbonnages de France, C.E.A.,

Transport : outre la S.N.C.F., Air France, C.F.N.R.,

Banques : S.G., Crédit Lyonnais, B.N.C.I., C.N.E.P., mais pas les banques d’affaires

Assurances : G.A.N., U.A.P.,

Les P.T.T. sont alors une administration comme les autres.

    La France adopte le principe du plan quinquennal (Commissariat général au Plan, création de l’INSEE, 1946), mais à la différence du plan soviétique, celui-ci n’est qu’incitatif, sauf pour le secteur public pour lequel il est obligatoire. 

    b)      La Sécurité sociale

Elle est mise en place par une ordonnance de 1944 signée par le Général de Gaulle et le ministre communiste Ambroise Croizat. Les caisses de S.S. sont gérées paritairement par les représentants du patronat et des salariés élus.

    c)      Les autres formes du progrès social

Le statut général des fonctionnaires,

Le statut du fermage et du métayage.

Loi sur les comités d’entreprises.

Toutes ces réformes vont constituer le cadre économique et social des Trente Glorieuses, jusqu’à leur remise en cause par la vague néo-libérale des années 70’ et suivantes (Cf. les déclarations du principal syndicat patronal : C.N.P.F. puis MEDEF).

L’ambiance entre les partis du Tripartisme est bonne.

B.     La mise en place d'un régime définitif

    Entre les partis -à la politique parlementariste- et De Gaulle, présidentialiste, l’entente n’est pas aisée…

1. Le problème des institutions

    a)      Les partis et le général de Gaulle

    Le P.C.F. est dominant dans presque toutes les classes de la société. Au départ (1945), il souhaite une formule originale pour construire le socialisme en France. Le P.S. (S.F.I.O.) est encore important au plan électoral mais sa stratégie est indécise, il redoute un tête-à-tête avec les communistes. Le nouveau parti, le M.R.P., est le parti de la démocratie chrétienne, gaulliste au départ, « il se propose de faire une politique de gauche, avec des électeurs de Droite, tout en siégeant au centre » (J. Fauvet).

    Tous acceptent le gouvernement du Général dont le prestige est immense mais en fait un problème n’est pas réglé quant à la place respective de l’exécutif et de législatif. Les partis sont fidèles aux pratiques de la III° où ce sont eux qui dirigent ; De Gaulle préfère un exécutif fort.

    b)      Le " tripartisme " avec de Gaulle

    C’est d’abord le G.P.R.F. jusqu’au 21 octobre 1945.

    Ce jour a lieu un référendum par lequel les Français rejettent le retour à la III° et une élection : celle d’une assemblée constituante.

    Déjà un conflit avait opposé le Général au Parti communiste quant aux choix des ministres communistes[2]. Puis, un conflit plus grave éclate au sujet de l’élaboration de la constitution. Finalement, de Gaulle démissionne brusquement le 20 janvier 1946. De Gaulle souhaitait un régime présidentiel. Les partis préfèrent un régime parlementaire et même un régime d’assemblée (comme sous la III°). De Gaulle part avec la conviction que l’on sera obligé de le rappeler mais, en fait, le M.R.P. accepte un gouvernement tripartite avec les communistes : c’est le tripartisme sans De Gaulle.

    c)      La procédure du pouvoir constituant originel (P.C.O.)

    Le projet de constitution PS-PC qui rappelle trop la Convention montagnarde de 1793 est repoussé (5 mai 1946). Une nouvelle assemblée rédige un nouveau texte approuvé par référendum le 13 octobre 1946. Le "oui "obtient 52,5% mais si l’on tient compte des  abstentions (c’est-à-dire si l’on raisonne par rapport aux inscrits) on a :

        Oui : 36,1%

        Non : 32,7%

        Abs. : 31,2%

Il y a déjà de la lassitude, la IV° République est mal née, avec le soutien d’un peu plus d’un Français sur trois (36,1%). Il est vrai que la IV° diffère très peu de la III°, or, le référendum d’octobre 45 exprimait une forte volonté de changement.

2. La fin du Tripartisme

    a)      La mise en place des organes constitutionnels

    Puisque la France a une nouvelle constitution, il faut la mettre en place :

1.      élection d’une assemblée législative le 10 novembre 46 (c’est là que le PCF obtient plus de 28% des exprimés).

2.      puis élection des sénateurs,(en réalité, membres du Conseil de la République)

3.      élection du Président de la République par les députés et les sénateurs, le 16 janvier 47, c’est Vincent Auriol, un socialiste S.F.I.O ;

4.      Auriol désigne un président du Conseil : Ramadier, également socialiste.

Le Tripartisme se poursuit, mais jusqu’à quand ? car les oppositions internes croissent.

b)      Les conflits internes au Tripartisme

Les contradictions éclatent dans tous les domaines, avivées par la Guerre Froide.

1.      Conflits sur le plan économique

    La reconstruction économique est la grande affaire du moment. Le P.C.F. est à l’avant-garde «s’unir -combattre- travailler»[3], « la grève est l’arme des trusts ! » ou encore « retroussons nos manches ! ». Mais les ouvriers ne ressentent pas le fruit de leurs efforts ; l’année 47 s’annonce difficile, la hausse des prix est élevée et les salaires stagnent. Des grèves spontanées éclatent. Ramadier refuse les augmentations de salaires.

2.      Conflits sur le plan colonial

    Le P.C.F. avait préconisé la politique d’Union Française reconnue dans la constitution. Mais alors qu’un accord provisoire faisait du Vietnam un État libre au sein de la fédération indochinoise, l’amiral Thierry d’Argenlieu viole cet accord et bombarde la baie d’ Haïphong : c’est la guerre (novembre 46). Or, Ho chi Minh est communiste. En mars 47, c’est la cruelle répression de Madagascar (peut-être 100.000 morts).

    Les députés communistes s’abstiennent sur le vote des crédits de guerre alors que leurs ministres restent au gouvernement : est-ce tenable ?

3.      ... et en politique étrangère.

    La Guerre froide est lancée par le discours de Truman le 12 mars 47. La conférence de Moscou entre les alliés est un échec total (mars- avril), après quoi, la France acceptera la Trizone. Les communistes refusent l’alignement derrière les Etats-Unis.

    Le 27 avril 47, une grève éclate chez Renault. Les communistes votent contre la politique économique et sociale de Ramadier lequel exclut les ministres communistes de son gouvernement. C’est un tournant capital, même si, alors, on ne croit qu’à une simple crise ministérielle.

    C’est le vrai départ de la IV°, dans des conditions qui annoncent ses difficultés : hostilité du Général de Gaulle, d’une part, hostilité des communistes d’autre part.



[1] AMGOT: allied military government of occupied territories. C’est une administration militaire de tutelle, en attendant des élections libres. Les Français refusent cette perspective et ne connaîtront pas l’ AMGOT (l’Italie si).

[2] En tant que chef du gouvernement, De Gaulle estimait que c’était à lui de choisir les ministres communistes. La question de fond est la suivante : sont-ce les partis ou est-ce le Président du Conseil qui choisit les ministres ?

[3] Ne pas oublier que du mois d’août 1944 à mai 1945, il faut à la fois gouverner la France et faire la guerre aux nazis.




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