1. La France de la collaboration

publié le 4 juil. 2011 à 07:00 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 15 sept. 2017 à 05:40 ]

    La victoire allemande constitue pour certains français (C. Maurras) une "divine surprise". Ainsi que l'écrira Bernanos, "le gouvernement de Vichy, c'est une minorité qui chercha en vain depuis 20 ans sa chance et qui l'a trouvée dans le désastre de la nation". De fait, le régime du Maréchal Pétain est le succès d'un courant politique français qui trouve ses racines dans la tradition hostile à la Révolution de 1789, dans l'anti-républicanisme et le nationalisme des années 1900, dans l'hostilité au mouvement ouvrier et dans l'anti-bolchevisme. La victoire nazie est, pour ce courant, l'occasion d'une revanche et d'une soi-disant "Révolution nationale" (1ère partie), cependant, le régime ne se contente pas d'être une administration, il est aussi au service de l'occupant auquel il prête une active collaboration (2ème partie).

    Détendez-vous en regardant le film de Rappeneau qui retrace les évènements de juin 40 Bon voyage ! de J.-P. Rappeneau (2003)


A. L’État Français

1.      La chute de la III° république

       A Vichy, le 10 juillet, les deux chambres de la République (députés et sénateurs) se réunissent en Assemblée Nationale et votent l'Acte qui donne tout pouvoir au Maréchal Pétain (Président du Conseil de la III° depuis le 16 juin) à l'effet de promulguer une nouvelle constitution de l'"État français" devant garantir "les droits du travail, de la famille et de la Patrie". 559 voix pour, 80 contre, 17 abstentions.

    Cet acte est d'une totale irrégularité par rapport au droit public français antérieur. En droit public français, une autorité investie d'une compétence ne peut en déléguer l'exercice que si elle y est autorisée. Le pouvoir constituant originaire appartient au peuple (1789). Le pouvoir constituant dérivé (c'est-à-dire le droit de modifier la Constitution) est accordé à l'assemblée des députés et à elle seule et rien ne prévoit qu'elle puisse le déléguer à un autre. L'Assemblée nationale de Vichy a donc violé un principe fondamental du droit, issu de la Révolution Française, mais précisément, Pétain ne s'inscrit pas dans la tradition révolutionnaire de 1789.

    Dès le 11 juillet, Pétain signe des Actes constitutionnels qui rompent complètement avec le principe de la séparation des pouvoirs : c'est une dictature. Le coup du 10 juillet 1940 : la République abattue…….

    Le choix entre armistice et capitulation est éclairant. En cas de capitulation, les allemands eussent été libres d'administrer la France directement, sans intermédiaire. Juin 40 : continuer le combat ? Avec l'armistice, Pétain est reconnu comme une autorité par Hitler, c'est un interlocuteur. Il reste au pouvoir et peut mettre en place de façon autonome sa "Révolution Nationale", c'est-à-dire un système politique qui casse complètement la tradition démocratique et républicaine issue de 1789.

2.      Qu’est-ce que le régime de Vichy ?

    L’idéologie du régime peut être appréhendée par l’étude d’un texte du général Weygand, extrême-droite traditionaliste, membre de la Cité catholique, qui agit en symbiose avec Pétain. Le texte se trouve à la fin de cette leçon. Il est numéroté de la ligne 1 à la ligne 26. Il fut proposé au baccalauréat.

a)      Le manifeste de Weygand

    Lire le texte ci-dessous. Le 19 mai 1940, Weygand est nommé généralissime, à 73 ans, par Paul Reynaud, alors Président du Conseil. Dès le 12 juin, il réclame l'armistice, refusant la capitulation ("sauver l'armée pour sauver l'ordre"). Il fera condamner à mort De Gaulle par contumace, bénéficiera d'un non-lieu en 1945 et meurt en 1965.

a. les causes de la défaite selon Weygand :

    Le régime républicain : lignes 1 et 2, 20

    La lutte des classes (CGT, PC) ligne 4 et le Front populaire (ligne 14)

    la démographie : ligne 9 et l'immigration : lignes 10 à 12

    l 'école de Jules Ferry : ligne 18.

b. idéologie et politique :

    Ce manifeste ouvre la voie au fascisme : anti-capitalisme apparent (l.2) mais mise en avant de la collaboration de classe (l.7) et condamnation du mouvement ouvrier (l.4). Racisme à peine couvert.

    Vers un régime autoritaire personnalisé : l.25

    Il s'agit d'un régime catholique conservateur : ligne 2 (hostilité aux francs-maçons et au libéralisme capitaliste), famille, natalité, Dieu, éducation de la jeunesse, matérialisme vulgaire de la société de consommation opposé au culte et à l'idéal chrétiens.

    Nationalisme : rejet des forces internationales (Internationales ouvrières mais aussi libéralisme), patrie.

    Tout cela est dans la lignée du Travail-Famille-Patrie.

b)    La soi-disant "révolution nationale"

    a. C'est d'abord un régime anti-démocratique :

    "Chef" de l'État français, les ministres ne sont responsables que devant lui, il désigne son successeur, les fonctionnaires lui prêtent serment de fidélité, il n'y pas d'assemblée élue au suffrage universel.

    b. C'est le retour au passé :

    Le retour à la terre, à la France paysanne et rurale, catholique, on parle ailleurs de la  "promiscuité dépravante des ateliers, des bureaux, des usines" (cad des hommes et femmes qui travaillent côte à côte) et paternaliste. Fête des mères, interdiction de l'avortement, du divorce.

    c. C'est la lutte contre le mouvement ouvrier :

    La grève est interdite, la C.G.T. et le P.C.F. sont dissous, le syndicalisme officiel est, seul, autorisé. Le 1er mai est jour férié mais son esprit est celui de la collaboration avec le patronat. C'est la fête du travail en tant qu'effort physique, activité productive et non pas la fête du Travail synonyme de classe ouvrière. .

    d. C'est la lutte contre la république :

    Réintroduire Dieu dans l'école, fermeture des Écoles Normales d'Instituteurs.

    e. c'est le chauvinisme et le racisme :

    Y compris dans sa forme la plus violente : l'antisémitisme

    f. Enfin, contrairement à ce qui est officiellement proclamé, c'est le premier âge d'or du grand patronat. Cf. la biographie de François Lehideux. Pour la première fois des patrons dirigent directement les affaires de la France comme ministres. C'est l'irruption de la "technocratie" dans la vie politique.


B. La Collaboration 


    Après avoir défini les pratiques de la collaboration, on verra qui a collaboré.

    La collaboration est définie par l'article 3 de la convention d'armistice : "le gouvernement français invitera tous les services administratifs français à se conformer aux réglementations des autorités allemandes et à collaborer avec ces dernières de manière correcte"(1). mais Vichy n'a pas été une simple administration, Il se voulait gouvernement respectable et voulait discuter d'État à État avec le Reich. C'est le gouvernement de Vichy qui le premier a recherché une négociation avec l'occupant. C'est ce qu'a montré un historien américain, Paxton, qui écrit : "la Collaboration, ce ne fut pas une exigence allemande à laquelle certains français ont répondu par sympathie ou par ruse. Ce fut un proposition de la France, que Hitler repoussa en dernière analyse". Autrement dit, c'est exactement le contraire de la thèse du "bouclier" (Pétain protecteur des Français face aux coups portés par les Allemands).


A. AU SERVICE DE L'ALLEMAGNE

    On peut distinguer trois étapes

1. Jusqu'en février 41 :

    La propagande du "bouclier". Entrevue de Montoire, 22/24 octobre 1940, voulue par Pétain, avec la poignée de mains Pétain-Hitler au fort pouvoir symbolique. C'est une tentative pour alléger les contraintes de l'armistice.

2. De février 41 à avril 42 :

    C'est le gouvernement de l'amiral Darlan et de ses "jeunes cyclistes" (certains viennent au conseil des ministres à vélo). Ils sont acquis à l'idée européenne, à l'idée d'une Europe unifiée par l'Allemagne. Ils espèrent promouvoir la France du rang de vassale à celui de puissance alliée du Reich. On a ainsi la collaboration militaire : Vichy autorise l'Allemagne à utiliser ses bases militaires en Syrie et en Afrique, encouragement à la L.V.F. (Légion des Volontaires Français qui combat aux côtés de la Wehrmacht) ; collaboration économique avec la direction générale aux relations économiques franco-allemandes, collaboration policière avec la création des "sections spéciales", qui pourchassent les résistants avec des jugements rétroactifs (c'est la marque de l'inexistence de l'État de droit et un acte de guerre civile), "SECTIONS SPECIALES", le film, l'histoire... collaboration raciste avec l'aggravation de l'antisémitisme officiel en 1941 (loi prescrivant le recensement des juifs) avec rafles.

    Cette politique échoue car l'Allemagne aggrave sa politique et ne vise qu'à se servir de la France pour son effort de guerre, d'ailleurs elle réclame le retour de Laval.

3. De avril 42 à août 44 :

    C'est la politique du presse-citron (la France étant le citron) et Laval va au devant des désirs allemands. Il livre le potentiel industriel et humain du pays : c'est d'abord la "Relève" (de jeunes ouvriers français sont envoyés en Allemagne pour remplace les prisonniers français de 1940), puis le STO (service du travail obligatoire, en Allemagne, qui remplace le service militaire). Accord sur les "entreprises protégées" en fonction desquels 730.000 ouvriers d'usines française travaillent directement pour l'Allemagne. La création de la Milice créée après le service d'ordre légionnaire et, enfin, l'engagement de la police française aux côtés des S.S.. Rafles du Vel. d'hiv.


B. LA " FRANCE ALLEMANDE "

     I. ET VOILA QUE L’ON NOUS RESSORT BRASILLACH… Lire la série d 'articles sur Brasillach, archétype du journaliste collabo, condamné à mort et exécuté en février 45, pour intelligence avec l'ennemi.

    On distingue parfois collaborateurs et collaborationnistes. Ces derniers sont ouvertement fascistes et vont jusqu'à porter des uniformes allemands. Vichy serait trop "mou".   En fait, tous avaient en commun l'acceptation de la défaite de 1940 et le souhait plus ou moins avoué de la victoire finale allemande ; ils furent neutres ou actifs devant la terreur nazie ; ils haïssaient tous la démocratie républicaine, les juifs et les communistes, les résistants et l'Angleterre ; ils étaient "européens", au sens de l'unité derrière l'Allemagne. Le second gouvernement Laval n'est rien d'autre que collaborationniste.

    Les "collabos" venaient pour la plupart de l'Action Française (nationaliste/royaliste : type : Brasillach), des ligues fascistes d'avant-guerre, certains venaient de la gauche (Doriot, Déat). Sociologiquement, le "collabo" est un homme, un citadin, relativement âgé, qui appartient aux classes moyennes (commerçants, artisans, indépendants), qui a fait ou subi la 1ère Guerre mondiale.

    Le bilan est lourd. La France de Vichy a fourni le tiers des surplus importés de toute l'Europe par l'Allemagne, la meilleure main-d’œuvre. Elle a contribué à accroître la sécurité du Reich sur le front occidental puisque c'était les hommes de Vichy qui faisait le boulot.... .

Bibliographie :
revue L HISTOIRE, n°129, année 1990, n° spécial "1940, la guerre, l'exode, Vichy". (C.D.I.) 
http://programmes.france3.fr/documentaires/index.php?page=doc&programme=histoire-immediate&id_article=2546

(1) Voir le N° SPÉCIAL de LA REVUE  l'Histoire, page 50, c A.


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