De Gaulle rend hommage aux Résistants (15 mai 1945)

publié le 26 août 2017 à 05:35 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 sept. 2017 à 08:35 ]
    le journal "L'Humanité" a publié - et continue de le faire - durant l'été une série remarquable sur "LES GRANDS DISCOURS RÉPUBLICAINS" , cela va des Danton et Robespierre à Simone Weil, et Badinter, etc.. Voici le discours prononcé par le Général de Gaulle, alors chef du GPRF (gouvernement provisoire de la République française) le 15 mai 1945, après la Signature du 8 mai, mais alors que la Guerre du Pacifique se poursuit. Entre parenthèses, j'ai ici et là essayé d'expliquer les propos du Général. Le Général met fortement l'accent sur l'unité nationale, l'unité du peuple français, l'unité de la Résistance ; c'est cette unité qui a permis la victoire et le redressement du pays avec le TRIPARTISME. J.-P. R.


   Ce 15 mai 1945, le général de Gaulle se tient debout, face à l’Assemblée consultative provisoire. Les visages sont graves. « De la tribune (…) je vois l’Hémicycle rempli de compagnons délégués par tous les mouvements de la résistance nationale et appartenant à toutes les tendances de l’opinion. D’un bout à l’autre des travées, tous me font l’honneur d’applaudir. Les assistants sont, comme moi-même, pénétrés du sentiment que leur réunion consacre une grande réussite française, succédant à un malheur démesuré », écrira-t-il dans ses Mémoires. Alors président du gouvernement provisoire de la France, créé le 3 juin 1944, de Gaulle revient, dans ce discours qui fera date, sur la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie, intervenue une semaine plus tôt. Dressant le bilan de la guerre, il se livre, face à la représentation nationale, à un vibrant hommage aux « enfants de France » engagés « jusqu’à leur destin physique et moral » dans cette « lutte totale », glorifiant la nation au passé, au présent et au futur. Par un trait d’union tiré entre les campagnes étrangères et l’activité des réseaux de résistance interne pendant la guerre, c’est l’unité dans l’action, au prix, qu’importe, d’une « inflexibilité d’indépendance et de souveraineté » qui s’en trouve louée. Sans passer sous silence la poursuite des combats au-delà des frontières de l’Europe, de Gaulle engage ici la France dans « l’achèvement par les armes » d’un Japon qui « doit être abattu pour que justice soit faite à l’univers ». Pourtant, résolument tourné vers l’avenir et alors que la Quatrième République est à peine balbutiante, ce discours porte en lui les premiers jalons de la reconstruction. Intro de Marion d'ALLARD


"La France a engagé dans cette guerre son existence en tant que nation

et jusqu’au destin de chacun de ses enfants".


         Mesdames, Messieurs,

  

 La victoire est aux dimensions de la guerre. L’Allemagne, entraînée jusqu’au fanatisme dans le rêve de la domination, avait voulu que matériellement, politiquement, moralement, la lutte fût une lutte totale. Il fallait donc que la victoire fût une victoire totale. Cela est fait. En tant qu’État, en tant que puissance, en tant que doctrine, le Reich allemand est complètement détruit (…).

Une chose est certaine : la France a engagé dans cette guerre son existence en tant que nation et jusqu’au destin physique et moral de chacun de ses enfants, mais elle a gagné la partie. (…)

    Mais, pour que le but fût atteint, il fallait que l’effort fût de bout en bout, non point du tout le concours dispersé qu’apporteraient des groupes de Français à la lutte livrée par diverses puissances, mais bien une action nationale, unique '(La Résistance fut unifiée, JPR), indépendante (ni les Anglais, ni les Américains ne lui ont dicté leur loi) , souveraine, embrassant à la fois le dedans et le dehors (union de la Résistance externe, à Londres, et de la Résistance intérieure), élevée au-­dessus de toute tendance particulière, de tout clan, de tout parti, n’admettant d’autres lois que celles que le pays s’était à lui-même données, ne composant à aucun degré et vis-à-vis de personne avec les droits, les intérêts, l’autorité de l’État, et rassemblant à mesure des événements tous les citoyens, toutes les forces, toutes les terres. Il le fallait pour qu’à la fin, la France fût debout, menant un seul combat, avec une seule épée, un seul territoire, une seule justice et une seule loi. (…) Il fallait à tout prix que notre effort fût indivisé pour que la France restât indivisible. Et, quand nos généraux reçurent à Reims et à Berlin, avec leurs camarades américains, soviétiques et britanniques, la reddition sans condition du Reich et de ses armées, c’est bien devant la France aussi que l’Allemagne a capitulé.

    Cependant, le seul chemin qui pût nous mener là était le chemin des batailles (…).

    Qu’on se rappelle les faits d’armes par quoi des unités héroïques, et dont le mérite et la gloire sont parmi les plus grands de notre Histoire militaire, ont, seules, porté en Érythrée, en Libye, en Orient, au Fezzan [1], sur toutes les mers et dans tous les ciels, l’honneur des armes de la France et relié ainsi le passé avec l’avenir ! Qu’on pense aux grands combats de Tunisie et d’Italie, où nos armées renaissantes jouèrent un rôle si glorieux et si efficace. Qu’on songe à la gigantesque bataille de France, où nos forces ne cessèrent pas de frapper chaque jour plus fort que la veille, soit qu’elles vinssent de l’Empire, pour briser, côte à côte avec nos alliés, toutes les défenses allemandes depuis la Méditerranée ou la Manche jusqu’au Rhin (…).

    Il est vrai qu’à chaque pas de la route vers la victoire, l’exemple de ceux qui tombaient venait exalter les vivants. Soldats tombés dans les déserts, les montagnes ou les plaines, marins noyés que bercent pour toujours les vagues de l’océan, aviateurs précipités du ciel pour être brisés sur la terre, combattants de la Résistance tués au maquis et au poteau d’exécution, vous tous qui à votre dernier souffle avez mêlé le nom de la France, c’est vous qui avez exalté les courages, sanctifié l’effort, cimenté les résolutions (…).

    Votre exemple est, aujourd’hui, la raison de notre fierté. Votre gloire sera, pour jamais, la compagne de notre espérance (…).

    La nation voit les choses telles qu’elles sont. Elle sait d’abord que, pour que justice soit faite à l’univers, le Japon, à son tour, doit être abattu, et elle veut contribuer à cet achèvement par les armes. Jetant les yeux sur le passé, elle voit ce que lui ont coûté ses illusions (Front populaire ?), ses divisions (Plutôt Hitler que le Front populaire ?), ses faiblesses (Baisse de la natalité?). Regardant le présent, elle mesure les atteintes qu’a subies sa puissance. Se tournant vers l’avenir, elle discerne le long et dur effort qui seul peut la rendre assez forte, fraternelle et nombreuse (ce sera le baby Boom) pour assurer son destin et, par là même, lui permettre de jouer pour le bien de l’humanité un rôle dont il est trop clair que l’univers ne se passerait pas. En un mot, le terme de la guerre n’est pas un aboutissement. Pour la Quatrième République, il n’est qu’un point de départ. (…) Que notre nouvelle victoire marque notre nouvel essor !

  [1] Le Fezzan est une région désertique du Sud-Ouest de la Libye, très riche en hydrocarbures. La capitale historique de cette province historique est la ville de Sebha. Ce territoire a été administré par la France de 1943 à 1951. Wikipédia


    Portrait du général Charles de Gaulle (1890-1970) vers 1944-1945 (Portrait of french general Charles de Gaulle 1944 1945) Anonymous Private collection ©The Holbarn Archive/Leemage/AFP

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