2. La Résistance

publié le 5 juil. 2011 à 07:18 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 août 2017 à 14:18 ]

   

CHRONOLOGIE

20 janvier 1940. La Chambre vote la déchéance des députés communistes.

18 juin 1940. Appel du général de Gaulle depuis Londres.

10 juillet 1940. Vote des pleins pouvoirs à Pétain. 1. La France de la collaboration

11 novembre 1940. Manifestation des étudiants à l'Étoile.

26 mal-9 Juin 1941 Grève des mineurs du Nord et du Pas-de-Calais à l'instigation des Communistes.

21 août 1941. Coup de feu de Fabien au métro Barbès.

24 septembre 1941. Fondation par de Gaulle, à Londres, du Comité national français.

1er janvier 1942. Premier parachutage de Jean Moulin.

2 janvier 1943. Accord à Londres entre Fernand Grenier (PCF) et de Gaulle.

27 mal 1943. Fondation du CNR à Paris.

21 juin 1943. Arrestation de Jean Moulin.

9 septembre 1943. Soulèvement des résistants corses.

17 septembre 1943. Création à Alger d'une assemblée constitutive du Comité français de libération nationale (CFLN).

15 mars 1944. Programme du CNR. 70° anniversaire de la création du COMITE NATIONAL de la RESISTANCE (CNR).

4 avril 1944. Deux communistes entrent au CFLN.

3 juin 1944. Le CFLN se transforme en Gouvernement provisoire de la République française (GPRF).

 

COURS

    La Résistance est, au début, diverse et divisée (1ère partie) mais elle s'est peu à peu unifiée et finit par devenir une grande force politique et une force militaire non négligeable (2ème partie).

A. DIVERSE ET DIVISÉE...


    Les hommes et les femmes de Londres (1) et de l'ombre (2) ont inventé un mot : Résistance. La Résistance est diverse, plurielle, multiforme ; mais dans le même temps, elle est un bloc : on en est ou on n'en est pas (quoique...).

1.      Qu’est-ce que "résister" ?

a)      Tous les résistants ont un point commun : le refus de la défaite.

    Ils affirment une chose toute simple : la France est toujours en guerre. L'armistice est un leurre. Alors que pour les collaborateurs de Vichy et les Allemands l'armistice marque la fin des combats, c'est pourquoi les Allemands considèrent les résistants comme des "terroristes" (qui agissent en dehors du texte de l'armistice) relevant du droit commun alors que ces derniers réclament le sort réservé aux prisonniers de guerre en cas de capture.

    Le résistant est un "subversif" qui est à contre-courant de la sensibilité dominante en 1940-41. La France des notables, des gens "établis", des patrons aussi, il faut le dire (DE Gaulle le leur reprochera à la Libération) est vichyste ; elle oppose aux Résistants son esprit de sérieux, sa respectabilité : la France a perdu la guerre, la victoire allemande est évidente, définitive, il faut collaborer. Pour elle, le résistant est un marginal, un subversif, pire un "communiste".

b)      Deux engagements semblent avoir été déterminants : le patriotisme et l'antifascisme.

    Parmi le premier : le Gaullisme. Mais il y eut des "maréchalistes" (thème du "double jeu" de Pétain) et quelques nationalistes. Portrait d’un résistant : Pierre Sudreau

    Parmi les antifascistes, les communistes ont combattu Vichy dès le première minute. Par contre, la direction du Parti suivit les variations de la politique de Staline : vigoureusement antifasciste jusqu'en 1939, elle semble accepter l'analyse de Staline sur le caractère "impérialiste" de la guerre, jusqu'en 1941 (1°partie. INTRO : LES CARACTÈRES DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE. Pourtant, avant l'invasion de l'URSS, elle suscite la création du Front National antifasciste dès mai 1941 (grève des mineurs du Nord-Pas de Calais). Le 22 juin 41 fut un "soulagement" pour tous.

c)      Le "peuple de l'ombre" :

    Ci-dessous, les membres dirigeants du groupe PCF FTP-MOI (moi= main-d’œuvre immigrée) dit groupe MANOUCHIAN (3°sur la photo en partant de la gauche). Étrangers qui ont combattu au sein du PCF avec d'autres coreligionnaires. Abattus. Chantés par Aragon et Léo-Ferré "l'affiche rouge".


Nombre : Il y eut 230.000 cartes distribuées aux "combattants volontaires de la Résistance. Mais cela exclut tous les sympathisants actifs (cad les braves gens qui ont hébergé, un ou deux jours par exemple, un résistant en partance pour l'Angleterre). On peut estimer à 1.000.000, le nombre de français, résistants actifs, au printemps 44.

    Age : il y a unanimité des historiens sur le "jeunesse" de la Résistance. Les moins de trente ans représentent la moitié, les 30/45 ans : un bon tiers.jeunesse de France et résistance anti-nazie : Georges Séguy

    Sexe : Ce sont surtout des hommes mais les femmes sont bien représentées. Il faut être, ici, tout en nuances. Citer Lucie Aubrac, Germaine Tillon, Madeleine Riffaud, Marie-Claude Vaillant-Couturier...

    Catégorie Socio-Professionnelle. : Mauriac a parlé de la trahison des élites et De Gaulle a relevé l'absence des patrons à Londres. Mauriac ajoute : "seule, la classe ouvrière est restée, dans sa masse, fidèle à la France profanée". Toutes les catégories sociales sont représentées sauf la paysannerie (à l'exception de certaines régions comme le Limousin ou le Beaujolais ou la Bretagne intérieure). Ont été "porteurs", les ouvriers, les employés (cheminots, postiers sont surreprésentés par rapport à leur place dans la population active), les couches moyennes indépendantes.

    "L’ombre" : un Résistant n'est pas un mélange de Zorro et d'un Robin des Bois. Son vécu quotidien, c'est l'attente, le maquis-refuge, la résistance sans héroïsme mais non sans risque, la peur de la "chute "(Cf. "ami quand tu tombes") et de l'interrogatoire par l'Abwehr - contre-espionnage allemand - ou la Gestapo ou la Milice. La peur, l'angoisse, le cafard ont un antidote : la fraternité.

2.      Réseaux et mouvements

    Ce sont deux termes que l'on utilise à tort l'un pour l'autre. Le réseau effectue un travail militaire précis, un Mouvement se propose de sensibiliser et d'organiser la population.

a)      Les réseaux

    250 réseaux de résistance ont été homologués "unité combattante". Leur rôle : filière d'évasion, renseignements à l'Intelligence Service, puis au Bureau Central de Renseignement et d'Action (B.C.R.A.) créé par De Gaulle pour imposer la France Libre aux côtés des anglo-saxons.

    Filmographie : L'Armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969).

b)      Les Mouvements

    Les Mouvements de résistance sont moins spécialisés, leur activité est plus variée et ils ont une dimension régionale voire nationale. Services logistiques : faux papiers, planques, trésorerie, service social ; Imprimerie (Eugène Pons à Lyon, catholique) ; Corps Francs pour réaliser des opérations de sabotage et des expéditions punitives ; entrisme avec le NAP (noyautage des administrations publiques) NAP-PTT, NAP-Fer.

    Le Front National (3) -sur initiative communiste- est le seul mouvement implanté aussi bien en Zone Nord qu'en Zone Sud et dans tous les milieux. Calquée sur les structures du PCF clandestin, son organisation est faite d'une hiérarchie de "triangles de direction". Sur les trois membres, un seul connait l'échelon supérieur (avec interdiction de le dire aux deux autres - prévention des tortures-) et un seul connait l'échelon inférieur.

    En Zone Sud on a eu : Combat, libération-sud, Franc-tireur ; en Zone Nord : Organisation Civile et Militaire, Ceux De La Résistance, Ceux De La Libération, Libération-Nord. Il y eu aussi Défense de la France, Lorraine, Vengeance, Résistance...

    Le développement de mouvements aussi diversifiés et autonomes à l'égard des alliés est l'une des originalités de la résistance française. La clandestinité n'en fait pas un organigramme bien huilé et bureaucratique : la Résistance n'est pas autogestionnaire, il faut des chefs qui décident, elle est sans contrôle démocratique. Elle est une armée. 


B. DES   "RÉSISTANCES" à "LA" RÉSISTANCE


1.      Résistance intérieure et résistance extérieure

a)      Concernant la résistance extérieure

    La France connaît une situation assez semblable à d'autres pays européens : depuis l'Angleterre, seul pays libre en guerre contre l'ennemi (URSS exceptée), des responsables en exil (gouvernement réfugié ou cas particulier du général de Gaulle) continuent la lutte et tentent de rester en contact avec leurs compatriotes. Il y a donc fréquemment deux résistances qui s'ignorent souvent parce que leur origine n'est pas la même.

    En septembre 1941, la France Libre s'est donné un gouvernement de fait : le Comité national Français. Mais le Général de Gaulle est dans une situation précaire (et cela jusqu'à l'automne 1943) en effet, les anglo-saxons ne manquent de lui rappeler : quelle est votre légitimité ? Il comprend qu'il lui faut apparaître comme le chef incontesté de "toutes les forces françaises combattantes".

    Dès janvier 1942, de Gaulle envoie Jean Moulin coordonner en Zone Sud les formations paramilitaires de la Résistance intérieure et le 25 novembre 1942 (N.B. : après l'invasion de la Zone sud) des contacts sont pris avec le P.C.F..

b)    Les divergences

   Sans parler de divergences, les préoccupations des deux résistances ne sont pas les mêmes. De Gaulle essaie de rassembler le maximum de militaires derrière lui, essaie de récupérer toutes les forces impériales de la France, essaie de donner une stature diplomatique à ce qu'il nomme "la France Libre". Sur le territoire occupé en revanche, la résistance c'est d'abord de multiples actions individuelles, les réseaux et mouvements se constituent peu à peu. L'objectif de la résistance intérieure est de dire la vérité puisque Vichy exerce une censure totale. Ensuite, il faut regrouper et tenter de faire agir la population : le P.C. crée des comités populaires contre le chômage, en mai-juin 41 ses militants sont à l'origine de la grande grève des mineurs du Nord-Pas-de-Calais. Des étudiants organisent la célébration du 11 novembre (dès l'année 1940, en plein Paris occupé).

Les résistants communistes tentèrent de s'emparer de la ville de Tulle. Les Allemands de la division SS Das Reich reprirent la ville et pendirent sans jugement 99 habitants (juin 44).    On observera le soldat qui rigole en saluant : incarnation de la bête immonde dont parle B. Brecht.  Photo Huma.D. (5 juin 14). C'est ici l'exemple de débat : les gaullistes reprochent au PC d'avoir agi prématurément en envahissant Tulle sans soutien, les Communistes répliquent qu'on ne peut attendre l'arrivée des Américains et rester l'arme au pied. En tout état de cause, les coupables restent et demeurent les SS...

     A partir de 1942, la résistance devient plus collective plus coordonnée. Les divergences apparaissent alors :

    a) la Résistance intérieure (socialiste, communiste ou républicaine) n'apprécie pas l'autoritarisme de De Gaulle.                    

    b) Faut-il attendre le jour J (comprendre = le débarquement) ou faut-il au contraire une action immédiate contre l'occupant ?

     c) Pourquoi se bat-on ? Pour la libération de la France seulement ou bien aussi, une fois le territoire libéré, pour une France nouvelle démocratique (voire socialiste) ?

2.      Vers l'unité

    Après l'acceptation par De Gaulle des grands objectifs communs à la Résistance, l'unité nationale peut se faire.

a)      Les grands objectifs communs

    Peu à peu, les résistants convergent vers un certain nombre d'idées simples mais fortes :

- Se battre contre l'occupant pour être partie prenante à la victoire. La France a déclaré la guerre en 1939, elle la continue, la Résistance unie c'est la France en guerre aux côtés des Alliés.

- ne pas se laisser libérer passivement en attendant les Américains : la libération est inséparable de l'insurrection.

- La France libérée sera rénovée de fond en comble, après la libération, il faudra réaliser un "véritable 89 économique et social" (Franc-tireur dixit).

    C'est pourquoi, après la constitution des Mouvements Unis de résistance (janvier 43) et la reconnaissance du P.C.F. comme parti résistant ès-qualités, J. Moulin accepte la présence des partis politiques et des syndicats (C.G.T. réunifiée dans la clandestinité) qui, à leur tour, acceptent l'autorité du général De Gaulle. Il faut dire que la résistance intérieure a besoin de relais extérieur (armes, argent, matériel radio) et d'une reconnaissance internationale. Surtout, l'unification est accélérée par les craintes que suscite la création à Alger, après le débarquement allié, d'un pouvoir de fait, sous protectorat américain qui menace la légitimité de la France Libre. En effet, les Américains préfèrent Giraud à de Gaulle qui dira d'eux "ils sont à la recherche d'hommes de paille pour cantonner la France dans un rang de puissance moyenne". Les communistes quant à eux redoutent une administration américaine après la libération : l'AMGOT (acronyme pour Allied Military Government of Ocuppied Territories).

    Ainsi est créé le Conseil national de la Résistance (27 mai 1943). 70° anniversaire de la création du COMITÉ NATIONAL de la RÉSISTANCE (CNR).

b)    Vers le G.P.R.F.

    Le C.N.R. est un "État" clandestin qui résistera à toutes les forces centrifuges. C'est une première dans l'Europe occupée et cela restera même unique : dans tous les autres pays les divergences demeureront entre Résistance intérieure et Résistance extérieure. Le C.N.R. comprend 8 Mouvements, 2 syndicats et 6 formations politiques. (cf. l’article sur le 70° anniversaire) Après l'arrestation de J. Moulin (21 juin 43), il est présidé par G. Bidault.

    Fort de ce soutien, De Gaulle peut créer à Alger le C.F.L.N., le 3 juin 1943, sa position est bien plus forte et Giraud privé du soutien des Américains doit se retirer (novembre 43).

    L'étape suivante est l'élargissement du C.F.L.N. aux représentants des Mouvements et aux communistes (qui y entrent en avril 1944).

    Le 2 juin 1944, à quatre jours du débarquement, le Comité se transforme en G.P.R.F. (gouvernement provisoire de la République française) dont De Gaulle est le président.

 

CONCLUSION : BILAN DE LA RÉSISTANCE

 LIRE : De Gaulle rend hommage aux Résistants (15 mai 1945)

1.      Au plan militaire

    les F.F.L. représenteront jusqu'à 500.000 hommes, la Résistance intérieure une force équivalente. Cependant, la Wehrmacht se sent peu menacée en France, moins qu'en Yougoslavie, en tout cas. Le rôle militaire de la résistance est cependant indéniable en juin 44. Si la Résistance française ne peut prétendre avoir influencé de façon décisive la cours de la guerre, son rôle a été souligné par le général Eisenhower, responsable d’ Overlord.  Août 1944 : Provence, l’autre débarquement

2.      Son rôle politique

    C'est l'essentiel. Grâce à la Résistance,

- la France est partie aux conventions d'armistice (elle signe à Berlin, le 8 mai), membre du Conseil de sécurité de l'ONU

- libérée elle-même, elle évite l'outrage de l'AMGOT (4), le GPRF n'est cependant reconnu qu'en octobre 44 par les Américains,

- C'est une revanche sur l'humiliation de la débâcle de 1940 et, dans la mémoire nationale, c'est un lavage de la honte du régime de Vichy (ce n'est pas le cas en Allemagne).

3.      Une occasion manquée ?

    Malgré l'unité du C.N.R., malgré le Tripartisme, l'unité de la Résistance va éclater à cause de la Guerre Froide. Sans doute, les Résistants ont-ils sous-estimé le poids des partis politiques dans le patrimoine politique français. Mais la France ne pouvait pas à elle seule éliminer les contraintes extérieures de la Guerre Froide.


 petite bibliographie :

    hors série de l'humanité, "1944, la France se libère", 68 pages, à demander au journal.

    pour ceux qui ont accès aux archives du MONDE : encart spécial "PARIS, l'insurgé", publié le 25 août 2004. A demander à votre C.D.I..



(1) De Gaulle, dès le 18 juin 1940.

(2) Le « groupe du musée de l'homme », le 15-12-40, dont relevait Germaine Tillon.

(3) Qu’il ne faut évidemment pas confondre avec celui d’aujourd’hui, qui n’a strictement rien à voir. En majuscules, les mouvements admis au Conseil National de la Résistance, en 1943.

(4) Elle aurait pu le subir comme l'Italie ou le Japon.

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