e. LA 4° REPUBLIQUE

  • LA POLITIQUE EXTERIEURE ET COLONIALE DE LA FRANCE DE 1945 A 1958     Malgré le désastre de 1940, la situation diplomatique de la France n’est pas si mauvaise que cela en 1945 : cela est dû à l’unité de la résistance et ...
    Publié à 18 févr. 2015 à 02:04 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA IV° REPUBLIQUE (1947-1958)     La IV° république est un régime de courte durée (onze ans). Cette brièveté s'explique par les conditions de sa naissance : la double hostilité des communistes et des gaullistes. Egalement ...
    Publié à 30 nov. 2016 à 07:28 par Jean-Pierre Rissoan
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LA POLITIQUE EXTERIEURE ET COLONIALE DE LA FRANCE DE 1945 A 1958

publié le 9 sept. 2011 à 02:00 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 18 févr. 2015 à 02:04 ]

    Malgré le désastre de 1940, la situation diplomatique de la France n’est pas si mauvaise que cela en 1945 : cela est dû à l’unité de la résistance et à l’existence du G.P.R.F.. Elle fait partie des « grandes puissances ». Mais notre pays se trouve confronté aux deux grands défis de l’après-guerre : le schisme Ouest-Est de la Guerre froide et la décolonisation. En choisissant de rester une puissance coloniale au sein du bloc occidental, la France se ramène au rang des puissances secondaires.

 

I. LES DÉSIRS D'UNE GRANDE PUISSANCE

 

    La France retrouve sa place de grande puissance en 1945 mais est immédiatement confrontée au problème de la décolonisation.

A.    Une puissance restaurée : 1945-1947

1.      Un pays indépendant et souverain

    Répétons-le, grâce à l’union gaullistes-communistes, grâce au C.N.R., 70° anniversaire de la création du COMITE NATIONAL de la RESISTANCE (CNR).la France a pu éviter l’ AMGOT, c’est-à-dire un gouvernement militaire allié (autrement dit américain) qui l’aurait administrée provisoirement en attendant la fin de la guerre et des élections générales. D’ailleurs, si De Gaulle débarque immédiatement en Normandie (14 jours après le 6 juin, tout de même), c’est pour signifier aux Américains qu’il existe un gouvernement français légitime que lui -De Gaulle - préside.

    Je cite l’encyclopédie Wiki : « Le 14 juin, dès son arrivée sur le sol français à Courseulles-sur-Mer, le général de Gaulle se rend à Bayeux qu'il traverse à pied, entouré d'une foule enthousiaste, avant de prononcer un discours dans lequel il affirme l'appartenance de la France aux pays alliés. Il installe François Coulet, commissaire de la République institué par le Gouvernement provisoire de la République française (G.P.R.F.) dans l'actuelle sous-préfecture et désigne Raymond Triboulet sous-préfet après la révocation de Pierre Rochat, nommé par Vichy en 1942 ».

    Les troupes communistes des F.T.P. acceptent de déposer les armes ou d’intégrer l’armée française régénérée qui continue la guerre contre les nazis.

    Le G.P.R.F. ne sera toutefois reconnu officiellement par les Américains qu’en octobre 1944. En décembre 1944, De Gaulle s’envole pour Moscou et signe un traité d’alliance avec Staline.

2.      Un acteur des relations internationales : Allemagne, O.N.U..

    Pays souverain et vainqueur, la France est présente le 8 mai 1945 à Berlin pour signer la capitulation sans condition de l’Allemagne. Elle est l’une des quatre puissances occupantes du pays vaincu (Pays de Bade et un quartier de Berlin). Elle est présente également à Tokyo pour la cérémonie de signature de la capitulation japonaise.

    A l’O.N.U., créée par le traité de San Francisco, la France est membre permanent du Conseil de sécurité avec droit de veto. Les Alliés lui reconnaissent tous ses droits sur son empire colonial de 1939. Or, on a vu que le Liban et la Syrie avaient obtenu leur indépendance dès 1943, sera-ce le cas pour les autres colonies ? De Gaulle réunit une conférence en janvier 1944, à Brazzaville. La conférence réunit finalement les représentants administratifs des territoires français d'Afrique, autour du général de Gaulle et de René Pleven (chargé des questions de l’Empire au sein du C.F.L.N.[1]). Un programme a été envoyé deux mois à l'avance aux participants. Ceux-ci comptent 21 gouverneurs, 9 membres de l'Assemblée consultative, et six observateurs envoyés par le Gouvernement général de l'Algérie, et les Résidences générales de Tunisie et du Maroc. Aucun indigène africain n'y prend part, six envoyant cependant des rapports qui sont lus au cours d'une séance consacrée au problème de la coutume familiale et sociale à laquelle assistent des représentants de tout l’empire. Contrairement à ce qu’affirmeront nombre de gaullistes, plus tard, il n’est nullement question d’indépendance lors de cette conférence.

Texte n°1.


B.     Le refus de la décolonisation

Ce refus de la décolonisation se manifeste partout. D’abord et surtout, le 8 mai 45 -le jour même de la cérémonie de Berlin- à Sétif.


1.      Sétif. Indochine. Madagascar. Maghreb (1952-53). Algérie.

a)      Sétif

    Les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata sont des répressions sanglantes d'émeutes nationalistes qui sont survenues en mai 1945 dans le département de Constantine, en Algérie française. Elles débutent le 8 mai 1945 : pour fêter la fin des hostilités et la victoire des Alliés sur les forces de l'Axe, un défilé est organisé. Les partis nationalistes algériens, profitant de l'audience particulière donnée à cette journée, décident par des manifestations d'abord pacifiques de rappeler leurs revendications patriotiques. Mais à Sétif un policier tire sur un jeune scout musulman tenant un drapeau de l'Algérie et le tue, ce qui déclenche une émeute meurtrière des manifestants, avant que l'armée n'intervienne.

    Il y aura parmi les Européens plus d'une centaine de morts et autant de blessés. Le nombre des victimes autochtones, difficile à établir, est encore sujet à débat en 2011 ; les autorités françaises de l'époque fixèrent le nombre de tués à 1.165, un rapport des services secrets américains à Alger en 1945 notait 17.000 morts et 20.000 blessés, le gouvernement algérien avance le nombre de 45.000 morts, alors que suivant les historiens le nombre varie de 8.000 (Charles-Robert Ageron, Charles-André Julien) à 15.000 victimes. Longtemps, silence a été fait sur ces évènements dramatiques.

    Aujourd’hui, le « temps de la dénégation » des massacres perpétrés par la colonisation «est terminé». A Guelma, dans l'est de l'Algérie, dimanche 27 avril 2008, à l'université du 8-Mai-1945, l'ambassadeur de France en Algérie, Bernard Bajolet, a fait évoluer le lexique officiel français sur la question de l'histoire coloniale. A quelques jours de la commémoration de la répression le 8 mai 1945 d'une révolte algérienne, l'ambassadeur a parlé d'«épouvantables massacres» perpétrés à Sétif, Guelma et Kherrata et de la « très lourde responsabilité des autorités françaises de l'époque dans ce déchaînement de folie meurtrière». Ces massacres, qui ont fait entre 15 000 et 45 000 morts, selon les sources, «ont fait insulte aux principes fondateurs de la République française et marqué son histoire d'une tache indélébile». «Aussi durs que soient les faits, la France n'entend pas, n'entend plus, les occulter. Le temps de la dénégation est terminé», a ajouté l'ambassadeur.

b)      Madagascar

    La tragédie malgache de 1947 est encore moins connue que celle de Sétif. Le 29 mars 1947, des paysans armés de bâtons et de couteaux attaquent les garnisons françaises de Madagascar. Cette insurrection commence deux ans après la fin de sa seconde guerre mondiale et la répression de Sétif en Algérie, et un an après que la population d’Indochine a entrepris de conquérir son indépendance. Elle s’éteindra vingt mois plus tard, à la mort des derniers insurgés, sous les balles du corps expéditionnaire qui fera plusieurs dizaines de milliers de victimes.

    La France, coutumière des trous de mémoire, ignore tout de cette insurrection et de son cortège de tortures et d’exactions. À Madagascar, bien après l'indépendance, les événements de 1947 ne sont jamais évoqués. Pendant plus d'une génération, les parents ont refusé d'en parler à leurs enfants. Il faudra attendre les années quatre-vingt pour que le silence soit rompu. Un film[2]très récent se propose de témoigner d'un massacre oublié, lors d'une guerre d'indépendance semblable aux guerres d'Indochine et d'Algérie.

c)      La guerre au Maghreb : Maroc et Tunisie.

    La situation est très différente en Algérie, en Tunisie et au Maroc. La population européenne est d'abord d'importance très inégale. En Algérie, un million d'Européens, en face de 8 millions de musulmans. Au Maroc, 200 000 Français, d'implantation récente, sur 9 millions d'habitants environ, mais de grands domaines agricoles (orangers) aux mains des colons, ainsi que le commerce et l'industrie en plein essor (Casablanca, plus de 600 000 hab.). En Tunisie, une population moins nombreuse (un peu moins de 4 millions), où la minorité européenne comprend presque autant d'Italiens que de Français. La colonisation agricole est limitée à quelques grands domaines.

    Les différences juridiques sont capitales. En Tunisie et au Maroc, subsiste en droit un État indépendant (possibilité de saisir l'O.N.U.), avec un souverain musulman légitime : le bey en Tunisie, le sultan Mohammed ben Youssef au Maroc. Ces chefs d'État exercent en principe le pouvoir et nomment les ministres. Auprès d'eux, un résident général représente la France. En fait les Français administrent directement ces pays et ils dirigent notamment les finances et la police. Mais le souverain légitime constitue un interlocuteur désigné.

    En Tunisie, après des déclarations publiques admettant l'indépendance comme objectif ultime (1950) et des décrets moins ambitieux, mais qui amorçaient la disparition de l'administration directe (février 1951), la pression des colons conduit à un revirement de politique. Les élections générales de 1951 ont été favorables aux « modérés », mot trompeur qui veut dire droite/droite extrême, très colonialistes. La France refuse les projets du gouvernement tunisien et revendique une co-souveraineté sur la Tunisie. Le gouvernement tunisien saisit l'O.N.U.. Des émeutes éclatent à Bizerte (janvier 1952). Le résident général fait arrêter Bourguiba et les leaders du Néo-Destour. L'U.G.T.T.[3] déclenche une grève générale. En réplique, la légion étrangère ratisse le cap Bon : viols, pillages et meurtres. Le résident exige du bey la démission du gouvernement, auquel participait le Néo-Destour. Le bey n'obéissant pas, le résident fait arrêter le premier ministre et trois autres ministres (25 mars 1952). Une vague d'arrestations déferle sur tout le pays. Les nationalistes prennent le maquis (ils deviennent des "fellaghas") et leur terrorisme affronte te terrorisme d'organisations secrètes européennes (la Main rouge). En décembre, le secrétaire de 1'U.G.T.T., Ferhat Hached, est assassiné par la Main Rouge, avec la complicité de la police. Le bey refuse de collaborer désormais avec le résident général et engage une grève du sceau[4].

    Au Maroc, l'agitation tunisienne est contagieuse. Des émeutes éclatent à Casablanca, en décembre 1952, à la nouvelle de l'assassinat de Ferhat Hached. Le résident général dissout alors l'Istiqlal et en arrête les chefs. Les colons et l'administration, hostiles au sultan, misent sur la persistance des structures féodales et la force de chefs locaux qui acceptent mal d'être soumis au sultan. Ils soutiennent et favorisent l'entreprise du Glaoui, pacha de Marrakech, qui prend la tête d'un mouvement d'opposition antidynastique et fait proclamer un nouveau chef religieux du Maroc, Ben Arafa (15 août 1953). Le résident général dépose alors le sultan Mohammed V et le remplace par Ben Arafa (20 août), mais il apparaît vite que celui-ci n'a aucune autorité. Le terrorisme anti-européen et la répression policière se développent.

d)      Le refus de l'indépendance de l'Algérie

    Lorsqu’ éclate la "Toussaint rouge" (1er novembre 1954), le Président du conseil français, qui n’est autre que P. Mendès-France, fait la déclaration suivante :

    "À la volonté criminelle de quelques hommes doit répondre une répression sans faiblesse, car elle est sans injustice. Les départements d'Algérie font partie de la République, ils sont français depuis longtemps ; leur population, qui jouit de la citoyenneté française et est représentée au Parlement, a donné assez de preuves de son attachement à la France pour que la France ne laisse pas mettre en cause son unité. Jamais la France, jamais aucun Parlement, jamais aucun gouvernement ne cédera sur ce principe fondamental" (12 novembre 1954). Belle sagacité qui n’a d’égale que celle de François Mitterrand, ministre de l’Intérieur à la même date

Texte n°2.


2.      Opposition du P.C.F.. Hostilité des milieux coloniaux : un pays divisé.

    Pierre Mendès-France expose devant l'Assemblée nationale les résultats de la conférence de Genève. 23 juillet 1954. «Il était naturel, au lendemain d'un accord aussi douloureux, que des critiques se manifestent à la tribune. Je demande cependant aux critiques un peu trop sévères, de ne pas oublier Diên Biên Phû et un certain nombre d'autres circonstances qui nous ont conduits là. Croyez-vous réellement que nous pouvions, en présence de la carte de guerre qui était la nôtre, obtenir mieux ? [...] Mesdames, Messieurs, on l'a dit, c'est une page de notre histoire que nous venons de tourner. Ayons le sang-froid, ayons le courage d'y trouver une leçon, cruelle mais, si nous le voulons, fructueuse pour les grandes œuvres de reconstruction en France et dans l'Union française auxquelles nous devons maintenant consacrer toutes les forces de notre patriotisme»[5]. Ces propos laissent entendre une forte hostilité du côté de la droite "modérée". La politique de P. Mendès-France conduit, après la "perte" de l’Indochine, à l’indépendance du Maroc et de la Tunisie. Ce qui déclenche contre lui, une campagne de haine inouïe -sauf, sans doute, contre Léon Blum en 1936-.

a)      L’ire de l’extrême-droite

    C’est que les évolutions économiques, la modernisation administrative -quant aux impôts notamment- font surgir une nouvelle extrême-droite qui remporte un gros succès en janvier 1956 avec 14% des voix exprimées (notamment chez les artisans et commerçants). C’est le mouvement Poujade.

    Pour donner le ton de l’argumentation poujadiste, je cite la réaction du leader après que lors d’une réunion officielle, P. Mendès-France a bu… un verre de lait !

    "Si vous aviez une goutte de sang gaulois dans les veines, vous n'auriez jamais osé, vous, représentant de notre France, producteur mondial de vins et de Champagne, vous faire servir un verre de lait dans une réception internationale ! C'est une gifle, Mr Mendès, que tout Français a reçue ce jour-là : même s'il n'est pas un ivrogne !"."Si vous aviez une goutte de sang gaulois dans les veines" : Mendès-France était juif. Antisémitisme pas mort.

    L'argument impérial est beaucoup plus inattendu parce qu'on ne voit guère le lien –d'un point de vue rationnel s'entend- avec "le sort des commerçants écrasés par le fisc" (point de départ, on le sait du mouvement Poujade). Les poujadistes sont contre la décolonisation. "Faillite de notre Empire ! L'Indochine française perdue après une guerre évitable, les territoires de l'Inde cédés sans discussion et contrairement à la Constitution. Dès à présent la Tunisie et le Maroc échappent à notre influence : tel est le bilan des Bidault, Pinay, des Mendès et des Faure. (…). "L'union française se disloque progressivement du fait d'une politique incohérente où se révèle l'influence d'intérêts étrangers. La perte de ses territoires d'outre-mer ramènerait la France au rang de puissance mineure, ce déclin entraînant lui-même une dégradation économique dont les travailleurs seront les premières victimes". L'extrême-droite fait ainsi le lien entre la prospérité de l'Occident et l'exploitation de l'Empire. Elle réitère son indignation : "La France a perdu l'Indochine, ses comptoirs de l'Inde. Elle perdra demain l'Afrique du Nord et l'Afrique Noire. Il ne s'agit pas seulement de son prestige, mais aussi de sa prospérité, car les territoires d'Outre-mer sont un élément essentiel de notre richesse". Aveu limpide. C’est la première fois, à mon sens, qu’un parti colonialiste avoue que les colonies enrichissent la métropole. On notera que rien n'est dit sur les intentions des futurs élus poujadistes pour prévenir les indépendances : intervention militaire ? Guerre coloniale ? Envoi du contingent ? Mystère… Mais, cela, c'est de la politique ! et Poujade ne fait pas de politique…

b)      La crise morale en France

    Après la "sale guerre" d’Indochine comme disait le PCF Henri Martin, une conscience dans la sale guerre d'Indochine, la guerre d’Algérie soulève aussi des problèmes moraux, problèmes accentués par l’utilisation avérée de la torture. Le parti socialiste poursuit la "pacification" en Algérie. Il se compromet, des adhérents le quittent. Les Intellectuels, se souvenant du rôle de leurs prédécesseurs lors de l’affaire Dreyfus, s’engagent contre la guerre. Le P.C.F. lutte aussi contre la guerre. Mais, pour beaucoup de ces intellectuels, il ne "va pas assez loin". Le PCF refuse de donner des mots d’ordre de désertion du service militaire : d’une part, il risquerait de ne pas être suivi car l’opinion n’est pas pour l’indépendance, au début de la guerre en tout cas, d’autre part, il pourrait être interdit (hypothèse déjà envisagée par Pinay en 1952).

    Le "manifeste des 121" est un grand moment de la vie intellectuelle et politique de notre pays. Extraits : "De plus en plus nombreux, des Français sont poursuivis, emprisonnés, condamnés pour s'être refusé à participer à cette guerre ou pour être venus en aide aux combattants algériens. Ni guerre de conquête, ni guerre de « défense nationale », ni guerre civile, la guerre d'Algérie est devenue peu à peu une action propre à l'armée et à une caste qui refuse de céder devant un soulèvement dont même le pouvoir civil [ ... ] semble prêt à reconnaître le sens [ ... ]. Cette armée compromet et risque de pervertir la nation même en forçant les citoyens sous ses ordres à se faire les complices d'une action factieuse et avilissante. Faut-il rappeler que quinze ans après la destruction de l'ordre hitlérien, le militarisme français est parvenu à restaurer la torture ? "[6]

    L. Schwartz, mathématicien éminent, professeur à l’ École polytechnique, fut victime des foudres du ministre des armées -P. Messmer [7]- qui argua que, l’école relevant de son ministère, il contrevenait à la discipline. Il fut destitué. Mais il y eut pire : "Moi-même, je fus révoqué de mes fonctions de professeur à l’ École polytechnique, mais aussi averti, par des élèves de l’ École, qu’une tentative d’assassinat se préparait contre moi. Et des hommes de main de l’extrême droite enlevèrent mon fils, Marc-André, qui ne se remit d’ailleurs jamais complètement des nuits passées dans la forêt glaciale, sous la menace d’un revolver"(L. Schwartz).

     Le sommet de cette politique de "grande puissance" est atteint avec l’expédition de Suez qui fut un fiasco diplomatique, la France reculant devant la menace soviétique et l’action plus discrète des financiers américains jouant contre le Franc. La grenouille n’était pas un bœuf.(lire le détail de la crise de Suez dans d. LA STABILISATION : 1954/1955-1962

 

II. L'ALIGNEMENT OCCIDENTAL

 

    Jusqu’en 1960 - "sommet" de Paris- les médias parlent des « quatre grands » mais tout le monde constate que les deux super-grands mènent le monde. Au sommet de Vienne (1961), entre les deux "K", le tournant est parfaitement négocié : les vrais sommets sont ceux qui réunissent USA et URSS. La France n’est plus qu’une puissance moyenne, alignée derrière les États-Unis, et qui ne peut guère qu’afficher des ambitions européennes. 

A.    L'intégration atlantique

1.      Le choix de 1947

    Le schisme Est-Ouest n’est pas né immédiatement après le 8 mai 45. Pendant longtemps, dans les sommets à Quatre concernant l’Allemagne, la France avait le même point de vue que l’Union Soviétique. Faire payer l’ennemi, l’amputer de certains régions occidentales, déplacer des usines, etc… Lorsque les Américains constatèrent que l’Union Soviétique était leur nouvel ennemi n°1 et comprirent que la réunion des quatre parties allemandes sous un régime libéral à l’occidental, allait être impossible, ils ne purent, d’abord, réaliser que la réunion des deux zones anglaise et américaine, ce que l’on appela la bi-zone. La Tri-zone (d’où sortira l’Allemagne de l’Ouest) fut réalisée ultérieurement quand la France dut passer sous les fourches caudines des Américains pour obtenir l’aide du plan Marshall.

    En 1946, un premier rapprochement s’effectua entre Paris et Washington, relatif à l’Indochine et aux difficultés financières du pays, en contrepartie, la France dut accepter les accords Blum-Byrnes ouvrant toutes grandes les portes des cinémas français aux films américains. Il y eut, en France, des manifestations de comédiens et acteurs contre ces accords. Mais l’américanisation de la France était engagée, le Coca-cola se déversa, malgré la campagne des Communistes français contre ce produit alimentaire, fruit du bon goût des anglo-saxons. Texte 3

    En 1947, le départ des ministres communistes est une conséquence de la proposition du plan Marshall qui n’était pas sans contrepartie. Voir la création du COCOM. (c. LES RELATIONS INTERNATIONALES DE 1945 à 1953).

Même De Gaulle choisit le camp américain malgré ses démêlées durant la guerre avec Roosevelt et son administration. Le traité franco-soviétique de décembre 1944 est déclaré nul. 


2.      Isolement et hostilité des communistes.

    En septembre 47, se tient une réunion des partis communistes du (futur) bloc soviétique et ceux de France et d’Italie. La ligne imposée par Moscou est, alors, de tout tenter pour faire échouer la stratégie de "bloc" des États-Unis. Au contraire de tous les autres partis français, le PCF est le seul à défendre le point de vue soviétique dans les questions internationales. Il développe une vaste propagande contre la politique de course aux armements qui est inscrite en toutes lettres dans le texte du traité de l’OTAN : Article 3 du traité de l’OTAN : afin d'assurer de façon plus efficace la réalisation des buts du présent Traité, les parties, agissant individuellement et conjointement, d'une manière continue et effective, par le développement de leurs propres moyens en se prêtant mutuellement assistance, maintiendront et accroîtront leur capacité individuelle et collective de résistance à une attaque armée.

B.     La politique européenne

1.      Les prolongements du Plan Marshall : O.E.C.E., C.E.C.A.,

    Une des conditions du plan MARSHALL est la mise en place d’une coordination des économies européennes. C’est ainsi qu’est mise en place l’Organisation Européenne de Coopération Économique (OECE)[8]. Le texte 4 exprime un point de vue très favorable à l’OECE.

    Il faut savoir que les Américains ont toujours été les principaux "supporters" de l’union européenne. Texte 5


    Lorsque sera signé le traité de Rome (1957), on assiste à un "débarquement économique" américain et l’industrie américaine en Europe de l’Ouest devient la seconde industrie mondiale.

    Il faut bien comprendre que l’aide américaine est tout sauf désintéressée. D’une part, il s’agit d’éviter que la "misère" fasse basculer les électorats vers les PC européens, selon une formule célèbre, "il faut noyer Marx dans le Coca-Cola" ; d’autre part, un pays qui reçoit des dollars se tourne vers qui pour acheter ses biens d’équipement ? L’ Allemagne et le Japon sont en ruines et doivent d’abord fournir leur marché intérieur. Les dollars retournent donc aux États-Unis seuls capables d’assurer la demande des pays en reconstruction[9]. Lire le schéma « l’aide américaine à la France ».






Le financement du plan Marshall fonctionne de la manière suivante : (doc. 6)


2.      Les hésitations : C.E.D. et le tournant de 56-57

    Par rapport à l’unité européenne, des résistances se font jour en France. L’union avec l’Allemagne est crainte bien au-delà du PCF. Tous les partis -sauf les Indépendants & Paysans d’A. Pinay et le M.R.P. (qui suit en cela la politique du Vatican) - sont divisés sur cette question. Le traité créant une Communauté européenne de défense (C.E.D.) est rejeté par la chambre des députés le 30 août 1954.

    Mais le tournant politique visant à plus d’homogénéité économique entre pays ouest-européens est pris. Il est remarquable de constater la contemporanéité de deux décisions d’importance : la loi-cadre Deferre (1956) et le traité de Rome (1957) précédé par la conférence de Messine en 1956.

Mon idée est la suivante : la bourgeoise française se détourne de l’empire et s’engage dans la « construction européenne », au sein de laquelle son industrie, jusqu’alors protégée, rencontrera la concurrence de celle des Cinq autres pays mais c’est la seule voie pour assurer l’avenir. L’empire, sous sa forme coloniale XIX° siècle, est une impasse.

La loi Deferre-Houphouët-Boigny autorise le gouvernement à mettre en œuvre les réformes et à prendre les mesures propres à assurer l’évolution des territoires relevant du ministère de la France d’outre-mer. La vague de décolonisation de l’année 1960 est une conséquence logique. Tableau de la décolonisation française (Doc. 7)


Avec le traité de Rome, le destin de l’Algérie est de facto scellé : elle sera indépendante si possible en association avec la France, mais la France, sautant comme un cabri, se tourne vers une nouvelle aventure : l’Europe, l’Europe, l’Europe ! (Ch. De Gaulle).






[1] Comité Français de Libération nationale qui sera remplacé le 3 juin 44 par le G.P.R.F..

[2] « L’insurrection de l'ile rouge » de Danièle Rousselier (2011).

[3] Union générale des travailleurs tunisiens.

[4] C’est-à-dire qu’il refuse de co-signer les décisions du résident-général. Tout ce passage doit beaucoup au livre d’Antoine PROST, « Petite histoire de la France au XX° siècle » (A. Colin, coll. U), irénique et très pratique. 

[5] Journal officiel, Débats parlementaires, Assemblée nationale, 1954.

[6] Manifeste (dit des 121) d'intellectuels contre la guerre d'Algérie, été 1960. Lisible sur le net. De cette liste, j’extrais arbitrairement les noms de S. de Beauvoir, P. Boulez, Jean-Louis Bory, André Breton, Michel Butor, Guy Cabanel, Alain Cuny, René Dumont, Claude Lanzmann, Henri Lefebvre, André Mandouze, François Maspero, Th. Monod, Laurent Terzieff, Édouard Pignon, Madeleine Rebérioux, Alain Resnais, Alain Robbe-Grillet, Christiane Rochefort, Claude Roy, Françoise Sagan, J.-P. Sartre, Claude Sautet, Laurent Schwartz, S. Signoret, François Truffaut, Vercors, Jean-Pierre Vernant, Pierre Vidal-Naquet, René Zazzo.

[7] On est alors sous la V° république et je déborde les limites chronologiques du sujet. Mais la contestation des cercles intellectuels date du début de la guerre (1954). Par ailleurs, l’École polytechnique est sous l'autorité du ministère des Armées.

[8] Qui deviendra "OCDE" après l’entrée de pays asiatiques et d’Océanie.

[9] Cette situation perdurera jusqu’au tournant des années 60’ où le Japon et l’Allemagne de l’Ouest se placeront à nouveau sur le marché en concurrence des Américains.

LA IV° REPUBLIQUE (1947-1958)

publié le 5 juil. 2011 à 13:25 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 30 nov. 2016 à 07:28 ]

    La IV° république est un régime de courte durée (onze ans). Cette brièveté s'explique par les conditions de sa naissance : la double hostilité des communistes et des gaullistes. Egalement par les problèmes coloniaux que la IV° n'avait pas la force de surmonter.

    Confrontée à ses propres divisions, la "troisième force" perd rapidement le soutien de l'opinion malgré deux tentatives politiques (Mendès-France, Guy Mollet) où le régime aurait pu retrouver une nouvelle légitimité.

A.    La "Troisième force"

    C'est l'ensemble des partis qui refusent, à gauche, un communisme inféodé à Moscou et à droite, un gaullisme qui manifeste des tentations autoritaires et se rapproche de la droite extrême.

1.      Le temps des "modérés"

a)      1947: "L’année Terrible"

En six mois, les prix alimentaires ont augmenté de 43 %, les salaires de 11 %. Le ravitaillement est très insuffisant, le gouvernement refuse d'augmenter les salaires. L'année 1947 est une année de grèves record avec 23,3 millions de journées de travail perdues contre 374 en 1946. Les grèves culminent en novembre-décembre. Ces grèves avaient commencé dès le printemps ; comment s'explique la crise et la violence de l'hiver ? Il faut y voir une conséquence de la guerre froide et de la réunion des P.C. européens en septembre 1947 et la création du Kominform. Le P.C.F. lance alors toutes ses forces contre le gouvernent français qu'il juge aligné sur les USA après l'acceptation du plan Marshall (réunion de Paris en juillet). Le socialiste Jules MOCH envoie les C.R.S. dont certaines se mutinent. En décembre 47, la minorité socialiste de la C.G.T. crée Force-ouvrière (F.O.) avec l'aide financière des syndicats américains.

A droite, la général de Gaulle reçoit le soutien des forces les plus intransigeantes (comprendre l'extrême-droite) ce qui effraie les démocrates car le R.P.F. obtient un gros succès électoral aux élections municipales.

C'est le 10 janvier 1948 qu'est créée la "troisième force" qui n'est qu'une entente parlementaire et gouvernementale entre les partis de gauche non-communistes et le M.R.P..

En 1948, les grèves cessent par un échec et marquent un recul du P.C.F. et un glissement à droite de l'électorat.

b)      Le glissement à Droite : Pinay

    Dans l'ensemble, cette législature connaît un glissement à droite régulier qui est confirmé par les élections générales de 1951 avec une chambre "hexagonale" (parce que 6 partis sont représentés à la Chambre avec un nombre de députés à peu près équivalent, entre 90 et 100). 

    Cette politique de droite s'exprime de la façon suivante :

-          guerre renforcée en Indochine, répression au Maroc et en Tunisie

-          vote de lois scolaires favorables à l'école privée

-          politique d'unification européenne avec le traité de la C.E.D. (Communauté européenne de défense) signé en 1952 mais que l'on hésite à ratifier.

-          Pinay est la figure dominante de cette période soit aux finances, soit au poste de président du Conseil. Il mène une politique monétariste : déflation et réduction des dépenses publiques (baisse du traitement des fonctionnaires), lancement d'un emprunt garanti sur l'or. cette politique provoque une nouvelle poussée de grèves (9,7 millions de journées) dont la fonction publique pour la première fois (en 1953).

    Au plan politique, la période est marquée par la création du C.N.I.P., droite libérale et conservatrice qui a les faveurs du patronat et des professions libérales ainsi que de sectes catholiques[1]. Cette appellation de "modérés" concernant le C.N.I.P. est un abus de langage.

2.      Faiblesses de la "troisième force"

    Cette 3° force, à contenu électoraliste, est un mélange des contraires. On peut l’exprimer par le tableau suivant. Cette division, cet éclatement de l’opinion politique française, permet des chutes de gouvernements, des renversements d’alliances, etc…

a)      Les divisions sur les grands dossiers

 

 

PCF

SFIO

RADICAUX

M.R.P.

IND.& Pays.

GAULLIS.

Diplomatie

URSS

USA

USA

USA

USA

USA

Europe

Non

Oui

Oui /Non

Oui

Oui

Non

Décolonisa.

Oui

Oui/Non

Oui/Non

Oui/Non

Non

Non

Exécutif

assemblée

assemblée

Parlement.

Parlement.

Parlement.

Président.

École

laïque

laïque

Laïque

privée

privée

privée

Rôle de l’État

Interven.

Interven.

Libéraux

Interven.

libéraux

Interven.

Etat-provid.

Pour

Pour

Contre

Pour

Contre

Pour

PS. : oui/non signifie que les députés du parti sont divisés sur la question.

 

 Au plan international : la politique européenne divise. Non pas au plan économique (O.E.C.E. puis plan SCHUMAN (9 mai 1950) créant la C.E.C.A.) mais au plan militaire. Les CNIP et MRP sont favorable à la C.E.D mais les radicaux et les socialistes se divisent y compris au sein même de leur parti.

Le dossier colonial :

La France s'engage dans "la sale guerre" d’Indochine, le P.C.F. mène une lutte dynamique contre cette "sale guerre" (affaire H. Martin, en 1950). La question se pose progressivement : faut-il négocier ou non avec Ho-chi-Minh ? Le désastre de Dièn-Bien-Phu provoque une crise gouvernementale (chute du cabinet Laniel -CNIP-) . Mendès-France, un radical, est prêt.

Au plan scolaire : A gauche, les laïcs ; à droite les "cléricaux".

Au plan social : C.N.I.P. et radicaux s'opposent aux M.R.P. (par exemple sur le SMIG) et aux socialistes.

Mais le danger gaulliste semble dissiper puisque De Gaulle dissout le R.P.F.. C'est la "traversée du désert" pour le Général.On aura  observé que le CNIP est le seul parti qui est -sur toutes les questions- opposé au PCF. C'est normal : c'est le parti des patrons et de Pinay, un ancien de Vichy, lui-même fabricant de chapeaux.

b)      Les pratiques institutionnelles

    La IV° a connu 22 gouvernements (y compris celui du général de Gaulle en 1958) soit un tous les six mois. Comme il faut en moyenne 12 jours pour régler une crise c'est 24 jours sans gouvernement chaque année.

    C'est, en principe, un régime parlementaire ; c'est-à-dire que le gouvernement ne peut fonctionner qu'avec la confiance des chambres élues mais avec des moyens réciproques de pression : mise en cause de la responsabilité du Gouvernement par la chambre et droit de dissolution de la Chambre par le Gouvernement. Mais il s'agit en fait d'un régime d'assemblée :

        - D'une part, le droit de dissolution est limité par la constitution (règle des deux fois 18 mois) et il y a la coutume : sous la III° république, la Chambre ne fut jamais dissoute après l'épisode Mac Mahon (1877).

        - D'autre part, la Chambre peut voter des résolutions à la majorité simple, (coutume non écrite dans la constitution laquelle prévoyait 50% des députés inscrits pour la censure ou le refus de confiance), c'est ainsi que les gouvernements de IV° démissionnent quand une résolution qui les désapprouve est votée par une majorité même relative de députés[2].

    De plus, l'Assemblée est maîtresse absolue de son ordre du jour et du déroulement de ses débats.

    Enfin, alors que la constitution ne prévoit un vote d'investiture que pour le Président du Conseil, les chefs de gouvernement demandent en plus un vote sur la composition du cabinet, c'est-à-dire sur le choix des ministres : c'est la "double investiture" non prévue par la constitution, cela revient à faire choisir les ministres du gouvernement par les partis de la Chambre, retour aux habitudes de la III°.

    A cela s'ajoutent des éléments comme les 13 tours pour l'élection de R. Coty à l’Élysée, la politique appliquée contraire à la politique annoncée, tout cela alimente un dégoût pour le "système" (mot fréquemment employé par le Général) et explique -en partie- l'ampleur du vote des Français pour De Gaulle qui obtiendra 80% de "oui" au référendum relatif à la constitution de la V° république.

Bibliographie : 

    pour ceux qui ont accès aux archives du MONDE : lire un article intitulé "il y a quarante ans, la troisième force" signé Jacques KERGOAT. (votre CDI doit être abonné et avoir accès à ces archives)

B.     Deux tentatives de ressourcement

    Par deux fois, en 1954 et en 1956, on a cru que le régime allait se redresser politiquement.

1.      L’expérience Mendès-France

18 juin 1954 - 5 février 1955

La France, sous l'impulsion des communistes, se lasse de la guerre d'Indochine. La défaite de Dien-Bien-Phu est un traumatisme pour l'opinion. René Coty doit appeler un homme prêt à négocier avec Hô : Pierre Mendès-France. P.M.F. est investi le 17 juin 1954 en exprimant avec éclat son refus du soutien communiste. Fait sans précédent, PMF déclare, le 17, qu'il décomptera les voix communistes pour le calcul de la majorité d'investiture. Toute sa vie, il sera moins lucide que F. Mitterrand en refusant toujours l'alliance avec le P.C.F.. C'est ce qui explique sa disparition de la grande scène politique (1969 ?). Mais il a laissé un mythe.Observons que sa politique était plus honnête que celle de Mitterrand qui s'allia aux communistes pour mieux les étouffer. Ce qui fût. Revenons au sujet.

NB. La base du gouvernement PMF est le parti radical, le centre-gauche et parti socialiste.

La déclaration d'investiture :


    C'est un extrait de la déclaration d'investiture faite le 17 juin 54 devant l'Assemblée nationale par P.M.F. en application de l'article 45 de la constitution du 27 octobre 1946. PMF est investi par les députés dans une période de crise : crise des institutions (déc. 53 : élection de Coty, crise de la C.E.D. qui divise tous les partis sauf le P.C.F., 7 mai 54 : désastre de Dien-Bien-Phu…).

Dans cette déclaration, P.M.F.

-          accorde la priorité au règlement de la question indochinoise (lignes 1 à 17)

-          envisage le problème du réarmement allemand (18 à 28)

-          évoque le problème colonial (29 à 36)

-          envisage de rétablir, en partie au moins, l'autorité de l'exécutif (37 à 43).

 

a)    L’Indochine et la politique coloniale en AFN

Mendès-France accélère le processus de négociation à Genève (26 avril - juillet 54) où sont réunis les 4 "grands" mais aussi la Chine, les Corée et les représentants de l'Indochine. Il menace (ligne 17). L'accord se fait sur le retrait de la France, l'indépendance de la R.P. du Nord-Viet Nam et élections à préparer au sud..

Concernant l'Afrique du Nord, AFN, en juillet 54, il prononce le discours de Carthage dans lequel il affirme la souveraineté interne de la Tunisie. Il met en place un dispositif qui prépare l'indépendance du Maroc et de la Tunisie (cf. lignes 32-33). Il s'attire l'hostilité de la droite et des colonialistes français, surtout qu'en novembre 54, éclatent les événements d'Alger, et la droite redoute "un nouveau Carthage" relatif cette fois à l’Algérie.

b)      la politique européenne et le problème de la C.E.D.

Mendès-France soumet la ratification du traité de la CED [3] au vote de l'assemblée, le 30 août 54, sans engager sa responsabilité gouvernementale. Le traité est repoussé par les députés, le M.R.P. est dès lors hostile à P.M.F., il a commis "le crime du 30 août". Mais les Américains trouvent une solution de remplacement avec les accords de Londres qui font de la République Fédérale Allemande (RFA) un État souverain, intégré à l'OTAN donc avec une armée. le gouvernement français signe les accords de Londres. Les communistes reprochent alors à P.M.F. d'être "l'homme du réarmement allemand".

c)      les méthodes : un souffle nouveau ?

    Mendès-France a un discours carré (lignes 15 et suivantes), il refuse la double investiture comme la constitution le lui permet, il s'adresse directement aux Français à la radio, la presse se met à son service (l'Express avec Mauriac; J.-J. Servan-Schreiber), l'exécutif se personnalise et devient efficace. Les partis le lui reprochent notamment les Socialistes. Il tombe sept mois et dix-huit jours plus tard. Pourtant les sondages IFOP (nouveauté en France à l'époque), lui étaient favorables, cela traduit un divorce entre le régime et l'opinion. Sa chute, le 5 février 55, représente l'échec d'une tentative de rénovation d'une république de moins en moins populaire.

2.      Guy Mollet et le "front républicain"

a)      Une poussée à gauche

Des élections générales ont lieu le 2 janvier 56, à un moment où les "événements" d'Algérie ont commencé. Le P.C.F. propose un Front Populaire et la paix en Algérie, il obtient 25%. Les Socialistes et les Radicaux mendésistes s'unissent dans un "Front républicain", c'est la 3° force sans le M.R.P.. Majoritaires, ils forment le nouveau gouvernement. Le fait dominant est cependant la poussée de l'extrême-droite poujadiste qui bénéficie de la disparition du R.P.F. et qui a le soutien des milieux colonialistes.

Guy Mollet est le secrétaire général du Parti Socialiste-S.F.I.O..

-          Fonds national de solidarité pour les vieux (financé par la "vignette" automobile)

-          3° semaine de congés payés

-          augmentation des salaires

-          loi-cadre Deferre sur l'Afrique noire

-          traité de Rome (25 mars 57) (fondateur de l’Europe des 27 d’aujourd’hui).

Mais tout bute sur le problème algérien.

b)      La compromission des socialistes en Algérie

Les Socialistes avaient promis la paix en Algérie. Après la journée des tomates [4], Guy Mollet cède à la pression des partisans de la répression et Lacoste est nommé Gouverneur général à Alger. Le gouvernement s'engage dans une politique de "pacification" qui est en réalité une intensification de la guerre mais on ne parle que "d'opérations de maintien de l'ordre".

Vote des pouvoirs spéciaux (G. Mollet peut gouverner par décrets)

Rappel des réservistes et 30 mois de service militaire pour le contingent envoyé en Algérie

Rapt de Ben Bella en plein ciel, violation du D.I.P. couverte par le gouvernement[5]

Expédition de Suez en nov. 56 (les socialistes expliquent que les chefs algériens rebelles se trouvent au Caire).

Pleins pouvoirs à Massu pour la "bataille d'Alger", janvier 57, avec pratique de la torture Enfin la vérité sur l’affaire AUDIN ?

Cette politique détache des socialistes une partie de la gauche intellectuelle et estudiantine (création du P.S.U.). Mollet tombe en mai 57.



[1] La hiérarchie et la masse des fidèles suivent plutôt le M.R.P. comme le leur avait demandé, dans un éditorial, l’Osservatore romano, organe de presse du Vatican (élections de 1951)…

[2] Alors qu’aujourd’hui, et depuis 1958, il faut une majorité ABSOLUE des députés inscrits pour faire tomber ("censurer") le gouvernement.

[3] Je rappelle qu’il s’agissait d’un projet de défense militaire commune AVEC les Allemands qui seraient donc réarmés. Ce projet divise profondément les Français. En 1955, la guerre est encore dans tous les esprits.

[4] Lors de son 1er voyage officiel à Alger, il est reçu par des jets de tomates qui mouillent son costume croisé. Ce sont les Pieds Noirs partisans de l’Algérie française qui ont organisé cette manifestation antirépublicaine.

[5] Ben Bella -leader des Algériens indépendantistes- se rend en avion de Tunisie au Maroc, deux États devenus entièrement indépendants. Son avion est intercepté par la chasse aérienne militaire française en contradiction avec le droit international public (DIP). Le gouvernement ne dit rien. L’armée a pris le dessus sur le pouvoir civil.

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