La II° république (1848-1851)

publié le 22 juil. 2012 à 13:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 13 janv. 2013 à 08:56 ]

    La II° république est née d'une révolution insurrectionnelle, fin février 1848, qui marque l'entrée de la classe ouvrière dans la vie politique. Cependant le France reste très rurale et le suffrage universel mis en place par la république envoie une majorité de royalistes au Parlement et L.-N. Bonaparte à la présidence de la république. Ces contradictions en font un régime de courte durée.

 

1. LE TEMPS DU SOCIALISME ROMANTIQUE

 

    Cette période dure de février à juin 1848.

    Le gouvernement provisoire mis en place par l'insurrection de février comprend des hommes comme Lamartine, Arago, Louis Blanc et Albert. L'ambiance politique est très idéaliste (c’est l’époque des arbres de la Liberté bénis par le curé du village).

    Le gouvernement accorde le suffrage universel - vieille revendication républicaine -, abolit l'esclavage (rôle de Schoelcher), affirme le droit au travail. C'est ainsi qu'est créée la commission du Luxembourg[1] qui doit trancher les conflits du travail entre patrons et ouvriers, et qui crée les Ateliers Nationaux. La devise officielle du nouveau régime devient Liberté, Égalité, Fraternité.

    Les élections générales pour l' A.N.C. (assemblée nationale constituante) ont lieu précocement -en avril-, le peuple n’a pas eu le temps d’apprécier les bienfaits de la République et donnent une majorité bourgeoise modérée. L'une de ses premières décisions est la fermeture des Ateliers Nationaux (c’étaient des entreprises subventionnées par l’État, indépendamment du travail et des résultats obtenus, alors que les impôts rentrent mal). Cette fermeture provoque la terrible insurrection de juin 1848 où 4.000 ouvriers sont massacrés, 11.000 arrestations effectuées dont 4.000 déportations en Algérie. C’est une des pages les plus tragiques de notre histoire.

    La peur des "rouges", des "partageux", unit tous ceux qui avaient quelque richesse à défendre (bourgeoisie, paysans propriétaires) et créa un "parti de l'ordre", prêt à soutenir n'importe quel gouvernement fort, qui maintiendrait l'ordre social. La République voit se poser la question ouvrière.

N.B. le « parti de l’ordre » n’est pas un parti organisé avec des militants, un chef, etc…Il s’agit de l’ensemble des possédants qui ont peur, peur du désordre, peur de perdre leur patrimoine et qui sont prêts à tout pour le sauvegarder. L’Église catholique est évidemment un des piliers de ce "parti" (sauf le courant représenté par Lamennais).

 

2. UNE RÉPUBLIQUE SANS RÉPUBLICAINS

La constitution de 4 novembre 1848

    Elle met en place définitivement le suffrage universel.

    Elle met en place deux organes : l'assemblée législative et la présidence de la République. Élus tous deux au suffrage universel direct masculin. Le président n'est pas immédiatement rééligible = c'est un futur cas de conflit avec l'Assemblée.

    Le point faible de cette constitution est que le Président et l'Assemblée sont sans moyen d'action l'un sur l'autre. Que se passera-t-il en cas de conflit entre les deux pouvoirs ?

Le triomphe du "parti de l'ordre"

    Le 10 décembre 1848, est élu Louis-Napoléon Bonaparte (qui se fait appeler "prince" puisqu’il est le neveu de l’Empereur) à la présidence de la République. En 1849, les électeurs envoient une majorité de députés royalistes à l'Assemblée législative.

    Cette majorité vote la loi FALLOUX (mars 1850) c’est la soi-disant liberté de l'enseignement, en réalité le libéralisme pour l’école privée catholique. La même majorité restreint le Suffrage Universel dans une optique anti-ouvrière (il faut loger au même domicile depuis trois ans pour pouvoir voter, or, à cette époque, les demandeurs d’emplois se déplaçaient fréquemment. Cf. Lantier dans Germinal) et, de plus, elle limite la liberté de la presse.

Le coup d'État de L.-N. Bonaparte

    Le conflit éclate entre le Prince-président et l'Assemblée au sujet de la révision constitutionnelle. L.-N. Bonaparte veut se faire réélire mais la constitution l’en empêche (cf. supra). Soutenu par les milieux d'affaires et l'Armée, L.-N. Bonaparte réalise son coup d’État le 2 décembre 1851 [2]. Il dissout l'Assemblée (c'est anticonstitutionnel), arrête les chefs républicains, mais - habilement-  rétablit le suffrage universel dans son intégralité. Il convoque le peuple à un plébiscite.

    Les républicains ont résisté avec quelques barricades dispersées par l'Armée. Certains s'exilent comme V. Hugo. 32 départements sont en état de siège (conseils de guerre en lieu et place des tribunaux réguliers). 15.000 condamnés dont 10.000 déportés à Cayenne et en Algérie

    Le référendum - plébiscite eut lieu les 21 et 22 décembre 1851 sur la question suivante : "le peuple français veut le maintien de l'autorité de L.-N. Bonaparte et lui délègue les pouvoirs nécessaires pour établir une constitution sur les bases proposées dans la proclamation" du 2 décembre. 7.436.000 oui, 650.000 non. Ainsi qu’on le voit, le peuple abdique sa souveraineté au profit d’un individu nommément désigné : c’est le plébiscite, qui n’a rien à voir avec un referendum.

 

    Les républicains vont tirer une leçon importante de l'expérience de 1848. Ils constatent que le suffrage universel n'est pas la panacée. La panacée ce sera le suffrage universel plus la conscience éduquée, autrement dit l'instruction du peuple. Ce sera la République selon Jules Ferry. Mais, en réalité, la question ouvrière ne sera pas résolue par le suffrage universel même avec une école publique laïque, gratuite et obligatoire.

 

Lecture complémentaire : chapitre IX de mon livre « le spectre rouge » disponible sur ce site.



[1] Parce qu’elle siège au palais du Luxembourg (Paris).

[2] Jour anniversaire du sacre de Napoléon 1er (1804) et de la victoire d’Austerlitz (1805) : L.-N. B. joue à fond la carte du souvenir impérial largement bonifié.

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