a. Au XIX° siècle: Aspects éco & soc.

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XIX° siècle, le train : son impact économique et géographique

publié le 28 oct. 2012 à 10:11 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 févr. 2017 à 02:34 ]

SOMMAIRE

 

I. LA MISE EN PLACE DU RÉSEAU

A. Les motivations

 

B. Impacts géographiques et économiques

La gare ferroviaire, nouvel élément structurant de l’urbanisme.

 

II. LE TRAIN ET LES CAMPAGNES FRANÇAISES

Le cas de l'Aveyron.

A. L'agriculture aveyronnaise avant l'arrivée du train

 

B. Les transformations : spécialisation ici, exode ailleurs.

 


XIX° SIÈCLE, LE TRAIN : SON IMPACT ÉCONOMIQUE ET GÉOGRAPHIQUE


Par ses fortes commandes à l'industrie sidérurgique et mécanique, aux mines de charbon, aux verreries, aux industries du B.T.P., avec ses ponts, tunnels et gares par milliers, le train et ses chemins de fer a joué un formidable rôle d'entraînement : ce fut un secteur porteur de l'économie, schumpeterien comme dirait l'autre. Mais ce n‘est pas tout : le transport par chemin de fer a joué un rôle très important en France au XIX° siècle. Rôle dans le domaine des transports de voyageurs et de marchandises ainsi que dans l'organisation de l'espace français. Mais aussi un rôle régional : grâce à lui les régions agricoles ont connu la révolution commerciale et se sont spécialisées (ex. : le Languedoc vinicole), des régions industrielles se sont spécialisées (Lorraine, Nord…). Bref, il n’y a pas de révolution industrielle sans chemins de fer. Tous les pays cherchèrent à s’équiper le plus possible et le plus rapidement possible : on parla ici ou là de railway mania. Pour le financement, les banques étaient à la fête.

 

I. LA MISE EN PLACE DU RÉSEAU

 


Le réseau ferré a rapidement pris l'allure célèbre d’une toile d'araignée autour de Paris : elle fut conçue pour la première fois pas l’ingénieur Legrand et porte son nom.

    La loi relative à l'établissement des grandes lignes de chemin de fer en France est celle du 11 juin 1842 (lire l’article Wiki correspondant). Elle marque un tournant dans la construction des chemins de fer en France après une longue période de tâtonnements. Avec un très fort accroissement du kilométrage construit de 1850 à 1880 (phase A de Kondratieff correspondant politiquement au second Empire).


A. Les motivations

    La France est un pays pionnier dans la mise au point des locomotives (Seguin)[1] et l'installation des réseaux ferroviaires (ligne Saint-Étienne-Lyon, 1832). Ce nouveau moyen de transport cumule les avantages ce que les hommes d’État ont rapidement intégré dans leurs décisions. Voici, par exemple, la lettre [2] de R.A. Hamon, secrétaire particulier de Guizot (premier ministre de Louis-Philippe), au rédacteur de l'Union en 1841, lettre écrite dans le cadre de la préparation de la loi de 1842 :

«Les voyageurs, les marchandises, les transports de céréales, de gibier, de bestiaux, en général de toutes sortes de denrées de consommation afflueront vers Paris. L'intérêt commercial autant qu'un intérêt de justice parle donc en faveur de notre ligne, que veulent aussi des intérêts politiques, intérêts de civilisation et d'unité nationale. La Bretagne forme, pour ainsi dire, une nation distincte : mœurs, coutumes, langages, tout y diffère du reste de la France. Nous avons presque à civiliser cette province si belle mais encore si sauvage (...). Qu'une ligne de fer soit construite à travers ce pays, une circulation facile s'établira, des populations bretonnes descendront vers la France centrale et des populations des provinces plus avancées en civilisation viendront à leur tour visiter la Bretagne. Un chemin de fer apprendra en 10 ans plus de français aux Bretons que les plus habiles instituteurs (...). L'intérêt stratégique veut encore la ligne de Bretagne. Cette contrée a été le théâtre de troubles civils[3]. Une route de fer en paralyserait les germes et, en cas de guerre, aiderait puissamment à la défense du territoire. Si l'Est de la France était envahi, c'est de l'Ouest qu'il faudrait tirer nos ressources pour nous sauver».

    Cette centralisation correspond à des intérêts politiques et d'unité nationale aussi bien pour maintenir l'ordre dans des provinces éventuellement rebelles que pour homogénéiser la civilisation française sur l'ensemble du territoire (l’arrivée du train, mai aussi des canaux à l’époque du ministre Freycinet, c’est la fin des isolats). . L'unité du pays permettrait aussi de prendre appui sur les provinces de l'ouest pour contrer une attaque venue de l'est. C’est la profondeur stratégique.

 

B. Impacts géographiques et économiques

En plus de cette dimension stratégique, le chemin de fer a un intérêt économique évident. Le prix de la tonne/km transportée baisse de moitié entre 1841 et 1870 (de 12 à 6,1 centimes) et le prix de revient du kilomètre-voyageur baisse de 30% entre les mêmes dates (de 7 à 4,9 centimes). L'extension du réseau, la commodité du transport (la durée du trajet entre Paris et la Bretagne passe de 3 jours avec l'ancien mode à 15 heures en 1882) et la baisse des prix permettent une hausse considérable de l'offre de transport et la demande augmente également puisque le nombre de voyageurs est multiplié par 18 en trente ans et que le trafic des marchandises connaît un croît exponentiel (noter l’unité de mesure : la tonne/kilomètre).

    Les villes antérieures se développent avec ces nouvelles industries (textiles, chimie…) et voient apparaître un nouveau pôle de développement urbain : la gare de chemin de fer qui attire de nouvelles activités industrielles et de services. La gare est construite au-delà des limites de la vieille ville héritée de la période pré-industrielle, dont les remparts sont quelques fois détruits.

La gare ferroviaire, nouvel élément structurant de l’urbanisme.

La ville n’a pas attendu le train pour se développer. Elle a gardé souvent ses remparts à l’intérieur desquels se trouvent installés tous les services administratifs et commerciaux. Où construire la gare indispensable si l’on ne veut pas passer à côté du progrès ? À l’extérieur.

Vous connaissez déjà le cas d’Avignon. Avignon est resté des siècles à l’intérieur de ses seconds remparts du XIII°-XIV° siècle : c'est Avignon intra-muros, facile à identifier sur une carte.

    voir l'article LE F.N. : CAS DU VAUCLUSE (4ème PARTIE), Avignon. Si la gare ferroviaire du XIX° siècle a été construite en dehors des remparts médiévaux, la gare TGV a été construite en dehors de la ville du XX° -mais c'est hors sujet.

 

Voici le cas de Dijon. Ci-dessous le plan d'aménagement conçu en 1867. Là aussi, le ville est enserrée dans des remparts :la belle courbe du tracé de la voie ferré va passer tangentiellement à la ville fortifiée. Voici le croquis explicatif en dessous.



La ligne ferroviaire a été concédée à la société P.L.M. (Paris-Lyon-Marseille) qui n'a disparu qu'en 1937 quand a été créée la célébrissime SNCF, société nationalisée.

Dijon se trouve sur le seuil de Bourgogne avec d'un côté le bassin versant de la Seine et de l'autre, le bassin-versant de la Saône.

retrouvez sur le plan de 1867, le tracé du canal de Bourgogne qui existait bien avant la voie ferrée.












La situation de Langres imposait le passage du train mais le site est rebutant : le train passe loin de la vieille ville.

Langres est bien situé : elle est sur le canal de la Marne à la Saône, c'est un carrefour routier. La voie ferrée devait obligatoirement passer par cette vile. Mais observer son site : c'est un site de château-fort , sur une colline. D'ailleurs l'ami Vauban a laissé des traces... . On ne pouvait pas construire la gare sur la colline : elle se trouve donc le long du canal, où il y avait de la place et où la pente n'est pas très forte. (la voie ferrée ne supporte pas les pentes de plus de 1%).


A Paris, le rail ne traverse pas la ville de part en part ; le conseil municipal s’y est vivement opposé : il fallait garder le pouvoir d’achat des aubergistes, hôteliers, transporteurs de voyageurs et autres qui vivaient précisément de ce transit. On le paie encore aujourd’hui quand il faut aller de la gare de Lyon à la gare du Nord. Le passage du TGV par Marne-la-vallée est justement fait pour éviter ces désagréments. Les gares dite « tête de ligne » s’arrêtent juste devant le Mur des fermiers généraux ou le franchissent de quelques mètres.

    Observons que les voies ferrées s'arrêtent devant le mur des Fermiers Généraux : le bâti du Vieux Paris est trop dense. (C'est Haussmann qui crèvera le ventre de Paris quelques années plus tard). Ou alors, la voie ferrée ne pénètre que de quelques centaines de mètres à l'intérieur des douze arrondissements. NB la gare d’Orsay est construite en 1900, sur la Seine, c'est un autre cas de figure.

On verra le cas de Lyon -traversé de part en part- plus tard.

Aujourd’hui, du fait de l’urbanisation, la gare du XIX° est absorbée dans le tissu urbain. C’est la gare TGV -quand il y en a ! - qui est construite à l’extérieur (cf. supra Avignon) (sauf dans les grandes métropoles, cf. St-Charles à Marseille, la Part-Dieu à Lyon...).

 

II. LE TRAIN ET LES CAMPAGNES FRANÇAISES

Le cas de l'Aveyron.

 

    Pourquoi l’Aveyron ? parce que je peux utiliser des documents pédagogiques tout à fait probants. Il s’agit de la monographie écrite par Guy Mergoil (Université de Bordeaux)[4]. Toutes les cartes (sauf une) ci-dessous sont extraites de la monographie de Mergoil.


A. L'agriculture aveyronnaise avant l'arrivée du train

    Il faut comparer la carté géologique et la carte des productions céréalières en 1837, année de recensement agricole où le train n’existe pratiquement pas en Aveyron.


    Concernant les céréales, précisons que le méteil est un mélange de blé et de seigle. Le blé exige de bonnes terres alors que le seigle est mieux adapté aux terrains acides, plus « pauvres ». L’un donne du pain blanc, l’autre du pain noir.

    Concernant la carte géologique : l’Aveyron est un département du Massif central, mais du sud : à ce niveau, le Massif a été envahi par les mers de l’ère secondaire qui ont déposé d’énormes quantités de sédiments marneux et calcaires qui, soulevés en masse à l’ère tertiaire, ont donné les Causses avec leurs canyons célèbres et les Avant-Causses. Autre présence de terrains sédimentaires, à l’ouest du département, à l’ouest de la belle faille (NNE-SSO) de Villefranche-de-Rouergue (là, nous sommes dans le bassin Aquitain). Partout ailleurs, le socle cristallin apparaît avec son granite, son gneiss, ses schistes…), la décomposition superficielle de ces roches a donné un grès rougeâtre : le rougier.

Au nord-est du département, l’Aubrac, limitrophe de la Lozère et du Cantal, culmine à 1442m, exposé de plein fouet aux vents d’ouest, il est d’influence atlantique et c’est un sol volcanique : le basalte vient du volcan du Cantal. Terrains acides et pauvres. Bonnes vacances.

La comparaison des deux cartes est féconde. Le moins futé d’entre vous observera la correspondance entre la culture du seigle sur les terrains granitiques et basaltiques. Le blé est cultivé sur les terrains sédimentaires : calcaires, marnes, rougiers… Conclusion : l’homme est totalement soumis aux conditions naturelles : la géologie guide ses pas. Le plateau granitique est toujours ensemencé en seigle et il en porte maintenant le nom : Ségala (=seigle).

Mais la carte du recensement agricole apporte une autre information capitale. Elle est établie par commune et la taille des cercles est en rapport (cf. légende) avec l’étendue de la surface emblavée[5], c’est-à-dire portant des céréales. On constatera que l’Aubrac n’est pas un désert humain.


B. Les transformations : spécialisation ici, exode ailleurs.

Voici le réseau de chemins de fer au sein et autour de l’Aveyron en 1921. Son rôle économique est souligné par G. Mergoil : "ce sont des plateaux calcaires de l’Albigeois que vint, à l’aube de ce siècle, par la voie ferrée Carmaux - Rodez, la chaux qui permit d’amender les sols ingrats du Ségala ".


La carte du recensement agricole de 1929 est à observer de près. Deux choses apparaissent simultanément : tous les cercles sont passés au noir, c’est-à-dire au blé. D’autre part, on dirait qu’ils ont tous glissé vers l’ouest !  

Les régions sont transformées. Ainsi le département de l'Aveyron connaît la révolution agricole du XIX° siècle grâce aux chemins de fer. Seul le train pouvait permettre l'acheminement dans les gares du Massif Central des milliers de tonnes de chaux nécessaires pour transformer les sols acides des terrains granitiques en sols plus basiques aptes à la culture du blé. De plus, le train permettait l'évacuation des blés vers les grands centres urbains. L'agriculture devient commerciale[6]. Ainsi les Ségalas, dont le nom indique bien la vieille vocation de terres à seigle, sont convertis à la culture du blé en 1929.

Vendre ses produits, se spécialiser, c’est acheter les produits que l’on ne cultive plus. Il faut être bien placé ; proximité de la ville, de la route, du chemin de fer. Les régions éloignées sont défavorisées, le travail agricole ne paie plus : c’est l’exode rural. Ainsi l'Aubrac, hautes terres froides exposées aux vents atlantiques, ne peut plus nourrir les habitants de façon satisfaisantes et l'exode rural frappe cette région moins bien placée. Observez la taille des cercles : la culture des céréales est devenue marginale en Aubrac (où faute de mieux on est resté fidèle au seigle) et même sur le Larzac. L’élevage (bovins -magnifique race à viande- en Aubrac, ovins en Causses) a pu prendre le relai mais globalement, l’explication réside dans la baisse de la population par émigration.

Notons le rôle du train dans l’arrivée des textiles produits peu cher ailleurs et la ruine conséquente de la petite industrie textile locale - toiles de chanvre sur le Ségala, tissus de laine sur les Causses et Avant-Causses - Les ruraux vont dans les villes industrielles ou carrément à Paris. Le train permit l’éclosion d’un « pays noir » en Aveyron. "La mise ne service en 1858 de la voie ferrée desservant Decazeville entraîna un bond fulgurant : 160.000 tonnes de houille en 1855, plus de 500.000 en 1860 ! " (Mergoil).


[1] Elle l’est restée et c’est devenu un de ses avantages comparatifs. Pensons à la célèbre BB mise au point durant les Trente glorieuses et, bien sûr, au TGV que le monde entier nous envie (en toute modestie, bien entendu).

[2] Citée dans La Bretagne au XIXe siècle, 1789-1914, édition Skol Vreizh, 1989.

[3] Allusions aux rebellions sous la Révolution et l’Empire.

[4] Le Rouergue, Privat éditeur, 224 pages, 1982.

[5] Issu du latin médiéval « blava » = blé…

[6] C’est sa « première révolution », le passage de l’autoconsommation à la culture pour la vente, donc la spécialisation. La « seconde révolution agricole » a lieu au XX° et est fondée sur la chimisation et biochimisation (engrais, pesticide, etc…).

Le triomphe de la bourgeoisie au XIX° siècle et la différenciation sociale

publié le 22 juil. 2012 à 13:15 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 oct. 2017 à 09:17 ]

publié le il y a 6 heures22 juil. 2012 15:42 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : il y a 6 heures22 juil. 2012 15:48 ]

      

    La bourgeoisie, notamment la bourgeoisie industrielle, devient la nouvelle classe dominante de la société. Mais la structure de la société devient plus complexe.

           Voyez le célèbre tableau d' Ingres, portrait de Monsieur Bertin, incarnation (presque) vivante de ce que Édouard Manet appelait "la bourgeoisie cossue, repue et triomphante". http://mini-site.louvre.fr/ingres/1.7.2.1.3_fr.html Pour le tableau lui-même voir le lien en fin d'article.

 

I. UN EXEMPLE : LES PERIER

 

1. Les origines de la famille

L'ancêtre de la famille Périer est un négociant, né à Voiron (Isère actuelle) en 1730, qui est marchand de toiles et qui se constitue un patrimoine de terres et immeubles. 

C'est Claude Périer (1742 - 1802) qui établit les bases de la fortune familiale à l'époque contemporaine. Exportateur de toiles vers les Isles, via Marseille, la Révolution nuit d'abord à ses affaires. Mais il devient un des grands bénéficiaires de la Révolution. Il rembourse ses dettes en assignats (monnaie de papier qui avait été très dévaluée), monte une grosse fabrique d'armes en 1794 et achète des Biens Nationaux.

Profiteur de la Révolution, il veut la consolider et est l'un des soutiens financiers du coup d'État du 18 brumaire. Bonaparte avait des soutiens ! Il devient l'un des co-fondateurs de la Banque de France créée par le même Bonaparte en 1803 (avec le franc germinal).

 

2. L’apogée : industrie & politique

    La 3° génération compte huit garçons et deux gendres, sur ces dix hommes, huit seront députés.

    Celui qui se dégage du lot est CASIMIR. Casimir Périer est né en 1777 et meurt en 1832 frappé par l'épidémie de choléra. Il créa une banque en 1801 qui contrôle la Compagnie des Mines d' Anzin (Valenciennois) puis rachète une fonderie dans la Région parisienne. C'est lui qui équipe les mines d'Anzin de machines à vapeur. Il est, en outre, régent de la Banque de France (qui est alors de statut privé). Député de Paris en 1817, il fait partie de l'opposition au régime de la Restauration (il s'inscrit dans la tradition de la bourgeoisie révolutionnaire) et après la révolution de 1830 il devient ministre de la Monarchie de Juillet. Il réprime vigoureusement les révoltes ouvrières de Paris et de Lyon (les canuts) et demande aux ouvriers "patience et résignation". Discours éternel.

    A sa mort, il était Premier Ministre de Louis - Philippe, régent de la Banque de France, et président de la Banque Périer.

    La quatrième génération compte Augustin, fils du précédent (1811-1878) banquier et ministre du gouvernement d'Adolphe Thiers en 1871. Avec lui, la république donne un visage conservateur et rassurant. « La république sera conservatrice ou ne sera pas » avait dit Adolphe Thiers, grand massacreur de la Commune de Paris.

    Jean - Casimir Périer est la 5° génération. Il est le principal actionnaire de la Compagnie des Mines d' Anzin, l'une des plus grandes concentrations prolétariennes de France qui connut des grèves retentissantes en 1884. C'est la vie de cette compagnie qui inspire Zola dans Germinal. Jean-Casimir sera successivement président de la Chambre des députés, président du Conseil, et président de la République de 1894 à 1895. C’est lui qui signe les « lois scélérates » votées après l’assassinat de Sadi Carnot. Appelées ainsi parce que sous le prétexte de lutter contre les attentats elles visent surtout l’opposition socialiste naissante.


II. LA DIFFÉRENCIATION SOCIALE

    NB. Je prends mes exemples dans Germinal de Zola, livre dont il est inutile de souligner l'importance. Le film de Claude Berri (1993), tiré du livre, est excellent.

1. De nouvelles classes "fondamentales"

        a. Les classes fondamentales de l'ancien régime économique

    Le mode de production de l'Ancien régime reposait sur l'exploitation de la terre et les deux classes fondamentales étaient alors l'aristocratie terrienne et la paysannerie (fermiers et métayers) et paysannerie propriétaire.

    Ces catégories subsistent mais l'aristocratie est en déclin. Elle fournit les cadres du courant traditionaliste et alimente encore les emplois dans l'armée et la diplomatie. L’aristocratie trouve une nouvelle jeunesse avec la création du syndicalisme agricole qui - à la différence du syndicalisme ouvrier - réunit à la fois les propriétaires-bailleurs et les paysans-preneurs. Les «chefs de terre» dirigent les syndicats agricoles.

        b. Les classes fondamentales du capitalisme industriel

    Avec la Révolution industrielle (R.I.), on distingue le Capital et le Travail. Bourgeoisie et prolétaires.

    Dans Germinal, roman consacré à la classe ouvrière, la bourgeoisie est représentée par la "compagnie", invisible et partout présente, type de la société anonyme par actions, dont Hennebeau est le directeur salarié. Mais celui-ci partage les valeurs de la bourgeoisie et il est certainement actionnaire. La Compagnie pratique le paternalisme du XIX° siècle (logement et charbon de chauffage fournis aux mineurs). Les Périer, on l’a vu, incarnent la haute bourgeoisie dominante. C'est la compagnie des mines d'Anzin de la famille Périer qui a inspiré Zola dans sa description de la grande entreprise capitaliste, nouveauté du XIX° siècle.

    Deneulin est un patron, propriétaire d'une mine familiale (il n'y a pas d'actionnaires, ni de conseil d'administration). Quant aux Grégoire, ce sont des rentiers qui vivent des "dividendes d'actionnaires anonymes".

    La bourgeoisie, classe dominante, se définit alors comme le propriétaire du capital mis en valeur par le travail des ouvriers salariés.

    Les ouvriers sont l'autre classe fondamentale du capitalisme industriel. leur statut est très différent d'une entreprise à l'autre, d'une branche industrielle à l'autre... L'historien Claude Willard voit dans cette grande diversité de conditions la cause première de la multiplicité des partis qui se réclament du socialisme.

 

2. Les classes moyennes se développent

         La révolution industrielle (R.I.) crée de nouvelles catégories sociales ou alors provoque la multiplication de catégories qui jouent un rôle croissant.

        a. Les classes moyennes nouvelles

         Dans Germinal, l'incarnation de ces catégories nouvelles est l'ingénieur NEGREL. C'est un ingénieur formé à l'école des Mines, école d'application de l'école Polytechnique créée par la Révolution française. Grandes écoles qui forment les ingénieurs nécessaires aux entreprise de la R.I. mais c'est un authentique mineur : il descend dans les fosses, il encourt tous les dangers du travail de mineur. De ce point de vue, c'est une classe moyenne car il vend aussi son travail à la Compagnie. Mais ses origines sociales en font un membre de la bourgeoisie.

     Les médecins, les scientifiques, les professeurs voient leur nombre se multiplier. Au XIX°, ils sont considérés comme bourgeois s'ils embauchent un ou une domestique.

    Dans un discours célèbre Gambetta se félicite de ces progrès de la démocratie : "N'a-t-on pas vu apparaître sur toute la surface du pays cette génération nouvelle de la démocratie, un nouveau personnel du suffrage universel ? Ne voit-on pas ce monde du travail à qui appartient l'avenir, faire son entrée dans les affaires politiques ? Oui, je pressens, je sens, j'annonce la venue et le présence dans la politique d'une couche sociale nouvelle qui est aux affaires (…) et qui est loin à coup sûr d'être inférieure à ses devancières".

     Les employés (cf. le secrétaire de la Compagnie) sont de plus en plus nombreux en rapport avec la complexification des tâches dans un grand établissement industriel.

        b. Les classes moyennes traditionnelles restent très influentes au XIX°

 Ce sont essentiellement les artisans et les commerçants. Dans Germinal, on a Maigrat et Rassneur

     Ils sont propriétaires de leur outil de travail (cela les rattache à la bourgeoisie) mais ce sont eux qui font fructifier leur capital (cela les lie aux travailleurs). Les paysans-propriétaires en faire-valoir direct sont souvent incorporés à ces classes moyennes traditionnelles. Ils font valoir leur terre - dont ils sont propriétaires - par leur propre travail alors que les fermiers et les métayers ne sont que des locataires. Mais ces derniers sont chefs d'exploitation et, à ce titre, embauchent des ouvriers agricoles ce qui les rattache à la petite/moyenne bourgeoisie.

     L'essor des villes multiplie le nombre des artisans et commerçants. Mais la R.I. en fait disparaître d'autres (artisanat rural par exemple) et l'agriculture est un enjeu économique et social. 

***

tableau de Monsieur Bertin : http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://www.histoire-image.org/photo/zoom/dor14_ingres_001f.jpg&imgrefurl=http://www.hollyweb.org/Photos-jean-dominique-Casting-154179.html%26page%3D2&h=1400&w=1139&sz=93&tbnid=hrX3dl_1-tLV5M:&tbnh=90&tbnw=73&prev=/search%3Fq%3DIngres,%2Bportrait%2Bde%2BBertin,%2Bjournaliste%26tbm%3Disch%26tbo%3Du&zoom=1&q=Ingres,+portrait+de+Bertin,+journaliste&usg=__ThyKtlg5ylEsBjeRLtk46tCAQk8=&docid=xrgNM4_CVD4RdM&hl=fr&sa=X&ei=zfvFUPvGGIzP0AXu1YGQBQ&ved=0CBYQ9QEwAA

***

NB. Dans les statistiques INSEE d'aujourd'hui, on trouve la bourgeoise patronale :

- les chefs d'exploitation agricole (petits paysans propriétaires, agriculteurs exploitants)

- les ACCE : artisans, commerçants, chefs d'entreprises

- les cadres supérieurs et professions intellectuelles supérieures (médecins, avocats, prof. libérales)

puis

- les professions intermédiaires (instit. infirmiers, etc. dans le public), dans le privé (chefs d'équipe, VRP, techniciens)

puis le salariat modeste :

- employés

- ouvriers (dont ouvriers agricoles)


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