g. Aspects économiques et sociaux

  • Après les Trente Glorieuses, LA "CRISE" PLAN I. LA CRISE ET LA GESTION DE LA CRISE A. LES FAITS 1. Le déclenchement 2. La " stagflation" B. RIPOSTES A DIFFÉRENTS NIVEAUX 1. Redéploiement et multinationalisation 2. Des ...
    Publié à 13 oct. 2014 à 07:58 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA FRANCE ET LES "TRENTE GLORIEUSES"     Cette leçon est surtout centrée sur la période gaulliste (De Gaulle et Pompidou) mais des rappels seront faits sur le rôle de la IV° république. De 1958 à 1974, le ...
    Publié à 7 oct. 2016 à 15:20 par Jean-Pierre Rissoan
Affichage des messages 1 - 2 de 2 Afficher plus »

Après les Trente Glorieuses, LA "CRISE"

publié le 17 janv. 2014 à 05:15 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 13 oct. 2014 à 07:58 ]

PLAN

I. LA CRISE ET LA GESTION DE LA CRISE

A. LES FAITS

1. Le déclenchement

2. La " stagflation"

B. RIPOSTES A DIFFÉRENTS NIVEAUX

1. Redéploiement et multinationalisation

2. Des réactions nationales contrastées : les " deux capitalismes " ?

 

II. LES STRATÉGIES SOUS-JACENTES : LE RÔLE DES USA

A. UNE STRATÉGIE ÉGOÏSTE ?

1. Le coup d’État monétaire du 15 Août 1971         

2. Les accords de Kingston

B. UNE POLITIQUE DÉLIBÉRÉE ?

1. Le déclenchement de la crise

2. Le tournant de 1979


Après les Trente Glorieuses, la "CRISE"

    La "crise" qui suit les Trente Glorieuses a des causes plus profondes que les "chocs" pétroliers. Le premier choc joue cependant, ne serait-ce qu'aux yeux de l'opinion publique, le rôle de déclencheur. Les ripostes sont différentes d'un pays à l'autre, on peut s'interroger fondamentalement sur le rôle des États-Unis dans la mesure où ce sont eux les grands bénéficiaires de la crise.

I. LA CRISE ET LA GESTION DE LA CRISE

A. LES FAITS

1. Le déclenchement

   


    Une première alerte eut lieu en 1971 lorsque les USA subirent un "pic de production", c’est-à-dire un sommet suivi d’une baisse régulière de leur production pétrolière. Impossible de mettre en œuvre de nouveaux forages sur le territoire américain : le prix mondial du pétrole est trop bas pour les rentabiliser.

    En décembre 1973, suite à la guerre Égypte-Israël, le prix du baril de pétrole passe de 3 à 10 puis 12 dollars. Cette hausse est suivie par celle de l'ensemble des matières premières. On sait aujourd'hui que cette hausse décidée par l'OPEP fut précédée d'une inflation de dollars américains, le dollar qui fut dévalué (en février) puis déprécié (après l’abandon des changes fixes en mars) au cours de l'année 73. Le pétrole était payé aux producteurs "en monnaie de singe" (sic), en prix constants le prix du pétrole était moins cher en septembre 1973 qu'en 1962.

    Cette hausse brutale affecte la balance des paiements des pays consommateurs (Japon, CEE), l'Occident doit baisser sa production et développer ses exportations. La compétitivité des entreprises consommatrices d'énergie (sidérurgie, textile, automobile...) est affectée.

    L'inflation provoquée par la multiplication de moyens de paiements (la masse des eurodollars est x 3 de 76 à 79) s'aggrave. La spéculation se déchaîne avec le flottement généralisé des monnaies. L'investissement baisse car les profits baissent et la spéculation est plus lucrative. Le second choc reprend ces éléments en les amplifiant (lire l’article du Monde diplo sur ce point).

    2. La "stagflation"

C'est le mélange inhabituel de l'inflation et de la stagnation de la production. Tous les pays capitalistes connaissent en 74-75 leur plus forte récession depuis 1945. Le commerce mondial baisse en volume de -3% en 1975 et de -2% en 1982, par contre, l'inflation atteint un niveau à deux chiffres.

B. RIPOSTES À DIFFÉRENTS NIVEAUX

    La crise est à la fois nationale et internationale. Les réactions sont donc à la fois identiques et particulières.

    1. Redéploiement et multinationalisation

    Contrairement à la période qui a suivi la crise de 1929, le commerce international ne se cloisonne pas, il se rétracte parfois (1975, 1982) mais l'interpénétration des économies se poursuit (effets du "Tokyo round" achevé en 1979, après le "Kennedy round" des années 60’). Cet aspect des choses rend difficile la recherche de solutions nationales à l'intérieur des frontières. Les Etats ne sont plus maîtres de leur économie.

    Le maître-mot des années soixante-dix est "redéploiement". C'est une invention de V. Giscard d’Estaing. Terme du vocabulaire militaire, d'ailleurs on parle de "guerre économique", terme détestable. L'industrie française -les autres font pareil- est aidée à aller investir dans les PVD où la main-d’œuvre est moins chère. Les pays de l'OCDE étant appelés à jouer le rôle de "l'ingénieur mondial". La Compagnie française du commerce extérieur (COFACE) garantit les risques d’investissements pris par les entreprises. Cela ne prend pas en compte le cas de la MO sortie de l'éducation sans diplôme.

    Une nouvelle D.I.T. se met en place :

  PDEMPVD
 AVANT Industrie(s)MP & SE
 APRÈS High-tech MP & SE +
industries de MO

    Le redéploiement est très coûteux en termes d'emplois. La compétition internationale justifie tous les licenciements et le chômage augmente. Ce redéploiement des entreprises privées est vigoureusement favorisé par les crédits publics à l'exportation. Avec les pétrodollars des pays de l'OPEP, les banques occidentales et les pays du Tiers Monde, un jeu à trois se met en place pour endetter massivement le Sud (et l'Est aussi d'ailleurs). Le rôle des banques occidentales est de "recycler" les dollars gagnés par les producteurs de pétrole en les prêtant aux PVD qui ne demandent qu'à s'industrialiser.

       2. Des réactions nationales contrastées : les "deux capitalismes" ?

    Dans l'ensemble, on observe une désindustrialisation massive, une désyndicalisation, on parle de l'économie "post-industrielle". Thatcher et Reagan sont à l'avant-garde de ce processus. Le modèle fordiste est remis en cause, le mot d'ordre est à la "flexibilité". Le modèle keynésien est fortement critiqué (d'ailleurs, en 1982, la "relance Mauroy" est un échec[1]), c'est, au contraire, l'essor des théories néolibérales.

    "Le rétablissement de la rentabilité, par compression des salaires réels, s'est fait d'abord au détriment des débouchés, d'où la faiblesse de l'investissement et la préférence des entreprises pour le désendettement et les placements financiers" (Henri Talbo, cité par le MD). Ce qui signifie que l’austérité barrait les débouchés aux entreprises lesquelles préfèrent, alors, spéculer ou se désendetter plutôt qu’investir. Cependant, on voit se dessiner deux capitalismes.


  

  Cf. ci-contre le taux des prélèvements obligatoires : il est beaucoup plus élevé dans "la vieille Europe" qu'aux États-Unis du "chacun pour soi et Dieu pour tous". Au Japon, l'épargne des ménages est très élevée pour compenser la faiblesse des prélèvements sociaux.

 

 



II. LES STRATÉGIES SOUS-JACENTES : LE RÔLE DES USA

    Il apparaît certain aujourd'hui que les E.U. ont mené une véritable guerre économique ouest-ouest. Ils défendent leurs intérêts nationaux et essaient de ruiner leurs concurrents occidentaux.

A. UNE STRATÉGIE ÉGOÏSTE ?

1. Le "coup d’État monétaire" du 15 Août 1971

    "Il n'y a plus de raison que les États-Unis luttent avec une main attachée derrière le dos". Lire plus haut, le texte de la déclaration de Nixon du 15 août 71.   En 1971, la balance commerciale des E.U. est déficitaire, l'encaisse-or américaine bien inférieure à la masse des dollars en circulation dans le monde.

Le document ci-contre est très intéressant. Bien comprendre que le graphique 5 (V) est la somme des quatre précédents. En 1970, le solde de la balance commerciale des USA est positif à hauteur de 76,8 milliards de $. On voit nettement le recul de cet excédent : les USA perdent leur compétitivité par rapport à leurs concurrents occidentaux. Le solde de la balance "opérations politiques" est négatif à hauteur de 142 Mds (il s'agit de la guerre froide, intervention au Viet-Nam, coups d’État réactionnaires, etc...) Bien comprendre aussi que durant cette période les USA dépensent un dollar "as good as gold". Au bilan, en 1970, les USA sont en déficit de 48,3 Mds. Et 48 milliards-OR....

Nixon suspend totalement la convertibilité du dollar le 15 août 1971 et le dévalue de 7,9%. Les devises fluctuent par rapport au dollar de plus ou moins 2,25% : c'est le "tunnel". Les européens créent alors le "serpent" monétaire européen pour limiter les variations des taux de change des monnaies CEE entre elles. Le dollar n'est plus la seule monnaie d'intervention.

    Le dollar est à nouveau dévalué de 10% le 13 février 1973, puis le tunnel lui-même est abandonné (mars 73) et le dollar n'est plus convertible dans les faits, il flotte, il y a des risques de change élevés 

    En 1976, on se réunit à la Jamaïque.

    2. Les accords de Kingston

    A Kingston, capitale de la Jamaïque, l'or est complètement démonétisé, on confirme le refus des changes fixes. Les monnaies sont

définies par rapport aux D.T.S. eux-mêmes définis par un panier de monnaies. Le F.M.I. fonctionne par vote à 85% (les E.U. y ont comme un droit de veto. Pourquoi ?). C'est la fin de Bretton Woods. Les accords de la Jamaïque traduisent les effets de la domination américaine sur le monde : l'or n'est plus une monnaie, il n'y a plus aucun contrôle à l'émission de dollars, seul le dollar remplit toutes les fonctions d'une monnaie : unité de compte, de règlement international, de réserve, d'intervention.

    Les européens créent alors le S.M.E., en vigueur le 13 mars 1979. 

B. UNE POLITIQUE DÉLIBÉRÉE ?

1. le déclenchement de la crise

    Le problème est de savoir si les Américains ont provoqué délibérément la crise du pétrole. C'est la thèse exposée par le Monde Diplomatique d'avril 1984. "Le but de Washington était d'encourager l'exploitation pétrolière et le développement de nouvelles sources d'énergie par des prix élevé du brut, de porter un coup brutal à la concurrence économique du Japon et de l'Europe, zones fortement dépendantes du pétrole importé et de stimuler les exportations américaines vers les pays de l'OPEP en augmentant leur pouvoir d'achat", extrait de la revue Foreign Policy, n°25. Apparaît déterminant, ici, le rôle de l’ambassadeur américain à Ryad.

    Il est certain que tout le monde s'attendait à un relèvement des prix (cf. la page spéciale du journal Le Monde du 8 mai 1973 écrite plusieurs mois avant le choc), d'autre part, l'Arabie Saoudite ne fait rien sans l'accord implicite des E.U. (depuis quand ?). Une chose est sûre : la crise a profité aux E.U.  c'est ce qui explique leur triomphe de Kingston. Se rappeler que, grâce à cette hausse des prix du pétrole mondial, les gisements -énormes- du Texas, de l’Alaska, du Golfe du Mexique sont devenus rentables [2]. Alors que ni l’Europe (sauf le Royaume-Uni), ni le Japon n’en disposent). (Cf. ci-dessous le texte de Thierry De Montbrial), NB. "domestiques" veut dire "intérieures", malheureux anglicisme...

        2. Le tournant de 1979

    

De la crise "il résulta un renforcement considérable de la puissance relative des E.U.". De fait, les E.U. vont jouer délibérément sur les moyens que leur offrent les accords de la Jamaïque. Ils passent d'une politique du dollar faible à une politique du dollar fort. La nomination de Volker à la tête de la FED (qu’est-ce ?) est une date décisive (1979). Volker met en place un système selon lequel les taux d'intérêt américains varient en fonction de la masse monétaire M3 plus celle-ci augmente, plus les taux d’intérêt augmentent. Les déficits - budgétaire et commercial - des E.U. se creusent : les taux vont monter jusqu'à 20% ! Les capitaux étrangers se placent aux E.U. pour acheter les bons du Trésor U.S. (c'est particulièrement le cas pour le Japon, suivi ultérieurement par les détenteurs des pétro-dollars -Arabie saoudite-, etc…).

    Pour attirer ces capitaux, les américains changent de politique extérieure : c'est le retour de la tension (2° guerre froide) : SALT II ne sont pas ratifiés (à cause de l'Afghanistan mais on n'avait rien fait en 1968 lorsque l’URSS envahit la Tchécoslovaquie, ce qui montre bien le caractère contingent de cette décision), boycott des J.O. de Moscou de 1980, invasion de la Pologne qui n'a jamais eu lieu, embargo sur le blé, piste bulgare (attentat du pape attribué à un "coup" soviétique), crise des euromissiles, etc... A chaque fois, les valeurs américaines s'arrachent, tout le monde veut des dollars, "les américains n'impriment plus leur monnaie, ils l'importent" H. Schmidt (chancelier allemand).

    Reagan pourra dire "j'ai gagné la guerre froide", mais cette course aux armements ("guerre des étoiles") est financée par le déficit, lui-même financé par l'épargne mondiale.

BILAN

    Les européens alignent leur taux d’intérêt sur ceux des États-Unis (sinon les capitaux de l'épargne mondiale iront tous aux États-Unis) : récession (Cf. 1982) et chômage.

    Les E.U. se modernisent : course aux armements et robotisation des industries et gagnent leur bras de  fer avec l'URSS. .

    Le Tiers Monde voit sa dette s'envoler, la dette était libellée en dollar (qui montera jusqu'à 10 FF.) et à taux variables (les T.I. monteront jusqu'à 20%) : le Mexique se déclarera insolvable en 1982. C’est la crise de la dette qui commence. 3ème partie : Le Tiers-Monde dans l'abîme : 1973-1985

    Le F.M.I. imposera des politiques restrictives (ajustement structurel) = émeutes de la faim.

 

 



[1] C’est un échec également à cause de l’ouverture des frontières liée au marché commun européen et aux accords du GATT. En 1968, la forte hausse du pouvoir d’achat a profité surtout aux entreprise françaises et les années Pompidou furent, disent certains, un âge d’or. En 1981, les barrières ont (presque disparu) les consommateurs se ruent dans les grands magasins qui importent des produits d’ailleurs. Et la relance profite… aux autres.

[2] Ceux de la Mer du Nord aussi. SHELL se régale…BP également...

LA FRANCE ET LES "TRENTE GLORIEUSES"

publié le 19 juil. 2011 à 10:45 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 oct. 2016 à 15:20 ]

    Cette leçon est surtout centrée sur la période gaulliste (De Gaulle et Pompidou) mais des rappels seront faits sur le rôle de la IV° république. De 1958 à 1974, le PIB et la production industrielle augmentent de +5,5% par an, soit de plus de 124% en 15 ans. Le pouvoir d'achat augment de 88%. Et les mentalités sont systématiquement tournées vers la croissance, c’est le "productivisme". Si ces résultats sont liés à l'ouverture commerciale et au rôle de l'État (I), ils sont aussi les résultats de l'œuvre collective des Français (II).

Source : l'Histoire, n° 102, 1987. (à se procurer au CDI).


I. LES FACTEURS DE LA CROISSANCE : L' ÉTAT ET LE MONDE


A.   La conjoncture internationale

La croissance est un phénomène mondial et on peut se demander si elle ne se serait pas produite en France, de toutes les façons, même sans la détermination politique de l'État.

Pendant cette période, la France s'européanise, avec le traité de Rome (1957) et se mondialise avec son entrée dans le GATT [1] et le "Kennedy round"[2] des années soixante.

La croissance bénéficie des bas prix des Matières Premières/Sources d'énergie importées (la création de l'OPEP en 1960 vise précisément à contrer cette tendance à la baisse).

La hausse des prix de 1959 à 1969 n'entraîne pas de dévaluation, ce qui signifie que l'inflation sévit également dans les pays partenaires.

Si la France fait jeu égal avec les USA et l'Allemagne de l'Ouest, elle fait moins bien que l'Italie, mais presque aussi bien que le Japon de 1968 à 74 (rôle des événements de 68 qui ont relancé la croissance intérieure française : hausse du SMIC de 35% par exemple), à une époque où la France était beaucoup moins extravertie que dans les années 80 et donc où les augmentations de salaires étaient dépensées en France).


B.   Le rôle de l' État

    1.      Les Gaullistes sont des planificateurs

    Notons d'abord que l'idée du plan et sa mise en œuvre sont à mettre à l'actif de la Libération (voir ce cours) et de la IV° république. Le Général et G. Pompidou ont une conception interventionniste de l'État en matière d'économie. Ce sont des "Jacobins". De Gaulle parle de "l'ardente obligation du Plan". C'est l'âge d'or du plan quinquennal. Le Commissariat au plan est le seul lieu de rencontre admis et régulier entre partenaires sociaux. C'est l'époque du fonctionnement de "clubs" comme le club Jean Moulin qui permettent l'innovation dans la gestion économique, sociale et administrative.

    La construction de la bombe atomique "booste" le budget militaire et civil de la recherche. Le rôle d’entraînement du CEA et EDF, de la SNCF et des P.T.T. est considérable avec des fleurons : Framatome, Alsthom, Alcatel.

    2.      La politique de recherche et la politique scolaire

De Gaulle avec Michel Debré met l'accent sur l'innovation scientifique et technique.

            a)      Pour ce qui concerne la recherche

est créée la DGRST [3] orientée vers la Recherche-Développement. Outre le CNRS (créé dès 1939), le CEA (énergie atomique) et l'INRA (recherche agronomique), sont créés : le CNES (études spatiales), l'INSERM (santé et recherche médicale), l'IRIA (informatique), le CNEXO (exploitation des océans), et l'ANVAR [4]. C’est le "Colbertisme" scientifique et technologique. 

 

 

Budget recherche

chercheurs

universitaires

1958

2,46 %

9.000

8.000

1969

6,20 %

31.000

31.000

 

C'est aussi l'explosion universitaire: on passe de 200.000 étudiants en 58/59 à 508.000 en 67/68 et 751.000 en 74/75.

            b)      La politique d'éducation.

Il y a une forte demande de la part des parents et une offre de la part de l’État. Un collège est ouvert chaque jour entre 1965 et 1975. Il faut faire face au baby boom de la Libération. C'est l'explosion scolaire que traduit l'augmentation du budget et des effectifs. On crée les C.E.S..

Les I.U.T. datent de 1966. Il s'agit de fournir aux entreprises qu'on veut modernes la main-d’œuvre dont elles ont besoin "mais les déterminismes sociologiques ont pesé plus lourd que les intentions démocratiques de départ" (page 62c). En clair : les élèves issus des catégories aisées ont mieux réussi que ceux issus du salariat modeste -comme dit l’INSEE- à savoir les employés et les ouvriers. J’ai parlé de l’instrumentalisation de l’éducation au service de l’économie dans les cours sur la V° république.


    II. L'ŒUVRE COLLECTIVE DES FRANÇAIS

    A. Une France rajeunie et urbanisée

        1.      La démographie

    Après la stagnation des années de 1900 à 1940, la population passe de 40 millions d’habitants à 53,7 en 1975 soit plus d'un tiers de croissance. La natalité reprend, se stabilise et décroche en 1973 ;

    C'était alors la France des familles nombreuses : 40% des familles constituées entre 1950 et 1960 ont au moins 3 enfants. Ceci augmenta la demande intérieure. Mais les parents sont des personnes nées entre 1930 et 1944 : jamais les adultes n'ont été aussi peu nombreux (ratio avec les personnes âgées et les jeunes) qu'au recensement de 1968 : 53,6%. Il a fallu travailler : 2078 heures/années contre 1860 en RFA, en 1966, malgré l'allongement des congés payés. C'est aussi le recours massif à l'immigration (+500.000 en 1968 par rapport à 1962. Ainsi que le déclara G. Pompidou, à l'Assemblée Nationale, en 1963 : "l'immigration est un moyen de réduire les tensions sur le marché du travail"[5]. Autrement dit de faire baisser les salaires, on a bien compris. Lire Peugeot et les Trente Glorieuses : les trains de l’immigration choisie

    En attendant l'arrivée des baby-boomers sur le "marché du travail", le recrutement des ouvriers s'effectue de trois manières : exode rural, emploi des femmes, recours à l'immigration. Peu couteuse cette main-d’œuvre évite le recherche technique de productivité. mode de développement "asiatique' disait un collègue (en référence à la Corée du sud ou Taïwan).

        2.      L'explosion urbaine

La France rattrape, ici, un retard qui lui est  propre. En 1929, population rurale et population urbaine s'équilibrent à 50/50. En 1954, c'est 58,6% seulement, en 1968 c'est 71,3%. C'est l'époque où l'urbanisation du pays a progressé le plus vite. Cela s'explique par l'exode rural et l'industrialisation / tertiarisation mais aussi par la fin de la crise du logement.

La crise du logement date d'après 14-18 (avec le blocage des loyers, il y eut pénurie de construction de logements). 100.000 logements/an furent construits durant l'entre-deux-guerres puis arrive la guerre de 39-45. Au début des années 50', c'est la crise (cf. le combat de l'abbé Pierre, 1954). La IV° a pris des dispositions : le 1% salarial [6], rôle de la caisse des dépôts et consignation, expropriation pour cause d'utilité publique (inventée par le Conseil d'État, c'est ce que l'on appelle de l'ingénierie administrative), aide aux propriétaires. La V° recueille les fruits des efforts entrepris par la IV°. Avec les années De Gaulle, c'est le triomphe des grands ensembles (Z.U.P.) mais aussi des lotissements de banlieue (rendus possible grâce à l’usage de l’automobile et à l’industrialisation de la construction des maisons individuelles).

    1953    : 100.000 logements

                  1959  : 320.000

                1975  : 500.000 (en 4 ans = 2 millions = autant que durant toute l'entre-deux-guerres)

le B.T.P. passe de 1.000.000 personnes employées à 2 millions en 1968.

On peut imaginer le Français moyen de l'époque : jeune, émigré à la ville, des enfants, accède à la propriété de son appartement, de sa voiture, s'équipe… etc.…On doit imaginer, également, le zoning social qui s’installe et qui, avec la crise, sera qualifié de ghettoïsation. Les Z.U.P. reçoivent en effet des locataires de même statut social puis, avec la décision de Giscard d’Estaing (droite) de procéder au "regroupement familial", de multiples nationalités. Avec la crise qui suit les années 70', se posera le "problème des banlieues".

Mais la croissance, si certains en profitent, fait aussi des victimes. La société française est bouleversée.

    B. Une société de salariés

        1.      La crise des classes moyennes traditionnelles

            a)      Dans l'agriculture

Les paysans comme l'indique Debatisse, dirigeant du CNJA (Jeunes agriculteurs) en 1963, sont victimes d'une "révolution silencieuse". La IV° république était restée une république radicale et indépendante. (Cf. Félix Gaillard). La V° rompt pour partie avec cette France des notables. L'indexation des prix agricoles est supprimée. Il faut engager l'agriculture française dans la voie européenne. C'est ce que fait la loi d'orientation agricole de 1960. La P.A.C. est conclue en 1962. C'est l'époque des violentes manifestations agricoles (sac de la sous-préfecture de Morlaix en 1961). Des réformes de structures sont entreprises : SAFER, IVD [7]. Le paysan doit devenir un agriculteur : l'agriculture connaît une 2° révolution (mécanisation, chimisation, aliment pour bétail, semences sélectionnées, insémination artificielle…). Pour cela, l’enseignement agricole est fondamental.

Les effectifs de l'agriculture baissent de moitié entre 1959 et 1974 et passent de 20,7% de la population active en 1954 à 7,6% en 1975. La France a cessé d'être un peuple de paysans. (mais ne confondez-pas le poids des paysans/agriculteurs dans la société française avec le poids du complexe agro-alimentaire dans l'économie du pays).

        b)      Dans le commerce

    Les commerçants sont à la fois victimes et acteurs de la croissance.

    Victimes : En 1963, Marcel Fournier ouvre le premier Carrefour à Annecy.

 

 

Super marchés

Hyper (+2.500m2)

1960

   50

0

1975

2842

298

 

Les petits commerçants passent à la TVA au commerce au détail en 1968 et à l'assurance-maladie. C'est l'époque d'un mouvement de révolte (héritier spirituel du poujadisme) appelé CID-UNATI avec Gérard Nicoud qui fait un tabac aux élections des C.C.I. et chambre de métiers (1970-71). D'où le vote de la loi Royer sur l'urbanisme commercial qui limite, à tout le moins freine l’expansion des "grandes surfaces".

Acteurs : Les commerçants sont à l'articulation entre le produit nouveau à vendre et le milieu local, ils abandonnent facilement ce qui ne se vend plus au profit de ce qui se vendra. Le cas des boulangers est exemplaire qui ont su résister à la concurrence des industriels de la boulangerie (je parle des Trente Glorieuses).

    2.      Patrons et ouvriers

    Le patronat n’est pas monolithique. Si le président du CNPF (ancêtre du MEDEF) est favorable à la CEE, dans l’ensemble les conservateurs pessimistes l’emportent. A cette époque, le patronat familial est, de loin, le plus nombreux et le plus influent. La structure industrielle française se caractérise par une faible concentration. En 1961, l’effectif médian des entreprises françaises est de 144 salariés contre 250 en RFA, 360 aux États-Unis et, il est vrai, 80 au Japon. En 1963, la première entreprise française par le Chiffre d’affaires arrive au onzième rang européen et c’est EDF ! une entreprise nationalisée. Bref, face aux multinationales américaines et allemandes, le capitalisme français ne fait pas le poids. Il y a alors deux patronats : celui qui veut moderniser, discuter avec les syndicats, aménager le ‘contrat fordiste’ bien connu des économistes et l’autre, le conservateur. Dans une lutte âpre et peu connue du public, au sein du CNPF, c’est le second qui l’emporte : d’où les évènements ouvriers de mai 68 et l’augmentation de 35% du SMIG qui montre à quel point un certain patronat est retardataire [8].

    Le gouvernement de G. Pompidou encourage délibérément les grandes entreprises. Il joue sur les subventions, les commandes d'État, les plans sectoriels. c'est ce qui lui valut l’appellation de "pouvoir des monopoles" de la part du PCF. Les années 60’ sont l’époque d’une intense restructuration. Ainsi est créée l’AGREF : association des grandes entreprises françaises.

    Au début de la période c’est le plan quinquennal qui soutient les secteurs dynamiques de l’économie. Progressivement, c’est le patronat moderniste qui fait pression sur l’ Etat. A terme cependant, s’annonce le dépérissement du Plan : le patronat devient l’acteur central et quasi unique des décisions : la multinationalisation et la mondialisation rendent le Plan caduc. On laisse faire et cela conduira à des phrases calamiteuses de dirigeants politiques déclarant « l’ Etat ne peut rien faire » face à une décision de licenciements massifs.



[1] Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce. Créé à la fin de la guerre, ancêtre de l’OMC.

[2] Nom donné à une nouvelle négociation du GATT qui ouvre encore davantage les frontières. Dans les années 70’ ce sera le Tokyo round.

[3] Délégation générale à la recherche scientifique et technique.

[4] Agence nationale pour la valorisation de la recherche.

[5] Voir les archives du Monde, numéro du 16 octobre 1996.

[6] 1% de la masse salariale des entreprises est dédié à la construction de logements.

[7] IVD : indemnité viagère de départ : favoriser le départ à la retraite de vieux paysans. SAFER : société d’aménagement foncier et d’équipement rural : institution qui a un droit de préemption sur les terres agricoles, et est donc prioritaire sur les aménagements urbains, etc…

[8] Il l’était déjà en 1935 et c’est la raison de la grève massive qui a suivi la victoire électorale du Front populaire.Quant à aujourd'hui...

1-2 of 2