caricature : les "poires" de Philipon...

publié le 15 janv. 2015 à 03:36 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 janv. 2017 à 01:50 ]


    Voici un des dessins les plus célèbres du XIX° siècle. C’est la Monarchie de juillet, celle de Louis-Philippe 1er mis sur le trône par la révolution de 1830. Charles X avait voulu rétablir la vieille législation d’Ancien Régime sur la presse et il fut renversé par une révolution instiguée par les journalistes du National avec Thiers comme fer de lance. Louis-Philippe rétablit donc le drapeau tricolore -celui de Charles X était le drapeau blanc de Louis XVI - et la liberté de la presse. Mais c’était une liberté surveillée. A cette date, le pape Grégoire XVI avait condamnée cette liberté. "C’est la peste !" avait-il écrit dans son encyclique Mirari Vos du 15 août 1832.

    Philipon, dessinateur-caricaturiste parmi les plus célèbres de son temps, ami et collaborateur de Daumier, est condamné pour offense au roi. Il passe devant la cour d’assises de Paris. J’utilise ici l’encyclopédie Wiki :

    Le "coup de théâtre" survient à l'audience du 14 novembre 1831 lorsque face aux juges, Philipon, persuadé d'être condamné, joue son va-tout et démontre dans une argumentation adroite que "tout peut ressembler au roi", et qu'il ne peut être tenu pour responsable de cette ressemblance. Et d'illustrer sa défense par la métamorphose de son portrait en poire. Ce sont les fameuses "croquades faites à l'audience du 14 novembre 1831", reprises un peu plus tard à la demande de Philipon par Honoré Daumier qui y ajoutera une quatrième figure.


                        NB. cf infra le texte du croquis.


    Le succès est immense : "Ce que j'avais prévu arriva. écrit-il dans une correspondance.  Le peuple saisi par une image moqueuse, une image simple de conception et très simple de forme, se mit à imiter cette image partout où il trouva le moyen de charbonner, barbouiller, de gratter une poire. Les poires couvrirent bientôt toutes les murailles de Paris et se répandirent sur tous les pans de murs de France". Plus largement, l'événement constituait un hommage à l'art de la caricature (Champfleury qualifia Philipon de Juvénal de la caricature) qui transforme sa cible pour en révéler les traits essentiels. Au-delà de la personne du roi, la "poire" symbolisait le régime et ses affidés. Elle fut reprise abondamment par les artistes travaillant avec Philipon, parmi lesquels Daumier (Une énorme poire pendue par les hommes du peuple), Grandville (La naissance du Juste-Milieu), Traviès (M. Mahieux poiricide), Bouquet (La poire et ses pépins). Un sommet sera atteint lorsque Philipon publiera le Projet du monument expia-poire à élever sur la place de la Révolution, précisément à la place où fut guillotiné Louis XVI (La Caricature, 7 juin 1832). Il sera taxé d'incitation au régicide.

    À l'issue de son procès devant la cour d'assises, Philipon fut condamné pour "outrages à la personne du roi. Arrêté le 12 janvier 1832, il dut purger six mois de prison et verser 2000 francs d'amende, auxquels s'ajoutèrent sept mois liés à d'autres motifs de condamnation.

 

Le 5 août 1835, de nouvelles lois sur la presse sont présentées à la Chambre. Dans un discours aux accents disons "prophétiques", Thiers pourtant de philosophie voltairienne s’écria lors de la séance du 29 août : "Il n'y a rien de plus dangereux [...] que les caricatures infâmes, les dessins séditieux, il n'y a pas de provocation plus directe aux attentats" (Le Moniteur universel, 30 août 1835) sources : Wiki.


    texte du croquis (orthographe maintenu) :


    Les poires.

    Faites à la cour d’assises de Paris par le directeur de la Caricature.

    Vendues pour payer les 6.000 francs d’amende du journal Le Charivari.

    Si, pour reconnaître le monarque dans une caricature, vous n’attendez pas qu’il soit désigné autrement que par la ressemblance, vous tomberez dans l’absurde. Voyez ces croquis informes auxquels j’aurais peut-être dû borner ma défense.

Ce croquis ressemble à Louis-Philippe, vous condamnerez donc ?

Alors il faudra condamner celui-ci qui ressemble au premier.

Puis condamner cet autre qui ressemble au second.

Et enfin, si vous êtes conséquens, vous ne sauriez absoudre cette poire qui ressemble aux croquis précédens.

    Ainsi pour une poire, pour une brioche, et pour toutes les têtes grotesques dans lesquelles le hasard ou la malice aura placé cette triste ressemblance vous pourrez infliger à l’auteur cinq ans de prison et cinq mille francs d’amende !! Avouez messieurs que c’est là une singulière liberté de la presse !   


     lire également : "D’où viens-tu, Charlie ?" par Marie-Eve Thérenty et Guillaume Pinson



Comments