Pour ceux qui croient au Ciel

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prière de rue à Clichy (communiqué de La libre pensée)

publié le 16 nov. 2017 à 01:35 par Jean-Pierre Rissoan

FÉDÉRATION DES HAUTS-DE-SEINE

DE LA LIBRE PENSÉE

Membre de

l’Association Internationale de la Libre Pensée (AILP)

10/12 rue des Fossés-Saint-Jacques 75005 PARIS

Tél. : 01 46 34 21 50 – Fax : 01 46 34 21 84

 

 

 
– COMMUNIQUÉ DE PRESSE 

 

Prières de rue à Clichy :

Provocation délibérée de la Municipalité ?

 

 

Quand il faisait campagne lors des élections municipales de 2015, le candidat Les Républicains Remi Muzeau avait promis de préserver les locaux qui servaient de mosquée à Clichy. Reniant sa parole après avoir été élu Maire, il a délibérément créé un conflit avec l’Union des associations musulmanes de Clichy (UAMC) fermant ces locaux pour les attribuer à un autre projet. En « compensation », il a proposé de nouveaux locaux pour la Mosquée de la ville, totalement inadaptés (trop petit, trop loin, non desservis par les transports en commun, non-sécurisés, etc..).

 

La Municipalité de Clichy a procédé strictement de la même manière avec les locaux des Unions locales des syndicats FO et CGT. C’est donc une politique délibérée de faire table rase de ce qui existait avant. La Municipalité a mis l’UAMC devant une solution qu’elle ne pouvait que refuser.

 

La laïcité n’a rien à voir dans cette provocation municipale !

 

Que réclame l’UAMC ? : L’octroi d’un terrain qu’elle achèterait avec ses propres fonds privés et la construction d’une mosquée entièrement à sa charge, sans aucun recours au fonds publics. C’est l’Union des associations musulmanes de Clichy qui respecte la laïcité et la loi de 1905 de Séparation des Eglises et de l’Etat dans cette affaire, c’est la mairie de Clichy qui est antilaïque. La loi de 1905 garantit la liberté de conscience de tous et la liberté de culte. C’est la mairie de Clichy qui remet en cause le libre exercice des cultes prévu par la loi républicaine.

 

 

C’est la Mairie de Clichy qui porte l’entière responsabilité du conflit par son attitude manifestement contraire à la laïcité. Dans la course à l’échalote identitaire de la Droite après le Front national, la manifestation du 10 novembre 2017 des Elus LR, UDI, Modem, et FN n’est qu’une provocation supplémentaire pour alimenter un conflit qui n’aurait jamais dû exister si Rémi Muzeau avait respecté ses engagements.

 

Il fallait bien aussi que les « supporters » de Manuel Valls s’en mêlent pour participer à cette nouvelle croisade identitaire qui n’ose pas dire son nom. C’est ainsi que le groupuscule « vallsiste » Force laïque a apporté sa pierre à la lapidation de la laïcité à Clichy en participant à la manifestation de la droite-extrême en y scandant « Aucun culte, la France est laïque », c’est-à-dire tout le contraire de la loi de 1905. C’est au point où le site d’extrême-droite Riposte laïque (lire : Riposte chrétienne, des anciens amis à eux), les a chaudement félicité.

 

Quel est le statut juridique des prières de rue ?

 

Ces manifestations s’apparentent à des processions religieuses. La loi de 1905 prévoit donc que c’est la loi commune aux manifestations qui s’applique en la matière. Si « elles ne constituent pas un trouble manifeste à l’ordre public » selon les termes de la législation, elles sont autorisées comme toute manifestation sur la voie publique.

 

Il faut être bien bas du Front pour assimiler les prières de rue le vendredi après-midi à « l’occupation allemande » entre 1940 et 1944. Chacun sait que l’occupation nazie sous le Régime de Vichy ne durait que trois heures le vendredi après-midi !

 

Si la Mairie de Clichy s’entête dans cette démarche provocatrice et conflictuelle, les choses ne pourront que s’envenimer encore plus. Il faut revenir à la raison dans cette affaire.

 

La Libre Pensée est :

-        Pour le respect intégral de la loi de 1905 qui garantit la liberté de conscience et le libre exercice des cultes !
-        Aucun financement public des cultes !
-        Le respect intégral de la liberté de conscience qui est de croire comme de ne pas croire !

 

 

C’est cela la véritable laïcité !

Elle doit être respectée par tous !






Jean-Luc Mélenchon : « Je suis de culture catholique, je connais la maison ! »

publié le 15 avr. 2017 à 03:51 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 15 avr. 2017 à 05:08 ]

    Voici le texte d'une ITW de J.-L. Mélenchon par des journalistes de Famille chrétienne (1 février 2017).

   

    Jusqu’au premier tour de la présidentielle, Famille Chrétienne rencontre les principaux candidats. Un fossé bioéthique sépare Jean-Luc Mélenchon des chrétiens fidèles à l’enseignement de l’Église. Mais le candidat de la gauche radicale rappelle sa lutte contre la pauvreté et son attachement à l’indépendance de la France.

    Vous avez plusieurs fois noté que la Manif Pour Tous avait été un catalyseur politique pour de nombreux Français. Qu’avez-vous envie de leur dire ?

Aucun responsable politique ne peut passer à côté du phénomène qu’a attesté ce mouvement. C’est un phénomène social, autant que spirituel, qui exprime des convictions profondément enracinées dans notre peuple. C’est la raison pour laquelle ces questions éthiques doivent être maniées avec prudence et en s’assurant que l’on s’est bien compris. Avec la Manif Pour Tous, je fais le pari positif du malentendu. La reconnaissance des couples homosexuels à l’état civil n’est pas le sacrement reconnu par l’Église. Nous ne parlons pas de la même chose, bien que l’utilisation en commun du mot « mariage » prête à confusion.

    Le reproche des manifestants portait surtout sur la filiation

Je ne suis pas dupe du prétexte ! Les gens se sont mobilisés parce qu’ils estiment inacceptable que deux personnes du même sexe puissent être considérées comme mariées. C’était leur premier souci ! Quant aux enfants, la réalité est qu’il y a déjà des enfants élevés par des parents homosexuels. J’admets l’idée de la procréation médicalement assistée (PMA) pour les femmes homosexuelles comme en bénéficient déjà les hétérosexuelles. Par contre, je suis absolument et radicalement opposé à la gestation pour autrui (GPA). C’est la porte ouverte à un nouveau commerce du corps des femmes. Je veux bien en douter si on me présente une femme milliardaire acceptant de faire un enfant gratuitement pour une femme pauvre d’un bidonville…

Je suis absolument et radicalement opposé à la gestation pour autrui.

    Mais effacer la filiation d’un enfant, le priver de son père ou de sa mère, est néfaste pour lui !

Je l’entends. Mais j’y oppose un autre regard fondé sur la compassion. C’est la vie qui m’a amené à trancher ces questions délicates. J’ai été membre de la commission d’adoption d’un Conseil général, j’en ai démissionné parce que je ne me sentais pas capable de refuser un enfant à l’un des demandeurs. Autre exemple plus rude : la question de l’accès aux origines. J’y suis opposé. C’est une brutalité inouïe d’imposer à une femme de confirmer son choix d’abandon des décennies plus tard, alors qu’elle a eu le courage de mener sa grossesse à terme et de mettre cet enfant au monde. Au total je ne suis donc pas sûr que la question de l’effacement de la filiation soit si décisive. Tout le monde se sait né d’une femme. La présence des modèles masculins est évidemment un besoin pour la construction de soi. Mais on y répond facilement par la présence des hommes de sa parentèle ou de son entourage. Entendez que mon point de vue n’est pas abstrait ! Les gens comme moi ont des enfants, des petits-enfants, nous les chérissons, nous avons aussi à gérer toute cette complexité.

    Sur l’avortement, il n’y a aucune volonté politique de promouvoir des alternatives ou des aides, nécessaires pour qu’un véritable choix soit posé. Est-ce normal, selon vous ?

C’est une faillite de la société de ne pas aider les jeunes gens à éviter des grossesses non désirées. Mais nos points de vue divergent : vous considérez que le fœtus est une personne, je considère qu’il ne devient une personne que lorsque l’enfant est désiré. Parce qu’il entre alors dans les rapports sociaux qui fondent l’humain. Pour moi, la priorité est d’abord à la femme. Vous n’avez pas d’autres droits que de solliciter la Grâce pour la convaincre de rejoindre votre point de vue…

… ou des moyens publics pour l’aider si elle a des problèmes financiers. Ces moyens ne sont pas mis en avant !

Mais les gens connaissent déjà leurs droits : les allocations parents isolés (API) et familiales. Vous ne pouvez pas opposer une raison matérielle à la liberté de quelqu’un…

    Le site internet du gouvernement ne propose aucun vrai choix !

Je suis d’accord avec la loi votée par le gouvernement sur le délit d’entrave à l’IVG. Je voudrais quand même rappeler qu’il n’y a pas d’avortement heureux ! C’est une décision difficile à prendre, parfois douloureuse, qui crée parfois une situation de détresse. Il n’est pas bon alors d’ajouter de la pression. J’entends bien votre opposition. Vous voulez obtenir des moyens pour dissuader d’avorter. Cela résulte de convictions morales et spirituelles profondes, je le respecte, et ne le tourne pas en dérision. Mais entendez notre parole : les femmes n’avortent pas uniquement pour des raisons matérielles.

Vous avez salué le dernier rapport du Secours catholique sur la pauvreté, est-ce un thème important de votre campagne ?

    Ce rapport est remarquable. La pauvreté est une douleur immense dans notre pays, répandue dans un océan d’indifférence. Il est temps de réaliser qu’il y a neuf millions de pauvres et que 2 000 personnes sans domicile meurent dans la rue ! C’est devenu un fait social massif. Il est directement lié au modèle économique en place qui a sévi de même aux Amériques, avant d’arriver en Europe. Les situations de détresse immense qui existent aux États-Unis en disent d’ailleurs beaucoup sur la dernière élection présidentielle américaine. L’indifférence à la pauvreté s’explique par la croyance selon laquelle le modèle économique actuel est indépassable, ce qui n’est pas le cas. Une meilleure répartition de la richesse permettrait de rendre à chacun sa dignité. Je parle de la pauvreté dans tous mes discours, et je vais continuer à en parler, car la pauvreté est la plaie ouverte sur le visage du capitalisme. Le pape François l’a dit dans des termes encore plus vigoureux que moi.

    Là où vous ne seriez pas d’accord avec le pape, c’est sur le suicide assisté : il y voit un danger justement pour les personnes faibles, malades, âgées…

Il n’a pas tort ! Cette société, où les êtres sont pesés à l’aune comptable de la rentabilité, est tellement cruelle et marchande qu’elle serait tout à fait capable de ces horribles dérives. Il faut qu’il y ait des barrières pour que cette décision du suicide assisté soit l’expression de la libre et éclairée volonté de la personne. Notre divergence est sur un autre terrain. Vous croyez que la vie est un don de Dieu, votre point de vue est cohérent. Le mien est celui du primat de la responsabilité individuelle intégrale, du début jusqu’à la fin de la vie.

    Sur l’école, comprenez-vous la frustration de nombre de catholiques de voir un « plafond de verre » de 20 % à l’enseignement catholique ?

Aujourd’hui, à côté du réseau scolaire catholique, d’autres demandent à établir des écoles confessionnelles ou privées. Je m’y oppose absolument. Le système libéral a pour objectif à la fin de constituer un marché de l’éducation, avec un chèque donné aux parents pour qu’ils se paient les prestations qu’ils choisissent. Donc au mieux vous pouvez attendre de moi que je laisse faire. Cela vous coûtera au minimum l’abolition de la loi Carle (sur le financement des écoles privées, Ndlr), ruineuse pour les communes.

    Que vous inspirent les récents attentats en Europe ?

Qui commet un attentat n’est pas un guerrier, mais un assassin. Ces évènements attestent de la permanence d’une guerre. Mais on a cru en venir à bout en nommant mal l’ennemi. C’était la meilleure manière de mal le combattre ! On ne fait pas la guerre au « terrorisme » : on fait la guerre à des puissances, qui utilisent des mercenaires commettant des actes terroristes. Et le récent cessez-le-feu en Syrie sous les auspices de la Russie et de la Turquie a validé mon diagnostic ! On m’avait expliqué que la guerre en Syrie opposait des rebelles « modérés », et le régime de Bachar el-Assad. À la fin, les rebelles sont des mercenaires islamistes et ce sont des pays étrangers qui négocient le cessez-le-feu ! C’est bien une guerre entre puissances. Mieux vaut nommer les choses par leur nom. Cette guerre aura montré la faillite du système d’information qui, depuis le début, présente un tableau totalement faussé par les simplifications abusives.

    Quelle serait la politique à mener vis-à-vis de la Russie ?

    Pour la France, les Russes sont des partenaires, pas des ennemis. Jamais ! Quel que soit le régime politique qui est le leur. C’est la géopolitique qui commande. Elle nous impose de s’accorder avec les Russes. Le dire, ce n’est pas tout accepter d’eux. Mais quelle odieuse cotisation forcée à la pensée dominante d’être obligé de le préciser ! On ne peut plus parler des Russes sans être obligé de se dédouaner longuement ! Personne n’exige cela à propos de l’Arabie Saoudite, du Qatar ou même de l’Iran. Il faut rétablir une relation normale avec les Russes, en l’assumant sans complexe. Nous n’avons à en demander l’autorisation à personne ! Il faut donc faire cesser en Europe l’hystérie guerrière, qui est en train de croître et embellir d’une manière irresponsable. Il est irresponsable que le Parlement européen adopte des résolutions belliqueuses contre la Russie, et décrive un état de « guerre d’information » avec elle, au motif qu’elle entretient les agences Sputnik et Russia Today. Alors que ces deux médias ne se sont jamais cachés d’être russes et de présenter un autre point de vue ! On a l’impression que beaucoup de gens revivent une guerre froide qui semble leur manquer. Elle est pourtant définitivement close. Ce dont nous parlons, ce n’est pas l’affrontement entre deux blocs idéologiques, mais deux nations. Notamment l’une d’entre elles qui était à la tête d’un empire, qui s’est disloqué sans négociations sur la forme de cette désagrégation. La fin de l’empire austro-hongrois a été négociée, la fin de l’empire ottoman aussi mais la fin de l’empire soviétique n’a jamais été organisée. On avait donc toutes les raisons de penser que l’affaire se réglerait par des bras de fer autour de chaque frontière litigieuse. Au lieu de faire baisser les tensions, on a fait l’inverse, l’Europe est complice d’avoir laissé l’Otan s’élargir jusqu’à la porte de la Russie.

Pour la France, les Russes sont des partenaires, pas des ennemis. Jamais !

    Justement, l’Europe est-elle compatible avec la souveraineté nationale ?

    Notre identité nationale est basée sur un projet politique qui nous rassemble, et non sur un pacte ethnique, culturel ou religieux. En France, la souveraineté nationale est celle du peuple sur lui-même, et sur le territoire qu’il occupe. Il y a une incompatibilité totale entre cette idée française de l’identité et la construction actuelle de l’Union européenne, qui nie le droit du peuple à décider. L’Union a institutionnalisé un modèle économique, et l’oppose à toute volonté populaire. On a infligé un traitement barbare à la Grèce, et on continue de le faire ! Nous, Français, n’avons plus rien à voir avec cette construction politique. Je propose la sortie des traités européens actuels, ce qui veut dire en proposer un nouveau, de notre main. Il n’est également pas question, après avoir renoncé à tant d’attributs de notre souveraineté, de participer à la folie de la défense européenne. Cette dernière n’est sympathique que pour ceux qui ne connaissent rien aux affaires militaires ! Tout comme les récentes décisions absurdes d’acheter du matériel américain pour remplacer des armements stratégiques pour la France. Si j’en ai la responsabilité, tout cela s’arrêtera !

    Quel serait votre saint préféré ?

    (Rires) Je suis de culture catholique, je connais la maison ! Si je devais choisir, ce serait l’apôtre Thomas. J’ai été bouleversé par le superbe tympan d’une église non loin de Saint-Jacques de Compostelle, ce rendez-vous si extraordinaire pendant mille ans de civilisation européenne ! Je m’y suis rendu à plusieurs reprises. Sur le tympan de cette église, on voit Thomas qui met son doigt dans la plaie du Christ. Il veut vérifier. « vide pedes, vide manus » l’encourage Jésus, dit l’Évangile. Puis il ajoute : « parce que tu as vu, tu crois. Heureux qui croient sans avoir vu ». C’est un acte de foi. Mais on peut l’interpréter autrement. La vérité n’est pas accessible seulement au domaine des sens, mais grâce à la seule pensée. C’est la base de la science ! J’aime cette scène, qui est significative du quotidien de chaque être humain, confronté au jeu des apparences, et aux vérités qu’il pressent au-delà de ces apparences.

    Propos recueillis par Pierre Jova, Antoine Pasquier et Samuel Pruvot

La canonisation de deux papes... (1 de trop ?)

publié le 27 avr. 2014 à 02:11 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 août 2015 à 03:55 ]



    Je publie cet article du rédacteur en chef de l'Humanité, en précisant que le titre avec son "1 de trop ?" est de moi -(JPR). On ne saurait négliger les entrevues entre Reagan et Jean-Paul II pour conjuguer l’action des deux hommes contre l'URSS -même si cette dernière n'était bien sûr pas exempte de reproches- , l'argent qui coulait de la Mafia vers la Banque du Vatican puis vers Solidarnosc... , l'admonestation devant des milliards de téléspectateurs dont fut victime le théologien Leonardo Boff coupable de vouloir libérer ses compatriotes sud-américains de la pauvreté en déployant dans les esprits et les cœurs une "théologie de la libération". D'ailleurs, tout ce qui change aujourd'hui en Amérique latine est une défaite posthume du polonais pape Jean-Paul II.
    Heureusement, François ouvre à nouveau les portes et fenêtres de cette vieille institution.
    J.-P. R.

ci-dessus : Pinochet et Jean-Paul II

Vatican : quels desseins autour de deux saints ?

                  

 par Patrick Apel-Muller



    Ils seront sans doute près d’un million de pèlerins et des centaines de millions de catholiques devant leurs postes de télévision. Le pape François fait saints dimanche deux de ses prédécesseurs, l’Italien Jean XXIII et le Polonais Jean-Paul II, deux visages différents et à bien des égards contraires de l’Église aujourd’hui.

    L’évènement ne peut être résumé au seul show planétaire qui va mobiliser 150 cardinaux, un millier d’évêques, 6000  prêtres de tous les pays et neuf satellites et qui verra pour la première fois  la canonisation de deux papes en présence de deux papes vivants, puisque le démissionnaire Benoit XVI sera probablement place Saint-Pierre. La signification de cette cérémonie dans ce moment de l’histoire du Vatican mérite d’être réfléchie par les progressistes.

FALLAIT-IL S’Y RENDRE ?

    La présence de Manuel Valls, flanqué de Xavier Darcos, choque ceux qui sont attachés à la laïcité. Non ! La République n’est pas la fille aînée de l’Église et bien des citoyens peuvent se sentir blessés qu’une religion fasse l’objet d’un traitement particulier.  D’autres officiels français se sont déjà rendus à de semblables canonisations, concernant parfois des personnages plus troubles, partisans du franquisme et de l’Opus Dei. Reste que la venue à Rome du Premier ministre est un message politique. Il est à craindre qu’il s’accompagne d’une démission sur des sujets comme le mariage pour tous ou une conception renouvelée de la famille. En effet, comment le maître d’œuvre d’une politique d’austérité et de cadeaux mirifiques aux grandes fortunes qui pilotent les grandes entreprises pourrait-il applaudir le discours très critique du nouveau pape à l’égard de la mondialisation capitaliste ? (Lire : Le pape François ouvert au marxisme)

POURQUOI CES DEUX PAPES ?

    L’instruction des canonisations avait été entamée avant l’élection de François mais c’est lui qui a décidé d’associer les deux papes dans une même cérémonie qui, ainsi, évitera un trop grand culte de la personnalité autour de Wojtyla. Ce dernier est désormais une figure plus contestée qu’auparavant parmi les catholiques où la figure du pasteur énergique, globe-trotter et médiatique est désormais contrebalancée par des faces plus obscures, celle de ses compromis avec les financiers troubles et la maffia pour combattre le socialisme réel, son indifférence devant les phénomènes pédophiles, son hostilité aux théologies de la libération, aux prêtres-ouvriers et à l’ouverture au monde qui l’avait conduit à sanctionner Mgr Gaillot. Incontestablement le pape François se reconnaît plutôt dans la figure de Jean XXIII, surnommé « le bon pape », dont il a reproduit des gestes symboliques, à la rencontre des plus pauvres ou des prisonniers. « Je viens de l’humilité » disait le pape Roncalli qui lança le concile de modernisation de l’église, Vatican II, pour « discerner les signes du temps », l’ouvrir au monde, appuyer une politique  internationale de détente avec l’Est, déverrouillant une église cadenassée en lui donnant un nouvel élan qui dialogue avec les espérances terrestres. A sa mort, l’URSS mis en berne ses drapeaux… Si le pontificat de Jean XXIII fut court, il trouva en Paul VI un continuateur et un interprète.

    En réunissant ces deux prédécesseurs, le Pape François rassemble la palette des sensibilités catholiques. Il en a besoin. Il rencontre en effet l’hostilité des courants intégristes et conservateurs, ceux d’une église remparée dans l’autorité et la munificence, sourde aux souffrances du monde et dévouée aux puissants. Les menées contre lui ne sont pas le seul fait d’une maffia qui voit peu à peu s’évanouir ses leviers dans la Curie et dans l’appareil financier de l’église, mais aussi ces bourgeoisies nationales qui voient l’Eglise un outil précieux pour éterniser leur domination. Lors de ses premiers pas de pape, Angelo Roncalli, rencontra la même hostilité glacée de la Curie….

FRANÇOIS AFFIRME SES POSITIONS. 

    Peu à peu, le nouveau pape impose sa vision. Les prélats amateurs de faste sont isolés ; la dimension pastorale est affirmée ; le dialogue avec le monde prend de l’ampleur ; le refus du règlement guerrier des tensions  - notamment contre l’intervention en Syrie – est fortement réaffirmé ;  la priorité aux pauvres (« une Église pauvre pour les pauvres ») s’affiche comme une constante. En Amérique latine, en s’impliquant fortement pour que l’Église choisisse le dialogue au Venezuela et prenne ses distances avec les fauteurs d’affrontement, il a donné un signe qui a été repéré par l’opinion. Mercredi, lors de l’audience générale au Vatican, François a ainsi réagi à la vidéo que lui avaient adressée des ouvriers de l’entreprise Lucchini, une usine métallurgique toscane menacée de fermeture, pour se solidariser avec eux.

>>> Lire : Un pape d’une Église plus proche des gens

    Sa critique du capitalisme – un système qui « nie la primauté de l’être humain » - et de sa « tyrannie invisible » fait évoluer la doctrine sociale de l’Église, souvent à la recherche d’une troisième voie entre capitalisme et socialisme. Il caractérise le libéralisme comme « une économie de l’exclusion », dénonce le fait que de grandes masses de la population « se voient exclues, marginalisées,  en raison du jeu de la compétitivité et de la loi du plus fort, où le puissant mange le faible ». La mondialisation, juge-t-il a créé une « culture du déchet » où « l’homme est un bien de consommation qu’on peut utiliser et ensuite jeter », « voué aux bas-fonds et aux périphéries de l’existence » : «La crise financière que nous traversons nous fait oublier qu’elle a, à son origine, une crise anthropologique profonde: la négation du primat de l’être humain! Nous avons créé de nouvelles idoles. L’adoration de l’antique veau d’or a trouvé une nouvelle et impitoyable version dans le fétichisme de l’argent et dans la dictature de l’économie sans visage. La crise mondiale qui investit la finance et l’économie manifeste ses propres déséquilibres et, par-dessus tout, l’absence grave d’une orientation anthropologique qui réduit l’être humain à un seul de ses besoins : la consommation. (…). Non à l'argent qui gouverne au lien de servir.» Il ajoute : « Tant que ne seront pas résolus radicalement les problèmes des pauvres, en renonçant à l'autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, et en attaquant les causes structurelles de la disparité sociale, les problèmes du monde ne seront pas résolus, ni en définitive aucun problème. La disparité sociale est la racine des maux de la société ».

    Ce faisant, il rompt avec un discours commodément charitable et seulement compassionnel. Il présente le système capitalisme comme inhumain et ne s’embarrasse pas des passages obligés sur la « liberté d’entreprendre » et les « bienfaits du profit », en privilégiant un regard acéré sur le creusement des inégalités à l’échelle de la planète, et la revendication tout à la fois de la primauté absolu de l’être humain et celle du respect des biens communs à l’humanité.

    Peu à peu, les prélats français s’inscrivent dans ce courant et se dotent de porte-paroles plus ouverts aux problématiques contemporaines, qu’aux réitérations rigides du dogme. Ainsi certains d’entre eux mettent-ils en garde aujourd’hui contre les incidences du Traité transatlantique. .Un nouvel espace de rencontre et d’actions communes peut s’ouvrir avec les citoyens de progrès.

    Quelque chose est en train d’évoluer que ne permet pas de comprendre le recours aux vieux réflexes de l’anticléricalisme.

 

    Vendredi, 25 Avril, 2014

11 octobre 1962 : Vatican II, Jean XXIII ouvre les fenêtres...par Pascal Cauchy

publié le 30 nov. 2012 à 08:27 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 déc. 2012 à 09:22 ]

Ouvert en 1962 par Jean XXIII, en réponse aux évolutions de la société et à la laïcisation du monde, l’aggiornamento connu sous le nom de concile Vatican II est l’événement le plus marquant de l’histoire de l’Eglise catholique au XX° siècle. C’est à ce moment-là qu’elle décide de s’ouvrir enfin à la modernité. Une ouverture remise en cause depuis, sur bien des points.

 

par Pascal CAUCHY,

historien Article paru dans l’Humanité-Dimanche (22 au 28 novembre 2012)

 

Le 11 octobre 1962, deux mille quatre cents évêques venus du monde entier se réunissent dans la basilique Saint-Pierre de Rome pour l'ouverture solennelle du deuxième concile du Vatican sous la présidence du pape Jean XXIII. Cet événement n'aurait pu concerner que les affaires internes de l'Église catholique romaine mais, très vite, il apparut que cette réunion des pères de 1'Eglise prenait une dimension mondiale, dépassant les frontières des sociétés catholiques. Un concile est une assemblée exceptionnelle des évêques pour discuter des affaires de leur Eglise. Certes, il y a eu, dans l'histoire, plusieurs types de conciles et, rarement, cette assemblée délibérative fut un épisode neutre tant pour l'Eglise romaine que pour les affaires de l'Europe. Outre les conciles fondateurs, il y eut le concile de Florence, en 1439, qui chercha vainement à refaire l'unité des chrétiens: il y eut les funestes conciles de Constance (1414) et de Bâle (1431) qui préfigurèrent la Réforme protestante et les guerres qui s'ensuivirent ; le concile de Trente (1545-1563) fut un concile de combat, celui de la Contre-Réforme: celui, enfin, de Vatican I, interrompu en 1870, qui aboutit paradoxalement à un renforcement de l'autorité du pape sur son Église. La réunion d'un concile n'est donc pas une mince affaire et l'ouverture de la boîte de Pandore peut se révé1er très hasardeuse.

La convocation du concile fut soudaine. C'est le pape nouvellement élu, Jean XXIII, qui en fit l'annonce à des cardinaux "muets de stupeur" selon l'expression du pontife. Il n'y avait pas trois mois que l'ancien patriarche de Venise était sur le trône de Pierre. Cet homme âgé - il a 79 ans à cette date - apparaissait comme un pape de transition après le règne sévère de Pie XII. De plus, il passait pour un conservateur bienveillant (le "bon pape Jean"), et donc n'avait rien d'un fougueux réformateur. La nouvelle n'en était que plus inattendue, elle surprit l'entourage du pape et de tous les observateurs extérieurs. Initiative personnelle improvisée ou décision qui s'imposait au nouveau pape ? Personne à ce jour n'a trouvé la réponse. Aussi, deux ans plus tard, quand l'assemblée commence ses travaux, la question reste entière: pourquoi un concile, et surtout pour quoi faire ?

Assurément, la décision lourde de conséquences de convoquer un concile revient au pape Jean XXIII seul. Il s'est d'ailleurs exprimé à ce sujet et n'a laissé aucune ambiguïté sur sa détermination. Ce faisant, il n'a donné aucune direction précise, aucune instruction formelle, laissant les cardinaux et les évêques préparer l'assemblée. Toutefois, dans ses premiers discours, le pape revient sur un mot : "aggiornamento", terme difficilement traduisible en français mais qui apparait comme le mot d'ordre du futur concile. Une "mise à jour" et non une réforme fondamentale de l'Église. Voilà ce qu'il propose. Cependant, au gré des discussions préliminaires, trois lignes apparaissent en filigrane et vont structurer les travaux préparatoires : la revalorisation du rôle des évêques dans les églises locales, le rapprochement avec les autres confessions chrétiennes et l'ouverture de l'Eglise catholique dans le domaine social et politique. Au-delà de la décision personnelle de Jean XXIII, ces trois axes témoignent, chacun à leur manière, des mouvements de fond qui ont amené le concile, et surtout, de son orientation générale une fois l'ouverture proclamée, il y a maintenant cinquante ans.

L'évolution de l'Église et la réforme de ses structures ne sont pas des questions nouvelles. Mais après la Seconde Guerre mondiale, les catholiques, en accord avec l'esprit du temps, sont portés par un élan démocratique. Les critiques à l'égard d'une hiérarchie qui s'est souvent compromise avec les occupants ou les régimes fascisants se font plus vives de la part de chrétiens qui ont su prendre toute leur place dans la Résistance et qui s'impatientent face au conservatisme de Rome. En outre, les liens avec les autres confessions chrétiennes demeurent un sujet délicat, or la victoire du communisme dans les régions orthodoxes rend urgent un dialogue avec les Églises orientales soumises à un ordre politique nouveau. Enfin, il y a l’évolution du monde depuis 1945. Un vent nouveau souffle sur l'Europe mais aussi sur le monde entier, Il y a plus de cinq cents millions de chrétiens sur la planète, soit un sixième de la population (dont un tiers est catholique en 1962). L’Amérique latine dépasse désormais l'Europe occidentale ; il y a plus de 22 millions de catholiques en Afrique et 33 en Asie. Ces quelques chiffres suffisent à montrer que le concile ne sera pas une affaire européenne mais bien mondiale. Ce changement d'échelle est d'une importance considérable pour comprendre à la fois les enjeux et la portée de l'événement.

Dès les premiers jours rien ne se passe comme prévu. Les évêques prennent la parole et ne la rendront plus. Le concile ne sera pas préfabriqué. Le pape Jean XXIII approuve. Seuls une minorité de cardinaux italiens et le Français Marcel Lefebvre, ancien archevêque de Dakar, s'inquiètent de cette liberté de parole qui transforme le concile en de véritables Etats généraux de l'Église. Dès lors, tous les sujets sont abordés sans tabou. À commencer par les questions liturgiques. La première session s'achève quand le 3 juin 1963, le vieux pape meurt. C'est le cardinal Montini, archevêque de Milan, élu le 21 juin et qui prend le nom de Paul VI, qui lui succède. Paul VI, lui, est un réformateur déclaré, il décide de poursuivre les travaux, augmente le nombre d'observateurs (32 laïcs dont 7 femmes). En toile de fond, la question sociale est omniprésente. L'ancien "archevêque-ouvrier" de Lyon, Alfred Ancel, est une des principales figures du concile. C'est toute l'expérience sociale, réprimée sous Pie XII, qui s'affiche au grand jour, celle des prêtres-ouvriers, des initiatives laïques, mais aussi les espoirs soulevés par l'émancipation coloniale et l'émergence du tiers-monde dont les représentants sont venus si nombreux à Rome. Les évêques occidentaux ne sont pas en reste dans l'expression de revendications progressistes. La misère sociale est condamnée, la répression policière pointée du doigt. L'évêque de Bâton-Rouge (Louisiane) obtient la condamnation du racisme au moment où les États-Unis sont plongés dans la grave crise des "émeutes raciales".

Mais si l’enthousiasme des pères conciliaires à ouvrir «l'Eglise sur le monde » est aussi fort, c'est aussi que les relais médiatiques sont exceptionnels. Des milliers de journalistes font le voyage de Rome à chaque session, des débats sont improvisés dans la rue et propulsés sur les ondes dans toutes les langues. En retour, mille projets remontent vers Rome, nouvelle caisse de résonance des attentes de millions de fidèles. Ce succès s'explique par la dimension mondiale de l'événement, mais aussi par un contexte d'espoir généralisé. Les plaies de la guerre se referment, la peur atomique s'éloigne avec la détente entre les deux "blocs". Il y a certes des crises - Cuba, Berlin, déjà le Vietnam -, mais l'heure est à l'optimisme. La conquête de l’espace, les effets de l'expansion économique, une aisance nouvelle apparaissent comme les signes d'un bonheur promis par le monde moderne. Pour beaucoup, l’aggiornamento de l’Eglise catholique consacre cette espérance.

Mais cette espérance, l'Église la porte depuis un siècle, en concurrence avec le marxisme. II est certain qu'à l’ouverture du concile, ses objectifs présumés devaient concourir à la lutte contre le communisme qui domine près de la moitié de la planète. La demande du patriarche de Constantinople, dont les fidèles orthodoxes sont presque tous sous autorité communiste, de se rapprocher de Rome n'est pas sans arrière-pensée politique. De son côté, Khrouchtchev considéra l'ouverture du concile comme un acte d'hostilité. Il est vrai que le communisme a été condamné par Pie XII en 1937, au même titre que le nazisme, et jusqu'à nouvel ordre, il y a incompatibilité entre foi chrétienne et adhésion au marxisme-léninisme et à la cause révolutionnaire. La Pologne et la Hongrie catholiques montrent des signes d'hostilité envers le nouveau pouvoir socialiste. Cependant, le mur de séparation est moins haut qu'il n'y paraît. Le dialogue entre catholiques et marxistes existe depuis la guerre. La méfiance est réciproque mais la volonté est bien là, de part et d'autre, même si elle oscille entre opportunisme et sincérité. Déjà, en 1936, Maurice Thorez avait osé la formule de "la main tendue". Surtout, la fraternité du maquis avait rapproché les chrétiens et les communistes. En Union soviétique, l'Église russe avait même retrouvé quelques couleurs à partir de 1941. Passé le temps des crispations (1947-1953), un dialogue intellectuel s'installe en France, en Italie, en Belgique, terres catholiques, où le Parti communiste est puissant. En France, c'est Roger Garaudy, membre du Bureau politique, qui est chargé, pour le PCF, d'établir la discussion ; de leur côté, les revues "Esprit" et "Témoignage chrétien" montrent une réelle bienveillance à l'égard de leurs interlocuteurs même si d'autres sont franchement hostiles, comme Jacques Maritain et Etienne Gilson. En Italie, Palmiro Togliatti, le secrétaire général du PCI lui-même, opère le tournant avant sa mort en prônant "l'abandon du vieil athéisme". Et puis Moscou a autorisé l'envoi d'une délégation de l'Eglise russe. Au milieu des années 1960, détente et aggiornamento marchent d'un même pas. Localement, les points de tension existent (sud du Vietnam, Cuba, Europe de l'Est), mais c'est bien la convergence que l'opinion retient, et cela contribue largement à l'optimisme qui entoure le concile.

Le 7 décembre 1965, Paul VI clôture la dernière session. Le bilan n'est pas mince. La structure est réformée, l'Église se déconcentre, les missions sociales sont redéfinies, la place des laïcs est requalifiée, le dialogue œcuménique, une réalité nouvelle et la liberté religieuse proclamés. Décision plus visible pour les fidèles, la liturgie est profondément révisée. Parmi les mesures les plus symboliques, figurent la disparition des habits liturgiques traditionnels et, surtout, la substitution des langues "vulgaires" au latin dans la célébration de la messe. Ce qui sera officiel en France le l janvier 1970 provoquant la rupture lefébvriste. Vatican Il a "ouvert une fenêtre sur le monde" comme le voulait Jean XXIII. Paul VI prend l'avion et parcourt la planète. L'Église moderne est née. Sur cette lancée, apparaît la "théologie de la libération" dont l'évêque de Recife, au Brésil, Elder Camara, sera le nouvel apôtre. En même temps, la réforme conciliaire a profondément touché le ministère des prêtres. En France, ils sont près de 20000 en 1962, chiffre le plus élevé depuis 1901 : dix ans plus tard, c'est le reflux. Même "mise à jour", l'Église catholique passe difficilement le mouvement libertaire de 1968, mais elle n'est pas la seule institution dans ce cas. Pour beaucoup, l'oeuvre du concile est inachevée. Pour d'autres, la réforme est responsable du déclin de l'Église et du sentiment religieux. Ce qui est certain, c'est que Vatican II consacre une prise de conscience, celle du déplacement de l'épicentre du magistère européen vers d'autres horizons.

 


 

Pour en savoir plus : «Le Temps de Vatican Il. Une introduction à l'histoire du concile», Philippe Chenaux, Desclée de Brouwer, 2012.

Le désert et les religions monothéistes

publié le 6 août 2012 à 05:24 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 sept. 2012 à 05:13 ]

L’article sur le film Lawrence d’Arabie m’a conduit au cœur du désert et d’autres articles seront publiés, exploitant au maximum le matériau photographique fourni par un ami routard et photographe tout à la fois. Là, je publie un article découpé il y a longtemps, avec négligence, puisque je n’ai pas relevé sa date exacte. Il est signé A.W. ce qui peut signifier André Wurmser mais cet écrivain, créateur et érudit, est mort en 1984 alors que l’Humanité annonce dans ses programmes tv des films datés de 1988. Il s’agirait donc d’un article posthume ? Quoiqu’il en soit, la tenue du texte montre à quel point l’Huma respecte ses lecteurs.

J.-P. R.

 

SABLES MOUVANTS

 

Le désert, lieu de toutes les ambigüités. Contrée de la faim et de la soif et théâtre des fiançailles de Dieu avec son peuple. Repaire du diable tentateur et berceau des trois religions monothéistes filles d’Abraham.

 

« Le désert est une terre de beauté inutile et irremplaçable », écrivait Camus. « Il faut passer par le désert et y séjourner pour recevoir la grâce de Dieu », disait, de son côté l’ermite du Hoggar, Charles de Foucauld. Cet univers du minéral pur, coin posé de sable et de vent, de pierre et de soleil, a, de tout temps, inspiré poètes et mystiques.

Le mot hébreu pour désert, midbar, signifie « parole ». Et les mots sont encore les fleurs les plus luxuriantes à pousser sur ce sol aride. La poésie arabe préislamique chante le combat entre le désert qui refuse l'homme et l'homme qui conquiert le désert Les bédouins étaient peut-être frustes mais également ivres de poésie. Ils avaient cinquante-six mots différents pour désigner le sable et trois cents autres pour décrire le chameau...

Ecrasé par un cadre aussi démesuré, aussi inhumain - vide absolu réduit à la matière la plus irrationnelle, la pierre, - l'homme, dépouillé de tout ce qui est superflu se trouve acculé au néant - ou à la transcendance - bref, à lui-même. Cette épuration de l’homme par une fournaise qui le lamine comme les rochers qu’elle réduit en poussière, l’obligeant à prendre conscience de son néant, comme de la fuite inexorable du temps, explique pourquoi on a attribué au désert la découverte de l'unicité de Dieu.

C'est la thèse développée par la belle émission de Jean-Marc Leblon, «  Le désert de Dieu » qui s'inscrit naturellement dans la série de six émissions proposée et commentée par Henri de Turenne, « Les grands déserts». Ici, il retrace la genèse des religions monothéistes, toutes surgies des sables du Moyen Orient. A commencer par celle du dieu égyptien du soleil, Aton, instaurée par Aménophis IV en 1350 avant notre ère. Pourquoi ce pharaon a-t-il délaissé les nombreux dieux tutélaires des villes - Amon, Rê, Min, Isis, Ptah - pour vénérer le disque solaire, dieu du pays « de la mort», le désert ? Cette fulgurante, et brève parenthèse monothéiste (ou panthéiste) - une vingtaine d'années en plus de seize siècles de culte polythéiste — était-elle influencée par Moïse et le Dieu unique des Hébreux ?

S'il est difficile de dater l'Exode avec précision - sous Ramsès II (1290-1224 avant J.-C.), - on sait qu'une communauté juive était installée en Égypte du temps d Aménophis IV et de la belle Néfertiti : on trouve sept cents fois le nom d'Égypte dans la Bible ! Ce qui est sûr, en revanche, c'est que la sortie d'Égypte des enfants d'Israël et leur traversée du désert, pendant quarante ans à la recherche de la Terre promise sous la conduite de Moïse, a forgé et affermi leur croyance en un Dieu unique.

Malgré les plaintes et les rechutes dans l'idolâtrie -le veau d'or-, Dieu a nourri son peuple -la manne et les cailles tombées du ciel, les sources jaillissant du rocher-, pour mener enfin la nouvelle génération, aguerrie et purifiée par le désert, dans le pays où coulaient le lait et le miel. A chaque persécution, du reste, les juifs se réfugiaient au désert, lieu à la fois d'épreuve et d'inspiration. Pour eux, le désert était empli de mystères, chargé de sens et d’histoire. Chaque buisson rappelait celui de Moïse, symbole de la mystique du désert qui brûle sans se consumer. Chaque rocher rappelait le sacrifice d'Abraham, les tables de la Loi, en un mot le lieu de prédilection pour les rencontres entre Dieu et le peuple élu : « Je vais la séduire, dit Yahvé, par la voix de son prophète Osée, à son épouse infidèle, Israël, je la conduirai au désert et, 1à, je parlerai à son cœur ».

Le désert continue de jouer un rôle capital dans la spiritualité du Nouveau Testament. D'abord les Esséniens, qui vivaient un monachisme avant la lettre et d'où est sorti saint Jean-Baptiste, s'étaient installés dans le désert. Puis le Christ s'y retira, près de Jéricho, pour jeûner pendant quarante jours et résister à la triple tentation du diable. L'histoire de l’Église, enfin, est traversée d'expériences semblables, de saint Antoine, anachorète de la Thébaïade et fondateur de l'érémitisme, à Charles de Foucauld, en passant par les ermites du désert au deuxième siècle et le cénobites du quatrième siècle, qui peuplèrent le désert de monastères. A tel point que le monachisme occidental qui en est né est une image du désert au milieu du monde : solitude, jeûne, souffrance, recueillement.

Troisième religion abrahamique, la branche aînée mais bâtarde descendue d'Ismaël, l'islam, est également née chez les nomades du désert, à Mareb, ancienne capitale de la reine de Saba, deux mille ans après Moïse, six cents ans après Jésus-Christ. Le prophète Muhammad, qui se déclare héritier d'Adam et d'Ève, d'Abraham, de Moïse et de Jésus, était un commerçant de La Mecque. Il prêcha dans les villes, et aboutit à Jérusalem, cité des trois religions sœurs, et pourtant ennemies. Trois religions nées des sables du même désert, dont les adeptes continuent de se déchirer, au nom du même Dieu unique.

A. W.


PS. on cliquant sur le lien ci-dessous, "déserts de dieu", on lira l'article tel qu'il fut publié.

 lire aussi : Jean-Paul Hiltenbrand « Le prix du monothéisme, Jan Assmann », La revue lacanienne 2/2007 (n° 2), p. 98-102.
URL :
www.cairn.info/revue-la-revue-lacanienne-2007-2-page-98.htm.
DOI : 10.3917/lrl.072.0098.

et pour quelques euros de plus (2 exactement) :"Rencontre avec Jan Assmann : Les conséquences du monothéisme"



Saisissons la main tendue par Mélenchon !

publié le 10 mars 2012 à 02:21 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 11 mars 2012 à 11:44 ]

PORTES PAR L'ÉVANGILE, NOUS LUTTONS CONTRE LES FORCES DE L’ARGENT



Par Cyprien MYCINSKI

Jeune chrétien, étudiant à l’I.E.P. de Paris

 


Une main a été tendue il y a quelques jours par M. Mélenchon dans le journal la Vie. Pour le Christianisme du Partage, pas de la Croisade…Elle l'a été non aux "chrétiens de croisade" mais aux "chrétiens de saint Martin". C'est une belle expression qui nous honore et nous oblige. Nous saisissons cette main. Car nous sommes quelques-uns, et même beaucoup plus, à être de l'Eglise sans une seule seconde imaginer voter pour la droite, comme on dit que c'est le lot des catholiques de ce pays. Nous sommes les chrétiens de saint Martin et nous sommes aux côtés de la gauche, et même de la gauche radicale, comme d'autres l'avaient été avant nous, Montalembert et Lacordaire, l’abbé Lemire et le Sillon, Charles Péguy et Témoignage chrétien. Nous croyons que l’Évangile exige de nous un comportement moral individuel mais aussi un comportement politique. Nous sommes les chrétiens de Saint Martin et nous voterons Mélenchon. Pourquoi ?

Car on a beau jeu de vitupérer les "excès du capitalisme" avec toutes les encycliques, encore faut-il réellement les combattre et tâcher d'extirper le mal à sa racine. Car nous luttons contre les forces de l'argent, nous qui nous sommes donné un autre maître. Car nous voulons accueillir l'étranger, donner à manger à celui qui a faim et à boire à celui qui a soif. La misère nous est une infamie et nous voulons non seulement partager notre propre manteau mais aussi que la société en fasse autant. On meurt de froid aujourd'hui en France.

Nous sommes les chrétiens de saint Martin et nous ne pouvons nous résoudre à voir la fille ainée de l'Eglise se jeter dans-la marchandise comme un puritain dévergondé dans la pornographie. France, prends garde de perdre ton âme ! Un chrétien de saint Martin, un chrétien de saint François, un chrétien tout court essaie de tenir humblement, le moins mal possible, la place que le Christ ne manquerait pas de tenir s’il revenait aujourd'hui. Pas la place d'un enfant de chœur ou d'un boy-scout, celle du Verbe qui s'est fait chair ! Le Christ nous enseigna que nous sommes tous égaux et frères, que nous devons aider les faibles et nous garder des richesses matérielles. Sa parole est radicale, notre engagement aussi. Evidemment des divergences existent, parfois même un agacement à entendre, par exemple, la logorrhée combiste qui peut avoir cours au sein de la gauche radicale. Nous devons les dépasser. Nous sommes une chrétienté militante, une chrétienté de combat et nous devons lutter pour une société plus humaine, plus juste, plus fraternelle, en un mot plus évangélique. Avec Jean-Luc Mélenchon. Nous qui croyons au Ciel, faisons front avec celui qui n’y croit pas car il est bien vrai que

"Quand les blés sont sous la grêle

Fou qui fait le délicat

Fou qui songe à ses querelles

Au cœur du commun combat"

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, André Mandouze, spécialiste de saint Augustin écrivait un article qu’il intitulait "Prendre la main tendue", celle des communistes aux chrétiens. Il y  disait être "de l’Eglise, avec les communistes, dans le progressisme". Notre position à nous, chrétiens de saint Martin, est semblable. Nous soutenons Jean-Luc Mélenchon. Pour que la Cité des hommes ressemble davantage à la Cité de Dieu.

 

publié dans L'Humanité des débats, vendredi 9 mars 2012

NB par JPR. Bravo à ce jeune chrétien. Puis-je toutefois lui signaler qu’il a oublié l’immense figure de Félicité de Lamennais et, qu’en revanche, il aurait pu oublier et Montalembert -qui se fera le héraut du capitalisme le plus libéral et soutiendra sans remords le coup d’état de Napoléon-le-petit et Péguy qui ira à la guerre de 14 comme à la croisade. Mais, n’est-ce-pas, "fou qui fait le délicat" (Aragon, la rose et le réséda).

 

 



Mélenchon, La vie catholique, l’appel du "Christianisme social"...

publié le 29 févr. 2012 à 05:39 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 mars 2012 à 06:58 ]

Voici l’entretien envoûtant de J.-L. Mélenchon avec le magazine catholique La Vie et la réponse que ce message d’amour a suscité chez des chrétiens pratiquants à l’appel du Christianisme Social (mouvement issu du protestantisme réformé).   

 

Laïcité, fin de vie, mariage des homosexuels, religion… Le candidat du Front de gauche détaille son engagement au magazine La Vie.

 

« Tassé sur la banquette d’un bistrot parisien, Jean-Luc Mélenchon arbore une mine grave. Le 14 février, au matin de l’interview, un homme est mort de froid sur l’esplanade des Invalides. "À deux pas d’un grand restaurant, de l’Assemblée nationale, vous vous rendez compte ?" Silence. "Comment la société a-t-elle rendu cela possible ?" s’interroge le candidat du Front de gauche. Lui se veut le tenant d’une gauche "historique, radicale, anticapitaliste". Depuis janvier, ses meetings font le plein. Est-il qualifié de populiste par ses détracteurs ? Il ne récuse pas le terme, au contraire. Celui qui reconnaît un "goût immodéré pour la dispute talmudique" justifie des positions parfois très éloignées de celles des chrétiens

Pourquoi accepter de parler à La Vie, hebdomadaire chrétien d’actualité ?

J’éprouve une jubilation à discuter avec des gens qui ont la foi. Ils se situent dans un espace comparable au mien, dans un domaine plus grand que soi. Nous partons de la même idée : aucun d’entre nous ne peut être heureux dans un océan de malheur. Nous sommes responsables du sort des autres. J’ai plus de facilité à parler avec des chrétiens qu’avec des traders ! Eux sont à l’opposé de mon monde qui est fait de responsabilité morale, individuelle et collective. Les catholiques ? Je les connais comme ma poche. Je lis les encycliques, moi, et je dois être le seul à gauche à le faire !

Votre mère était catholique.

Oui, elle chantait divinement à l’église. Quant à moi, j’étais enfant de chœur. Je disais la messe en latin. Puis, l’Église a excommunié ma mère quand mes parents ont divorcé en 1960. J’ai ressenti une violence incompréhensible pour un garçon de 9 ou 10 ans à l’époque. Ma relation au christianisme est informée, je sais faire la différence entre les Évangiles, entre la chrétienté latino-américaine et européenne. Il n’y a pas de haine. Je suis un adversaire de l’Église en tant qu’acteur politique, du cléricalisme, pas de la foi. La foi est une affaire strictement personnelle. Elle n’a pas à intervenir dans le domaine public. Nous avons un intérêt général humain. Le vote est une manière de trancher. Chacun, quant à soi, peut interpréter l’intérêt général du point de vue de ce qu’il pense bon pour tous, à la lumière de la foi par exemple. Mais face aux autres êtres humains, dans une démocratie, il doit présenter des arguments échangeables, contestables. Il ne peut pas dire : "C’est comme ça, car c’est écrit dans la loi de Dieu ou du marché". Notez que j’étends la laïcité à l’obscurantisme mercantile.

Le marché est-il devenu une religion de substitution ?

Le curé, on le voyait une fois par semaine. La publicité, on y est soumis tout le temps ! Elle a un pouvoir d’injonction, normatif, bien plus grand que celui des prêtres.

Votre conception de la laïcité va bien au-delà de la loi de 1905, pourquoi ?

Il y a une confrontation entre le laïque héritier des Lumières et le laïque par défaut qui voudrait que la religion et le rite aient des droits dans l’espace public. C’est ce qui donne lieu à des débats au niveau européen. Si cela signifie que les églises soient visibles dans la rue, bien entretenues, ce n’est pas un souci. En revanche, que des droits particuliers soient reconnus aux rites, j’y suis opposé.

Vous êtes aussi opposé au Concordat.

En effet. La loi de 1905 est anti-Concordat. L’État ne finance aucun culte. L’argument culturaliste pour l’Alsace-Moselle – au nom duquel tous les abus sont possibles – est irrecevable. Je voudrais que la loi de 1905 soit étendue à ces départements et à la Guyane, la Polynésie, la Nouvelle-Calédonie.

Nicolas Sarkozy a réaffirmé ses valeurs, au moment de son entrée en campagne : travail, responsabilité, autorité. Quelles sont les vôtres ?

J’ai toujours été hostile à ce que la différenciation entre droite et gauche se fasse sur le plan des valeurs. Elle se situe sur les principes politiques et les programmes. Sinon, on crée une ambiance de guerre civile. Moi, je crois aux vertus républicaines. Il y a une morale républicaine qui doit être libertaire, égalitaire et fraternelle.

L’éducation est au cœur de la campagne. Y a-t-il aujourd’hui un problème avec l’école privée catholique ou une crise du modèle républicain de l’école ?

Je ne veux provoquer personne, mais je suis partisan d’un service public unifié et laïque de l’enseignement. La place qu’occupent les écoles privées aujourd’hui n’est pas liée au rayonnement du christianisme dans la société, mais aux difficultés de l’école publique – nous sommes passés à une école de masse, avec des professeurs auxquels on demande énormément et une société très malade. Le pays doit rester à un haut niveau d’éducation car on a besoin d’un peuple instruit et hautement qualifié. Nous sommes la cinquième puissance du monde, c’est quand même la preuve que l’école marche en France. Mais je n’ai pas de naïveté sur le sujet. Il y a plus de 15 ans, au début de la vague libérale, il a été décidé que tout deviendrait marchandise. C’est le cas pour le savoir, identifié comme une énorme source de profit possible. Les gens sont obligés de s’instruire pour accéder aux métiers, ils forment une clientèle captive. Les établissements devaient devenir concurrents. Pour cela, on a disloqué la carte scolaire, favorisé l’autonomie des établissements et récupéré pour les marchands le « caractère propre » de l’enseignement catholique. La raréfaction des moyens est une technique des libéraux pour dire : "Vous voyez, ça ne fonctionne pas, donc prenez-vous en charge". C’est valable pour l’éducation des enfants, la retraite ou encore la santé. L’intérêt à long terme des classes moyennes reste de sauver le service public.

Le programme du Front de gauche, c’est "l’humain d’abord". N’y a-t-il pas une contradiction à être antilibéral sur le plan économique, mais libéral sur les questions de mœurs ? À être pour le mariage et l’adoption homosexuels ?

L’orientation sexuelle n’est pas un choix. Elle a même posé de grandes difficultés aux homosexuels compte tenu de l’opposition de la société sur la base de préjugés tels que : "l’homosexualité est un choix individuel" ou "un vice". Ils assument leur situation et pensent que les amours sont égales en dignité. Dès lors que des gens s’aiment, ils doivent pouvoir vivre ensemble normalement. En 1988, le hasard de la politique m’a mené dans une réunion avec une association appelée "Gays pour la liberté". Les membres m’avaient interpellé sur les drames affreux que certains vivaient à la mort de leur compagnon. C’est pourquoi j’ai déposé le premier texte de loi sur le partenariat civil, devenu le pacs. J’ai répondu à un appel humain. Ces gens s’étaient choisis d’amour. Quand des homosexuels ont commencé à me parler de mariage, ça m’a bien fait sourire, car je ne suis pas partisan du mariage pour moi-même ! Ce n’est pas pour le proposer aux autres ! Mais raisonnablement, quelle objection opposer au mariage des homosexuels ? Aucune. La communauté humaine a intérêt à ce que les démarches d’amour soient reconnues et validées par elle.

Mais ce libéralisme des mœurs n’est-il pas contradictoire avec votre antilibéralisme économique ?

Vous me posez un problème théorique. Je viens de vous répondre de manière concrète. Je suis matérialiste. Ce matérialisme peut d’ailleurs avoir une coïncidence avec le panthéisme. Nous sommes des individus régis par notre univers matériel. Le corps inorganique de l’homme, c’est l’univers tout entier, comme le dit Karl Marx.

Pensez-vous qu’il y a un au-delà du visible ?

Le savoir, l’amour, sont au-delà du visible. Mais je suis matérialiste, pas au sens vulgaire de "s’intéresser aux choses matérielles". La pensée sera toujours plus que le corps pensant, mais ne sera jamais moins. Le matérialisme philosophique conduirait-il à la superbe stoïcienne ou à l’abandon épicurien ? Non. C’est une école de pensée qui à chaque fois qu’on vous pose la question : "Pourquoi ?", vous conduit à essayer de répondre : "Comment ?". Telle est la tradition des Lumières depuis Démocrite.

Vous croyez donc aux "forces de l’esprit" de François Mitterrand ?

Évidemment ! Sa présence rayonne encore en moi. Chacun a un tribunal de sa conscience où se trouvent les êtres qu’il a aimés et qui ne sont plus là. Je suis un être moral, d’une morale républicaine. Je suis stoïcien sur le plan philosophique.

Sur les sujets de société, les catholiques de gauche se plaignent d’avoir de moins en moins de liberté de parole. N’y a-t-il pas une pensée unique dommageable pour le débat?

Les cathos de gauche n’ont pas le point de vue majoritaire, et alors ? Personne ne leur interdit de pratiquer pour eux-mêmes la morale de leur choix. Ni d’essayer d’en convaincre les autres.

Mais ils ont parfois l’impression d’être marginalisés par la société.

Il faut qu’ils tiennent tête, qu’ils n’aient pas honte de leurs idées, de leur foi. Ils s’exposent à ce que la société n’accepte par leur point de vue, c’est vrai. Mais la démocratie, ce n’est pas le consensus. Nos divergences sont tranchées par une méthode de décision, le vote, qui ne vaut pas conviction.

La question de l’euthanasie ne figure pas dans le programme du Front de gauche, quelle est votre position personnelle sur le sujet ?

Nous sommes actuellement sous l’empire de la loi Leonetti qui a permis d’améliorer notre humanité. Cette question n’est pas politique au sens étroit du terme. Elle touche à nos convictions les plus profondes. Il y a un devoir de doute. Il faut accepter de s’interroger, de remettre en question ses certitudes. Pour moi, le suicide est l’ultime liberté.

Le devoir de l’État est-il d’instaurer un droit à la mort ?

Nous explorons des questions nouvelles. C’est pourquoi il faut s’astreindre au doute méthodique et se méfier des emportements. Pour ma part, je voudrais pouvoir éteindre moi-même la lumière. À supposer que j’en sois empêché, j’aimerais être aidé à passer avec amour par une main fraternelle. C’est pourquoi je suis partisan du suicide assisté. J’ai conscience que cela pose des difficultés. Par exemple : qui doit le faire ? Pour l’avortement, certains médecins ne souhaitent pas pratiquer l’acte. Je le comprends. Mais le droit à l’avortement doit être garanti.

Vous avez cité saint Martin, lors de votre meeting à Metz, en janvier, pourquoi cette référence est-elle importante ?

Je veux faire revenir sur le devant de la scène le courant du socialisme historique, c’est ma mission. Dès lors, rien de ce que je fais n’est innocent. Quand je parle du christianisme, je sais ce que je dis. J’ai milité avec des chrétiens de gauche. Je les connais très bien. Tous les hommes qui composaient ma section socialiste à la fin des années 1970 à Montaigu venaient de l’Action catholique ouvrière. J’allais les chercher à la sortie de la messe. J’étais le seul mécréant ! J’évoque la tradition chrétienne, saint Martin qui partage son manteau, pour l’opposer aux chrétiens des croisades de Mme Le Pen. Il y a le choix entre deux types de christianisme. Celui qui partage est le bienvenu chez nous.

Vous êtes franc-maçon. Qu’est-ce que cela vous apporte ?

Cela a été rendu public contre mon gré, et j’en suis très indigné. Je ne voulais pas faire état de mes convictions tant que je serais élu de tous les Français. Je suis croyant, mais pas pratiquant, si j’ose dire. Je n’ai plus le temps depuis longtemps. Mais j’ai le sentiment d’appartenir à une longue histoire, à laquelle avaient pris part mon père et mon grand-père.

Au fond, vous mettez à distance l’Église, mais pas la foi.

Oui, je veux de la distance en politique avec l’Église. Mais je ne me moque pas de la foi. Car la foi est une brûlure. Elle vous laisse des marques que vous gardez toute votre vie. Elle peut aussi vous ouvrir les yeux sur une dimension du réel matériel auquel vous n’auriez jamais pensé. Si je n’avais pas été élevé dans le christianisme, je ne verrais peut-être pas le mythe de l’humanité universelle comme je le regarde aujourd’hui. C’est mon parcours.

Quelle parole du Christ est importante pour vous ?

 "Que celui qui n’a jamais péché lui jette la première pierre".

 l

l'appel du Christianisme social se trouve ici : Pour le Christianisme du Partage, pas de la Croisade…


Pour le Christianisme du Partage, pas de la Croisade…

publié le 28 févr. 2012 à 11:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 29 févr. 2012 à 05:43 ]

Site officiel de la campagne du Front de gauche, www.placeaupeuple2012.fr agrège non seulement les productions des élus, des militants, des sympathisants, mais aussi plus largement des citoyen-ne-s qui tiennent des sites d'information ou des blogs. Il publie notamment cet appel que je suis empressé de reproduire à mon tour sur mon site. Suite à l’interpellation aux chrétiens de gauche de Jean-Luc Mélenchon à Radio France Politique le 12 février. Le Christianisme Social (mouvement issu du protestantisme réformé) a lancé une pétition, paru dans Le Monde et Témoignage Chrétien. Le but n’est pas de donner un soutien à Jean-Luc Mélenchon mais de faire entendre une autre voix.

NB. L'appel que l'on va lire fait écho à l'entretien de Jean-Luc Mélenchon avec le journal chrétien La Vie qui est intégralement retranscrit ici : Pour le Christianisme du Partage, pas de la Croisade…

    « Le 12 février, Jean-Luc Mélenchon était l’invité de Radio France Politique. Il a dénoncé les dérives extrême-droitistes de la majorité, illustrées par les récentes déclarations de Claude Guéant et Nicolas Sarkozy. Il a salué la prise de position de François Bayrou et en a appelé aux chrétiens : «Il est temps quand même que des chrétiens, comme lui, commencent à dire que, au fond, il y a deux christianismes, celui des croisades et celui de Saint Martin : partager son manteau sans aller demander les papiers à celui à qui on donne le morceau pour qu’il ait chaud». Quelles que soient nos opinions sur Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou ou leurs programmes, nous affirmons fortement notre vision d’un christianisme du «manteau partagé». C’est ce christianisme que nous faisons vivre sur le terrain, que nous – ou nos Églises – défendons publiquement, sans toujours être entendus.

    Nous dénonçons l’esprit de croisade pour la défense de la «France chrétienne» : l’extrême droite catholique s’attaque à l’art contemporain, la présidence de la République et sa majorité affirment une soi-disant supériorité d’une civilisation (chrétienne) sur d’autres, sans compter le discours du Front National, et nous en passons… Nous contestons la manipulation et l’accentuation des clivages dans notre pays : clivages raciaux, sociaux, religieux, ethniques, de couleur de peau qui font du jeune de banlieue, du musulman, du chômeur, du rom, le bouc-émissaire. Ces clivages sont utilisés par les médias, les pouvoirs et certaines forces politiques pour occulter le clivage de fond : le clivage social. Les discriminations ne sont plus des faits isolés, elles sont un système qui s’attaque aux habitants des quartiers populaires, aux noirs, aux arabes, aux musulmans. Elles créent une classe de citoyens à part. Jésus était du côté des parias pour mettre à bas les murs de séparation, nous sommes aux côtés de ceux d’aujourd’hui.

    Nous défendons la laïcité de la loi de 1905 dans son esprit et dans sa lettre. Donc nous dénonçons son instrumentalisation pour mener l’assaut contre les musulmans et autres minorités religieuses. Cette croisade n’est possible que parce que d’aucuns renvoient dos à dos laïcité et religion comme deux entités inconciliables. La laïcité ne pourrait que s’opposer à des religions toujours présentées comme dogmatiques, obscurantistes, dangereuses. Le spirituel et ses valeurs ne seraient réservés qu’à la sphère intime ou privée, en l’opposant à la sphère sociale, politique, publique. Au contraire, il est urgent de promouvoir l’esprit des pères de la loi de 1905 : une laïcité inclusive qui n’exclut pas telle ou telle population, une laïcité qui permet le dialogue public de positions religieuses et non religieuses. C’est pour nous le meilleur moyen de renforcer des religions synonymes de liberté de conscience et de faire reculer les courants religieux d’aliénation. La peur du communautarisme ne doit pas occulter le rôle positif des communautés dans l’enrichissement du lien social et la construction d’une société une et diverse.

    Notre christianisme est bien celui de Saint-Martin, mais aussi de l’abbé Pierre, de Théodore Monod, de Dietrich Bonhoeffer, de Martin Luther King ou Desmond Tutu. Le partage du manteau signifie aider l’autre, frère ou sœur en humanité, qu’il ait des papiers ou non, même si cela viole la loi. Mais il faut aller plus loin. Donner un bout de son manteau, c’est poser le problème du partage planétaire des richesses, rendu impossible par le système capitaliste qui repose sur la concurrence de tous et toutes contre toutes et tous, qui produit souffrances personnelles et violences sociales, qui permet l’émergence de peurs et de discriminations. Nous refusons le chantage sur la dette qui place des pays entiers sous l’emprise des banques et des systèmes financiers. Nous soutenons le peuple grec étranglé par un nouveau plan d’austérité. Nous contestons les politiques d’austérité qui engendrent la pauvreté pour des millions d’individus et mettent en danger l’action publique. Cessons de diaboliser l’impôt, instrument de la répartition des richesses, cessons de penser en « toujours plus » de production, de consommation, d’énergie… Au contraire, face à la crise écologique, posons-nous la question du mieux, du bien vivre ensemble.

    Le vote pour l’extrême droite est incompatible avec les valeurs de l’Evangile partagées bien au-delà des chrétiens. Nous disons aux chrétiens de droite inquiets de la tentation de l’extrême-droite, qu’ils se doivent d’interpeler leur camp sur les dérives des politiques et des propos, notamment sur l’immigration, qui ont depuis longtemps dépassé le niveau de l’humainement acceptable. Nous disons aux dirigeants de la gauche que leurs politiques passées et leurs propositions sont rarement à la hauteur des enjeux, que nous espérons mieux d’eux. Nous disons aux chrétiens, aux croyants des autres religions, à tous les humanistes, aux hommes et femmes de bonne volonté : retroussons-nous les manches ensemble, interpelons les partis et les candidats lors des élections présidentielles et législatives, organisons des débats, prenons position pour refuser l’esprit de croisade et défendre celui de saint Martin.

    Chrétiens sociaux, nous continuerons à assumer dans notre travail associatif, ecclésial, diaconal, syndical, notre part de responsabilité : apprendre à vivre ensemble, dénoncer la manipulation des peurs, exhorter avec le message biblique à ne pas craindre l’autre. Croire que le dépassement de tous les clivages arrivera dans le Royaume des cieux est nécessaire, mais pas suffisant. Il faut assumer d’être dans la différence, dans le conflit : nommer ces clivages pour les penser et agir sur eux, travailler sur nos propres peurs, aider les personnes en souffrance à travailler les leurs…

    Oui, aujourd’hui un profil public de la foi face aux idéologies et aux injustices est essentiel. Oui, nous voulons soutenir une diaconie (un travail social) de protestation, qui agisse en termes de résistance, de non-violence active, d’invention et bien sûr de justice, d’espérance et d’amour ».

 

Signataires :

Olivier ABEL, Institut Protestant de Théologie-Paris ; Jérôme Anciberro, rédacteur en cher de Témoignage-chrétien ; Jean Baubérot, sociologue ; David Berly, responsable associatif ; Jean-Marc Bolle, consultant en communication, ancien vice-président d’une association d’insertion ; Jean-Pierre Bombled, membre des Réseaux du Parvis ; Guy Bottinelli, pasteur en retraite, Foyer protestant de la Duchère, Lyon ; Christophe Brénugat, éducateur, protestant Réformé, adhérent David et Jonathan ; Roberto Beltrami, Pasteur Directeur de La Fraternité de la Belle de Mai, Marseille ; Claude Bouret, retraité de l’industrie, adhérent de Nous Sommes Aussi l’Église ; Denyse Boyer, catholique, membre de FHEDLES ; Olivier Bres, pasteur retraité, militant associatif ; Monique Cabotte-Carillon ; Amaury Charras, pasteur UEPAL ; Brigitte Chazel, psychologue, militante du Christianisme social ; Jean Combe, catholique, membre de l’association FHEDLES ; Denis Costil, Comité national de la Mission populaire évangélique de France ; Christophe Cousinié, Pasteur, directeur de Toulouse-Ouverture (to7) ; Annie Crépin, catholique, membre de la FHEDLES ; Communauté Chrétiens dans la Cité (CCC) ; Quentin Dezetter, catholique, adhérent MoDem, membre de David et Jonathan ; Pierre-Olivier Dolino, pasteur du Foyer protestant de la Duchère, Lyon ; Héloïse Duché, militante du Christianisme social et du Front de gauche ; Jean-Marc Dupeux, pasteur, ancien secrétaire générale de la Cimade ; Lucienne Gouguenheim, militante de « Nous sommes aussi l’Eglise » (NSAE) ; Isabelle Grellier-Bonnal, professeur, militante du Christianisme social ; Raymond Godefroy, catholique, membre de FHEDLES ; Rémi Goguel, secrétaire général des Eclaireuses et éclaireurs unionistes de France ; Philippe Kabongo-Mbaya, pasteur, militant du Christianisme social ; Stéphane Lavignotte, pasteur, directeur de la Fraternité de La Maison Verte, Paris, militant du Christianisme social ; Jean-Pierre Macrez, retraité, membre de Nous Sommes Aussi l’Eglise (NSAE) ; Bertrand Marchand, doctorant en théologie, militant du Christianisme social ; Francis Muller, pasteur, Secrétaire général de la Mission Populaire Evangélique de France ; Nous sommes aussi l’Eglise (NSAE) ; Jacques Perrier, militant du Christianisme social, responsable associatif ; Jean Riedinger, militant chrétien associatif ; Jean-Pierre Rive, pasteur, président de la Commission "Eglise et société" de la Fédération protestante de France ; Antoine Rolland, enseignant-chercheur, militant du christianisme social, Lyon ; Joan Charras Sancho, adhérente PS, doctorante en théologie ; Edouard Sill, historien, membre de la Fondation Copernic ; Otto Schaefer, théologien et biologiste ; Mariam Séri-Sidibé, protestante, travailleuse sociale ; Alexandre et Marie Sokolovitch, animateurs de l’éducation populaire, Jesus Freaks ; David Stewart, pasteur ; André Thireau, président de NSAE ; Catherine Thierry, membre de la Communauté Mission de France ; Pierre Valpreda, Gennevilliers, directeur d’école, protestant Réformé, adhérent EELV, membre de David et Jonathan ; Marie-Thérèse van Lunen Chenu, catholique, membre de FHEDLES ; Marina Zuccon, fonctionnaire, présidente du Carrefour de chrétiens inclusifs.

 

Pour qui votent les intégristes ?

publié le 7 août 2011 à 05:02 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 13 oct. 2012 à 06:19 ]

    A l’occasion des chorégies d’Orange, je me suis trouvé hébergé dans le canton de Malaucène qui comprend la petite commune du Barroux. J’ai déjà parlé de cette commune dans l’article consacré à Mme Boutin[1]. J’ai profité de l’opportunité pour constater à quoi ressemblaient ces abbayes qui alimentaient le vote Boutin.

    En fait, il y en a deux : l’abbaye aux hommes dite Sainte-Madeleine du Barroux et l’abbaye aux dames dite Notre-Dame de l’Annonciation. A quoi il faut ajouter l’institution Saint-Louis qui se présente comme « un collège libre et résolument catholique » (sic). C’est un établissement hors contrat avec l’Etat. L’école primaire Sainte-Anne lui fournit des élèves mais il faut un internat au collège pour compléter les effectifs avec des élèves venus d’ailleurs. Tout cela constitue un petit complexe intégriste. 40 moniales, 70 moines, une dizaine d’enseignants, on a là environ 120 électeurs qui pèsent lourd dans cette commune qui comptait 506 électeurs inscrits en 2002 et 529 en 2007.   

    Le vote Boutin m’avait interpellé mais nos moines peuvent tout aussi bien voter LePen. Pendant longtemps - au moins jusqu’en 2006 - Bernard Antony, chef de file d’un courant intégriste, anima ce courant de pensées jusqu’au bureau politique du parti FN. D’ailleurs, la librairie des moines de Sainte-Madeleine est truffée de livres publiés par les éditions Godefroy de Bouillon[2] dont ceux de Bernard Antony, l’un d’entre eux ouvertement anti-islam est présenté de la sorte par les moines : "Petit livre très pédagogique essentiellement composé des extraits les plus significatifs du Coran et de leur commentaire par Bernard Antony. L’auteur nous aide à mieux connaître les fondements de l’islam et à reconnaître qu’il n’existe pas deux islams l’un modéré, l’autre terroriste. Pour tous, à lire et faire lire d’urgence". Il n’existe pas deux islams, cela veut dire en clair : l’islam modéré n’existe pas ! il reste donc… ?

    La visite de la librairie du monastère montre que nous sommes bien là sur le terrain de l’extrême-droite. Le livre noir de la Révolution française est en bonne place. Avec son thème du « génocide » vendéen. Nos bons moines devraient s’intéresser davantage à l’histoire de l’Irlande catholique, dont le martyr a duré plus de quatre siècles, à comparer à la guerre de Vendée qui a duré le temps de la Révolution et de l’Empire. En Irlande, il y eut bel et bien "genocide by starvation", génocide par la famine, souligné par l’historien américain L. Stone. Il y eut volonté et mise en œuvre d’une sorte d’apartheid, les Anglais voulant isoler les Irlandais dans le quart Nord-Ouest de l’île. Et des Élisabéthains au Pitt de 1798, les massacres massifs de plusieurs milliers de personnes (30.000 en 1798) n’ont jamais cessé. Sans omettre l’épouvantable famine de 1845 et suivantes dont les causes structurelles sont à la charge des Anglais. Rien de comparable en Vendée, mais un mensonge répété maintes fois devient vérité.

    La guerre d’Indochine tient une place étonnante, visiblement la perte du Viêt-Nam est restée au travers de la gorge des Traditionalistes. Hélie de Saint Marc, Bigeard sont des héros. Le cardinal Ratzinger, devenu le pape Benoît XVI qui tentent de ramener à lui toutes les brebis égarées du traditionalisme, tient une place de choix. 

    Les bénédictins du Barroux sont en relation avec d’autres abbayes et prieurés de leur ordre, avec des établissements qui partagent leur idéologie intégriste. Ainsi, voici le mot du directeur d’un établissement privé hors contrat de Nantes dans un document qu’on peut emporter librement de la librairie de l’abbaye. Son billet est intitulé : L'islam, nouvel horizon de l'évangélisation ?

    "Notre ami Xavier Lemoine, maire de Montfermeil dans le « 9.3 », pose une question essentielle (cf. Famille Chrétienne n°1740): celle de la survie de la France et de sa culture face à une minorité musulmane en plein essor démographique qui affirme une anthropologie qui se distingue de l'anthropologie chrétienne et occidentale sur trois points principaux : la distinction du temporel et du spirituel, l'égalité fondamentale des hommes et des femmes et la liberté de conscience[3]. Pour Xavier Lemoine, deux voies sont possibles : « soit la démographie fera basculer la France dans une voie qui n'est en rien conforme à son histoire, à sa culture, à son âme,… soit on considère que c'est le temps pour les musulmans de découvrir la personne de Jésus-Christ ». La réponse culturelle, conforme au génie français qui a toujours voulu s'inscrire dans l'universel, tient à l'enseignement. Hélas, chacun peut constater la dérive de l'école, qu'elle soit publique ou catholique, dans le déni laïciste qui obscurcit les esprits et jette un opprobre permanent sur le religieux. Sans leurs racines chrétiennes, les cultures de l'Europe sont illisibles. La réponse essentielle porte donc d'abord sur notre capacité de chrétiens à témoigner de notre foi et de faire dans l'espérance et dans la prière le pari pascalien de la conversion des musulmans. La désespérance nihiliste de l'Europe appelle le sursaut de notre espérance chrétienne et de notre vocation française : pour que la Fille aînée de l'Eglise continue sa mission d'éducatrice des peuples, elle doit confirmer les promesses de son baptême. C'est la mission de son école de les transmettre à travers les hautes œuvres de sa culture : elles permettent le passage de l'ordre de l'esprit à l'ordre ultime de la charité et ce don gratuit, s'adresse à tout homme"[4].

Tous ces éléments me permettent de dégager trois idées-forces dans l’argumentaire de ces nouveaux moines-soldats[5].

1.      Un enseignement "résolument" catholique

"L'enseignement catholique libre ne consiste pas à enseigner simplement la doctrine chrétienne en plus du reste, mais à enseigner même le reste dans un esprit chrétien".

Étienne Gilson (1884-1978), cité dans un prospectus de l’institution Saint-Louis.

Les bénédictins reprennent les idées pédagogiques énoncées au moment de la Contre-réforme tridentine. Nous disposons pour le dire d'un livre écrit, en 1924, par les Frères des Écoles chrétiennes eux-mêmes[6]. Ordre créé par Jean-Baptiste de La Salle au temps de la Révocation.

Jean-Baptiste de La Salle crée une milice (sic). "C'est une armée, en effet, disciplinée, hiérarchisée, centralisée, sur le modèle des grands ordres religieux du XIII° et du XVI° siècles, surtout des Jésuites, de ces légions destinées à la conquêtes des âmes, à l'ardente offensive contre l'erreur et le péché"[7]. Langage martial. Les vœux créent le parfait maître d'école, "ainsi qu'ils ont créé les types les plus accomplis de la civilisation chrétienne, le missionnaire, la sœur de charité, le moine érudit, le moine soldat" (p.58).

L'idéologie explicite a pour premier principe la croyance au péché originel. L'homme n'est pas naturellement bon. L'enseignement est le premier des apostolats car il s'adresse à l'être nouveau, à l'enfant, "à celui qu'on a nommé très justement le petit "barbare" parce que ses instincts, s'ils ne sont réfrénés, parce que son ignorance, si elle n'est dissipée, compromettent le legs des siècles (…) parce qu'il est au premier chef et selon sa nature un destructeur avant d'être à son tour, par éducation et par effort, un constructeur. Qui a l'enfant tient l'avenir"(p.8). Or l'avenir doit être à la religion catholique. L'Institut créé requiert de ses membres la même pratique du christianisme total (sic). Grammaire, calcul, sciences plus complexes, ne sont qu'une voie royale et providentielle pour "en venir à l'unique nécessaire : la notion, la possession, la pratique de la Vérité (p.8). L'Évangile a été pour Jean-Baptiste de La Salle et ses fils, le livre du saint maître d'école" (p.11)[8].

"Christianisme total" et le "enseigner même le reste dans un esprit chrétien" sont de la même veine, à trois siècles et demi de distance. Mais, le traditionalisme, on l’a compris, c’est ne varietur.

Je cite le directeur de l’école privée de Nantes : "Hélas, chacun peut constater la dérive de l'école, qu'elle soit publique ou catholique, dans le déni laïciste qui obscurcit les esprits et jette un opprobre permanent sur le religieux". Les traditionalistes sont donc hostiles à l’école catholique sous contrat avec l’Etat. Qu’on se le dise !

2.      Pour "la plus grande France"

J’ai évoqué, plus haut, les nostalgies impériales de nos bénédictins d’aujourd’hui. A ce propos, on pouvait lire dans le journal La Croix du 13 décembre 1919 sous le titre : "Les intérêts économiques français en Syrie", les lignes suivantes : "l'œuvre scolaire des missions n'en avait pas moins prospéré, puisqu'avant la guerre, elle étendait ses bienfaits à 12 000 garçons et 8 000 petites filles, formant ainsi aux idées et aux sympathies françaises tout un noyau de population. Puisque nous parlons ici de nos intérêts économiques, nous ajouterons que ce sont des clients assurés d'avance pour les produits de notre industrie". On sait que depuis Montalembert, nombre de catholiques ont lié leur sort à celui du capitalisme et de la propriété.

Les Frères des Écoles chrétiennes, en 1924, font un parallélisme bien à eux entre prosélytisme et nationalisme. Ainsi, parlent-ils (p.141) "des néfastes abandons de 1882". Il s'agit des accords franco-britanniques qui aboutissent à l'hégémonie britannique sur toute l'Egypte. Il y a là, bel et bien, intervention d'un ordre religieux en tant que tel dans le débat politique et diplomatique. Est-ce vraiment son rôle ? De la même façon, les Frères parlent du "lamentable traité de Lausanne" en 1923, par lequel la Turquie de Mustapha Kemal recouvre sa souveraineté sur toute l'Anatolie "et l'on ne peut plus songer sans angoisse au sort futur de nos écoles d'Orient". Il s'agit bien là de cléricalisme, c'est-à-dire de l'immixtion du religieux dans le domaine strictement politique et diplomatique.

Cela explique rétrospectivement, hélas, la participation active des catholiques à la guerre de 1914-1918. On voit bien à la lecture des citations précédentes que ces derniers n'étaient pas, ne sont pas indifférents au "partage du monde", ils veulent garder intacte et, si possible, élargir la présence française dans le monde au détriment des Allemands ou des Turcs ottomans. Derrière un Barrès, ils sont résolument pour la plus grande France[9]. Avec "la Grande Guerre, une nouvelle phase d'histoire commençait pour la France, pour l'humanité : phase tragique, atrocement sanglante, mais où les âmes se purifièrent (sic) par l'héroïsme, par le dévouement et "l'union sacrée""[10]. Mgr Lestocquoy peut donc affirmer : "on peut noter avec sécurité (sic) que le pacifisme, qui se fit alors (1914) considérer avec horreur, n'existait pas chez les catholiques"[11]. A-t-on le droit de dire que c'est dommage ? Quoi qu'il en soit, ces missionnaires s'attachent à leur terre de mission et deviennent, nolens volens, des partisans des guerres coloniales.

Ces catholiques ne sont donc pas ennemis de la colonisation. J. Benda s'indigne de cette étonnante déformation de la religion : "les clercs modernes exaltent le christianisme en tant qu'il serait éminemment une école de vertus pratiques, fondatrices, ajustées à l'affirmation des grands établissements humains"[12]. Certains joignent le geste à la parole, si j'ose écrire, comme le vicomte et prêtre Jean Mayol de Lupé qui a pris goût à la guerre, rempile dans la "coloniale" et rejoint, dès 1919, l'armée d'Orient servant aussi bien au Liban qu'en Syrie. Il terminera aumônier de la Légion des Volontaires Français contre le Bolchevisme, en 1941, puis avec l'uniforme allemand.

3.      L’Islam, nouvelle frontière

    Je cite, à nouveau, le directeur d’école hors contrat : "La réponse essentielle porte donc d'abord sur notre capacité de chrétiens (…) de faire dans l'espérance et dans la prière le pari pascalien de la conversion des musulmans". Le dialogue est donc proscrit : il faut faire disparaître l’Islam en l’absorbant, en l’évangélisant. Là encore, un phœnix renaît de ses cendres.

    Les Frères citaient par exemple avec satisfaction un de leurs publicistes qui écrit : "les Frères ont francisé l'Egypte". était-ce donc là le but poursuivi ? Faire disparaître une civilisation ? Et ils ajoutaient : "(nos) écoles du Levant s'ouvraient aux musulmans, aux juifs, et là, sans tenter d'impossibles conversions en masse, (les Frères) imposaient (sic) le grand exemple de la foi et des œuvres, ils préparaient lentement et sûrement une "restauration sociale" et morale sur quoi pourrait se bâtir une civilisation chrétienne". C’est un impérialisme à la clarté cristalline.

    Après les Juifs, peuple élu selon certains, après les Américains que Dieu a investis de multiples "missions" sur Terre qu'ils s'empressent d'accomplir, voici les Français "que la Providence a clairement désignés (sic) pour répandre la lumière parmi les hommes" (p.147). Ou encore : "toute la vocation française est de propager le vrai, de propager la foi. Quand la France est le soldat de Dieu et de l'Eglise, Dieu et l'Eglise sont particulièrement bien servis (p118). Et notre bon maître d’école de Nantes de répéter après eux : "la désespérance nihiliste de l'Europe appelle le sursaut (…) de notre vocation française : pour que la Fille aînée de l'Eglise continue sa mission d'éducatrice des peuples, elle doit confirmer les promesses de son baptême. C'est la mission de son école de les transmettre à travers les hautes œuvres de sa culture". La France est une terre élue…

4.      …Et les résultats électoraux sont les suivants :

 

élection présidentielle : résultaTs au BARROUX (84) 1er tour

2002

2007

candidat

Voix

%exp.

france

candidat

Voix

%exp.

france

Mégret

  04

  0,98

  2,34

-

 

 

 

LePen

110

26,9

16,86

LePen

086

18,1

10,4

Boutin

  45

11,0

  1,19

Ph. de Villiers

060

12,6

   2,2

sous-total*

155

37,9

17,05

sous-total

146

30,7

12,6

J. Chirac

  46

11,3

19,9

Sarkozy

119

25,1

31,2

* sous-total traditionnaliste hors Mégret.  

    Pour le 1er tour :

    Concernant le vote Mégret, je cite ici la biographie (Wiki) de B. Antony qui nous dit : "Lors de la scission de 1999 entre les partisans de Bruno Mégret et de Jean-Marie Le Pen, il prend parti pour ce dernier, ses convictions l'opposant au courant « néo-païen » de l'extrême droite, notamment Pierre Vial". Exit donc le vote Mégret. Le sous-total LePen-Boutin, au Barroux, représente plus du double du score national. Jacques Chirac, soupçonné de radicalisme et frappé du péché originel de vente de l’Huma pendant sa jeunesse, n’est pas en odeur de sainteté : à peine 11%. 38% pour l’extrême-droite religieuse, c’est mieux que l’Alsace luthérienne !

    En 2007, le comte Philippe de Villiers, de la sainte Vendée catholique et royale, fait encore bien mieux que Mme Boutin. Avec son logo au cœur planté d’une croix, il a tout pour séduire nos bénédictins-tines. LePen baisse mais les voix sont allées sur N. Sarkozy qui a lancé moult appels du pied à l’extrême-droite religieuse en demandant de contempler les contemplatifs. Au Barroux, on n’est pas que contemplatif : on est aussi chefs d’exploitation viti-vinicole, propriétaire d’oliveraies, pâtissiers, etc... L’argent ne manque pas. C’est visible à l’œil nu. Mais enfin, oui, le silence des nefs, sorties de terre il a deux ou trois décennies seulement, peut calmer les agités du sarkozysme, surtout en ces temps de Bourses bousculées.

Au total, sans atteindre son score national, Sarkozy progresse très nettement par rapport à J. Chirac.     

 

élection présidentielle : résultaTs au BARROUX (84) 2ème tour

2002

2007

candidat

Voix

%

France

candidat

Voix

%

France

Le Pen

146

36,5%

18%

 

 

 

 

J. Chirac

254

63,5%

82%

N. Sarkozy

301

67,0%

53%

 

 

 

 

S. Royal

148

33,0%

47%

 

    En 2002, LePen perd quelques voix et points en pourcentage, mais globalement -parfaitement insensibles à l’émoi qui traversa le pays, isolés dans leurs cloîtres- nos intégristes poursuivent leur logique apocalyptique : LePen président ! Exactement deux fois plus en pourcentage que la moyenne nationale.

En 2007, Sarkozy fait un très gros score. 

5.      Addendum

    Voici les résultats de la cantonale de 2004, préférable à celle de 2011 où l’extrême-droite se présenta divisée et où le FN perdit des voix par rapport à l’élection précédente. En 2004, le candidat FN s’appelle Hervé de Penfentenyo. Il s’agit vraisemblablement d’un frère d’un moine de l’abbaye Sainte-Madeleine, au Barroux. Les Penfentenyo sont une famille de noblesse bretonne, ayant fourni des cadres à la marine nationale, dont un parent fut membre du conseil consultatif de la famille française sous le régime de Vichy[13]. On est en plein traditionalisme.

Les résultats dans le canton de Malaucène furent les suivants :

 

Commune

inscrits

Voix FN

%exp.

% insc.

Beaumont-de-V.

247

20

9,9

8,1

Brantes

74

4

7,4

5,4

St-Léger-du-V.

30

0

0,0

0,0

Savoillan

72

5

9,4

6,9

Entrechaux

751

57

9,3

7,6

Malaucène

1882

135

9,4

7,8

Le Barroux

542

129

32,9

23,8

Total canton

3598

350

12,6

9,7

Canton sans Le Barroux

3056

221

9,3

7,2

Sources : établi à partir des statistiques du ministère de l’intérieur.

 

    Il est difficile d’être plus explicite. Le canton de Malaucène appartient au Vaucluse oriental, Vote F.N. : le cas du Vaucluse (1ère partie)celui des plateaux calcaires et non point à la plaine du Comtat. Lire à ce sujet mes articles d’analyses électorales sur le Vaucluse. L’élu est un homme de gauche, appartenant à la majorité départementale socialiste. Les communes du canton reflètent cette géographie : on a des communes presque vides d’hommes et le chef-lieu de canton, en bon provençal, concentre à lui-seul plus de la moitié des électeurs inscrits. Ici ou dans le reste du canton, le FN obtient des scores très faibles par rapport à ce qu’il réalise à l’ouest du département. Sauf, sauf au Barroux où les moines et moniales ont voté en rangs serrés pour le frère de leur frère…

    Il n’y a donc pas que le salariat modeste qui vote FN. Et l’immigration n’est pas un problème au Barroux, les jeunes beurs ne viennent pas taguer les murs de l’abbaye. Le vote des moines est un vote idéologique dont les racines s’enfoncent jusqu’à Saint-Louis, le plus vénérés des Croisés.






[2] Si elles se fussent appelées « Charles Martel », l’homme-qui-arrêta-les-Arabes-à-Poitiers, tout le monde aurait compris. Godefroy de Bouillon est un des chefs de la 1ère croisade et premier souverain du royaume chrétien de Jérusalem : l’esprit des éditions « Godefroy de Bouillon » est donné : croisade contre les musulmans. Bouillon est une petite localité de Belgique, très proche de la frontière française.

[3] « De cette source empoisonnée de l'indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou plutôt ce délire : qu'on doit procurer et garantir à chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions qui, pour la ruine de l'Église et de l'État, va se répandant de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d'impudence, ne craignent pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! " quelle mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l'erreur ! " disait saint Augustin (S. Aug. Ep. CLXVI) ». Extrait de Mirari Vos, Grégoire XVI. 1832.

[4] Emmanuel TRANCHANT, directeur des Cours Charlier, à Nantes, "La lettre du Cours Charlier", n°29, juin 2011.

[5] Mr Tranchant devra expliquer pourquoi le temporel scolaire n’est pas séparé du spirituel, pourquoi les femmes ne peuvent devenir prêtresses, pourquoi la liberté de conscience a abouti à la révocation de l’Edit de Nantes et pourquoi elle fut condamnée par le pape Grégoire XVI et le syllabus de Pie IX…

[6] FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES, "les Frères des Écoles chrétiennes", 5° édition, Letouzey et Ané éditeurs, Paris, 1924, 160 pages. Plus loin, les chiffres entre parenthèses indiquent les pages où sont puisées les citations du même ouvrage.

[7] LES FRÈRES, page 72.

[8] Lire, sur ce site même, le Vol. 1, chapitre IV, "Révocation".

[9] Titre d'un ouvrage cité dans la bibliographie du livre des FRERES et publié par eux : "Pionniers de la plus grande France", par Georges Goyau, Paris, Procure générale des Frères, 1923.

[10] LES FRÈRES, page 137.

[11] Mgr LESTOCQUOY, "la vie religieuse en France".

[12] J. BENDA, "La trahison des clercs", 33° édition, GRASSET éditeur, Paris, 1927, 308 pages.

[13] Voir l’article du journal Libération, du 19/07/1995, intitulée "Christine de Penfentenyo, l'élue FN «D'une famille chouane et fière de l'être»". C’est cette dame qui parle de son fils, moine au Barroux.

qui a peur des révolutions ?

publié le 8 juil. 2011 à 02:01 par Jean-Pierre Rissoan


7 février 2011

Ma modestie dût-elle en souffrir : je dois bien avouer avoir eu le nez creux en choisissant ce titre pour mon blog : « Révolution, jeunesse du monde ! ». Honnêtement, je n’y croyais pas trop et il y avait, sinon de la provocation, en tout cas beaucoup de volontarisme dans ce choix. Il y a un an, le vague brune continuait à balancer ses flots sur toute l’Europe, la Hongrie fasciste de l’amiral Horthy en tête… Ailleurs, B. Obama avait prononcé un discours qu’il a voulu mondialement médiatisé, au Caire, donnant ainsi sa bénédiction au régime de Moubarak dont le Monde nous dit maintenant qu’il faut l‘appeler « dictateur ». Mais bon, depuis trente ans qu’on voit ce bonhomme à la tête de l’Egypte on se disait que, vaille que vaille, il tenait la barre d’un bateau qui pourrait sombrer à chaque instant, tant son pays est pauvre…

Et puis, on découvre que l’Egypte est largement subventionnée par les USA, qu’elle est un maillon essentiel du filet jeté au Proche-Orient par les mêmes USA pour protéger leur Israël -lui-même maintenu artificiellement en vie grâce aux subventions américaines-. On apprend que l’armée est largement infiltrée dans les milieux économiques, que la police est hypertrophiée, que la police secrète agit comme toutes les polices secrètes du monde. Bref, on découvre que l’Egypte fait partie du "bloc occidental" comme naguère la Hongrie, la Tchécoslovaquie faisaient partie du bloc soviétique. Sauf que ce dernier a disparu ! Vous le saviez ?

Any way, sachons apprécier notre joie : ce qui se passe en Tunisie, Egypte, Yémen, est une formidable bouffée d’air frais. Ces révolutions se font au nom de principes universels, liberté, démocratie, laïcité… Laïcité ! Qui l’eût cru ? Cela met à bas tous les argumentaires des FN, des UMP, des Bush, des adeptes de "la guerre des civilisations"… Entre la caserne et la mosquée, des millions et des millions d’arabes préfèrent… la mairie de leur village ou de leur quartier ! Je pense à ces intellectuels francophones interrogés par les envoyés spéciaux et qui nous disent et redisent à quel point notre peur de la "menace islamique" relève de la paranoïa et/ou de la manipulation politicienne[1]. Oh ! Certes le danger Ben Laden n’est pas écarté mais, avouons-le : le paysage politique mondial a changé. Avec les bouleversements en Amérique latine, oui le monde bouge…et dans le bon sens.

Le XXI° siècle : une nouvelle jeunesse du monde ?

Et si l’on arrêtait de nous ressasser qu’il "sera religieux ou ne sera pas"… ?

Mais les forces du passé restent encore bien solides. Ne crions pas victoire trop tôt et trop fort. Les forces du passé ? C’est par exemple, ces réflexions de journalistes qui, sans doute ( ?) sans s’en rendre compte, rejettent - comme les moines du Moyen-âge - la nouveauté du changement et font porter à la Révolution les responsabilités des dégâts inévitables.  

Ainsi, dimanche 30 janvier, au 13 heures de TFI, cette formule de Claire Chazal: « Le soulèvement populaire a déjà fait une centaine de morts en cinq jours». Le lundi 31 janvier, une dépêche de l'AFP: « Une semaine après son lancement la révolte a fait au moins 125 morts ». jeudi 3 février, sur Envoyé spécial, « la révolution a encore fait plusieurs morts ». On reste les bras ballants. La révolution est responsable, elle est désordre. Depuis des millénaires, le traditionalisme nous répète que l’ordre social - inégalitaire, on devrait dire le désordre social- est providentiel : il est création des Dieux ou de Dieu. Il ne faut donc pas y toucher. Et l’on trouve, enfouies dans l’inconscient, cette condamnation des révolutions, cette pensée traditionaliste.

La peur des révolutions est en réalité la peur de l’inconnu. A cet égard, il n’y a pas de formule plus explicite que celle du premier grand démolisseur de notre glorieuse Révolution de 89-93 : Hyppolite Taine qui proclame sans ambages : « Si mauvais que soit un gouvernement, il y a quelque chose de pire, c'est la suppression du gouvernement. … ». Et il dit cela à une époque où l’Eglise vient de publier le Syllabus et pense encore, avec l’Apôtre, que "tout pouvoir est légitime" ! Or, Taine n’est pas catholique, il représente un courant protestant orthodoxe résolument hostile à 1789. C’est dire que la légitimité de notre Révolution est un argument discuté.

Taine est tellement réactionnaire mais si riche d’enseignements qu’il va alimenter un second article sur ce thème.

 

La radicalité, mouvement perpétuel des révolutions.

Les révolutions font peur à ceux qui ont trouvé leur place au sein du désordre établi.

Burckhardt[2] énonce quelque chose d’essentiel : « en recourant à la violence, la crise réveille une quantité d’autres forces qui veulent avoir leur place et réclament tout à coup leur part de butin au milieu du tumulte général et dévorent le mouvement sans se soucier le moins du monde de son idéal primitif » (p.137).

Une révolution met en mouvement, il est vrai, des forces immergées, qui se taisaient, qui étaient enfouies, qui étaient réprimées. Le couvercle de la marmite saute : plein de projets, de revendications affleurent puis s’imposent ou tentent de le faire, les désaccords sont obligés, surtout s’il n’y avait pas avant la révolution un parti politique ou une association qui avait préparé l’événement par un programme.

En 1640, après la première victoire du Parlement anglais sur le roi, « les tensions des dix années précédentes cédèrent brusquement » ce qui ouvre une période de liberté unique dans l’histoire » (anglaise)[3].

Hyppolite Taine, parangon des contempteurs de la Révolution française, exprime bien lui aussi cette idée : « la voix puissante - de Rousseau - qui s’élève perce au-delà des salons jusqu’à la foule souffrante et grossière, à qui nul ne s’est encore adressé, dont les ressentiments sourds rencontrent pour la première fois un interprète et dont les instincts destructeurs vont bientôt s’ébranler à l’appel de son héraut ».[4]

L’historien Hubert Méthivier évoquant la jacquerie de juillet 1789 écrit que « les paysans en profitent pour assouvir leurs haines séculaires ». Erckmann-Chatrian décrit l’arrivée de la pensée révolutionnaire dans les campagnes profondes de la France de l’Est :

« Après ces paroles du père S…, chacun se mit à célébrer les idées nouvelles ; on aurait dit qu'il venait de donner le signal d'une confiance plus grande, et que chacun mettait au jour des pensées depuis longtemps tenues secrètes. K…, qui se plaignait toujours de n'avoir pas reçu d'instruction, dit que tous les enfants devraient aller à l'école aux frais du pays; que Dieu n'ayant pas donné plus de cœur et d'esprit aux nobles qu'aux autres hommes, chacun avait droit à la rosée et à la lumière du ciel ;…»[5].

Oui, les révolutions peuvent mettre à jour des pensées longtemps tenues secrètes. Certains s’en effraient. Cette peur du peuple qui risque de se libérer de ses « chaînes » - pour reprendre un mot célèbre - avait été exprimée dès le XVIII° siècle par l’Assemblée générale de l’Eglise de France, assemblée tenue en 1770 pour répondre aux livres de d’Holbach et de Helvétius[6]. Elle le fut également en juillet-août 1789, lors du débat sur le projet de Déclaration des droits de l’homme et du citoyen, par la bouche des membres du parti aristocratique. Ceux-ci s’opposent à une déclaration qui présenterait des droits à « un peuple ignorant et violent qui s’en servirait, en abuserait pour renverser les hiérarchies existantes ». Certains trouvent tout de suite l’image qui s’impose[7] :

« Gardons-nous de rompre sur-le-champ une digue conservée par les siècles, sans nous mettre à l’abri du torrent, dont les flots peuvent s’étendre plus loin que nous ne l’aurions prévu (…) et ravager les héritages ». Un autre : « commençons au moins à rapprocher d’abord les classes heureuses et les classes malheureuses avant de prononcer d’une manière absolue aux hommes souffrants, aux hommes dépourvus de lumières et de moyens, qu’ils sont égaux en droits aux plus puissants, aux plus fortunés ». Car, insiste de son côté l’évêque de Langres, « il y a beaucoup de personnes qui ne seront pas en état d’entendre les maximes que vous leur présenterez ». Ce que le duc de Lévis avait déjà dit sous une autre forme : « une déclaration des droits (serait) capable de devenir dangereuse parce que l’ignorance pourraient en abuser ». L’abbé Grégoire, député patriote, expose son point de vue : « en général, l’homme est plus porté à user de ses droits qu’à remplir ses devoirs. (…). Dans un moment d’insurrection où le peuple longtemps harcelé, tourmenté par la tyrannie, recouvre ses droits envahis et renaît à la liberté, il parcourt aisément les extrêmes, et se plie plus difficilement au joug du devoir ; c’est un ressort comprimé qui se débande avec force, et l’expérience actuelle vient à l’appui du raisonnement [8]».

 

Digue rompue, ressort qui se débande ? À qui la faute ? Si l’on veut éviter les révolutions « torrentielles » (le mot est de H. Arendt) commençons par donner à tous et à toutes, le travail, la justice, la liberté et l’égalité.

Encore une fois, qui a peur des révolutions ?


[1] Voyez la une du « Point » de cette semaine, sur la menace islamique …

[2] Jacob BURCKHARDT, Considérations sur l’histoire universelle, trad. Stelling-Michaud, Librairie DROZ, Genève, 1965, 212 pages.

[3] Christopher HILL, Histoire économique et sociale de la Grande-Bretagne, tome 1, 1977.

[4] H. TAINE, les origines de la France contemporaine (extraits), Vaubourdolle, pp. 21-22.

[5] Madame Thérèse, Romans nationaux, Livre club Diderot, tome 1, page 1013.

[6] Lire le chapitre A5 (Ombres et Lumières) de mon livre.

[7] Les extraits des interventions des députés figurent dans L’AN I DES DROITS DE L’HOMME, par A. de BAECQUE.

[8] Allusion à la Grande Peur qui se déroule

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