Le mur des canuts par Lucien Bergery

publié le 29 avr. 2013 à 11:23 par Jean-Pierre Rissoan



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Une fresque en trompe-canut ?

    par Lucien BERGERY,
    membre de la rédaction de L'ESPRIT CANUT

 

    Après trois mois de travaux, le célèbre Mur des Canuts, créé en 1987, refait en 1997, percé d'une traboule en 2002, dévoile au public sa troisième version (inaugurée le 17 avril à 19 heures). Cette fresque en trompe-l’œil, une des plus importantes d'Europe par sa taille (1200 m2), est aussi exceptionnelle par son histoire (c'est le premier mur peint lyonnais par la Cité de la Création), et par son succès (c'est le lieu touristique le plus visité de la Croix-Rousse selon l'Office du Tourisme).

La fierté de la Croix-Rousse.

    Ce statut confère une responsabilité particulière aux concepteurs du projet. Loin de nous de dénigrer une réalisation à laquelle de nombreux habitants du quartier adhèrent et qui suscite souvent une certaine fierté. Qu'il nous soit cependant permis, puisque cette œuvre murale nous est présentée comme évolutive, d'avancer quelques suggestions qui pourraient être prises en compte pour la quatrième version ... Amis lecteurs, n'hésitez pas à apporter votre petite touche personnelle à cette fresque en réagissant à cet article; nous transmettrons vos avis aux concepteurs et donneurs d'ordres concernés.

Canut où es-tu?

    Nos réserves, qui se veulent constructives, tiennent d'abord à l'emprise grandissante de la publicité sur cette fresque. Bien sûr, un tel projet a besoin de sponsors; ils sont assez nombreux et chacun revendique une place en fonction de sa contribution, mais trois d'entre eux se positionnent de façon réellement dominante, au risque de troubler la lecture de la fresque et d'en fausser le message.

    Ainsi la Banque Populaire Rhône et Loire, qui occupait déjà un très large espace, voit son enseigne agrandie et courir en grosses lettres sur la totalité de la façade de l'agence. 

    Le véhicule Renault, précédemment placé tout en bas, prend de la hauteur en devenant une voiture électrique défendant les valeurs écologiques d’ E.D.F. L'attention du spectateur est d'emblée captée par cette publicité occupant le centre de l’œuvre.

    Et que dire de l' O.P.A.C. (Office public d'aménagement et de construction, NDLR-lol) qui a chassé la boutique des rouleaux de tissu pour proposer ses appartements dans le Vieux Lyon ou à la Confluence ?

    En conséquence, les emplacements réservés à l'évocation directe des canuts tisseurs de soie sont limités à deux éléments: l'atelier de tissage "Rêves de soie" (qui a perdu son extension) et, plus haut, un immeuble reprenant succinctement certains décors des "Routes de la soie" vus dans le quartier Clos-Jouve.

On peut rêver ... 

    C'est déjà ça direz-vous ... Rappelons que la première version de la fresque en 1987, à la gloire de Guignol, n'évoquait pas le travail des canuts !

    Ne pourrait-on pas cependant faire émerger de nouveaux rêves de soie sur ce mur ? Dans la traboule peut-être qui a perdu son défilé de costumes et qui est nue actuellement?

    Cette troisième version a voulu mettre en lumière l'aspect développement durable en "végétalisant" la partie droite de la fresque. Les plantes et les fleurs en trompe-l’œil sont-elles un palliatif à la minéralisation grandissante du quartier? Le trompe-l’œil jouerait-il alors un rôle de leurre pour le citadin en quête de verdure? D'autres choix auraient peut-être été plus judicieux: les feuilles de mûrier sont très belles aussi et elles auraient pu commencer une histoire ...

    "Ces murs, c'est la peau des habitants" proclame un concepteur du projet. Il est en effet émouvant d'y retrouver des gens du quartier et de les voir changer d'une version à l'autre. Ainsi, la petite fille dans les bras de son père en 1997, est maintenant une étudiante accompagnée d'un jeune frère d'une douzaine d'années qui n'était pas né dans la version précédente. Le père lui, adolescent en 1987, est toujours là, à Vélo'v dorénavant ... On découvre également avec intérêt de nouvelles figures comme le chanteur des rues Jean-Marc Le Bihan ... On peut regretter cependant une prise en compte "à minima" de l'histoire des tisseurs de soie.

    Il ne faudrait pas qu'à terme le mot canut soit vidé de sa substance pour devenir un simple stimuli commercial et touristique.

L.B.



ajout de JPR : 

 lien de l'image de tête : https://pbs.twimg.com/media/BF4yAyiCAAIS6lB.jpg:large
voir aussi le site officiel des murs peints de Lyon : http://www.lyon.fr/page/culture-et-loisirs/balades-en-ville/les-murs-peints.html


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