Michel ONFRAY et l’ANTI-REVOLUTION

publié le 7 juil. 2011 à 01:54 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 juil. 2012 à 04:53 ]

5 avril 2011

    Dans Le Monde daté de dimanche-lundi 3-4 avril 2011, Michel Onfray publie un texte qu’il intitule « les trois gauches ». Ce sont respectivement la gauche libérale (le PS, …), la gauche antilibérale (Front de Gauche, NPA) et celle à laquelle il porte sa préférence : la gauche libertaire française[1].

    Sur cette dernière, il écrit ce qui suit (c'est moi qui souligne) :

"Cette gauche libertaire modeste, discrète, a donné les "milieux libres" à la Belle Époque, les communautés après 1968 : elle est éthique de conviction responsable et éthique de responsabilité convaincue. Elle veut ici et maintenant produire des effets libertaires. Son souci n'est pas de gérer le capitalisme, comme la gauche libérale, ni de briller dans le ressentiment et les mots sans pouvoir sur les choses, comme la gauche antilibérale, mais de changer la vie dans l'instant, là où l'on est.

Je songe à l'aventure autogestionnaire des "Lip" en 1973. Benny Lévy, de la Gauche prolétarienne, avait dit alors : "Je vois dans l'événement Lip l'agonie de notre discours révolutionnaire". Dont acte. Mais tout le monde n'eut pas cette lucidité. Pour ma part, je vois dans l'événement Lip la généalogie d'un nouveau discours révolutionnaire. Celui qui permet d'envisager de faire la révolution sans prendre le pouvoir. A quelques mois de la présidentielle, on peut préférer cette gauche-là... "

 

    Essayons de comprendre quelque chose. De quoi Onfray est-il le nom ?

    Nous parle-t-il de chaque individu pris isolément ou bien des masses assemblées entreprenant leur propre gestion (autogestion) de l’entreprise délaissée par leurs patrons qui ont failli ?

    Dans le premier cas, l’individu change la vie, sa vie, qui n’est qu’une succession d’instants, de pointillés, sans liens, sans avenir. No future. "L’instant est un moment d’éternité". Il ne s’agit ni de gérer le capitalisme, ni de lui aboyer après cependant que passe sa caravane. Il faut s’occuper de soi-même et, en définitive, Onfray, l’athée médiatique, retrouve la morale chrétienne : si tu veux changer le monde commence à changer toi-même. L’ordre social est une création divine, c’est un ordre providentiel, il est sacrilège de vouloir le modifier. Le mieux est de s’y adapter, de changer soi-même. Bref, on se changerait les idées mais la matière sociale resterait la même. Démarche typiquement idéaliste.

    Dans le second cas, Onfray évoquerait la lutte des Lip de 1973. Une "aventure" autogestionnaire qui divisa, il est vrai, la gauche communiste et la seconde gauche (celle du P.S.U., d’origine chrétienne). Le PCF alors très dirigiste et jacobin, ne rêvait que des grandes sociétés nationalisées, telles SNCF, EDF, GDF, Aéroports de Paris, AIR France, Postes & Télécommunications, Renault, BNParis, etc… qui toutes, il est vrai, fonctionnaient à merveille. "Autogestion" lui paraissait un mot d’ordre d’autant plus utopique que l’environnement national - l’heure de la mondialisation n’avait pas encore sonné- restait dominé par le capitalisme qui faisait la pluie et le beau temps.

    En écrivant "je vois dans l'événement Lip la généalogie d'un nouveau discours révolutionnaire. Celui qui permet d'envisager de faire la révolution sans prendre le pouvoir", Onfray reste-t-il dans cette utopie ? Faut-il autogérer son entreprise cependant que le CAC40 flambe à des hauteurs inimaginables ? Qu’une nouvelle crise se prépare ? Les fautifs de celle de 2008 n’ayant rien appris ni rien oublié ? "Faire la révolution sans prendre le pouvoir" ? C’est-à-dire laisser à la Droite le pouvoir politique en sus du pouvoir économique ? et pendant ce temps, réaliser sa petite révolution intérieure ?

    Les libertaires ont toujours été d’indécrottables individualistes et même des égoïstes. Car pendant ce temps :

Caves de Lille, on meurt sous vos plafonds de pierre ![2]

    Aujourd’hui encore, il existe des ateliers souterrains et clandestins, et à côté de cela, dans les entreprises, la pénibilité du travail - dénoncée largement lors du mouvement des retraites - ne s’amoindrit pas. "A quelques mois de la présidentielle", Onfray prône la révolution de l’abstention. Avec lui, le patronat -qu’il vote UMP ou FN- peut dormir sur ses deux oreilles.  


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[1] « française » parce qu’il en exclut le russe Bakounine qui relève, selon lui, du libertarisme « autoritaire »…

 

[2] Victor Hugo, dénonçant les conditions de travail des ouvriers du textile du Nord, souvent des enfants, qui travaillaient dans des caves.

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