1ère partie : Adonis, poète libano-syrien.

publié le 18 janv. 2012 à 07:28 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 18 janv. 2012 à 07:30 ]

L’Humanité publie une page entière consacrée au poète libano-syrien Adonis. Voici comment le présente Wikipaedia pour ceux qui ne connaissent pas cet intellectuel.

Adonis (en arabe : أدونيس) est le pseudonyme d'Ali Ahmed Saïd Esber (علي أحمد سعيد), un poète et critique littéraire syro-libanais d'expression arabe et française né le 1er janvier 1930. Son pseudonyme se réfère au dieu d'origine phénicienne, symbole du renouveau cyclique.fin de citation.

Une première partie est un article qui présente Adonis et effectue une approche de son œuvre. Une seconde partie est un texte intégralement rédigé par Adonis, en fait, un extrait de son discours à la Maison de la poésie. Son contenu qui me semble dominé par le rejet de l’aliénation et du traditionalisme qu’impose ce qu’il dénomme l’Islam théocratique justifie sa place dans cette partie du site consacrée à la philosophie.

J.-P. R.


ADONIS, POÈTE LIBANO-SYRIEN RÉFUGIÉ EN FRANCE ET VOIX DES DROITS HUMAINS


par Éric Serres,

L’Humanité du 17 janvier 2012.


Adonis rêve d’un monde arabe enfin libre. Mais cette liberté passe par une remise en cause de l’interprétation 
théocratique de la religion musulmane, qui est mère de tous les égarements. Le chemin sera encore long.

Dans le cadre des trois journées consacrées aux «géants» de la poésie qui se déroulaient en fin de semaine dernière à la Maison de la poésie, après François Cheng (Chine) et avant Juan 
Gelman (Argentine), Adonis a éclairé l’après-midi du 
samedi de ses fulgurances et de son constat sans 
équivoque sur le monde arabo-musulman dont il est issu. 
Dans ce cycle, Figures d’humanité, organisé en partenariat avec les Amis de l’Humanité, le poète s’est donc à son tour attaché à discourir autour de cette phrase de Jean Jaurès : «L’humanité n’existe point encore ou elle existe à peine.»

Adonis a un parcours, une poésie atypiques et une pensée totalement iconoclaste. Né au nord de la Syrie en 1930, il doit à son père ce sentiment de pensée libre. Celui-ci l’incite très vite à apprendre la poésie, «mais aussi à être l’homme que (je) devais être et pas celui que la société ferait de (moi)». Voilà sans doute pourquoi, il a connu 
les geôles syriennes dès le plus jeune âge, mais aussi forgé une pensée libre de toute contingence. 
Et notamment face à celle de la religion musulmane et de son interprétation théocratique qui, selon lui, est mère 
de tous les égarements du monde arabe : 
«Si nous ne sortons pas de ce monde religieux, nous 
ne pourrons changer les régimes qui dirigent nos pays. 
Ce ne sera pas suffisant. Regardez les révolutions du printemps arabe. Ce sont les jeunes qui sont descendus dans la rue et c’était merveilleux ! Et cette jeunesse aujourd’hui est déjà marginalisée par les nouveaux pouvoirs en place qui, finalement, ne changeront rien 
si ce n’est le pouvoir lui-même.»

En effet, qu’en sera-t-il de la société, du rapport à l’autre ? Qu’en sera-t-il des réels fondements d’une société enfin portée vers «l’à venir» ? Adonis explique que, malheureusement, le chemin sera encore long : «Il faut, une bonne fois pour toutes, séparer religion et État. 
Sans cela, il est impossible de créer une société qui soit juste et humaine.» Sans nier la foi – «Je ne suis pas contre elle, mais contre les religions institutionnalisées» –, il voit Dieu en nous, à l’inverse des théocrates, «qui le sacralisent et l’imaginent en dehors de l’individu. Tant que cette conception ne changera pas, il n’y a pas d’humanité possible», martèle-t-il.

Malgré la lenteur de son phrasé, le calme de sa pensée, 
le poète est d’une grande virulence à l’égard de ce monde dont il est le fils. Loin de lui la crainte de se sentir menacé : «Si l’on veut dire la vérité, il ne faut pas penser au risque. L’être humain reste au centre du monde 
et la religion n’est pas l’absolu !»

Son combat des mots n’épargne personne et surtout pas l’Occident, qui est à ses yeux tout aussi responsable du manque de liberté des peuples arabo-musulmans : «Pourquoi l’Occident s’évertue-t-il à toujours ignorer 
les intellectuels, les philosophes, les poètes… de ces pays ? Pourquoi ne les écoute-t-il pas ? Ce sont eux 
qui pourraient changer ces sociétés en profondeur 
et pas les détenteurs du pouvoir.»

Adonis n’est pas un rêveur et il sait parfaitement que d’autres intérêts beaucoup plus mercantiles sont en jeu derrière cet aveuglement.


à suivre : 2ème partie : Adonis, poète libano-syrien

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