Histoires sur la philosophie

  • Régis Debray, Philippe Martinez : rencontre au sommet DANY STIVE : À l'origine de cette rencontre hors normes, organisée par les Amis de l'Humanité, il y a un entretien avec l'écrivain paru dans notre journal en ...
    Publié à 15 sept. 2016 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan
  • Liberté de conscience et respect de la laïcité par J.P. SCOT, Historien Vendredi, 9 Janvier, 2015L'Humanité      "Charb, Cabu, Wolinski et Charlie Hebdo ont-ils été châtiés pour avoir blasphémé ? Non ! Ils ont été assassinés pour avoir défendu, par l’humour ...
    Publié à 10 janv. 2015 à 06:31 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Je hais le nouvel an", par Antonio GRAMSCI "Je hais le nouvel an",       Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ...
    Publié à 5 janv. 2015 à 02:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • parlez-vous frenglish ? Du franglais au frenglish par Francis Combes & Patricia Latourchroniqueurs à L'Humaniténuméro du 27 novembre 2014     « Nous allons commencer ce débriefing par un brainstorming à partir du reporting ...
    Publié à 4 déc. 2014 à 03:12 par Jean-Pierre Rissoan
  • La Gauche et la famille par Odile NGUYEN         Par Odile NGUYEN     Professeur d’histoire de la philosophie       A travers les récentes manifestations contre le mariage pour tous, la Droite a fait de la famille son fonds de commerce ...
    Publié à 20 févr. 2014 à 14:21 par Jean-Pierre Rissoan
  • Quel est le but de cette campagne contre l’Humanité ? par Patrick LE HYARIC, directeur du journal     J’ai publié ici même, courant mai 2013, Sauver l'Huma en danger... par Axel KAHN, (voir rubrique "les inclassables') des témoignages de lecteurs de renom, le plus souvent non ...
    Publié à 19 déc. 2013 à 05:23 par Jean-Pierre Rissoan
  • La Révolution, le bonheur et la vertu par Francis COMBES Dans un discours prononcé devant la Convention, le 10 mai 1793, Robespierre déclarait : "L’homme est né pour le bonheur et la liberté et partout il est esclave et malheureux ...
    Publié à 30 nov. 2013 à 02:51 par Jean-Pierre Rissoan
  • Claude Bernard, philosophe et médecin malgré lui     A l’occasion du bicentenaire de Claude Bernard -dont nul n’ignore que l’effigie orne "le mur des Lyonnais" - je publie l’article qu’Odile Nguyen-Schoendorff a fait ...
    Publié à 23 juin 2016 à 15:04 par Jean-Pierre Rissoan
  • Mais qu’est-ce que la "révolution" ? question à Zeev Sternhell         J’aime beaucoup Zeev Sternhell, ses écrits et son engagement. Je lui ai adressé en son temps le livre que j’ai écrit. L’Humanité lui consacre un long entretien ...
    Publié à 8 sept. 2016 à 03:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • Peut-on laisser la troïka plonger dans le noir la radio-télévison publique grecque ?     L’organisation de mon site est loin d'être parfaite. Je ne savais où placer cette protestation d’intellectuels grecs contre le dramatique coup d’État qui les frappe.     Et ...
    Publié à 17 juin 2013 à 03:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • Non au suicide linguistique de la France,... par Michel Guillou     l    Le projet de loi gouvernemental visant à autoriser l'enseignement en langue anglaise dans nos universités nationales apparaît comme     une capitulation en rase campagne.     jusqu'où ne tomberons-nous ...
    Publié à 15 mai 2013 à 12:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • Morale à l’école : « Pour la laïque », par Jean Jaurès (1892)     Je publie le texte (extraits) de l’article que Jean Jaurès avait fait paraître dans le journal La Dépêche du 8 juin 1892, sous le titre «L’instruction morale à ...
    Publié à 23 avr. 2013 à 03:20 par Jean-Pierre Rissoan
  • JJR. « Je suis un Barbare »… Une interview fictive de Jean-Jacques Rousseau à l’occasion du tricentenaire de sa naissance le 28 juin 1712.   C’est avec plaisir et fierté que je présente le texte d’une pièce de théâtre écrite par Marielle Creach et Michel Dieuaide, tous deux professeurs de lettres, Michel ayant ...
    Publié à 9 avr. 2013 à 06:32 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le salariat, la liberté, la retraite… l’aide de Christopher HILL Je publie un texte de l’historien anglais, Recteur du Balliol College à l’université d’Oxford, Christopher Hill. Extrait de son livre « histoire économique et sociale de la Grande ...
    Publié à 24 sept. 2012 à 11:09 par Jean-Pierre Rissoan
  • GRECE : éloge de la pensée rationnelle.     L’Humanité publie une série d’articles à partir du lundi 27 août regroupée sous le titre « Ce que nous devons à la Grèce », manière de rappeler à ceux qui ...
    Publié à 7 mars 2016 à 08:20 par Jean-Pierre Rissoan
  • JJR. L’enseignement de J.-J. ROUSSEAU, par Bruno BERNARDI     Quels enseignements tirer des écrits de Rousseau trois cents ans après sa naissance ? Bruno Bernardi[1], directeur de programme au Collège international de philosophie, spécialiste de Rousseau, revient sur ses ...
    Publié à 8 avr. 2013 à 04:15 par Jean-Pierre Rissoan
  • Appel des philosophes pour le Front de Gauche. L’Humain d’abord, le programme du Front de Gauche, renoue avec les sources de la pensée philosophique, celle qui affirme avec Protagoras que l’homme est la mesure de ...
    Publié à 10 avr. 2012 à 07:20 par Jean-Pierre Rissoan
  • La civilisation arabe et la naissance de l’esprit scientifique (2ème partie)   Concernant le développement scientifique, « la civilisation musulmane l’emportait au X° siècle sur toutes les autres ». Marcel PACAUT, spécialiste de l'histoire du christianisme, des institutions et du pouvoir au ...
    Publié à 11 févr. 2012 à 11:33 par Jean-Pierre Rissoan
  • La civilisation arabe et la naissance de l’esprit scientifique     Concernant le développement scientifique, « la civilisation musulmane l’emportait au X° siècle sur toutes les autres ». Marcel PACAUT, spécialiste de l'histoire du christianisme, des institutions et du pouvoir au ...
    Publié à 20 janv. 2015 à 05:40 par Jean-Pierre Rissoan
  • JJR. Jean-Jacques Rousseau : ce qu'il faut savoir... (2ème partie) Cet article est la suite de Jean-Jacques ROUSSEAU : ce qu’il faut savoir2ème PÉRIODE (1749 A 1762) : L'ÉCRITURE DES PRINCIPAUX LIVRES, ROUSSEAU PHILOSOPHE.   A) Les débuts ...
    Publié à 8 avr. 2013 à 04:19 par Jean-Pierre Rissoan
  • JJR. Jean-Jacques ROUSSEAU : ce qu’il faut savoir Mon amie Odile Nguyen-Schoendorff vient de publier un livre fort utile qu’elle a intitulé « Je suis Jean-Jacques Rousseau » parce que c’est une unité d’une collection ...
    Publié à 8 avr. 2013 à 04:16 par Jean-Pierre Rissoan
  • 1ère partie : Adonis, poète libano-syrien. L’Humanité publie une page entière consacrée au poète libano-syrien Adonis. Voici comment le présente Wikipaedia pour ceux qui ne connaissent pas cet intellectuel. Adonis (en arabe : أدونيس) est ...
    Publié à 18 janv. 2012 à 07:30 par Jean-Pierre Rissoan
  • 2ème partie : Adonis, poète libano-syrien lire la 1ère partie de cet article : 1ère partie : Adonis, poète libano-syrien.« IL Y A BEAUCOUP D’ISLAMS DANS L’ISLAM ».     «Je voudrais commencer par quelque chose qui m ...
    Publié à 12 oct. 2014 à 05:26 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les Grecs anciens et la naissance de l’autonomie politique     Je publie un petit travail que j’ai effectué pour mieux m’approprier la notion d’autonomie politique, notion antagonique à celle de l’hétéronomie qui est le substrat du ...
    Publié à 30 sept. 2015 à 11:17 par Jean-Pierre Rissoan
  • 2ème partie : Les Grecs anciens et la naissance de l’autonomie politique lien pour la 1ère partie : Les Grecs anciens et la naissance de l’autonomie politique                « Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le                         peuple a pris en ...
    Publié à 16 oct. 2016 à 10:21 par Jean-Pierre Rissoan
  • Qui a intérêt à faire croire que le communisme de Marx a échoué ?     à la suite de mon article sur "la mort d'un dictateur" Corée du nord : mort d'un dictateur, je publie l'intégralité d'un article du philosophe Quiniou que ...
    Publié à 14 oct. 2015 à 01:15 par Jean-Pierre Rissoan
  • Hyppolite TAINE ou la contre-révolution absolue (3ème partie)     Hippolyte Taine, dans les premiers volumes des Origines de la France contemporaine qu'il commence à publier en 1876, dresse un réquisitoire sans pitié et sans nuances de la Révolution ...
    Publié à 16 mai 2017 à 09:29 par Jean-Pierre Rissoan
  • Hyppolite TAINE ou LA CONTRE-REVOLUTION ABSOLUE (2ème partie)     Lien vers la 1ère partie (analyse d'un texte de Taine sur l'anarchie révolutionnaire) : Taine ou la contre-révolution absolue.    Bien sûr, si l’on réduit l’idéologie contre ...
    Publié à 31 déc. 2013 à 16:28 par Jean-Pierre Rissoan
  • Taine ou la contre-révolution absolue. N.B. Cette étude comporte trois parties.LE MONDE des Livres du 25 novembre consacre une large place à la réédition du livre d’Hippolyte Taine, Les origines de la ...
    Publié à 10 janv. 2012 à 01:10 par Jean-Pierre Rissoan
  • LE FIGARO : soulageons la détresse des riches ! Le Figaro Magazine réduit les impôts pour faire face à l'endettement.le Figaro, journal élyséen, est au premier rang pour faire accroire que la dette est la cause de ...
    Publié à 2 nov. 2011 à 16:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le monolithe médiatique Dans un article sur les évènements de Libye, l'échec de l'entreprise libyenne obère-t-il l'avenir ?, Carlo SANTULLI, professeur à Paris II (Panthéon-Assas), employa l’expression ...
    Publié à 31 oct. 2011 à 01:19 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Malades de la mondialisation" par Jean FURTOS Dans la 6° thèse sur Feuerbach, Marx écrit que « l'essence de l'homme n'est pas une abstraction inhérente à l'individu isolé. Dans sa réalité, elle est l ...
    Publié à 19 sept. 2016 à 05:49 par Jean-Pierre Rissoan
  • PLUS RAPIDE QUE LA LUMIERE ! Je publie cet article de J.-E. Ducoin qui est une réflexion sur cette découverte récente par des chercheurs français selon laquelle des « neutrinos » se déplacent à une vitesse supérieure ...
    Publié à 6 oct. 2011 à 12:04 par Jean-Pierre Rissoan
  • crime contre la paix ! Général Vincent Desportes, Le Figaro, 26/01/2011. Voici un article totalement affligeant publié par ce journal. L’esprit du texte tient en quelques mots : la guerre est notre futur ...
    Publié à 7 juil. 2011 à 06:37 par Jean-Pierre Rissoan
  • Michel ONFRAY et l’ANTI-REVOLUTION 5 avril 2011    Dans Le Monde daté de dimanche-lundi 3-4 avril 2011, Michel Onfray publie un texte qu’il intitule « les trois gauches ». Ce sont respectivement la gauche ...
    Publié à 25 juil. 2012 à 04:53 par Jean-Pierre Rissoan
  • Bourdieu : une civilisation qui disparaît… (L’improbable)   13/01/2011  Je publie l’éditorial de janvier du journal de l’association l’Improbable dont je suis adhérent. Le titre est de moi.Oui mais, ça branle dans ...
    Publié à 2 juil. 2011 à 02:10 par Jean-Pierre Rissoan
  • MELENCHON, l’OPA, le PCF et le flux du communisme millénaire…   09/01/2011      D’après une journaliste du Monde, Mélenchon aurait lancé et réussi une O.P.A. (offre publique d’achat) sur le P.C.F.. Si les mots ...
    Publié à 21 févr. 2017 à 07:42 par Jean-Pierre Rissoan
  • Conflits d’intérêts, l’argent et la « Liberté »…   06/01/2011  Nul n’ignore la moralisation nécessaire de notre vie publique que permettrait la prévention du conflit d’intérêts. "Servir et non pas se servir" disaient déjà les ...
    Publié à 2 juil. 2011 à 02:11 par Jean-Pierre Rissoan
  • VŒUX DU NOUVEL AN…   01/01/2010  E. Kant donne cette belle définition de l'Aufklarung : « qu'est-ce que les lumières? La sortie de l'homme de sa minorité dont il est lui ...
    Publié à 2 juil. 2011 à 02:11 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le gène de l’alcoolisme… Condillac n’est pas américain   21/10/2010  Le Monde du 20 octobre nous fait part de cette « surprenante découverte pour des chercheurs américains : selon une étude publiée mardi 19 octobre, une variation génétique qui ...
    Publié à 2 juil. 2011 à 02:12 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les Roms, la peur en Occident, l’étrange et l’étranger   09/09/2010  L’Humanité de ce jeudi 9 septembre 2010 donne la parole à Madame Françoise PICQ, présentée comme universitaire et chercheuse féministe. Celle-ci écrit « En dénonçant ‘certains ...
    Publié à 2 juil. 2011 à 02:12 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA REFORME INTELLECTUELLE ET MORALE   16/05/2010      Alors qu’il était candidat, Nicolas Sarkozy déclara lors d'un rassemblement : «L'idéologie de mai 68 sera morte le jour où, dans la politique française, on ...
    Publié à 23 févr. 2017 à 04:04 par Jean-Pierre Rissoan
  • JOUER AVEC LE FEU ?    09/05/2010  Dans La Croix, des samedi 8 et dimanche 9 mai, on peut lire une interview de Jacques Delors et de sa petite fille - Clémentine Aubry - réalisée à ...
    Publié à 2 juil. 2011 à 02:13 par Jean-Pierre Rissoan
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Régis Debray, Philippe Martinez : rencontre au sommet

publié le 15 sept. 2016 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan

DANY STIVE : À l'origine de cette rencontre hors normes, organisée par les Amis de l'Humanité, il y a un entretien avec l'écrivain paru dans notre journal en juin dernier. Régis Debray y déclarait que Philippe Martinez faisait honneur à cette singularité française qu'est la CGT dans le combat contre la loi travail, alors que les injures pleuvaient sur le syndicaliste.


RÉGIS DEBRAY Pourquoi je me suis ainsi exprimé dans l'Humanité et pourquoi je suis là ce soir ? Parce que je ne supporte pas la haine des gens d'en haut envers ceux d'en bas. Au printemps dernier, quand je lisais la grande presse, je pensais à tous ceux qui me disaient que la lutte de classe n'existait pas. Difficile de contester qu'elle existe quand on voit la somme d'injures qui a été déversée sur Martinez. Haine de classe et des autres. Et cela, je ne le supporte pas. De plus, j'étais très étonné qu'un gouvernement dit de gauche, en mai-juin 2016, ne commémore pas le Front populaire de mai-juin 1936, et notamment les manifestations et les grèves. Quand ce gouvernement a menacé d'interdire les manifestations, j'ai trouvé très bien qu'il y ait des gens pour commémorer en actes mai 1936. Il s'agissait de la CGT et de FO. Je me suis dit : ces gens ont de la mémoire et ils la mettent en activité. Voilà les raisons pour lesquelles j'ai eu envie de parler avec Philippe Martinez. Je me doutais bien que le portrait qu'on faisait de lui dans la grande presse ne correspondait pas à la réalité. On me parlait d'un homme dur, violent, fermé... Je suis donc venu pour lui poser des questions et parce qu'il est bon que se rejoignent un peu plus qu'aujourd'hui les gens d'études et de savoirs d'un côté et les gens du travail et de l'intelligence du travail de l'autre.

PHILIPPE MARTINEZ Quand j'ai lu l'entretien avec Régis Debray dans l'Humanité, je me suis dit : en voilà un qui ne parle pas comme les autres. L'un de ces intellectuels venait de déclarer que Martinez avait un QI de bulot. Je me suis demandé quelle philosophie se cachait derrière cette expression. Parce que c'est un philosophe qui a parlé ainsi, il s'appelle Luc Ferry. Quand on entend une autre voix, qui affirme une volonté de discuter, de comprendre, ça me rend optimiste. Oui, il faut discuter et débattre. Le débat d'idées est indispensable.

RÉGIS DEBRAY Avant de parler de l'avenir, j'aimerais revenirsur la contestation de la loi El Khomri. Sur ce qui s'est joué dans les médias parce que construire un rapport de forces passe aujourd'hui par la médiatisation. Ça veut dire par l'image. Il y a une sorte de lutte pour la lisibilité qui pousse à produire des images de plus en plus fortes pour pouvoir être présent. Quel rapport as-tu avec cette nécessité quand on voit un secrétaire général de la CGT qui brûle un pneu sur la route ? C'est une belle image mais elle peut être interprétée de mille façons, comme une image de violence, de trouble à l'ordre public... C'est-à-dire que tu seras présent au journal de 20 heures mais cela pose tout de même un problème.

PHILIPPE MARTINEZ Les médias, surtout les chaînes qui passent en boucle les images, ont besoin d'attirer l'œil. J'ai brûlé plus d'un pneu devant les boîtes. Cela n'a rien de violent. On brûle des pneus pour empêcher les accès à ceux qui essaient de forcer les barrages. Mais un camion à Fos-sur-Mer qui roule sur un militant de la CGT qui se trouve toujours à l'hôpital, ça attire moins qu'un pneu qui brûle. Je suis assez dépité et je pense qu'il faut réagir sur cette question de violence. Une chemise arrachée, c'est de la violence ; 2 000 suppressions d'emplois, c'est normal. Il faut essayer de redonner du sens aux choses. Mes camarades de Fralib ont fait 1 336 jours de grève. Ils étaient 142 au départ, ils ne sont plus que 43. La boîte continue. Mais combien de familles déchirées, combien de divorces, combien de suicides... ça s'appelle comment, ça ? Qu'est-ce qui est le plus grave, un pneu qui brûle ou la détresse de millions de citoyens ? Il faut remettre les choses à l'endroit. On a démarré sur la haine de classe. On est en plein dedans.

RÉGIS DEBRAY Maintenant je vais te poser des questions de fond. Les compagnons de route sont des gens qui posent les bonnes questions parce qu'ils n'ont pas tout à fait les bonnes réponses. J'imagine que les bonnes réponses, c'est toi qui vas me les donner. Je voudrais te répercuter trois questions un peu brutales que j'entends autour de moi quand on parle de la CGT et qu'on n'est pas cégétiste. La première : la CGT, c'est machiste. Ils n'aiment pas les bonnes femmes...

PHILIPPE MARTINEZ Il m'arrive de sortir, souvent d'ailleurs de mon célèbre bureau pour aller voir la vraie vie. Je croise des gens qui nous aiment plus ou moins. Je leur dis : la CGT gagne à être connue. Les idées fausses sur la CGT sont nombreuses. La CGT n'est pas machiste mais il y a trop de machos à la CGT (cris et applaudissements dans la salle). C'est pas mon style de caresser dans le sens du poil mais la CGT n'est pas machiste parce que c'est la première et la seule organisation, et depuis longtemps, qui dans sa direction nationale a autant d'hommes que de femmes. Mais on a fini par croire, parce qu'on était les premiers, qu'on était les meilleurs. Dans les modes de vie de la CGT, il y a des choses qui doivent bouger. Par exemple, les réunions qui finissent à pas d'heure... Parce que ce n'est pas moi qui m'occupe des gosses, donc ça peut traîner. Il y a aussi les camarades qui disent : tu comprends, elle est bien, mais c'est une femme, faut qu'elle apprenne. C'est étrange combien les femmes doivent toujours apprendre plus que les mecs. Tout ça, il faut que ça change. Ce n'est pas une affaire de femmes, mais de toute la CGT.

RÉGIS DEBRAY La deuxième : la CGT protège les gens déjà protégés, à savoir les salariés à statut de la fonction publique. Quid des autres modes de travail et des chômeurs ?

PHILIPPE MARTINEZ Les clichés sur la CGT ne manquent pas. Aux élections, la CGT est première aussi dans le privé. Mais je l'ai dit, nous ne sommes pas assez ouverts sur un monde salarial qui bouge. Les précaires, les prestataires sont nombreux dans les entreprises. C'est parfois difficile mais il faut garder l'esprit ouvert sur cette réalité. Ces chantiers sont importants et sont un vrai défi pour la CGT. Nous allons voter pour les élections TPE (très petites entreprises), ces salariés ne nous voient qu'à la télé !

RÉGIS DEBRAY Quelle est la position de la CGT sur les immigrés ?

PHILIPPE MARTINEZ Sur les immigrés, il y a un vrai combat de la CGT, qui se poursuit. C'est la fierté de la CGT. Nous faisons un travail important auprès des travailleurs détachés. Nous avons décidé l'an dernier à cette même fête d'ouvrir nos centres de vacances aux réfugiés. Nous avons une vraie démarche. Par contre, la CGT n'est pas un vaccin contre certaines idées dominantes et là il faut qu'on soit vigilant. On ne peut se contenter de dire qu'il y a moins de votants FN dans nos rangs qu'à FO ou à la CFDT. C'est se cacher derrière son petit doigt. Il faut être volontariste. On ne peut pas laisser passer des idées d'extrême droite dans ce pays et dans les entreprises. Nous avons une responsabilité, les valeurs de la CGT, c'est l'internationalisme, la lutte pour la défense des peuples opprimés. C'est dans nos gènes et c'est Martinez qui vous le dit. Je suis attaché à l'histoire de ma famille. Eux se faisaient traiter de pingouins, comme les Ritals. Mais il y a toujours eu cette solidarité ouvrière avec la CGT au centre pour ne pas laisser passer ce genre de propos. Je dis à mes camarades : s'il y a un sujet sur lequel toutes les organisations doivent se mobiliser, c'est la lutte contre le racisme et contre l'extrême droite.

«Oui, il faut discuter et débattre. Le débat d'idées est indispensable.» PHILIPPE MARTINEZ

RÉGIS DEBRAY Philippe, qu'est-ce que ça veut dire pour toi, la culture ? Tu en as parlé avec ton histoire familiale déjà... Tu as inscrit le présent dans une continuité. Pas seulement dans une légende mais dans une filiation dans tous les sens du mot, à la fois personnelle et historique. Mais quand on dit culture, qu'est-ce que tu ressens ?

PHILIPPE MARTINEZ Je pense que c'est important d'être attaché à l'histoire transmise par sa famille. D'être français en ayant une histoire qui n'est pas forcément gauloise. Et d'être plus républicain dans la République française que certains qui glosent sur cette notion et qui s'emparent même du nom : les républicains. Les échanges entre le monde de la culture et les ouvriers ont trop souvent été marqués par du respect et un genre de complexe vis-àvis de ce milieu. Aujourd'hui, il existe plutôt une forme de dédain chez des gens qui se prétendent gens de culture. Il faut revenir à une forme de dialogue, comme nous le faisons aujourd'hui, apprendre de l'autre. Nous avons des discussions avec des gens du théâtre, de cinéma, du spectacle, avec des écrivains. De notre côté, nous avons des outils formidables, ce sont les comités d'entreprise. Je pense que la culture devrait entrer dans les entreprises, car nous avons besoin de ce mélange, ce qui n'est pas une mince affaire. On a un projet, on y réfléchit mais je n'en dirai pas plus. Le problème est le même pour la lecture. Il y a là un terrain de combat commun au monde de la culture et à celui de l'entreprise. Je te tends la perche, là.

RÉGIS DEBRAY Fais un forum travail et culture, fais-toi prêter une grande salle, tu y invites des bibliothécaires, des sociologues, des historiens, des gens du spectacle, les intermittents et autres... et on fait une grande rencontre sur deux jours. Où il sera permis de s'engueuler, bien sûr.

PHILIPPE MARTINEZ J'ai noté. D'accord pour les engueulades à la condition qu'il en sorte quelque chose de concret.

RÉGIS DEBRAY Tu es un grand syndicat qui n'a pas de relais politique à moyenne échéance. Séguy, en 1968, avait un débouché politique crédible. Aujourd'hui, sans être pessimiste, on peut noter que ce débouché n'a plus la même force. Est-ce que cette situation ne t'investit pas d'une forme de charge d'opposition qui a du mal à s'exprimer politiquement ? N'est-ce pas un facteur qui peut vous radicaliser, vous pousser en avant pour faire suite à cette demande ? On dit autour de moi ­ heureusement que la CGT est là ­ qu'est-ce que vous faites dans cette situation ? Tu dois sentir autour de toi cette aspiration à ce que tu représentes une force d'opposition, même politique ?

PHILIPPE MARTINEZ Nous sommes une grande organisation syndicale et nous entendons bien le rester dans les années à venir. Tu évoquais Georges Séguy, il a été le premier à poser ce genre de questions sur les rôles du syndicat et du politique. On nous reproche de faire de la politique à la CGT. Quand on conteste une loi, on fait bien de la politique. Quand la CGT propose de travailler moins, 32 heures par exemple, elle fait de la politique. Nous pesons sur des choix de société. Mais le rôle du syndicat est aussi de s'intéresser à l'ensemble des problèmes du salariat. Ces questions-là, c'est le boulot du syndicat. Après, je dois t'avouer que la CGT est très courtisée en ce moment, par des gens qui veulent être califes à la place du calife. Chacun doit prendre ses responsabilités. Le syndicat propose des alternatives sociales, veut un changement de société. Il dénonce le capital mais le projet politique doit être porté par les politiques.

RÉGIS DEBRAY C'est toujours face à une menace, à un péril, qu'on se rassemble. En philosophie, le nous suppose un eux. Un adversaire, ça se construit, mais ça se déconstruit aussi, voyez les relations entre Allemagne et France. Je constate que la guerre froide, c'est fini. Il y a eu une scission syndicale après guerre, qui a produit Force ouvrière. Si la guerre froide est finie, pourquoi cette scission survivrait-elle ? Peut-on penser, non à une confusion, mais à une fusion, à un retour à l'unité ?

PHILIPPE MARTINEZ Régis, peux-tu venir au débat demain au forum social et poser la question à Mailly ? (Rires.) Quand des oppositions se créent sur une base idéologique et anticommuniste, c'est difficile d'évacuer toutes ces pages d'histoire. Il faut que le mouvement social soit assez fort, tout en pensant fort à ceux que nous sommes censés défendre. Depuis cette scission, d'autres syndicats se sont créés, et, comme le dit Bernard Thibault, plus il y a de syndicats, moins il y a de syndiqués. Et avec la loi travail, il y aura encore plus de syndicats en France. Des syndicats indépendants... sauf du patron puisque c'est lui qui le crée. Il faudrait se poser, réfléchir sur cet éclatement syndical. Il faut penser d'abord aux intérêts des salariés avant ceux de notre boutique. Ça va demander un peu de temps pour qu'il y ait plus de drapeaux dans la rue mais qu'ils soient de la même couleur.

RÉGIS DEBRAY Tu as ouvert une petite fenêtre...

«Je ne supporte pas la haine des gens d'en haut envers ceux d'en bas.» RÉGIS DEBRAY

Liberté de conscience et respect de la laïcité par J.P. SCOT, Historien

publié le 10 janv. 2015 à 06:31 par Jean-Pierre Rissoan

Vendredi, 9 Janvier, 2015
L'Humanité

     "Charb, Cabu, Wolinski et Charlie Hebdo ont-ils été châtiés pour avoir blasphémé ? Non ! Ils ont été assassinés pour avoir défendu, par l’humour mais jusqu’au sacrifice, la liberté de conscience, de pensée et d’expression critiques contre tous les obscurantismes, tous les fanatismes, tous les intégrismes religieux et politiques."

    Par Jean-Paul Scot, historien et auteur (1),

    Charb, Cabu, Wolinski et Charlie Hebdo ont-ils été châtiés pour avoir blasphémé ? Non ! Ils ont été assassinés pour avoir défendu, par l’humour mais jusqu’au sacrifice, la liberté de conscience, de pensée et d’expression critiques contre tous les obscurantismes, tous les fanatismes, tous les intégrismes religieux et politiques. Ils n’ont pas été massacrés par des musulmans, fussent-ils radicaux, mais par des terroristes barbares et fascisants.

    En France, le dernier supplicié pour blasphème fut en 1766 le jeune chevalier de La Barre car ce délit n’existe plus depuis la Révolution. L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 stipule : « Nul ne peut être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public. » Le délit de blasphème, comme celui de régicide, fut rétabli par la monarchie, restaurée en 1815, mais abrogé dans les années 1830. La loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse le supprime définitivement, même si « la provocation aux crimes et aux délits » et « l’incitation à la haine et à la violence » restent susceptibles de poursuites et de sanctions. Ce qui peut être sanctionné par la loi, c’est l’injure ou la diffamation de personnes ou de groupes de personnes.

    Le blasphème a été défini par l’Église catholique comme « tout propos ou acte irrespectueux contre Dieu » et comme « une défaillance dans l’expression de la foi ». La notion de blasphème n’a donc de sens que du point de vue des religions. Ce sont elles qui déterminent en effet ce qui est injurieux ou diffamatoire envers elles-mêmes. Ce sont elles qui interdisent le blasphème car elles prétendent avoir le monopole de la vérité et du sacré. Ce sont elles qui diabolisent ce que les croyants d’autres religions ou les incroyants considèrent comme de simples moqueries irrévérencieuses ou des critiques intellectuelles. Ce sont elles qui font appel au pouvoir politique des États pour punir les apostats et les blasphémateurs. Et les États conservateurs et autoritaires font de l’apostasie et du blasphème des délits, voire même des crimes, parce que ces pratiques remettent en cause l’ordre politique et social. En République laïque et démocratique, le blasphème n’existe pas.

    En effet, le droit de blasphémer a été conquis comme un corollaire de la liberté de conscience et de pensée. Pierre Bayle, ce philosophe protestant mort en exil en 1706, affirma le premier que « le blasphème n’est scandaleux qu’aux yeux de celui qui vénère la réalité blasphémée ». Le blasphème n’a en effet de sens que pour ceux qui partagent les mêmes croyances religieuses. Venant des non-croyants, des propos blasphématoires ne sauraient atteindre des croyants dans leur foi ; ils les mettent seulement à l’épreuve. Punir les blasphèmes et réduire les hérésies n’aboutit qu’à mettre les croyants en contradiction avec leurs religions de vérité et d’amour.

    Voilà pourquoi les philosophes des Lumières ont dénié aux religions le droit d’imposer leurs dogmes à toute la société, aux croyants d’imposer leurs croyances aux agnostiques et aux athées. Les normes politiques et civiles doivent être déliées, séparées, indépendantes des normes religieuses. La justice publique n’a pas à faire respecter les dogmes religieux. La liberté de blasphémer est un droit découlant de la liberté de pensée et d’expression. La liberté de pensée est absolue ou elle n’est pas. En proclamant la liberté de conscience et l’égalité des droits entre tous les hommes, l’Assemblée constituante a jeté les bases non de la tolérance mais de la laïcité, que la loi de séparation des Églises et de l’État a consacrée en 1905.

    Certains prétendent aujourd’hui qu’il faudrait limiter la critique des religions au nom du respect qui leur serait dû en raison des fonctions qu’elles assurent dans la société et qui peuvent favoriser l’intégration et maintenir la paix civile. En 1991, Mgr Lustiger demandait la pénalisation de publications antireligieuses au nom du « respect d’autrui » et d’« atteinte grave au pacte social ». Le député UMP Éric Raoult proposa en 2006 le rétablissement du délit de blasphème. Nicolas Sarkozy entendit répondre « aux attentes des grandes religions » pour des raisons d’intégration sociale et de sécurité intérieure. Des néocléricaux invoquent un alignement sur une « laïcité européenne ». Il est vrai que le délit de blasphème subsiste plus ou moins dans le Code pénal de nombre d’États de l’Union européenne (Allemagne, Autriche, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Irlande, Malte, Norvège, Pologne, Royaume-Uni), même si la sécularisation des sociétés en limite les recours. Les Pays-Bas l’ont abrogé en 2013.

    Il ne faudrait donc pas confondre tolérance et laïcité. La tolérance est une concession du prince à certains sujets, de l’État à des communautés, pas la reconnaissance d’un droit naturel, plein et entier, égal pour tous les citoyens et irrévocable. Jaurès, qui n’appréciait pas un certain anticléricalisme grossier mais qui respectait absolument la liberté de critique, ne s’y trompait pas : « Nous ne sommes pas, disait-il en 1910, le parti de la tolérance – c’est un mot que Mirabeau avait raison de dénoncer comme insuffisant, comme injurieux même pour les doctrines des autres. Nous n’avons pas de la tolérance, mais nous avons, à l’égard de toutes les doctrines,
le respect mutuel de la personnalité humaine et de l’esprit qui s’y développe. »

    Le respect est dû aux personnes, aux croyants, pas aux croyances, pas aux religions, qui sont à soumettre à la critique de la raison et de la science, du rire et de l’humour.


(1) Derniers ouvrages parus :
 Jaurès et le réformisme révolutionnaire. 
Seuil, 2014.
 L’État chez lui, l’Église chez elle. Comprendre la loi de 1905. 
Seuil, réédition, 2015.


Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 aoÛt 1789 (Articles 10 et 11)  

Article 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la loi.
 

Article 11. La libre communication des pensées et des opinions 
est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

 
 

"Je hais le nouvel an", par Antonio GRAMSCI

publié le 5 janv. 2015 à 02:18 par Jean-Pierre Rissoan

"Je hais le nouvel an",

 

    Chaque matin, à me réveiller encore sous la voûte céleste, je sens que c’est pour moi la nouvelle année. C’est pourquoi je hais ces "nouvel an" à échéance fixe qui font de la vie et de l’esprit humain une entreprise commerciale avec ses entrées et sorties en bonne et due forme, son bilan et son budget pour l’exercice à venir. Ils font perdre le sens de la continuité de la vie et de l’esprit. On finit par croire sérieusement que d’une année à l’autre existe une solution de continuité et que commence une nouvelle histoire, on fait des résolutions et l’on regrette ses erreurs etc. etc.. C’est un travers des dates en général. On dit que la chronologie est l’ossature de l’Histoire; on peut l’admettre. Mais il faut admettre aussi qu’il y a quatre ou cinq dates fondamentales que toute personne bien élevée conserve fichée dans un coin de son cerveau et qui ont joué de vilains tours à l’Histoire. Elles aussi sont des "nouvel an". Le nouvel an de l’Histoire romaine, ou du Moyen Âge, ou de l’Époque moderne. Et elles sont devenues tellement envahissantes et fossilisantes que nous nous surprenons nous-mêmes à penser quelquefois que la vie en Italie a commencé en 752, et que 1490 ou 1492 sont comme des montagnes que l’humanité a franchies d’un seul coup en se retrouvant dans un nouveau monde, en entrant dans une nouvelle vie. Ainsi la  date devient un obstacle, un parapet qui empêche de voir que l’histoire continue de se dérouler avec la même ligne fondamentale et inchangée, sans arrêts brusques, comme lorsque au cinéma la pellicule se déchire et laisse place à un intervalle de lumière éblouissante. Voilà pourquoi je déteste le nouvel an. Je veux que chaque matin soit pour moi une année nouvelle. Chaque jour je veux faire les comptes avec moi-même, et me renouveler chaque jour. Aucun jour prévu pour le repos. Les pauses je les choisis moi-même, quand je me sens ivre de vie intense et que je veux faire un plongeon dans l’animalité pour en retirer une vigueur nouvelle. Pas de rond-de-cuir spirituels. Chaque heure de ma vie je la voudrais neuve, fût-ce en la rattachant à celles déjà parcourues. Pas de jour de jubilation aux rimes obligées collectives, à partager avec des étrangers qui ne m’intéressent pas. Parce qu’ont jubilé les grands-parents de nos grands parents etc., nous devrions nous aussi ressentir le besoin de la jubilation. Tout cela est écœurant.

        Antonio Gramsci, 1er janvier 1916 sur l’Avanti !, édition de Turin, rubrique « Sotto la Mole ».

        Traduit par Olivier Favier.

 

    Texte présenté ainsi :

    31 décembre 2014 |  Par Marc Tertre@http://static.mediapart.fr/sites/all/themes/mediapart/mediapart/images/outil_pdf.png

C'est une traduction du grand penseur italien faite par Olivier Favier, un des infatigables chroniqueurs du blog  "Dormira jamais", une de mes adresses favorites (et que j'aimerais vous faire connaitre)  pour penser, pour rêver, pour se battre...

Elle me permet de rendre hommage à ce site bienvenu en ces temps de confusion et de doute Dormira Jamais, et à un de ses animateurs (que je ne connais que par la magie du virtuel, mais que je lis régulièrement).

Et de rappeler comment Gramsci fut un penseur important, et toujours actuel, qui conjugue érudition impressionnante, volonté déterminée, courage intellectuel et physique impressionnant, et imagination largement ouverte vers d'autres horizons. Place au commentateur, à l'analyste, au moraliste même.



J.C. Romettino qui me fait passer ce texte ajoute pour sa part  :  

 

C’est aussi l’occasion de rappeler que la date est une convention :

L’an 2015 est censé être les 2015ème de la naissance du dénommé Christ qui, si l’on en croit les calculs basés sur l’astronome, serait né – s’il est né – en 4 ou 5 avant JC ! D’où la crédibilité douteuse de l’existence de l’individu…

Mais le 1er janvier 2015 n’est que le 19 décembre 2014 du calendrier julien (conservé dans la religion orthodoxe), le 10 teveth 5775 de la religion juive, le 10 rabi al-Awwal 1436 de la religion musulmane, l’an 2768 de l’ère romaine, l’an 4388 de l’ère gauloise, l’an 5117 de l’ère hindoue, l’an 4712 de l’ère chinoise,  sans oublier que le calendrier, à rebours, "Before présent" (BP) des archéologues se réfère au "présent" de 1950 et que, pour le calendrier électronique, selon le système à base 1900 pour excel PC il s’agit du 42005ème jour, tandis qu’il s’agit du 40543ème jour selon le système à base 1904 pour excel Mac, chacun sachant évidemment que l’origine du temps du monde informatique est le 1er janvier 1970, début de l’ère UNIX, date depuis laquelle le temps est exprimé en secondes …

 

Il n’en reste pas moins qu’il est un calendrier éminemment rationnel : le calendrier républicain entré en vigueur en 1793.

Il commence le 22 septembre 1792, tout à la fois premier jour de la République et symbole de l’égalité puisque, ce jour là, partout dans le monde le jour et la nuit sont égaux. À l’aune de ce repère « nôtre » très occidental 1er janvier est en fait le 11 nivôse 223 en l’an I de la République. Et c’est à cause de l’Europe (déjà !) qu’il fut abandonné en 1805 ! 

Quelques hurluberlus persistent à rappeler la chose chaque année à l'occasion d'un banquet républicain commémorant la guillotinnade du ci-devant roi Louis : ainsi, à Lyon, ce banquet aura lieu le 3 pluviôse 223, vendredi 23 janvier pour les profanes... 

  

D’accord, donc, avec Gramsci dans sa dénonciation du caractère obligatoire et commercial de la date/festivité.

Mais pas entièrement puisque le 1er de l’an donne – aussi - la possibilité de (re)dire aux amis qu’on les aime et  d’envoyer à d'autres des signes de convivialité, chose pas inutile dans ce monde qui a tendance à devenir de plus en plus un monde  du chacun pour soi. 

Et donc, bonne année !   

 

 

parlez-vous frenglish ?

publié le 29 nov. 2014 à 05:32 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 déc. 2014 à 03:12 ]

Du franglais au frenglish

par Francis Combes & Patricia Latour

chroniqueurs à L'Humanité

numéro du 27 novembre 2014

    « Nous allons commencer ce débriefing par un brainstorming à partir du reporting du 10 courant. Ces questions de management doivent entrer dans notre process métier, dans une vraie logique B to B. De toute façon, à l'ère du global business, nous sommes tons soumis a un benchmarking permanent ! Le rush ne doit pas nous conduire à être speed dans nos public-relations. Le back-office doit rester au top. Je sais que vous êtes tous overbookés. Mais apprenez à relaxer votre body. Faites du jogging, du training ou du scrapbooking. Vous devez tous être capables de switcher en fonction de la demande. Utilisez mieux la confcall. Le winner takes all est la règle et tant pis pour le blurring ou le burnout ! On ne vous demande pas de devenir des geeks. Le pitch de notre start-up est clean : on se la joue marketing one to one, c'est ça l'avenir pour rester high-tech Les actions one shot sont so likés par nos clients. Notre cash-flow en est la preuve. Le business-plan intègre ce -trend. Le workflow de chacun sera dispatché prochainement. Ces éléments devront être backupés dans le cloud computing de tous. Tout sera uploadé pour plus de sûreté. Les followers doivent se faire connaître. Garder le leadership, c'est le challenge. On va focuser sur les objectifs. On verra qui est vraiment bankable dans le team. Des flyers marketing vont vous être mailés. Suivez bien la roadmap. La deadline est fixée à vendredi, oui, juste avant le week-end. Pour le feeling, nous organiserons une garden-party samedi. Un powerpoint vous présentera les objectifs. C'est Nicolas qui travaille les slides. Un scoop: le boss sera là. Il vous présentera la storytelling de notre filiale offshore et le teaser de notre prochaine campagne, remake de celle qui vient de faire le buzz. Et pour le feedback, ASAP!».

    Vous n'avez pas tout compris ? Soyez rassurés, nous non plus. Et si c'était là l'objectif? Que personne en dehors de ceux qui sont dans le secret ne comprenne. Alors, imperceptiblement, on glisse du franglais au frenglish ?

    Du latin macaronique des docteurs Diafoirus de Molière au jargon « entrepreneurial» d'aujourd'hui, c'est toujours la même histoire: faire de son ignorance une science et tenter pour une soi-disant élite d'en imposer au vulgum pecus afin de défendre son pouvoir et de préserver ses privilèges. Au fond, c'est toujours la crainte du peuple qui s'exprime. L'usage massif de ce «basic english» de mauvaise cuisine dans les relations de travail et la vie sociale n'est pas qu'un effet de mode. En même temps qu'une entreprise de soumission, c'est une violence faite à la démocratie.

fin de citation


La Gauche et la famille par Odile NGUYEN

publié le 20 févr. 2014 à 14:21 par Jean-Pierre Rissoan

   

    Par Odile NGUYEN

    Professeur d’histoire de la philosophie

 

    A travers les récentes manifestations contre le mariage pour tous, la Droite a fait de la famille son fonds de commerce. Exhibant papys-mamys et poussettes, sous des bannières proclamant sur fond rose : "PAPA, MAMAN et les ENFANTS, c’est NATUREL", elle se drape dans une légitimité sacrée. Selon sa nouvelle égérie, Ludovine de la Rochère : "Tout homme a la famille inscrite dans son cœur".

    La Gauche, avec ses nouvelles lois sur la famille, est suspecte de vouloir saper ce que l’humanité a de plus précieux, détruisant la morale et l’équilibre social, menaçant au nom de spéculations tortueuses et de jouissances perverses l’aspiration  légitime des gens normaux au bonheur.

    Qu’en est-il ?

    La reculade du gouvernement Hollande nous oblige à revenir sur ce que pourrait être une vision de gauche de la famille. La gauche n’a pas attendu les gesticulations de la droite pour se pencher sur la question de la famille.

    Qu’est-ce que "la" famille ? Dans nos mémoires résonne encore le célèbre anathème d’André Gide : "Familles, je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées ; possessions jalouses du bonheur", qui stigmatise un certain type de famille, la famille bourgeoise, rétrograde, cellule de base de la société capitaliste. Celle où les enfants, futurs héritiers, sont la propriété exclusive de leurs géniteurs, précisément celle que veulent "sauver" les manifestants réactionnaires.

    Car la famille peut être tout autre chose.

    Quatre pistes parmi d’autres mériteraient d’être suivies, et creusées :

 1)      La famille, ce n’est pas seulement un phénomène naturel, c’est aussi une institution culturelle.

    Certes, le fragile enfant humain n’accède pas à l’autonomie aussi vite que le petit poulain debout sur ses pattes quelques heures après sa venue au monde. Il requiert les soins prolongés de ses parents, avec qui il noue des relations d’attachement. Les Sciences humaines (psychologie, ethnologie, histoire) montrent à la fois ce besoin naturel de l’enfant et la construction sociale du modèle familial.

    Selon l’ethnologue Claude Lévi-Strauss, les hommes, avec la prohibition de l’inceste, carrefour entre la nature et la culture, ont inventé le mariage et la famille, absente du règne animal, où maternage et couple sont éphémères :

    Parmi tous les modèles : matriarcat, patriarcat, partage…chez nous, le patriarcat a dominé, mais Engels -dans "L’origine de la famille, de la propriété privée et de l’État"- et Alexandra Kollontaï -dans "La famille et l’État communiste"- ont dénoncé cette famille où "l’homme était tout, et la femme", esclave reproductrice, "n’était rien".

 2)      La famille, fruit de la liberté

    Aujourd’hui, la chape de plomb a fait son temps. Le mariage n’est plus obligatoire, comme dans l’Antiquité à Athènes, ni programmé à trois ans comme chez les Nambikwara[1]. Grâce aux luttes sociales, aux luttes des femmes et aux progrès de la science, chacun et chacune peut aujourd’hui décider du choix de son partenaire (avec ou sans mariage), et chaque couple peut décider d’avoir ou non des enfants, si oui quand il l’entend.

    En outre, le mariage n’est plus une prison depuis 1975 (avec la loi ouvrant le divorce par consentement mutuel.)

 3)      La famille, lieu de l’égalité entre l’homme et la femme

    La famille bourgeoise a trop longtemps été le lieu de l’oppression de la femme, comme le souligne Engels au XIXème siècle : "Dans la famille, l’homme est le bourgeois, la femme joue le rôle du Prolétariat". – Alexandra Kollontaï annonce en écho : "cette famille se modifie d’un jour à l’autre, elle a presque vécu. Mais cela ne doit pas nous effrayer…tout change".

    La femme se libère en intégrant le monde du travail. Une fois la domination économique masculine révolue, tout peut être partagé entre l’homme et la femme, l’amour comme l’autorité.

 4)      La famille, lieu de transmission et d’ouverture sur la société

    Engels lui-même n’a jamais proposé la disparition de la famille comme unité affective, comme premier lieu d’épanouissement de l’enfant. Fonction maternelle et fonction paternelle y sont également nécessaires, fussent-elles bientôt exercées par deux personnes de même sexe. Et la famille ne saurait se réduire à la famille nucléaire, mais ouvrir sur la grande famille.

    La famille permet la transmission de valeurs humanistes, la lutte contre le "tout-à-l’ego", l’ouverture vers la société, et non le repli égoïste ; la crèche, l’école complètent l’éducation par la famille, structure en mouvement.

    "Mais quels éléments nouveaux viendront s'y agréger ? Cela se décidera quand aura grandi une nouvelle: génération d'hommes". (Engels), c’est cette nouvelle génération qui aujourd’hui réinvente et, loin de la ruiner, doit ré-enchanter la famille.

 

 



[1] Les Nambikwara sont un peuple indigène du Nord-Ouest du Mato Grosso (Brésil central) qui ont été observés par Claude Lévi-Strauss lors de son expédition de 1938. (JPR-Wiki).

Quel est le but de cette campagne contre l’Humanité ? par Patrick LE HYARIC, directeur du journal

publié le 19 déc. 2013 à 05:23 par Jean-Pierre Rissoan

    J’ai publié ici même, courant mai 2013, Sauver l'Huma en danger... par Axel KAHN, (voir rubrique "les inclassables') des témoignages de lecteurs de renom, le plus souvent non-communistes, qui disaient pour quoi il fallait -comme eux- lire L’Humanité. « Le journal est en danger » écrivais-je avec d’autres. Récemment, le gouvernement vient de décider d’annuler si j’ai bien compris des dettes de L’Huma, dettes qui devenaient un fardeau écrasant. Aussitôt les loups ont hurlé. Nous sommes en période où la bête immonde monte, monte... Le directeur du journal répond à ces bêtes féroces qui n’ont cure du pluralisme de la presse. Comme il s’agit bel et bien de la liberté de l’esprit humain, je publie cette lettre dans la rubrique "la vie de l’esprit". Le journal L’Humanité est en danger

    J.-P. R.

QUEL EST LE BUT DE CETTE CAMPAGNE CONTRE L’HUMANITÉ ?

 

    Par Patrick LE HYARIC

    Directeur de l’Humanité, 18 décembre 2013.

 

    Une cohorte déchaînée de la bien-pensance radiophonique, en appui de quelques groupuscules de droite, s’attaque violemment depuis quelques jours au Parlement et à l’Humanité.

    Pourquoi ? L’Humanité aurait reçu un cadeau de l’État qui lui effacerait ses dettes. Rien que ça ! Sans même vérifier de quoi il s’agit exactement, sans même prendre la précaution de nous passer un coup de fil confraternel, une équipée, qui va de Mrs Apathie, Brunet, Morandini et consorts, multiplie les chroniques, émissions spéciales, sous-entendus et autre insinuations pour calomnier l’Humanité, souhaiter sa mort tout en accusant l'Assemblée nationale de complicité coupable. Mme Le Pen leur est venue subrepticement en renfort il ya quelques jours. Et voici que de petits groupes liés à des droites extrêmes lancent une pétition demandant à l’État de ne pas payer les dettes de l’Humanité. C’est une farce ! Cela fait près de 30 ans qu’on n’avait pas entendu de tels propos haineux à l’encontre de notre journal.

    S'il s'agissait de critiquer un vote des députés ou un choix gouvernemental, rien de plus naturel en démocratie. Mais c'est de bien autre chose dont il est question qui se résume en un seul slogan à propos de nous : qu’ils crèvent ! Et tant qu’elle y est, toute cette bonne société qui petit-déjeune, déjeune et dîne dans le beau monde, passant d’un média privé à un autre, négociant ses bons salaires chaque année au moment du mercato télévisuel, en vient à crier haut et fort, que c’est toute la presse écrite qui est trop, bien trop aidée. Que des citoyens, des salariés, des petits patrons qui, actuellement souffrent terriblement de la crise, des fins de mois difficiles, du manque de débouchés pour leurs productions ou de la cherté du crédit, soient offusqués par un tel prétendu cadeau, peut se comprendre. Mais il ne s’agit pas de cela. Et je veux m’en expliquer.

    De quoi s’agit-il ? A la fin de l’année 2000 l’Humanité se trouvait en grave difficulté, proche de la cessation de paiement. Un plan de redressement lourd était décidé à la suite de ma nomination. Il comprenait une sévère restructuration sociale, industrielle et économique, sur laquelle je ne reviens pas ici. Pour la mener à bien, il était indispensable de disposer de prêts-relais pour faire face à un certain nombre d’échéances impératives. Avec le directeur financier de l’époque, nous avons rencontré au moins 11 dirigeants de banques importantes. Aucune d’entre elles ne voulait aider une PME dans notre situation ; encore moins une entreprise de presse. Et évidemment, encore moins l’Humanité, journal de la gauche de la transformation sociale et écologique. Face au péril qui menaçait, j’ai dû, en désespoir de cause, me tourner vers la banque publique, Banque de développement des PME (BDPME) devenue par la suite OSEO. Celle-ci, faisant la même analyse que les autres banques, refusait d’accorder quelque crédit que ce soit sans garantie. Me tournant vers la structure du CIRI (Comité interministériel de restructuration industrielle), rattachée à Bercy pour traiter de la situation des entreprises en très grande difficulté, notre dossier est devenu encore plus sensible. Au terme de ce parcours du combattant, les pouvoirs publics ont demandé au CIRI et au Fonds de développement économique et social (FDES) de réétudier l’ensemble de notre dossier. C’est là qu’enfin nous avons obtenu trois lots de prêts étalés sur deux années en lien avec le FDES. Le premier, le 24 décembre 2001 pour une valeur de 1,5 millions d’euros. Nous avons remboursé son capital et ses intérêts, soit plus de 2 millions d’euros. Un second au mois de mars 2002 pour un capital de 2,2 millions d’euros pour lequel nous avons remboursé au total une somme dépassant les 3 millions d’euros. Un troisième, le 4 avril 2002 dénommé "prêt participatif", aux taux d’intérêt progressifs, pour une somme de 3,2 millions d’euros. Sur ce prêt, nous avons remboursé environ 20% du capital mais nous payons des intérêts très élevés depuis l’année 2007 puisque pour un emprunt de 3,2 millions d’euros, ils représentent 3,1 millions d’euros. C’est dans ce cadre, et en tenant compte de ces frais financiers exorbitants et pour permettre la reconstitution du capital de l’Humanité que j’ai demandé depuis des années aux gouvernements successifs de reconsidérer notre situation. Tous les gouvernements, sans exception, l’ont toujours admis et sont restés ouverts à nos demandes. En 2009, avait été décidée une solution d’attente transitoire consistant à repousser de 5 ans le remboursement du capital. Mais avec cette formule, les frais financiers ont continué à peser sur notre trésorerie et nos résultats comptables.

    A la suite de ces différents examens, l’actuel gouvernement a décidé, en toute transparence et au nom du pluralisme de la presse, de proposer au Parlement de nous délivrer de ce fardeau qui, comme pour d’autres petites entreprises, nous asphyxie à cause des frais financiers. Du reste, c'est contre cette logique que l’Humanité, avec le Front de gauche et d’autres, mène campagne contre les coûts du capital et non pour accuser ceux du travail, comme le font quotidiennement nos censeurs médiatiques, bien moins regardant quand il s'agit du cadeau de 20 milliards d'euros fait au grand patronat ou encore des faramineuses retraites-chapeaux. L’Etat n’est en rien spolié puisque les frais financiers dont nous nous sommes acquittés remboursent largement le capital. Il est ici dans son rôle républicain de garant de la démocratie, de la libre expression des opinions et des idées et donc du pluralisme de la presse écrite d’information générale et politique. Un pluralisme bien utile. Nous sommes à un moment où le monde entier, toute la presse, rend hommage et célèbre Nelson Mandela. Nous nous en réjouissons. Mais, nous ne pouvons oublier que l’Humanité a été bien seule pour faire connaître le sort du dirigeant sud-africain qualifié de "terroriste" pour justifier sa détention par le régime d’apartheid. Rappelons également les campagnes d’information et de décryptage de l’Humanité anticipatrices lorsqu’elles montraient que le traité de Maastricht puis celui de Lisbonne conduisaient l’Union européenne et les peuples dans le mur. On pourrait ainsi multiplier les exemples. Faire taire la voix de l’Humanité conduirait à désarmer des forces sociales, syndicales, culturelles de leur action pour l’émancipation humaine. Peut-être est-ce d’ailleurs l’objet des actuelles campagnes ?

    Enfin, nos procureurs brandissent devant nous une étude bien commode de la Cour des comptes qui, par de savants calculs, a décrété que l’Humanité est le journal le plus aidé. Qui veut tuer son chien l'accuse de la rage ! Je suis prêt, bien sûr, à produire des chiffres, notamment dans le cadre de débats contradictoires avec nos accusateurs que les stations qui les emploient auront à cœur, j'en suis sûr, d'organiser.

    La prétendue aide dont bénéficie l’Humanité reste au tiers inférieur de celle allouée à certains confrères. Elle répond tout à fait à ce que prévoit la loi pour les quotidiens à faibles ressources publicitaires. De surcroît, depuis l’année 2000, cette aide a été diminuée de 1 million d’euros qui nous aurait été bien utile.

 Autre argument de nos grands maîtres à penser, notre diffusion. Comme si l’Humanité était le seul journal à perdre des lecteurs ! Même si nous ne distribuons aucun journal dans les chaînes d’hôtel, de parking ou dans les premières classes de la SNCF.

    Je remarque au passage, qu'aucun confrère de la presse écrite qui vit les mêmes difficultés que l'Humanité, n'a ouvert ses colonnes à ces zorros en peau de lapin. S'il en est ainsi, c'est qu'à l’exception de nos amis de La Croix, tous les journaux perdent des lecteurs et aucun ne vit de la vente de ses titres. La diffusion de l’ensemble de la presse payante a diminué de 180% depuis la Libération. Cela ne doit réjouir personne. Affaiblir un organe de presse ou le fermer comme cela a été malheureusement le cas pour France Soir, Infomatin, Le Matin de Paris ou la réduction de la voilure de La Tribune revient à mettre à chaque fois des centaines de salariés, dont de nombreux journalistes, au chômage. Au-delà, ce sont des milliers de chômeurs supplémentaires dans l’ensemble de la chaîne de production et de distribution des journaux. Et ce qui se passe depuis plusieurs mois dans le monde entier est inquiétant pour toutes et tous, sauf évidemment pour les intégristes, les simplistes populistes et l’extrême-droite qui rêvent d’un peuple asservi sans livre, sans théâtre, sans cinéma, sans maisons de la culture, sans journaux mais peut-être truffé d’écoles privées.

    Dans un tel monde, toute la presse et la télévision seraient aux mains des puissances d’argent au service d’une pensée unique. Aucun démocrate, aucun républicain qu’il soit de droite ou de gauche ne peut le souhaiter. C’est la question essentielle. A quelle valeur chiffre-t-on la démocratie, le pluralisme des idées, le débat, l’accès à la culture dans une société ? Évidemment, les forces de l’argent et leurs perroquets n’ont pas encore inventé des agences de notation pour cela. Pluralisme, démocratie, respect mutuel, autant de conditions qui vaillent pour faire société et monde ensemble dans cette période de crise qui bouleverse tout, fracture les vies et déchire les repères.

    Si nos procureurs ont terminé leur plaidoirie et sont prêts au débat, je suis à leur disposition.

     P. Le H.

NB. les mots soulignés en gras le sont par moi, J.-P. R.


 

La Révolution, le bonheur et la vertu par Francis COMBES

publié le 30 nov. 2013 à 02:51 par Jean-Pierre Rissoan


Dans un discours prononcé devant la Convention, le 10 mai 1793, Robespierre déclarait : "L’homme est né pour le bonheur et la liberté et partout il est esclave et malheureux". L’article 1 de la Constitution de 1793 l’affirme : "Le but de la société est le bonheur commun". Et chacun a en tête la formule lancée par Saint-Just à la même tribune, un an plus tard, le 3 mars 1794 : "le bonheur est une idée neuve en Europe". La Révolution s’est faite pour le bonheur des peuples.

Les révolutionnaires étaient évidemment inspirés par les idées des Philosophes, en premier lieu de Rousseau. Rompant avec des siècles de domination religieuse qui renvoyait la question du bonheur au salut dans l’au-delà, ils renouaient ainsi avec la principale question posée par les philosophes de l’Antiquité, qu’ils soient épicuriens ou stoïciens, qu’ils soient du Jardin ou du Portique, lesquels se préoccupaient avant tout du bonheur terrestre. Mais en visant le bonheur pour tous. La Rochefoucauld disait : "Nous avons toujours assez de courage pour supporter les maux d’autrui". Les révolutionnaires lui répondent qu’il ne saurait y avoir de bonheur complet pour l’individu conscient tant que d’autres sont dans le malheur. Leur idée du bonheur est tout le contraire de celle de "l’imbécile heureux”, satisfait de l’être.

Les révolutionnaires français par leurs proclamations et leurs actes ont réalisé la philosophie en en faisant non plus un idéal réservé à quelques sages, mais le principe concret de la vie pour le plus grand nombre. Ils sont passés de la philosophie à la politique, de la théorie à la pratique. Leurs idées ont du coup une portée philosophique qu’on ne saurait ignorer.

Il n’est pas inutile de resituer ces grandes phrases dans leur contexte. Dans son discours de 1793, Robespierre réfléchit en fait à la politique et au moyen de contrôler ceux qui gouvernent pour éviter le despotisme. "Jusqu’ici, dit-il, l’art de gouverner n’a été que l’art de dépouiller et d’asservir le grand nombre au profit du petit nombre... (...) J’ai beaucoup entendu parler d’anarchie depuis la révolution du 14 juillet 1789 et surtout depuis la révolution du 10 août 1792 ; mais j’affirme que ce n’est point l’anarchie qui est la maladie du corps politique, c’est le despotisme et l’aristocratisme... ". Et encore : "Jamais les maux de la société ne viennent du peuple mais du gouvernement. Comment n’en serait-il pas ainsi ! L’intérêt du peuple est le bien public ; l’intérêt de l’homme en place est un intérêt privé". Et la conclusion qu’il en tire, c’est la nécessité impérieuse de la liberté.

Quant à Saint-Just, sa formule sur le bonheur vient en conclusion d’un discours qui visait à faire approuver par l’Assemblée un décret portant sur la confiscation des biens des ennemis de la Révolution et l’indemnisation des indigents. C’est-à-dire sur la politique économique et sociale, comme on dirait aujourd’hui. En définissant ce qu’on pourrait appeler son sens patriotique et de classe. "C’est le moyen d’affermir la révolution que de la faire tourner au profit de ceux qui la soutiennent et à la ruine de ceux qui la combattent", précise-t-il en effet.

À bien des égards, ces propos sont d’une singulière actualité et les politiques d’aujourd’hui feraient bien de s’en inspirer. Mais il leur faudrait pour cela un minimum de courage. Non pas celui qui consiste à imposer l’austérité au plus grand nombre, pour préserver le petit nombre des privilégiés, mais celui qui consisterait à prendre le parti du peuple. En clair, il leur faudrait de la vertu au sens où l’entendaient les révolutionnaires.

Cette “vertu” est une notion antique. De ce point de vue, à la différence de Danton, Robespierre et Saint-Just sont sans doute plus proches des Stoïciens que des Épicuriens, encore que le véritable épicurisme soit très éloigné de la caricature qu’on en a faite. Cette vertu héritée des républicains romains a peu à voir avec la vertu chrétienne qui méprise, voire refuse les plaisirs terrestres, jugés coupables. Ce n’est pas non plus l’idée, finalement dérivée de la religion, défendue par Kant que le Devoir s’opposerait au Bonheur au nom du Souverain-Bien. L’idée révolutionnaire de la vertu qui rejette le mépris de la vie terrestre suppose néanmoins que le bonheur ne se réduit pas au plaisir. Il passe par la lutte pour un objectif plus grand que le seul bonheur privé et égoïste. Il a une dimension collective et civique et implique l’action pour le bien commun, le courage face à l’adversité, qui peut aller jusqu’au sacrifice de sa vie.

Si, dans le feu de l’action, la Révolution (qui fut un grand moment de poésie collective) n’a pas suscité une grande poésie écrite, il y eut néanmoins des poètes pour chanter cette conception héroïque du bonheur, notamment dans les hymnes révolutionnaires. Marie-Joseph Chénier (le frère d’André à qui on a reproché, semble-t-il à tort, d’être pour quelque chose dans la mort de son frère) fut un poète et un homme de théâtre qui connut des fortunes diverses. Mais il est l’auteur du Chant du Départ :

"De Bara, de Viala le sort nous fait envie.

Ils sont morts mais ils ont vaincu.

Le lâche accablé d’ans n’a pas connu la vie,

Qui meurt pour le peuple a vécu".

Il y a un bonheur individuel à se battre ainsi pour le bonheur de tous. Cette idée "vertueuse" du bonheur, mal partagée aujourd’hui où dominent des conceptions individualistes, a toujours et partout été celle des révolutionnaires. Elle explique que même dans les pires conditions, des résistants, pendant la Seconde Guerre mondiale par exemple, ou pendant les guerres de libération nationale, aient pu éprouver malgré tout du bonheur. C’est qu’il entre, comme le faisait très justement remarquer Alain, une grande part de volonté dans le bonheur. Même si cela dérange, ce n’est pas sans rapport avec la démarche de certains croyants. Ainsi, nous pourrions presque faire nôtre la formule de Claudel, qui est pourtant le contraire d’un révolutionnaire, quand il dit que "le bonheur n’est pas le but mais le moyen" de l’existence. Sauf que pour les révolutionnaires, le bonheur sur Terre est à la fois moyen et but.

La recherche du bonheur est-elle le sens même de la vie ? C’est plutôt le fait de savoir que, malgré tout, la vie a un sens qui peut rendre heureux, même dans les pires conditions. Cela inclut mais dépasse nettement le simple hédonisme qu’un philosophe comme Onfray défend aujourd’hui. Hédonisme finalement très récupéré par le "capitalisme de la séduction" dont Michel Clouscard a montré comment il assoit sa domination sur l’exploitation des désirs et des fantasmes [1].

Le bonheur de la vertu, c’est à dire du courage, évoqué ici, n’a pas pour autant disparu aujourd’hui. Cette idée vécue est présente dans la moindre lutte collective ou individuelle où se joue une autre valeur, hors de saison mais essentielle, la dignité, qui tient beaucoup à l’estime que l’on peut avoir de soi.

 



[1] Michel CLOUSCARD, Le capitalisme de la séduction, Messidor- Éditions sociales 1981, réédition Delga 2006.

Claude Bernard, philosophe et médecin malgré lui

publié le 29 sept. 2013 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 juin 2016 à 15:04 ]

    A l’occasion du bicentenaire de Claude Bernard -dont nul n’ignore que l’effigie orne "le mur des Lyonnais" - je publie l’article qu’Odile Nguyen-Schoendorff a fait paraître dans l’Humanité des débats, de ce week-end des 27-29 septembre 2013, article dont elle a bien voulu me donner l’original. J’ai repris le titre de l’Humanité et je donne celui d’Odile plus bas. Claude Bernard n’était pas marxiste et, à vrai dire, on s’en fiche un peu, mais dans l’histoire des sciences il marque une étape décisive. Il proclame : "quand le fait que l’on rencontre ne s’accorde pas avec une théorie, il faut accepter le fait et abandonner la théorie". C’est une démarche typiquement matérialiste, soumission de l’esprit humain à la réalité objective. Les constructions idéologiques s’évanouissent devant la constatation des faits. Depuis les Lumières, on savait que les progrès humains s’effectuent par l’interaction de la raison et de l’expérience. Foin des vérités révélées. Claude Bernard, par ses découvertes et sa méthode, en a fait la démonstration éclatante.

    J.-P. R.

 

FÊTER CLAUDE BERNARD, un inconnu célèbre

 

    par Odile Nguyen-Schoendorff,

    Agrégée de philosophie.

 

 

    L’année 2013 marque le  bicentenaire de Claude Bernard. Du grand physiologiste, né  le 12 juillet 1813, le nom est à chacun familier. Il a été donné à de nombreuses rues, écoles, facultés,  hôpitaux… Pourtant, beaucoup ignorent son œuvre. Voici donc l’occasion de rafraîchir nos mémoires. Scientifiques et philosophes se mobilisent pour tirer de l’oubli l’auteur de l’Introduction à l’étude de la médecine expérimentale. Partout en France, et tout particulièrement à Lyon où il a travaillé, et dans son village natal de Saint-Julien-en-Beaujolais, cet automne, les vendanges s’annoncent - sur ce plan - particulièrement riches.

 

    Mais qui était Claude Bernard ?

    Le 10 février 1878 lors des funérailles nationales de Claude Bernard. 4000 personnes suivent sa dépouille jusqu’au prestigieux cimetière du Père Lachaise : Quelle consécration  posthume pour ce fils de modestes viticulteurs, dont les découvertes ont arraché la biologie au Moyen-âge !

    Académicien, professeur à la Sorbonne et au Collège de France, mondialement connu, il est resté toute sa vie attaché à son Beaujolais natal. A Saint-Julien, en 1860, il acquiert le manoir jouxtant la maison familiale, siège du beau musée qui lui est aujourd’hui dédié.

    Mais avant d’en arriver là, le jeune Claude Bernard, peu motivé par ses études chez les Jésuites, et recalé au bachot, est apprenti-pharmacien à Vaise. Il y vend la fameuse "thériaque",  il y vend la fameuse thériaque, potion miraculeuse concoctée par Galien au IIème siècle et combinant soixante-dix ingrédients : plantes rares, opium et  venin de vipère. Cette panacée sert surtout à enrichir Monsieur Millet, l'apothicaire. Disciple de Descartes, le jeune apprenti ose manifester des doutes sur la pharmacothérapie en vigueur à son époque.

    Dans la soupente du père Millet, Claude Bernard  se rêve auteur dramatique. Sa comédie Rose du Rhône  ayant eu quelque succès à Lyon, et son patron l’ayant licencié, il "monte à Paris" avec, en poche, une tragédie en cinq actes  Arthur de Bretagne. Hélas, il se heurte au refus du critique Saint-Marc Girardin, qui lui conseille la médecine. Bon conseil, puisque, dès sa rencontre avec Magendie, véritable coup de foudre intellectuel, le "médecin malgré lui" va révéler son génie !

    "As du bistouri", et docteur en Médecine en 1843, Claude Bernard choisit la recherche, et pratique l’expérimentation sur le vivant.

    Afin de pouvoir poursuivre ses recherches, Claude Bernard accepte un mariage arrangé avec Fanny Martin, fille unique d’un médecin fortuné. Ce mariage va tourner au cauchemar, sa femme, co-fondatrice de la SPA, l’accable de reproches, dénonçant partout l’usage de la vivisection. En outre, les deux garçons du couple mourront en bas âge, tandis que les deux filles sont dressées contre leur père. Le couple se sépare après des années de déchirement réciproque.

 

    "Il était un foie"

    Cependant, le chercheur vole de découverte en découverte !

    Mais les trois domaines où il s’est illustré de la manière la plus novatrice sont :

- Le mode d’action des poisons et notamment du curare.

- La notion de "milieu intérieur"

- La fonction glycogénique du foie

    Claude Bernard s’est toute sa vie  passionné pour les poisons, et notamment pour le curare. On lui doit la précieuse découverte de ses pouvoirs anesthésiants. Le concept de milieu intérieur prépare la découverte de l’homéostasie, ce pouvoir de l’organisme de maintenir – en maintes occasions - son propre équilibre. Quant à la fonction glycogénique du foie, elle désigne le fait que le foie "fabrique" du sucre, en fait le synthétise, au lieu de simplement le stocker. Jusqu’à Claude Bernard et à sa spectaculaire expérience du "foie lavé", la théorie régnante était celle de Lavoisier, selon laquelle seuls les végétaux fabriquaient du sucre, les animaux, dont l’homme, jouant les parasites. Ce sucre ensuite était stocké dans l’organisme, en particulier dans le foie, les poumons "brûlant" le sucre en excès. Le diabète était vu comme une maladie pulmonaire, les poumons échouant à exercer cette élimination. Un petit fait expérimental, la présence de glycogène après lavage du foie prélevé sur un chien, va ruiner la belle théorie. Claude Bernard proclame : "quand le fait que l’on rencontre ne s’accorde pas avec une théorie, il faut accepter le fait et abandonner la théorie". Ses travaux font faire un pas de géant à la compréhension du diabète, même s’il reconnaît n’en avoir trouvé  ni "la cause", ni le "remède".

    C’est grâce à ses travaux que onze ans après sa mort, des chercheurs allemands découvriront le rôle du pancréas, et le remède au diabète : l’insuline.

     Philosophe, continuateur de Descartes, Claude Bernard reste aussi, et peut-être surtout, le fondateur de la méthode expérimentale OHERIC  (Observation, Hypothèse, Expérimentation, Résultat, Interprétation, Conclusion), qui, selon François Dagognet[1], "n’a perdu ni son feu, ni même sa validité".

  *

*        *

Pour connaître de façon  plus complète la vie et l’œuvre de Claude Bernard,  on pourra lire avec profit le petit livre très vivant "je suis…Claude Bernard", texte d’Odile Nguyen-Schoendorff, (préface de François Dagognet, illustrations de Max Schoendorff, photographies d’Yves Neyrolles), 10€ chez Jacques André éditeur, 5 rue Bugeaud, 69006 Lyon. Ce livre a fait la matière d’un spectacle, lecture-concert-vidéo présentée  en avant-première le 4 juillet 2013 par Françoise et Gérard Maimone au théâtre de l’Astrée, 6 rue Gaston Berger, à Villeurbanne.

 A paraître chez Jacques André éditeur : "Il était un foie", pièce sur la vie de Claude Bernard, lue le 14 juillet dernier  par Yves Neyrolles, place de la Croix-Rousse à Lyon, dans le cadre du festival "Tout le monde dehors ! ".

 A venir : de nombreuses conférences sur Claude Bernard, et une exposition (vernissage le 8 octobre à partir de 18h30 à la Bibliothèque Universitaire de Lyon I).

 Conseillée : la visite du Musée Claude Bernard à Saint-Julien-en-Beaujolais


Le mur des Lyonnais. Claude Bernard est au premier étage à gauche, portant sa robe rouge d'universitaire, professeur au Collège de France.

[1] Universitaire, philosophe et docteur en médecine, né en 1924.

Mais qu’est-ce que la "révolution" ? question à Zeev Sternhell

publié le 25 août 2013 à 10:41 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 8 sept. 2016 à 03:59 ]

   

    J’aime beaucoup Zeev Sternhell, ses écrits et son engagement. Je lui ai adressé en son temps le livre que j’ai écrit. L’Humanité lui consacre un long entretien dans son édition du 12 août 2013. Avec raison, car la réflexion de cet intellectuel est féconde.

http://www.humanite.fr/politique/zeev-sternhell-les-hommes-sont-capables-de-se-cons-547156

    Malheureusement, Sternhell utilise en permanence le concept de "droite révolutionnaire", concept que l’Humanité semble reprendre à son compte et c’est fort dommage. Non pas que je sois en désaccord avec le contenu -la compréhension- qu’il donne au concept, mais je récuse cet oxymore de "droite révolutionnaire". La droite n’a JAMAIS effectué une quelconque révolution. Ainsi évoque-t-il, "l’instauration de la dictature nationaliste de 1940. Cette révolution, qui, en l’espace de quelques mois, avait balayé cent cinquante ans d’histoire de France,". Je ne vois nullement en quoi le régime de Pétain fût une "révolution". Bien au contraire, Charles Maurras, idéologue du régime, publie, en 1943, un livre qu’il intitule "La contre-révolution spontanée", dans lequel il se propose de montrer que 1940, loin d’être un produit importé est une conséquence de la dialectique interne de l’histoire de France (la Chambre bleu horizon, le 6 février 34, etc...). Et pour lui, 1940 est le contraire de 1789. Au demeurant, en 1939, année du cent-cinquantième anniversaire de 1789, son journal l’Action française ouvre une souscription permanente "pour la contre-révolution". Tout n’est-il pas dit ?

    Il est, hélas, souvent question de la "Droite révolutionnaire" ou de la "révolution fasciste".

    Je regrette que des historiens éminents reprennent à leur compte ces expressions militantes. S'il est vrai que l'extrême-droite, par ses multiples avatars, se donne parfois des allures de contestation, sa victoire ne conduit jamais à la révolution. Bien au contraire. Tout donner à un roi, un chef, à un duce, à un führer, c'est abdiquer, c'est s'éloigner à tout jamais de la responsabilité individuelle, c'est aliéner sa liberté. Peut-on écrire des lignes pareilles : "Le fascisme constitue une variété d'antimatérialisme et canalise tous les courants essentiels de l'antimatérialisme du XXe siècle. En ce sens le fascisme constitue un mouvement révolutionnaire authentique : sa volonté de rupture avec l'ordre établi est absolue et il fournit une solution de rechange totale aussi bien sur le plan politique que sur celui de l'éthique et de l'esthétique" comme le fait Zeev Sternhell ?[1] Que le fascisme rompe avec ce qu'il est convenu d'appeler la "démocratie parlementaire", la démocratie libérale, il n'y a pas de doute là-dessus. Mais si on se place dans la problématique de l'accession de chaque individu à la gestion des affaires de l’État -et c’est cela la Révolution-, il n'y a aucune hésitation : c'est la contre-révolution pure et parfaite. Tout est confisqué. Sternhell dit et redit -et on est derrière lui pour le dire aussi - son admiration pour "l’universalisme franco-kantien", mais le précepte fondamental de la morale d’ E. Kant est précisément "aie le courage de te servir de ton propre entendement" ! Posons la question naïvement : est-ce que le fascisme va vers cet usage raisonné par tout-un-chacun de sa propre conscience ? Poser la question, c'est y répondre. Tout en lui est fondé sur le principe d’inégalité. Le suffrage universel, les libertés publiques -locales et parlementaires- l'école gratuite, laïque et obligatoire, la liberté de la presse –y compris celle des pauvres comme dirait Félicité de Lamennais– le débat libre et contradictoire, la citoyenneté à l'entreprise, la formation continue, bref, tout ce qui concourt à la vie démocratique, où est-ce dans la "révolution fasciste" ? En écrivant ces mots, je pense au beau livre écrit par Joseph Dresch, recteur de l’université de Strasbourg, en 1945, livre d’une prodigieuse érudition et qui reste utile, mais qu’il a intitulé de façon désastreuse "De la révolution française à la révolution hitlérienne" !

 *

    Mais la question se pose aussi pour des périodes bien antérieures. J'y insiste parce que c'est une question fondamentale. Elie Barnavi a rédigé sa thèse sur la Sainte-Ligue catholique de 1585. Cette ligue qui voulait prendre le pouvoir en France fut-elle révolutionnaire ou non ? Pour Barnavi, c'est clair : "et c'est ici que la fraction la plus extrême du camp catholique, la Ligue parisienne, s'est dotée d'un parti révolutionnaire dans la pleine acception du terme, avec une hiérarchie politique et une branche militaire, une stratégie de prise de pouvoir, un appareil de propagande et une vision globale du monde, exprimée par une idéologie cohérente"[2]. La pleine acception du mot révolution serait donc celle-ci ? Mais personnellement, je n'y souscris pas. De cette fraction "la plus extrême" quelle peut bien être la conception globale du monde, la cohérence de l'idéologie ? Je prends un seul exemple. En 1928, l'abbé Boulenger, dans une très officielle "Histoire de l’Église", (nihil obstat G. Pruvot, cens.libr. ; Imprimatur C. Guillemant, V.g. 25 mars 1923) nous présente la "Constitution de l'Église". "Dés le début du christianisme, l'Église est constituée avec ses organes essentiels. Avant tout, elle est une société hiérarchique, à la tête de laquelle se trouve un chef suprême : saint Pierre d'abord, puis ses successeurs, c'est-à-dire les évêques de Rome. La société chrétienne fut fondée sur le principe de la hiérarchie, du fait même que Jésus-Christ fit une sélection parmi ses disciples, qu'il mit à part douze Apôtres et qu'il leur attribua les pouvoirs d'enseigner et de gouverner. Par la volonté de son fondateur, l'Église n'était donc pas une masse indistincte de fidèles où les droits et les pouvoirs auraient été communs". Un peu plus loin, l'auteur nous dit le second élément de cette constitution : "la primauté romaine"[3]. Ces principes étaient parfaitement compris et adoptés, assimilés et intégrés dans l’Église de 1585 qui – de surcroît - applique la doxa du Concile de Trente, acte fondateur de la Contre-Réforme. Croit-on réellement que la Sainte-Ligue, fraction la plus extrême du camp catholique, est révolutionnaire ? Qu'elle jette par-dessus bord la conception hiérarchique de la société et l'autorité du pape ? "Sa vision globale du monde" diffère-t-elle de celle de la contre-réforme ? C'est bien évidemment tout le contraire. Car ces hommes voulaient une société chrétienne à l'image de l’Église, ils ne faisaient pas le départ entre vie publique et vie chrétienne.

    Ultérieurement, tous ces principes seront encore ceux de l’Église de France qui globalement soutiendra Pétain et sa soi-disant révolution nationale. Et il ne suffit pas de s'organiser afin de prendre le pouvoir pour être révolutionnaire. Hitler et son Parti ouvrier national-socialiste allemand, n'avait rien de "révolutionnaire". Et il est malheureux de lire des travaux intitulés "la Révolution fasciste"[4]. Cela cautionne des affirmations et peut induire des consciences mal éduquées et avides de changement, en erreur. En lourde erreur.

Lorsque J.-M. Le Pen appelle à la "révolution" lors de la fête de son parti en octobre 2005, on voit bien les dégâts qui sont faits.

 *

    Je vais exprimer sur ce plan un point de vue personnel pour justifier mon critère. Un fait m'a toujours marqué lorsque j'enseignais l'histoire des institutions politiques d'Athènes, c'est le fait que les magistrats, les bouleutes [5] et les juges étaient tirés au sort. Non pas élus mais tirés au sort. Le choix des édiles était abandonné au hasard. "On plaçait dans un vase les tablettes portant les noms des candidats, dans un autre des fèves blanches et noires ; on puisait dans les deux vases à la fois ; le candidat dont le nom sortait en même temps qu’une fève blanche était proclame élu". L’année suivante, c’était le tour d’autres candidats. Y-a-t-il système plus démocratique ? Cela implique que chaque citoyen considère que tous ses autres concitoyens sont autant capables que lui d'assumer chacune des fonctions politiques. Égalité absolue, compétence généralisée. "Les citoyens athéniens auraient considéré comme un déshonneur de ne pas exercer eux-mêmes le noble privilège de diriger les affaires de leur pays"[6].

    Certes, on sait les lourdes réserves qu'il faut apporter à ce fonctionnement des institutions de la Grèce antique : esclavagisme, sexisme (les femmes sont exclues), aucun droit pour les métèques (étrangers qui travaillent et vivent à Athènes), les Stratèges aux fonctions militaires étaient quant à eux élus par l'Assemblée générale des citoyens… Néanmoins, il y a une leçon à tirer : la démocratie c'est l'égalité et la responsabilité individuelle portées à un point tel que tout un chacun est capable d'assumer toutes les fonctions, où chacun "utilise son propre entendement". Aujourd'hui, imagine-t-on ce que représenterait (on est en pleine utopie, je l'accorde, mais cela fait réfléchir et c'est l'essentiel) ce que représenterait la désignation du président de la République par tirage au sort ? Cela signifierait que chaque citoyen est capable d'assumer les plus hautes fonctions de l’État (on est en loin, certes…) et à dire vrai, cette condition remplie, il n'y aurait plus besoin d’État. C'est ce que signifiait Lénine lorsqu'il disait, en substance, que le communisme, c'est la ménagère qui dirige les affaires de l’État. J’aime à croire que c’est aussi ce qu’espèrent nombre de Catholiques quand ils parlent du royaume de Dieu sur la Terre. Je sais que les staliniens ont complètement trahi la pensée de Lénine en désignant comme chefs locaux ou d'un rang plus élevé des individus plus ou moins ignares, dont la modestie de la condition sociale et culturelle était le gage de la révolution en marche et, en réalité, la garantie de leur soumission totale au dictateur.

    Cette idée utopique et apparemment invraisemblable –qui fut pourtant une pratique réelle chez les Grecs- doit, malgré tout, nous servir de boussole. Elle doit être une tendance, une perspective, un point de mire. Comme l'asymptote, elle se rapproche de l'infini, et on ne sait quand elle l'atteint.

    Il ne faut pas laisser galvauder le noble terme de Révolution. Dans une formule que j'aimerais percutante, je dirais "La révolution, c'est le tirage au sort". Tel évènement est-il ou non révolutionnaire ? Je pense qu'un mouvement est révolutionnaire lorsqu'il nous rapproche, fût-ce d'un millimètre, du tirage au sort. En retour, la contre-révolution est l’idéologie et la politique qui consistent à conserver, autant que faire se peut, l’ordre hiérarchique, inégalitaire, providentiel, des "quarante rois qui ont fait la France". De ce point de vue, Charles Maurras a davantage de rigueur intellectuelle en saluant, dans le régime de Vichy, la victoire de ce qu’il appelle justement la contre-révolution[7]. Et l'on retrouve cette même justesse du propos dans le livre d'un activiste de l' O.A.S. terroriste, intitulé sans fard "la Contrerévolution en Algérie"[8] et illustré du cœur planté d'une croix. Alors, pourquoi manquer nous-mêmes à cette rigueur ?

    Notre grande Révolution de 1789-93 a mis cul-par-dessus tête tout l’ancien ordonnancement des choses. A la souveraineté du roi représentant de Dieu sur la Terre, obéissant à des vérités révélées et transcendantales, les révolutionnaires ont substitué la souveraineté de la Nation, qui s’exprime par la représentation d’élus réunis en assemblée nationale qui se donne ses propres lois et usant de sa raison et de son expérience. Cette révolution, rare exemple d’une révolution réussie comme disait E. Labrousse, a eu un écho formidable au point que même les mouvements d’extrême-droite en récupèrent l’imaginaire. Je pense -liste loin d’être limitative- au Boulangisme, au Poujadisme, et le pétainisme lui-même a repris le vocable de « révolution » avec drapeau tricolore et Marseillaise parce qu’il ne pouvait faire autrement d’un point de vue « marketing » comme nous dirions aujourd’hui. Hitler lui-même a donné une coloration révolutionnaire, anti-capitaliste, à son parti car il fallait, pour lui, concurrencer le communisme victorieux. Mais il s’agit à chaque fois de tromper l’opinion.

 

    La droite nouvelle née à la fin du XIX° siècle, qui réapparaît dans les années Trente, qui a ressuscité aujourd’hui, n’a rien de révolutionnaire, ni dans ses méthodes, ni dans ses objectifs. Je cite souvent le mot d’ordre de notre campagne de 2012 : "une seule consigne, n’attendez-pas les consignes " ! pour dire à quel point notre campagne était objectivement révolutionnaire : elle demandait à chacun d’entre nous d’utiliser son propre entendement. La droite soi-disant "révolutionnaire" ne donne jamais une telle autonomie à ses adhérents. Les "gros bras" de la Ligue des patriotes de Déroulède -dont Sternhell dit justement qu’elle est le prototype du parti fasciste-, les camelots du roi de Maurras, les factieux des ligues des années trente, les nervis du FN et des groupuscules d’extrême-droite aujourd’hui étaient et sont aux antipodes de l’homme des Lumières qui utilise son propre entendement.

 


 



[1] Zeev STERNHELL, dans "Ni droite, ni gauche", page 293 (ancienne édition). Par ailleurs, les travaux fondamentaux de Sternhell sont précieux et je les utilise abondamment. Il s’agit, ici, de critiquer l’emploi du concept de "droite révolutionnaire".

[2] Elie BARNAVI, "L'édit de Nantes : le triomphe des "Politiques"", L'Histoire, n° 289, juillet-août 2004.

[3] BOULENGER, page 82. C'est moi qui souligne.

[4] Georges L. MOSSE, "La révolution fasciste", collection XX° siècle, au Seuil, 2003.

[5] Citoyens désignés par l'Assemblée du peuple (l'Ecclésia) pour préparer les projets de loi à lui soumettre ultérieurement.

[6] Cours d’histoire, classe de 6e, librairie Hachette.

[7] Dans son livre (cf. supra) "La contre-révolution spontanée, 1899-1939", H. Lardanchet, Lyon, 1943.

[8] "La Contrerévolution en Algérie" le combat de Robert Martel et de ses amis, diffusion de la pensée française, 86-Vouillé, 1972.

Peut-on laisser la troïka plonger dans le noir la radio-télévison publique grecque ?

publié le 17 juin 2013 à 03:36 par Jean-Pierre Rissoan

    L’organisation de mon site est loin d'être parfaite. Je ne savais où placer cette protestation d’intellectuels grecs contre le dramatique coup d’État qui les frappe.
    Et puis, je me suis dit que cela avait obligatoirement place dans la rubrique "vie de l'esprit" car c'est bien de cela qu'il s'agit. Ensuite, ce paragraphe intitulé "histoires sur la philosophie" doit pouvoir accueillir cette protestation émanant du pays qui a vu naître la philosophie.
    J.-P. R.

NOUS REFUSONS L'EXTENSION DU NOIR

    "No Signal". La violence inouïe qui, en l'espace de quelques heures, mardi dernier, a obscurci les écrans de la télévision grecque et réduit au silence les stations de la radio publique (ERT) ne peut que nous rappeler les années de la junte. Du fascisme raffiné des technocrates de la troïka, en passant par la sauvagerie des néonazis grecs, nous sommes vite tombés dans cette variété plus dangereuse de fascisme qui réalise l'alliance des barres de fer et des cols amidonnés.

    Finalement, il y a plus noir que le noir. C'est quelque chose qui engloutit, au-delà du spectre visible du rayonnement solaire, les fréquences radio-télé et, avec elles, les dernières traces de notre démocratie anémique.

    Cette action qui n'a de précédent dans aucune nation civilisée, n'atteint pas seulement le droit fondamental du citoyen à l’information, elle atteint de façon irrémédiable la culture et la création artistique. Les archives d’ERT, d'une valeur sans égale, qui gardent la mémoire de nos années d'après-guerre, risquent d'être perdues pour toujours. Nous exigeons l’annulation immédiate de cette mesure anticonstitutionnelle et la remise en service d’ERT. Toute manifestation de solidarité de la part de nos confrères européens sera précieuse.

 

PREMIERS SIGNATAIRES. Auteurs grecs : Aristide Antonas, Georges Aperghis, Dimitris Dimitriadis, Akis Dimou, Maria Efstathladi, Andreas Flourakis, Vangelis Hatjlyannidis, Kostas Karafillis, VassiI1is Katsikonouris, Antoine et Constantin Koufalis, Yannis Mavritsakis, Vassi1is Mavrogeorglou, Mourselas Kostas, Yorgos Neofytou, Marios Pontikas, Leonidas Proussalidis, Nina Rapi, Sakis Serefas, Chryssa Spilioti, Andreas Staikos, Alexis Stamatis, Yannis Tsiros, Yorgos Veltsos, Lia Vitali.

ARTISTES FRANÇAIS ET EUROPÉENS COSIGNATAIRES : Hélène Alexandridis, comédienne; Anne Alvaro, comédienne ; Marion Aubert, auteure Jacques-Pierre Miette, auteur: Ariane Ascaride, comédienne ; Maïanne Barthès, comédienne et metteure en scène: Razerka Ben Sadia-Lavant, metteure en scène: Christian Benedetti, metteur en scène: Didier Bezace, comédien et metteur en scène: Jane Birkin, chanteuse et comédienne: Edward Bond, auteur: Robert Cantarella, metteur en scène; Antoine Caubet, comédien et metteur en scène. Hervé Celcal, pianiste et compositeur. Enzo Cormann, auteur: Gilles Costaz, auteur; Emmanuelle Demoris, cinéaste: Michel Deutsch, auteur et metteur en scène; Anne Dimitriadis, metteure en scène: Nasser Djemaï, auteur et metteur en scène: Caroline Faber, chanteuse: Michèle Foucher, comédienne et metteure en scène; Catherine Frot, comédienne; Claudine Galea, auteure; Françoise Gillard, comédienne; Florence Giorgetti, comédienne: Adel Hakim, metteur en scène: Lesile Kaplan, auteure; Denis Lavant, comédien: Anne-Marie Lazarini, metteure en scène: Michèle Lesbre, auteure; Vincent Leteme, pianiste: Laurencine Lot-Verdun, photographe; Judith Magre, comédienne; André Marcon comédien Jean-Michel Martial comédien et metteur en scène ; Jean-Louis Martinelli metteur en scène: Donatienne Michel-Dansac, artiste lyrique: Arlette Namland, auteure: Fanny Paccoud, violoniste ; Marc Paquien, metteur en scène; Valérie Philippin, artiste lyrique: Manuel Piolat-Soleymat, auteur: Mathieu Poncet, musicien; Lina Prosa, auteure ; Olivier Py, auteur et metteur en scène: Claire Rengade, auteure et metteure en scène: Dominique Reymond, comédienne; Lydie Salvayre, auteure: Édith Scob, comédienne; Michel Simonot, auteur et metteur en scène: Brigitte Sy, comédienne et cinéaste: Serge Valletti, auteur; Jean Verdun, auteur; Jacques Vincey, metteur en scène: Jean-Paul Wenzel, auteur et metteur en scène.

 

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