"Rio bravo" de Howard Hawks (1959)

publié le 8 oct. 2012 à 07:45 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 29 sept. 2016 à 15:10 ]

Film programmé au festival Lumière-Lyon 2012.


    Ainsi que je l’ai souligné par ailleurs, "Le train sifflera trois fois" (High Noon) avec Gary Cooper (1952) la critique de Rio bravo est inséparable de celle de High Noon dont le scénario a été écrit par Carl Foreman, blacklisté d’Hollywood. Il est donc indispensable de s’informer sur ce film avant de lire ce qui suit et qui est relatif à ce film d’Howard Hawks Rio bravo.


    En termes de cinéma de divertissement, disons-le de suite, Rio bravo est un excellent western qui se laisse voir avec plaisir. Tous les ingrédients sont réunis : le sheriff et sa bande qui veut faire régner l’ordre, le mauvais gars (Nathan Burdette) et sa bande qui veut faire régner sa propre loi, la rousse sulfureuse - une femme libre est rare dans le très masculin Ouest lointain du XIX° siècle américain, les braves gens plus ou moins pleutres qui comptent les coups, la grand’rue sableuse, le saloon, la bagarre finale (gunfight) toujours très attendue avec suspense préalable, etc…

    En réaction au film de Foreman, le sheriff de Rio bravo n’est pas seul. Il a un adjoint (Dean Martin) et le gardien de la prison municipale (Walter Brennan dans le rôle de Stumpy). Si John Wayne est toujours aussi monolithique et inexpressif, Dean Martin -le Dude- interprète un sheriff déchu, ruiné physiquement et mentalement par l’alcool. Quant à Walter Brennan il excelle dans ces rôles de vieillards décalés, claudiquant, un peu fous. Tout cela constitue une équipe de bric et de broc mais c’est une des leçons que le film veut donner : tout le monde peut sauver l’Amérique !

    Le film est, en effet, aussi une histoire de rédemption. Et Dean Martin, du rôle d’alcoolique, est appelé à se muer à celui d’authentique soldat de l’ordre qui retrouve sa joie de vivre et sa voix de crooner que complète harmonieusement l’harmonica. Au début du film, désargenté et assoiffé, il quémande au saloon une pièce de monnaie qu’accepte de lui donner un gars de la bande adverse mais en la jetant dans le crachoir au pied du comptoir... et le Dude s’abaisse à la prendre mais le sheriff veille et donne un coup de pied dans le crachoir… Puis, le Dude traverse une crise morale intense qui lui fait réaliser qu’il n’est qu’un raté, une merde, et que l’alternative est d’en finir ou de se ressaisir. Ce thème de la nouvelle chance donnée à des marginaux constitue la trame de films comme Les douze salopards. C’est en réalité un thème religieux ancien créé, sauf erreur, par Bernard de Cîteaux. Au XII° siècle, ce moine-soldat, initiateur des croisades, pense que les plus criminels des hommes peuvent être sauvés : "Admirez les abîmes de la miséricorde du Seigneur" prêche Bernard, "n'est-ce pas une invention exquise et digne de lui que d'admettre à son service des homicides, des ravisseurs, des adultères, des parjures et tant d'autres criminels et de leur offrir par ce moyen une occasion de salut ? Ayez confiance, pécheurs, Dieu est bon". Dans la pieuse Amérique anti-communiste de la Guerre froide et de John Wayne, cette interprétation salvatrice est…pain béni.

    Ce trio est renforcé progressivement. La « rousse sulfureuse » (Angie Dickinson, aux formes adéquates), une joueuse-tricheuse de poker, tombe amoureuse du sheriff, un homme un vrai. Son rôle n’est pas capital dans la défaite de la bande à Burdette mais enfin, elle s’implique. L’homme d’armes, chargé de veiller à la sécurité d’un ami du sheriff, après avoir refusé d’aider ce dernier, se ravise après l'assassinat de son patron et deviendra même sheriff-adjoint. Même l’hôtelier - il y a toujours un hôtel dans les westerns - prendra part à bagarre finale. Bref, on le constate, à la grande différence de High Noon, film « anti-américain », il y a du monde dans la ville de Rio bravo pour défendre la loi, l’ordre, Dieu et son roi. Pardon, Dieu et l’Amérique élue.


    Rio bravo a une richesse baroque, colorée, costumée. H. Hawks est très à l’aise avec sa caméra pour embrasser des plans larges et filmer des scènes à rebondissements. On peut préférer Le train sifflera trois fois, en noir et blanc, une épure, une stylisation. La finesse absolue.

 

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