RIDICULE, à voir …

publié le 27 juin 2011 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 nov. 2016 à 09:08 ]
  20/12/2010  

    C’est le roman éponyme de Rémi Waterhouse qui a fourni le scénario à Patrice Lecomte dont le film est sorti en 1996 [1]. C’est une parfaite introduction à l’œuvre de la Révolution française.

    Le film retrace l’histoire d’un échec -mais rassurons-nous- provisoire.

    Le héros du film est inspiré d’un personnage réel : le baron Ponceludon de Malavoye (interprété par Charles Berling, révélation au cinéma). Ponceludon est un seigneur de la Dombes, propriétaire d’étangs mal drainés qui génèrent la maladie du palud. Ingénieur, il met au point un système de drainage et de mise en valeur qu’il se propose de soumettre directement au roi de France. Il se heurte, à Versailles, à cette Cour qui se moque éperdument des morts provoquées par ces étangs insalubres. Il n’obtiendra pas gain de cause. Lors de la scène finale, dans un bal masqué où les femmes affichent des perruques démesurées parfaitement décadentes, Ponceludon, qui a trop fait parler de lui et qui a trompé l’amour de la marquise de Blagnac, est victime d’un croche-pied, il s’effondre à terre, objet de moqueries générales : il est ridiculisé. Il rentre dans son château si mal entretenu que la pluie passe au travers du toit.


    On passe son temps à tâcher de briller devant la haute société de la Cour en cherchant le bon mot.

    Le film montre de manière forte cette Cour indignement obséquieuse devant la famille royale et scandaleusement méprisante à l’égard de ce qu’elle estime inférieur. Herbert Lüthy, dans sa somme imposante d’érudition et de vérité, "La banque protestante en France, de la Révocation de l'édit de Nantes à la Révolution» évoque excellemment « l’histoire anecdotique et mondaine d’une société brillante et raffinée, très éclairée, très cosmopolite et très blasée, assez riche et assez désœuvrée pour n’avoir plus d’autres problèmes que de cultiver l’art de vivre et les jeux de l’esprit »[2]. Faire de l’esprit ! Faire un bon mot qui -si possible- fera le tour de Versailles, voilà le souci primordial des amis d’Augustin Cochin.

    Mais l’échec de Ponceludon n’est que provisoire. Bien plus positive que la noblesse de Cour parasitaire, la Révolution, en l’espèce la Convention montagnarde, adoptera le décret du 14 frimaire an II (4-XII-1793), portant sur l’assèchement et la mise en culture immédiate de la quasi-totalité des étangs et marais en France. Rallié à la Révolution, Ponceludon se mettra au travail et, jusqu’au XX° siècle, ce sont ses plans et ouvrages qui sont mis en œuvre dans la Dombes. Bel exemple d’esprit des Lumières au service du travail très concret pour le bonheur des gens.

    La Révolution fut cela.

    On ne peut négliger la place faite à la femme dans cette société d’Ancien Régime. Le film s’ouvre sur un décès : celui d’un vieillard nonagénaire, le comte de Blagnac, immensément riche qui laisse une veuve joyeuse dont le reste de la vie -elle est encore jeune- sera consacré à dilapider la richesse obtenue par ce contrat de mariage peu ragoûtant. C’est le sort qui attend Mathilde de Bellegarde -dont le père, marquis, n’a pas les ressources suffisantes- et qui s’engage auprès du Comte de Montalieri, fortuné et qui pourrait être son père voire son grand-père.

    Mathilde (Judith Godrèche, ravissante) -née "l’année de la parution de l’Émile de J.J. Rousseau" (sic)- que son père a élevée dans l’esprit de liberté est une fille des Lumières. Elle fait des expériences dans le laboratoire de Bellegarde, elle expérimente un scaphandre, elle jouit de son corps en nageant nue, elle protège son serviteur, Paul, muet, qu’elle doit confier à l’Abbé de l’Épée[3], etc… et, surtout, tombée amoureuse de Ponceludon que son père avait hébergé, elle fait un acte de liberté : elle casse son engagement avec Montalieri et renonce à une fortune toute faite au profit d’une vie de bonheur et d’intelligence.

Tous les acteurs sont excellents.

On ne se lasse pas de voir ce film.     

Vivent les Lumières et la Révolution !


[1] Scénario écrit par Rémi Waterhouse, Michel Fessler et Eric Vicaut.

[2] Herbert LÜTHY, "La banque protestante en France, de la Révocation de l'édit de Nantes à la Révolution», deux tomes, 1959 et 1961, S.E.V.P.E.N., Paris.

[3] Personnage historique qui a créé le langage pour les sourds-muets.


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