OPEN RANGE de Kevin Costner (2003)

publié le 21 mai 2014 à 09:53 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 août 2016 à 14:45 ]

    C’est en principe un vrai film de cow-boy puisque les héros du film (Boss Spearman : Robert Duvall -excellent, on l’avais vu dans un tout autre rôle dans Le juge, film de David Dobkin sorti en 2014, Charley Waite : Kevin Costner, Mose Harrison : Abraham Benrubi et Button : Diego Luna) sont d’authentiques garçons vachers : ils mènent un troupeau de bovins, à travers les herbes des hautes plaines ; ils sont donc transhumants, campeurs, puisque le troupeau se déplace en fonction de « l’offre » d’herbe que présente le terrain et ces déplacements étaient- semble-t-il -  la règle au début de l’arrivée des pionniers dans le far-west, bien au-delà du Mississippi. 


    Leur passage ne peut passer inaperçu quoique, me concernant, j’aurais aimé davantage de scènes d’ampleur où l’on voit l’immensité du troupeau : le spectateur reste sur sa faim même si le scénario nous fait comprendre que le troupeau est d’importance. Mais dire qu’il s’agit d’un film sur la beauté du grand ouest est un peu trompeur. La première occasion que l’un des cow-boys a d’aller à la ville la plus proche lui est fatale : il est provoqué par les hommes de main d’un tyranneau local et il est en prison pour avoir commis des actes de violence sur ces hommes.

    L’intérêt du film me semble résider dans la chose suivante :

    Nous sommes entrés dans un petit coin des États-Unis à l’écart où un grand propriétaire, Baxter, fait régner sa loi. Le terrain lui appartient, le temps où le troupeau des autres pouvait venir paître est un temps révolu, la propriété, dogme sacré aux États-Unis, est délimitée par des fils de fer barbelés. Lire à ce sujet "La vie quotidienne au Far West (1860-1890)" [1] où l’auteur donne le kilométrage - qui se chiffre en millions - de fil de fer fabriqués pour sanctuariser la propriété privée de chacun. Mais, en l’occurrence, nous sommes ici aux franges de la « civilisation » et les barbelés ne sont pas encore utilisés partout. Baxter, en fin politique, sait déléguer et le sheriff du village (en principe élu par la population) est un homme à lui, autrement dit une marionnette qui exécute les ordres de son chef. En cas de contestation, les hommes de Baxter constituent une milice municipale, petite armée de crapules, prête à tout. Le reste de la population - les braves gens - vit dans la terreur.

    Boss et Charley analysent vite la situation. Hommes de liberté - ils sont nomades rappelons-le - ils n’acceptent pas non seulement les méthodes mais la politique de Baxter qui les invite à fiche le camp au plus vite. Et K. Costner met en scène une révolution. Ben oui, ça s’appelle comme cela. Un système établi, injuste, basé sur la violence, ne peut être éternel et le devoir des citoyens est de le renverser.

    Fatalement, avec les linéaments du scenario, nos héros ont rencontrés des gens du village, ont plus ou moins sympathisé avec certains et lorsque le gunfight final, nécessairement attendu sinon on n’a plus de western, arrive enfin, nos héros ne sont plus seuls. Certains habitants se révèlent courageux, osent prendre une arme et tirer sur les mercenaires de Baxter. Cette peur disons le mot, ces hésitations des authentiques citoyens sont remarquablement filmées. Tout le monde n'a pas l'étoffe d'un héros mais, parfois, enough is enough, et il faut savoir s'insurger. Dans la problématique (?) posée par l’histoire commune des films "Le train sifflera trois fois" et "Rio Bravo" (lire sur ce site), où les auteurs s’interrogent pour savoir si la foule est passive/lâche ou, au contraire, active et courageuse, Kevin Costner penche pour la seconde option, mais on le suit d'autant mieux que la cause des gens est juste et que ceux qui les guident sont foncièrement démocrates.

   

L’horrible Baxter se battra jusqu’au bout...

    Avec la mort de Baxter s’écroule l’ordre établi. Le village va renaître parce que, d’une part nos héros comprennent qu’en effet, ces grandes transhumances de bétail ne sont plus d’actualité, on passe au ranching, et d’autre part Charley va prendre femme, la sœur du médecin qui a soigné l’un des leurs, et son employeur/ami va s’installer au village comme tenancier du saloon et Charley viendra lui donner un coup de main.

    Pas assez connaisseur du cinéma américain, je ne puis être affirmatif mais il me semble que c’est l’un des rares films américains où l’on fait appel à l’esprit de révolution pour changer les choses.   

Bref, vous m’avez compris : tout cela est excellent.

 

 



[1] Claude FOHLEN, "La vie quotidienne au Far West (1860-1890)", Hachette, Paris, 1974, 256 pages.

Comments