LE VENT SE LEVE…

publié le 27 juin 2011 à 06:42 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 mai 2018 à 06:55 ]

    A l’occasion du festival de Cannes, ARTE vient de programmer « Le vent se lève » de Ken Loach. Le film est également au programme du festival LUMIÈRE 2012 à Lyon, en octobre. Palme d'or à Cannes.

    Le film s’appuie sur des bases historiques solides, le cinéaste amplifie le côté dramatique des évènements en faisant s’opposer deux frères dont l’un est amené par la force des choses, par une nouvelle raison d’État, à faire exécuter l’autre.

  le film débute par des scènes d'une violence atroce qui ne laisse aucune hésitation sur l'emploi du qualificatif de fasciste qu'on peut utiliser quant au comportement de l'armée d'occupation anglaise. La cause ? les jeunes Irlandais ont pratiqué un jeu de polo or les réunions publiques entre Irlandais sont interdites...   La révolution patriote contre l’occupant anglais - et K. Loach montre avec une détermination sans égale l’atrocité de son comportement (atrocité séculaire) - la révolution s’amplifie progressivement mais des contradictions apparaissent : faut-il la prolonger vers une révolution social(ist)e au risque de perdre le soutien d’Irlandais patriotes mais « bourgeois » ? ou bien faut-il se satisfaire d’une révolution nationaliste qui chassera les Anglais mais laissera intacts les rapports de classes entre Irlandais ?

    Faut-il accepter le compromis proposé par le gouvernement anglais - mais c’est accepter la partition de l’île - ou continuer la lutte jusqu’au bout ? mais c’est risquer de voir l’ennemi revenir avec encore plus de férocité. Finalement, la guerre civile entre Irlandais s’ouvre et l’on voit les victimes d’hier devenir les nouveaux bourreaux de leurs compatriotes radicaux. La lutte est engagée entre les Irlandais qui acceptent le traité de paix avec Londres (traité qui scinde l’Irlande en deux parties, qui reconnaît le rôle symbolique du Roi d’Angleterre) et qui laisse l’Irlande dans le même état social ; "on colore notre île du vert républicain, mais pour le reste on fait comme les Anglais" dit un opposant au traité. Une séquence montre l'ampleur des désaccords entre Irlandais. Un tribunal révolutionnaire - irlandais - juge le différend entre un propriétaire et sa locataire très âgée, en gros retard de paiement du loyer. Les intérêts cumulés sur la dette de la locataire atteignent le taux de 500% : la présidente estime que c'est de l'usure et condamne le propriétaire a indemniser sa locataire. C'est le monde à l'envers ! c'est la révolution ! C'est alors que les Irlandais nationalistes emmènent avec eux le propriétaire pour "s’arranger" parce que celui-ci a l'immense avantage, à leurs yeux, de financer leurs achats d'armes. Le problème est bien posé, comme disait Robespierre, droit de la propriété ou droit à la vie ?

    Ken Loach n'y va pas de main morte pour montrer la violence de la nouvelle armée officielle du nouvel État irlandais. Ses soldats utilisent strictement les mêmes méthodes que les Anglais. Par exemple : ils font monter les habitants d'une ferme sur le même banc de pierre, bras levés, comme le firent les soldats de sa gracieuse majesté au début du film après la partie de polo si dérangeante.

    La dernière partie du film est donc une guerre civile, appelons les choses par leur nom.  C’est une nouvelle version du mythe de Saturne dévorant ses enfants. les Révolutions engendreraient toujours des révolutions secondes... On sait que le révisionniste F. Furet repris ce thème avec ferveur : "des jacobins ont tué des jacobins"…Vice rédhibitoire de toutes les révolutions.

    Les deux frères -Damien le socialiste, et Teddy le nationaliste- sont face à face, Damien sait où se trouve une cache d’armes mais refuse de le dire. Teddy assume ses responsabilités et condamne son frère à mort. Scène terrible. Je trouve cependant que K. Loach s’appesantit un peu trop sur cet aspect des choses au point de laisser chez le spectateur un goût amer, pire, de le détourner de toute révolution.

    Les révolutions ne sont pas un long fleuve tranquille. À qui la faute ? Si l’on veut éviter les révolutions « torrentielles », comme dirait Hannah Arendt, commençons par donner à tous et à toutes, le travail, la justice, la liberté et l’égalité. La révolution deviendra inutile.

    Mais on en est loin. 

                    L'occupation anglaise sur l'Irlande peut-être qualifiée de terroriste voire fasciste.
                    
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