La porte du paradis de Michael Cimino (1980 - 2012)

publié le 19 mars 2013 à 08:10 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 avr. 2017 à 05:37 ]

    Ce film fut classé naguère comme « l’un des plus beaux bides de l’histoire du cinéma », ayant provoqué dit-on une perte de 114 millions de dollars et la chute de la United Artists, producteur du film. Aujourd’hui (mars 2013), l’Institut Lumière de Lyon est fière d’écrire : « Quelques mois après l'inoubliable séance de La Porte du paradis à la Halle Tony Garnier en clôture du festival Lumière (2012), et la venue de Michael Cimino à l'Institut Lumière, nous avons le plaisir de programmer trois séances supplémentaires du film en copie restaurée sous la supervision du cinéaste ». J’étais à la dernière séance, avec Eddy Mitchell bien sûr.

    Sur les vicissitudes du film en tant que produit commercial, (ce qui justifie la datation humoristique 1980 - 2012) on lira l’article de Wiki et celui du site de Télérama : "“La Porte du paradis”, l'épopée maudite de Michael Cimino".

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    Le film est inspiré d’un fait réel : "la Johnson county cattle war". Le comté de Johnson appartient au Wyoming ("W" sur la carte ci-dessous)  . Quand la narration débute, le Wyoming n’est encore qu’un territoire, il ne deviendra État fédéré des États-Unis que le 10 juillet 1890. Il adoptera alors un curieux drapeau représentant un bison, drapeau que l’on aperçoit, in fine, quand la cavalerie américaine - Cimino nous fait grâce de la célèbre sonnerie à la trompette[1] - vient à la rescousse des propriétaires et de leurs sbires en danger. La narration de la cattle war s’étire donc sur quelques années.

    C’est un conflit irréductible entre des propriétaires de troupeaux de gros bétail et des immigrants récents -on va les appeler les "néo-pionniers", les éleveurs étant d’anciens pionniers - immigrants récents qui veulent s’installer et cultiver quelques acres de terre, ce qui enlève autant d’espace aux troupeaux des autres (cf. infra, quelques mots sur "la nouvelle immigration"). Le Wyoming est à cheval sur les Rocheuses, à l’ouest- et sur les Grandes plaines à l’Est. http://www.johnsoncountywyoming.org/ Il appartient au bassin versant du Missouri et le héros du film, James Averill (interprété par Kris Kristofferson), arrive de Saint-Louis, confluence avec le Mississippi. La place du Wyoming dans l’espace économique des États-Unis est déjà définitivement fixée. C’est l’époque de la railway mania (Cimino a fait acheminer une locomotive d'époque au fin fond du Montana au prix d'un périple insensé, Télérama dixit) et depuis 1877 les premiers transports frigorifiques sont exploités. En 1875, Gustave Swift avait commencé à acheter du bétail à Chicago pour l'expédier en Nouvelle-Angleterre. Rapidement, cet entrepreneur saisit l'opportunité de transporter de la viande fraîche dans les wagons réfrigérés qui viennent d'être mis au point, depuis Chicago vers les marchés de la côte Est. Son entreprise établit un réseau de bureaux qui lui permit de contrôler la distribution de la viande à travers tous les États-Unis. En 1886, moment de la cattle war donc, Swift & Company employait 1600 salariés et abattait plus de 400.000 têtes de bétail par an (source : wiki). C’est dire qu’il y a de la demande - mot-clé dans les cerveaux anglo-saxons - et les propriétaires de troupeaux se lèchent les babines comme des loups.

    L’espace états-unien s’organise en fonction des distances à la côte Est : le prix du produit doit être inversement proportionnel au coût de la distance d’acheminement. Très éloigné, le Wyoming doit produire une viande peu chère pour compenser le transport jusqu’à New-York via Chicago. Seul l’élevage extensif, le ranching, permet ces bas prix de revient, le bétail n’étant pratiquement pas surveillé et l’herbe est gratuite. C’est la théorie de Von Thünen qui s’applique, tout l’espace agricole des États-Unis s’organise en fonction de la distance à la côte atlantique.

                l’État du Wyoming est le rectangle rouge.

    Mais voilà qu’arrivent des empêcheurs de s’engraisser en rond. Les néo-pionniers. Venus d’Europe de l’Est, ils ne sont pas protestants, ni anglo-saxons. Blancs ? on dirait. Mais White est polysémique. Il veut dire vrai, ici. Non, ces gens-là ne sont pas des WASP. Ils veulent cultiver des terres là où seul l’élevage est économiquement  rentable, ils ne se rendent pas compte qu’ils ne respectent pas la plus exigeante et la plus imparable des lois : la loi du Marché. Ils veulent tuer la poule aux œufs d’or ! Et surtout ils sont pauvres et voleurs. "Je compatis avec les pauvres" dit -dans une tout autre occasion - un certain Conwell, sorti de Yale, pasteur, conférencier, cité par Zinn, "qui sont pourtant bien rares à mériter ma compassion. En effet, compatir avec un homme que Dieu a puni pour ses péchés, c'est agir mal.  N'oublions jamais qu’il n’est pas un seul pauvre en Amérique que sa propre incompétence n’ait pas maintenu dans la pauvreté". Cela est si vrai que bien peu de WASP compatissent. Le mépris des pauvres a une base dogmatique, théologique aux États-Unis : le double décret imaginé par Calvin.

    D’autant plus qu’en volant du bétail pour simplement manger et nourrir leur famille, ces étrangers attentent au sacro-saint droit de propriété. La propriété aux États-Unis ! chez des puritains tous plus ou moins léchés de calvinisme, mais c’est toucher au dogme fondateur de la nation élue ! Cimino met dans la bouche d’un néo-pionnier, gravement blessé à l’œil après s’être battu, une phrase toute simple et bouleversante, "je veux simplement vivre". Il pose gravement un droit élémentaire : le droit à l’existence. C’est Robespierre qui affirma solennellement à la tribune du club des Jacobins que le droit à l’existence prime sur le droit de propriété. Il est vrai que Robespierre était un révolutionnaire, il n’a pas sa place aux USA… Mais c’est une de ces répliques qui ont donné du grain à moudre aux reaganiens de 1980 pour torpiller le film.


    L’association patronale des éleveurs analyse la situation : le Wyoming est saturé, il ne peut plus recevoir de monde (un habitants -1- par km2). "Rentrez chez-vous" balance-t-on à la figure de ces pouilleux quand ils débarquent dans les gares ferroviaires après avoir effectué tout le voyage sur le toit des wagons. Thomas More dans un pamphlet célèbre contre les enclosures qui fermaient les champs aux paysans pauvres, en Angleterre au XVI° siècle, avait écrit "le mouton chasse l’homme". Au Wyoming c’est la vache -sacrée- qui chasse le migrant lequel croyait que l’Amérique serait une porte ouverte sur le paradis. Désespérant dans la justice locale qui inflige des peines légères aux voleurs, les patrons-éleveurs décident de recruter 50 mercenaires, 5$ par jour, 50$ par malfaiteur tué ou pendu. Une black list de 125 noms est établie. Sans autre forme de procès. Justice expéditive. Mais il semble que le président de l’Association joue sur le flou juridique que peut créer le statut de territoire. Une simple lettre de Washington DC lui donne tous les droits. D’autant qu’il appartient à l’establishment : il a eu des oncles ministres, un frère secrétaire d’ État, etc… C’est une affaire d’ État. Et l’ État est au service d’une classe : la sienne. Et la chasse à l’homme commence.

Ci-dessus : A chacun ses idoles..."Great cattle drive" à quelques km du Wyoming.

    James Averill fait savoir au leader des néo-pionniers "ils sont 50, vous êtes 200", c’est un appel à la résistance. Elle aura lieu. Même les femmes s’y mettront. Ces gueux n’ont rien d’autre à perdre que leurs chaînes.

    Cimino met en scène, à un moment de la lutte finale, le groupe des 50 tueurs avec leurs maîtres qui se mettent en cercle autour de débris divers. Les néo-pionniers arrivent avec leurs chariots et dans une exacte réplique des combats entre cow-boys et Indiens, tournent autour des chasseurs/chassés. Les néo-pionniers ont remplacé les Indiens. L’un des patrons, alcoolique pour oublier sa lâcheté, s’exclame : "Mais on ne peut pas faire comme pour les Indiens ! on ne peut pas les tuer tous ! Ils sont trop nombreux ! ". Autre réplique décisive, bien sentie, qui explique la rancœur et l’aigreur des critiques journalistiques de 1980, année où les Reaganiens proclamaient hautement "America is back !"

    A ce niveau, plaçons quelques mots sur le personnage d’Ella Watson, tenancière du bordel de Sweetwater, interprétée par Isabelle Huppert. Isabelle est magnifique, nonobstant je la trouve un peu jeune pour incarner une tenancière de bordel, les westerns américains nous ont peut-être trop habitués à attribuer ce rôle à des artistes plus mûres, plus épaisses… Mais ce n’est pas ce que je voulais dire. Ella en bonne professionnelle, busines is business, ne fait pas le départ au sein de sa clientèle, entre ceux qui relèvent du parti des patrons-éleveurs et ceux qui, néo-pionniers sans le sou, la paient en bétail volé… Ce dernier fait lui vaudra cependant d’être black-listée. Le comportement des tueurs l’amène alors à choisir son camp : elle chevauchera aux côtés des néo-pionniers pour assaillir les éleveurs. Cimino veut sans doute montrer que - loin d’être définitivement condamnée par le péché originel - toute personne peut connaître une rédemption, en rejoignant un combat libérateur ou, tout simplement en adoptant une attitude conforme à l’honneur. On pense à Boule de suif, de Maupassant. Mais aussi au personnage de Rose, dans le Juge et l’assassin, également interprété par Isabelle Huppert.

    Cela fait de Cimino un optimiste quant à la nature humaine, aux antipodes des pessimistes du double décret. Autre argument pour les reaganiens de 1980 pour massacrer le film.   

    L’article de Télérama que j’ai évoqué plus haut analyse plus finement que je ne pourrais le faire, les rapports amoureux et sentimentaux au sein du trio Ella / Averill / Nate Champion (interprété par Christopher Walken). Je vous y renvoie.

     Un bémol ?

    Ce film est absolument superbe et à voir absolument sur grand écran. C’est un western et les paysages du Wyoming sont tels qu’ils ont suscité la création du premier parc naturel au monde (1872). Cimino s’en régale. Mais la reconstitution des intérieurs est également remarquable. Quel respect du spectateur ! L’effet est immédiat. Et quelle mise en scène. La fête des néo-pionniers dans la salle du Heaven’s gate où tous glissent sur le parquet comme des patineurs sur la glace, est un modèle. Je suis sûr que Berri s’en est inspiré pour la fêté des mineurs dans son Germinal. Cimino a fait travailler "comme des forcenés, tous les protagonistes, pour lesquels une école d'équitation (a été) ouverte et des ateliers (ont été) créés pour toutes les disciplines de l'époque, de la valse au patinage à roulettes" (Télérama). De même, la grande séquence du début du film -lequel dure 3h20mn- qui montre la cérémonie et la fête de remise des diplômes à la promotion 1870 du Harvard college est impressionnante.

    C’est là où personnellement, je place un bémol. Deux personnages du film sortent gradués d’Harvard dont Averill que l’on retrouve, vingt ans plus tard, marshal de Sweetwater, chef-lieu du comté de Johnson. On comprend bien que c’est l’élite américaine des grandes universités qui est représentée, ici, l’élite WASP, fille de la classe dominante qui prendra la relève de ses pères. Cimino veut-il signifier que même au fin fond du Wyoming, on retrouvera la patte de cette élite de la côte Est via le personnage du président de l’Association des éleveurs dont j’ai dit la pesanteur sociologique et via le patron alcoolique, qui lui aussi sort d’Harvard et fut le grand copain de James Averill ? Faut-il comprendre que Harvard, université réformée qui opta pour Arminius dans le grand débat du synode de Dordrecht, et donc rejeta le double décret, est favorable au libre arbitre et rejette l'exclusion des plus pauvres qui doivent avoir leur chance ?

    James Averill - quelle prestance, quelle prestation de Kris Kristofferson ! - est un WASP qui veut faire respecter la loi, ce qui est une manière de protéger les néo-pionniers de l’agressivité des éleveurs, on sent que cette violence le dérange, pire lorsqu’il apprend que Ella, son amante, est black-listée, pire encore lorsqu’il constate le viol collectif dont elle est victime. Certes, il invite les néo-pionniers à ne pas se laisser faire, mais enfin, on aurait aimé qu’il s’engageât plus à fond encore, qu’il se conduisît comme un Robin des bois, voire comme un Zorro, marshal neutre le jour, défenseur de la veuve et de l’orphelin la nuit. Au lieu de cela, il reste dans son costume trois-pièces, en retrait, toujours avec sa chemise blanche impeccable [2]. On n’arrive pas à s’identifier à quelqu’un dont on aurait voulu qu’il fût un lion superbe et généreux. Mais un ancien de Harvard peut-il s’engager dans la révolution ? Il a compati, certes, il est passé au travers de l’épreuve. On le retrouve treize ans plus tard sur son yacht, au large du Rhode Island en Nlle-Angleterre. Toujours tiré à quatre épingles.    

 

    La nouvelle immigration, la fin de la frontière, la fin de l’esprit pionnier…

    En 1862, fut votée la loi du Homestead. Cette loi visait à faciliter l’accession à la propriété du pionnier, défricheur de l’Ouest, pour une somme de $ 200. "Tout homme a droit à une portion naturelle du sol. Le droit à posséder la terre est aussi sacré que la vie" déclare Van Buren [3]. "Je suis en faveur du lotissement - homestead, JPR - des terres vides en petites parcelles, de façon à donner à chacun un foyer" annonce Lincoln en signant le texte de loi. Lincoln se trompe : ces terres ne sont pas vides. Van Buren se trompe aussi : pour les Indiens la terre est propriété collective. Mais le rail et les immigrants s’imposeront irrémédiablement. Le Chicago, Milwaukee & St-Paul RR ainsi que le Burlington RR (Illinois) installent des agences de recrutement à la source : en Grande-Bretagne. Le voyage transatlantique des futurs pionniers est pris en charge par les compagnies. A New York, les immigrants sont réceptionnés et dirigés vers Chicago d’où "ils partaient pour leur destination respective" - Sweetwater, dans le film de Cimino - c’est-à-dire le lot de terre que la compagnie de chemin de fer leur rétrocédait moyennant finance alors qu’elle avait reçu la terre gratuitement [4]. "Le Far West est enfant du chemin de fer" écrit C. Fohlen. Et le chemin de fer est le produit des Nordistes, des WASP.

    Mais la loi du Homestead n'apporta pas la sécurité à l'Est par le simple déplacement de populations vers l'Ouest. Le mécontentement était bien trop important pour être aussi aisément contenu. "Les décennies qui suivirent le vote de la loi - 1860/1890 - furent marquées au contraire par les plus importants et les plus durs conflits sociaux que les États-Unis aient connus jusqu'alors". Cette loi ne réussit pas non plus à ramener le calme dans les  régions agricoles de l'Ouest. "Les terres vierges ont disparu. Le moindre demi-hectare de terre cultivable disponible appartient désormais aux entrepreneurs ou aux intérêts privés". Les néo-pionniers découvrent vite que toutes les terres situées à moins de cinquante kilomètres de la voie ferrée sont déjà aux mains des spéculateurs. Dans le film, les néo-pionniers attendent désespérément leur titre de propriété.

    L’immigration est le grand phénomène démographique de cette période de l’histoire américaine. En 1870, 40% de la population du Wyoming n’était pas née dans ce territoire. De 1881 à 1890 (on sait que les recensements aux États-Unis sont décennaux), l’Union accueille 5 millions 246000 migrants. Et c’est à l’approche de 1890 et "les Américains verront bien dans 1890 une année tournante" écrit l’historien Émile Tersen [5] qu’arrive la nouvelle immigration. Jusque là, les États-Unis, avides de main-d’œuvre avaient montré le plus grand libéralisme. Leur confiance, un peu sommaire, s’était exprimée par la théorie du creuset ou melting-pot : "Nous avalons tout ce qui se présente et nous le convertissons en notre chair, en notre sang". La définition - un peu humoristique - que devait donner A. Siegfried restait alors valable : "l'Américain est à base britannique, mâtiné de germano-scandinave et d'irlandais, et saupoudré de juif". Mais il n'en va plus de même. Les nouveaux venus sont absolument disparates (Hongrois, Tchèques, Slovaques, Italiens, Russes, Polonais, Juifs polonais..), et il n'y a pas, entre eux, de liens d'unité sérieux. Ils sont souvent illettrés. Ils sont infiniment diversifiés quant à la langue, la religion et même la mentalité. Venus très misérables, dépourvus, pour le plus grand nombre, d'un métier qualifié, ils s'entassent dans les grandes villes de l'Est, et y forment un sous- prolétariat, à moins qu'ils ne glissent vers le vagabondage et la délinquance. Le vol de bétail est un délit.

    Émile Tersen apporte un autre élément structurant de la société américaine : "Avec les approches de la fin du XIXe siècle, c'est la "fin de la frontière" qui se réalise : c'est-à-dire de cette ligne mouvante toujours reportée en avant par les colons. L’Est et l'Ouest se rejoignent. Un type humain qui devait ses caractères à cette mobilité, le pionnier, et qui avait si fortement contribué au façonnement de la nation américaine, tend à s'oblitérer puis à disparaître. Ceux qu'habite encore l'esprit d'aventure le développeront dans les grandes villes, et dans des conditions souvent déplorables. La fin de l'esprit pionnier correspond avec les débuts du gangstérisme, et ce n'est pas par hasard. Mais, dans l'ensemble, la fin de la frontière entraîne un certain tassement social. Les hommes prennent dans la société une place plus nettement hiérarchisée, plus stable, et c'est un trait qui renforce - caractères spécifiques mis à part - l'aspect européen des États-Unis".

    Cet aspect est visible dans le film. Les patrons-éleveurs se sentent obligés de soumettre les néo-pionniers faute de pouvoir les éloigner plus encore vers l’Ouest. Leur sentiment de saturation de l’espace - qui est en réalité le résultat de l’organisation économique du territoire de l’Union que j’ai évoquée plus haut - fait naître une hiérarchie de classes entre les Blancs. La cattle war est un combat de classes.

    Marx a parlé de l’esclavage aux États-Unis comme étant le "péché originel" de ce pays, Hannah Arendt dit la même chose en parlant de "crime originel". Cela est vrai mais incomplet. Le crime originel qui commence bien avant le problème de l’esclavage est l’extermination des Indiens. Le nouvel Israël élimine les Amalécites, les Cananéens, comme le fit l’Israël de l’Ancien testament. Cette geste fondatrice se poursuit avec la lutte des patrons contre les farmers, contre les ouvriers après le décollage industriel du milieu du XIX° siècle. Dans ce film, Cimino nous rappelle ce troisième péché originel : la lutte des classes qui fut menée aux États-Unis avec un acharnement sans pareil. A cet égard, la lecture du livre d’ Howard ZINN est nécessaire, au sens de « ne peut pas ne pas être » [6].

    Je signale que, dans son histoire du Far West, (Tchou éditeur), J.-L. RIEUPEYROUT consacre quatre pages à cette guerre du bétail. On apprend qu’ Ella et Averill ont été assassinés en 1896 et que l’assaut final eut lieu en 1892. Très intéressant.

 



[1] Immortalisée par la série télévisée américaine des années soixante qui avait pour titre français Rintintin, mais sonnerie que l’on retrouve au début d’Apocalypse now, la brigade d’hélicoptères qui balance la Chevauchée des Walkyries appartient en effet à la cavalerie aéroportée.

[2] Sauf, il est vrai, au moment de l’attaque finale.

[3] Les Indiens ont vécu des siècles en ignorant le droit de propriété de la terre : déficit conceptuel pour les Anglais pour qui cela est impossible à concevoir. On sait qu’avant d’entreprendre le programme Apollo, les Américains se sont posé la question : à qui appartient la Lune ? Pour les Anglo-saxons, la propriété est essentielle à l’objet.

[4] « 40 millions d’hectares (furent) octroyés par le Congrès et le président à différentes compagnies ferroviaires sans qu’elles aient à débourser le moindre dollar », H. ZINN.

[5] Dans son livre « les États-Unis, de la Guerre de Sécession à 1940 », éditions SEDES.

[6] Une histoire populaire des États-Unis, de 1492 à nos jours. Agone éditeur.

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