Kolberg. Un film de Goebbels (Allemagne, 1945).

publié le 5 déc. 2017 à 03:54 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 déc. 2017 à 05:15 ]

    C’est un film allemand de 1945. En commençant – avec retard, j’ai raté le début du film – la vision je jette un œil sur le programme et je vois que c’est un film allemand de 1945. Diable ! Qui a bien pu réaliser un film cette année-là ? C’est la lutte finale contre le nazisme, ni la RFA, ni la RDA ne sont en place ! Mystère.

Je vois tout de suite qu’il s’agit d’un film d’histoire sur la campagne napoléonienne en Prusse en 1806 et 1807. 1806 est l’année des grandes victoires d’Iéna et d’Auerstedt, l’effondrement de la Prusse, de son armée dont les Hohenzollern étaient si fiers, l’année de la fuite de Frédéric-Guillaume III et de son épouse Louise "la reine qui défia Napoléon"[1], fuite sans repos tant les armées françaises avancent vite. Le couple royal ira jusqu’à Memel aux fins fonds de la Prusse orientale sous la protection du Tsar de toutes les Russies..

Dans cette grande débâcle, et c’est la matière principale du film, on a une espèce de "village gaulois" irréductible : la ville de Kolberg. C’est un port de la Baltique, en Poméranie (province prussienne). Citadelle fortifiée qui fait face à la mer et dont le plat pays est fait de marais asséchés. Le film raconte un fait d’histoire authentique, "le siège de Kolberg". J’ai vérifié.

Le chef de la garnison est prêt à la reddition : on sait les bouleversantes victoires françaises, les villes prussiennes qui ouvrent leur porte à la simple arrivée d’un drapeau tricolore, toute résistance est a priori vaine. Mais le représentant des habitants Joachim Nettelbeck – sauf erreur le mot "maire" n’est jamais prononcé – refuse catégoriquement et veut organiser la résistance : c’est le désaccord et curieusement – pour nous Français mais pas pour les auteurs du film – la population est du côté du résistant. Lorsqu’un aubergiste voit son propre fils crier, sous la contrainte et en français, "Vive l’empereur ! " il lui arrache son gobelet des mains, jette le contenu par terre et crache sur son fils. Bref, la population de Kolberg est déterminée et se mobilise derrière son représentant. Cette détermination ira jusqu’à ouvrir les vannes des mini-écluses qui commandent les canaux de drainage et tout le sud de la ville est inondée, ainsi firent les Hollandais lors de l’invasion par Louis XIV (guerre de Hollande, 1672). On entend alors, répété, "das Volk steht auf, der Sturm bricht los" : le peuple se lève, la tempête se déchaîne.  

Le désaccord est résolu par la nomination, à la tête de la garnison du comte Gneisenau (voir sa fiche Wiki), un jeune officier farouche partisan de la guerre contre les Français. Pouvoir civil et pouvoir militaire vont dès lors marcher main dans la main. Même lorsque la catastrophe arrive, c’est-à-dire le bombardement de la ville par l’artillerie française aussi abondante qu’efficace, Gneisenau effectue une analyse militaire objective : il faut capituler. Nettelbeck prononce un discours éloquent sur le thème : c’est notre pays, nous ne l’abandonnerons jamais, si nos maisons sont brulées/rasées nous nous accrocherons à la terre avec les ongles de nos mains. Gneisenau : c’est le discours que j’attendais de vous ! et les deux hommes tombent dans les bras l’un de l’autre. Images de la ville en flammes, en feu, en ruines.

Pendant le siège, Nettelbeck veut absolument adresser une missive au roi Frédéric-Guillaume III. Il confie cette mission délicate à Maria, fille de l’aubergiste évoqué plus haut, blonde comme les blés de Poméranie, aux yeux bleus comme la Baltique, bref, une vraie allemande aryenne. Celle-ci qui a su traverser les lignes ennemies arrive jusqu’au château de Koenigsberg où résident les souverains en transit. A défaut du roi, elle est reçue par la reine Louise. Celle-ci est vêtue comme la Vierge : robes bleue et blanche, yeux bleus, cheveux blonds/blancs, peau diaphane… c’est peu dire qu’elle fascine Maria qui reste bouche bée devant la souveraine. On est en pleine aliénation politique, dans la servitude volontaire absolue : la patrie est en danger c’est un slogan français, ici c’est Dieu et le roi sont en danger, aidons-les !

Et c’est ce qui sera. Le film se termine par un discours de Gneisenau qui annonce le grand mouvement patriotique de 1813, la bataille des nations – citée dans les dialogues – car Kolberg n’est pas tombée : les Français ont cessé les combats trop coûteux. L’union, la détermination du peuple et de ses chefs ont remporté la victoire. La lutte contre Napoléon a scellé l’union du peuple prussien derrière son roi. Il est vrai, hélas, que Napoléon a un peu abusé… Mais cette aventure se termine par un vigoureux sentiment anti-français et, pire, anti-révolutionnaire.

Après la fin du film, je me précipite sur Google et je tape Kolberg. Mes questions sont vite dissipées : c’est un film nazi, oui, oui NAZI. Film de propagande de Goebbels, mis en route dès 1943 après la "retraite élastique" devant l’Armée rouge. Film destiné à entretenir le moral et la confiance du peuple allemand. Faites le parallèle entre le film et la réalité de 1944/45.

Arte l’a programmé dans le cadre d’un THEMA. C’est remarquable de la part de cette chaîne publique. Il est vrai que cela se termine à 2 heures du matin devant 40 téléspectateurs. Peut-être plus quand même…    

 



[1] C’est le titre du livre que lui consacre un historien, Joël Schmidt, livre paru chez Perrin, 1995.

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