Habemus papam ! (revu avec Joan Baez)

publié le 12 sept. 2011 à 08:08 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 11 mai 2016 à 15:33 ]

quelque temps après cette rubrique, le lisais une interview de Joan Baez dans Le Monde. je vous renvoie à la fin de cette article.

Ce film, à mon sens, marquera son époque -la nôtre-.

    Disons d’abord que c’est un chef-d’œuvre de mise en scène. Par certains côtés, le film m’a rappelé celui de Stephen Frears, « the Queen ». Frears nous faisait parcourir les couloirs de Buckingham palace ou ceux du château de Balmoral, jusque- sans musique cette-fois- au cabinet et à la chambre du roi. De même, on se promène dans les couloirs du Vatican pendant la période sainte du conclave dans une intimité confondante. On est cardinal parmi les cardinaux. On les voit réaliser un puzzle avant de s’endormir, faire des réussites, prendre trois gouttes de médicaments supplémentaires, etc... Chacun n’a qu’un souci : surtout ne pas être élu ! La tâche est trop lourde.

    Nanni Moretti nous montre des hiérarques d’une humanité banale sans grandeur, mais qui peut se targuer d’être un « grand de ce monde » ? à la fin, après moult réflexions, le pape régulièrement élu -Michel Piccoli magnifique- arrive à prononcer son discours sur le célèbre balcon de la façade du palais Saint-Pierre pour dire à la foule « je ne suis pas, je ne peux pas être le guide dont vous avez besoin ».

    C’est la chute finale.

    Le pape se retire, les cardinaux effondrés se prennent la figure dans les mains, le peuple, en bas, baisse pavillon, rentre ses drapeaux, pleure. Le peuple est nu. Il devra faire sans pape.

    Ce film est à la rencontre de notre temps. Jamais la crise du capitalisme universel n’a été aussi profonde, jamais l’impasse aussi visible. On a pu rêver avec des sympathiques Obama. Mais, que constate-t-on ? ils ne peuvent rien changer. Les Français attendaient de hurler « Habemus papam » le 6 mai 2012 au soir, après avoir élu un magicien des finances mais celui-ci s’est dérobé, par un acte manqué ont dit les psys. Quant à ceux qui ont donné tant de leçons, un journal fort sérieux - le Monde diplomatique - les a fort justement qualifiés de … disqualifiés ! ils avaient, ils ont tout faux. Après la leçon de 2008, ils n’ont tiré aucune …leçon ! Tout recommence, les krachs succèdent aux krachs. Les politiques devraient eux aussi avoir le courage de dire « je ne suis pas, je ne peux pas être le guide dont vous avez besoin ».

    C’est bien pourquoi le peuple doit cesser de réclamer un roi. Il n’y a rien de plus actuel que la « révolution citoyenne » prônée par le Front de Gauche. Ce n’est pas un slogan ; c’est juste la solution.

    L’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes.


PS. voici l'extrait de l'ITW de Joan Baez. 

    Dans les années 1960, les événements politiques et sociaux étaient rythmés par la bande-son des musiques populaires. Cela ne semble plus être le cas. Comment l'expliquez-vous ?

    On écrit encore de bonnes chansons, mais en ordre dispersé. De toute façon, une décennie comme celle des années 1960 ne sera jamais répétée. Tout était réuni pour créer cet extraordinaire tourbillon. Le talent d'artistes comme Dylan permettait de cimenter tout cela. Aujourd'hui, nous croulons sous la diversité, sans que ce ciment existe. J'ai espéré un moment que Barack Obama ait cette fonction, qu'il unifie un élan commun, ça n'a pas été le cas.

    Son élection a pourtant dû être pour vous quelque chose d'extraordinaire ?

    C'était exceptionnel. Mais l'accès au pouvoir va de pair avec un constat d'impuissance. Je pense que s'il avait refusé de se présenter à la présidence, il aurait pu utiliser plus efficacement son incroyable charisme. D'ailleurs, quand certains avaient encouragé Martin Luther King à se présenter, il avait eu l'intelligence de refuser, conscient qu'il perdrait ce pouvoir qui lui venait de la rue.

Fin de l'extrait de cet interview.

Joan Baez évoque l'hypothèse d'un Obama qui in fine aurait refusé d'être candidat. Son poids politique aurait été, alors, plus lourd à la tête des manifestants que dans le bureau ovale. le cas de M.L.King renforçant cette hypothèse. 

Mais enfin, il faut bien des gouvernants ! l'essentiel n'est-il pas que le peuple soit dans la rue ? - c'est une image, il faut aussi qu'il soit à l'usine et au bureau -- 

Le débat continue.

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