Billy Elliot

publié le 27 juin 2011 à 06:49 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 juil. 2011 à 07:06 ]
  06/06/2011  

Le film de Stephen Daldry, Billy Elliot, est programmé par Arte ce dimanche 12 juin 2011.

Jamais je n’ai été autant en rupture avec la critique cinématographique qu’à l’occasion de ce film. Pour moi, c’est un film dramatique sur l’échec de la classe ouvrière anglaise, la fin de l’histoire de cette dernière en quelque sorte. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai appris que ce film avait reçu une standing ovation au festival de Toronto. Après discussions et réflexions, j’ai compris lorsque j’ai vu toute une classe de danse classique faire la queue à l’entrée d’une Nième salle de cinéma pour la vision du film. On emmenait les futurs petits rats de l’opéra voir comment on peut/doit « y arriver », comment devenir danseur étoile malgré les milliers d’obstacles qu’une vie difficile dresse sur votre chemin. Tout est possible à celui ou celle qui a vraiment la volonté de réussir.

J’admets que ce soit une lecture possible du film. Je n’irais pas jusqu’à dire comme S. Blumenfeld[1] que "le salut d’un groupe de travailleurs, menacés par la crise économique et promis au chômage, se trouve dans une activité artistique (comme) une carrière de danseur de ballets". Mme Thatcher n’y avait pas pensé ! Que les mineurs de fond deviennent danseurs-étoile ! 400.000 mineurs ? 400.000 danseurs ! Belle reconversion. Involontairement, Blumenfeld démontre la critique que l’on peut faire de cette critique : c’est l’apologie de la réussite individuelle, l’essentiel est de s’en sortir soi-même, les autres ? bah ! tant pis !

Le film se déroule pendant la grande grève des mineurs britanniques de 1984-85. Grève dramatique durant laquelle toute une profession jette ses dernières forces, engageant une partie de bras de fer. Ce sera quitte ou double.

On ne peut pas rester insensible à la destruction du vieux piano familial par le père de Billy afin de se procurer un peu de bois de chauffage, ni à l’ambiance de plomb qui s’écrase sur la fête de Noël de la petite famille, fête plus triste qu’un portrait de Mme Thatcher en tailleur noir.

Grève de désespérés, cet évènement provoque des drames familiaux comme la bagarre qui oppose le père de Billy et le fils aîné. Ce dernier est prêt à en découdre manu militari avec les CRS anglais et prend une barre de fer pour rejoindre ses camarades. Son père l’en dissuade par la force. Violence qui jette encore plus Billy dans son rêve de danse étoilé.

Mais, le pire arrive lorsque le père prend conscience des talents artistiques de Billy et admet qu’il le faut mener à Londres passer un concours d’admission. Est-ce possible avec cette grève qui vide poches et portemonnaies ? Aussi, reniant ses convictions qu’il a affichées depuis toujours, Elliot-père reprend le travail, casse la grève, devient un "jaune" devant tous ses camarades qui continuent le combat. Nouvel affrontement physique avec le fils aîné qui ne comprend pas, mais pas du tout.

L’intransigeance de l’amie de Pinochet a fait pourrir la situation, a provoqué des dissensions familiales, a dynamité les solidarités. Dilué l’esprit de révolution. Ce fut un désastre.

Puis-je dire que je ne trouve pas le personnage de Billy -admirablement interprété par le jeune Jamie Bell- si sympathique que cela ? Il refuse de voir la grève, ses implications, il se réfugie dans la musique. Il va même jusqu’à reprocher à son père -dans une scène chaleureuse d’amour partagé entre le père et le fils- de n’être jamais allé à Londres, de n’être pas sorti de son « trou ». Mais à qui la faute ? Le patronat anglais du charbon a fait des efforts pour l’édification culturelle de ses salariés ? Le mineur anglais préfère la boxe à la danse classique… mal dégrossi, pour sûr. 

On sort de ce film englouti par la désespérance.

Certes, au final, Billy devenu adulte et danseur-étoile nous gratifie d’un magistral saut vers les hauteurs soulevé par la musique du Lac des Cygnes. Il a réussi, tant mieux pour lui. Mais les autres ? Quand on sait que leur avenir sera le New Labor de Mr Blair, un frisson nous parcourt.

Je termine sur un point positif : le film est aussi un hommage rendu à ces pédagogues comme Mme Wilkinson, professeur de danse, qui a détecté les talents de Billy, ces pédagogues qui ont évité qu’on assassine trop de Mozart.


[1] Le Monde, supplément télévisions, semaine du 6 au 12 juin, page 17.

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