Critiques de films britanniques


LE VENT SE LEVE…

publié le 14 juin 2019 à 08:54 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 27 juin 2011 à 15:42 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 mai 2018 à 15:55 ]

    A l’occasion du festival de Cannes, ARTE vient de programmer « Le vent se lève » de Ken Loach. Le film est également au programme du festival LUMIÈRE 2012 à Lyon, en octobre. Palme d'or à Cannes.

    Le film s’appuie sur des bases historiques solides, le cinéaste amplifie le côté dramatique des évènements en faisant s’opposer deux frères dont l’un est amené par la force des choses, par une nouvelle raison d’État, à faire exécuter l’autre.

  le film débute par des scènes d'une violence atroce qui ne laisse aucune hésitation sur l'emploi du qualificatif de fasciste qu'on peut utiliser quant au comportement de l'armée d'occupation anglaise. La cause ? les jeunes Irlandais ont pratiqué un jeu de polo or les réunions publiques entre Irlandais sont interdites...   La révolution patriote contre l’occupant anglais - et K. Loach montre avec une détermination sans égale l’atrocité de son comportement (atrocité séculaire) - la révolution s’amplifie progressivement mais des contradictions apparaissent : faut-il la prolonger vers une révolution social(ist)e au risque de perdre le soutien d’Irlandais patriotes mais « bourgeois » ? ou bien faut-il se satisfaire d’une révolution nationaliste qui chassera les Anglais mais laissera intacts les rapports de classes entre Irlandais ?

    Faut-il accepter le compromis proposé par le gouvernement anglais - mais c’est accepter la partition de l’île - ou continuer la lutte jusqu’au bout ? mais c’est risquer de voir l’ennemi revenir avec encore plus de férocité. Finalement, la guerre civile entre Irlandais s’ouvre et l’on voit les victimes d’hier devenir les nouveaux bourreaux de leurs compatriotes radicaux. La lutte est engagée entre les Irlandais qui acceptent le traité de paix avec Londres (traité qui scinde l’Irlande en deux parties, qui reconnaît le rôle symbolique du Roi d’Angleterre) et qui laisse l’Irlande dans le même état social ; "on colore notre île du vert républicain, mais pour le reste on fait comme les Anglais" dit un opposant au traité. Une séquence montre l'ampleur des désaccords entre Irlandais. Un tribunal révolutionnaire - irlandais - juge le différend entre un propriétaire et sa locataire très âgée, en gros retard de paiement du loyer. Les intérêts cumulés sur la dette de la locataire atteignent le taux de 500% : la présidente estime que c'est de l'usure et condamne le propriétaire a indemniser sa locataire. C'est le monde à l'envers ! c'est la révolution ! C'est alors que les Irlandais nationalistes emmènent avec eux le propriétaire pour "s’arranger" parce que celui-ci a l'immense avantage, à leurs yeux, de financer leurs achats d'armes. Le problème est bien posé, comme disait Robespierre, droit de la propriété ou droit à la vie ?

    Ken Loach n'y va pas de main morte pour montrer la violence de la nouvelle armée officielle du nouvel État irlandais. Ses soldats utilisent strictement les mêmes méthodes que les Anglais. Par exemple : ils font monter les habitants d'une ferme sur le même banc de pierre, bras levés, comme le firent les soldats de sa gracieuse majesté au début du film après la partie de polo si dérangeante.

    La dernière partie du film est donc une guerre civile, appelons les choses par leur nom.  C’est une nouvelle version du mythe de Saturne dévorant ses enfants. les Révolutions engendreraient toujours des révolutions secondes... On sait que le révisionniste F. Furet repris ce thème avec ferveur : "des jacobins ont tué des jacobins"…Vice rédhibitoire de toutes les révolutions.

    Les deux frères -Damien le socialiste, et Teddy le nationaliste- sont face à face, Damien sait où se trouve une cache d’armes mais refuse de le dire. Teddy assume ses responsabilités et condamne son frère à mort. Scène terrible. Je trouve cependant que K. Loach s’appesantit un peu trop sur cet aspect des choses au point de laisser chez le spectateur un goût amer, pire, de le détourner de toute révolution.

    Les révolutions ne sont pas un long fleuve tranquille. À qui la faute ? Si l’on veut éviter les révolutions « torrentielles », comme dirait Hannah Arendt, commençons par donner à tous et à toutes, le travail, la justice, la liberté et l’égalité. La révolution deviendra inutile.

    Mais on en est loin. 

                    L'occupation anglaise sur l'Irlande peut-être qualifiée de terroriste voire fasciste.
                    

la charge de la brigade légère (1968) -guerre de Crimée en 1854-

publié le 14 juin 2019 à 08:52 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 27 juil. 2011 à 11:56 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 avr. 2019 à 17:33 ]
27 juillet

    La charge de la brigade légère est un évènement qui a fait couler beaucoup d’encre après 1854 et durant les années 1860’. Il continue de le faire avec des travaux d’historiens sortis en 1953 -dont s’inspire le film de Tony Richardson (1968), en 1997 et en 2004 -année du 150° anniversaire de l’évènement durant laquelle le prince Philip d’ Edinbourg s’est déplacé sur les lieux-mêmes du drame. En 1945, lors de la conférence de Yalta, en Crimée comme chacun sait, Churchill a tenu à se déplacer pour aller voir le sanctuaire de la bataille, "la vallée de la mort".

    C’est qu’en Angleterre le souvenir reste vivace car les « six hundred » cavaliers incarnent à jamais, dans les milieux nationalistes et populaires le courage et le sens du sacrifice des glorieux sujets de sa glorieuse majesté. A vrai dire la propagande impérialiste n’a pas attendu Hollywood pour célébrer ces héros. Alfred, Lord Tennyson écrivit son poème dès 1855.

When can their glory fade ?

O the wild charge they made!

All the world wonder'd

Honour the charge they made !

Honour the Light Brigade,

Noble six hundred !

    Le film de Tony Richardson va complètement à contre-courant de ce flot guerrier. D’ailleurs, présent au moment de la charge, un officier français, le général Bosquet qui fit ses preuves dans le domaine de l’héroïsme militaire, déclara : "C'est magnifique, mais ce n'est pas la guerre". Il exprimait une opinion générale. En réalité, nous avons là un exemple de l’impéritie du commandement britannique. Après le désastre, chacun se renvoya la responsabilité, incapable de l’assumer. Et le génie des propagandistes de l’impérialisme britannique fut de faire immédiatement de ce crime son envers : le type même de l’exploit qui impose le respect et le silence. De silence, il n’y eut pas cependant car les fautes étaient trop nombreuses et trop évidentes.

    Lord Brudenell, Comte de Cardigan, un des personnages centraux de l’affaire, "propriétaire" du 11° Hussards, commanda la charge de la brigade[1]. Il déclara après la lecture du fameux quatrième billet expédié par Lord Raglan -je cite le dialogue du film très fidèle sur tous ces points- : « il est contraire à toute pratique guerrière que la cavalerie charge l’artillerie de front ». Tous les professionnels de la guerre étaient d’accord sur ce point. Cardigan était tellement d’accord qu’il quitta le champ de bataille -ayant tout de même, semble-t-il, atteint les batteries russes- considérant : "no part of a general's duty to fight the enemy among private soldiers".[2] Les anecdotes pleuvent sur son compte : "then, having been slightly wounded, he left the battlefield while his men were still fighting"[3]. Ou encore, un témoin raconte qu’il est revenu au galop et qu’il mit son cheval au pas lorsqu’il réalisa qu’il pouvait être observé. A quoi, Cardigan, qui a réponse à tout, répliqua qu’il s’était mis au pas pour ne pas donner aux Russes l’impression d’une déroute.  Quel gentleman !

    Et pourtant, il fut célébré à son retour en Angleterre et fut même nommé ultérieurement inspecteur général de la cavalerie.

1.      L’affaire du 4° billet

    J’ai évoqué plus haut le "fameux 4° billet" de Lord Raglan, généralissime. Il s’agit d’un bout de papier sur lequel Raglan donne ses instructions[4]. Lassé d’en avoir écrit déjà trois -il a perdu son bras droit à Waterloo- il demande à son adjoint, général Airey- d’écrire le 4°. Airey rédige et signe les instructions de Raglan. Citation du dialogue : "Lord Raglan souhaite que la cavalerie se porte rapidement sur le front pour poursuivre l’ennemi et s’efforcer d’empêcher l’ennemi d’emporter nos canons de campagne. L’artillerie montée pourra les accompagner. La cavalerie française est à votre gauche. Urgent. Signé Airey". Pour ceux que cela intéresse, je conseille de consulter le site « a web on English history »[5] sur lequel se trouve une carte qui indique la topographie des lieux, le promontoire où se trouvent Raglan et Airey, et le fond de la vallée où se trouve la brigade légère ainsi que le général de division Lord Lucan[6]. Là est une des clés de l’affaire : Lucan ne voit pas ce que Raglan peut facilement observer. Il ne comprend rien à cette histoire de "canons (anglais) que l’ennemi veut emporter" car cela se passe sur des hauteurs invisibles depuis le fond de la vallée. Le billet est apporté à Lucan par le capitaine Nolan, chaud-bouillant, qui ne demande qu’à charger quoique simple aide-de-camp de Raglan. Il indique à Lucan où se trouvent l’ennemi et les canons. C’est pourquoi Lucan pourra dire à Raglan : "je n’ai fait qu’exécuter vos ordres, à la fois verbaux et écrits, transmis par le capitaine Nolan".

    Après la lecture du billet, Lucan déclare "l’utilité d’un tel ordre me dépasse"[7]. Cardigan fait l’observation que j’ai déjà citée et Lucan rétorque "avons-nous le choix ?". Question essentielle. Un militaire peut-il obéir à un ordre manifestement contraire aux lois de la guerre et carrément suicidaire pour sa troupe ? D’ailleurs, il s’attira cette remarque de Lord Raglan : "Lord Lucan", dit le généralissime, "You were a lieutenant-general and should, therefore, have exercised your discretion and, not approving the charge, should not have caused it to be made"[8]. Vous auriez dû exercer votre discrétion, c’est-à-dire votre intelligence, votre esprit critique, votre bon sens de militaire expérimenté. D'ailleurs, on parle de pouvoir discrétionnaire. "Vous avez perdu la brigade légère" laisse tomber Raglan.

    Mais Lucan lui montre le billet écrit. Raglan le lit et se tournant cette fois vers Airey lâche "Airey, Vous avez perdu la brigade légère". Les Anglais sont des gentlemen, c'est clair...

2.      Le film

    Richardson a fait un film à caractère historique. Il avait un conseiller pour cela. Il prend des libertés avec la réalité mais il respecte globalement les faits. Les personnages de son film sont ceux de l’histoire et ils portent le nom des protagonistes : Raglan, Lucan, Airey, Cardigan, Nolan, Russell -correspondant de guerre du Times, tous sont présents. Le film démarre en Angleterre et se termine en Crimée, nul besoin de passer par un improbable Calcutta. Le film est structuré un peu comme Full metal jacket dans lequel la première partie est consacrée à l’instruction des soldats et la seconde à la guerre.

    Pour faire entrer le spectateur dans l’environnement idéologique et politique de l’époque, Richardson exploite les caricatures du Punch (créé en 1841) et, souvent les bandes dessinées deviennent des dessins animés -liberté du créateur- tout à fait bienvenus. Lorsque la guerre éclate, la presse anglaise est déjà importante. Il y avait 563 journaux dans le Royaume-Uni en 1851. C’est alors la grande époque, la suprématie absolue du Times. Il tire à 40.000 exemplaires/jour au moment de la guerre de Crimée. Il a des informateurs partout, y compris à la Cour et au sein des gouvernements successifs. « Tout ce que fait Lord Cardigan est du domaine public dans l’heure qui suit » se plaignent Raglan et Airey. En Crimée, Lord Raglan demande d’éloigner Russell du GQG, « je n’ai pas envie que nos plans figurent sur le Times dans les 24 heures » s’amuse Raglan.

    Le film est ainsi scandé par des intermèdes dessinés qui disent l’état de l’opinion à chaque étape décisive. Quand la guerre est annoncée, l’Angleterre est prise d’une folie nationaliste insensée. Les journaux annoncent que c’est « Right against Wrong » -le bien contre le mal- ; Protégez la liberté ! Défendez les faibles ! L’empire est menacé ! L’humanité en péril ! Dieu défend le droit ! Remerciements du monde reconnaissant ! guerre ! guerre ! guerre ! L’historien Trevelyan confirme : « le presse de l’époque, surtout celle qui était soumise à l’influence de Palmerston alimenta cet esprit belliqueux par des nouvelles spécialement triées et des excitations à la haine contre la Russie. (…). L’enthousiasme pour la guerre de Crimée fut fait d’un mélange de libéralisme et de jingoïsme, né des circonstances du moment et incarné en Palmerston ». Trevelyan fait allusion aux journaux comme le Morning Chronicle, le Morning Post (8.000 ex.) et d’autres. Karl Marx qui connut bien l’Angleterre parlera ultérieurement de la "Palmerston’s mob paper". « Mob » c’est la populace, le vulgaire, sans conscience politique et qui aime le scandale et la violence. Le leader conservateur, tout gentleman qu’il se présente, l’exploite comme un vulgaire démagogue. Les tabloïds anglais d’aujourd’hui ont des ancêtres lointains… La recherche du sensationnel existe déjà et n’épargne pas le Times qui annonce la chute de Sébastopol en même temps que la victoire de l’Alma, alors que la ville tombera un an plus tard ! "Il ne faut pas croire tout ce qui est dans le Times" dit Russell lui-même à son voisin de tranchée qui a un exemplaire du journal sous les yeux. Mais là, on peut penser que c’est le citoyen Richardson -fondateur du Free cinema- qui parle, davantage que le cinéaste historien.

    L’armée de terre anglaise est encore une armée d’Ancien régime. Elle est commandée par des aristocrates et Lord Raglan cite Wellington qui disait que "ce sont ceux qui ont des intérêts, de la terre, de la fortune qui sont les plus aptes à (…) défendre" l’Angleterre "en cas de danger". C’est sans doute pourquoi les noblemen peuvent acheter leur grade et, de ce point de vue, Lord Cardigan, 7° du nom, qu’on appelle « sa seigneurie », est fort critiqué pour avoir brûlé les étapes qui l’ont conduit au grade le plus élevé. A 35 ans, il obtient pour 35.000£ le commandement du 11° Hussards. Le film dénonce "ceux qui paient une somme pour passer d’un régiment à l’autre" et "ceux qui, avec un peu d’éducation[9], peuvent acheter (leur) avancement". Immensément riche, Cardigan sort de sa poche "10.000£ par an pour habiller" ses hussards. Hussards qui n’ont ni intérêt, ni terre, ni fortune mais que l’on va recruter -comme à l’époque de Fanfan-la-tulipe- FANFAN LA TULIPE, CHRISTIAN-JAQUE (1952) L’ARMÉE AUX XVII-XVIII° SIÈCLES par des sergents recruteurs qui vont dans la rue, les bas-fonds de Londres. "Je sors tout juste de prison" dit l’un. Mensonges, flatteries, tout est bon pour recruter des hommes sur lesquels la seule question que l’on se pose est "dans quel état physique sont-ils ?" "Ils ne tiennent pas debout" répond le sergent-recruteur. Quand au niveau intellectuel des recrues, Richardson nous le fait apprécier par l’anecdote du brin de paille. On glisse un brin de paille dans la chaussette gauche des recrues pour leur faire distinguer la droite de la gauche. La misère était extrême à l’époque de la reine Victoria et de la révolution industrielle.

    Les méthodes d’instruction sont évidemment très violentes. Et Cardigan est indigne de son rang. Ainsi demande-t-il à un sergent-major d’espionner -il ne prononce pas le mot- le capitaine Nolan qui est, avant la guerre, sous ses ordres. Le Sergent a le courage de lui dire que ce fut un immense effort pour lui, de très basse extraction, de parvenir à ce grade et il n’a pas fait ces efforts pour espionner des officiers. « Vous êtes un homme mort » répond le Lord. Totalement effondré le sergent-major ne tient pas. Il se soûle, arrive ivre au service, faute professionnelle qui lui vaut la peine du fouet : cinquante coups devant tout le 11° Hussards. Certains s’évanouissent d’écœurement, d’autres approuvent -« on ne monte pas un cheval sans l’avoir dressé »- le sergent perd sa place, redeviendra simple soldat. Mais ailleurs. Toutes les méthodes de Cardigan consistent à humilier ses hommes, y compris les officiers subalternes devant la troupe. "Il voudra te briser c’est son habitude". Mais le mot gentleman est, bien sûr, sur toutes les lèvres. Ultra-droite, Cardigan disperse une manifestation hostile à la guerre par une charge de ses hussards. Enfin, la guerre déclarée, Cardigan se rend en Crimée par ses propres moyens, c’est-à-dire un yacht dernier cri : il fonctionne à la vapeur. Et dans lequel il peut recevoir des dames qui se feront "chevaucher" (sic).

3.      La guerre vue par Richardson

    Le commandement anglais fait pâle figure. Lord Raglan en est resté à Waterloo et lorsqu’on on lui parle de guerre ce ne peut être que contre les Français (qui sont ses alliés durant cette guerre dite "de Crimée"). Il fait moult lapsus buttant sur le mot « Russes » pour dire "Français". Lord Lucan et Lord Cardigan étaient, dans le civil, beaux-frères. Mais ils se détestaient, Cardigan reprochant à Lucan de malmener sa sœur. Bref, les soldats pâtirent de ces "prises de becs". C’est moi qui commande dit Cardigan, c’est MOI qui VOUS commande répond Lucan. Cardigan oubliera sa phrase dans l’affaire du 4° billet. Là, c’est Lucan qui commandait ! C’est Raglan qui avait distribué les rôles : la brigade à Cardigan, la division à Lucan. Mais, il dit à Airey, "faisons en sorte qu’ils ne se rencontrent pas" ! Lorsqu’il fallut installer les bivouacs, les soldats montèrent les tentes. Cardigan arrive : démontez les tentes et alignez-les. Lucan un peu plu tard : démonter ces tentes et rapprochez-les. Cardigan : démonter ces tentes, elles sont trop rapprochées. Ce n’est pas le pire car, après tout, cela ne se passe pas devant l’ennemi. Lors de la bataille de l’Alma, la cavalerie est restée en retrait. Lucan se contenta d’attendre, ce qui lui valu cette saillie de Cardigan : "Lucan, is look no !" mais les fantassins étaient bien plus en colère contre les cavaliers. A la bataille suivante, Nolan apporte un ordre verbal au général George commandant la division d’infanterie, celui-ci lui demande où ils étaient à l’Alma ? Nolan lui parle de l’immédiateté du danger, le général lui répond breakfast et l’invite à le partager avec lui. Après l’Alma, la route d’accès à Sébastopol via la terre est libre. La ville portuaire n’était fortifiée que du côté maritime. Nolan est furieux de constater que le Commandement n’exploite pas son avantage. Au lieu de cela, on aura un siège qui durera un an, fera des dizaines de milliers de victimes dont les deux tiers à cause des maladies comme le choléra, le typhus, la dysenterie, etc… Tout cela laisse planer sur le GQG britannique une atmosphère délétère. Le summum est atteint avec le cafouillage mortel du 4° billet.  

    A la différence du film de Michael Curtiz, la charge n’a aucun caractère épique. C’est évidemment intentionnel. D’ailleurs, les images se déroulent sans musique : il n’y avait pas d’orchestre dans la vallée de la mort. Seuls, les bruits des chevaux, des sabots, les sonneries de trompette, les cris des officiers accompagnent la charge. Un plan-séquence est absolument terrible. Habituellement, le fût des canons est légèrement pointé vers le haut pour que le boulet retombe à la distance désirée par l’artilleur, c’est la balistique. Constatant cette charge inimaginable, les artilleurs russes baissent lentement le fût des canons afin qu’il devienne parallèle au sol et que le boulet touche de plein fouet les chevaux et leurs cavaliers.

    C’est d’ailleurs l’image finale du film : un corps de cheval décapité au niveau des épaules, c’est-à-dire sans tête, ni cou.

    lire la critique du film de Michael Curtiz avec Errol Flynn

 The charge of the light brigade (1936)



[1] La Brigade légère comprenait cinq régiments dont le 11° Hussards et le 27° lanciers (régiment d’Errol Flynn dans le film de Michaël Curtiz qui semble n’avoir vu que celui-là).

[2] Que l’on peut traduire par « rien dans les devoirs d’un officier ne l’oblige à combattre l’ennemi parmi les simples soldats ».

[3] ENCYCLOPAEDIA BRITANNICA, 15° édition.

[6] Lucan commandait la division formée par la brigade légère et la brigade lourde.

[7] Mais Lucan est resté scotché au fond de la vallée, sans envoyer le moindre éclaireur pour voir ce qui se passe, attendant passivement les ordres. On est en droit d’attendre autre chose de la part d’un général de division.

[8] Cette réplique ne figure pas dans le dialogue du film.

[9] Qui , à cette date, n'est ni obligatoire, ni gratuite…

Discours d'un roi, Tom Hooper (2010).

publié le 14 juin 2019 à 08:48 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 18 févr. 2012 à 14:51 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 31 mai 2019 à 14:36 ]

Oscars 2011 : Meilleur réalisateur et Meilleur film

 


Colin Firth (le roi) et Geofrey Rush (l'orthophoniste Logue)


    Le film a eu de nombreuses reconnaissances internationales (Oscars 2011 : Meilleur réalisateur et Meilleur film).  Il est vrai qu’il joue à fond sur la corde sentimentale et de ce point de vue c’est une réussite. Le rôle de l’orthophoniste, admirablement interprété, "mange" presque le film. Et il était évident que le bégaiement du roi allait être soigné plus par des relations à caractère affectif et une quasi psychanalyse que par des moyens techniques du genre respiration, travail du mouvement des lèvres, boules de bois dans la bouche etc… Le film ne lésine pas sur le côté cocasse et l’on voit le futur roi se rouler par terre, balancer des jurons pour se défouler et par là-même réussir des prononciations jusque là improbables. Une relation d’amitié s’établit entre les deux hommes. Lionel Logue tenait absolument à considérer son patient hors normes comme un homme ordinaire et le duc d’York - Georges VI finit par se plier à ses/ces exigences. Logue ose même poser sa main [1] sur l’épaule de "Bertie" appelant ainsi Son Altesse Royale comme tout le monde le fait dans l’intimité de Buckingham. Lors de la prononciation du fameux discours, il est seul dans le studio avec le roi qui va parler en direct à toute la nation et il lui dit "faites-le pour moi". Ce qui semble un peu exagéré tout de même. Mais l’histoire de cette amitié est très sympathique. Tellement que, si l’on en croit Wikipaedia, il a fallu corriger le tir du film et, nous dit-on, "la découverte en 2009 des journaux de Lionel Logue dans le grenier de Mark, le petit-fils de l'orthophoniste, suggère, contrairement au film, que la thérapie n'utilisait pas de jurons et que l'amitié entre les deux hommes n'allait pas jusqu'à la familiarité, Logue nommant respectueusement le roi « Votre Majesté » et non « Bertie »". Devinez qui a publié en France ce rectificatif ? Le Figaro, of course, qui, même dans notre patrie républicaine, tient à ce que les convenances royales soient respectées. L’emploi du verbe "suggère" montrerait cependant que rien n’est sûr…Cela dit, le bonus du DVD nous signale que la découverte du journal du petit-fils a été faite AVANT le tournage du film. Les auteurs soit n'en ont pas tenu compte, soit possédaient d'autres sources.

    Historiquement, ce film démontre - après "The Queen" de Stephen Frears, sorti en 2006 - le rôle et la place de la monarchie en Angleterre. Je l’ai écrit dans mon article "ANGLETERRE : Vivent DIEU et le ROI ! ", je n’ai rien à en retirer et je vous y renvoie. A un moment du film, Georges VI mord le trait et dit « je suis roi de droit divin ». Erreur ! Les auteurs anglais du film passent-ils royalement sur la "Glorieuse révolution" de 1688-89 dont les Britanniques nous rebattent les oreilles ? Il semblerait. D’ailleurs le film est très légitimiste. Le roi - la reine, c’est selon - incarne la nation et parle en son nom. Il évoque Dieu sans vergogne, l’Angleterre n’étant pas un pays laïc.

    Winston Churchill est très présent dans le film ce qui me semble peu historique. On sait les désaccords politiques graves qui l’opposèrent à Chamberlain à l’occasion de la conférence de Munich[2] et le film s’attarde sur lui alors que le Premier Ministre de Sa Majesté est encore Chamberlain (28 mai 1937 – 10 mai 1940). Selon le film, c’est Churchill qui, dans un entretien privé, demande à celui qui n’est encore que le duc d’York de se préparer à remplacer son frère, Édouard VIII, lui faisant valoir que la nation aura besoin d’un roi légitime qui saura parler en son nom. Autrement dit, même le grand Churchill accepte la domination du souverain. L’Angleterre n’a jamais fait une révolution complète et de là découle un comportement traditionaliste qui n’a jamais failli. Le plus grave est que Churchill était favorable au maintien sur le trône d’Édouard VIII. Cette séquence du film est donc totalement erronée.  

    La période où se situe l’action du film est très troublée par les crises diplomatiques. Georges VI regarde lors d’une projection privée un discours d’Hitler et remarque - il ne comprend pas l’allemand- que ce dernier parle avec conviction. Encouragement pour lui à faire de même. Rien n’est dit sur la politique d’apaisement de l’Angleterre, prête à tout pour ne pas faire la guerre au Reich, jusqu’à la compromission, jusqu’à l’abandon de la Tchécoslovaquie au nom du droit des peuples - les Allemands des Sudètes - à disposer d’eux-mêmes. C’est ce que demandait Hitler. Mais, le film abonde dans le sens d’une royauté irréprochable. God save the King !

    Concernant Édouard VIII, il y a une allusion à sa germanophilie et, après son abdication, on voit les murs de Londres couverts d’affiches de soutien à celui qui est toujours roi pour une grande partie de la population. Édouard VIII était en effet très populaire. Dans cette période de chômage systémique -dont l’Angleterre ne sortira que grâce à la course aux armements - le roi - qui n’était que Prince de Galles- allait visiter les faubourgs ouvriers, réclamait une politique d’embauche de la part des capitalistes, avait dit sa sympathie pour les régimes fascistes qui faisait disparaître le chômage. Édouard VIII incarnait cette propension de l’aristocratie britannique au fascisme. Elle fut sensible aux thèses de Gobineau et un Chamberlain (Houston Stewart, 1855-1927) est le pont qui relie l’Angleterre et l’Allemagne. Cette germanophilie est traitée par Ian Kershaw [3] et, par ailleurs, disons-le puisque nous sommes dans une page cinéma, brillamment exposée dans le film "Remains of the day" de James Ivory (1993), les VESTIGES DU JOUR" [4]. On sait que le prince de Galles / Édouard VIII tomba follement amoureux d’une américaine deux fois divorcée. Celle-ci allait-elle devenir reine d’Angleterre ? formidable levée de boucliers spirituels contre ce scandale. Le premier ministre - Baldwin- met en jeu la démission de son cabinet. Va-t-on vers des élections où les hommes du roi fascisant triompheraient ? Rien n’était exclu. Finalement, le roi abdiqua.

    Curieux phénomène dans un pays dont la modernité fut fondée par un Tudor - Henri VIII - qui épousa six femmes après autant de divorces ou de têtes coupées et dont l’héritage politique n’est pas discuté. En fait cette abdication est la victoire du puritanisme le plus éculé. Victoire aussi des forces traditionalistes et de l’ordre moral.

    Pour conclure, il est vrai que ce film est aimable à regarder en termes de divertissement même s’il est fort dommage de nous le présenter en langue française. 118 nominations, 43 récompenses. Mais si on considère le trio Royaume-Uni - Canada - Etats-Unis on a là une force de frappe médiatique assourdissante et même écrasante. Business is business. Surtout derrière cette anecdote historique charmante, le film traîne avec lui une propagande royaliste, légitimiste et traditionaliste qui fait le bonheur de l’Occident.

    Après le discours -réussi- Lionel Logue qui appela toujours jusqu’ici son patient "Bertie" lui adresse un hommage solennel, "très bien, …votre Majesté". C’était attendu.



[1] Le protocole interdit formellement de toucher la personne du roi. On sait les charges qu’eut à subir de la part de la presse anglaise, le président Chirac qui avait lui-même touché l’épaule de la reine Élisabeth pour guider ses pas. Cet interdit résulte de la conservation du thème du caractère sacré de la personne du roi.

[2] "Vous aviez le choix entre la guerre et le déshonneur. Vous avez choisi le déshonneur, et vous aurez la guerre, ce moment restera à jamais gravé dans vos cœurs".

[3] Dans son livre "Making friends with Hitler, Lord Londonderry, the Nazis and the road to war", The Penguin press, New York, 2004.

[4] James Ivory. Film sorti en 1993, inspiré du roman éponyme de Kazuo Ishiguro. La diplomatie française y est ridiculisée et la lucidité américaine fort exagérée. Mais l’ensemble est de belle facture.

Shakespeare in love (Shakespeare et Juliette) John Madden, 1999.

publié le 14 juin 2019 à 08:46 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 11 juil. 2012 à 22:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 janv. 2018 à 16:24 ]

    Ce double titre est un clin d’œil à nos amis québécois.

   Résultat de recherche d'images pour "Shakespeare in love (Shakespeare et Juliette) John Madden, 1999.Illustrations" Shakespeare in love [1] bénéficie d’une excellente distribution avec, entre autres, Joseph Fiennes (William Shakespeare) que l’on a vu dans Stalingrad de J.-J. Annaud, Geoffrey Rush (Philip Henslowe) qui est l’orthophoniste du roi d’Angleterre dans le discours d’un roi, et Colin Firth qui est le roi dans Le discours d'un roi...Tom Wilkinson (Hugh Fennyman) est le cadre au chômage dans The full monty, Simon Callow interprète le rôle du chambellan de la reine Élisabeth 1èreC’est un beau film d’amour splendidement  porté par les deux acteurs principaux dont Gwyneth Paltrow dans le rôle de Viola de Lesseps (oscar de la meilleure actrice, 1999). Shakespeare in love raconte les conditions d’écriture de Roméo et Juliette et le duo amoureux est un peu dans les conditions des deux amants de Vérone : ils vivent un amour impossible puisque Shakespeare est déjà engagé et que Viola est promise à Lord Wessex qui relève d’une famille dont les mariages exigent l’assentiment de la reine herself, laquelle va acquiescer.

    Après la révolution henricienne Les TUDOR : Henri VII, l’Angleterre s’immerge dans la révolution du capitalisme. Ainsi que l’écrit le célèbre historien d’Oxford Christopher Hill « le capitalisme s’infiltra dans tous les secteurs y compris l’industrie des loisirs». Pour les Anglais tout se monnaye. La première de Roméo et Juliette est donnée au théâtre du Rideau - Curtain theatre - "financée par M. Fannyman, présentée par M. Henslowe et jouée par les hommes de l’Amiral" [2]. Il y a là toute une chaîne d’argent. Voici d’ailleurs un extrait du dialogue du film (les personnages se trouvent sur la scène, en répétition) :

Hugh Fennyman : Uh, one moment, sir.

Ned Alleyn [3] : Who are you?

Hugh Fennyman : I'm, uh... I'm the money.

Ned Alleyn : Then you may remain so long as you remain silent.

    Fennyman tient à son retour sur investissement, il torture carrément -en lui brûlant la plante des pieds sur un brasero -  Henslowe (directeur de théâtre) qui est son débiteur et ce dernier exerce une grosse pression sur Shakespeare pour que la pièce soit jouée le plus rapidement possible. Shakespeare, lui, subit la concurrence d’écrivains talentueux comme Marlowe (dramaturge), la troupe de Edward Alleyn est en concurrence avec celle de Burbage (célèbre acteur élisabéthain). Shakespeare doit choisir les acteurs lesquels ont leurs exigences financières et théâtrales. Au final, l’entrepreneur élisabéthain est un homme pressé, il sait déjà que time is money. Dans le film, on constate que le mode de déplacement dans le Londres d’Élisabeth Ière est la course à pied. On ne marche jamais. A cet égard, je signale la bonne reconstitution du Londres de cette époque et, surtout, celle du théâtre du Cygne. Pourquoi le Cygne ?

"Le seul document auquel on puisse se référer pour ce qui concerne la disposition de la scène élisabéthaine reste ce croquis qu'en fit, après un long voyage en Angleterre, et de mémoire, en 1596, le Hollandais De Witt. Il s'agit du théâtre du Cygne.

La disposition s'explique par la destination primitive du local où jouaient les comédiens : la cour d'auberge. La scène se compose de trois plans : le proscenium qui s'avance au milieu du parterre et où l'acteur se trouve entouré de trois côtés à la fois par les spectateurs, pour les monologues et intermèdes ; la scène en retrait (the inner stage) sous la galerie qui domine le fond, isolée par un rideau à coulisse et où sont jouées les scènes situées dans des intérieurs, des grottes, des tombeau ; enfin la galerie, que rendra célèbre la scène du balcon dans Roméo et Juliette, mais qui permet de figurer aussi bien à l'occasion un rempart, une colline, ou même le ciel" [4].

    Londres était la capitale mondiale du théâtre, au grand dam des Puritains -faciles à repérer dans leur costume noir-corbeau-. Même la reine avait sa propre troupe et donnait des représentations à la Cour. De 1576 à 1629, Londres construisit 17 salles alors que Paris n’en possédait qu’une seule, celle de l’Hôtel de Bourgogne. 

    "Je suis l’argent", on ne peut mieux dire. L’atmosphère élisabéthaine est rendue par d’autres détails. Lord Wessex, perclus de dettes, amoureux de Viola qui le repousse, lui déclare : "votre père était un marchand, nos enfants seront nobles, je serai riche. Il n’y a que cela qui compte aujourd’hui".

    Shakespeare n’eût pas été un génie s’il n’avait pas détecté ce rôle moteur et mortel de l’argent. Ainsi dans La vie de Timon d'Athènes (1608) :

« De l'or ! de l’or jaune, étincelant, précieux!... Ce peu d'or suffirait à rendre blanc le noir, beau le laid, juste l'injuste, noble l'infâme, jeune le vieux, vaillant le lâche... Cet or écartera de vos autels vos prêtres et vos serviteurs ; il arrachera l'oreiller de dessous la tête des mourants ; cet esclave jaune garantira et rompra les serments, bénira les maudits, fera adorer la lèpre livide, donnera aux voleurs place, titre, hommage et louange sur le banc des sénateurs ; c'est lui qui pousse à se remarier la veuve éplorée. (…). Allons, métal maudit, putain commune à toute l'humanité, toi qui mets la discorde parmi la foule des nations (...) 0 toi, doux régicide, cher agent de divorce entre le fils et le père, brillant profanateur du lit le plus pur d'Hymen, vaillant Mars, …, toi dieu visible qui soudes ensemble les incompatibles et les fais se baiser, toi qui parles par toutes les bouches et dans tous les sens, pierre de touche des cœurs, traite en rebelle l’humanité, ton esclave, et par ta vertu jette-la en des querelles qui la détruise, afin que les bêtes aient l’empire du monde »[5].

    Cette citation est le fait d’un lecteur de choix : K. Marx, l’homme du Capital. Marx écrit :

« Shakespeare décrit parfaitement l’essence de l’argent. (…). La perversion et la confusion de toutes les qualités humaines et naturelles, la fraternisation des impossibilités - la force divine - de l'argent sont impliquées dans son essence en tant qu'essence générique aliénée, aliénante et s'aliénant, des hommes. Il est la puissance aliénée de l'humanité »[6].

    En liberté surveillé, le théâtre est soumis à des contraintes dont celle-ci : pas de femme sur la scène. Les rôles féminins sont tenus par des hommes travestis. Or Viola est amoureuse du théâtre, elle veut être actrice. Elle est aussi amoureuse de Shakespeare dont elle connaît par cœur certains des textes. Elle décide de se vêtir en homme, de se couper les cheveux, de passer pour valet de Viola et elle interprète si bien le rôle de Roméo que Shakespeare ne veut plus qu’elle/lui comme titulaire. On sait que l’homosexualité de Shakespeare est souvent évoquée. Lorsqu’il retrouve Kent -nom d’emprunt de Viola déguisée- il lui demande de parler de sa maitresse qui a évidemment les yeux, les lèvres de Kent et Shakespeare embrasse d’un baiser fougueux les lèvres de Kent. Mais Kent est Viola. Ambigüité. Disons tout de même que le spectateur a du mal à croire que Gwyneth Paltrow, fût-elle bien maquillée et fausse moustachue, puisse passer pour un homme…

    L’action du film se passe en 1593 qui est l’année de la mort de Marlowe, mort effectivement dans une rixe. Le scénariste intègre ce fait historique. Alleyn raconte : "il y a eu une échauffourée. Marlowe a reçu son propre couteau dans l’œil pour une histoire de pièces... ". Il est interrompu par Henslowe "…de théâtre ? ô vanité ! Non, d’argent" dépose Alleyn. Connaissant la rivalité entre les deux écrivains -Marlowe et Shakespeare - Lord Wessex porte ses soupçons sur Shakespeare dont il sait par ailleurs que les charmes de Viola ne le laisse pas indifférent. Cela donne un beau duel digne des films de cape et d’épée, ainsi d’ailleurs qu’entre les hommes des deux troupes concurrentes. En ce sens, ce film d’amour qui laisse une bonne place à l’aventure rocambolesque est respectueux du théâtre shakespearien.

    D’ailleurs, le film se termine sur un coup de théâtre.

   Le chambellan vient arrêter les acteurs et manageurs qui ont osé mettre en scène une femme car le subterfuge de Viola a été découvert. C’est alors qu’un spectateur enveloppé dans un large manteau se découvre, c’est… Elizabeth 1ère, reine d’Angleterre. Elle dit au chambellan d’arrêter sa procédure. Et elle déclare que, oui, le théâtre peut rendre compte de la vérité de l’amour. On vient d’assister au final de Roméo et Juliette. Il y a pire…

    Privés du théâtre du Rose, la troupe de l’Amiral a pu bénéficier de l’hospitalité du théâtre concurrent du Rideau dirigé par R. Burbage (autre personnage historique). Ce dernier offrit ses services de la sorte : "le chambellan nous méprise. Mon père, James Burbage, a été le premier à être autorisé par sa majesté à fonder une troupe. Il a puisé dans la poésie, la littérature de notre âge. Il faut lui montrer notre talent. Shakespeare a une pièce. J’ai un théâtre. Disposez du Curtain".

    Ce film est un hommage au théâtre et à ses acteurs. Une immersion dans l'époque élisabéthaine LES TUDOR : le règne d’Elisabeth, apogée de la dynastie. J'ajoute que la musique est à la hauteur de ce film shakespearien : Warbeck a obtenue l'oscar. 

PS. Je viens de revoir ce film merveilleux. J'avoue ne pas avoir ressenti naguère si intensément qu'aujourd'hui, la puissance de l'amour entre les deux héros, les acteurs sont magnifiques et leur jeu ne l'est pas moins. La musique tient à la fois du romantisme le plus charnel à l'épopée la plus dense. c'est admirable. Surtout, le personnage de Fennyman qui, au début, brûle les pieds de son débiteur impécunieux, est lentement apprivoisé par le texte de Shakespeare, et summum, quand Shakespeare lui propose un petit rôle, il se sent investi de la plus grande des tâches : contribuer au succès de la pièce pour, simplement, la grandeur du théâtre.
    Admirable. Grand. Shakespearien.

[1] John Madden, 1999.

[2] Texte de l’affiche (certainement original) telle qu’elle est présentée à l’écran. La troupe de l’Amiral a effectivement existé, elle était menée par Edward Alleyn (1566-1626).

[3] Personnage historique (cf. supra). Article sur Wikipaedia.

[4] Léon Moussinac, "Le théâtre des origines à nos jours", Flammarion, 1966.

[5] Acte IV, scène 3, traduction Pierre Messiaen, Les Tragédies, 1941, pages 1035 et 1046. Les mots soulignés en caractère droit le sont par Marx.

[6] K. MARX, Manuscrits de 1844, traduction E. Bottigelli, Éditions Sociales, 1962.

"Land and freedom", la Guerre d’Espagne de Ken Loach (1995)

publié le 14 juin 2019 à 08:44 par Jean-Pierre Rissoan

    publié le 5 déc. 2012 à 11:52 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 3 juin 2019 à 11:29 ]

    Cette analyse de film complète la partie du cours consacré aux R.I. de 1936 à 1939, accessible dans la partie "le coin du bachotage"LES R.I. DE 1936 à 1939. C. "LES GRANDES MANOEUVRES". les citations en bleus sont le transcription mot à mot des dialogues du film (sous-titres en français de la V.O.).  DVD TF1 vidéo. Chronologie de la Guerre d'Espagne en fin de page. Voir aussi avant de lire cet article : 1936 : Front populaire en Espagne et Il y a 80 ans éclatait la guerre d'Espagne

***

    Je déconseille vivement , à quiconque désire apprendre le sujet, d’aborder la Guerre d’Espagne en regardant ce film de Ken Loach. Il faut le visionner après avoir lu une synthèse sur la question, fût-ce une synthèse brève. Le film de Ken Loach -qui est très intéressant et substantiel- n’aborde qu’un point singulier de la guerre civile espagnole. Imaginez, mutatis mutandis évidemment, que l’on fasse un film sur la guerre de 14-18 en ne parlant que des mutineries des poilus et de leur répression. Sans parler des Allemands, sans parler de la guerre, de l’échec de Nivelle, sans parler des Anglais, nos alliés avec qui il est difficile de coordonner les offensives, etc… Sans parler de la Marne, de Verdun... J’en passe. Le journal Le Monde l’écrit sans détours : « "Land and freedom" est sorti en Espagne au début du mois d'avril. Ce fut l'occasion pour les Espagnols de se pencher à nouveau sur les raisons qui ont poussé le Parti communiste à vouloir annihiler par tous les moyens le Parti ouvrier d'unification marxiste (POUM) »[1]. Voilà. C’est comme si l’on réduisait la Révolution française au combat fratricide de Robespierre contre Danton ou Hébert sans parler de Louis XVI, des émigrés, de la coalition étrangère contre la France révolutionnaire, de Toulon et son port de guerre livré aux Anglais par la trahison...

            Source: Pascal Cauchy, article paru dans l'Humanité Dimanche du 22 au 28 novembre 2012.

          Document complètement hors sujet du film de Ken Loach, montrant Franco et un évêque méritant tous les deux le salut fasciste.

                           

        On voit un peu les nationalistes, au début du film de Ken Loach - notamment un curé qui fait feu avec un pistolet sur un républicain - mais c’est court. Ken Loach a choisi de nous montrer la vie au combat d’une section de combattants révolutionnaires, membres du POUM. C'est-à-dire le parti ouvrier d’unité marxiste, résolument anti-stalinien et même anti-communiste au sens étroit d’hostile au PC espagnol (PCE). Il faut savoir que les Républicains étaient très divisés et que cela a nui gravement à leur combat. J’ai lu des critiques après avoir vu ce film et je ne puis qu’approuver ce qu’en dit Santiago Carrillo, même si, évidemment, certains vont juger son point de vue (il fut secrétaire général du PCE) partial, partisan, orienté, etc… Carrillo dit fort justement à mon gré : "En voulant faire la critique de Staline et du stalinisme, exagérément d’ailleurs, le film, aussi sincère que soit l'intention de ses auteurs, oublie le fascisme, Franco, Hitler et Mussolini. En échange, il offre l'image d'une République qui ne paraît pas mériter qu'on se sacrifie pour elle. Je ne sais comment la pureté des idéaux révolutionnaires peut survivre à ce tableau de ce qui fut pourtant l'une des plus grandes épopées de la lutte pour la liberté de ce siècle". Il faut être journaliste au Monde pour écrire que le film « puise (…) sa force dans la sobriété, presque le minimalisme, de la description des combats (…) ». Effectivement, cette quasi omission permet de trouver sympathique et suffisant l’aimable bordel (on combat la cigarette aux lèvres) qui règne dans les rangs de la milice du POUM dont on suit les pérégrinations dans les montagnes d’ Aragon. Mais un combattant dira « j’en peux plus de regarder des gens mourir bêtement ». La question sera posée par le gouvernement de Valence qui ne veut plus de milices et leur demande de "joindre la nouvelle armée menée par les communistes". Sur ce point Santiago Carrillo exprime un désaccord : "Certes, le Parti communiste en appuyait la formation, mais le film ne correspond pas à la réalité historique en attribuant au seul PC la création de cette armée et, au-delà, à Staline". Rappelons, à ce niveau, un fait simple mais omis dans le film : l'armée espagnole, dans son immense majorité, est passée avec armes et bagages du côté franquiste : la République devait mettre sur pied SON armée, l'armée républicaine.


    Ce problème de l’organisation militaire des combattants républicains est une question centrale du film et de l’Histoire de la Guerre civile. La clé, le nœud gordien est dit par un milicien "cette nouvelle armée avec sa discipline et sa hiérarchie militaire va anéantir l’esprit révolutionnaire des gens. C’est ce qu’attendent les staliniens". Vive donc le spontanéisme révolutionnaire et, si cela existe, le spontanéisme militaire. Carnot, surnommé "l’organisateur de la victoire" en l’an II, Trotski lui-même, en charge de mettre sur pieds l’Armée rouge, témoignent que les révolutions triomphent quand les révolutionnaires savent se discipliner. Au demeurant, Émile Témime (U. d’Aix-en-Provence), qui a co-écrit avec l’historien trotskyste Pierre Broué, La Révolution et la Guerre d'Espagne [2] dans laquelle, à en croire un site marseillais (Témime est spécialiste de Marseille), il décrit "la trahison par Staline des espérances révolutionnaires espagnoles, tragédie que le cinéaste Ken Loach mit en scène en 1995 dans Land and Freedom" (sic), E. Témime donc écrit sans ambages : "le V° régiment, discipliné et bien organisé par les communistes, devient un modèle pour une armée républicaine encore en gestation"[3]. Et là, il eût été utile de montrer les combats contre les fascistes de Franco, les Chemises noires de Mussolini, les dégâts causés par la légion Condor, utile pour faire comprendre qu’une armée républicaine organisée efficacement, quasi professionnellement, était indispensable. Même la Résistance française s’est organisée militairement. Citons encore une fois Santiago Carrillo -mais il répond à une interview spécifique sur le film de Ken Loach, on est donc au cœur du sujet - "une révolution populaire, plurielle, ne pouvait prendre forme sans que la guerre soit préalablement gagnée, et, donc, sans que soit levée une armée régulière, populaire, disciplinée, capable d'affronter un adversaire militairement puissant, appuyé par des unités italiennes et allemandes. Cette armée, c'est le Front populaire et le gouvernement de la République qui l'ont voulue". Pas les miliciens de Ken Loach.


    L’autre question, la nationalisation, suscite dans le film un débat aussi long que celui sur l’organisation militaire. Cela explique le titre du film. La terre ayant été collectivisée, la jeune héroïne, Bianca, tuée dans des conditions tragiques, est enterrée dans SA terre (land) où elle a combattu pour la liberté (freedom). Fallait-il tout collectiviser ? Tout nationaliser ? Loach montre bien que cette question divise. Il y a des propriétaires - modestes, ce ne sont pas des couvents catholiques ! - qui sont républicains, antifranquistes, mais qui veulent conserver leur propriété (lopin, atelier, boutique). "J’ai ce lopin de terre parce que j’ai trimé" dit un paysan pauvre. Mais quelle est alors la priorité ? Faire la révolution ou vaincre le fascisme qui est aux portes de Madrid ? est-ce faciliter la victoire que d’éloigner du camp républicain les petits propriétaires ? En France, après les journées fascistes du 6 février 34, Maurice Thorez, secrétaire du PCF, avait mis les choses au point : "le choix n’est pas entre fascisme et communisme ; Le choix est entre fascisme et démocratie" et il ajoutait "entre les fascistes et nous, le combat est engagé pour la conquête des classes moyennes". Finalement, nos paysans votent. Tout est collectivisé. On s’embrasse. A Barcelone les salons de coiffure sont collectivisés. C’était sans doute un secteur stratégique. La révolution a gagné. Pour combien de temps ?


    Mais le film se termine dans la douleur et la tragédie avec le massacre de la milice du POUM par l’armée régulière de la République prise en mains par les communistes staliniens. Une histoire d’amour -forcément, sinon c’eût été un documentaire et Frédéric Rossif faisait mieux l’affaire - parcourt le film. Bianca tombe amoureuse de David, membre du PC britannique -une espèce rare- volontaire qui est tombé par hasard dans la milice du POUM, parti vigoureusement anti-communiste ou plutôt anti-stalinien. C’est au point que lorsque Bianca, qui retrouve (elle lui fait la surprise) David à Barcelone où celui-ci s’est fait soigné, s’aperçoit qu’il porte un uniforme -celui des Brigades Internationales- elle le quitte, malgré une nuit d’amour, et "part sur le front rejoindre (ses) vrais camarades". David constate plein de choses à Barcelone, il participe à son corps défendant aux "journées de mai" (cf. chronologie), croit tout comprendre, déchire sa carte du parti, en deux, en quatre, en huit, poussière. Séquence qui dure une bonne minute. Loach doit se régaler. Comme l’écrit Le Monde "le réalisateur n’a pas de thèse à mettre en lumière". David retrouve Bianca et la milice jusqu’à l’arrivée de l’armée républicaine qui annonce la dissolution de la milice, son désarmement, l’arrestation de quelques membres accusés de conspiration avec les fascistes et de collaboration avec Franco. Cris de rage, stupeur, pleurs, refus d’obtempérer, menaces à main armée, coups de feu. Bianca s’effondre. Elle est morte d’une balle dans le dos. Son arrivée dans son village natal donne lieu à des scènes émouvantes avec des parents qui s’effondrent de douleur. On pleure ainsi une victime non pas de Franco - ce qui après tout eût été logique dans un film sur la Guerre d’Espagne, ni d’Hitler ou de Mussolini, dont on sait qu’ils étaient bien là par soldats interposés, mais une victime des communistes. C’est indigeste.


    Staline, le stalinisme tiennent une telle place dans le film que le titre ne correspond pas du tout au contenu. Il eût fallu l’appeler « Staline tue la Guerre d’Espagne ». Mais il n’y aurait eu personne dans les salles. Pourquoi tant de haine ? "En toute hypothèse, l'U.R.S.S. fournira à Madrid 600 avions, près de 350 chars, entre 1.000 et 2.000 canons, de 15.000 à 20.000 mitrailleuses, environ un demi-million de fusils, ce matériel étant généralement de quantité et de qualité supérieures à celui des Germano-italiens"[4]. Mais de cela Ken Loach n’a cure. Rendons-lui cette justice qu’il met dans la bouche de l’un de ses personnages POUMiste le dialogue suivant : "la milice est le cœur du combat. Staline nous craint parce qu’il veut signer des traités avec l’Ouest comme il l’a fait avec la France. (en 1935, JPR). Pour signer des traités et arriver à un accord, il faut qu’il soit respectable et rassurant. S’il nous soutient, nous et notre révolution, il perdra sa respectabilité. Voilà pourquoi on est une vraie menace pour Staline et pour les autres pays". Effectivement, Staline et d’autres souhaitaient que l’armée républicaine soit perçue comme la vraie armée régulière, gouvernementale du régime légitimement élu au suffrage universel en 1936. Les francs-tireurs déguenillés du POUM, de la CNT (anarchistes), les trotskystes de la IV° internationale donnaient à penser que la révolution se répandait et se répandrait - en cas de victoire - à tout l’Ouest européen. D’où une réaction hostile de l’Angleterre et un isolement de l’URSS. Or, à la fin des années trente, la recherche d’un accord franco-anglo-soviétique face à l’axe Rome-Berlin dévoilé en novembre 36, n’est pas une stratégie folle. Mais cette stratégie n’est pas celle de Trotski qui, quoiqu’exilé, fait feu de tout bois contre Staline. L’URSS connaît alors ce que Losurdo appelle sa troisième guerre civile. Après celle contre les Blancs, celle contre les Koulaks, voici celle qui oppose Staline au pouvoir et tous ceux qui pensent qu’il a trahi la révolution. Qu’ils soient en URSS même ou à l’extérieur du pays. Ruth Fischer écrit : "l’histoire de la lutte entre Staline et Trotski est l’histoire de la tentative faite par Trotski pour s’emparer du pouvoir. (…). C’est l’histoire d’un coup d’État manqué"[5]. Il se trouve que l’Espagne est devenue un des champs de bataille de cette lutte. Certes, dira-t-on le POUM n’était pas trotskyste, stricto sensu, mais il relevait de la "critique de gauche" du stalinisme et souhaitait son renversement.


    J’ai beaucoup aimé le film de Ken Loach, Bread and roses, mais le lecteur a constaté que je n’ai pas aimé Land and Freedom. Je le renvoie aussi à ma présentation du film Le vent se lève, ici même sur ce site LE VENT SE LÈVE…. Loach a des problèmes avec les révolutions. Finalement, faut-il les faire pour arriver à des désastres pareils ? et après le massacre final des POUMistes on peut dire avec Santiago Carrillo "(le film) offre l'image d'une République qui ne paraît pas mériter qu'on se sacrifie pour elle. Je ne sais comment la pureté des idéaux révolutionnaires peut survivre à ce tableau de ce qui fut pourtant l'une des plus grandes épopées de la lutte pour la liberté de ce siècle".

 

Le témoignage du colonel Rot-Tanguy, ancien des Brigades internationales, colonel FFI Ile-de-France, libérateur de Paris (1944)

    Le journaliste José Fort raconte : C'était à Barcelone en octobre 1996 à la fin des cérémonies organisées en l'honneur du soixantième anniversaire des Brigades internationales. Avant de regagner la France, le colonel Henri Rol-Tanguy souhaitait déjeuner avec sa famille et les enfants de ses anciens compagnons d'armes. L'ancien ouvrier métallurgiste devenu chef régional des Forces françaises de l'intérieur d’Ile-de-France et qui, à ce titre, le 19 août 1944, avec le général Leclerc, avait reçu la reddition du général von Choltitz, commandant de la garnison allemande du Grand Paris, nous disait: « Vous me rappelez chaque fois mon rôle dans la lutte pour la libération de Paris, Je vous en remercie. Pourtant, c'est l'Espagne et notre combat précurseur contre le fascisme qui demeure en première place dans ma mémoire. Nous avions compris avant l'heure que Franco et Hitler préparaient en Espagne la tragédie qui allait suivre. J'étais jeune, communiste. C'est là-bas que j'ai appris à me battre contre le fascisme ».

    Un prochain sujet pour Ken Loach ?

Chronologie succincte fournie par Le Monde du 5 octobre 1995.

1936. 16 février : victoire du Front populaire aux élections générales. 18 juillet : soulèvement militaire dans les garnisons. 29 septembre : Franco est nommé, dans la zone insurgée, "chef du gouvernement de l’État espagnol". 19 octobre : début de la bataille de Madrid. 4 novembre : formation du gouvernement républicain dirigé par le socialiste Largo Caballero avec des ministres communistes et anarchistes.

1937. 26 avril : l'aviation allemande bombarde Guernica. 3-6 mai : affrontements armés entre membres du POUM et anarchistes d'un côté, communistes et socialistes de l'autre. Octobre : chute du front nord (Pays basque, Cantabrie, Asturies).

1938. 14 avril : les troupes de Franco atteignent la Méditerranée. Le camp républicain est coupé en deux. Octobre : retrait des brigades internationales.

1939. 26 janvier : Franco entre à Barcelone. 5 février : loi des « responsabilités politiques » et début de la répression. 28 mars : entrée des troupes franquistes à Madrid. 1er avril : fin de la guerre civile.


lire Le Monde du 5 octobre 1995 (plusieurs articles consacrés au film), L'Humanité des 23 mai 1995 et 4 octobre 1995 (gratuit sur le site du journal).

[1] Archives de l’édition du 5 octobre 1995, disponible à votre bibliothèque qui doit certainement être abonnée au journal.

[2] P. Broué et E. Témime, Éditions de minuit, 1961, Paris.

[3] Dans son article « La guerre commence à Madrid », revue L’Histoire, n°58, année 1983. Numéro spécial consacré aux années trente.

[4] Source : http://www.livresdeguerre.net/forum/contribution.php?index=50817&v=3 . L’auteur précise immédiatement "Le coût financier de l'intervention soviétique sera cependant inexistant, dans la mesure où elle sera totalement financée par la République, permettant à Staline de faire main basse sur ses réserves en or". Staline n’était pas un ange. Ce n’est pas un scoop mais « main basse » est vulgaire, il n’y a pas eu vol. L’idée était d’éviter que l’or de la République espagnole tombât, en cas de défaite, dans les caisses de Franco. L’avenir a malheureusement donné raison à Staline. De plus, en 1936, l’URSS n’est pas Crésus. C’est un pays pauvre qui  connut la guerre mondiale, la révolution, la guerre étrangère d’immixtion, la guerre civile contre les Koulaks et l’effondrement de la production agricole.

[5] Cité par Losurdo (U. d’Urbino), dans Staline, histoire et critique d’une légende noire, éditions Aden Bruxelles, 2011.

"Remains of the day" de James Ivory (1993), les VESTIGES DU JOUR

publié le 14 juin 2019 à 08:42 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 19 sept. 2013 à 15:23 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 30 avr. 2019 à 11:19 ]

    James Ivory a réalisé ici un film que l’on pourrait qualifier de pervers. On ne se lasse pas de le voir et revoir et pourtant de quoi nous parle-t-il ? De la préparation de la seconde guerre mondiale avec la complicité de l’aristocratie britannique ; de la passivité totale du majordome Stevens devant les évènements sur lesquels il refuse de se faire une opinion -ce qui le rend également complice- ; de son absence larvaire de vie sentimentale malgré les sollicitations sympathiques de Miss Kenton, l’intendante du château ; le mariage de dépit de celle-ci avec un autre majordome et l’échec de cette union… Oui, pourquoi revoir ce film ? À ce niveau, mon esprit d’analyse se bloque.

    Sans doute, la vie à Darlington Hall, château appartenant au lord-comte Darlington, est-elle restituée de façon majestueuse : il y a du Visconti chez Ivory. Nous sommes ici, non pas chez un gentleman mais chez un nobleman : degré au-dessus ! La scène de chasse-à-courre le rappelle. Et il paraît que les Anglais, en voyant le film, ont éprouvé la nostalgie d’une grande époque … C’est qu’en 1936, l’aristocratie britannique est toujours-là. Aucune révolution ne l’a fait disparaître et, à la différence de la française, elle pouvait "travailler", outre l’agriculture, dans le commerce, la banque, la vie maritime, l’industrie. De plus, elle sut opportunément soutenir la révolution de 1688 qui écarta la tentative de restauration absolutiste-catholique et restaura les droits du Parlement, en l’occurrence ceux de la chambre des Lords ! Ajoutons que les grands intellectuels matérialistes (objectivement révolutionnaires au plan philosophique) étaient tous sous la houlette d’un nobleman qui leur assurait le gite et le couvert : F. Bacon avec lord Essex, Hobbes et lord Cavendish, John Locke avec lord Shaftesbury. Et ils étaient tous trois partisans de la monarchie. Tout cela pour dire que l’aristocratie est restée un horizon indépassable pour le reste de la société anglaise avec la dynastie royale, of course, et l’on retrouve cela avec l’aplatissement de Mr Stevens - le majordome (interprété par Anthony Hopkins qui méritait l’oscar) - qui est non seulement convaincu de la supériorité sociale de lord Darlington mais aussi de sa supériorité morale et intellectuelle et considère que c’est un honneur de le servir. Sans réfléchir.

        Le film est tiré du livre éponyme de Kazuo Ishiguro, écrit à la fin des années 1980, et il me semble que l’auteur s’est inspiré de la biographie d’un nobleman authentique, lord Londonderry, 7° marquis du nom, ancien ministre, propriétaire de champs et de mines de charbon, immensément riche, et qui voulut se lier d’amitié avec Hitler pour "l’apaiser" et l’on retrouve la politique d’apaisement que tentèrent effectivement les Anglais dans les années trente, politique désastreuse qui conduisit directement au conflit [1].

   
Dyrham Park est un manoir baroque situé dans un très ancien parc à cerfs près du village de Dyrham (en), dans le South Gloucestershire, en Angleterre. (le manoir a servi pour les extérieurs du film).

 

    Précisément, le château de Darlington est le théâtre d’une conférence internationale officieuse, c’est-à-dire qui a le soutien du gouvernement de sa majesté sans le dire, qui a pour but de rapprocher les points de vue entre les grands pays occidentaux. Lord Darlington a connu un officier allemand pendant la guerre, à l’occasion de sa captivité, ils devinrent amis mais les traités de Versailles ont causé la ruine de l’Allemand et lord Darlington a une dette à son égard. Il veut la payer en aidant l’Allemagne -fût-elle nazie- à retrouver son rang. Et là, Ivory exprime tout son art de metteur en scène dans les séquences de la conférence. Il y a l’arrivée des diplomates, la distribution des chambres, les fourmis domestiques qui s’affairent partout, les premiers pourparlers, Stevens aux quatre cents coups mais imperturbable, le miracle des cuisines qui arrivent à faire manger tout le monde, la mort du père de Stevens lequel refuse d’aller le voir parce que la conférence l’exige, le grand banquet avec prise de paroles… Tout cela est parfaitement rendu. La sensibilité de Miss Kenton qui se propose d’aller "fermer les yeux" de Mr Stevens-senior, la fatigue de Mr Stevens qui n’en dit mot, mais parle simplement d’un "longue journée"… Accompagnant tout cela, la musique de Richard Robbins, nommée aux oscars, mais surtout envoûtante.

    L’Américain Ivory -grand amoureux de l'Angleterre- n’est pas tendre avec la France des années trente et donne le beau rôle au sénateur américain Jack Lewis (interprété par Christopher Reeve). Le sénateur américain a tout vu et tout compris dans le jeu de l’Allemagne hitlérienne. Il faut lui barrer la route résolument. Je ne suis pas du tout sûr que ce fut-là l’opinion majoritaire aux États-Unis en 1936. Le Français (Mickaël Lonsdale, parfait as usual) Dupont d’Ivry, lui, n’a qu’un souci en arrivant à la conférence : qu’on lui donne de l’eau et des sels pour soigner ses pieds : il a chaussé des souliers trop étroits, il souffre le martyr. Stevens, dans les combles du château, là où agonise son père, envoie un domestique chercher des sels pour Mr Dupont d’Ivry. La honte. Brigitte Kahn interprète à merveille le rôle de la vipère nationale-socialiste venue dire toute la bonne volonté et le désir de paix du Führer. Les scénaristes ont réussi à placer un récital en soirée - Brigitte Kahn est cantatrice de profession - et la diplomate interprète un lied avec piano accompagnateur, tout cela donne de l’Allemagne nazie une image raffinée et doucereuse. Otto Abetz tenait ce rôle à Paris, en 1938.

    Ce film a donc le mérite de montrer la base matérielle -comme dirait Marx- de la politique d’ appeasement des Britanniques. Lord Londonderry -qui organisait lui aussi des réceptions somptueuses anglo-germaniques dans son palais -, Harold Sidney Harmsworth (1868–1940), 1er vicomte Rothermere, soutint le parti fasciste dans son journal, le Daily mail, de 1932 à 1934, Edward Frederick Lindley Wood (1881-1959), baron Irwin puis 1er comte d'Halifax -il est invité à Darlington hall dans une seconde rencontre à la fin du film-, vice-roi des Indes de 1926 à 1931, saboteur des négociations avec l’URSS, membre de Cliveden set[2], sans oublier le roi Édouard VIII qui abdiqua sur le pression du Cabinet et dont les sympathies pro-nazies sont maintenant bien connues. Devenu simple duc royal de Windsor, Édouard fut reçu sur tapis rouge par Hitler qui le flatta outrageusement. Mais l’animal avait une idée derrière la tête : après la victoire sur l’Angleterre, il eût déposé le roi en place et mis Édouard comme roi-ami des Allemands.

    Mais cette base aristocratique manifeste ne saurait dédouaner le bon peuple qui a laissé faire, comme les centaines de milliers de lecteurs du Daily Mail, et, pour en revenir au film, à des personnages comme Mr Stevens coupable de désintéressement à la politique et coupable de soumission à l’autorité d’un maître qui lui donne des ordres contraires aux droits de l’homme, comme le licenciement des deux petites domestiques qui, parfaites travailleuses, ont le seul défaut d’être juives. Il y a d’ailleurs, une scène insupportable dans le film : Spencer (Patrick Godfrey, parfaitement odieux), un ami du baron, également germanophile, pose à Stevens des questions excessivement pointues d’économie financière et de politique internationale auxquelles le majordome est bien en peine de répondre. Spencer en tire des conclusions définitives sur l’inanité du suffrage universel et sur la démocratie. Il est bien vrai, comme disait Marx, que la classe ouvrière doit "mordre dans le granit de la science" si elle veut éclairer son combat. Mais le système aristocratique anglais est plutôt basé sur le célèbre "faites-moi confiance et allez vous coucher" (Ghelderode, 1934) et, par ailleurs, hélas, le comportement, la morale de Mr Stevens relèvent de la servitude volontaire au sens plein.


    Le regard du majordome Stevens ne croise pas celui de la tendre Miss Kenton

    Mêlée de façon inextricable à cet aspect historique fondamental, et c’est l’immense talent d’Ivory, il y a la relation entre Mr Stevens et Miss Kenton. C’est très pénible. Pénible parce que Stevens est tellement phagocyté par sa mission, qu’il néglige d’abondance les avances de Miss Kenton -admirable Emma Thompson- pleine de spontanéité, de simplicité, de sincérité, de vie quoi ! alors que Stevens est aliéné par sa tâche. Aliéné au sens fort : il a perdu toute liberté.  

    Stevens obéit au calling de la destinée. Il a été appelé (to call = appeler) à assumer cette profession de domestique-en-chef, à l’instar de son père d’ailleurs, et sans doute l’appel de Dieu et celui du père ont-ils été identiques. Stevens réalise sa mission. Tant pis pour Miss Kenton.  



[1] Lire : Ian Kershaw, Making Friends with Hitler: Lord Londonderry and the British Road to War. (London, 2004). Résumé sur le net : http://www.theguardian.com/books/2004/nov/21/biography.historybooks


Billy Elliot

publié le 14 juin 2019 à 08:37 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 27 juin 2011 à 15:49 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 déc. 2017 à 20:17 ]
  06/06/2011  

    Le film de Stephen Daldry, Billy Elliot, est programmé par Arte ce dimanche 12 juin 2011.

    Jamais je n’ai été autant en rupture avec la critique cinématographique qu’à l’occasion de ce film. Pour moi, c’est un film dramatique sur l’échec de la classe ouvrière anglaise, la fin de l’histoire de cette dernière en quelque sorte. Quelle ne fut pas ma surprise quand j’ai appris que ce film avait reçu une standing ovation au festival de Toronto. Après discussions et réflexions, j’ai compris lorsque j’ai vu toute une classe de danse classique faire la queue à l’entrée d’une Nième salle de cinéma pour la vision du film. On emmenait les futurs petits rats de l’opéra voir comment on peut/doit « y arriver », comment devenir danseur étoile malgré les milliers d’obstacles qu’une vie difficile dresse sur votre chemin. Tout est possible à celui ou celle qui a vraiment la volonté de réussir.

    J’admets que ce soit une lecture possible du film. Je n’irais pas jusqu’à dire comme S. Blumenfeld[1] que "le salut d’un groupe de travailleurs, menacés par la crise économique et promis au chômage, se trouve dans une activité artistique (comme) une carrière de danseur de ballets". Mme Thatcher n’y avait pas pensé ! Que les mineurs de fond deviennent danseurs-étoile ! 400.000 mineurs ? 400.000 danseurs ! Belle reconversion. Involontairement, Blumenfeld démontre la critique que l’on peut faire de cette critique : c’est l’apologie de la réussite individuelle, l’essentiel est de s’en sortir soi-même, les autres ? bah ! tant pis !

    Le film se déroule pendant la grande grève des mineurs britanniques de 1984-85. Grève dramatique durant laquelle toute une profession jette ses dernières forces, engageant une partie de bras de fer. Ce sera quitte ou double.

    On ne peut pas rester insensible à la destruction du vieux piano familial par le père de Billy afin de se procurer un peu de bois de chauffage, ni à l’ambiance de plomb qui s’écrase sur la fête de Noël de la petite famille, fête plus triste qu’un portrait de Mme Thatcher en tailleur noir.

    Grève de désespérés, cet évènement provoque des drames familiaux comme la bagarre qui oppose le père de Billy et le fils aîné. Ce dernier est prêt à en découdre manu militari avec les CRS anglais et prend une barre de fer pour rejoindre ses camarades. Son père l’en dissuade par la force. Violence qui jette encore plus Billy dans son rêve de danse étoilé.

    Mais, le pire arrive lorsque le père prend conscience des talents artistiques de Billy et admet qu’il le faut mener à Londres passer un concours d’admission. Est-ce possible avec cette grève qui vide poches et portemonnaies ? Aussi, reniant ses convictions qu’il a affichées depuis toujours, Elliot-père reprend le travail, casse la grève, devient un "jaune" devant tous ses camarades qui continuent le combat. Nouvel affrontement physique avec le fils aîné qui ne comprend pas, mais pas du tout.

    L’intransigeance de l’amie de Pinochet a fait pourrir la situation, a provoqué des dissensions familiales, a dynamité les solidarités. Dilué l’esprit de révolution. Ce fut un désastre.

    Puis-je dire que je ne trouve pas le personnage de Billy -admirablement interprété par le jeune Jamie Bell- si sympathique que cela ? Il refuse de voir la grève, ses implications, il se réfugie dans la musique. Il va même jusqu’à reprocher à son père -dans une scène chaleureuse d’amour partagé entre le père et le fils- de n’être jamais allé à Londres, de n’être pas sorti de son « trou ». Mais à qui la faute ? Le patronat anglais du charbon a fait des efforts pour l’édification culturelle de ses salariés ? Le mineur anglais préfère la boxe à la danse classique… mal dégrossi, pour sûr. 

    On sort de ce film englouti par la désespérance.

    Certes, au final, Billy devenu adulte et danseur-étoile nous gratifie d’un magistral saut vers les hauteurs - le "grand jeté" - soulevé par la musique du Lac des Cygnes. Il a réussi, tant mieux pour lui. Mais les autres ? Quand on sait que leur avenir sera le New Labor de Mr Blair, un frisson nous parcourt.

    Je termine sur un point positif : le film est aussi un hommage rendu à ces pédagogues comme Mme Wilkinson, professeur de danse, qui a détecté les talents de Billy, ces pédagogues qui ont évité qu’on assassine trop de Mozart.


[1] Le Monde, supplément télévisions, semaine du 6 au 12 juin, page 17.

ZOULOU, film de C.R. Endfield (1964)

publié le 14 juin 2019 à 07:42 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 15 août 2019 à 02:04 ]

publié le 5 août 2017 à 15:29 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 avr. 2019 à 11:12 ]


Ce film est sorti en 1964, il fut réalisé par Cyril Raker Endfield. Saluons dans ce dernier une des nombreuses victimes du Maccarthysme et de la chasse aux sorcières. En effet, en 1951, Endfield fut cité comme communiste à une audition devant la Commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee : HUAC). Mis sur liste noire par les patrons des studios de cinéma californien, il se retrouva dans l'incapacité de trouver du travail à Hollywood et partit s'établir au Royaume-Uni (1953), pays où il écrivit et dirigea des films sous différents pseudonymes, avec au générique, les noms d'acteurs eux aussi mis sur liste noire.

J’ai vu ce film il y a fort longtemps, peut-être à sa sortie et j’en avais gardé le souvenir d’un échec cuisant des colonialistes anglais et, me disais-je, cela retrace la bataille célèbre d ' Isandhlwana (colonie du Natal), célèbre car ce fut la plus lourde défaite des troupes coloniales britanniques. Bonne occasion, me dis-je, de revoir cette triquée subie par les invincibles soldats de Sa Majesté. En fait, ce n’est pas du tout cela (voit-on les Anglais mettre en scène une défaite anglaise ?). Il s’agit "seulement" de la bataille de Rorke’Drift, qui est, somme toute, une victoire anglaise, victoire coûteuse en vies humaines mais victoire tout de même.

Il y a cependant un rapport entre les deux batailles : Isandhlwana s’est déroulée les 22 et 23 janvier 1879 (plein été austral) et Rorke’Drift, le 23 dans l’après-midi. C’est l’époque dite des guerres zouloues et l’empire britannique met les moyens pour exterminer la puissance zouloue, obstacle à ses projets. Il a néanmoins sous-estimé cette puissance indigène. En voyant ce film qui traite de Rorke’Drift, on peut se faire une idée du matériel, des costumes, des méthodes de combat des belligérants d’ Isandhlwana.

Dans l’histoire de la formation de l’Afrique du sud, les guerres anglo-zouloues sont dérivées du grand projet anglais d’absorber les colonies boers de l’Orange et du Transvaal (en vert sur la carte ci-dessous). "Absorber" est impropre, les Anglais songeant à une fédération. Mais dans tous les cas, le nouvel État fédéré aurait une politique extérieure inféodée à celle de Londres. Autrement dit, les États boers perdraient leur souveraineté externe.

 

Sur la carte, repérer : Simons’town (c’est LA base navale, militaire et stratégique, des Anglais, étape essentielle sur la Route des Indes) ; repérer aussi la baie de Ste Lucie au pays des Zoulous, la baie Delagoa au Mozambique portugais : deux accès à la mer convoité par les Boers du Transvaal. La carte présente les deux républiques boers : elle date d’avant 1902 et d’avant la Guerre des Boers. Concernant le République sud-africaine mentionnée sur la carte, voici un lien :

 https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_sud-africaine_(Transvaal) 1857-1902. l'Atlas date d'avant 1902.

 

La carte permet de constater que la maîtrise du littoral de l’Océan indien par les Anglais passe par une relation directe avec le Portugal présent en Mozambique, le Portugal étant un pays vassalisé. Seul moyen d’interdire au Transvaal un accès à la mer. Car les Boers du Transvaal - République sud-africaine se concertent avec les Hollandais et les Allemands pour obtenir cet accès : les Anglais y voient une menace sur leur route des Indes. Mais les Anglais se heurtent dès lors à la présence du royaume zoulou. Ce seront donc les guerres anglo-zouloues, préludes au grand affrontement avec les Boers.

Le film traite donc d’un fait historique de ces guerres : l’attaque au gué de Rorke (Rorke’s Drift) de bâtiments occupés par les Anglais, transformés en hôpital de campagne, avec un pasteur suédois et sa fille, attaque qui a lieu dans le prolongement de la catastrophe d 'Isandhlwana. Cette dernière victoire a dû exciter les Zoulous qui partent à l’assaut d’un site fortifié, ce qui était interdit par le roi de la tribu. Pourquoi ? parce que les Zoulous se battent avec des lances qui ne doivent pas être jetées comme des javelots mais doivent servir au corps à corps (les Anglais ont des baïonnettes pour cela), il faut donc s’approcher au plus près de l’ennemi mais si ce dernier est protégé par ses fortifications –fussent-elles sommaires, comme ici – le tir de ses armes à feu se fera à bout portant et les zoulous seront abattus inexorablement. Je cite l’encyclopédie wiki : "À 16 h 20, un régiment frais de Zoulous (il faisait partie de la réserve à Isandhlwana) arrive à Rorke's Drift. Il est commandé par le prince Dabulamanzi, frère du roi Cetewayo, qui désobéit à son roi en se lançant à l'assaut d'une position fortifiée".

Le film met en scène un Boer, présent pas solidarité avec les Anglais, qui –avant l’assaut- dessine sur le sable le schéma de la tactique de l’infanterie Zouloue ; le schéma est exact mais, en l’occurrence inopportun car il ne concerne que l’attaque d’une infanterie par l’infanterie zouloue. Vous pourrez observer ce schéma sur le site https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Isandhlwana, l’intitulé est "Schéma de la tactique zouloue avec enveloppement de l'adversaire par les ailes". En l’espèce, au gué de Rorke, il n’y a pas de développement par les ailes, on assiste à un massacre systématique, ordonné, méthodique avec cadavres des Zoulous pleins de bravoure s’accumulant devant les fortifications de bric et de broc mis en place sur ordre du Lt John Chard (personnage historique).

Les soldats britanniques se montrent parfaitement disciplinés. Il est dangereux de faire tirer tous les soldats simultanément. Lorsque toute la ligne a tiré, il faut recharger le fusil, temps suffisant pour permettre aux Zoulous d’utiliser leur lance. Aussi, la ligne est divisée en deux : les uns tirent cependant que les autres rechargent, puis c’est l’inverse ; si bien qu’il y a toujours une mitraille sur les Zoulous. C’est efficace et épouvantable. Car les Zoulous n’ont guère que leur bouclier en bois mince et leur lance courte. Quelle protection contre une balle de fusil ? C’est la paysannerie africaine contre la mère de la Révolution industrielle du XIX° siècle. Les Britanniques se servent du fusil Martini-Henri, adopté en 1871, qui se charge par la culasse et non plus par la gueule. Au début du film, lorsque le lieutenant Broomhead lance un "feu à volonté", une veste rouge dit à sa voisine, le sourire aux lèvres "c'est un cadeau qu'il nous fait !". Parbleu  ! les zoulous sont abattus comme au casse-pipes du stand de tir forain...

 

Le film donne en effet à voir ces fameuses tuniques rouge-écarlate avec le casque blanc, uniforme qui a son plein emploi lors du Trooping the Colour, à Londres, mais dans la savane africaine, avec soleil de l’été, c’est plus discutable. Le sergent Bourne (remarquable Nigel Green) totalement coincé dans son Restreint exige que chaque bouton de chaque tunique soit bien fermé. Endfield met en scène le Lt Chard, ingénieur hydraulique du Royaume qui est venu construire un barrage sur le gué de Rorke et le Lt Broomhead, héritier. Chard est d’origine prolétaire et se promet bien de ne pas renouveler son engagement après un tel massacre ; Chez les Broomhead on est officier de père en fils, "mon père était à Waterloo, mon grand-père est mort à Québec" dit-il à Chard. Avant midi, alors que les Anglais soignent leurs plaies à Isandhlwana, et que des Zoulous manœuvrent en direction du gué de Rorke, Broomhead est allé chasser, il rentre à cheval, au pas, sa cape blanche recouvrant l'arrière-main du cheval, et des serviteurs portant le léopard et la biche qui pendent par les pieds du gros bâton qu’ils ont à l’épaule… C’est Michel Caine, alors âgé de la trentaine qui joue le rôle du jeune aristo aux cheveux blonds frisés. Il va découvrir l’enfer. L’armée britannique est restée une armée d’ancien régime ; Rien n’a changé depuis la Crimée la charge de la brigade légère (1968) -guerre de Crimée en 1854-. Chard, plus ancien dans le grade le plus élevé, prend la direction des opérations. Il sera, lui, à la hauteur (Stanley Baker -que l'on retrouve dans Les canons de Navarone-).

    A la fin, les Zoulous se retirent et chantent. Broomhead qui n'a rien appris de son séjour, dit "écoutez-les, ils nous narguent" ; "vous ne pouvez pas plus vous tromper" dit le Boer, "ils louent votre courage militaire"...




on peut consulter http://www.dailymail.co.uk/news/article-2166598/Astonishing-drawings-capturing-bloody-aftermath-Rorkes-Drift.html#comments

et aussi : https://www.google.fr/search?q=Rorke%E2%80%99Drift,&client=firefox-b&tbm=isch&imgil=-mv0nrgbR8fwKM%253A%253BlKM3Zv4IUpoOVM%253Bhttp%25253A%25252F%25252Fwww.warlordgames.com%25252Frorkes-drift-battle-set-limited-quantities%25252F&source=iu&pf=m&fir=-mv0nrgbR8fwKM%253A%252ClKM3Zv4IUpoOVM%252C_&usg=__NRG4Ur96QVHOfV8ydnUPnQR-Z9Y%3D&biw=1920&bih=897&ved=0ahUKEwjpj5-K6L_VAhVIDsAKHY6PC7EQyjcImQE&ei=PpSFWen4IsicgAaOn66ICw#imgrc=vuPYVvmdkssM4M:


 

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