Critiques de films

  • Casablanca (1942) avec Humphrey BOGART 22 juin 1940 : armistice entre la France de Pétain et Hitler. L’empire colonial français reste à la disposition du "gouvernement de Vichy". Juin 40 : le résident général au Maroc ...
    Publié à 12 janv. 2018 à 03:08 par Jean-Pierre Rissoan
  • DJANGO DECHAINE (Q. TARANTINO, DJANGO UNCHAINED, 2013) C’est un bon film de Tarantino qui traite de la question de l’esclavage (Sud des Etats-Unis forcément) deux ans à peine avant le déclenchement de la Guerre ...
    Publié à 8 janv. 2018 à 11:37 par Jean-Pierre Rissoan
  • THE BIRTH OF A NATION (NATE PARKER, 2016) Le film s’empare du titre de l’œuvre de D. W. Griffith - sortie en 1915 et résolument raciste - avec la volonté d’en prendre le contre-pied. Le scénario ...
    Publié à 31 déc. 2017 à 10:29 par Jean-Pierre Rissoan
  • Kolberg. Un film de Goebbels (Allemagne, 1945).     C’est un film allemand de 1945. En commençant – avec retard, j’ai raté le début du film – la vision je jette un œil sur le programme et je vois ...
    Publié à 7 déc. 2017 à 05:15 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le Guépard de Lucchino Visconti.(version complète) Le Guépard de Lucchino Visconti.Le Guépard de Lucchino Visconti.     Avec les moyens actuels de restauration des films nous avons droit à des copies d’une qualité parfaite. C’est ...
    Publié à 16 janv. 2018 à 10:06 par Jean-Pierre Rissoan
  • « THE PATRIOT », le chemin de la liberté... l'analyse du film est lisible ici : https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/articles/histoire-d-ailleurs/etats-unis/%C2%ABthepatriot%C2%BBlechemindelaliberte  ou aussi : « THE PATRIOT », le chemin de ...
    Publié à 27 sept. 2017 à 03:35 par Jean-Pierre Rissoan
  • Bon voyage ! de J.-P. Rappeneau (2003) Excellent film, à voir et revoir. Ci-dessous les six principaux personnages, tous parfaitement interprétés. En tête, le jeune écrivain Frédéric Auger, qui progressivement émergera de la lie bordelais pour ...
    Publié à 24 sept. 2017 à 01:46 par Jean-Pierre Rissoan
  • ZOULOU, film de C.R. Endfield (1964) Ce film est sorti en 1964, il fut réalisé par Cyril Raker Endfield. Saluons dans ce dernier une des nombreuses victimes du Maccarthysme et de la chasse aux sorcières. En ...
    Publié à 17 sept. 2017 à 04:48 par Jean-Pierre Rissoan
  • Une femme en péril (The House on Carroll Street) par Peter Yates (1988).     Une femme en péril (The House on Carroll Street) est un film américain réalisé par Peter Yates et sorti en 1988. Grâce à Paramount Channel mais aussi à TCM-le ...
    Publié à 26 août 2017 à 03:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les gangs de New York, Scorsese (2002)     Ce film gigantesque (longueur de la pellicule 2h50mn, stars mondiales et centaines de figurants, costumes d’époque, décors reconstituant le New York du milieu du XIX° siècle…) (dix oscars, 2003 ...
    Publié à 4 mars 2017 à 10:49 par Jean-Pierre Rissoan
  • "OCTOBRE" de Serge Eisenstein (1927) Les soldats s'en vont distribuer les journaux révolutionnaires. Les tâches sont réparties. Impossible de dire s'il s'agit d'une photo de 1917,ou d'une capture d ...
    Publié à 14 juin 2017 à 08:34 par Jean-Pierre Rissoan
  • MORT A VENISE, Luchino Visconti, 1971.     Comment peut-on ajouter des phrases aux commentaires sur ce chef-d’œuvre absolu ? C’est le Père Noël qui m’a offert ce DVD et c’est pourquoi j ...
    Publié à 19 sept. 2017 à 15:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Marguerite" avec Catherine Frot (2015)     Ce n’est pas un film à proprement parler "historique". La reproduction des années 1920 est cependant absolument parfaite. On sait qu’il s’agit de l’histoire de Marguerite ...
    Publié à 27 sept. 2017 à 15:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le nom de la rose (Eco - Annaud) 1986     Film-évènement devenu film-monument, Le nom de la rose appartient maintenant à la vidéothèque et à la bibliothèque de tout individu un peu dégrossi. je ne vais pas analyser ...
    Publié à 30 août 2017 à 05:48 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le dernier empereur     C’est un film grandiose que nous offrit Bertolucci en 1987, il y a déjà trente ans. Présenté comme un film « biographique », il fallait nécessairement parler des différentes étapes de ...
    Publié à 7 mars 2016 à 08:26 par Jean-Pierre Rissoan
  • Enamorada, Mexique, 1946.    C’est le Festival LUMIÈRE 2015 qui nous a offert ce qu’il a appelé lui-même, par la bouche de l’un de ses présentateurs, une "pépite". A la ...
    Publié à 13 oct. 2015 à 10:14 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA HORSE (1969) ; Lambesc, Granier-Deferre, et le vicomte de Bonald.     mots-clés : traditionalisme, vicomte de Bonald, 1968, Lambesc, Granier-Deferre, Horse,     Film assez étonnant. Plus réactionnaire, tu meurs… Le film est tourné après 1968 d’après un livre de Lambesc ...
    Publié à 15 oct. 2016 à 14:54 par Jean-Pierre Rissoan
  • The Deer Hunter (voyage au bout de l’enfer), Cimino 1978.     Le titre anglais est traduisible par "Le chasseur de cerf" ou de cerfs. Comment passe-t-on à "Voyage au bout de l’enfer" ? Miracle transatlantique. Marketing sans aucun doute ...
    Publié à 8 janv. 2018 à 05:05 par Jean-Pierre Rissoan
  • Gabin - Simenon et l'affaire Saint-Fiacre (1959)             C’est un film-marronnier comme on dit de ces thèmes récurrents qui défrayent la chronique quand l’actualité délaisse les journaux. Le film avec un Gabin en pleine forme ...
    Publié à 11 oct. 2016 à 07:54 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 21 mai 2015 à 08:14 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 21 juin 2017 à 07:49 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 24 juil. 2015 à 05:19 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 16 févr. 2017 à 03:50 par Jean-Pierre Rissoan
  • KAGEMUSHA de Kurosawa, 1980     Film magique qui vous fait passer 2 heures 30 pour une demi-heure… Richesse des décors et des costumes, mise en scène magistrale des chevauchées fantastiques autant que des ambiances ...
    Publié à 5 nov. 2017 à 07:16 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 13 févr. 2017 à 15:18 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 1 août 2016 à 14:58 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 9 oct. 2017 à 03:58 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 7 févr. 2017 à 14:25 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 24 déc. 2017 à 16:40 par Jean-Pierre Rissoan
  • OPEN RANGE de Kevin Costner (2003)     C’est en principe un vrai film de cow-boy puisque les héros du film (Boss Spearman : Robert Duvall -excellent, on l’avais vu dans un tout autre rôle dans ...
    Publié à 25 août 2016 à 14:45 par Jean-Pierre Rissoan
  • La grande illusion, Jean RENOIR (1937).     Ce film est d’abord une constellation d’étoiles du cinéma. Jean Gabin, Pierre Fresnay, Eric von Stroheim, Dalio et Carette, sans compter -dans de petits rôles- Jean Dasté et ...
    Publié à 7 nov. 2014 à 11:44 par Jean-Pierre Rissoan
  • Danse avec les loups de Kevin Costner (1990)     C’est un film admirable à tous points de vue, il faut le voir et re-voir. Wiki nous informe que "c'est un des films les plus récompensés de ...
    Publié à 20 nov. 2015 à 01:51 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Remains of the day" de James Ivory (1993), les VESTIGES DU JOUR     James Ivory a réalisé ici un film que l’on pourrait qualifier de pervers. On ne se lasse pas de le voir et revoir et pourtant de quoi nous parle ...
    Publié à 10 sept. 2017 à 03:07 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le bon, la brute et le truand... Sergio Leone (1966)         Ce film célèbre que l’on a vu trois ou quatre fois, présente un intérêt historique que je voudrais souligner ici. Les trois hommes qui se battent pour la découverte ...
    Publié à 21 juin 2015 à 08:27 par Jean-Pierre Rissoan
  • Il était une fois…la révolution (S. Leone, 1971)     Avec un titre pareil, ce film devait figurer depuis le début dans ma liste puisque ce site s’intitule « Traditionalisme & Révolution ». En fait, j’ai longtemps hésité car ce film ...
    Publié à 20 nov. 2017 à 02:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • La porte du paradis de Michael Cimino (1980 - 2012)     Ce film fut classé naguère comme « l’un des plus beaux bides de l’histoire du cinéma », ayant provoqué dit-on une perte de 114 millions de dollars et la ...
    Publié à 3 avr. 2017 à 05:37 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 23 févr. 2013 à 05:42 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 29 nov. 2017 à 02:28 par Jean-Pierre Rissoan
  • Sissi impératrice (1956) et les autres     Ce site - beaucoup l’ont compris - a aussi pour vocation d’aider les lycéens, étudiants et jeunes collègues dans la lourde mission de professeurs. Que vient faire un truc comme ...
    Publié à 31 oct. 2017 à 02:43 par Jean-Pierre Rissoan
  • « John RABE, le juste de Nankin », 2009, Florian Gallenberger     DVD 2011, distribution France-Télévision.       Imaginez un immense drapeau nazi, de l’ordre de 50m2, étendu parallèlement au sol avec des piquets qui le maintiennent à 1,5m - 2 mètres ...
    Publié à 1 oct. 2016 à 15:01 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Land and freedom", la Guerre d’Espagne de Ken Loach (1995)     Cette analyse de film complète la partie du cours consacré aux R.I. de 1936 à 1939, accessible dans la partie "le coin du bachotage"LES R.I. DE 1936 ...
    Publié à 19 juil. 2016 à 05:14 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 31 mai 2017 à 07:44 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 1 sept. 2016 à 15:34 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 18 févr. 2015 à 06:02 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 13 sept. 2017 à 03:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Le train sifflera trois fois" (High Noon) avec Gary Cooper (1952)      Ce film est un chef-d’œuvre absolu qui marqua durablement mon enfance : c’est tout dire ! La musique (oscar) du « si toi aussi tu m’abandonnes » et la chute ...
    Publié à 30 sept. 2016 à 00:15 par Jean-Pierre Rissoan
  • « La nuit du chasseur » de Charles Laughton (1955)      Au programme du festival LUMIÈRE  de Lyon 2012.            La Nuit du chasseur est considéré comme l'un des plus grands films de tous les temps. Beaucoup de choses ont été ...
    Publié à 27 sept. 2017 à 11:20 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 16 nov. 2017 à 08:13 par Jean-Pierre Rissoan
  • Lawrence d’Arabie de David Lean (1962) avec Peter O’Toole     L’Institut Lumière de Lyon programme Lawrence d’Arabie pour la rentrée. Sur écran géant, le film qui se déroule pour l’essentiel dans le désert donnera toute sa mesure ...
    Publié à 30 oct. 2017 à 06:17 par Jean-Pierre Rissoan
  • Shakespeare in love (Shakespeare et Juliette) John Madden, 1999.     Ce double titre est un clin d’œil à nos amis québécois.    Shakespeare in love [1] bénéficie d’une excellente distribution avec, entre autres, Joseph Fiennes (William Shakespeare) que l ...
    Publié à 22 août 2017 à 14:38 par Jean-Pierre Rissoan
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Casablanca (1942) avec Humphrey BOGART

publié le 6 janv. 2018 à 05:48 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 12 janv. 2018 à 03:08 ]


22 juin 1940 : armistice entre la France de Pétain et Hitler. L’empire colonial français reste à la disposition du "gouvernement de Vichy".

Juin 40 : le résident général au Maroc, le général d’armée Charles Noguès – nommé en 1936 - s’aligne sur le régime de Vichy et derrière le général Weygand, chef des armées puis ministre de la défense  de Pétain. Noguès interdit toute dissidence au Maroc.

Octobre 1940 : Weygand, Délégué général en Afrique française.

1940 : Charles Noguès autorise l'installation d'une délégation de la Commission allemande d'armistice à Casablanca.

Janvier 1941 : L’amiral William D. Leahy est nommé par le président Roosevelt ambassadeur des USA à Vichy, auprès du Maréchal Pétain : il y restera jusqu’en Mai 1942.

7 décembre 1941 : agression japonaise à Pearl Harbor.

8 décembre : déclaration de guerre des États-Unis au Japon.

11 décembre 1941 : déclaration de guerre des États-Unis à l’Allemagne et à l’Italie.

20 novembre 1941 : Weygand rappelé en France, remplacé par le général Juin.

1942 : Roosevelt confie à Frank Capra la mission de filmer Why we fight ?.

Avril 42 : retrait de Leahy, remplacé par Tuck, un diplomate, qui jusqu’en Décembre1942, privilégie clairement le régime de Vichy par rapport à la France libre, selon la ligne fixée par Washington.

25 mai 1942 : début du tournage de Casablanca par Michael Curtiz.

3 août 42 : fin du tournage.

8 novembre 1942 : débarquement américain sur les côtes marocaines (opération "Torch").

26 novembre 1942 : sortie du film aux États-Unis.

9 mai 1943 Noguès avec Lt.-General Mark W. Clark à Casablanca lors d'une cérémonie de présentation d'armements aux Forces Françaises.

En juin 1943, le diplomate G. Puaux, gaulliste, devient résident général au Maroc, prenant la relève de Charles Noguès qui vient de démissionner.
***

Quoi de pire qu’une chronologie indigeste pour saboter le charme langoureux d’Ingrid Bergman (Isla dans le film) et casser l’irrésistible élan d’amour qui la porte vers le viril homme au chapeau indestructible, Humphrey Bogart (Rick Blaine) ? En fait, il m’est difficile d’aborder le film-culte par ce biais de la poésie-propre de l’homme – tout ayant été dit à ce sujet – d’une part du fait de mes incompétences, d’autre part parce que ce n’est pas la vocation de ce site. Mais j’ai pensé aussi qu’à trop insister sur le côté sentimental on passe par-dessus un aspect fondamental du film. N’est-il pas d’abord un film d’engagement politique ? Une geste cinématographique pour la bonne cause, la meilleure des causes : la lutte pour la liberté contre le pire, à savoir le nazisme ? et puis, scolairement, quel élève/étudiant peut aujourd’hui comprendre les enjeux qui traversent le Maroc en 1942 ?

Le film a presque une unité de lieu, comme les pièces du théâtre classique, à savoir la boîte de nuit de Rick. De ce point de vue tout est parfait, il faut bien le dire. Ambiance ludique et musicale, avec Sam le pianiste et Carl, le maître-d’hôtel bonhomme –qui se révèlera membre de la Résistance- ; ambiance cosmopolite : tout le monde est là ; ambiance interlope : tout le monde n’est pas en situation régulière, ni n’a un comportement licite, loin de là. La magie du metteur en scène, Curtiz, joue à plein : on y est et on y est bien. Il est vrai que le scénario est tiré d’une pièce Everybody Comes to Rick's qui dit bien ce qu’il en est.

Le "tout Casablanca" se retrouve donc ici, chez Rick’s.

Il y a les représentants institutionnels. D’abord, le capitaine Louis Renault, "préfet de police", qui représente Vichy, via le général Noguès que l’on ne voit jamais ; ensuite le Major Heinrich Strasser, "consul d’Allemagne", qui, quoique l’armistice donne tout pouvoir à Vichy, se mêle de ce qui le regarde, c’est-à-dire tout. Il y a, bien sûr, le boss du lieu, un américain exilé, Rick Blaine, interprété par Humphrey Bogart, qui a une présence exceptionnelle mais qui est intérieurement détruit par un chagrin d’amour qui, comme dit la chanson, dure toute la vie. On voit aussi très souvent Señor Ferrari, le patron de la boîte concurrente le Perroquet Bleu ; avec son chapeau marocain traditionnel et son salut, Ferrari fait très couleur locale, il tient également accessoirement, le monopole sur le marché noir de la ville. Tout le monde semble ici depuis toujours lorsqu’arrive un couple perturbateur : Ilsa Lund et Victor Laszlo, épouse et mari.  

Le film a un côté polar avec l’affaire des sauf-conduits attribués à des Allemands, mais ces derniers ont été tués et un petit malfrat – Ugarte, interprété par Peter Loore - s’en est emparé pour les vendre le plus cher possible à Laszlo. Casablanca est en effet une plaque tournante du trafic aérien vers les États-Unis. Avec un vol direct sur Lisbonne d’où partent les vols transocéaniques. Mais pour quitter Casablanca, il faut le sauf-conduit signé par l’Etat français. Laszlo, présenté dans le film comme chef suprême de la Résistance européenne -ce qui n’a jamais existé – doit aller en Amérique pour mieux organiser la Résistance, en Europe il est pourchassé sans arrêt. Mais il veut aussi emmener Isla, sa légitime. Qui détient ces deux sauf-conduits signés de Weygand ? à qui Rick – c’est à lui que Ugarte les a confiés avant de mourir – va-t-il les vendre ? Va-t-il les garder pour lui et Isla –son amour retrouvé – et rejoindre son pays natal ? Va-t-il les donner à Laszlo et Isla ? la fin du film tourne autour de cela.

J’en arrive à ce qui me tient à cœur.

Le film est carrément francophile. La Marseillaise est partout dans la musique du film : générique d’entrée, générique de fin, musique d’accompagnement, et surtout dans une des scènes les plus vigoureuses : au Rick’s, lors d’une soirée arrosée, les Allemands en uniforme chantent Die Wacht am Rhein, que faire ? les laisser chanter, ils sont (presque) chez eux. Laszlo s’y refuse. Il demande à l’orchestre de jouer la Marseillaise, le chef interroge du regard Rick qui opine de la tête et c’est tout le Rick’s qui entonne notre chant national, le combat est de courte durée car les Allemands défaillent sous le nombre et la Marseillaise termine seule entonnée par une foule en liesse ou en larmes[1]. C’est, selon moi, la plus belle Marseillaise de l’histoire du cinéma AVEC celle de Renoir dans La grande illusion.

Le personnage de Rick est au-dessus de tout soupçon. Sa neutralité est liée à la nature de son établissement : escale du Monde mais aussi à son déboire amoureux. En 1935, il avait fourni des armes aux Éthiopiens contre l’Italie de Mussolini, en 1936, il fut membre des Brigades internationales. Sa tête est mise à prix, il est sur la liste noire de l’Allemagne nazie ce qui est pour lui un tableau d’honneur. Son antipathie à l’égard de Strasser va croissant.

Louis Renault est un fonctionnaire corrompu, qui gagne toujours à la roulette du casino du Rick’s, qui vend des sauf-conduits aux femmes en échange de leurs corps, mais l’ambiance délétère de Casablanca ne peut guère faire éclore des héros. Malgré tout, lui aussi évolue, sa conduite à l’égard de Strasser n’est faite que d’habileté ; à la fin, il laisse tomber à la poubelle une bouteille d’eau de Vichy (sic) et finalement, l’envol de l’avion pour Lisbonne emportant Ilsa et Laszlo, il part, bras dessus-bras dessous, avec Rick lequel annonce une grande amitié entre eux-deux. C’est la préfiguration de l’alliance franco-américaine.     

Ce film, en effet, est aussi une main tendue à la France pour qu’elle rejoigne le camp des Alliés. Je ne peux pas croire que la Warner Bros connaissant l’entreprise Why we fight ? puisse laisser tourner Casablanca avec pour seul ressort celui de l’amour, le choix cornélien d’Ilsa entre Rick de Paris qui la fascine et Laszlo le résistant qu’elle admire. Au demeurant, l’équipe des scénaristes du film se renforça de Howard Koch, militant communiste[2] qui affina l’aspect politique du film.  Mais quelle France ? La France libre ou celle de Vichy ? Pour Koch et Curtiz[3] c’est la France Libre du général de Gaulle (Croix de Lorraine, tracts signés Free France –sic-).

Roosevelt hésita longtemps. Il n’aimait pas De Gaulle, sans légitimité selon lui et aux tendances autoritaires, en revanche il envoya comme ambassadeur à Vichy, un ami intime l’amiral Leahy. "Attitude qui se perpétuera, car après le débarquement américain en Afrique du Nord, l’amiral Leahy, devenu chef du cabinet militaire du président Roosevelt, pèsera de son influence pour que son homologue (l’amiral) Darlan reste l’interlocuteur privilégié de Washington"[4]. En mai 1943, le généralissime américain Lt.-General Mark W. Clark est à Casablanca aux côtés de Noguès lors d'une cérémonie de présentation d'armements aux Forces Françaises. Le film de Curtiz est donc nettement plus engagé que le cabinet Roosevelt. Au demeurant Vichy faisait les yeux doux aux Américains. Le projet de constitution écrit par les hommes de Pétain est conçu pour montrer à Roosevelt que Vichy n’est pas un régime nazi (voir mon livre, ici-même).

 

Si débat il y a, la maturation de Rick le règlerait  rapidement. Rick opte finalement pour le départ d’Isla avec Laszlo et, sans oublier ce qu’ils ont vécu à Paris, dit à son amour-pour-toujours que ces problèmes amoureux, pour douloureux qu’ils soient ne sont "que de petits problèmes qui n’ont pas grande importance"(sic)  à côté de ceux du Monde. Rick est décidément un héros.

***

à lire : :

http://livreblanc.maurice-papon.net/leahy.htm  : sur la politique des USA à l’égard de Vichy

Aljean Harmetz, Round Up the Usual Suspects: The Making of Casablanca, Warner Books, 1993, 402 p. (ISBN 1562827618)



[1] Lire la notice Wiki de Madeleine Lebeau.

[2] Il fut en 1951 inscrit sur la liste noire des studios hollywoodiens.

[3] Sans doute aussi Humphrey Bogart qui, lors de la chasse aux sorcières contre les 10 d’ Hollywood organisa une fronde de protestation des acteurs américains contre cette chasse aux sorcières.

[4] Extrait du livre blanc sur Maurice Papon, analyse de la politique de l’amiral Leahy, http://livreblanc.maurice-papon.net/leahy.htm Darlan, assassiné la veille de Noël 1942, était la face soft du vichysme (par opposition à Laval).


DJANGO DECHAINE (Q. TARANTINO, DJANGO UNCHAINED, 2013)

publié le 30 déc. 2017 à 14:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 8 janv. 2018 à 11:37 ]


C’est un bon film de Tarantino qui traite de la question de l’esclavage (Sud des Etats-Unis forcément) deux ans à peine avant le déclenchement de la Guerre de Sécession. Ce n’est pas un plaidoyer scientifique ou moralisateur,  Tarantino cherche à accueillir le plus de monde possible. Pari réussi si l’on en croit Wikipédia qui parle du "meilleur succès commercial de Tarantino". La distribution fut à la hauteur de l’ambition avec Jamie Foxx (capable d’interpréter aussi bien Django que Ray Charles), Christoph Waltz que l’on a vu dans Inglourious Basterds et Carnage, Leonardo Di Caprio que l’on ne présente plus et Samuel L. Jackson (Pulp fiction et bien d’autres).

Tarantino a écrit le scénario du film. Il fallait utiliser la germanité de C. Waltz et Tarantino invente une "maîtresse" germanophone puisque d’origine allemande, qui apprend la langue à une esclave afin de ne pas être seule à la parler. Cette esclave sera surnommée Brunehilde. Cette dernière est l’épouse de Django mais l’esclavage est ainsi fait qu’il peut séparer ce que Dieu – le même que celui des esclavagistes – a uni. Grâce au Docteur King Schultz (C. Waltz excellent) Django part à la reconquête de son épouse Brunehilde ; il est donc Siegfried : un Siegfried noir, il fallait y penser.

Juste avant que Django se libère de ses chaînes, "se déchaîne", il formait avec le Dr Schultz un duo de chasseurs de primes. Schultz n’est pas avare de ses balles pour trucider le "wanted" à restituer mort ou vif à la police. Un cas d’espèce se pose à Django quand il doit tirer sur un "wanted" qui est en train de labourer un champ avec son fils, n’aurait-il pas droit à des circonstances atténuantes ? Cela ne vaut-il pas la peine d’être discuté ? pas pour le Dr Schultz qui reste inflexible. C’est l’aspect noir du chasseur de primes qui n’est d’ailleurs pas – de façon générale – admiré par la population. Cette séquence reste au travers de la gorge.

J’en profite pour signaler un détail. Le duo – qui a décidé de quitter le Texas pour effectuer un immense détour via les Rocheuses - se trouve, lors de la scène rupestre du labour, dans un espace totalement dépourvu, y compris les sommets, de neige. Contrairement à la séquence précédente. Puis, on retrouve nos héros en haute-montagne avec 30 cm d’épaisseur de neige. Quel itinéraire ont-ils donc suivi ? C’est un peu agaçant et suscite chez l’ancien pédagogue l’envie d’écrire "manque de soin" ou "soignez vos exemples", etc… Soudain, on revient dans le Mississippi. Tarantino n’en est pas à quelques milliers de km près. Au moins, durant ce périple, Django a-t-il pu perfectionner la précision de ses tirs et tenter de tirer plus vite que son ombre. Cela lui sera utile ultérieurement.  

Puisque le film traite de l’esclavage voyons ses apports à l’édification historique des masses qui accourent aux films de Quentin. Ce dernier accorde une place importante à l’homme à cheval. Django devenu libre grâce à Schultz se déplace par ce moyen. Cela stupéfie les gens du Sud. Un nègre à cheval ! Cela ne s’est jamais vu. Ou alors c’est un noir libre ? D’ailleurs, cela est une pièce à conviction : des Blancs demandent à des Noirs s’ils ont vu arriver Django à cheval aux côté du Dr Schultz le matin même, leur réponse affirmative confirme la déclaration de Schultz. Le Sud est au stade préindustriel : les masques de fer, les chaînes, les anneaux de fer aux pieds, les "paniers à salade" –pour le transport de quelques esclaves – tout cela rappelle l’artisanat médiéval. Même le "four" : c’est une boîte en fer forgé, de forme parallélépipédique de 40 cm de hauteur, 70 de large x 1m60 de long, à moitié enfouie dans le sol dans laquelle on enferme un esclave fugitif. Exposée en plein soleil subtropical. Sans trous d’aération. C’est l’horreur. Brunehilde était enfermée dans un four quand Django et Schultz arrivent dans la plantation de Calvin J. Candie (Di Caprio) dont elle est l’une des esclaves. On assiste à la marque au fer rouge (sur la joue droite), au supplice du fouet infligé même aux femmes. Tarantino filme le coton à fleurs rouges : éclaboussures du sang d’un esclave tué par balles. Un salopard arrive non pas avec l’épée en main droite et la Bible en main gauche, comme tous les pionniers venus d’Angleterre ou des Pays-Bas mais avec le fouet et la Bible. Avant de passer à l’acte, il récite un passage de la dite-Bible : "Et Dieu te dira : tu as sous ta coupe tous les animaux de la terre"… Comme il est devant des nègres, cela signifie que, pour lui, ceux-ci appartiennent au monde animal. C’est l’insulte suprême.   

Qu’est-ce donc que l’insulte suprême ? Ce sont des mots - qui peuvent tuer on le sait - adressés à un Noir et lui disant qu’il n’est pas un homme mais un animal. Malgré les révolutions du XVIII° l’insulte suprême reste très en vogue au XIX° siècle. Aux Etats-Unis d’Amérique, en 1829, David Walker (1785-1830), noir abolitionniste dont la tête fut mise à prix, peut écrire que la condition des Noirs est pire que celle que connurent les Juifs en Égypte car on ne les considère pas comme des hommes[1] : "montrez-moi une page (de l’Ancien testament, JPR) qui affirmerait que les Égyptiens ont proféré l’insulte suprême en prétendant que les fils d’Israël n’appartenaient pas à la grande famille humaine". Cette thèse selon laquelle le blanc et le noir sont différents pour des raisons objectives est affirmée avec violence par Calvin Candie devant Schultz et Django qu’il a invités à sa table. Adepte de la phrénologie, il démontre – croit-il – que le cerveau des noirs possède des alvéoles – introuvables chez un cerveau blanc – qui sont les "alvéoles de la servilité". Cela dit, que doit-on penser de ces Blancs qui forniquent sans arrêt avec des Noires, violées ou non ? Qu’est-ce donc que cette zoophilie ?

Je passe sur l’histoire des Mandingues, ces noirs-gladiateurs qui se battent à mains nues jusqu’à ce que mort s’en suive. Pour certains c’est une erreur historique de Tarantino (cf. deux liens ci-dessous). En revanche, l’utilisation des chiens est un fait historique avéré. Chiens élevés pour suivre le fugitif, le mordre voire le dévorer. Ce sont les Espagnols qui ont introduit le chien contre les Indiens (d’où l’appellation de chiens de Cuba). Les Américains s’en sont servis contre les Indiens séminoles en Floride, dès les années 1820.  

Dans cette sorte de western, tout le monde attend le gunfight final. C’est le moment où Django se déchaîne. Tireur d’élite, il ne fait qu’une bouchée des dizaines d’hommes-lige de Calvin – choix de prénom malin de la part de Quentin qui souligne l’âpreté au gain des Sudistes - . Django tue avec sang-froid les blancs qui le gênent ou l’agressent : mais c’est la guerre. La guerre des races. Il est particulièrement violent à l’égard de Stephen (Samuel L. Jackson remarquable dans le déni de soi) qui est totalement acculturé, c’est-à-dire blanc dans l’âme, il est plus esclavagiste que son maître peut l’être. Hélas, il ne fut pas seul dans ce cas. La fin est un feu d’artifice, Django utilise tous les bâtons de dynamite dont il a pu disposer pour faire exploser la villa de la plantation de Calvin Candie, belle bâtisse avec colonnes extérieures de style ionique.  

C’est évidemment une forte critique à formuler à l’égard de Quentin Tarantino : sa lutte des noirs contre l’esclavage est la lutte d’1 noir ! Django n’a aucun souci de rassembler les masses les plus nombreuses, de distiller l’esprit de lutte dans les âmes de ses frères abâtardis. C’est un solitaire. C’est un héros qui fait l’Histoire, pas le peuple. Déjà, dans Inglourious Basterds, la vérité historique en avait pris un coup sérieux et il ne sera pas surprenant de lire des copies – dans quelques années – où le potache écrira que Hitler est mort dans une salle de cinéma à Paris.    

Autre aspect à retenir. Chaque planteur est un propriétaire au sens le plus aigu. Il y a le monde extérieur et il y a SA plantation où s’applique le droit qu’il a conçu. Le Sud est une mosaïque de souverainetés innombrables. Chaque maître y est un seigneur-chevalier. Il partira contre le yankee avec l’assurance du vainqueur d’avance.

 à lire aussi sur ce site : THE BIRTH OF A NATION (NATE PARKER, 2016)

 

Deux lectures recommandables :

http://www.standardsandmore.fr/vu-lu-entendu/39-cinema/487-django-unchained-esclavage-stereotypes

https://lepetitlexiquecolonial.wordpress.com/2013/02/06/django-ketchup-et-marmelade/

 



[1] Cité par H. ZINN, page 209.

THE BIRTH OF A NATION (NATE PARKER, 2016)

publié le 19 déc. 2017 à 09:34 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 31 déc. 2017 à 10:29 ]

Le film s’empare du titre de l’œuvre de D. W. Griffith - sortie en 1915 et résolument raciste - avec la volonté d’en prendre le contre-pied. Le scénario est délibérément extrait d’une page d’histoire du Sud des Etats-Unis : la révolte de 1831 en Virginie. Qui dit "histoire des États-Unis" doit dire Histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn. Ce dernier écrit :


"À l'été 1831, la révolte de Nat Turner éclatait dans le comté de Southampton (Virginie), jetant le Sud esclavagiste dans la panique la plus totale. Turner prétendait avoir des visions religieuses. Il rassembla environ soixante-dix esclaves qui allèrent de plantation en plantation, saccageant tout sur leur passage, assassinant une cinquantaine d'hommes, de femmes et d'enfants. Malgré le soutien de quelques sympathisants, ils furent finalement capturés quand les munitions vinrent à manquer. Turner et dix-huit de ses camarades furent pendus. Après cette révolte, on fit tout ce qui était imaginable pour renforcer la sécurité du système esclavagiste".

Dans ce film de et avec Nate Parker, celui-ci joue le rôle de Nat Turner. J’ai apprécié ce film. La dénonciation des crimes contre l’humanité que constitue l’Institution particulière [1] est violente et suscite des larmes, de la haine et volonté de vengeance chez le spectateur. Avec Twelve years a slave [2] et Django Unchained (Django déchaîné au Québec et au Nouveau-Brunswick)DJANGO DECHAINE (Q. TARANTINO, DJANGO UNCHAINED, 2013) on dispose d’excellents outils. Car, après tout, que savions-nous de l’esclavage ? Sinon que ces pauvres gens travaillaient dans les champs de coton dans le Sud des USA au climat subtropical. et qui en rentraient gaiement, en chantant (sic) si l'on en croit les dialogues d'Autant en emporte le vent... En réalité, sous la férule de kapos qui étaient parfois, cela rajoute au mal, des noirs collaborateurs du maître. Avec Nate Parker on apprend – ou l’on ré-apprend – que l’esclave n’est pas un homme (lire ce que j'écris sur "l'insulte suprême" dans Django déchaîné) aux yeux des anglo-saxons pétris de la Bible qui leur parle de la damnation de Cham. Par contre, c’est une femme partenaire sexuelle, consentante ou non. Et le viol est monnaie courante dans le Sud. Que la femme soit mariée et mère de famille, le violeur s’en moque éperdument. Les Blancs ont dressé des chiens contre les nègres –expression d’époque- capables de mordre jusqu’à ce que mort s’en suive. S’adresser à une femme blanche, pour un nègre, c’est l’agresser et c’est risquer des coups de canne ou de parapluie dont le nombre varie selon le degré de débilité du mari. Car l’arbitraire le plus total règne dans cette relation inégale. Le Blanc est toujours impuni, il peut se permettre le plus agaçant caprice comme un merdeux. La peine du fouet est plus connue mais là-aussi les plaies profondes qui s’infectent peuvent conduire à la mort. Quand la peine est de 100 coups, le réalisateur du film ne nous montre jamais la totalité des coups, 10 est un maximum et l’on trouve cela très long, il filme cependant des spectateurs contraints qui s‘évanouissent. Les esclaves rebelles – un regard soutenu envers le maître suffit à la qualification de rébellion – sont enchaînés, bras en l’air, assis sur leurs talons, avec des muselières en fer blanc, parfois en fer forgé. Le maître les édente avec un burin et un marteau, un coup violent pour chaque dent.

Nat Turner est un esclave noir qui doit son nom à son maître, Samuel Turner, qui est un gars sympa. Ruiné mais sympa. Nat apprend vite et développe, à la lecture de la Bible, un mysticisme qui s’enrichit à chaque page, ce qui, compte tenu de l’épaisseur du Livre etc… Un pasteur anglican ventripotent apprécie la religiosité de Nat et, tout se monnayant chez les Anglo-saxons, conseille à Samuel de le faire prêcher dans les autres plantations contre espèces sonnantes et trébuchantes. Et c’est ce qui se passe. Samuel devient "celui qui se promène avec un prêcheur". Le talent de Nat fait que l’affaire est rentable, chose essentielle chez les Américains, et Samuel sort peu à peu de sa gêne pécuniaire.    .

Nat, quant à lui, apporte la bonne parole de plantation en plantation et découvre une réalité qu’il connaissait peu, au début, puisqu’il était chez un bon maître. Il chante des inepties bibliques devant des esclaves épuis(é)s, abattu(e)s, battu(e)s… Il remercie Dieu de sa gentillesse, de sa célébrissime miséricorde et invite tout le monde à chanter avec lui. Les planteurs attendent de lui qu’il dise et répète que chacun doit obéir, que la joie est dans la soumission au maître, etc… etc… Deux petites filles, blanche et noire, jouent ensemble, elles sont attachées par une corde, c’est sympa sauf que la petite esclave a la corde autour du cou… le chien, tenu par un débile dont le QI ne doit pas dépasser 60, qui l’agresse, le blanc qui le frappe fort injustement parce qu’il rendait simplement à une "maîtresse" un objet tombé à terre, cela s’imprime en lui. Il voit le martyre des noirs que l’on édente tout en parlant du ressort mystique de la Bible, martyrs dans une cave indigne d’une porcherie. Tout cela s’imprime dans l’âme de Nat. Le viol de sa femme est une autre torture morale. Le summum est atteint lorsque Samuel, pour montrer son changement de statut, invite tous ses voisins à une réception et que l’un d’eux, aviné, tripote la cuisse de la femme de Nat. Il veut la posséder. Nat évidemment refuse et Samuel, brûle ce qu'il a adoré, hurle à son esclave qu’il ne va pas saboter sa soirée et lui inflige la peine du fouet.

Alors, Nat Turner s’insurge enfin. On n’attendait que cela. La Bible lui donne des arguments pour se révolter. Tout dépend dans quel état d’esprit on la lit. C’est la révolte. Les maîtres sont abattus à coups de hache, plusieurs vont y passer. Mais les autres disposent d’armes à feu et le combat est inégal quoique les Noirs insurgés vont remporter un premier combat contre les saigneurs et maîtres. Il faudra l’intervention de la troupe pour les mater, la Virginie n’hésitant pas à sortir... l’artillerie !

Nat meurt sur l’échafaud, avec un bourreau et son bonnet ku-klux-kanesque dignes de notre Moyen-âge, sous les applaudissements des Virginiens haineux, bave aux lèvres.  Mais parmi eux Nat aperçoit un adolescent noir, qui pleure et le visage de l'enfant se transforme progressivement pour devenir un adulte, soldat adulte du 54° régiment d’infanterie du Massachusetts, premier régiment d'un État nordiste constitué de volontaires noirs lors de la Guerre de sécession.

La critique est assez hostile à ce film de Nate Parker. L’Express de notre dandy au foulard rouge abonné à nos écrans va jusqu’à écrire The Birth of a Nation est une défaite paradoxale de la pensée et du cinéma... Rien que ça !

Je le répète, on ne fera jamais assez pour dénoncer ce crime contre l’humanité, péché originel des Etats-Unis et crime mortifère des pays de la Traite.

 



[1] Jefferson utilisait l'euphémisme « l'institution particulière » pour désigner l'esclavage. (Wiki : Jefferson et l’esclavage).

[2] Oscar du meilleur film en 2014, (Esclave pendant douze ans au Québec).

Kolberg. Un film de Goebbels (Allemagne, 1945).

publié le 5 déc. 2017 à 03:54 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 déc. 2017 à 05:15 ]

    C’est un film allemand de 1945. En commençant – avec retard, j’ai raté le début du film – la vision je jette un œil sur le programme et je vois que c’est un film allemand de 1945. Diable ! Qui a bien pu réaliser un film cette année-là ? C’est la lutte finale contre le nazisme, ni la RFA, ni la RDA ne sont en place ! Mystère.

Je vois tout de suite qu’il s’agit d’un film d’histoire sur la campagne napoléonienne en Prusse en 1806 et 1807. 1806 est l’année des grandes victoires d’Iéna et d’Auerstedt, l’effondrement de la Prusse, de son armée dont les Hohenzollern étaient si fiers, l’année de la fuite de Frédéric-Guillaume III et de son épouse Louise "la reine qui défia Napoléon"[1], fuite sans repos tant les armées françaises avancent vite. Le couple royal ira jusqu’à Memel aux fins fonds de la Prusse orientale sous la protection du Tsar de toutes les Russies..

Dans cette grande débâcle, et c’est la matière principale du film, on a une espèce de "village gaulois" irréductible : la ville de Kolberg. C’est un port de la Baltique, en Poméranie (province prussienne). Citadelle fortifiée qui fait face à la mer et dont le plat pays est fait de marais asséchés. Le film raconte un fait d’histoire authentique, "le siège de Kolberg". J’ai vérifié.

Le chef de la garnison est prêt à la reddition : on sait les bouleversantes victoires françaises, les villes prussiennes qui ouvrent leur porte à la simple arrivée d’un drapeau tricolore, toute résistance est a priori vaine. Mais le représentant des habitants Joachim Nettelbeck – sauf erreur le mot "maire" n’est jamais prononcé – refuse catégoriquement et veut organiser la résistance : c’est le désaccord et curieusement – pour nous Français mais pas pour les auteurs du film – la population est du côté du résistant. Lorsqu’un aubergiste voit son propre fils crier, sous la contrainte et en français, "Vive l’empereur ! " il lui arrache son gobelet des mains, jette le contenu par terre et crache sur son fils. Bref, la population de Kolberg est déterminée et se mobilise derrière son représentant. Cette détermination ira jusqu’à ouvrir les vannes des mini-écluses qui commandent les canaux de drainage et tout le sud de la ville est inondée, ainsi firent les Hollandais lors de l’invasion par Louis XIV (guerre de Hollande, 1672). On entend alors, répété, "das Volk steht auf, der Sturm bricht los" : le peuple se lève, la tempête se déchaîne.  

Le désaccord est résolu par la nomination, à la tête de la garnison du comte Gneisenau (voir sa fiche Wiki), un jeune officier farouche partisan de la guerre contre les Français. Pouvoir civil et pouvoir militaire vont dès lors marcher main dans la main. Même lorsque la catastrophe arrive, c’est-à-dire le bombardement de la ville par l’artillerie française aussi abondante qu’efficace, Gneisenau effectue une analyse militaire objective : il faut capituler. Nettelbeck prononce un discours éloquent sur le thème : c’est notre pays, nous ne l’abandonnerons jamais, si nos maisons sont brulées/rasées nous nous accrocherons à la terre avec les ongles de nos mains. Gneisenau : c’est le discours que j’attendais de vous ! et les deux hommes tombent dans les bras l’un de l’autre. Images de la ville en flammes, en feu, en ruines.

Pendant le siège, Nettelbeck veut absolument adresser une missive au roi Frédéric-Guillaume III. Il confie cette mission délicate à Maria, fille de l’aubergiste évoqué plus haut, blonde comme les blés de Poméranie, aux yeux bleus comme la Baltique, bref, une vraie allemande aryenne. Celle-ci qui a su traverser les lignes ennemies arrive jusqu’au château de Koenigsberg où résident les souverains en transit. A défaut du roi, elle est reçue par la reine Louise. Celle-ci est vêtue comme la Vierge : robes bleue et blanche, yeux bleus, cheveux blonds/blancs, peau diaphane… c’est peu dire qu’elle fascine Maria qui reste bouche bée devant la souveraine. On est en pleine aliénation politique, dans la servitude volontaire absolue : la patrie est en danger c’est un slogan français, ici c’est Dieu et le roi sont en danger, aidons-les !

Et c’est ce qui sera. Le film se termine par un discours de Gneisenau qui annonce le grand mouvement patriotique de 1813, la bataille des nations – citée dans les dialogues – car Kolberg n’est pas tombée : les Français ont cessé les combats trop coûteux. L’union, la détermination du peuple et de ses chefs ont remporté la victoire. La lutte contre Napoléon a scellé l’union du peuple prussien derrière son roi. Il est vrai, hélas, que Napoléon a un peu abusé… Mais cette aventure se termine par un vigoureux sentiment anti-français et, pire, anti-révolutionnaire.

Après la fin du film, je me précipite sur Google et je tape Kolberg. Mes questions sont vite dissipées : c’est un film nazi, oui, oui NAZI. Film de propagande de Goebbels, mis en route dès 1943 après la "retraite élastique" devant l’Armée rouge. Film destiné à entretenir le moral et la confiance du peuple allemand. Faites le parallèle entre le film et la réalité de 1944/45.

Arte l’a programmé dans le cadre d’un THEMA. C’est remarquable de la part de cette chaîne publique. Il est vrai que cela se termine à 2 heures du matin devant 40 téléspectateurs. Peut-être plus quand même…    

 



[1] C’est le titre du livre que lui consacre un historien, Joël Schmidt, livre paru chez Perrin, 1995.

Le Guépard de Lucchino Visconti.(version complète)

publié le 8 nov. 2017 à 04:26 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 janv. 2018 à 10:06 ]

Le Guépard de Lucchino Visconti.Le Guépard de Lucchino Visconti.     Avec les moyens actuels de restauration des films nous avons droit à des copies d’une qualité parfaite. C’est le cas avec ce film de L. Visconti de 1963. Autre film, autre chef-d’œuvre. Il Gattopardo, roman posthume de l’écrivain sicilien Giuseppe Tommasi di Lampedusa (1896-1957), est paru en 1958 et a été publié en français dès 1959 au Seuil. Selon le Monde Diplomatique, on attribue à Lampedusa la phrase célèbre : «Il faut tout changer pour que rien ne change». C’est en effet par cet échange entre le prince de Salina (Burt Lancaster, magique) et son neveu Tancrède (A. Delon bien mis en scène par Visconti) que commence le film. Le prince s’étonne de la présence de Tancrède aux côtés des révolutionnaires à chemises rouges et celui-ci lui sort cette réplique célèbre qui est d’une vérité étonnante, historiquement constatée. De quelle révolution s’agit-il ?

    C’est l’époque de la formation de l’unité italienne. Tous les lycéens et ex-lycéens sérieux connaissent cette phrase de Metternich, chancelier autrichien, homme fort de l’Europe du premier XIX° siècle -après 1815- « l’Italie est une expression géographique ». Autrement dit ce n’est pas un Etat, une réalité politique et militaire. Elle est morcelée en multiples États, tous sous la domination de petits princes soumis à l’empereur d’Autriche et à la hiérarchie catholique, à cette époque particulièrement rétrograde (Grégoire XVI et Pie IX). Dans le film, le jésuite (Romollo Vialli, magistral), prêtre qui officie à demeure chez le prince Salina et qui a donc une existence fort enviable, incarne cette Église ultraconservatrice et résolument contre-révolutionnaire. Le traditionalisme de la société sicilienne est admirablement montré par Visconti. On assiste à la lente montée de la nombreuse famille de Salina et de sa domesticité vers son palais d’été à Donnafugata. C’est le coche de la fable de La Fontaine à plusieurs exemplaires. Le soleil de la Méditerranée écrase tout. C’est long. Mais comme toujours chez Visconti la longueur/lenteur a un sens. Poussiéreuse, transpirante, fatiguée, après quelques poignées de main distribuées par Salina, toute la famille, avant même la moindre toilette, entre en procession dans l’église où l’organiste (S. Reggiani, soumis à souhait) veillait afin de ne pas rater l’entrée du prince. Bien entendu la fanfare du village était là et chaque paysan ôtait son couvre-chef devant le passage des voitures du seigneur.

    La superstructure politique de l’Italie de 1860 - Milanais et Vénétie possessions autrichiennes, domination militaire de facto des principicules par l’occupant autrichien, une Italie coupée en deux par les États de l’Église qui s’étendent de Rome à Bologne et Ravenne, omniprésence du Pape et de la hiérarchie - cette superstructure d’Ancien Régime explose sous les coups des patriotes italiens qui veulent la libération et l’unité de leur pays. Après les succès du Roi de Piémont - dus surtout à Cavour - avec l’aide française, une expédition est mise en œuvre sur la Sicile, marchepied avant la Calabre puis Naples où réside le roi François II de la dynastie des Bourbon d’Espagne. Il y a bien révolution puisque ces monarchies rétablies au Congrès conservateur de Vienne en 1815 ont été mises à bas et que l’on a recours au suffrage universel pour demander son approbation au peuple quant à l’unification de l’Italie (cf. la seconde carte ci-dessous). On peut dater au 21 octobre 1860 le referendum sicilien sur l’adhésion au royaume de Victor-Emmanuel II.

    Tout change donc.

    Tancrède, qui a pourtant du sang noble dans les veines, est parmi les Chemises rouges qui bousculent les troupes du petit François. Mais c’est un calculateur. Mieux vaut une grande Italie élevée au rang de royaume et créée par des gens comme lui et ses amis plutôt qu’une République que pourrait installer un Garibaldi si ce dernier se trouvait seul vainqueur. D’ailleurs, l’objectif atteint, Tancrède rejoint, fier de son nouvel uniforme, l’armée régulière du nouveau Roi d’Italie et crache sur ses ex-compagnons de combat : « des brigands ! ».

    Le prince Salina a eu les yeux ouverts par son neveu. Par des propos qui relèvent plus d’une analyse marxiste -mais Visconti était marxiste- que d’une conversation banale, il admet que sa classe d’aristocrates, de Guépards, fauves insoumis que l’on ne soumettra jamais, n’est pas porteuse d’avenir. L’avenir appartient aux nouveaux riches, aux hommes d’argent, aux « hyènes » - lesquelles vivent sur le cadavre des autres - comme Don Calogero Sedara, à l’allure quelconque voire vulgaire mais qui est à fond pour le changement de régime, il est d’ailleurs, déjà, maire de Donnafugata. Salina votera « oui » au referendum d’unification et, faisant volte-face, il demande pour son neveu Tancrède à Don Calogero, la main de sa fille (Claudia Cardinale, resplendissante). Cela tombe bien, Tancrède est ruiné. La dot est faramineuse. Un noble avec une bourgeoise ! La prude épouse de Salina a failli s’étouffer. Mais c’est l’avenir. Un camouflet pour Concetta Salina qui comptait sur une union avec son cousin, mais l’avenir quand même.

  

     Tout le monde sait que le film est dominé par ce chef-d’œuvre inégalé de mise en scène : la séquence du bal qui dure 25 minutes et a été tourné en trois semaines. La scène se tient dans le palais Valguarnera-Gangi, Palerme, emblème du style baroque sicilien. Ont été invités tout ce que Palerme compte d’aristocrates, de bourgeois ralliés au panache de Victor-Emmanuel, l’État-major de la nouvelle armée nationale représenté par celui du colonel Pallavicino. Invité - les choses ont changé - Don Calogero, impressionné par la hauteur des plafonds, ne peut que dire « c’est beau »…Pire, avec un collègue il observe les dorures -qui à l’époque étaient en or vrai - et s’écrie : « on ne pourrait pas faire ça, aujourd’hui, au prix où est l’or » et devant un bronze doré il s’interroge : « ça représenterait combien d’hectares un objet pareil ? ». Quant il entend cela, le prince Salina est effondré, un abîme s’ouvre devant lui, il est habité de pensées morbides. Pour Salina, « un château dont on connaît toutes les pièces ne mérite pas d’être habité », largeur d’esprit, hauteur de vue de l’aristocrate qui se heurte à l’étroitesse, la mesquinerie des nouveaux-riches. Mais avec le XIX° siècle, le pouvoir passe des mains des "landed men" à celles des "moneyed men", de la terre à l’argent, du sens de l’honneur au calcul arithmétique.

    Cette fête est organisée après un fait historique majeur : la bataille de l’ Aspromonte (22 août 1862). Garibaldi traverse le détroit de Messine pensant continuer sa marche vers le nord pour libérer les États du pape et les rattacher au reste de l’Italie en gestation. Mais les Français de napoléon III s’opposent à cela et s’apprêtent à combattre les troupes de Garibaldi. Le Roi d’Italie préfère que ce problème soit réglé par les Italiens eux-mêmes et envoie le colonel Pallavicino arrêter les troupes du patriote que tant d’Italiens admirent déjà… Pallavicino est un m’as-tu-vu de première classe, un hâbleur, et tout le monde, au bal, l’admire quand il raconte la bataille et la blessure de Garibaldi. Et le film se termine par un évènement tragique qui passe presque inaperçu. Garibaldi a été rejoint par des soldats de l’armée de Victor-Emmanuel. Ces derniers sont dès lors considérés comme déserteurs et condamnés à mort. Tancrède est au courant de tout cela et l’annonce à qui veut bien l’entendre. L’ordre doit régner et ces brigands être mis au pas. Le bal peut être une fête puisque l’ordre règne partout.

      Au petit matin, le bal est fini. On se disperse. Tancrède, homme neuf, très sollicité, ne sait où donner de la tête pour les au-revoir et les rendez-vous, pris dans le mouvement il néglige son oncle lequel réalise qu’il n’est plus qu’un marginal et s’en va prier, s’agenouillant devant le passage du saint-sacrement. On entend la mitraille qui fusille les révolutionnaires.

   Rien n’a changé.

    En 1861 est né le royaume d'Italie. Il manque cependant la Vénétie toujours autrichienne - ainsi que le Trentin. Il manque aussi la partie restante des États pontificaux que napoléon III défend bec et ongle pour ne plus s'attirer les foudres des Catholiques français. Garibaldi voulait les rattacher, il en est empêché dès son débarquement sur le continent (petit carré blanc au nord de Reggio) par la nouvelle armée royale italienne. En 1866, l'Italie récupère Venise. En 1870, elle envahit les États du pape, la garnison française les ayant quittés pour cause de guerre franco-prussienne.

PS. J'ai revu (12-12-2016) le film. Une résurrection grâce aux procédés modernes de conservation des films. La splendeur des couleurs est étonnante.  la mis en scène des personnages est admirable. J'ai idée que Visconti s'est inspiré  d'un tableau célèbre contemporain du prince Salina, réalisé en 1855, par Winterhalter, que voici ci-dessous :.

    Je place le commentaire de Pascal Galtier, du service éducatif du Palais Impérial de Compiègne où le tableau est exposé. "Ce tableau de grand format a été commandé à Winterhalter, le spécialiste des portraits des têtes couronnées, par l'impératrice Eugénie elle-même avant d'être présenté à l'Exposition universelle de Paris en 1855.
L'Impératrice y est représentée avec les dames de sa Maison, c'est-à-dire les jeunes femmes choisies dans la haute société pour la seconder dans ses activités quotidiennes et lors des grandes cérémonies. Les dames sont assises dans une clairière en pleine forêt, vêtues de somptueuses toilettes de bal, ornées de fleurs et de bijoux, ce qui forme un contraste peu réaliste. Au milieu d'elles, l'impératrice Eugénie, dans une robe blanche à rubans violets mais sans diadème, domine légèrement ses compagnes.
La critique de l'époque dénonça cette œuvre comme une gravure de mode d'autant moins sérieuse que la majesté d'Eugénie n'était pas suffisamment mise en évidence.
Pour autant, les poses différentes de toutes ces dames, le soin apporté à la représentation de leurs mains et de leur visage, le jeu de leurs regards croisés donnent une image précise du raffinement et de la grâce tels qu'on les concevait à l'époque.
Dès lors cette œuvre demeure emblématique de l'élégance et du luxe du Second Empire".

    Visconti a parfaitement rendu cette élégance et ce luxe. Inoubliable Visconti.


lire aussi, sur ce site : 1867 : Garibaldi défait à Mentana


« THE PATRIOT », le chemin de la liberté...

publié le 27 sept. 2017 à 03:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 sept. 2017 à 03:35 ]


l'analyse du film est lisible ici :

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/articles/histoire-d-ailleurs/etats-unis/%C2%ABthepatriot%C2%BBlechemindelaliberte  ou aussi :
« THE PATRIOT », le chemin de la liberté...

Bon voyage ! de J.-P. Rappeneau (2003)

publié le 15 sept. 2017 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 sept. 2017 à 01:46 ]

Excellent film, à voir et revoir. Ci-dessous les six principaux personnages, tous parfaitement interprétés. En tête, le jeune écrivain Frédéric Auger, qui progressivement émergera de la lie bordelais pour rejoindre, séance tenante, abandonnant tout (comme le firent les premiers vrais résistants) la Résistance à Londres. En 1942, parachuté, il retrouve Camille, elle-même membre d'un réseau au Collège de France. Il s'aimeront d'amour tendre...

    Les auteurs du DVD ont une bien piètre idée de leur film-produit quand ils le réduisent à ces simples lignes : "Une actrice célèbre (jouée par I. Adjani, JPR), harcelée par un maître-chanteur, le tue dans un moment de panique. A la recherche d’un complice pour dissimuler le corps, elle appelle Frédéric (Grégori Dérangère), un jeune homme amoureux éperdu. Ce dernier est le coupable idéal lorsque la police retrouve la victime dans un coffre (de voiture) ; Commence alors une course-poursuite faite de manipulations, de trahisons et de révélations". En réalité, nous vivons intensément l’une des périodes les plus dramatiques de l’histoire de France avec le passage du gouvernement à Bordeaux en mai-juin 1940. C’est l’époque de la démission du gouvernement Reynaud, la formation du gouvernement Pétain, le départ, pour Londres, du général De Gaulle qui était entré au gouvernement Reynaud…

Le cadre historique est donc grandiose.

Le ton du film est pourtant à la comédie même si, lorsque l’argument le veut, on passe à la tragédie. Rappeneau a réalisé ici une merveille de film. Plusieurs trames se superposent et donnent une apparence de complexité au film.

Il y a, c’est vrai, cette affaire policière avec la mort d’André Arpel pour une sombre histoire de bijoux non restitués par Viviane Denvers-Adjani. Elle fait appel à un ami d’enfance, Grégori Dérangère/F. Auger amoureux d’elle qui l’exploite à n’en plus finir, pour se débarrasser du corps d’Arpel qu’elle vient de tuer. En prison à Paris, évadé à l’occasion de la débâcle, Auger retrouvera, par hasard, le neveu d’Arpel à Bordeaux.

Il y a l’exode, dramatique, avec ce train sur-occupé, bondé, où la jeune et jolie Camille (Virginie Ledoyen), tout droit sortie du Collège de France, fait la rencontre de Frédéric Auger mais aussi de Raoul, évadé lui aussi : il avait les mêmes menottes que Frédéric Auger.

Il y a le ministre Beaufort – Depardieu – homme-fort du gouvernement et amoureux de Mlle Denvers, devenue sa maîtresse. Le parlement de la République est réuni dans la cour du Lycée de Bordeaux et une vaste salle de classe et les débats sont à couteaux tirés entre ceux qui veulent capituler et ceux qui pensent pouvoir continuer le combat à partir de l’Afrique du Nord. Beaufort est écouté et suivi lorsqu’il demande d’approuver l’appel à Pétain.

Il y a la bande à Raoul, qui a tout loisir pour piller les chais de Bordeaux et s’émerveiller devant une bouteille de Pichon-Longueville 1928. Raoul et ses potes sont émerveillés de pouvoir côtoyer de si près une star comme Viviane Denvers de surcroît amour de Frédéric.

Il y a les Allemands, les vrais, les nazis qui sont partout, confirmant que les murs ont réellement des oreilles. C’est Alex Winckler (joué par Peter Coyote) qui parle excellemment français, fût-ce avec un accent à couper au couteau, qui se fait passer pour journaliste britannique et qui a une équipe à Bordeaux installée dans une mansarde avec un poste émetteur d’où ils peuvent joindre Berlin.

Il y a enfin, le professeur Kopolski (Jean-Marc Stehlé) un savant comme dit Raoul, avec son nœud papillon très classe, professeur au Collège de France qui emmène avec lui et son fidèle Monsieur Girard (Vuillermoz réellement excellent) le stock d’eau lourde du laboratoire du Collège. Il est hors de question pour le Professeur que les nazis s’emparent de ces bonbonnes, à l’arrière de la voiture de Girard, mal protégées des regards indiscrets, il sait bien que les Allemands veulent mettre au point une bombe atomique et sont prêts à tout. Ces bonbonnes doivent partir en Angleterre. Absolument.

Tout cela est étroitement imbriqué. Les scénaristes s’en sont donné à cœur-joie mais il faut admettre qu’un minimum de culture générale est nécessaire pour en profiter pleinement.

Pourquoi "Bon voyage !" ? C’est une réplique du film. Brémont (Xavier de Guillebon), chef de cabinet de Beaufort, partisan de la poursuite de la guerre à la différence de son ministre, accablé par la désignation de Pétain, s’est démené pour trouver une voiture qui amène le général De Gaulle à l’aérodrome d’où il s’envolera pour l’Angleterre. La star Denvers-Adjani esseulée arrache à Brémont la possibilité de monter dans la voiture et lorsqu’elle descend précipitamment, lance un désinvolte " bon voyage !" comme si on partait pour une croisière Costa. "Ciao, on se fait une bouffe !" mais toute la légèreté du personnage est là, elle ne sait pas ce qui se passe. Le destin de la France, comme lui dit Beaufort, elle s’en fout, elle est empêtrée dans son affaire d’assassinat, elle ne sait comment s’en sortir sinon pas des mensonges répétés. Trois hommes sont après elle : Beaufort, Winckler, Frédéric. C’est le type même de la capricieuse, de la chiante, chipie… Elle va jusqu’à déranger le premier conseil des ministres de Pétain pour parler de ses petits problèmes à Beaufort, membre du nouveau gouvernement. Isabelle Adjani incarne excellemment ce personnage.

Sur la fin du film, tout se précipite, le scénario se décante pour se concentrer sur la bataille de l’eau lourde (cf. article Wiki), si je puis dire. Frédéric, dont la conscience politique s’éveille à la vitesse de la lumière, a rencontré des marins anglais, il sait que des navires amis partent de Soulac, il y emmènera les bonbonnes. Catastrophe ! arrive la diva ! tout le monde comprend que c’est fichu, que Frédéric va craquer une nouvelle fois et c’est ce qui se passe. La jeune Camille est effondrée, elle s’est éprise secrètement de Frédéric et, surtout, elle veut qu’on évacue cette eau lourde sur l’Angleterre. La Star fiche tout en l’air.

Mais heureusement, il y a Raoul qui, lui aussi, s’éveille. Il dit à Camille "nous sommes tous des hors-la-loi, maintenant, mademoiselle, vous comme moi" et commence la dernière partie du film, où l’on va se battre, la nuit, dans la forêt landaise, les Allemands étant aux trousses de la voiture de Monsieur Girard. Frédéric, qui s’est ravisé, arrive à la rescousse de Raoul et des autres. C’est haletant, fantastique…

Je me souviens avoir découvert le mot délétère en écoutant un débat télévisé dans les années soixante. Un baron du gaullisme, comme on disait, résistant bien sûr, évoquait l’ambiance "délétère de Bordeaux". Rappeneau nous la restitue parfaitement. Quel bordel ! quel capharnaüm ! Le pont sur la Gironde totalement obstrué nous donne une idée de l’ampleur des moyens matériels sur lesquels Rappeneau n’a pas lésiné. Les débats dans la salle du Lycée…, la prise d’assaut du Grand Hôtel par des centaines de privilégiés qui veulent tous une chambre "sinon j’appelle le ministre", la bourgeoise qui se félicite de l’annonce de l’armistice "enfin, on va rentrer à Paris – un Paris avec des Allemands ? – bah ! on s’habituera"…

Film vu cinq ou six fois. J’attends la septième..

ZOULOU, film de C.R. Endfield (1964)

publié le 5 août 2017 à 06:29 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 sept. 2017 à 04:48 ]

Ce film est sorti en 1964, il fut réalisé par Cyril Raker Endfield. Saluons dans ce dernier une des nombreuses victimes du Maccarthysme et de la chasse aux sorcières. En effet, en 1951, Endfield fut cité comme communiste à une audition devant la Commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee : HUAC). Mis sur liste noire par les patrons des studios de cinéma californien, il se retrouva dans l'incapacité de trouver du travail à Hollywood et partit s'établir au Royaume-Uni (1953), pays où il écrivit et dirigea des films sous différents pseudonymes, avec au générique, les noms d'acteurs eux aussi mis sur liste noire.

J’ai vu ce film il y a fort longtemps, peut-être à sa sortie et j’en avais gardé le souvenir d’un échec cuisant des colonialistes anglais et, me disais-je, cela retrace la bataille célèbre d ' Isandhlwana (colonie du Natal), célèbre car ce fut la plus lourde défaite des troupes coloniales britanniques. Bonne occasion, me dis-je, de revoir cette triquée subie par les invincibles soldats de Sa Majesté. En fait, ce n’est pas du tout cela (voit-on les Anglais mettre en scène une défaite anglaise ?). Il s’agit "seulement" de la bataille de Rorke’Drift, qui est, somme toute, une victoire anglaise, victoire coûteuse en vies humaines mais victoire tout de même.

Il y a cependant un rapport entre les deux batailles : Isandhlwana s’est déroulée les 22 et 23 janvier 1879 (plein été austral) et Rorke’Drift, le 23 dans l’après-midi. C’est l’époque dite des guerres zouloues et l’empire britannique met les moyens pour exterminer la puissance zouloue, obstacle à ses projets. Il a néanmoins sous-estimé cette puissance indigène. En voyant ce film qui traite de Rorke’Drift, on peut se faire une idée du matériel, des costumes, des méthodes de combat des belligérants d’ Isandhlwana.

Dans l’histoire de la formation de l’Afrique du sud, les guerres anglo-zouloues sont dérivées du grand projet anglais d’absorber les colonies boers de l’Orange et du Transvaal (en vert sur la carte ci-dessous). "Absorber" est impropre, les Anglais songeant à une fédération. Mais dans tous les cas, le nouvel État fédéré aurait une politique extérieure inféodée à celle de Londres. Autrement dit, les États boers perdraient leur souveraineté externe.

 

Sur la carte, repérer : Simons’town (c’est LA base navale, militaire et stratégique, des Anglais, étape essentielle sur la Route des Indes) ; repérer aussi la baie de Ste Lucie au pays des Zoulous, la baie Delagoa au Mozambique portugais : deux accès à la mer convoité par les Boers du Transvaal. La carte présente les deux républiques boers : elle date d’avant 1902 et d’avant la Guerre des Boers. Concernant le République sud-africaine mentionnée sur la carte, voici un lien :

 https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_sud-africaine_(Transvaal) 1857-1902. l'Atlas date d'avant 1902.

 

La carte permet de constater que la maîtrise du littoral de l’Océan indien par les Anglais passe par une relation directe avec le Portugal présent en Mozambique, le Portugal étant un pays vassalisé. Seul moyen d’interdire au Transvaal un accès à la mer. Car les Boers du Transvaal - République sud-africaine se concertent avec les Hollandais et les Allemands pour obtenir cet accès : les Anglais y voient une menace sur leur route des Indes. Mais les Anglais se heurtent dès lors à la présence du royaume zoulou. Ce seront donc les guerres anglo-zouloues, préludes au grand affrontement avec les Boers.

Le film traite donc d’un fait historique de ces guerres : l’attaque au gué de Rorke (Rorke’s Drift) de bâtiments occupés par les Anglais, transformés en hôpital de campagne, avec un pasteur suédois et sa fille, attaque qui a lieu dans le prolongement de la catastrophe d 'Isandhlwana. Cette dernière victoire a dû exciter les Zoulous qui partent à l’assaut d’un site fortifié, ce qui était interdit par le roi de la tribu. Pourquoi ? parce que les Zoulous se battent avec des lances qui ne doivent pas être jetées comme des javelots mais doivent servir au corps à corps (les Anglais ont des baïonnettes pour cela), il faut donc s’approcher au plus près de l’ennemi mais si ce dernier est protégé par ses fortifications –fussent-elles sommaires, comme ici – le tir de ses armes à feu se fera à bout portant et les zoulous seront abattus inexorablement. Je cite l’encyclopédie wiki : "À 16 h 20, un régiment frais de Zoulous (il faisait partie de la réserve à Isandhlwana) arrive à Rorke's Drift. Il est commandé par le prince Dabulamanzi, frère du roi Cetewayo, qui désobéit à son roi en se lançant à l'assaut d'une position fortifiée".

Le film met en scène un Boer, présent pas solidarité avec les Anglais, qui –avant l’assaut- dessine sur le sable le schéma de la tactique de l’infanterie Zouloue ; le schéma est exact mais, en l’occurrence inopportun car il ne concerne que l’attaque d’une infanterie par l’infanterie zouloue. Vous pourrez observer ce schéma sur le site https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Isandhlwana, l’intitulé est "Schéma de la tactique zouloue avec enveloppement de l'adversaire par les ailes". En l’espèce, au gué de Rorke, il n’y a pas de développement par les ailes, on assiste à un massacre systématique, ordonné, méthodique avec cadavres des Zoulous pleins de bravoure s’accumulant devant les fortifications de bric et de broc mis en place sur ordre du Lt John Chard (personnage historique).

Les soldats britanniques se montrent parfaitement disciplinés. Il est dangereux de faire tirer tous les soldats simultanément. Lorsque toute la ligne a tiré, il faut recharger le fusil, temps suffisant pour permettre aux Zoulous d’utiliser leur lance. Aussi, la ligne est divisée en deux : les uns tirent cependant que les autres rechargent, puis c’est l’inverse ; si bien qu’il y a toujours une mitraille sur les Zoulous. C’est efficace et épouvantable. Car les Zoulous n’ont guère que leur bouclier en bois mince et leur lance courte. Quelle protection contre une balle de fusil ? C’est la paysannerie africaine contre la mère de la Révolution industrielle du XIX° siècle. Les Britanniques se servent du fusil Martini-Henri, adopté en 1871, qui se charge par la culasse et non plus par la gueule. au début du film, lorsque le lieutenant Broomhead lance un "feu à volonté", une veste rouge dit à sa voisine, le sourire aux lèvres "c'est un cadeau qu'il nous fait !". Parbleu  ! les zoulous sont abattus comme au casse-pipes du stand de tir forain...

 

Le film donne en effet à voir ces fameuses tuniques rouge-écarlate avec le casque blanc, uniforme qui a son plein emploi lors du Trooping the Colour, à Londres, mais dans la savane africaine, avec soleil de l’été, c’est plus discutable. Le sergent Bourne (remarquable Nigel Green) totalement coincé dans son Restreint exige que chaque bouton de chaque tunique soit bien fermé. Endfield met en scène le Lt Chard, ingénieur hydraulique du Royaume qui est venu construire un barrage sur le gué de Rorke et le Lt Broomhead, héritier. Chard est d’origine prolétaire et se promet bien de ne pas renouveler son engagement après un tel massacre ; Chez les Broomhead on est officier de père en fils, "mon père était à Waterloo, mon grand-père est mort à Québec" dit-il à Chard. Avant midi, alors que les Anglais soignent leurs plaies à Isandhlwana, et que des Zoulous manœuvrent en direction du gué de Rorke, Broomhead est allé chasser, il rentre à cheval, au pas, sa cape blanche recouvrant le fessier du cheval, et des serviteurs portant le léopard et la biche qui pendent par les pieds du gros bâton qu’ils ont à l’épaule… C’est Michel Caine, alors âgé de la trentaine qui joue le rôle du jeune aristo aux cheveux blonds frisés. Il va découvrir l’enfer. L’armée britannique est restée une armée d’ancien régime ; Rien n’a changé depuis la Crimée la charge de la brigade légère (1968) -guerre de Crimée en 1854-. Chard, plus ancien dans le grade le plus élevé, prend la direction des opérations. Il sera, lui, à la hauteur.

    A la fin, les Zoulous se retirent et chantent. Broomhead qui n'a rien appris de son séjour, dit "écoutez-les, ils nous narguent" ; "vous ne pouvez pas plus vous tromper" dit le Boer, "ils louent votre courage militaire"...




on peut consulter http://www.dailymail.co.uk/news/article-2166598/Astonishing-drawings-capturing-bloody-aftermath-Rorkes-Drift.html#comments

et aussi : https://www.google.fr/search?q=Rorke%E2%80%99Drift,&client=firefox-b&tbm=isch&imgil=-mv0nrgbR8fwKM%253A%253BlKM3Zv4IUpoOVM%253Bhttp%25253A%25252F%25252Fwww.warlordgames.com%25252Frorkes-drift-battle-set-limited-quantities%25252F&source=iu&pf=m&fir=-mv0nrgbR8fwKM%253A%252ClKM3Zv4IUpoOVM%252C_&usg=__NRG4Ur96QVHOfV8ydnUPnQR-Z9Y%3D&biw=1920&bih=897&ved=0ahUKEwjpj5-K6L_VAhVIDsAKHY6PC7EQyjcImQE&ei=PpSFWen4IsicgAaOn66ICw#imgrc=vuPYVvmdkssM4M:

 

Une femme en péril (The House on Carroll Street) par Peter Yates (1988).

publié le 3 août 2017 à 05:14 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 août 2017 à 03:18 ]


   

Une femme en péril (The House on Carroll Street) est un film américain réalisé par Peter Yates et sorti en 1988. Grâce à Paramount Channel mais aussi à TCM-le meilleur des films américains, nous disposons de la possibilité non-stop de voir des films venus d’outre-Atlantique.


L’action de "Une femme en péril" se déroule au tout début des années cinquante. C’est l’époque dramatique du Maccarthysme où l’Amérique est prise d’une fièvre maladive et voit des communistes partout. Quiconque pense un peu différemment de l’idéologie dominante – on devrait dire de la pensée unique -  est suspecté et peut même passer devant un tribunal ad hoc : la commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee : HUAC).  C’est le cas de notre héroïne, Emily Crane, remarquablement interprétée par Kelly Mac Gillis. Emily n’est pas une femme ordinaire, en tout cas le scénario du film lui donne une ampleur extraordinaire. Devant la Commission, dont les séances se déroulent non pas en tête à tête mais devant une cinquantaine de personnes, journalistes, sénateurs des States, etc.… elle a le front de refuser de donner les noms de personnes "suspectes" avec lesquelles elle a eu des contacts, elles auraient signé l’appel de Stockholm. Elle est confrontée à un commissaire particulièrement inquisiteur qui ne la lâche par d’un pouce ; un dénommé Salwen, interprété par Mandy Patinkin, imberbe[1]. Pour ce refus, elle est accusée d’outrage au Congrès des États-Unis. Pas moins. La foudre s’abat sur elle : elle est virée de son emploi à Life, le grand magazine américain, où elle avait un grade important et des perspectives de carrière encore plus importantes, elle est suivie par des flics qui se cachent dans des camionnettes pour la filmer/photographier, elle ne peut guère que trouver un job à $50 par semaine comme liseuse chez une vieille dame. Laquelle vieille dame est elle-même visitée par ces mêmes flics… La totale quoi…

Le scénario connaît un rebondissement lorsqu’ Emily se promène dans le parc de la vieille dame et surprend des conversations animées dans une villa voisine. Un jeune homme y est sur la sellette. Au point qu’Emily va le suivre pour lui porter secours car elle sent quelqu’un de fragile et de menacé. Cela ne fait qu’aggraver les soupçons de la police et de Salwen en particulier qui est aux avant-postes de cette nouvelle affaire.

Téméraire, Emily fourre son nez dans la villa désertée, elle trouve un livre, un exemplaire de Neues Deutschland –organe du PC de l’Allemagne de l’est. Lors d’un rencontre avec le jeune homme, elle est pourchassée et le garçon assassiné d’un coup de couteau dans le ventre. Mais arrive, non pas la cavalerie américaine, mais un troisième larron : l’agent Cochran, l’un des flics chargés de filer Emily qui est perturbé par tout ce qu’il voit et se prend de sympathie pour elle. Il y a dès lors, un jeu à trois : Salwen, Emily, Cochran.

Emily a levé un coin du voile jeté sur une affaire aujourd’hui bien connue : l’importation, à cette époque de naissance de la Guerre froide, d’anciens nazis, savants et chercheurs, qui pourraient bien un jour être très utiles pour les États-Unis, lesquels sont prêts à oublier leur moment d’égarement avec Hitler. Cochran est bouleversé. Lors d’une poursuite spectaculaire dans les charpentes du hall de la gare centrale de Chicago, à l’altitude vertigineuse, Salwen trouve la mort. La filière d’importation est démasquée. Mais Cochran est muté par ses supérieurs et, de New-York, passe dans un bled perdu du Montana…


Le jeu à trois représente la lutte des trois courants qui traversent l’opinion américaine. Emily est l’avant-garde –encore bien minoritaire en 1951-52 – des "libéraux", des "indépendants". A l’inverse, Salwen est le maccarthyste militant, fanatique, prêt à tout pour assurer la suprématie américaine fût-ce au prix des valeurs de la démocratie. Cochran est un honnête homme qui pense que le régime de son pays est bon, en tout cas "le moins mauvais" comme dirait Churchill, et doit être préservé.  


Peter Yates a réalisé, ici, un film très honorable, au sens où il mérite des honneurs. En 1987, date du tournage, la politique mondiale connaît un changement historique ; M. Gorbatchev est au pouvoir depuis trois ans : avec lui, la Guerre froide s’achève. Pour Yates, il est temps de mettre l’horloge du temps américain à l’heure. L’époque où les États-uniens sont blancs comme neige, et les Soviétiques tout noirs (ou tout rouges) est révolue. Il faut dénoncer, fût-ce avec retard, les turpitudes dont ils se sont rendus coupables. Et la chasse aux sorcières, l’accueil des nazis "utiles" quel que soit leurs antécédents sont plutôt accablants. Curieusement, les biographies de Peter Yates n’en font aucunement mention. Mais bon, le courage politique n’est pas la chose du monde la mieux partagée.


PS. La présence de Neues Deutschland s’explique sans doute par le fait que le jeune homme était un émigré de RDA, "réceptionné" par ces allemands ex-nazis qui ont choisi de le faire disparaître pour éviter qu’il n’ébruite l’affaire de ces "passagers clandestins" à la recherche d’une nouvelle identité.   

 

 



[1] Je précise « imberbe » parce que vous verrez sur ses photos que la barbe le change du tout ou tout.

Les gangs de New York, Scorsese (2002)

publié le 8 févr. 2017 à 03:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 mars 2017 à 10:49 ]

    Ce film gigantesque (longueur de la pellicule 2h50mn, stars mondiales et centaines de figurants, costumes d’époque, décors reconstituant le New York du milieu du XIX° siècle…) (dix oscars, 2003) ce film illustre de nombreux faits historiques relatifs aux États-Unis d’Amérique. Les States sont nés dans la violence : esclavage des Noirs, massacre des Indiens, tueries entre communautés immigrées et, c’est l’époque où se situe l’action du film, la Guerre civile entre le Nord yankee et le Sud esclavagiste, émeutes de la faim toutes réprimées par la force armée. La boîte du DVD croit utile de préciser : "L’Amérique est née dans la rue"… Malheur pour les gens ! "À New York, on pouvait voir des êtres misérables dormir à même le pavé. Dans les taudis, il n'existait aucun système d'évacuation des eaux usées, qui, après s'être répandues dans les arrière-cours et les ruelles, s'écoulaient dans les caves où logeaient les plus pauvres parmi les pauvres. La ville connut une épidémie de typhoïde en 37 et une épidémie de typhus en 1842. (…). Les villes vers lesquelles revenaient les soldats (de la Civil War, JPR) étaient des pièges mortels dévastés par le typhus, la tuberculose, la faim et les incendies. A New York, cent mille personnes vivaient dans des taudis sordides. Douze mille femmes travaillaient dans les maisons de prostitution afin d'échapper à la famine. Les détritus amoncelés dans les rues grouillaient de rats" (H. Zinn). Cela est visible dans le film. Le combat pour la vie (struggle for life) est journalier et quoi de mieux que de se regrouper entre gens de la même origine géographique et religieuse, quitte à accepter la tyrannie d’un caïd, pour survivre ?

    On appréciera un éclairage vigoureux – car le film restitue cette violence, il est interdit aux moins de 12 ans – sur la guerre entre gangs d’Américains nés sur le sol étatsunien et les Irlandais débarqués de fraîche date, sur les émeutes de New York de 1863, sur la naissance et le développement de la corruption électorale d’envergure toute américaine (les States ne font rien en petit) et, enfin, éclairage sur le racisme anti-noirs qui, je n’apprends rien à personne, subsiste encore aujourd’hui.

 

Les "Natives" contre les Dead Rabbit

    C’est la principale "action" (au sens du théâtre classique) du film. Le mot natives est abusif, on sait qu’il est réservé aux Indiens d’Amérique qui ont été plus ou moins exterminés par les Puritains anglais emmenant avec eux toute la racaille qui traine dans les prisons, sur les trottoirs et les quais de Londres. Dans le film, natives concerne les Américains WASP nés au États-Unis, dont les parents vivaient déjà aux States. Ils sont emmenés par William Cutting, dit "Bill le Boucher" interprété par David Day-Lewis, magistral et, d’ailleurs, oscarisé. Bill a été orphelin de père après la bataille du 28 juillet 1814, où son père est mort sous les balles des Anglais, victorieux (il s’agissait du second conflit États-Unis vs Angleterre, débutant en 1812). Bill tire de ce fait, très douloureux pour lui, une gloire démesurée. Un accident lui a fait perdre un œil, remplacé par un verre sur lequel à l’emplacement de l’iris il a mis une sorte de lentille constituée de l’aigle américain et d’une partie de la bannière étoilée. Son nationalisme est intégral. Il est protestant intransigeant et déteste le pape de Rome. C’est avec la même détestation qu’il voit chaque jour ou presque débarquer des Irlandais catholiques qui deviennent, à ses yeux, envahissants. La "pureté de la race " est en cause. Face à son gang, Bill voit se dresser le gang des Irlandais des Lapins morts mené par Vallon surnommé Priest. Le rôle de Vallon est bref, mais il fallait un acteur d’envergure pour rendre crédible l’opposition avec Bill the Butcher. C’est Liam Neeson qui assume.

    Cette opposition mortelle, implantée dans le quartier de Five points à Manhattan (lecture de l’article de l’encyclopédie Wiki vivement conseillée) repose sur des faits historiques qui ne concernaient pas que la ville de New York d’ailleurs. Ainsi Howard Zinn écrit :

"(…) un violent antagonisme religieux opposa les tisserands irlandais catholiques et les ouvriers qualifiés protestants nés aux États-Unis. En mai 1844, les deux factions s'affrontèrent violemment à Kensington, dans la banlieue de Philadelphie. Les protestants anti-immigrés détruisirent les quartiers des tisserands et s'en prirent à une église. Les politiciens de la petite bourgeoisie se mirent finalement d'accord pour intégrer les deux groupes adverses dans leurs partis respectifs (les protestants "nativistes" dans le parti républicain et les Irlandais dans le parti démocrate) : la politique des partis et la question religieuse venaient ainsi se substituer au conflit de classe. (page 262) (…)".

Le film pourrait être divisé en deux parties de longueurs inégales. La première montre l’affrontement entre les deux gangs sur la grande place. Les deux leaders se sont mis d’accord sur quelques règles : rendez-vous au centre de Five points, pas d’armes à feu, seules les armes blanches sont tolérées. Et toute la panoplie y passe : lance, poignard, dague (en main gauche), épée surtout l’épée à deux mains, sabre et surtout la hache mais aussi nerf de bœuf et coup de poing américain (comme il se doit). Masse d’armes et fléau d’armes servent aussi beaucoup. L’assaut est d’une violence telle que lors de ma première vision du film une spectatrice est partie pour ne plus revenir. Le sang gicle de partout. Le fils de Vallon, Amsterdam Vallon, assiste à la bataille et, malheureusement pour lui, subit la mort du père. Bill a en effet réussi à surprendre Vallon. C’est la fin du combat. Le quartier de Five points sera sous la domination de Bill the Butcher, même les Irlandais lui obéiront. Cette lutte est datée de 1846. Le petit Amsterdam va garder de cette expérience fondatrice des souvenirs indestructibles.

Il a d’abord connu un moment très fort, en tête à tête avec son père, qui après s’être fait une cicatrice sur la joue, lui a donné un rasoir "sur lequel le sang doit rester". Ils se donnent la main jusqu’au centre de Five points. Le long de ce trajet, Amsterdam voit tous les Irlandais se préparer et fourbir leurs armes, dont Happy Kack, dont McGloin (interprété par Gary Lewis beaucoup moins à l’aise que dans son rôle du père de Billy Elliot), il assiste aussi au ralliement in extremis de Monk McGinn, dit "le Moine" très attaché à la rémunération de son soutien. A la fin du combat, Amsterdam a été mis dans un pensionnat, il en sort 16 ans plus tard, en 1862 donc. Il doit avoir dans les 26 ans. Il a bien changé et a pris l’enveloppe de Di Caprio.

La seconde partie est beaucoup plus longue. Amsterdam n’a rien appris ni rien oublié, en bon irlandais fils de son père, il n’a qu’un objectif : le venger. Il approche progressivement l’entourage de Bill, il va même lui sauver la vie lors d’une tentative de meurtre au couteau par un Irlandais et il va faire partie des happy few qui partagent le quotidien du chef. Trop hâtif, trop pressé, il tente de tuer Bill au pistolet, mais il avait été démasqué ; Bill lui casse la gueule au sens étroit. Là aussi le sang gicle. Amsterdam est brûlé au fer sur sa joue droite. Il comprend qu’il n’y a pas d’autres solutions que de reconstituer le gang des Dead Rabbits, d’en prendre la tête à titre d’hérédité par primogéniture et de lancer un défi en bonne et due forme au Butcher. C’est alors que les souvenirs reviennent en mémoire. Ainsi McGloin est devenu un homme de main de Bill. Il y aura un pugilat aiguisé entre lui et Amsterdam. Happy Kack, lui aussi, est passé du côté du Butcher, il porte même un uniforme de policier local. Chargé par Bill d’une basse besogne, Amsterdam le trucide et son corps est suspendu à la grille du monument central de Five Points. C’est un langage : Bill a compris que la guerre est déclarée. L’élection au poste de Shérif donne lieu à des scènes cocasses où la fraude est aussi importante que le whisky chez les Irlandais ou la viande chez Bill le boucher. Finalement grâce à l’aide du Boss de Tammany-Hall c’est "Le Moine" qui est élu. Bill s’en débarrassera brutalement et sauvagement en lui balançant une hache entre les omoplates, dans le dos. Amsterdam avant de proposer au Moine d’être candidat à ce poste lui avait demandé pourquoi il avait fait les poches de son père en train de mourir lors du combat de 1846. "J’avais peur que tu oublies ceci" et il lui passe un objet sacré, sacré pour les Dead Rabbits, c’est alors qu’Amsterdam Vallon comprit qu’il devait ressusciter le gang.

 

Les Draft Riots (émeutes de la conscription), juillet 1863

On ne verra pas un nouvel affrontement comme celui de 1846 car New York est frappée par quelque chose de bien pire : les célèbres riots of New York, les émeutes de New York.

    Ces émeutes sont célèbres parce qu’elles ont mis en mouvement des dizaines de milliers de New-yorkais. Et Scorsese réussit une sorte de tour de force dans son film. La situation n’était pas brillante. La guerre de Sécession dure depuis plus de deux ans. Il y a régulièrement une crise du ravitaillement des villes. Les morts et blessés dont le corps rentre du front désespèrent les civils. C’est alors que la présidence Lincoln décide une mesure extraordinaire : la conscription. Cette mesure, violente en elle-même, n’est acceptable qu’à deux conditions : la motivation doit être suffisante, les causes et la finalité bien expliquées, d’autre part cette mesure doit être égalitaire : tout le monde y passe ! pas d’exemption ! or ni l’une ni l’autre de ces conditions ne fut remplie. Ce texte de H. Zinn résume presque tout :

"En juillet 1863, lorsque commença la conscription, un certain nombre de New-yorkais s'en prirent au principal bureau de recrutement. Pendant trois jours, des groupes de travailleurs blancs détruisirent, dans toute la ville, bâtiments, usines, tramways et domiciles. Les motivations de ces émeutes contre la conscription sont complexes. Elles sont autant anti-Noirs qu’anti-riches et anti-Républicains (au sens d’hostilité au parti de Lincoln, New-York, port maritime d’entrée et de sortie des produits du Sud cotonnier n’était pas hostile à la cause sudiste, JPR). Après une de ces attaques les émeutiers s’en prirent aux villas des riches mais assassinèrent également des Noirs. Ils défilaient dans les rues, imposant la fermeture des ateliers et recrutant des individus qui venaient grossir leurs rangs. ".

    Concernant la motivation, il faut comprendre le point de vue des Irlandais à peine débarqués du navire qui les privait de leur pays natal, qui viennent chercher autre chose que la misère et à qui on demande de combattre contre les Sudistes, pour -soi-disant- la liberté des Noirs, problématique improbable pour eux et qui les surprend totalement.

"Ces immigrés irlandais récemment débarqués pouvaient-ils vraiment sympathiser, pauvres et méprisés comme ils l'étaient eux- mêmes, avec les esclaves noirs qui se trouvaient à l'époque de plus en plus au centre de la question politique et fournissaient le ressort de l'agitation dans le pays ? Rares étaient d'ailleurs les militants de la classe ouvrière qui s'intéressaient à l'époque au sort des Noirs. Ely Moore, syndicaliste new-yorkais élu au Congrès américain, s'élevait par exemple à la Chambre des représentants contre toute discussion sur les pétitions abolitionnistes. La haine raciale devint un substitut idéal de la frustration de classe". (263)

    Le pire était que les citoyens capables de payer 300 dollars pouvaient être exemptés. Guerre des riches faite par les pauvres : le slogan fut vite adopté et visait juste. Décision incroyable qui montre à quel point, pour les Anglo-saxons l’argent peut tout résoudre.

"… Et puis il y eut la guerre, la conscription et le risque de mourir. La conscription, votée en 1863, permettait aux riches d'échapper au service en s'acquittant de la somme de 300 dollars ou en s'offrant un substitut" (Zinn).

    Scorsese met en scène la réaction plus que virulente d’un conscrit incapable de verser les $300 –somme considérable à l’époque – et qui bouscule les fonctionnaires recruteurs. Il montre aussi le lynchage des Noirs, le saccage des riches demeures, sises bien loin de Five points, et l’ampleur de la fracture sociale entre riches et pauvres. L’armée des États-Unis va charger. Mieux –pire- la marine de guerre est mise à contribution et canonne, depuis l'Hudson, les quartiers de Manhattan les plus "chauds". Les boulets tombent sur les Dead Rabbits et le gang de Bill le Butcher : ces derniers ne comprennent rien et sont victimes de quelque chose qui les dépasse. Scorsese tire la morale que ce conflit entre "natives" et Irlandais n’a rien laissé dans l’histoire, ce fut une péripétie –sauf bien sûr pour les morts et leur entourage-.

 

New York, école de la fraude électorale

    Scorsese met en scène le personnage historique de Tweed, boss du Tammany-Hall. Tweed s’est mis sous l’influence de Bill avant de revenir à ses sympathies irlandaises étant lui-même d’origine outre-Atlantique. Le Tammany c’est une institution essentielle. C’est d’abord une structure d’accueil pour les immigrants par nature SDF, pauvres, sans job, etc.… Peu à peu, les migrants une fois installés, Tammany les organise en groupes de pression : ceux qui doivent tout au Boss sont une masse de manœuvre électorale. Dans le film, Tweed participe à l’élection de Monk McGinn au poste de shérif. Le jour du vote les deux gangs ennemis organisent des rapts et oblige de force les pauvres hères à aller voter : les Chinois, les fumeurs d’opium, les invalides. Chacun doit voter plutôt deux fois qu’une et même plus ! Ainsi, un adjoint de Tweed vient lui dire "Le Moine a déjà 3000 voix de plus qu’il n’y a de votants !" à quoi Tweed répond "mais c’est 30.000 qu’il en faut !". Le trucage des élections à New York va devenir rapidement légendaire. On sait qu’en 2016, lors des primaires démocrates, seuls les membres adhérents du parti Démocrate pouvaient voter et Clinton obtint 67% des voix –exactement le même pourcentage que huit ans auparavant face à Obama. Privé du vote des Indépendants, Bernie Sanders ne pouvait pas faire grand-chose. Sur le fonctionnement historique de Tammany Hall je vous renvoie à un texte non fictif et même excellent de La Revue des deux-Monde (1894, tome 124) sur le net, intitulé Tammany-Hall et la vie politique à New-York (signé C. de Varigny, emploi non fictif).

 

Racisme ordinaire

 "Les travailleurs irlandais de New York, immigrés récents, pauvres et méprisés par les "natifs" américains, pouvaient difficilement éprouver de la sympathie pour la population urbaine noire dont ils subissaient la concurrence dans les emplois de débardeurs, barbiers, serveurs et domestiques. Les Noirs, expulsés de ces emplois, servirent bien souvent de briseurs de grève".

"(les émeutiers de 1863) incendièrent l'orphelinat municipal consacré aux enfants noirs et tuèrent, brûlèrent et pendirent les individus noirs qu'ils rencontraient. De nombreux autres furent noyés"

    Il y a cependant une lucarne ouverte sur l’air libre. Dans le gang d’Amsterdam Vallon figure un Noir : l’identité irlandaise s’effacerait ainsi devant l’identité catholique. C’est plausible, les catholiques étaient beaucoup moins racistes que les Puritains d’Angleterre. Voyez la différence entre l’Amérique latine et les États-Unis… Mais il y a toujours des exceptions : fidèle à sa religion d’origine McGloin porte des cierges à l’église en mémoire de sa mère. Il tombe nez à nez avec la bande à Amsterdam. McGloin est stupéfait. Un Nègre dans une église de Dieu ! McGloin quoiqu’en mauvaise posture du fait de sa trahison se met à hurler : un Nègre dans une église ! Blasphème ! et la damnation de Cham ? Il y aura dans ces pays protestants où les sectes pullulent des églises pour les Blancs et d’autres pour les Noirs. Aujourd’hui encore aux States pays de la Liberté.

     Au total, un film pas très divertissant disons plutôt pas très drôle, mais instructif, le melting pot américain était aussi chaud que les fours sidérurgiques. La Violence au cœur de l’histoire américaine.  

 

 

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