Critiques de films

  • « THE PATRIOT », le chemin de la liberté... l'analyse du film est lisible ici : https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/articles/histoire-d-ailleurs/etats-unis/%C2%ABthepatriot%C2%BBlechemindelaliberte  ou aussi : « THE PATRIOT », le chemin de ...
    Publié à 27 sept. 2017 à 03:35 par Jean-Pierre Rissoan
  • Bon voyage ! de J.-P. Rappeneau (2003) Excellent film, à voir et revoir. Ci-dessous les six principaux personnages, tous parfaitement interprétés. En tête, le jeune écrivain Frédéric Auger, qui progressivement émergera de la lie bordelais pour ...
    Publié à 24 sept. 2017 à 01:46 par Jean-Pierre Rissoan
  • ZOULOU, film de C.R. Endfield (1964) Ce film est sorti en 1964, il fut réalisé par Cyril Raker Endfield. Saluons dans ce dernier une des nombreuses victimes du Maccarthysme et de la chasse aux sorcières. En ...
    Publié à 17 sept. 2017 à 04:48 par Jean-Pierre Rissoan
  • Une femme en péril (The House on Carroll Street) par Peter Yates (1988).     Une femme en péril (The House on Carroll Street) est un film américain réalisé par Peter Yates et sorti en 1988. Grâce à Paramount Channel mais aussi à TCM-le ...
    Publié à 26 août 2017 à 03:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les gangs de New York, Scorsese (2002)     Ce film gigantesque (longueur de la pellicule 2h50mn, stars mondiales et centaines de figurants, costumes d’époque, décors reconstituant le New York du milieu du XIX° siècle…) (dix oscars, 2003 ...
    Publié à 4 mars 2017 à 10:49 par Jean-Pierre Rissoan
  • "OCTOBRE" de Serge Eisenstein (1927) Les soldats s'en vont distribuer les journaux révolutionnaires. Les tâches sont réparties. Impossible de dire s'il s'agit d'une photo de 1917,ou d'une capture d ...
    Publié à 14 juin 2017 à 08:34 par Jean-Pierre Rissoan
  • MORT A VENISE, Luchino Visconti, 1971.     Comment peut-on ajouter des phrases aux commentaires sur ce chef-d’œuvre absolu ? C’est le Père Noël qui m’a offert ce DVD et c’est pourquoi j ...
    Publié à 19 sept. 2017 à 15:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Marguerite" avec Catherine Frot (2015)     Ce n’est pas un film à proprement parler "historique". La reproduction des années 1920 est cependant absolument parfaite. On sait qu’il s’agit de l’histoire de Marguerite ...
    Publié à 27 sept. 2017 à 15:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le nom de la rose (Eco - Annaud) 1986     Film-évènement devenu film-monument, Le nom de la rose appartient maintenant à la vidéothèque et à la bibliothèque de tout individu un peu dégrossi. je ne vais pas analyser ...
    Publié à 30 août 2017 à 05:48 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le dernier empereur     C’est un film grandiose que nous offrit Bertolucci en 1987, il y a déjà trente ans. Présenté comme un film « biographique », il fallait nécessairement parler des différentes étapes de ...
    Publié à 7 mars 2016 à 08:26 par Jean-Pierre Rissoan
  • Enamorada, Mexique, 1946.    C’est le Festival LUMIÈRE 2015 qui nous a offert ce qu’il a appelé lui-même, par la bouche de l’un de ses présentateurs, une "pépite". A la ...
    Publié à 13 oct. 2015 à 10:14 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA HORSE (1969) ; Lambesc, Granier-Deferre, et le vicomte de Bonald.     mots-clés : traditionalisme, vicomte de Bonald, 1968, Lambesc, Granier-Deferre, Horse,     Film assez étonnant. Plus réactionnaire, tu meurs… Le film est tourné après 1968 d’après un livre de Lambesc ...
    Publié à 15 oct. 2016 à 14:54 par Jean-Pierre Rissoan
  • The Deer Hunter (voyage au bout de l’enfer), Cimino 1978.     Le titre anglais est traduisible par "Le chasseur de cerf" ou de cerfs. Comment passe-t-on à "Voyage au bout de l’enfer" ? Miracle transatlantique. Marketing sans aucun doute ...
    Publié à 5 août 2016 à 10:11 par Jean-Pierre Rissoan
  • Gabin - Simenon et l'affaire Saint-Fiacre (1959)             C’est un film-marronnier comme on dit de ces thèmes récurrents qui défrayent la chronique quand l’actualité délaisse les journaux. Le film avec un Gabin en pleine forme ...
    Publié à 11 oct. 2016 à 07:54 par Jean-Pierre Rissoan
  • "La Marseillaise" de Jean RENOIR (1938) produite par la CGT     La Marseillaise, le film de Jean Renoir, a été projeté à Cannes, pour les 120 ans de la CGT  dans le cadre de CANNES CLASSICS. J'ai vu le film ...
    Publié à 21 mai 2015 à 08:14 par Jean-Pierre Rissoan
  • Amadeus de Miloš Forman (1984)     Il est inutile de présenter la musique du film : c’est Mozart. C’est donc un enchantement permanent. Il y a quand même un intermède Salieri lors d’une séquence ...
    Publié à 21 juin 2017 à 07:49 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le festin de Babette, 1988, avec Stéphane AUDRAN "Tu me demandes pourquoi je bois si abondamment, pourquoi je parle si gaillardement et pourquoi je ripaille si fréquemment? C'est pour faire pièce au diable qui s'était mis ...
    Publié à 24 juil. 2015 à 05:19 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les 55 jours de Pékin (1963) à lire au préalable : Le PÉKIN des empereurs.Ce film utilise un fait historique bien réel : la révolte des Boxers contre la présence des étrangers, en l’occurrence de 11 ...
    Publié à 16 févr. 2017 à 03:50 par Jean-Pierre Rissoan
  • KAGEMUSHA de Kurosawa, 1980     Film magique qui vous fait passer 2 heures 30 pour une demi-heure… Richesse des décors et des costumes, mise en scène magistrale des chevauchées fantastiques autant que des ambiances ...
    Publié à 6 août 2016 à 11:41 par Jean-Pierre Rissoan
  • Milou en mai, Louis Malle (1990)     C’est un excellent film, plein d’humour et de délicatesse, d’ironie et de lucidité que nous avait livré Louis Malle en 1990. Milou est le personnage principal du ...
    Publié à 13 févr. 2017 à 15:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les canons de Navarone (USA, 1961)     C’est un film déjà ancien  - 1961 ! - mais qui passe toujours à la télé parce que c’est un bon film de divertissement, d'ailleurs, il est sorti en DVD ...
    Publié à 1 août 2016 à 14:58 par Jean-Pierre Rissoan
  • Black Book ou Le Carnet noir : la Hollande nationale-socialiste, film de Paul Verhoeven (2006)         Le film dure plus de 2 heures et 30 minutes. Il évoque l’histoire des Pays-Bas depuis les débuts du débarquement allié jusqu’à la Libération de l’occupation ...
    Publié à 9 oct. 2017 à 03:58 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le juge et l’assassin, Tavernier, 1976     La trame du scénario est constituée par la recherche de ce qu’on appelle aujourd’hui un serial killer, son arrestation, sa confrontation avec le juge d’instruction, son exécution ...
    Publié à 7 févr. 2017 à 14:25 par Jean-Pierre Rissoan
  • There will be blood… avec D. Day-Lewis (2007)     Le film pourrait se traduire par “ça va saigner”...Le sang va couler. Pourquoi ? Parce que nous sommes en plein Far-West (la Californie), en fin du XIX° siècle (1898 ...
    Publié à 4 juil. 2016 à 02:38 par Jean-Pierre Rissoan
  • OPEN RANGE de Kevin Costner (2003)     C’est en principe un vrai film de cow-boy puisque les héros du film (Boss Spearman : Robert Duvall -excellent, on l’avais vu dans un tout autre rôle dans ...
    Publié à 25 août 2016 à 14:45 par Jean-Pierre Rissoan
  • La grande illusion, Jean RENOIR (1937).     Ce film est d’abord une constellation d’étoiles du cinéma. Jean Gabin, Pierre Fresnay, Eric von Stroheim, Dalio et Carette, sans compter -dans de petits rôles- Jean Dasté et ...
    Publié à 7 nov. 2014 à 11:44 par Jean-Pierre Rissoan
  • Danse avec les loups de Kevin Costner (1990)     C’est un film admirable à tous points de vue, il faut le voir et re-voir. Wiki nous informe que "c'est un des films les plus récompensés de ...
    Publié à 20 nov. 2015 à 01:51 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Remains of the day" de James Ivory (1993), les VESTIGES DU JOUR     James Ivory a réalisé ici un film que l’on pourrait qualifier de pervers. On ne se lasse pas de le voir et revoir et pourtant de quoi nous parle ...
    Publié à 10 sept. 2017 à 03:07 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le bon, la brute et le truand... Sergio Leone (1966)         Ce film célèbre que l’on a vu trois ou quatre fois, présente un intérêt historique que je voudrais souligner ici. Les trois hommes qui se battent pour la découverte ...
    Publié à 21 juin 2015 à 08:27 par Jean-Pierre Rissoan
  • Il était une fois…la révolution (S. Leone, 1971)     Avec un titre pareil, ce film devait figurer depuis le début dans ma liste puisque ce site s’intitule « Traditionalisme & Révolution ». En fait, j’ai longtemps hésité car ce film ...
    Publié à 11 août 2016 à 01:30 par Jean-Pierre Rissoan
  • La porte du paradis de Michael Cimino (1980 - 2012)     Ce film fut classé naguère comme « l’un des plus beaux bides de l’histoire du cinéma », ayant provoqué dit-on une perte de 114 millions de dollars et la ...
    Publié à 3 avr. 2017 à 05:37 par Jean-Pierre Rissoan
  • Chimpanzés (Chimpanzee), une production de Disneynature (2012) par L. Sève, philosophe Le film de Disney et la primatologie n’ont-ils comme objet que la défense d’espèces en danger ? Chimpanzés, les grands singes, l’homme et le capitalisme   Par Lucien ...
    Publié à 23 févr. 2013 à 05:42 par Jean-Pierre Rissoan
  • FURYO de Nagisa OSHIMA (1983) Merry Christmas, Mr Lawrence ! Dvd BAC vidéo       Après l’empire des sens (1976), Furyo est un autre des grands films de Nagisa Ōshima qui fit scandale au Japon. "Furyo" signifie « prisonniers de guerre » et ...
    Publié à 1 août 2016 à 15:09 par Jean-Pierre Rissoan
  • Sissi impératrice (1956) et les autres     Ce site - beaucoup l’ont compris - a aussi pour vocation d’aider les lycéens, étudiants et jeunes collègues dans la lourde mission de professeurs. Que vient faire un truc comme ...
    Publié à 1 juin 2016 à 08:19 par Jean-Pierre Rissoan
  • « John RABE, le juste de Nankin », 2009, Florian Gallenberger     DVD 2011, distribution France-Télévision.       Imaginez un immense drapeau nazi, de l’ordre de 50m2, étendu parallèlement au sol avec des piquets qui le maintiennent à 1,5m - 2 mètres ...
    Publié à 1 oct. 2016 à 15:01 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Land and freedom", la Guerre d’Espagne de Ken Loach (1995)     Cette analyse de film complète la partie du cours consacré aux R.I. de 1936 à 1939, accessible dans la partie "le coin du bachotage"LES R.I. DE 1936 ...
    Publié à 19 juil. 2016 à 05:14 par Jean-Pierre Rissoan
  • La fin des Habsbourg ? « Colonel Redl », film de István Szabó DVD, allemand sous-titré français. Grand prix du jury, Cannes 1985.       C’est vraiment un excellent film pour saisir la réalité de l’empire austro-hongrois au tournant du XX ...
    Publié à 31 mai 2017 à 07:44 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le jardin des Finzi Contini (ou « la dernière étape du fascisme mussolinien »)… Ours d’or, Berlin 1971 Oscar, meilleur film étranger, 1972.       Il y a quelque chose de Viscontien dans ce film de Vittorio de Sica. L’éblouissement de l’aristocratie, les ...
    Publié à 1 sept. 2016 à 15:34 par Jean-Pierre Rissoan
  • « Les grandes gueules » (1965) Bourvil - Ventura     C’est un bon film, un « film d’hommes » comme eût pu dire l’ineffable Thierry Roland. Un western à la française comme cela a souvent été écrit mais sans ...
    Publié à 18 févr. 2015 à 06:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Rio bravo" de Howard Hawks (1959) Film programmé au festival Lumière-Lyon 2012.     Ainsi que je l’ai souligné par ailleurs, "Le train sifflera trois fois" (High Noon) avec Gary Cooper (1952) la critique de Rio ...
    Publié à 13 sept. 2017 à 03:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Le train sifflera trois fois" (High Noon) avec Gary Cooper (1952)      Ce film est un chef-d’œuvre absolu qui marqua durablement mon enfance : c’est tout dire ! La musique (oscar) du « si toi aussi tu m’abandonnes » et la chute ...
    Publié à 30 sept. 2016 à 00:15 par Jean-Pierre Rissoan
  • « La nuit du chasseur » de Charles Laughton (1955)      Au programme du festival LUMIÈRE  de Lyon 2012.            La Nuit du chasseur est considéré comme l'un des plus grands films de tous les temps. Beaucoup de choses ont été ...
    Publié à 27 sept. 2017 à 11:20 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Lady for a day", Frank Capra, 1933.     La chaîne TCM programme “milliardaire pour un jour” de Frank Capra (1961) qui est le remake du propre film de Capra sorti en 1933, « lady for a day ». J’évoque ...
    Publié à 26 juil. 2016 à 15:03 par Jean-Pierre Rissoan
  • Lawrence d’Arabie de David Lean (1962) avec Peter O’Toole     L’Institut Lumière de Lyon programme Lawrence d’Arabie pour la rentrée. Sur écran géant, le film qui se déroule pour l’essentiel dans le désert donnera toute sa mesure ...
    Publié à 20 sept. 2016 à 07:41 par Jean-Pierre Rissoan
  • Shakespeare in love (Shakespeare et Juliette) John Madden, 1999.     Ce double titre est un clin d’œil à nos amis québécois.    Shakespeare in love [1] bénéficie d’une excellente distribution avec, entre autres, Joseph Fiennes (William Shakespeare) que l ...
    Publié à 22 août 2017 à 14:38 par Jean-Pierre Rissoan
  • la Prusse prussienne avant 1914 : LE RUBAN BLANC de M. Haneke     Le Ruban blanc (Das weiße Band) est un film franco-germano-italo-autrichien de Michael Haneke sorti le 21 octobre 2009 en France. Le film a obtenu la Palme d ...
    Publié à 28 août 2014 à 15:20 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Les camisards" de René Allio.     Autres articles sur les Cévennes et les Cévenols Cévennes, Front de gauche, ré-sis-tance... ainsi que Cévennes : LE DESERT ET LE REFUGE mais aussi Cévennes, Front de gauche, ré ...
    Publié à 1 févr. 2017 à 15:42 par Jean-Pierre Rissoan
  • “La captive aux yeux clairs”, film de Howard Hawks, 1952.     L’Institut Lumière de Lyon a programmé pour la période d’avril-mai 2012, La captive aux yeux clairs (The Big Sky) de Howard Hawks.     Il présente le film de ...
    Publié à 29 déc. 2014 à 06:24 par Jean-Pierre Rissoan
  • Discours d'un roi   Colin Firth (le roi) et Geofrey Rush (l'orthophoniste)Le film a eu de nombreuses reconnaissances internationales. Il est vrai qu’il joue à fond sur la corde sentimentale et ...
    Publié à 13 févr. 2015 à 09:35 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les nouveaux chiens de garde Une fois n’est pas coutume, je vous invite à voir d’urgence ce film démystificateur en n’apportant que peu de commentaires personnels. Je vous invite à voir la ...
    Publié à 28 janv. 2012 à 05:00 par Jean-Pierre Rissoan
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« THE PATRIOT », le chemin de la liberté...

publié le 27 sept. 2017 à 03:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 sept. 2017 à 03:35 ]


l'analyse du film est lisible ici :

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/articles/histoire-d-ailleurs/etats-unis/%C2%ABthepatriot%C2%BBlechemindelaliberte  ou aussi :
« THE PATRIOT », le chemin de la liberté...

Bon voyage ! de J.-P. Rappeneau (2003)

publié le 15 sept. 2017 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 sept. 2017 à 01:46 ]

Excellent film, à voir et revoir. Ci-dessous les six principaux personnages, tous parfaitement interprétés. En tête, le jeune écrivain Frédéric Auger, qui progressivement émergera de la lie bordelais pour rejoindre, séance tenante, abandonnant tout (comme le firent les premiers vrais résistants) la Résistance à Londres. En 1942, parachuté, il retrouve Camille, elle-même membre d'un réseau au Collège de France. Il s'aimeront d'amour tendre...

    Les auteurs du DVD ont une bien piètre idée de leur film-produit quand ils le réduisent à ces simples lignes : "Une actrice célèbre (jouée par I. Adjani, JPR), harcelée par un maître-chanteur, le tue dans un moment de panique. A la recherche d’un complice pour dissimuler le corps, elle appelle Frédéric (Grégori Dérangère), un jeune homme amoureux éperdu. Ce dernier est le coupable idéal lorsque la police retrouve la victime dans un coffre (de voiture) ; Commence alors une course-poursuite faite de manipulations, de trahisons et de révélations". En réalité, nous vivons intensément l’une des périodes les plus dramatiques de l’histoire de France avec le passage du gouvernement à Bordeaux en mai-juin 1940. C’est l’époque de la démission du gouvernement Reynaud, la formation du gouvernement Pétain, le départ, pour Londres, du général De Gaulle qui était entré au gouvernement Reynaud…

Le cadre historique est donc grandiose.

Le ton du film est pourtant à la comédie même si, lorsque l’argument le veut, on passe à la tragédie. Rappeneau a réalisé ici une merveille de film. Plusieurs trames se superposent et donnent une apparence de complexité au film.

Il y a, c’est vrai, cette affaire policière avec la mort d’André Arpel pour une sombre histoire de bijoux non restitués par Viviane Denvers-Adjani. Elle fait appel à un ami d’enfance, Grégori Dérangère/F. Auger amoureux d’elle qui l’exploite à n’en plus finir, pour se débarrasser du corps d’Arpel qu’elle vient de tuer. En prison à Paris, évadé à l’occasion de la débâcle, Auger retrouvera, par hasard, le neveu d’Arpel à Bordeaux.

Il y a l’exode, dramatique, avec ce train sur-occupé, bondé, où la jeune et jolie Camille (Virginie Ledoyen), tout droit sortie du Collège de France, fait la rencontre de Frédéric Auger mais aussi de Raoul, évadé lui aussi : il avait les mêmes menottes que Frédéric Auger.

Il y a le ministre Beaufort – Depardieu – homme-fort du gouvernement et amoureux de Mlle Denvers, devenue sa maîtresse. Le parlement de la République est réuni dans la cour du Lycée de Bordeaux et une vaste salle de classe et les débats sont à couteaux tirés entre ceux qui veulent capituler et ceux qui pensent pouvoir continuer le combat à partir de l’Afrique du Nord. Beaufort est écouté et suivi lorsqu’il demande d’approuver l’appel à Pétain.

Il y a la bande à Raoul, qui a tout loisir pour piller les chais de Bordeaux et s’émerveiller devant une bouteille de Pichon-Longueville 1928. Raoul et ses potes sont émerveillés de pouvoir côtoyer de si près une star comme Viviane Denvers de surcroît amour de Frédéric.

Il y a les Allemands, les vrais, les nazis qui sont partout, confirmant que les murs ont réellement des oreilles. C’est Alex Winckler (joué par Peter Coyote) qui parle excellemment français, fût-ce avec un accent à couper au couteau, qui se fait passer pour journaliste britannique et qui a une équipe à Bordeaux installée dans une mansarde avec un poste émetteur d’où ils peuvent joindre Berlin.

Il y a enfin, le professeur Kopolski (Jean-Marc Stehlé) un savant comme dit Raoul, avec son nœud papillon très classe, professeur au Collège de France qui emmène avec lui et son fidèle Monsieur Girard (Vuillermoz réellement excellent) le stock d’eau lourde du laboratoire du Collège. Il est hors de question pour le Professeur que les nazis s’emparent de ces bonbonnes, à l’arrière de la voiture de Girard, mal protégées des regards indiscrets, il sait bien que les Allemands veulent mettre au point une bombe atomique et sont prêts à tout. Ces bonbonnes doivent partir en Angleterre. Absolument.

Tout cela est étroitement imbriqué. Les scénaristes s’en sont donné à cœur-joie mais il faut admettre qu’un minimum de culture générale est nécessaire pour en profiter pleinement.

Pourquoi "Bon voyage !" ? C’est une réplique du film. Brémont (Xavier de Guillebon), chef de cabinet de Beaufort, partisan de la poursuite de la guerre à la différence de son ministre, accablé par la désignation de Pétain, s’est démené pour trouver une voiture qui amène le général De Gaulle à l’aérodrome d’où il s’envolera pour l’Angleterre. La star Denvers-Adjani esseulée arrache à Brémont la possibilité de monter dans la voiture et lorsqu’elle descend précipitamment, lance un désinvolte " bon voyage !" comme si on partait pour une croisière Costa. "Ciao, on se fait une bouffe !" mais toute la légèreté du personnage est là, elle ne sait pas ce qui se passe. Le destin de la France, comme lui dit Beaufort, elle s’en fout, elle est empêtrée dans son affaire d’assassinat, elle ne sait comment s’en sortir sinon pas des mensonges répétés. Trois hommes sont après elle : Beaufort, Winckler, Frédéric. C’est le type même de la capricieuse, de la chiante, chipie… Elle va jusqu’à déranger le premier conseil des ministres de Pétain pour parler de ses petits problèmes à Beaufort, membre du nouveau gouvernement. Isabelle Adjani incarne excellemment ce personnage.

Sur la fin du film, tout se précipite, le scénario se décante pour se concentrer sur la bataille de l’eau lourde (cf. article Wiki), si je puis dire. Frédéric, dont la conscience politique s’éveille à la vitesse de la lumière, a rencontré des marins anglais, il sait que des navires amis partent de Soulac, il y emmènera les bonbonnes. Catastrophe ! arrive la diva ! tout le monde comprend que c’est fichu, que Frédéric va craquer une nouvelle fois et c’est ce qui se passe. La jeune Camille est effondrée, elle s’est éprise secrètement de Frédéric et, surtout, elle veut qu’on évacue cette eau lourde sur l’Angleterre. La Star fiche tout en l’air.

Mais heureusement, il y a Raoul qui, lui aussi, s’éveille. Il dit à Camille "nous sommes tous des hors-la-loi, maintenant, mademoiselle, vous comme moi" et commence la dernière partie du film, où l’on va se battre, la nuit, dans la forêt landaise, les Allemands étant aux trousses de la voiture de Monsieur Girard. Frédéric, qui s’est ravisé, arrive à la rescousse de Raoul et des autres. C’est haletant, fantastique…

Je me souviens avoir découvert le mot délétère en écoutant un débat télévisé dans les années soixante. Un baron du gaullisme, comme on disait, résistant bien sûr, évoquait l’ambiance "délétère de Bordeaux". Rappeneau nous la restitue parfaitement. Quel bordel ! quel capharnaüm ! Le pont sur la Gironde totalement obstrué nous donne une idée de l’ampleur des moyens matériels sur lesquels Rappeneau n’a pas lésiné. Les débats dans la salle du Lycée…, la prise d’assaut du Grand Hôtel par des centaines de privilégiés qui veulent tous une chambre "sinon j’appelle le ministre", la bourgeoise qui se félicite de l’annonce de l’armistice "enfin, on va rentrer à Paris – un Paris avec des Allemands ? – bah ! on s’habituera"…

Film vu cinq ou six fois. J’attends la septième..

ZOULOU, film de C.R. Endfield (1964)

publié le 5 août 2017 à 06:29 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 sept. 2017 à 04:48 ]

Ce film est sorti en 1964, il fut réalisé par Cyril Raker Endfield. Saluons dans ce dernier une des nombreuses victimes du Maccarthysme et de la chasse aux sorcières. En effet, en 1951, Endfield fut cité comme communiste à une audition devant la Commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee : HUAC). Mis sur liste noire par les patrons des studios de cinéma californien, il se retrouva dans l'incapacité de trouver du travail à Hollywood et partit s'établir au Royaume-Uni (1953), pays où il écrivit et dirigea des films sous différents pseudonymes, avec au générique, les noms d'acteurs eux aussi mis sur liste noire.

J’ai vu ce film il y a fort longtemps, peut-être à sa sortie et j’en avais gardé le souvenir d’un échec cuisant des colonialistes anglais et, me disais-je, cela retrace la bataille célèbre d ' Isandhlwana (colonie du Natal), célèbre car ce fut la plus lourde défaite des troupes coloniales britanniques. Bonne occasion, me dis-je, de revoir cette triquée subie par les invincibles soldats de Sa Majesté. En fait, ce n’est pas du tout cela (voit-on les Anglais mettre en scène une défaite anglaise ?). Il s’agit "seulement" de la bataille de Rorke’Drift, qui est, somme toute, une victoire anglaise, victoire coûteuse en vies humaines mais victoire tout de même.

Il y a cependant un rapport entre les deux batailles : Isandhlwana s’est déroulée les 22 et 23 janvier 1879 (plein été austral) et Rorke’Drift, le 23 dans l’après-midi. C’est l’époque dite des guerres zouloues et l’empire britannique met les moyens pour exterminer la puissance zouloue, obstacle à ses projets. Il a néanmoins sous-estimé cette puissance indigène. En voyant ce film qui traite de Rorke’Drift, on peut se faire une idée du matériel, des costumes, des méthodes de combat des belligérants d’ Isandhlwana.

Dans l’histoire de la formation de l’Afrique du sud, les guerres anglo-zouloues sont dérivées du grand projet anglais d’absorber les colonies boers de l’Orange et du Transvaal (en vert sur la carte ci-dessous). "Absorber" est impropre, les Anglais songeant à une fédération. Mais dans tous les cas, le nouvel État fédéré aurait une politique extérieure inféodée à celle de Londres. Autrement dit, les États boers perdraient leur souveraineté externe.

 

Sur la carte, repérer : Simons’town (c’est LA base navale, militaire et stratégique, des Anglais, étape essentielle sur la Route des Indes) ; repérer aussi la baie de Ste Lucie au pays des Zoulous, la baie Delagoa au Mozambique portugais : deux accès à la mer convoité par les Boers du Transvaal. La carte présente les deux républiques boers : elle date d’avant 1902 et d’avant la Guerre des Boers. Concernant le République sud-africaine mentionnée sur la carte, voici un lien :

 https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_sud-africaine_(Transvaal) 1857-1902. l'Atlas date d'avant 1902.

 

La carte permet de constater que la maîtrise du littoral de l’Océan indien par les Anglais passe par une relation directe avec le Portugal présent en Mozambique, le Portugal étant un pays vassalisé. Seul moyen d’interdire au Transvaal un accès à la mer. Car les Boers du Transvaal - République sud-africaine se concertent avec les Hollandais et les Allemands pour obtenir cet accès : les Anglais y voient une menace sur leur route des Indes. Mais les Anglais se heurtent dès lors à la présence du royaume zoulou. Ce seront donc les guerres anglo-zouloues, préludes au grand affrontement avec les Boers.

Le film traite donc d’un fait historique de ces guerres : l’attaque au gué de Rorke (Rorke’s Drift) de bâtiments occupés par les Anglais, transformés en hôpital de campagne, avec un pasteur suédois et sa fille, attaque qui a lieu dans le prolongement de la catastrophe d 'Isandhlwana. Cette dernière victoire a dû exciter les Zoulous qui partent à l’assaut d’un site fortifié, ce qui était interdit par le roi de la tribu. Pourquoi ? parce que les Zoulous se battent avec des lances qui ne doivent pas être jetées comme des javelots mais doivent servir au corps à corps (les Anglais ont des baïonnettes pour cela), il faut donc s’approcher au plus près de l’ennemi mais si ce dernier est protégé par ses fortifications –fussent-elles sommaires, comme ici – le tir de ses armes à feu se fera à bout portant et les zoulous seront abattus inexorablement. Je cite l’encyclopédie wiki : "À 16 h 20, un régiment frais de Zoulous (il faisait partie de la réserve à Isandhlwana) arrive à Rorke's Drift. Il est commandé par le prince Dabulamanzi, frère du roi Cetewayo, qui désobéit à son roi en se lançant à l'assaut d'une position fortifiée".

Le film met en scène un Boer, présent pas solidarité avec les Anglais, qui –avant l’assaut- dessine sur le sable le schéma de la tactique de l’infanterie Zouloue ; le schéma est exact mais, en l’occurrence inopportun car il ne concerne que l’attaque d’une infanterie par l’infanterie zouloue. Vous pourrez observer ce schéma sur le site https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Isandhlwana, l’intitulé est "Schéma de la tactique zouloue avec enveloppement de l'adversaire par les ailes". En l’espèce, au gué de Rorke, il n’y a pas de développement par les ailes, on assiste à un massacre systématique, ordonné, méthodique avec cadavres des Zoulous pleins de bravoure s’accumulant devant les fortifications de bric et de broc mis en place sur ordre du Lt John Chard (personnage historique).

Les soldats britanniques se montrent parfaitement disciplinés. Il est dangereux de faire tirer tous les soldats simultanément. Lorsque toute la ligne a tiré, il faut recharger le fusil, temps suffisant pour permettre aux Zoulous d’utiliser leur lance. Aussi, la ligne est divisée en deux : les uns tirent cependant que les autres rechargent, puis c’est l’inverse ; si bien qu’il y a toujours une mitraille sur les Zoulous. C’est efficace et épouvantable. Car les Zoulous n’ont guère que leur bouclier en bois mince et leur lance courte. Quelle protection contre une balle de fusil ? C’est la paysannerie africaine contre la mère de la Révolution industrielle du XIX° siècle. Les Britanniques se servent du fusil Martini-Henri, adopté en 1871, qui se charge par la culasse et non plus par la gueule. au début du film, lorsque le lieutenant Broomhead lance un "feu à volonté", une veste rouge dit à sa voisine, le sourire aux lèvres "c'est un cadeau qu'il nous fait !". Parbleu  ! les zoulous sont abattus comme au casse-pipes du stand de tir forain...

 

Le film donne en effet à voir ces fameuses tuniques rouge-écarlate avec le casque blanc, uniforme qui a son plein emploi lors du Trooping the Colour, à Londres, mais dans la savane africaine, avec soleil de l’été, c’est plus discutable. Le sergent Bourne (remarquable Nigel Green) totalement coincé dans son Restreint exige que chaque bouton de chaque tunique soit bien fermé. Endfield met en scène le Lt Chard, ingénieur hydraulique du Royaume qui est venu construire un barrage sur le gué de Rorke et le Lt Broomhead, héritier. Chard est d’origine prolétaire et se promet bien de ne pas renouveler son engagement après un tel massacre ; Chez les Broomhead on est officier de père en fils, "mon père était à Waterloo, mon grand-père est mort à Québec" dit-il à Chard. Avant midi, alors que les Anglais soignent leurs plaies à Isandhlwana, et que des Zoulous manœuvrent en direction du gué de Rorke, Broomhead est allé chasser, il rentre à cheval, au pas, sa cape blanche recouvrant le fessier du cheval, et des serviteurs portant le léopard et la biche qui pendent par les pieds du gros bâton qu’ils ont à l’épaule… C’est Michel Caine, alors âgé de la trentaine qui joue le rôle du jeune aristo aux cheveux blonds frisés. Il va découvrir l’enfer. L’armée britannique est restée une armée d’ancien régime ; Rien n’a changé depuis la Crimée la charge de la brigade légère (1968) -guerre de Crimée en 1854-. Chard, plus ancien dans le grade le plus élevé, prend la direction des opérations. Il sera, lui, à la hauteur.

    A la fin, les Zoulous se retirent et chantent. Broomhead qui n'a rien appris de son séjour, dit "écoutez-les, ils nous narguent" ; "vous ne pouvez pas plus vous tromper" dit le Boer, "ils louent votre courage militaire"...




on peut consulter http://www.dailymail.co.uk/news/article-2166598/Astonishing-drawings-capturing-bloody-aftermath-Rorkes-Drift.html#comments

et aussi : https://www.google.fr/search?q=Rorke%E2%80%99Drift,&client=firefox-b&tbm=isch&imgil=-mv0nrgbR8fwKM%253A%253BlKM3Zv4IUpoOVM%253Bhttp%25253A%25252F%25252Fwww.warlordgames.com%25252Frorkes-drift-battle-set-limited-quantities%25252F&source=iu&pf=m&fir=-mv0nrgbR8fwKM%253A%252ClKM3Zv4IUpoOVM%252C_&usg=__NRG4Ur96QVHOfV8ydnUPnQR-Z9Y%3D&biw=1920&bih=897&ved=0ahUKEwjpj5-K6L_VAhVIDsAKHY6PC7EQyjcImQE&ei=PpSFWen4IsicgAaOn66ICw#imgrc=vuPYVvmdkssM4M:

 

Une femme en péril (The House on Carroll Street) par Peter Yates (1988).

publié le 3 août 2017 à 05:14 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 août 2017 à 03:18 ]


   

Une femme en péril (The House on Carroll Street) est un film américain réalisé par Peter Yates et sorti en 1988. Grâce à Paramount Channel mais aussi à TCM-le meilleur des films américains, nous disposons de la possibilité non-stop de voir des films venus d’outre-Atlantique.


L’action de "Une femme en péril" se déroule au tout début des années cinquante. C’est l’époque dramatique du Maccarthysme où l’Amérique est prise d’une fièvre maladive et voit des communistes partout. Quiconque pense un peu différemment de l’idéologie dominante – on devrait dire de la pensée unique -  est suspecté et peut même passer devant un tribunal ad hoc : la commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee : HUAC).  C’est le cas de notre héroïne, Emily Crane, remarquablement interprétée par Kelly Mac Gillis. Emily n’est pas une femme ordinaire, en tout cas le scénario du film lui donne une ampleur extraordinaire. Devant la Commission, dont les séances se déroulent non pas en tête à tête mais devant une cinquantaine de personnes, journalistes, sénateurs des States, etc.… elle a le front de refuser de donner les noms de personnes "suspectes" avec lesquelles elle a eu des contacts, elles auraient signé l’appel de Stockholm. Elle est confrontée à un commissaire particulièrement inquisiteur qui ne la lâche par d’un pouce ; un dénommé Salwen, interprété par Mandy Patinkin, imberbe[1]. Pour ce refus, elle est accusée d’outrage au Congrès des États-Unis. Pas moins. La foudre s’abat sur elle : elle est virée de son emploi à Life, le grand magazine américain, où elle avait un grade important et des perspectives de carrière encore plus importantes, elle est suivie par des flics qui se cachent dans des camionnettes pour la filmer/photographier, elle ne peut guère que trouver un job à $50 par semaine comme liseuse chez une vieille dame. Laquelle vieille dame est elle-même visitée par ces mêmes flics… La totale quoi…

Le scénario connaît un rebondissement lorsqu’ Emily se promène dans le parc de la vieille dame et surprend des conversations animées dans une villa voisine. Un jeune homme y est sur la sellette. Au point qu’Emily va le suivre pour lui porter secours car elle sent quelqu’un de fragile et de menacé. Cela ne fait qu’aggraver les soupçons de la police et de Salwen en particulier qui est aux avant-postes de cette nouvelle affaire.

Téméraire, Emily fourre son nez dans la villa désertée, elle trouve un livre, un exemplaire de Neues Deutschland –organe du PC de l’Allemagne de l’est. Lors d’un rencontre avec le jeune homme, elle est pourchassée et le garçon assassiné d’un coup de couteau dans le ventre. Mais arrive, non pas la cavalerie américaine, mais un troisième larron : l’agent Cochran, l’un des flics chargés de filer Emily qui est perturbé par tout ce qu’il voit et se prend de sympathie pour elle. Il y a dès lors, un jeu à trois : Salwen, Emily, Cochran.

Emily a levé un coin du voile jeté sur une affaire aujourd’hui bien connue : l’importation, à cette époque de naissance de la Guerre froide, d’anciens nazis, savants et chercheurs, qui pourraient bien un jour être très utiles pour les États-Unis, lesquels sont prêts à oublier leur moment d’égarement avec Hitler. Cochran est bouleversé. Lors d’une poursuite spectaculaire dans les charpentes du hall de la gare centrale de Chicago, à l’altitude vertigineuse, Salwen trouve la mort. La filière d’importation est démasquée. Mais Cochran est muté par ses supérieurs et, de New-York, passe dans un bled perdu du Montana…


Le jeu à trois représente la lutte des trois courants qui traversent l’opinion américaine. Emily est l’avant-garde –encore bien minoritaire en 1951-52 – des "libéraux", des "indépendants". A l’inverse, Salwen est le maccarthyste militant, fanatique, prêt à tout pour assurer la suprématie américaine fût-ce au prix des valeurs de la démocratie. Cochran est un honnête homme qui pense que le régime de son pays est bon, en tout cas "le moins mauvais" comme dirait Churchill, et doit être préservé.  


Peter Yates a réalisé, ici, un film très honorable, au sens où il mérite des honneurs. En 1987, date du tournage, la politique mondiale connaît un changement historique ; M. Gorbatchev est au pouvoir depuis trois ans : avec lui, la Guerre froide s’achève. Pour Yates, il est temps de mettre l’horloge du temps américain à l’heure. L’époque où les États-uniens sont blancs comme neige, et les Soviétiques tout noirs (ou tout rouges) est révolue. Il faut dénoncer, fût-ce avec retard, les turpitudes dont ils se sont rendus coupables. Et la chasse aux sorcières, l’accueil des nazis "utiles" quel que soit leurs antécédents sont plutôt accablants. Curieusement, les biographies de Peter Yates n’en font aucunement mention. Mais bon, le courage politique n’est pas la chose du monde la mieux partagée.


PS. La présence de Neues Deutschland s’explique sans doute par le fait que le jeune homme était un émigré de RDA, "réceptionné" par ces allemands ex-nazis qui ont choisi de le faire disparaître pour éviter qu’il n’ébruite l’affaire de ces "passagers clandestins" à la recherche d’une nouvelle identité.   

 

 



[1] Je précise « imberbe » parce que vous verrez sur ses photos que la barbe le change du tout ou tout.

Les gangs de New York, Scorsese (2002)

publié le 8 févr. 2017 à 03:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 mars 2017 à 10:49 ]

    Ce film gigantesque (longueur de la pellicule 2h50mn, stars mondiales et centaines de figurants, costumes d’époque, décors reconstituant le New York du milieu du XIX° siècle…) (dix oscars, 2003) ce film illustre de nombreux faits historiques relatifs aux États-Unis d’Amérique. Les States sont nés dans la violence : esclavage des Noirs, massacre des Indiens, tueries entre communautés immigrées et, c’est l’époque où se situe l’action du film, la Guerre civile entre le Nord yankee et le Sud esclavagiste, émeutes de la faim toutes réprimées par la force armée. La boîte du DVD croit utile de préciser : "L’Amérique est née dans la rue"… Malheur pour les gens ! "À New York, on pouvait voir des êtres misérables dormir à même le pavé. Dans les taudis, il n'existait aucun système d'évacuation des eaux usées, qui, après s'être répandues dans les arrière-cours et les ruelles, s'écoulaient dans les caves où logeaient les plus pauvres parmi les pauvres. La ville connut une épidémie de typhoïde en 37 et une épidémie de typhus en 1842. (…). Les villes vers lesquelles revenaient les soldats (de la Civil War, JPR) étaient des pièges mortels dévastés par le typhus, la tuberculose, la faim et les incendies. A New York, cent mille personnes vivaient dans des taudis sordides. Douze mille femmes travaillaient dans les maisons de prostitution afin d'échapper à la famine. Les détritus amoncelés dans les rues grouillaient de rats" (H. Zinn). Cela est visible dans le film. Le combat pour la vie (struggle for life) est journalier et quoi de mieux que de se regrouper entre gens de la même origine géographique et religieuse, quitte à accepter la tyrannie d’un caïd, pour survivre ?

    On appréciera un éclairage vigoureux – car le film restitue cette violence, il est interdit aux moins de 12 ans – sur la guerre entre gangs d’Américains nés sur le sol étatsunien et les Irlandais débarqués de fraîche date, sur les émeutes de New York de 1863, sur la naissance et le développement de la corruption électorale d’envergure toute américaine (les States ne font rien en petit) et, enfin, éclairage sur le racisme anti-noirs qui, je n’apprends rien à personne, subsiste encore aujourd’hui.

 

Les "Natives" contre les Dead Rabbit

    C’est la principale "action" (au sens du théâtre classique) du film. Le mot natives est abusif, on sait qu’il est réservé aux Indiens d’Amérique qui ont été plus ou moins exterminés par les Puritains anglais emmenant avec eux toute la racaille qui traine dans les prisons, sur les trottoirs et les quais de Londres. Dans le film, natives concerne les Américains WASP nés au États-Unis, dont les parents vivaient déjà aux States. Ils sont emmenés par William Cutting, dit "Bill le Boucher" interprété par David Day-Lewis, magistral et, d’ailleurs, oscarisé. Bill a été orphelin de père après la bataille du 28 juillet 1814, où son père est mort sous les balles des Anglais, victorieux (il s’agissait du second conflit États-Unis vs Angleterre, débutant en 1812). Bill tire de ce fait, très douloureux pour lui, une gloire démesurée. Un accident lui a fait perdre un œil, remplacé par un verre sur lequel à l’emplacement de l’iris il a mis une sorte de lentille constituée de l’aigle américain et d’une partie de la bannière étoilée. Son nationalisme est intégral. Il est protestant intransigeant et déteste le pape de Rome. C’est avec la même détestation qu’il voit chaque jour ou presque débarquer des Irlandais catholiques qui deviennent, à ses yeux, envahissants. La "pureté de la race " est en cause. Face à son gang, Bill voit se dresser le gang des Irlandais des Lapins morts mené par Vallon surnommé Priest. Le rôle de Vallon est bref, mais il fallait un acteur d’envergure pour rendre crédible l’opposition avec Bill the Butcher. C’est Liam Neeson qui assume.

    Cette opposition mortelle, implantée dans le quartier de Five points à Manhattan (lecture de l’article de l’encyclopédie Wiki vivement conseillée) repose sur des faits historiques qui ne concernaient pas que la ville de New York d’ailleurs. Ainsi Howard Zinn écrit :

"(…) un violent antagonisme religieux opposa les tisserands irlandais catholiques et les ouvriers qualifiés protestants nés aux États-Unis. En mai 1844, les deux factions s'affrontèrent violemment à Kensington, dans la banlieue de Philadelphie. Les protestants anti-immigrés détruisirent les quartiers des tisserands et s'en prirent à une église. Les politiciens de la petite bourgeoisie se mirent finalement d'accord pour intégrer les deux groupes adverses dans leurs partis respectifs (les protestants "nativistes" dans le parti républicain et les Irlandais dans le parti démocrate) : la politique des partis et la question religieuse venaient ainsi se substituer au conflit de classe. (page 262) (…)".

Le film pourrait être divisé en deux parties de longueurs inégales. La première montre l’affrontement entre les deux gangs sur la grande place. Les deux leaders se sont mis d’accord sur quelques règles : rendez-vous au centre de Five points, pas d’armes à feu, seules les armes blanches sont tolérées. Et toute la panoplie y passe : lance, poignard, dague (en main gauche), épée surtout l’épée à deux mains, sabre et surtout la hache mais aussi nerf de bœuf et coup de poing américain (comme il se doit). Masse d’armes et fléau d’armes servent aussi beaucoup. L’assaut est d’une violence telle que lors de ma première vision du film une spectatrice est partie pour ne plus revenir. Le sang gicle de partout. Le fils de Vallon, Amsterdam Vallon, assiste à la bataille et, malheureusement pour lui, subit la mort du père. Bill a en effet réussi à surprendre Vallon. C’est la fin du combat. Le quartier de Five points sera sous la domination de Bill the Butcher, même les Irlandais lui obéiront. Cette lutte est datée de 1846. Le petit Amsterdam va garder de cette expérience fondatrice des souvenirs indestructibles.

Il a d’abord connu un moment très fort, en tête à tête avec son père, qui après s’être fait une cicatrice sur la joue, lui a donné un rasoir "sur lequel le sang doit rester". Ils se donnent la main jusqu’au centre de Five points. Le long de ce trajet, Amsterdam voit tous les Irlandais se préparer et fourbir leurs armes, dont Happy Kack, dont McGloin (interprété par Gary Lewis beaucoup moins à l’aise que dans son rôle du père de Billy Elliot), il assiste aussi au ralliement in extremis de Monk McGinn, dit "le Moine" très attaché à la rémunération de son soutien. A la fin du combat, Amsterdam a été mis dans un pensionnat, il en sort 16 ans plus tard, en 1862 donc. Il doit avoir dans les 26 ans. Il a bien changé et a pris l’enveloppe de Di Caprio.

La seconde partie est beaucoup plus longue. Amsterdam n’a rien appris ni rien oublié, en bon irlandais fils de son père, il n’a qu’un objectif : le venger. Il approche progressivement l’entourage de Bill, il va même lui sauver la vie lors d’une tentative de meurtre au couteau par un Irlandais et il va faire partie des happy few qui partagent le quotidien du chef. Trop hâtif, trop pressé, il tente de tuer Bill au pistolet, mais il avait été démasqué ; Bill lui casse la gueule au sens étroit. Là aussi le sang gicle. Amsterdam est brûlé au fer sur sa joue droite. Il comprend qu’il n’y a pas d’autres solutions que de reconstituer le gang des Dead Rabbits, d’en prendre la tête à titre d’hérédité par primogéniture et de lancer un défi en bonne et due forme au Butcher. C’est alors que les souvenirs reviennent en mémoire. Ainsi McGloin est devenu un homme de main de Bill. Il y aura un pugilat aiguisé entre lui et Amsterdam. Happy Kack, lui aussi, est passé du côté du Butcher, il porte même un uniforme de policier local. Chargé par Bill d’une basse besogne, Amsterdam le trucide et son corps est suspendu à la grille du monument central de Five Points. C’est un langage : Bill a compris que la guerre est déclarée. L’élection au poste de Shérif donne lieu à des scènes cocasses où la fraude est aussi importante que le whisky chez les Irlandais ou la viande chez Bill le boucher. Finalement grâce à l’aide du Boss de Tammany-Hall c’est "Le Moine" qui est élu. Bill s’en débarrassera brutalement et sauvagement en lui balançant une hache entre les omoplates, dans le dos. Amsterdam avant de proposer au Moine d’être candidat à ce poste lui avait demandé pourquoi il avait fait les poches de son père en train de mourir lors du combat de 1846. "J’avais peur que tu oublies ceci" et il lui passe un objet sacré, sacré pour les Dead Rabbits, c’est alors qu’Amsterdam Vallon comprit qu’il devait ressusciter le gang.

 

Les Draft Riots (émeutes de la conscription), juillet 1863

On ne verra pas un nouvel affrontement comme celui de 1846 car New York est frappée par quelque chose de bien pire : les célèbres riots of New York, les émeutes de New York.

    Ces émeutes sont célèbres parce qu’elles ont mis en mouvement des dizaines de milliers de New-yorkais. Et Scorsese réussit une sorte de tour de force dans son film. La situation n’était pas brillante. La guerre de Sécession dure depuis plus de deux ans. Il y a régulièrement une crise du ravitaillement des villes. Les morts et blessés dont le corps rentre du front désespèrent les civils. C’est alors que la présidence Lincoln décide une mesure extraordinaire : la conscription. Cette mesure, violente en elle-même, n’est acceptable qu’à deux conditions : la motivation doit être suffisante, les causes et la finalité bien expliquées, d’autre part cette mesure doit être égalitaire : tout le monde y passe ! pas d’exemption ! or ni l’une ni l’autre de ces conditions ne fut remplie. Ce texte de H. Zinn résume presque tout :

"En juillet 1863, lorsque commença la conscription, un certain nombre de New-yorkais s'en prirent au principal bureau de recrutement. Pendant trois jours, des groupes de travailleurs blancs détruisirent, dans toute la ville, bâtiments, usines, tramways et domiciles. Les motivations de ces émeutes contre la conscription sont complexes. Elles sont autant anti-Noirs qu’anti-riches et anti-Républicains (au sens d’hostilité au parti de Lincoln, New-York, port maritime d’entrée et de sortie des produits du Sud cotonnier n’était pas hostile à la cause sudiste, JPR). Après une de ces attaques les émeutiers s’en prirent aux villas des riches mais assassinèrent également des Noirs. Ils défilaient dans les rues, imposant la fermeture des ateliers et recrutant des individus qui venaient grossir leurs rangs. ".

    Concernant la motivation, il faut comprendre le point de vue des Irlandais à peine débarqués du navire qui les privait de leur pays natal, qui viennent chercher autre chose que la misère et à qui on demande de combattre contre les Sudistes, pour -soi-disant- la liberté des Noirs, problématique improbable pour eux et qui les surprend totalement.

"Ces immigrés irlandais récemment débarqués pouvaient-ils vraiment sympathiser, pauvres et méprisés comme ils l'étaient eux- mêmes, avec les esclaves noirs qui se trouvaient à l'époque de plus en plus au centre de la question politique et fournissaient le ressort de l'agitation dans le pays ? Rares étaient d'ailleurs les militants de la classe ouvrière qui s'intéressaient à l'époque au sort des Noirs. Ely Moore, syndicaliste new-yorkais élu au Congrès américain, s'élevait par exemple à la Chambre des représentants contre toute discussion sur les pétitions abolitionnistes. La haine raciale devint un substitut idéal de la frustration de classe". (263)

    Le pire était que les citoyens capables de payer 300 dollars pouvaient être exemptés. Guerre des riches faite par les pauvres : le slogan fut vite adopté et visait juste. Décision incroyable qui montre à quel point, pour les Anglo-saxons l’argent peut tout résoudre.

"… Et puis il y eut la guerre, la conscription et le risque de mourir. La conscription, votée en 1863, permettait aux riches d'échapper au service en s'acquittant de la somme de 300 dollars ou en s'offrant un substitut" (Zinn).

    Scorsese met en scène la réaction plus que virulente d’un conscrit incapable de verser les $300 –somme considérable à l’époque – et qui bouscule les fonctionnaires recruteurs. Il montre aussi le lynchage des Noirs, le saccage des riches demeures, sises bien loin de Five points, et l’ampleur de la fracture sociale entre riches et pauvres. L’armée des États-Unis va charger. Mieux –pire- la marine de guerre est mise à contribution et canonne, depuis l'Hudson, les quartiers de Manhattan les plus "chauds". Les boulets tombent sur les Dead Rabbits et le gang de Bill le Butcher : ces derniers ne comprennent rien et sont victimes de quelque chose qui les dépasse. Scorsese tire la morale que ce conflit entre "natives" et Irlandais n’a rien laissé dans l’histoire, ce fut une péripétie –sauf bien sûr pour les morts et leur entourage-.

 

New York, école de la fraude électorale

    Scorsese met en scène le personnage historique de Tweed, boss du Tammany-Hall. Tweed s’est mis sous l’influence de Bill avant de revenir à ses sympathies irlandaises étant lui-même d’origine outre-Atlantique. Le Tammany c’est une institution essentielle. C’est d’abord une structure d’accueil pour les immigrants par nature SDF, pauvres, sans job, etc.… Peu à peu, les migrants une fois installés, Tammany les organise en groupes de pression : ceux qui doivent tout au Boss sont une masse de manœuvre électorale. Dans le film, Tweed participe à l’élection de Monk McGinn au poste de shérif. Le jour du vote les deux gangs ennemis organisent des rapts et oblige de force les pauvres hères à aller voter : les Chinois, les fumeurs d’opium, les invalides. Chacun doit voter plutôt deux fois qu’une et même plus ! Ainsi, un adjoint de Tweed vient lui dire "Le Moine a déjà 3000 voix de plus qu’il n’y a de votants !" à quoi Tweed répond "mais c’est 30.000 qu’il en faut !". Le trucage des élections à New York va devenir rapidement légendaire. On sait qu’en 2016, lors des primaires démocrates, seuls les membres adhérents du parti Démocrate pouvaient voter et Clinton obtint 67% des voix –exactement le même pourcentage que huit ans auparavant face à Obama. Privé du vote des Indépendants, Bernie Sanders ne pouvait pas faire grand-chose. Sur le fonctionnement historique de Tammany Hall je vous renvoie à un texte non fictif et même excellent de La Revue des deux-Monde (1894, tome 124) sur le net, intitulé Tammany-Hall et la vie politique à New-York (signé C. de Varigny, emploi non fictif).

 

Racisme ordinaire

 "Les travailleurs irlandais de New York, immigrés récents, pauvres et méprisés par les "natifs" américains, pouvaient difficilement éprouver de la sympathie pour la population urbaine noire dont ils subissaient la concurrence dans les emplois de débardeurs, barbiers, serveurs et domestiques. Les Noirs, expulsés de ces emplois, servirent bien souvent de briseurs de grève".

"(les émeutiers de 1863) incendièrent l'orphelinat municipal consacré aux enfants noirs et tuèrent, brûlèrent et pendirent les individus noirs qu'ils rencontraient. De nombreux autres furent noyés"

    Il y a cependant une lucarne ouverte sur l’air libre. Dans le gang d’Amsterdam Vallon figure un Noir : l’identité irlandaise s’effacerait ainsi devant l’identité catholique. C’est plausible, les catholiques étaient beaucoup moins racistes que les Puritains d’Angleterre. Voyez la différence entre l’Amérique latine et les États-Unis… Mais il y a toujours des exceptions : fidèle à sa religion d’origine McGloin porte des cierges à l’église en mémoire de sa mère. Il tombe nez à nez avec la bande à Amsterdam. McGloin est stupéfait. Un Nègre dans une église de Dieu ! McGloin quoiqu’en mauvaise posture du fait de sa trahison se met à hurler : un Nègre dans une église ! Blasphème ! et la damnation de Cham ? Il y aura dans ces pays protestants où les sectes pullulent des églises pour les Blancs et d’autres pour les Noirs. Aujourd’hui encore aux States pays de la Liberté.

     Au total, un film pas très divertissant disons plutôt pas très drôle, mais instructif, le melting pot américain était aussi chaud que les fours sidérurgiques. La Violence au cœur de l’histoire américaine.  

 

 

"OCTOBRE" de Serge Eisenstein (1927)

publié le 24 janv. 2017 à 09:45 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 juin 2017 à 08:34 ]

Les soldats s'en vont distribuer les journaux révolutionnaires. Les tâches sont réparties. Impossible de dire s'il s'agit d'une photo de 1917,ou d'une capture d’écran du film d'Eisenstein. (source : Académie des sciences de l'URSS).

Le film a été tourné en 1927 pour le 10ème anniversaire de la Révolution. On a réclamé à Eisenstein la plus grande fidélité aux faits et, sans doute dans cet esprit, il enrôla des vétérans de 1917 et notamment Podvodski qui fut membre du Comité militaire révolutionnaire (évidemment, vous consultez mon article 1917 en Russie. 2ème partie : Octobre). Le film a été tourné en muet, noir et blanc, et pour tout dire on croirait un reportage en direct des évènements de 1917. Mais non, c’est une reconstitution. En 1967, le film est accompagné d’une musique de Dimitri Chostakovitch. Pour le scénario, Eisenstein s’est inspiré du livre du journaliste communiste américain, John Reed, "Dix jours qui ébranlèrent le monde". John REED, "Dix jours qui ébranlèrent le monde", une biographie

Le film suit assez bien la chronologie des évènements de l’année 1917, avec quelques images de la révolution de Février et la séquence du renversement de la statue colossale du tsar Alexandre III. Le film s’attache à montrer qu’avec le GP – gouvernement provisoire né de cette révolution – il n’y a pas de changements fondamentaux. La famine, les SDF, le rationnement de plus en plus contraignant, le froid rendu sensible par la neige… pas de quoi être satisfaits.

Puis arrive le 3 avril et l’immense rassemblement devant la guerre de Finlande. C’est en effet à cette gare que Lénine quitte son wagon plombé pris à Zurich. C’est peu dire que l’accueil fut chaleureux. Et instantanément Lénine – interprété par un ouvrier extrêmement convaincant, quasi sosie – prend la parole et son discours est un condensé des Thèses d’avril : le GP est un ennemi pour le prolétariat russe.

Eisenstein s’attarde sur les évènements de Juillet 1917. Le drame qui s’est posé à l’angle de la rue Sadovaïa et de la

perspective Nevsky est magistralement mis en scène. La foule des manifestants - on a peine à croire qu’ils sont des figurants amateurs - est l’objet d’un massacre à la mitrailleuse et elle s’égaye dans toutes les directions. Les morts jonchent le sol. Eisenstein montre les bourgeoises – curieusement exposées à la lumière du soleil alors que tout le long du film règne l’obscurité propice certes à des jeux d’ombres et de lumières. Ces bourgeoises aux bijoux clinquants maltraitent un bolchevik qui tente de sauver l’étendard de la révolution. Il échouera au bord de la Neva, ses cheveux trempant dans l’eau. Les exemplaires de la Pravda sont jetés au fleuve. La mitrailleuse abat aussi un cheval blanc qui tirait un cabriolet multi-décoré de banderoles et de drapeaux. Lorsqu’on fera relever les tabliers du pont basculant, le cheval restera suspendu, symbole de l’échec de cette phase révolutionnaire. Les soldats du 1er régiment de mitrailleurs défilent, inoffensifs car désarmés, encadrés par la troupe du GP : ils avaient pris le parti des Bolcheviks. Le siège du parti a été dévasté ; symbole du travail intellectuel une machine à écrire git dans les débris. C’est Kerenski qui est la cible d’Eisenstein. Il est présenté comme un Bonaparte au petit pied. Il semble hésiter à franchir la porte de la salle où se réunit le GP, porte trop grande. Un paon en métal, articulé, fait son fier et sa queue se déploie pour charmer un peu tout le monde. Dans les appartements d’Alexandre III, Alexandre Kerenski deviendra-t-il Alexandre IV ? La révolution est en danger informe un tableau du film muet. D’ailleurs Kerenski signe le décret rétablissant la peine de mort au front.

Mais Kerensky a un concurrent : c’est le général Kornilov qui, lui, est carrément tsariste et tente un coup d’État militaire. Utilisant le trucage de la marche-arrière, Eisenstein fait remonter la statue de ce tsar qu’on avait vu basculer en avant, au tout début du film. Est-ce la restauration ? On imagine les moujiks de 1927 devant ces images d’une statue monumentale qui se redresse aussi vite qu’elle a été détruite ! Kornilov aussi, si l’on en croit Eisenstein, aurait des velléités bonapartistes !  Voici deux statues en plâtre de Bonaparte les bras croisés qui se font face… À propos de cette référence à l’histoire de France, sachons que les révolutionnaires du monde entier connaissent l’histoire de la Révolution de 1789-93 et du coup d’État de 1799, la révolte des Canuts, 1848, la Commune de Paris de 1871 par cœur. Exemple cette citation dans laquelle Lénine compare Kerensky à Cavaignac "Après le 4 juillet, écrit Lénine, la bourgeoisie contre-révolutionnaire, marchant avec les monarchistes et 1es Cent-Noirs[1], s'est adjoint, en partie par intimidation, les petits bourgeois socialistes-révolutionnaires et mencheviks et a confié le pouvoir d’État effectif aux Cavaignac, à la clique militaire qui fusille les récalcitrants sur le front et massacre les bolcheviks à Petrograd". Cavaignac, le grand massacreur des ouvriers de juin 1848 à Paris. Eisenstein met en scène les cheminots qui vont saboter les voies ferrées, stations d’aiguillage et autres pour bloquer les troupes de Kornilov qui doivent arriver par trains pour s’emparer de Petrograd. Il montre le peuple en armes s’emparant qui de fusils, qui de pistolets et on ne peut s’empêcher de penser aux Parisiens qui prirent 30.000 fusils aux Invalides, le 13 juillet 1789. C’est la naissance des Gardes rouges. Armée révolutionnaire. Retour sur les voies ferrées. Les gardes rouges de Petrograd "tombent" sur un régiment de cosaques patibulaires qui sortent le fer. Va-t-on vers l’affrontement ? Les bolcheviques sortent des tracts judicieusement écrits en langue maternelle cosaque, tracts qui parlent de Paix, de Pain, de distribution des terres… les sourires apparaissent, les épées retournent dans leurs fourreaux, on fraternise. On a droit à une magnifique démonstration de danses folkloriques, en pleine nuit. La Révolution sait aussi être fête.

Un tableau muet nous informe "Prolétariat ! Apprends à manier le fusil". C’est une nouvelle étape de l’année 1917, celle où "la période pacifique de la Révolution a pris fin" et où "la période non pacifique est venue, celle des conflits et des explosions" (rapport de Staline, au comité central du parti, encore clandestin). Face aux progrès des Bolcheviks – leur action contre Kornilov les a vivement renforcés – Kerensky désespéré fait un caprice et se jette sur son lit, se cachant la tête sous de multiples coussins… le 10 octobre, la résolution est adoptée : prise du pouvoir par les gardes rouges, les fantassins et les marins favorables à la Révolution, les ouvriers bolcheviques.. Eisenstein imbrique étroitement les images montrant le 2ème congrès panrusse des soviets, l’action des révolutionnaires, Lénine clandestin avec un foulard autour de la tête comme s’il avait une rage de dents. La clé de tout est la prise du Palais d’hiver. On s’y croirait. Je passe sur les détails mais les photos des prolos découvrant la cuvette en émail des WC de l’impératrice est inoubliable. Ça les fait rire… Séquence aussi sur le célèbre Bataillon féminin de choc qui défend le Palais contre les Bolcheviques. Ces derniers gouailleurs se demandent : est-ce un homme ? une femme ? Soldat bizarre en tout cas. Femmes très peu féminines. Lesbiennes ? Eisenstein est très suggestif, allusif sur ce point. Puis l’Aurore tire son boulet de canon. C’est le signal attendu.

La fin est une épopée. La musique de Chostakovitch donne à plein. Le Palais un fois pris, le pouvoir est aux mains des Révolutionnaires. Lénine peut enfin se rendre au congrès des Soviets. C’est l’euphorie. Le délire. Le triomphe. Il annonce le passage à la construction du socialisme. L’écran se remplit du texte des grands décrets : la paix, le partage des terres, etc…

L'Historien du cinéma Georges Sadoul écrit que "nul film n'est plus riche d'enseignements cinématographiques sinon peut-être le Citizen Kane d'Orson Welles". Je ne peux malheureusement pas abonder cette affirmation. Je retiens une suite impressionnante de portraits, Eisenstein multiplie les gros plans sur ces hommes et femmes militants qu’il

aime. C’est une victoire du prolétariat et celui-ci doit être présent tout le long du film. Après cette analyse, je réalise que la démarche d’Eisenstein est fort pédagogique. Et c’est normal. Il faut imaginer ce film transporté par des équipes de militants qui installent un cinéma provisoire pour montrer aux foules des moujiks, village après village, ce qui s’est passé à Petrograd en 1917. Pour Lénine "le cinéma, de tous les arts, est pour nous le plus important". Pour cela, il faudra nécessairement aussi électrifier tout le pays … Tâche herculéenne. Prométhéenne.


[1] Mouvement ultra-réactionnaire, monarchiste, nationaliste, antisémite, anti-bolchevique, "pré-fasciste" selon un historien russe ; cf. Wikipédia.

lire aussi : John REED, "Dix jours qui ébranlèrent le monde", une biographie


MORT A VENISE, Luchino Visconti, 1971.

publié le 5 janv. 2017 à 06:06 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 sept. 2017 à 15:59 ]

    Comment peut-on ajouter des phrases aux commentaires sur ce chef-d’œuvre absolu ? C’est le Père Noël qui m’a offert ce DVD et c’est pourquoi j’en parle mais, rapport à mon idée d’évoquer des films qui jettent leurs lumières sur tel fait ou période historiques, on ne peut dire que Mort à Venise apporte des éléments comme le font Les damnés et Le Guépard.

    Il s’agit d’un cycle, avec de prime abord l’arrivée, puis l’ascension, l’apothéose, les premiers problèmes puis les départs massifs et, enfin, la mort. Mais de quoi ? Les derniers jours d’un artiste cardiaque ? Le tourisme des classes dirigeantes à la Belle époque ? Métaphore sur l’aristocratie européenne vivant ses derniers grands moments avant son suicide à Sarajevo ? Ce dernier aspect n’est pas sans rappeler Et vogue le navire de Fellini (E la nave va…1983). Mort à Venise se place en l’an 1911, durant lequel l’été fut caniculaire, le sirocco – vent saharien – soufflant sans discontinuer.

    Si l’on veut à tout prix trouver une histoire à narrer, disons que tout part d’une divergence entre deux amis sur le thème de la beauté, du beau. Le compositeur Gustav von Aschenbach (interprété par Dirk Bogarde, le prénom Gustav n’est pas anodin, c’est celui de Mahler dont la biographie servira au Maître, je veux dire L. Visconti) le compositeur donc tient que le beau est une création idéelle, une œuvre d’artiste qui traduit concrètement, visiblement ou phoniquement, une virtualité dont il est le passeur. Son ami Alfred (Mark Burns, à la chevelure du David de Michel-Ange) tient au contraire que le beau existe en dehors de l’esprit de l’artiste, qu’il s’impose à nous par l’impression qu’il exerce sur nos sens, c’est une émotion provoquée par le réel qui existe objectivement. Lors d’un concert, Aschenbach produit une œuvre aux sons…dissonants et se fait siffler/chahuter par le public. Il en tombe malade et les médecins conseillent une cure de repos. Son cœur est malade. La discussion fondamentale entre les deux amis revient itérativement au cours du film pour rappeler l’enjeu, et faire comprendre comment Aschenbach vit dramatiquement ses contradictions.

    Car Aschenbach va voir s’effondrer sa thèse idéaliste. En cure à Venise, à l’Hôtel des bains (en français dans le texte), il rencontre un jeune adolescent d’une beauté indicible, étonnante –mot dont j’aime à rappeler qu’il est de la famille de tonnerre-. Là, Gustav constate que ses sens sont mobilisés, la beauté plastique du jeune Tadzio l’émeut incontestablement. Il finira pas dire « ne me regarde plus comme cela, Tadzio, …, je t’aime ». Il le dit à lui-même, en mots chuchotés, seul car ce ne sont pas des choses que l’on dit en public, surtout dans ces années qui précèdent 1914. 

    L’artiste arrive à Venise, photos du ciel, photos de la lagune, musique de Mahler, transport par le vaporetto, la gondole finale, tout y passe, rien ne se passe. Tout est.

   Les touristes ne cessent d’arriver, la clientèle est cosmopolite, les robes, parures, chapeaux rivalisent dans la recherche de la "classe". Le panorama sur le grand salon du grand hôtel réserve sans cesse des surprises. Visconti marie la couleur des vases monumentaux cannelés avec celles des hortensias tout aussi monumentales, couleur bleu-vert du céladon d’un côté, orangé tirant vers le rouge, de l’autre. Couleurs complémentaires. Tout se complète. Renoncules, camélias, dahlias, c’est vertigineux. L’orchestre interprète Heure exquise, valse de La veuve joyeuse de Franz Lehár. Oui, tout est exquis. Et pourtant, nos sens nous portent encore plus haut quand arrive la plus belle femme du monde, la baronne Moes interprétée par Sylvana Mangano. Sa beauté impose le silence. Formule pratique qui évite de se lancer dans une description improbable. La baronne, sa robe, ses bijoux, sa démarche, sa grâce imposent à nos sens la vision du Beau. Comme Hegel vit l’idée d’État en voyant défiler Napoléon, nous voyons le concept de Beauté, fascinés que nous sommes par Sylvana réinventée par Visconti.     

    Déplaçant quelque peu son regard, Gustav tombe sur l’image de Tadzio, autre réincarnation de la grâce, celle de l’adolescence indécise, Gustav est surpris, arrêté. Il ne perdra plus jamais de vue cette image. Évidemment, Tadzio est un garçon et Gustav reçoit mal cette pulsion d’amour qui le porte vers lui. Il se remémore sa fille, morte précocement, son épouse avec qui il eut de beaux moments, il pense aussi à son passage dans un bordel de Munich, expérience totalement ratée mais ce souvenir douloureux lui rappelle ses difficultés à aborder la gent féminine. On a vu cela avec Alfred Redl, officier autrichien La fin des Habsbourg ? « Colonel Redl », film d’István Szabó. Bref, Gustav est torturé, son sur-moi l’écrase mais Tadzio est toujours aussi beau et  le "ça" de Gustav est indomptable. Musique de Mahler.

    A quoi s’ajoute ce qui est une autre explication du titre du film : le choléra. Malgré l’omerta décrétée par la municipalité et bien suivie par la population – surtout celle qui vit du tourisme – il faut se rendre à l’évidence : on colle des affiches d'alerte partout, on passe les murs à la chaux, un pauvre homme s’écroule à la gare…Bref, on meurt à Venise. On brûle un peu partout ce qui doit l’être pour éviter une contamination et, malgré cela, la famille de la baronne visite Venise y compris dans ses coins quelque peu sordides. Elle visite, suivie à une centaine de pas par Gustav von Aschenbach. Ce dernier finit par s’inquiéter de la présence maintenue de la famille de la Baronne et pense qu’elle doit quitter Venise. Il se voit oser dire à la Baronne sur la terrasse du Grand hôtel qu’elle doit partir et passant sa main sur la chevelure blonde-baltique et ondulée de Tadzio. Ce n’est qu’un rêve. Mais pas le choléra qui fait des ravages.

    Sur la plage désertée – elle fut si animée naguère – Gustav assiste à une bataille entre Tadzio et un garçon de l’hôtel, il veut intervenir alors qu'une nouvelle crise cardiaque le frappe. Il meurt. Qui l’a tué ? Son cœur malade ou son envie de porter secours à Tadzio ? Musique de Mahler.

    J’ai oublié plein de choses mais on disserte sur ce film partout. Quel intérêt à revoir un tel film ? Que nous apporte-il ?

    Quel intérêt à revoir La Joconde, la Vénus de Milo ou la Victoire de Samothrace ? Le David de Donatello et celui de Michel-Ange ? Oui, quel intérêt ?

 

 

"Marguerite" avec Catherine Frot (2015)

publié le 3 janv. 2017 à 10:32 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 sept. 2017 à 15:02 ]

    Ce n’est pas un film à proprement parler "historique". La reproduction des années 1920 est cependant absolument parfaite. On sait qu’il s’agit de l’histoire de Marguerite Dumont qui adore chanter les grands airs d’opéra alors qu’elle chante dramatiquement faux.

    Elle donne dans son château – baroque, qui fait penser à Dresde – des récitals pour les victimes de la guerre qui vient de s’achever et qui est dans tous les esprits. C’est l’époque du chagrin, du deuil, du souvenir mais tout uniment celle du mouvement dada, du surréalisme, de la déconstruction des certitudes d’avant-guerre, de la liberté de créer. Il y a un personnage intéressant de ce point de vue, qui n’est certes pas le personnage central du film mais qui est caractéristique de cette période de notre histoire, c’est Kyrill von Priest (joué par Aubert Fenoy) qui trouve les interprétations explosives de Marguerite parfaitement en accord avec ce moment d’après-guerre où tout est permis, où rien ne fait obstacle à la liberté… D’ailleurs, il organise une soirée dans un cabaret où il invite Marguerite à chanter La Marseillaise. Elle le fait devant un parterre d’anciens combattants, officiers, veuves de guerre parfaitement scandalisés par Kyrill qui vient de hurler sur la scène sa détestation de l’existant et sa soif de changement à tout prix, son nihilisme tous azimuts... Et il est vrai que la voix de Marguerite nie toute harmonie. Mais le tout début des années 20’ n’est-il pas l’instant des recompositions musicales ? Josef-Matthias Hauer, Arnold Schönberg… et Pezzini (M.Fau) ne dit-il pas "entre le génie et le ridicule, il n'y a parfois qu'une faible différence" ? Les propos de Kyrill provoquent une bataille générale alors que Marguerite balance ses notes inexorablement fausses. C’est un scandale et Marguerite est exclue du Cercle de Musique qui organisait les réceptions dans son château. Mais devant l’aréopage chargé de la juger, Marguerite fait parler son cœur : ne peut-on pas chanter en toute liberté La Marseillaise qui est le chant de toutes les libertés ? Il est vrai qu’elle ignore toujours qu’elle chante dramatiquement faux.

    Car personne n’a encore osé le lui dire.

    Résultat de recherche d'images pour "marguerite, le film, illustrations"Mais peut-on le lui dire ? Marguerite est d’une spontanéité/gentillesse parfaitement déconcertante. On finit par aimer sa sincérité et au moment de lui dire la vérité, on cède, on capitule, on dit autre chose.

    La naïveté de Marguerite est telle et la passivité de son époux (André Marcon, parfait, notamment en pionnier de l'automobile directement sorti de chez Tintin avec sa peau d'ours, son casque de cuir et ses grosses lunettes) sont telles qu’il est parfaitement possible d’abuser de sa gentillesse et beaucoup ne s’en privent pas. Cela a failli être le cas avec Lucien Beaumont (Sylvain Dieuaide), journaliste musical et quelque peu cynique et désabusé, quoique encore bien jeune, mais Marguerite le désarme et il la présente à un Divo - interprété par Michel Fau -. Lucien est impressionné par le talent d’une jeune cantatrice fort prometteuse (Hazel, interprétée par Christa Theret), il n’ose même pas flirter avec elle. Son blocage est à l’opposé de la franchise spontanée de Marguerite et c’est peut-être pourquoi, il finit par estimer cette dernière, l’aimer peut-être. Michel Fau (dans le rôle d'Atos Pezzini) est d’une drôlerie époustouflante, il réalise là une vraie performance d’acteur. Marguerite le voit d’abord dans son interprétation du grand air de Paillasse : Recitar... Vesti la giubba… En réalité Fau chante en play-back sur la voix du ténor Mario Del Monaco (qui berça ma jeunesse). Pezzini finit par accepter de devenir professeur de chant de Marguerite (sinon le serviteur/confident de Marguerite le ferait chanter sur son homosexualité, péché mortel à cette époque).

    Sur la photo : el Divo fait travailler son élève...

    Il y a là des séquences hilarantes. Le Divo présente son groupe à Marguerite : le pianiste qui est muet, une tireuse de cartes qui est une femme à barbe et son mignon attitré. Tout ce beau monde apprécie hautement la table et la cave de la comtesse. Lors d’une répétition où Marguerite se trouve au sol avec des livres de gros volume sur le ventre pour lui faire travailler sa respiration on annonce que le repas est prêt et tous d’enjamber le corps de Marguerite et de se précipiter au salon, laissant l’élève par terre. Mais là-aussi, cette petite équipe va apprécier Marguerite et c’est ainsi que cette apprentie-chanteuse à la voix calamiteuse devient le centre d’un cercle d’amis qui l’accompagne jusqu’à sa mort. D’autant que son époux abandonne sa maîtresse, accepte la passion de sa femme pour le chant. Marguerite mourra dans ses bras.

    Excellent film, émouvant.

    Parfaite reconstitution des années vingt.

 

 

Le nom de la rose (Eco - Annaud) 1986

publié le 12 mars 2016 à 10:26 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 30 août 2017 à 05:48 ]


    Film-évènement devenu film-monument, Le nom de la rose appartient maintenant à la vidéothèque et à la bibliothèque de tout individu un peu dégrossi. je ne vais pas analyser de fond en comble ce film et la pensée d'Umberto Eco, d'autres l'ont fait avant moi et mieux que je ne saurais le faire. Je suis assez fier toutefois de constater que la grille d'analyse offerte dans mon livre "Traditionalisme & Révolution" convient parfaitement au Nom de la Rose. De quoi s'agit-il ?
    Toute "l'enquête policière" -mot parfaitement mal venu - tourne autour d'un livre mystérieux dont on apprend progressivement l'identité : "je veux voir" dit Guillaume de Baskerville/Sean Connery "le deuxième livre de la Poétique d'Aristote,  celui que tout le monde croyait perdu ou jamais écrit, et dont tu conserves peut-être l'unique exemplaire". "tu", c'est le père Jorge, un vieillard effrayant et assassin, gardien de l'ordre moral pour toute l'abbaye et le reste du monde. Mais que possède donc ce livre de particulier ? et bien, "il attribue la création du monde au rire divin..."  Ce ne peut être qu'une intention du Démon, car le rire est démoniaque. "le rire est la faiblesse, la corruption, la fadeur de notre chair. (...). le rire libère le vilain de la peur du diable, ..., alors que la loi s'impose à travers la peur, dont le vrai nom est la crainte de Dieu (...) Que serions-nous, nous créatures pécheresses, sans la peur, peut-être le plus sage et le plus affectueux des dons divins ? (...) Summum : "le rire est source de doute". Le père Jorge parle ainsi pendant des heures contre le rire. Il a d'ailleurs mis au point une invention efficace : les pages du livre sont imbibées d'une potion mortelle et le lecteur, mû par le démon, qui lit ce livre page par page en se mouillant l’extrémité de l'index droit, si bien qu' "à chaque contact de la salive, les pages perdent de leur vigueur, des moisissures apparaissent", le lecteur donc absorbe la substance destinée à le tuer. Accessoirement, le bout de l'index et sa langue deviennent noirs : indice précieux pour le très rationnel détective Guillaume de Baskerville.  


ci-contre :     Guillaume de Baskerville, moine franciscain, ancien de l'Inquisition, avec son jeune novice de l'ordre des bénédictins Adso de Melk           (Christian Slater alors âgé de 16/17 ans). 

    Après un très long réquisitoire contre les partisans du rire, contre les curieux, contre les chercheurs, Jorge apparaît comme le vrai Antéchrist, tellement il pue la haine du genre humain et Guillaume lui déclare carrément "Je te hais, Jorge, tu est le diable, si je pouvais je te mènerais avec des plumes de volatiles enfilées dans le trou du cul (sic)" (1). Jorge incarne la Tradition dans ce qu'elle a de plus figé. D'ailleurs la bibliothèque de l'abbaye, une des plus belles de la chrétienté est, pratiquement, interdite d'accès. Sous la férule de Jorge pour qui le savoir est "immobile". Pour lui, "la recherche de quelque nouvelle" est un péché d'orgueil. Après la connaissance des Évangiles et de l'apport des Pères de l’Église, "il n'y a plus rien à dire ! " assène-t-il. Le père Jorge, c'est la chrétienté incarnée. A l'inverse, le scriptorium, là où s'effectue l'entretien des livres, où est assurée la permanence du savoir, le scriptorium "resplendit, dans les coulées de lumière physique qui faisaient rayonner l'atmosphère, (du) principe spirituel même que la lumière incarne, la claritas, source de toute beauté et sapience (...). Claritas pour ne pas dire les Lumières. Guillaume de Baskerville est l'homme de la raison "le rire est le signe de la rationalité de l'homme", il est pré-kantien quand il répète à son novice dont il a la charge de la construction/éducation "Cher Adso apprends à raisonner avec ta tête".. Pas de surprise quand dans une dispute d'intellectuels, Jorge prend le parti de Bernard de Cîteaux et Guillaume celui d 'Abélard (voir mon livre). Guillaume est féru des thèses de Roger Bacon, moine franciscain comme lui, cité 6 fois dans le livre (2). Dans son enquête sur les morts mystérieuses qui endeuillent l'abbaye, Guillaume démontre à la perfection la logique de son intelligence hypothético-déductive. Et le développement logique de sa pensée l'amène à imaginer l'hypothèse de l'inexistence de Dieu. Bref, il incarne l'esprit de révolution.
   
    Ces considérations cardinales étant faites, je vais présenter trois aspects fondamentaux de l'histoire du Moyen-âge qui percent au travers du livre et du film.
    - Le cadre du film est celui d'une vaste abbaye bénédictine. Elle relèverait de l'ordre de Cluny et hormis le cadre géographique elle pourrait être cette abbaye dont elle a la richesse (cf. la description des bijoux de l'église abbatiale). Le portail d'entrée de l'église est munificent (c'est celui de Moissac). L'abbaye a été construite à partir des restes d'un château-fort, lui-même bâti sur un éperon rocheux
c'est au pied de ces rochers, au nord, de l'abbaye (cf. croquis ci-dessous) que l'on trouvera le corps d'un malheureux moine. Cette sorte de donjon abrite l’Édifice dans lequel se trouve la bibliothèque, une des plus dotées de la chrétienté. Les trois piliers de la règle monastique sont respectés. Comme dit Paul VI (en 1964) : "saint Benoît a apporté le progrès chrétien à l'Europe par la croix, le livre et la charrue". C'est le livre qui est omniprésent dans l’œuvre d'Eco. La prière est devinée mais la charrue est peu présente. On ne voit pas trop le travail manuel des moines. Comme à Cluny, ceux de "l'abbaye à la Rose" semblent avoir pris leur distance avec les activités par trop manuelles.
   Plan de l'abbaye (soues = porcheries), censé aidé le lecteur. En réalité c'est moi qui ai ajouté les lettres rouges et l'auteur est fort avare de détails relatifs aux autres bâtiments. Il n'y a pas d'échelle. Rien à voir avec le plan de Saint-Gall Abbaye de Saint-Gall : plan et commentaires de M. Pacaut. l'emplacement du scriptorium n'est pas indiqué. La bibliothèque se trouve dans "l'édifice". Ce qui est typiquement bénédictin est l'emplacement de l'hôpital (K) pour l’hébergement des visiteurs reçus par le moine-portier (l’hôtelier des pauvres) qui vit dans la maison immédiatement à droite après le porche d'entrée. 
   
     Dans le film on a deux séquences montrant les paysans à la queue-leu-leu apportant leurs impôts en nature (légumes, volailles, etc ) l'abbaye est un seigneur collectif percevant des droits féodaux. Une seule fois -dans le livre-  il est fait allusion à des vignerons qui doivent probablement travailler les vignes de l'abbaye en-bas dans la vallée. On sait qu'il faut du vin pour dire la messe, c'est une nécessité absolue ; or les abbayes sont construites dans des endroits isolés. Les dortoirs (F) donnent directement dans l'église (B & C), pour les messes de la nuit (Matines et Laudes). Cela aussi est très bénédictin.

    - L'abbaye est un nœud de communications. C'est contradictoire avec la nécessité de l'isolement, du silence, de l'auto-suffisance quasi autarcique imposée par la règle pour éviter les dangers des transports et de l'insécurité. Mais Jacques Le Goff relève ces contradictions et nous dit que les routes médiévales sont très fréquentées. L'horizon intellectuel des moines est construit à partir de l'origine des frères : si la notion de nationalité est inconnue au Moyen-âge, disons avec réserve que Jorge est espagnol, Guillaume, anglais ; Adso, allemand... beaucoup de frères sont italiens. Guillaume se moque des suffisances de l'Université de Paris qu'il semble bien connaître. On fait venir des moines spécialisés dans tel ou tel secteur de la fabrication des livres comme l'enluminerie avec Frère Venantius qui est de peau noire et fort beau. Les livres venant d'autres abbayes sont copiés et les originaux  réexpédiés à leur abbaye d'origine. Les livres appartenant à l'abbaye sont eux-aussi recopiés car ils sont "mortels" : animaux rongeurs, incendies, humidité, etc...On ne dira jamais assez le rôle historique de ces moines-copistes grâce auxquels, par dessus les siècles, nous ont été transmis les trésors de l'Antiquité. L'abbaye reçoit une délégation papale d'Avignon et une délégation de l'ordre des Franciscains qui doivent débattre de la pauvreté de Christ. Guillaume de Baskerville étant le grand organisateur de la rencontre. There will be blood, comme dirait l'autre. L'Abbé a une correspondance épistolaire.

 
Résultat de recherche d'images pour "le nom de la rose acteurs"  - La sexualité est toujours bien présente. J. Le Goff écrit que "les textes monastiques laissent de temps en temps apercevoir que le milieu masculin clérical n'a pas dû être insensible à l'amour socratique" (qu'il ne faut pas confondre avec l'amour platonique...). Comment réprimer pendant toute une vie ses pulsions sexuelles ? Dans une abbaye cloitrée, les regards se portent forcément sur les frères... C'est le cas pour Bérenger, aide-bibliothécaire, qui sait où se trouve le "LIVRE" (cf. supra) et qui consent à le prêter à Adelme -chez qui "il y avait quelque chose de féminin et donc de diabolique (...) qui avait des yeux de fille qui cherche commerce avec un incube"- à condition que ce dernier lui donne son corps. Ce qui sera et sera le début de la catastrophe. Dans le film, c'est Ubertin de Casale qui, accueillant dans l'abbaye Guillaume et son novice, s'écrie devant la beauté adolescente d'Adso  qu'il ne faut pas introduire le mal dans ces lieux ; ce qui ne l'empêche pas de caresser d'abondance la toison occipitale du jeune homme.  On le retrouvera avec Adso. Bérenger est aussi très attiré par Venantius à qui il prête le livre... L'amour hétérosexuel est présent - mais clandestinement - avec Remigio et Salvatore qui travaillent au cellier et qui évacuent les denrées alimentaires périmées par un orifice qui est une porte d'entrée pour une jeune fille qui obtient du surplus pour sa famille en échange de ses charmes. La sainte inquisition mettra bon ordre à tout cela. Par le bûcher. L'amour le plus pur est évidemment dans l’union charnelle entrer Adso et la jeune fille, étreinte qui marquera durablement Adso qui devra refréner ses tendances pourtant bien naturelles. Mais l'abstinence sexuelle des clercs est une castration volontaire qui n'est pas naturelle. Adso vivra avec ce souvenir perpétuel "de l'unique amour terrestre de ma vie,(dont) je ne savais, et ne sus jamais, le nom". C'est le nom de la rose, fleur bien connue pour représenter la femme et plus précisément le sexe de celle-ci.

    ci-dessous : une photo que j'avais en tête depuis fort longtemps et qui, dès que j’ai vu le film, a toujours représenté pour moi, un paysage du chef d’œuvre d'Umberto Eco.
   (photo supprimée à cause du manque de place sur le site)

                                                photo extraite du manuel Isaac de l'an de grâce 1929.









(1) Ces citations sont extraites du livre (Grasset, 1986). je passe indifféremment du livre au film et inversement. L'esprit est rigoureusement le même et si le film est une adaptation, il n'y a aucune trahison, Umberto Eco a participé à cette adaptation et J.J. Annaud a choisi rien moins que Jacques le Goff, médiéviste connu dans le monde entier, comme conseiller historique. Belle équipe, n'est-ce pas ?
(2) voici ce qu'en dit Jacques le Goff dans une notice : BACON (Roger) naît vers 1210 et, après des études à Paris qui l'ont dégoûté des jeux de la dialectique, il est à Oxford le disciple de GROSSETESTE qui le persuade que toute science requiert la mathématique. Il entre vers 1250 dans l'ordre des Frères mineurs (franciscains), retourne à Paris où ses supérieurs lui interdisent bientôt d'enseigner et de publier. Sous le pontificat de son protecteur Clément IV (1265-1268) il compose son principal ouvrage l'Opus maius, où il étudie les causes de l'ignorance humaine, les rapports des sciences profanes avec la théologie, l'utilité de la grammaire et des mathématiques, la nature de la perspective, de la science expérimentale (expression qu'il est le premier à employer) et de la philosophie morale. Ses conceptions astrologiques furent englobées dans les condamnations de 1277. Son Speculum astronomiae lui valut d'être emprisonné. Il meurt vers 1292. Esprit original, il allie des vues générales très traditionnelles (« la seule science qui commande aux autres, c'est la théologie ») à des tendances scientifiques très modernes : « Notre époque, friande de science-fiction, se trouve naturellement en sympathie avec ce génie quasi prophétique» (E. Jeauneau). (P. 428.).

Le dernier empereur

publié le 1 mars 2016 à 02:20 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 mars 2016 à 08:26 ]

    C’est un film grandiose que nous offrit Bertolucci en 1987, il y a déjà trente ans. Présenté comme un film « biographique », il fallait nécessairement parler des différentes étapes de la vie de celui qui fut, effectivement, le dernier empereur du plusieurs fois millénaire Empire du Milieu : l’empereur Pu Yi. Et là, celui ou celle qui ne connait rien à l’histoire de la Chine au XX° siècle est bien embarrassé. D’autant plus que les scénaristes s’ingénient à éviter un parcours linéaire, simplement chronologique pour –j’imagine- prévenir une allure scolaire rédhibitoire.

On commence par le retour d’URSS en 1950 (Pu Yi fut pris par les Soviétiques alors qu’il se rendait au Japon en 1945, en déroute), on a un flash-back sur l’année de ses trois ans où il est couronné, on arrive dans la prison maoïste où il est interrogé sur sa « collaboration » avec l’ennemi, on voit son adolescence, les années 20’, on retourne en prison des années 50, on voit des soldats envahir la Cité interdite, etc… Difficile de s’y retrouver.

Les étapes simplifiées ont été les suivantes. Sa vie est calquée sur l’Histoire.

- En 1908, l’impératrice qui assurait la régence (en fait, elle avait évincé Guangxu, empereur légitime mais trop réformateur à ses yeux) désigne Pu Yi comme successeur. C’est un enfant, âgé de même pas trois ans. De 1908 à 1911, date de la révolution républicaine, on peut dire qu’on a le tout dernier échantillon de l’empire pluri-millénaire. Le film est à cet égard remarquable, avec une reconstitution parfaite. Tout l’entourage de l’enfant assume le Kotow, soit la prosternation protocolaire neuf fois face contre terre devant l’empereur. Empereur que « les gens du commun n’ont pas le droit de regarder ». On a affaire à l’éducation d’un autocrate capricieux à qui tout est permis. Rien n’a changé depuis la nuit des temps. ci-contre, l'empereur-enfant devant les sujets dans une des cours de la Cité interdite. Importance des moyens. Le gouvernement chinois avait "prêté" la Cité interdite à Bertolucci.

-En 1911, c’est la révolution de Sun yat-sen. 1911 : SUN YAT-SEN, LA RÉVOLUTION CHINOISE (1ère partie). Les Républicains respectueux, somme toute, de l’Empire, n’osent liquider complètement ce qu’il en reste et confine Pu Yi dans la Cité interdite dont il n’a pas le droit de sortir. Devenu adolescent, ce dernier vérifie qu’il est bien tout puissant et oblige l’un de ses conseillers à boire de l’encre. Ce dernier s’exécute. Il vérifie également qu’il n’a pas le droit de sortir de la Cité : les portes lui sont respectueusement fermées sous le nez. Il est prisonnier. Le dernier empereur bénéficie d’une liste civile, comme on dit en Angleterre, substantielle et dans la Cité interdite vivent 1200 eunuques, des centaines de cuisiniers, des centaines de soldats, etc… Vivent aussi les épouses secondaires des précédents empereurs lesquelles se conduisent comme les gardiennes de la tradition. Car, pendant plusieurs années, Pu Yi est éduqué à l’occidental grâce à un précepteur britannique (Peter O’toole) qui lui –ce fut un vieux contentieux – ne pratique pas le Kotow, j’ai vérifié. Et Pu Yi impose le changement : il coupe sa natte, mode mandchoue que ces derniers avaient imposée aux Chinois, il porte des lunettes –alors que selon les vieilles femmes de la Cour, un empereur ne doit pas, ne peut pas porter des lunettes. Tradition oblige, dût-elle lui coûter la vue ! Il se laisse pousser les cheveux qu’il coiffe à l’occidental. D’au-delà les murs lui parviennent les bruits des manifestations de 1919. Bertolucci reconstitue assez rapidement les manifs estudiantines qui protestent contre les Alliés qui, à Versailles, ont bradé les intérêts de la Chine –pourtant alliée elle aussi – au profit du Japon qui reçoit les ex-colonies allemandes de l’Empire du Milieu. Les étudiants manifestent avec leurs dazibaos, on sait qu’il y a là l’enfantement du parti communiste chinois. Lien Chine : La révolution du 4 mai 1919. Alors qu’il est engagé dans une partie de tennis sur un court aménagé en pleine Cité interdite, des soldats font irruption : c’est l’intrusion du réel dans l’irréel, et il doit quitter Pékin pour ailleurs. On ne veut plus des accords passés avec Sun Yat-sen.

- Une autre étape, 1924, est engagée avec son séjour à Tien-tsin. On a là aussi une reconstitution excellente de la Chine nationaliste des années 20’. Les paysans sont (toujours) absents du film… A l’image du général Tchang Kaï-chek qui a épousé une américaine, toute la Chine du changement se tourne vers l’Amérique. Les voitures Ford, le jazz avec un band maquillé en noir, le goût pour le chewing-gum, pour l’aspirine (de l’allemand Bayer, il est vrai). Etc… c’est une jeunesse dorée dans une ambiance dorée. Play-boy, Pu Yi s’exerce même à l’interprétation glamour des chansons à la mode. Lors d’une fête bien arrosée – le champagne est français – où les privilégiés s’interrogent sur les avantages respectifs de la Côte d’Azur et de la Californie, une sorte de Muscadin interrompt brutalement la fiesta pour dire que « les Rouges sont fichus » jouit-il, le général Tchang les a chassés de Shanghai et de Canton lien 15 octobre 1934, CHINE : la Longue Marche commence.. Nous sommes alors en 1927. A l’aide d’anecdotes mises en scène, Bertolucci montre aussi que ces années marquèrent le début de l’émancipation des femmes chinoises. Ainsi, le seconde épouse de Pu Yi refuse ce statut et demande le divorce. Elle sort, il pleut, on lui propose la protection d’un parapluie, elle refuse, profitant de ces instants d’oxygène et de fraîcheur. Apparaît aussi une femme aviatrice : symbole des progrès techniques et de l’émancipation, lesbienne sur les bords, qui fume tabac et opium, comme la première femme de Pu Yi. D’ailleurs. Pu Yi a cette réplique « l’opium a détruit la Chine ». Mais l’Occident n’a jamais entendu cette phrase. La Chine humiliée : les traités inégaux (1839 - 1864) 2ème partie.

- La partie suivante s’engage en 1931 avec l’invasion de la Mandchourie par les Japonais.LES R.I. de 1931 à 1937 : B. La Dégradation  Les choses vont se dégrader également pour Pu Yi. Il devient la marionnette dans les mains des Japonais, impérialistes sans scrupules (redondance). Les Japonais croient pouvoir créer un nouvel État, le Mandchoukouo et, ils trouvent un bon paravent avec Pu Yi, précisément, qui est mandchou, de sang impérial, et même dernier empereur de Chine : on le fait chef d’État. Mais je l’ai dit ailleurs, ceci est un cas d’école en droit international : le Mandchoukouo n’a aucun légitimité, ni interne : le peuple n’est pas consulté, ni externe : aucun autre État que celui de Tokyo ne le reconnaît comme souverain. L’épouse est plus avertie que le mari : elle voit bien le côté marionnette de la chose mais Pu Yi qui n’a pas renoncé mentalement à son titre d’empereur, croit pouvoir lui, manipuler les Japonais ! À la cérémonie du sacre en 1934, l’Église de Rome envoie un nonce apostolique. Toujours la finesse diplomatique du Vatican à l’égard des dictatures anticommunistes. Depuis 1931, Pu Yi est flanqué de Masahiko Amakasu, l’homme peu discret des services de Tokyo. Mais Pu Yi, selon le film, a des idées sincères. Il prononce un discours solennel devant les autorités japonaises et tout ce qui reste des serviteurs de l’Empire chinois, parlant de la souveraineté de son nouveau pays, de l’égalité, du respect réciproque entre Japon et Mandchourie, etc… Il n’a décidément rien compris. Les Japonais, furieux, se lèvent et partent. Suivis très peu de temps après par les « Chinois ». Pu Yi est un homme seul.

Ci-dessous : l'empereur-potiche.

Résultat de recherche d'images pour "film dernier empereur, illustrations"Il constate que sa garde personnelle est désarmée… Il doit écouter Masahiko Amakasu déclarer que, comme l’Inde britannique (c’est historiquement exact, l’administration du "joyau de la Couronne" n’a pas coûté un penny à sa gracieuse majesté), le Mandchoukouo doit payer lui-même les frais de sa colonisation par les Japonais. Puis le Japonais se laisse aller : « l’Asie nous appartiendra »…

Il va de soi que les Chinois, communistes ou pas, ont des récriminations particulièrement nombreuses et graves à formuler à l’égard des militaires de Tokyo qui tardent à présenter des excuses.Les exactions japonaises, leur guerre d’agression (1931-1937-1945) et le révisionnisme historique  Aussi bien, Pu Yi est accusé de collaboration avec ces derniers et cela donne les interrogatoires de 1950 dans la prison de Fushun.

Les Chinois et le premier d’entre eux, à savoir Mao, le Grand Timonier, montre une relative bienveillance à son égard (lire les articles Wiki). Il semble bien qu’on ne puisse pas se débarrasser en si peu de temps de plusieurs millénaires de domination impériale. Surtout que Pu Yi est – peut-être – Fils du Ciel. Qui sait ?

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