Critiques de films

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    Publié à 16 avr. 2018 à 13:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • La jeune fille à la perle. Vermeer de Delft - 1662 ; Peter Webber - 2003.     Notre sujet est ce célébrissime tableau de Vermeer de Delft qui est appelé par les Hollandais "Tête de jeune fille au turban". Je dis cela avec l’autorité que peut ...
    Publié à 26 janv. 2018 à 06:44 par Jean-Pierre Rissoan
  • Casablanca (1942) avec Humphrey BOGART 22 juin 1940 : armistice entre la France de Pétain et Hitler. L’empire colonial français reste à la disposition du "gouvernement de Vichy". Juin 40 : le résident général au Maroc ...
    Publié à 30 janv. 2018 à 04:01 par Jean-Pierre Rissoan
  • DJANGO DECHAINE (Q. TARANTINO, DJANGO UNCHAINED, 2013) C’est un bon film de Tarantino qui traite de la question de l’esclavage (Sud des Etats-Unis forcément) deux ans à peine avant le déclenchement de la Guerre ...
    Publié à 22 avr. 2018 à 10:26 par Jean-Pierre Rissoan
  • THE BIRTH OF A NATION (NATE PARKER, 2016) Le film s’empare du titre de l’œuvre de D. W. Griffith - sortie en 1915 et résolument raciste - avec la volonté d’en prendre le contre-pied. Le scénario ...
    Publié à 31 déc. 2017 à 10:29 par Jean-Pierre Rissoan
  • Kolberg. Un film de Goebbels (Allemagne, 1945).     C’est un film allemand de 1945. En commençant – avec retard, j’ai raté le début du film – la vision je jette un œil sur le programme et je vois ...
    Publié à 7 déc. 2017 à 05:15 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le Guépard de Lucchino Visconti.(version complète) Le Guépard de Lucchino Visconti.Le Guépard de Lucchino Visconti.     Avec les moyens actuels de restauration des films nous avons droit à des copies d’une qualité parfaite. C’est ...
    Publié à 16 avr. 2018 à 01:55 par Jean-Pierre Rissoan
  • « THE PATRIOT », le chemin de la liberté... l'analyse du film est lisible ici : https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/articles/histoire-d-ailleurs/etats-unis/%C2%ABthepatriot%C2%BBlechemindelaliberte  ou aussi : « THE PATRIOT », le chemin de ...
    Publié à 27 sept. 2017 à 03:35 par Jean-Pierre Rissoan
  • Bon voyage ! de J.-P. Rappeneau (2003) Excellent film, à voir et revoir. Ci-dessous les six principaux personnages, tous parfaitement interprétés. En tête, le jeune écrivain Frédéric Auger, qui progressivement émergera de la lie bordelais pour ...
    Publié à 24 sept. 2017 à 01:46 par Jean-Pierre Rissoan
  • ZOULOU, film de C.R. Endfield (1964) Ce film est sorti en 1964, il fut réalisé par Cyril Raker Endfield. Saluons dans ce dernier une des nombreuses victimes du Maccarthysme et de la chasse aux sorcières. En ...
    Publié à 29 avr. 2018 à 14:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • Une femme en péril (The House on Carroll Street) par Peter Yates (1988).     Une femme en péril (The House on Carroll Street) est un film américain réalisé par Peter Yates et sorti en 1988. Grâce à Paramount Channel mais aussi à TCM-le ...
    Publié à 26 août 2017 à 03:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les gangs de New York, Scorsese (2002)     Ce film gigantesque (longueur de la pellicule 2h50mn, stars mondiales et centaines de figurants, costumes d’époque, décors reconstituant le New York du milieu du XIX° siècle…) (dix oscars, 2003 ...
    Publié à 4 mars 2017 à 10:49 par Jean-Pierre Rissoan
  • "OCTOBRE" de Serge Eisenstein (1927) Les soldats s'en vont distribuer les journaux révolutionnaires. Les tâches sont réparties. Impossible de dire s'il s'agit d'une photo de 1917,ou d'une capture d ...
    Publié à 14 avr. 2018 à 01:29 par Jean-Pierre Rissoan
  • MORT A VENISE, Luchino Visconti, 1971.     Comment peut-on ajouter des phrases aux commentaires sur ce chef-d’œuvre absolu ? C’est le Père Noël qui m’a offert ce DVD et c’est pourquoi j ...
    Publié à 19 sept. 2017 à 15:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Marguerite" avec Catherine Frot (2015)     Ce n’est pas un film à proprement parler "historique". La reproduction des années 1920 est cependant absolument parfaite. On sait qu’il s’agit de l’histoire de Marguerite ...
    Publié à 27 sept. 2017 à 15:02 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 19 févr. 2018 à 06:08 par Jean-Pierre Rissoan
  • Le dernier empereur     C’est un film grandiose que nous offrit Bertolucci en 1987, il y a déjà trente ans. Présenté comme un film « biographique », il fallait nécessairement parler des différentes étapes de ...
    Publié à 7 mars 2016 à 08:26 par Jean-Pierre Rissoan
  • Enamorada, Mexique, 1946.    C’est le Festival LUMIÈRE 2015 qui nous a offert ce qu’il a appelé lui-même, par la bouche de l’un de ses présentateurs, une "pépite". A la ...
    Publié à 13 oct. 2015 à 10:14 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA HORSE (1969) ; Lambesc, Granier-Deferre, et le vicomte de Bonald.     mots-clés : traditionalisme, vicomte de Bonald, 1968, Lambesc, Granier-Deferre, Horse,     Film assez étonnant. Plus réactionnaire, tu meurs… Le film est tourné après 1968 d’après un livre de Lambesc ...
    Publié à 15 oct. 2016 à 14:54 par Jean-Pierre Rissoan
  • The Deer Hunter (voyage au bout de l’enfer), Cimino 1978.     Le titre anglais est traduisible par "Le chasseur de cerf" ou de cerfs. Comment passe-t-on à "Voyage au bout de l’enfer" ? Miracle transatlantique. Marketing sans aucun doute ...
    Publié à 8 janv. 2018 à 05:05 par Jean-Pierre Rissoan
  • Gabin - Simenon et l'affaire Saint-Fiacre (1959)             C’est un film-marronnier comme on dit de ces thèmes récurrents qui défrayent la chronique quand l’actualité délaisse les journaux. Le film avec un Gabin en pleine forme ...
    Publié à 11 oct. 2016 à 07:54 par Jean-Pierre Rissoan
  • "La Marseillaise" de Jean RENOIR (1938) produite par la CGT     La Marseillaise, le film de Jean Renoir, a été projeté à Cannes, pour les 120 ans de la CGT  dans le cadre de CANNES CLASSICS. J'ai vu le film ...
    Publié à 21 mai 2015 à 08:14 par Jean-Pierre Rissoan
  • Amadeus de Miloš Forman (1984)     Il est inutile de présenter la musique du film : c’est Mozart. C’est donc un enchantement permanent. Il y a quand même un intermède Salieri lors d’une séquence ...
    Publié à 16 mai 2018 à 00:10 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 24 juil. 2015 à 05:19 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les 55 jours de Pékin (1963) à lire au préalable : Le PÉKIN des empereurs.Ce film utilise un fait historique bien réel : la révolte des Boxers contre la présence des étrangers, en l’occurrence de 11 ...
    Publié à 7 févr. 2018 à 03:07 par Jean-Pierre Rissoan
  • KAGEMUSHA de Kurosawa, 1980     Film magique qui vous fait passer 2 heures 30 pour une demi-heure… Richesse des décors et des costumes, mise en scène magistrale des chevauchées fantastiques autant que des ambiances ...
    Publié à 5 nov. 2017 à 07:16 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 13 févr. 2017 à 15:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • Les canons de Navarone (USA, 1961)     C’est un film déjà ancien  - 1961 ! - mais qui passe toujours à la télé parce que c’est un bon film de divertissement, d'ailleurs, il est sorti en DVD ...
    Publié à 1 août 2016 à 14:58 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 7 févr. 2017 à 14:25 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 25 août 2016 à 14:45 par Jean-Pierre Rissoan
  • La grande illusion, Jean RENOIR (1937).     Ce film est d’abord une constellation d’étoiles du cinéma. Jean Gabin, Pierre Fresnay, Eric von Stroheim, Dalio et Carette, sans compter -dans de petits rôles- Jean Dasté et ...
    Publié à 7 nov. 2014 à 11:44 par Jean-Pierre Rissoan
  • Danse avec les loups de Kevin Costner (1990)     C’est un film admirable à tous points de vue, il faut le voir et re-voir. Wiki nous informe que "c'est un des films les plus récompensés de ...
    Publié à 20 nov. 2015 à 01:51 par Jean-Pierre Rissoan
  • "Remains of the day" de James Ivory (1993), les VESTIGES DU JOUR     James Ivory a réalisé ici un film que l’on pourrait qualifier de pervers. On ne se lasse pas de le voir et revoir et pourtant de quoi nous parle ...
    Publié à 10 sept. 2017 à 03:07 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 21 juin 2015 à 08:27 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 16 nov. 2017 à 08:13 par Jean-Pierre Rissoan
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"Que la fête commence !"... (B.Tavernier, 1975)

publié le 6 févr. 2018 à 02:52 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 avr. 2018 à 13:59 ]


Ce film est un éblouissement, un régal pour l’esprit. Le scénario est un feu d’artifice d’arguments historiques. Sont intimement mêlés le côté décadent de la Régence qui suit la mort de Louis XIV, l’esprit des Lumières comme on ne dit pas encore, le système de Law (justement prononcé Lasse par les acteurs), la réaction nobiliaire menée par le duc de Bourbon-Condé, la conspiration du marquis de Pontcallec en Bretagne, le krach du système de Law provoqué, pour partie, par le même duc de Bourbon, le grand jeu diplomatique de l’abbé Dubois au centre de la lutte d’influence entre Espagne et Angleterre, la mécréance du haut clergé de France, la "peuplade" de la Louisiane, etc… etc… N’omettons pas toutefois l’idée de génie d’utiliser la musique même du Régent, Philippe d’Orléans, comme musique du film. C’est un aspect important pour esquisser le portrait de ce personnage historique.

Soucieux du statut des intermittents du spectacle, Tavernier utilise une foule d’acteurs comme dans tous ses films. Il est grandement aidé par le trio Marielle, Rochefort, Noiret. Marielle et Rochefort sont déjà au sommet de leur art. Ils sont éblouissants, le premier dans le rôle du marquis de Pontcallec, le second dans celui de Dubois, principal ministre du Régent, titre que le dernier à avoir porté n’est autre que Mazarin. Tavernier fait appel à la génération montante : on repère dans de petits rôles : Juniot ; Clavier, Michel Blanc et Lhermitte. Et puis les acteurs classiques : Hélène Vincent, Marina Vlady, Alfred Adam, Gérard Desarthe –méconnaissable en Duc de Bourbon-Condé borgne -, Nicole Garcia, Christine Pascal ; Jean-Roger Caussimon…

Le fil rouge – pas toujours écarlate, il est vrai – qui parcourt tout le film, c’est la conspiration instiguée par le marquis de Pontcallec. Il s’agit d’un fait historique authentique et Pontcallec a réellement existé et est mort exécuté. Il est exact également que l’Espagne catholique a aidé les rebelles au grand dam de l’Angleterre. Le scénario insiste sur le rôle de Dubois qui exacerbe le retentissement de cette tentative d’émeute afin de convaincre le Régent qu’il faut décapiter Pontcallec et ses conjurés. Il parle de 3.000 émeutiers là où il n’y en eut pas 100. Philippe accepte très mal cet écran levé par son principal ministre entre lui et la réalité du terrain. De même, Dubois intercepta le courrier écrit par Séverine, filleule du Régent, depuis son couvent breton pour demander la grâce de Pontcallec. En fait, Dubois veut casser toute résistance de la noblesse à sa nouvelle politique de rapprochement avec les nations protestantes dont la plus illustre : l’Angleterre. Il pense raison d’État là où le Régent pense tolérance et attitude humanitaire. L’exécution des quatre conjurés reste au travers de la gorge de Philippe qui à la fin du film traite son ministre de la manière la plus basse : "j’espère que tu souffriras atrocement…" (Dubois se savait très malade et d’ailleurs il mourra dès 1723) ou encore "monte devant, c’est la place des domestiques…". À quoi Dubois rétorque "tout ça parce que ce sont des nobles, ç’aurait été des paysans vous n’auriez rien dit"

La "peuplade" – c’est-à-dire le peuplement – de la Louisiane, colonie française depuis Louis XIV, d’où son nom, est parfaitement montré par Tavernier. On ramasse tout ce qu’on trouve dans les rues, sur les quais, partout. Même dans les bordels où un client s’appelle... Pontcallec, monté à Paris dans le cadre de sa conspiration. Je me permets de me citer :

"Les premiers pionniers étaient souvent "gens de peu", nous dit l’historien Jean Meyer, fréquemment recrutés de force dans les prisons, "bas-fonds à forte criminalité". H. Arendt évoque cet aspect des choses en parlant de « "cet autre sous-produit de la production capitaliste : les déchets humains (sic). (…). L’exportation de ces hommes avaient contribué à peupler les dominions aussi bien que les États-Unis"[1]. Certains colons furent carrément enlevés et les archives du gouverneur de Virginie indiquent que les nouveaux arrivés étaient "pour la plupart des enfants ramassés par centaines dans les rues des villes anglaises et expédiés en Virginie pour y travailler". La Chambre des bourgeois de cet État s’effrayait que "les serviteurs de Dieu dans ce pays appartiennent, pour la plupart, à la pire engeance que l’on puisse trouver en Europe". On voit à l’œuvre, ainsi que l’écrit H. Arendt (…) "le parfait gentilhomme et la parfaite canaille (qui) finissaient par bien se connaître dans la ‘grande jungle sauvage et sans loi et (qui) s’y trouvaient bien assortis dans leur immense dissemblance ; âmes identiques sous des masques différents""

Pour tenter de civiliser un peu ces méthodes, l’Église catholique  – bonne mère - accepta de marier les nouveaux pionniers. Et Tavernier met en scène deux colonnes l’une de bonshommes, l’autre de bonnes femmes, et les deux personnes qui arrivent simultanément devant Monsieur le curé sont déclarés mari et femme. Et l’on effectue ainsi des centaines de mariages par jour. Saint sacrement.

Mais Tavernier, mécréant de haut vol, n’est pas tendre avec la Sainte Église. Dubois n’a en tête que sa promotion à l’archevêché de Cambrai – 120.000 livres de rente ! - mais il ne sait même pas dire la messe ! Dans une séquence parfaitement blasphématoire, on voit Dubois piétiner les vêtements sacerdotaux qui l’encombrent. Philippe lui glisse "tu vas être sous-diacre, diacre, prêtre, évêque et archevêque en 1 jour". Cette carence du Haut-clergé durera jusqu’en 1791. Lorsqu’il fallut nommer un nouvel archevêque de Paris, le nom de Loménie de Brienne revenait sans cesse mais Louis XVI eut ce mot célèbre " il faudrait au moins que l'archevêque de Paris crût en Dieu ! ". Brienne faisait étalage de son incroyance. Nous avons là l’effet du Concordat de Bologne signé par François Ier en 1516, concordat qui faisait que "le roi de France avait à sa disposition les bénéfices majeurs, soit 150 évêchés et archevêchés auxquels s’ajoutent 500 abbayes ou prieurés " (wiki). Ces dispositions auront sursis la Révolution dans le royaume puisque le Roi avait à sa guise la fortune de l’Église. Ailleurs, l’appropriation de l’immobilier clérical sera la cause majeure du succès de la Réforme (Prusse, Angleterre, etc…). Lorsque le Régent dit sa colère en apprenant qu’il n’a pas pu lire les lettres de sa filleule, Dubois lui lance "faîtes-la abbesse !" C’est si facile.

Autre ressort du film : le système de Law, son ascension rapide, sa chute tout aussi brutale. Avec une intelligence diabolique Tavernier fait le lien avec la conspiration de Pontcallec. Lorsque celui-ci toujours sans le sou, "tape" ses petits camarades pour monter à Paris, l’un lui tend un billet, un billet de banque, celle de Law. C’est remarquable. Cela donne au film son unité. Je ne puis, ici, raconter l’histoire de ce système très moderne, qui introduisit l’usage des billets de banque en papier en lieu et place des monnaies sonnantes et trébuchantes mais peu pratiques. Au début, on est tout feu, tout flamme : "je veux de la Louisiane"[2] dit une marquise en échange d’un service rendu au Régent. Puis, la spéculation allant croissant, cette monnaie-papier se dévalua. On a un échange très serré entre le duc de Bourbon-Condé et des gens d’Église inquiets de la fiscalité que Dubois veut mettre en place. "- achetez des actions de Law qui échappent à l’impôt. – du papier qui ne vaut rien dit le cardinal interprété par Caussimon. – oui, mais qu’on peut changer en or…". A ces mots Bourbon s’arrête et réfléchit. Les actions-papier sont encore convertibles en or. Il va immédiatement réaliser son capital. Rien moins que 60 millions en or. Le film laisse penser, et c’est fort probable, que l’Église, soufflant à Bourbon –prince du sang, archétype du noble ultra-conservateur - ce qu’il a à faire, sabote le travail de Dubois et du Régent qui envisagent ni plus ni moins de prendre des terres d’Église pour les revendre aux paysans, de taxer la même Église sur les terres qui lui resteraient, etc… l’Ancien régime n’était pas réformable (3).  

La séquence des trois chariots d’or traversant à vive allure les rues étroites de Paris, renversant tout sur leur passage, est très pittoresque : c’est-à-dire qu’elle décrit bien la réalité de l’époque. Elle annonce la scène finale du film. J’ai trouvé cette excellente citation (datée du règne de Louis XVI) que l’on peut élargir à tous les cas de figure mettant en scène les rapports sociaux inégalitaires : "Au passage du prélat dans son carrosse, le curé de campagne est obligé de se jeter à tâtons le long d'un talus, pour se garantir des pieds et des éclaboussures de leurs chevaux, comme aussi des roues et peut-être du fouet d'un cocher insolent, puis, tout crotté, son chétif bâton d'une main et son chapeau, tel quel, de l'autre, de saluer humblement et rapidement, à travers la portière du char clos et doré, le hiérarque ronflant sur la laine du troupeau que le pauvre curé va paissant…".

Reste le luxe qui baigne l’entourage du Régent, les tables fastueuses dressées pour ses célèbres "petits soupers" d’où "les convives sortaient le plus souvent emportés au bras des laquais" (J. Isaac). Le grand historien omet de dire que ces loques puant le vomi étaient incapables de satisfaire ces Dames, aussi bien y avait-il des pis-aller, à jeun eux, qui les emportaient pour les fourrer d’abondance… Tout cela sent la pourriture et Philippe est pris d’une mini psychose, à la fin d’une orgie, sentant partout la puanteur, sa main gauche pue, tout pue, il ouvre toutes les fenêtres… mesure insuffisante pour réformer le royaume de France.

Au petit matin, on part. Le carrosse royal s’en va à toute allure et renverse une voiture de paysans dans laquelle dormait un petit garçon qui est tué. Sa grande sœur est offusquée, en colère, elle rameute les paysans du coin et tous mettent le feu au carrosse royal qui était abandonné, l’une de ses roues s’étant brisée. "On va en brûler d’autres petit frère, on va en brûler d’autres…"

Que la fête commence !   

 

PS. L’encyclopédie wiki écrit : "La séquence finale annonce explicitement la Révolution française. En réalité, l'action se déroulant en 1720, il faudra attendre 69 ans". C’est méconnaître notre histoire nationale. Si la France est célèbre pour sa Révolution, elle est aussi le centre de rebellions permanentes. Jean Nicolas a écrit - avec l’aide de dizaines de correspondants locaux – un livre monumental –que je présenterai un de ces jours – sur "La rébellion française, 1661-1789". Il y dénombre 8528 cas de rébellion dont il dresse une typologie et une chronologie. Après l’agitée régence, le ministère Fleury – un des successeurs de Dubois – est plutôt tranquille   

"mais l'année 1740, avec 72 rébellions, inaugure un nouveau cycle de turbulences. Points culminants en 1750 et 1754 (93 et 96 cas), alors que Machault d'Arnouville, arrivé aux affaires, s'efforce de moderniser l'État et la fiscalité. Après une décennie de décrue, l'agitation reprend à partir de 1764 pour s'intensifier continûment jusqu'à la fin du siècle, avec de brefs replis. On dénombre 101 émeutes de tout calibre en 1766, 145 en 1768, 141 en 1770 et 138 encore en 1771. La situation reste tendue, dépassant, toujours la centaine d'affaires annuelles, pour monter à 226 cas en 1775, année de la guerre des Farines. La tension retombe ensuite, mais les troubles s'intensifient à nouveau en 1781, 1784 et 1788, atteignant pour finir le chiffre record de 310 entre janvier et avril 1789. ".

 



[1] Hannah ARENDT, L’impérialisme, page 54.

[2] Après la banque, Law créa de grandes entreprises commerciales dont, en 1717, la Compagnie du Mississippi qui reçut le monopole de l’exploitation de la Louisiane. Ces compagnies étaient des sociétés par actions. Parties à 500 livres, les actions montèrent jusqu’à 20.000 livres, quarante fois leur valeur primitive, au début de 1720.

[3] ces mesures envisagées par Dubois étaient cohérentes avec sa politique de rapprochement vers les puissances protestantes. à un moment du film, il dit au Régent "mais l'argent ce sont les Protestants, il faut favoriser les protestants !". Depuis Colbert, depuis Vauban (la dîme royale) tout le monde sait cela. Sauf les catholiques conservateurs.

La jeune fille à la perle. Vermeer de Delft - 1662 ; Peter Webber - 2003.

publié le 26 janv. 2018 à 03:56 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 janv. 2018 à 06:44 ]


    Notre sujet est ce célébrissime tableau de Vermeer de Delft qui est appelé par les Hollandais "Tête de jeune fille au turban". Je dis cela avec l’autorité que peut apporter le catalogue d’une exposition très officielle, celle qui s’est tenue en 1986 au Grand palais, à Paris, qui fut dénommée "DE REMBRANDT A VERMEER" avec le sous-titre "les peintres hollandais au MAURITSHUIS de La Haye". Je me servirais des analyses du catalogue cela va sans-dire mais dans cette série "critiques de films" je me dois de parler un peu de cinéma. Cette toile mondialement connue a suscité l’écriture d’un roman par Tracy Chevalier que la présentation du DVD qualifie de best-seller et, de ce roman, Peter Webber a fait un film (2003).

Les deux – la toile du musée et le film tiré du roman – n’ont rien à voir, si ce n’est bien sûr le tableau du maître de Delft. Le film, non dépourvu de moyens financiers,  s’est attaché des acteurs de haut rang : Scarlett Johansson – merveilleux casting -, Colin Firth (que l’on a vu dans Discours d'un roi,et Shakespeare in love (Shakespeare et Juliette) John Madden, 1999.; Tom Wilkinson (le cadre au chômage de Full mounty, "the money" dans Shakespeare in love. Cillian Murphy (LE VENT SE LEVE…, le cador du clan Thomas Shelby dans la série Peaky Blinders) y joue ici un des premiers rôles de sa carrière.

Ils n’ont rien à voir car le film adopte le parti pris du roman : Johannes Vermeer, fasciné par la beauté sans fard de Griet – nouvellement embauchée dans la maison – en tombe amoureux, veut en faire le portrait ce qui l’amène à s’isoler avec elle dans son cabinet de travail, ce qui suscite la jalousie et l’ire de son épouse légitime, ainsi que des rumeurs dans le quartier puritain calviniste (même si les Vermeer sont catholiques). Pour Webber le modèle du tableau est donc la domestique du maître de Delft. Alors que l’histoire de la peinture ne sait toujours pas qui se cache derrière ce magnifique visage, derrière celle que l’on a vite appelée La Joconde du nord… Les historiens d’art balaient d’un revers de main l’idée d’un amour secret entre le maître et son modèle arguant des onze enfants du couple légitime, preuve d’une fidélité conjugale sans faille (Vermeer est mort à 43 ans).

Le film utilise également un autre personnage historique : Pieter van Ruijven qui est le mécène du peintre (joué par T. Wilkinson). Le Ruijven du film est d’une grossièreté à couper au couteau. Sans aucun doute compétent en termes d’esthétique de la peinture, il en détruit toute poésie. A cette époque où l‘industrie chimique n’existait pas, les coloris étaient obtenus à partir des minéraux, du monde végétal ou animal. Ainsi lors du banquet donné par les Vermeer à l’occasion tout à la fois du baptême de leur septième enfant et de la présentation de la dernière commande effectuée par Ruijven, on s’interrompt pour dévoiler La dame au collier de perles. C’est Émilie, la femme de Ruijven qui a servi de modèle, elle était vêtue d’une robe aux couleurs jaunes. "Est-ce du jaune indien ?" interroge le mécène, "un distillat d’urine de vaches sacrées ? (…)" C’est effectivement à partir de cela qu’on obtenait cette nuance de jaune. "Vous avez couvert ma femme de pisse séchée ! " puis se dirigeant vers cette dernière, il lui prend ses bonnes joues flamandes et déclare "on dirait presque qu’elle est douée de pensées". Tout cela se voulant drôle. Vermeer ne dit rien. C’était un taiseux, d’ailleurs surnommé le Sphinx. Il n’a pas la liberté de l’artiste qui peut vivre de ses propres florins. Au demeurant, répondant à Mme Thins, la belle-mère de Vermeer, très soucieuse des rentrées d’argent dans le ménage, Ruijven annonce qu’il a pris contact avec un jeune peintre spécialiste de la lumière, "un élève de Rembrandt". Johannes sait à quoi s’en tenir, le mécène maître du jeu demande à Vermeer quand il aura programmé son "prochain barbouillage ?" (sic). "Y-a-t-il à Delft un mécène plus riche que moi ? ". Sa grossièreté éclatera avec plus de fureur quand il tentera de violer la jeune Griet parmi les draps qui sèchent au soleil. Et, auparavant, lorsqu’il discute avec Vermeer devant Griet, se faisant l’écho des bruits qui courent, en évoquant les relations entre "maîtres et servantes" qui sont "un air connu"…

Outre les infos sur la fabrication des couleurs[1], sur la condition pécuniaire des artistes au XVII° siècle hollandais, sur la prospérité de cet "âge d’or" néerlandais (voyez la richesse qui transpire des meubles et des tapisseries, de la verrerie et de l’argenterie), le film montre comment Vermeer élabore peu à peu la construction de son portrait. Griet doit abandonner son bonnet qui lui dissimule le cou (c’est une calviniste !), il lui faut adopter le ruban jaune et bleu, le maître lui demande de porter une perle à l’oreille gauche, et il faut qu’elle pose selon "la pose traditionnelle" nous dit le catalogue de l’exposition, c’est-à-dire le regard par-dessus l’épaule. Cette fameuse perle, propriété de Mme Vermeer, est à l’origine d’une scène de ménage, et c’est la belle-mère qui l’a donnée en cachette à Griet pour qu’elle la porte durant l’absence de sa fille. A la fascination de Vermeer pour Griet répond la fascination de cette dernière pour la peinture et le métier. Tout cela n’a rien d’historique, je le rappelle. Mais le scénario est plausible.  

La Tête de jeune fille au turban a été peinte à la même période que l’Allégorie de la peinture. Mais dans le tableau qui nous intéresse ici, tout est concentré sur le visage de la jeune fille. La lumière éclaire la moitié droite du visage qui adopte la pose traditionnelle, le fond est noir sans ajout d’aucun motif. C’est la jeune fille, sa coiffe et ses vêtements qui font jaillir la lumière. Vermeer "l’a affublée d’un turban bleu et jaune, une grosse perle alourdit son oreille gauche, et ses lèvres humides, entrouvertes, lui donne un air d’ingénuité" (le catalogue). On peut condamner l’emploi du verbe alourdir inapproprié pour ce tableau si gracieux et regretter l’emploi du verbe affubler. Comme pour La Joconde le regard de la jeune fille est insondable, mystérieux, d’une beauté ineffable. Elle se tourne vers nous, par-dessus l’épaule, mais ne dit aucune surprise ni émotion, elle est, tout simplement.    

J’exploite maintenant le catalogue de l’exposition.

De même que la Vue de Delft peut être interprétée comme une vue idéalisée de la ville, plutôt qu'une représentation strictement topographique, ainsi la Tête de jeune fille au turban est plus qu'un simple portrait. C’est une tronie. On comprendra mieux la différence entre un portrait et une "tronie" (tête) si on compare la toile du Mauritshuis avec le Portrait de Cunera van der Cock, femme du peintre de Frans van Miens[2]. Ce portrait a été peint vers 1658 et présente de nombreuses ressemblances avec la composition de Vermeer qui a été exécutée quelques années plus tard. La femme de Van Miens est vêtue à la mode du jour, d'un corsage blanc à plis, d'une jaquette de velours brodée de fourrure et d'un mouchoir de tête. Son visage a des traits tout à fait individuels, beaucoup plus frappants que ceux du modèle de Vermeer. La technique de Van Miens souligne son intention de faire de sa femme un portrait ressemblant, sans l'idéaliser ni la déguiser. Vermeer n'est pas aussi direct, mais s'enveloppe en quelque sorte dans un brouillard mystérieux. Ainsi, on ne sait pas si la perle qui orne l'oreille de son modèle, a un sens symbolique (vanité? vertu?) ; c'est en effet le sens qu'on leur donne dans les peintures de Vermeer, mais cela demeure aussi vague que la manière dont il indique la boucle d'oreille : deux taches de blanc sur un frottis de pâte, un effet de trompe-l’œil étonnant.

Les taches de couleur suggèrent ici les formes sans les détailler. Le turban de la jeune fille de Vermeer est fait de bandes jaunes et bleues, et de mouchetures de couleur qui suggèrent vaguement une structure, comme dans le vêtement dont on ne distingue pas clairement la texture. Les formes du visage sont travaillées à l'intérieur du contour, en un sfumato assez léonardesque.

Si Thoré-Bürger[3] avait pu voir ce visage au Mauritshuis, comme la Vue de Delft, il l'aurait certainement baptisé "La Joconde hollandaise". Mais cette toile n'est apparue sur le marché qu'en 1882, lorsqu'elle fut vendue pour presque rien à La Haye. Ce manque d'estime contraste singulièrement avec les commentaires lyriques qui seront dédiés plus tard à cette peinture célèbre. Elle fut exposée en France pour la première fois en 1921 et le célèbre critique Louis Gillet nous donne à cette date le beau texte suivant :

"(La) Tête de jeune fille (de Vermeer de Delft), avec son insaisissable contour, avec ce dessin mystérieux qui ne laisse nul écart de valeur entre l'arête du nez et le clair de la joue, avec la ligne de la paupière inférieure continuant l'ovale irréprochable du profil, avec la morbidesse incopiable de ses lèvres béantes où un souffle tiède semble se jouer sur la nacre des dents humides, - cette tête a des recherches de forme qu'on trouve seulement dans certaines femmes d'Ingres ; quant à la grâce du modelé, à la pulpe des chairs, à l'émail virginal et caressant de la matière, à l'étrange et exquise harmonie des jaunes et des bleus encadrant ce divin visage, ce sont des choses que Vermeer seul pouvait sentir et exprimer, avec ce charme bleu et blanc, onctueux et féerique, cette émotion innocente et cette pure joie de l'ornement qui rappellent la beauté d'un carreau de faïence et que le peintre devait aux potiers de son pays". Bel hommage.

 Peut-être Webber a-t-il fait son film pour saisir une opportunité. Il ne sort pas chaque jour des conservatoires une actrice capable d’être Griet, la bonne de Vermeer, d’être le modèle de la fille au turban jaune. En 2003, il y avait Scarlett Johansson. On sait maintenant que la Jeune fille à la perle a un prénom : Scarlett.

ci-dessous : le tableau après et avant (à droite) sa restauration (Wiki)

Meisje met de parel.jpgPortrait aux couleurs vieillies d'une jeune femme avec turban bleu et jaune.

Je termine cet article par un souvenir personnel. Dans les années 1980’, le parti communiste fit imprimer une affiche à coller sur les murs de France et nous souhaitant "une bonne année". Cette affiche reproduisait "la Jeune fille à la perle". Et c’est avec une immense fierté que j’ai collé cette affiche sur les murs de Lyon, cette affiche qui rendait accessible à des millions de gens un chef-d’œuvre de l’art universel. C’était notre vocation.

Hélas, la santé du parti a vite décliné durant ces années-là et, quelques années plus tard, horrifié, j’ai vu un jour la même affiche signée cette fois d’un gros monopole capitaliste comme nous disions dans notre jargon. La roue de l’histoire ne tourne pas toujours rond.  

 



[1] Blanc de céruse (à base de plomb), gomme arabique (acacia), laque rouge (sève d’arbustes), lie de vin, malachite (minéral de couleur verte), vermillon (à partir du soufre et du mercure), huile de lin, noir d’ivoire (à partir d’ivoire calciné et pulvérisé), lapis-lazulis (pigment bleu outremer)… le film est à ce point de vue très pittoresque !

[2] Frans van Miens, Portrait de Cunera van der Cock, femme du peintre, ni signé, ni daté (vers 1657-60), Londres, National Gallery, inv. n° 1415.Visible sur Wiki.

[3] Théophile Thoré-Bürger, né à La Flèche (Sarthe) le 23 juin 1807 et mort à Paris le 30 avril 1869, est un journaliste et critique d'art français, surtout connu pour sa redécouverte de Vermeer. Quarante-huitard exilé, pendant ses années d'exil, il se lance dans une enquête à la recherche des œuvres de Vermeer, il identifie plus des deux tiers des Vermeer aujourd'hui reconnus.

Casablanca (1942) avec Humphrey BOGART

publié le 6 janv. 2018 à 05:48 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 30 janv. 2018 à 04:01 ]


22 juin 1940 : armistice entre la France de Pétain et Hitler. L’empire colonial français reste à la disposition du "gouvernement de Vichy".

Juin 40 : le résident général au Maroc, le général d’armée Charles Noguès – nommé en 1936 - s’aligne sur le régime de Vichy et derrière le général Weygand, chef des armées puis ministre de la défense  de Pétain. Noguès interdit toute dissidence au Maroc.

Octobre 1940 : Weygand, Délégué général en Afrique française.

1940 : Charles Noguès autorise l'installation d'une délégation de la Commission allemande d'armistice à Casablanca.

Janvier 1941 : L’amiral William D. Leahy est nommé par le président Roosevelt ambassadeur des USA à Vichy, auprès du Maréchal Pétain : il y restera jusqu’en Mai 1942.

7 décembre 1941 : agression japonaise à Pearl Harbor.

8 décembre : déclaration de guerre des États-Unis au Japon.

11 décembre 1941 : déclaration de guerre des États-Unis à l’Allemagne et à l’Italie.

20 novembre 1941 : Weygand rappelé en France, remplacé par le général Juin.

1942 : Roosevelt confie à Frank Capra la mission de filmer Why we fight ?.

Avril 42 : retrait de Leahy, remplacé par Tuck, un diplomate, qui jusqu’en Décembre1942, privilégie clairement le régime de Vichy par rapport à la France libre, selon la ligne fixée par Washington.

25 mai 1942 : début du tournage de Casablanca par Michael Curtiz.

3 août 42 : fin du tournage.

8 novembre 1942 : débarquement américain sur les côtes marocaines (opération "Torch").

26 novembre 1942 : sortie du film aux États-Unis.

9 mai 1943 Noguès avec Lt.-General Mark W. Clark à Casablanca lors d'une cérémonie de présentation d'armements aux Forces Françaises.

En juin 1943, le diplomate G. Puaux, gaulliste, devient résident général au Maroc, prenant la relève de Charles Noguès qui vient de démissionner.
***

Quoi de pire qu’une chronologie indigeste pour saboter le charme langoureux d’Ingrid Bergman (Isla dans le film) et casser l’irrésistible élan d’amour qui la porte vers le viril homme au chapeau indestructible, Humphrey Bogart (Rick Blaine) ? En fait, il m’est difficile d’aborder le film-culte par ce biais de la poésie-propre de l’homme – tout ayant été dit à ce sujet – d’une part du fait de mes incompétences, d’autre part parce que ce n’est pas la vocation de ce site. Mais j’ai pensé aussi qu’à trop insister sur le côté sentimental on passe par-dessus un aspect fondamental du film. N’est-il pas d’abord un film d’engagement politique ? Une geste cinématographique pour la bonne cause, la meilleure des causes : la lutte pour la liberté contre le pire, à savoir le nazisme ? et puis, scolairement, quel élève/étudiant peut aujourd’hui comprendre les enjeux qui traversent le Maroc en 1942 ?

Le film a presque une unité de lieu, comme les pièces du théâtre classique, à savoir la boîte de nuit de Rick. De ce point de vue tout est parfait, il faut bien le dire. Ambiance ludique et musicale, avec Sam le pianiste et Carl, le maître-d’hôtel bonhomme –qui se révèlera membre de la Résistance- ; ambiance cosmopolite : tout le monde est là ; ambiance interlope : tout le monde n’est pas en situation régulière, ni n’a un comportement licite, loin de là. La magie du metteur en scène, Curtiz, joue à plein : on y est et on y est bien. Il est vrai que le scénario est tiré d’une pièce Everybody Comes to Rick's qui dit bien ce qu’il en est.

Le "tout Casablanca" se retrouve donc ici, chez Rick’s.

Il y a les représentants institutionnels. D’abord, le capitaine Louis Renault, "préfet de police", qui représente Vichy, via le général Noguès que l’on ne voit jamais ; ensuite le Major Heinrich Strasser, "consul d’Allemagne", qui, quoique l’armistice donne tout pouvoir à Vichy, se mêle de ce qui le regarde, c’est-à-dire tout. Il y a, bien sûr, le boss du lieu, un américain exilé, Rick Blaine, interprété par Humphrey Bogart, qui a une présence exceptionnelle mais qui est intérieurement détruit par un chagrin d’amour qui, comme dit la chanson, dure toute la vie. On voit aussi très souvent Señor Ferrari, le patron de la boîte concurrente le Perroquet Bleu ; avec son chapeau marocain traditionnel et son salut, Ferrari fait très couleur locale, il tient également accessoirement, le monopole sur le marché noir de la ville. Tout le monde semble ici depuis toujours lorsqu’arrive un couple perturbateur : Ilsa Lund et Victor Laszlo, épouse et mari.  

Le film a un côté polar avec l’affaire des sauf-conduits attribués à des Allemands, mais ces derniers ont été tués et un petit malfrat – Ugarte, interprété par Peter Loore - s’en est emparé pour les vendre le plus cher possible à Laszlo. Casablanca est en effet une plaque tournante du trafic aérien vers les États-Unis. Avec un vol direct sur Lisbonne d’où partent les vols transocéaniques. Mais pour quitter Casablanca, il faut le sauf-conduit signé par l’Etat français. Laszlo, présenté dans le film comme chef suprême de la Résistance européenne -ce qui n’a jamais existé – doit aller en Amérique pour mieux organiser la Résistance, en Europe il est pourchassé sans arrêt. Mais il veut aussi emmener Isla, sa légitime. Qui détient ces deux sauf-conduits signés de Weygand ? à qui Rick – c’est à lui que Ugarte les a confiés avant de mourir – va-t-il les vendre ? Va-t-il les garder pour lui et Isla –son amour retrouvé – et rejoindre son pays natal ? Va-t-il les donner à Laszlo et Isla ? la fin du film tourne autour de cela.

J’en arrive à ce qui me tient à cœur.

Le film est carrément francophile. La Marseillaise est partout dans la musique du film : générique d’entrée, générique de fin, musique d’accompagnement, et surtout dans une des scènes les plus vigoureuses : au Rick’s, lors d’une soirée arrosée, les Allemands en uniforme chantent Die Wacht am Rhein, que faire ? les laisser chanter, ils sont (presque) chez eux. Laszlo s’y refuse. Il demande à l’orchestre de jouer la Marseillaise, le chef interroge du regard Rick qui opine de la tête et c’est tout le Rick’s qui entonne notre chant national, le combat est de courte durée car les Allemands défaillent sous le nombre et la Marseillaise termine seule entonnée par une foule en liesse ou en larmes[1]. C’est, selon moi, la plus belle Marseillaise de l’histoire du cinéma AVEC celle de Renoir dans La grande illusion.

Le personnage de Rick est au-dessus de tout soupçon. Sa neutralité est liée à la nature de son établissement : escale du Monde mais aussi à son déboire amoureux. En 1935, il avait fourni des armes aux Éthiopiens contre l’Italie de Mussolini, en 1936, il fut membre des Brigades internationales. Sa tête est mise à prix, il est sur la liste noire de l’Allemagne nazie ce qui est pour lui un tableau d’honneur. Son antipathie à l’égard de Strasser va croissant.

Louis Renault est un fonctionnaire corrompu, qui gagne toujours à la roulette du casino du Rick’s, qui vend des sauf-conduits aux femmes en échange de leurs corps, mais l’ambiance délétère de Casablanca ne peut guère faire éclore des héros. Malgré tout, lui aussi évolue, sa conduite à l’égard de Strasser n’est faite que d’habileté ; à la fin, il laisse tomber à la poubelle une bouteille d’eau de Vichy (sic) et finalement, l’envol de l’avion pour Lisbonne emportant Ilsa et Laszlo, il part, bras dessus-bras dessous, avec Rick lequel annonce une grande amitié entre eux-deux. C’est la préfiguration de l’alliance franco-américaine.     

Ce film, en effet, est aussi une main tendue à la France pour qu’elle rejoigne le camp des Alliés. Je ne peux pas croire que la Warner Bros connaissant l’entreprise Why we fight ? puisse laisser tourner Casablanca avec pour seul ressort celui de l’amour, le choix cornélien d’Ilsa entre Rick de Paris qui la fascine et Laszlo le résistant qu’elle admire. Au demeurant, l’équipe des scénaristes du film se renforça de Howard Koch, militant communiste[2] qui affina l’aspect politique du film.  Mais quelle France ? La France libre ou celle de Vichy ? Pour Koch et Curtiz[3] c’est la France Libre du général de Gaulle (Croix de Lorraine, tracts signés Free France –sic-).

Roosevelt hésita longtemps. Il n’aimait pas De Gaulle, sans légitimité selon lui et aux tendances autoritaires, en revanche il envoya comme ambassadeur à Vichy, un ami intime l’amiral Leahy. "Attitude qui se perpétuera, car après le débarquement américain en Afrique du Nord, l’amiral Leahy, devenu chef du cabinet militaire du président Roosevelt, pèsera de son influence pour que son homologue (l’amiral) Darlan reste l’interlocuteur privilégié de Washington"[4]. En mai 1943, le généralissime américain Lt.-General Mark W. Clark est à Casablanca aux côtés de Noguès lors d'une cérémonie de présentation d'armements aux Forces Françaises. Le film de Curtiz est donc nettement plus engagé que le cabinet Roosevelt. Au demeurant Vichy faisait les yeux doux aux Américains. Le projet de constitution écrit par les hommes de Pétain est conçu pour montrer à Roosevelt que Vichy n’est pas un régime nazi (voir mon livre, ici-même).

 

Si débat il y a, la maturation de Rick le règlerait  rapidement. Rick opte finalement pour le départ d’Isla avec Laszlo et, sans oublier ce qu’ils ont vécu à Paris, dit à son amour-pour-toujours que ces problèmes amoureux, pour douloureux qu’ils soient ne sont "que de petits problèmes qui n’ont pas grande importance"(sic)  à côté de ceux du Monde. Rick/Bogart est décidément un héros.

***

à lire : :

http://livreblanc.maurice-papon.net/leahy.htm  : sur la politique des USA à l’égard de Vichy

Aljean Harmetz, Round Up the Usual Suspects: The Making of Casablanca, Warner Books, 1993, 402 p. (ISBN 1562827618)



[1] Lire la notice Wiki de Madeleine Lebeau.

[2] Il fut en 1951 inscrit sur la liste noire des studios hollywoodiens.

[3] Sans doute aussi Humphrey Bogart qui, lors de la chasse aux sorcières contre les 10 d’ Hollywood organisa une fronde de protestation des acteurs américains contre cette chasse aux sorcières.

[4] Extrait du livre blanc sur Maurice Papon, analyse de la politique de l’amiral Leahy, http://livreblanc.maurice-papon.net/leahy.htm Darlan, assassiné la veille de Noël 1942, était la face soft du vichysme (par opposition à Laval).


DJANGO DECHAINE (Q. TARANTINO, DJANGO UNCHAINED, 2013)

publié le 30 déc. 2017 à 14:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 22 avr. 2018 à 10:26 ]


C’est un bon film de Tarantino qui traite de la question de l’esclavage (Sud des Etats-Unis forcément) deux ans à peine avant le déclenchement de la Guerre de Sécession. Ce n’est pas un plaidoyer scientifique ou moralisateur,  Tarantino cherche à accueillir le plus de monde possible. Pari réussi si l’on en croit Wikipédia qui parle du "meilleur succès commercial de Tarantino". La distribution fut à la hauteur de l’ambition avec Jamie Foxx (capable d’interpréter aussi bien Django que Ray Charles), Christoph Waltz que l’on a vu dans Inglourious Basterds et Carnage, Leonardo Di Caprio que l’on ne présente plus et Samuel L. Jackson (Pulp fiction et bien d’autres).

Tarantino a écrit le scénario du film. Il fallait utiliser la germanité de C. Waltz et Tarantino invente une "maîtresse" germanophone puisque d’origine allemande, qui apprend la langue à une esclave afin de ne pas être seule à la parler. Cette esclave sera surnommée Brunehilde. Cette dernière est l’épouse de Django mais l’esclavage est ainsi fait qu’il peut séparer ce que Dieu – le même que celui des esclavagistes – a uni. Grâce au Docteur King Schultz (C. Waltz excellent) Django part à la reconquête de son épouse Brunehilde ; il est donc Siegfried : un Siegfried noir, il fallait y penser.

Juste avant que Django se libère de ses chaînes, "se déchaîne", il formait avec le Dr Schultz un duo de chasseurs de primes. Schultz n’est pas avare de ses balles pour trucider le "wanted" à restituer mort ou vif à la police. Un cas d’espèce se pose à Django quand il doit tirer sur un "wanted" qui est en train de labourer un champ avec son fils, n’aurait-il pas droit à des circonstances atténuantes ? Cela ne vaut-il pas la peine d’être discuté ? pas pour le Dr Schultz qui reste inflexible. C’est l’aspect noir du chasseur de primes qui n’est d’ailleurs pas – de façon générale – admiré par la population ou par les élites  . Cette séquence reste au travers de la gorge.

J’en profite pour signaler un détail. Le duo – qui a décidé de quitter le Texas pour effectuer un immense détour via les Rocheuses - se trouve, lors de la scène rupestre du labour, dans un espace totalement dépourvu, y compris les sommets, de neige. Contrairement à la séquence précédente. Puis, on retrouve nos héros en haute-montagne avec 30 cm d’épaisseur de neige. Quel itinéraire ont-ils donc suivi ? C’est un peu agaçant et suscite chez l’ancien pédagogue l’envie d’écrire "manque de soin" ou "soignez vos exemples", etc… Soudain, on revient dans le Mississippi. Tarantino n’en est pas à quelques milliers de km près. Au moins, durant ce périple, Django a-t-il pu perfectionner la précision de ses tirs et tenter de tirer plus vite que son ombre. Cela lui sera utile ultérieurement.  

Puisque le film traite de l’esclavage voyons ses apports à l’édification historique des masses qui accourent aux films de Quentin. Ce dernier accorde une place importante à l’homme à cheval. Django devenu libre grâce à Schultz se déplace par ce moyen. Cela stupéfie les gens du Sud. Un nègre à cheval ! Cela ne s’est jamais vu. Ou alors c’est un noir libre ? D’ailleurs, cela est une pièce à conviction : des Blancs demandent à des Noirs s’ils ont vu arriver Django à cheval aux côté du Dr Schultz le matin même, leur réponse affirmative confirme la déclaration de Schultz. Le Sud est au stade préindustriel : les masques de fer, les chaînes, les anneaux de fer aux pieds, les "paniers à salade" –pour le transport de quelques esclaves – tout cela rappelle l’artisanat médiéval. Même le "four" : c’est une boîte en fer forgé, de forme parallélépipédique de 40 cm de hauteur, 70 de large x 1m60 de long, à moitié enfouie dans le sol dans laquelle on enferme un esclave fugitif. Exposée en plein soleil subtropical. Sans trous d’aération. C’est l’horreur. Brunehilde était enfermée dans un four quand Django et Schultz arrivent dans la plantation de Calvin J. Candie (Di Caprio) dont elle est l’une des esclaves. On assiste à la marque au fer rouge (sur la joue droite), au supplice du fouet infligé même aux femmes. Tarantino filme le coton à fleurs rouges : éclaboussures du sang d’un esclave tué par balles. Un salopard arrive non pas avec l’épée en main droite et la Bible en main gauche, comme tous les pionniers venus d’Angleterre ou des Pays-Bas mais avec le fouet et la Bible. Avant de passer à l’acte, il récite un passage de la dite-Bible : "Et Dieu te dira : tu as sous ta coupe tous les animaux de la terre"… Comme il est devant des nègres, cela signifie que, pour lui, ceux-ci appartiennent au monde animal. C’est l’insulte suprême.   

Qu’est-ce donc que l’insulte suprême ? Ce sont des mots - qui peuvent tuer on le sait - adressés à un Noir et lui disant qu’il n’est pas un homme mais un animal. Malgré les révolutions du XVIII° l’insulte suprême reste très en vogue au XIX° siècle. Aux Etats-Unis d’Amérique, en 1829, David Walker (1785-1830), noir abolitionniste dont la tête fut mise à prix, peut écrire que la condition des Noirs est pire que celle que connurent les Juifs en Égypte car on ne les considère pas comme des hommes[1] : "montrez-moi une page (de l’Ancien testament, JPR) qui affirmerait que les Égyptiens ont proféré l’insulte suprême en prétendant que les fils d’Israël n’appartenaient pas à la grande famille humaine". Cette thèse selon laquelle le blanc et le noir sont différents pour des raisons objectives est affirmée avec violence par Calvin Candie devant Schultz et Django qu’il a invités à sa table. Adepte de la phrénologie, il démontre – croit-il – que le cerveau des noirs possède des alvéoles – introuvables chez un cerveau blanc – qui sont les "alvéoles de la servilité". Cela dit, que doit-on penser de ces Blancs qui forniquent sans arrêt avec des Noires, violées ou non ? Qu’est-ce donc que cette zoophilie ?

Je passe sur l’histoire des Mandingues, ces noirs-gladiateurs qui se battent à mains nues jusqu’à ce que mort s’en suive. Pour certains c’est une erreur historique de Tarantino (cf. deux liens ci-dessous). En revanche, l’utilisation des chiens est un fait historique avéré. Chiens élevés pour suivre le fugitif, le mordre voire le dévorer. Ce sont les Espagnols qui ont introduit le chien contre les Indiens (d’où l’appellation de chiens de Cuba). Les Américains s’en sont servis contre les Indiens séminoles en Floride, dès les années 1820.  

Dans cette sorte de western, tout le monde attend le gunfight final. C’est le moment où Django se déchaîne. Tireur d’élite, il ne fait qu’une bouchée des dizaines d’hommes-lige de Calvin – choix de prénom malin de la part de Quentin qui souligne l’âpreté au gain des Sudistes - . Django tue avec sang-froid les blancs qui le gênent ou l’agressent : mais c’est la guerre. La guerre des races. Il est particulièrement violent à l’égard de Stephen (Samuel L. Jackson remarquable dans le déni de soi) qui est totalement acculturé, c’est-à-dire blanc dans l’âme, il est plus esclavagiste que son maître peut l’être. Hélas, il ne fut pas seul dans ce cas. La fin est un feu d’artifice, Django utilise tous les bâtons de dynamite dont il a pu disposer pour faire exploser la villa de la plantation de Calvin Candie, belle bâtisse avec colonnes extérieures de style ionique.  

C’est évidemment une forte critique à formuler à l’égard de Quentin Tarantino : sa lutte des noirs contre l’esclavage est la lutte d’1 noir ! Django n’a aucun souci de rassembler les masses les plus nombreuses, de distiller l’esprit de lutte dans les âmes de ses frères abâtardis. C’est un solitaire. C’est un héros qui fait l’Histoire, pas le peuple. Déjà, dans Inglourious Basterds, la vérité historique en avait pris un coup sérieux et il ne sera pas surprenant de lire des copies – dans quelques années – où le potache écrira que Hitler est mort dans une salle de cinéma à Paris.    

Autre aspect à retenir. Chaque planteur est un propriétaire au sens le plus aigu. Il y a le monde extérieur et il y a SA plantation où s’applique le droit qu’il a conçu. Le Sud est une mosaïque de souverainetés innombrables. Chaque maître y est un seigneur-chevalier. plus exactement un seigneur-chatelain. Il partira contre le yankee avec l’assurance du vainqueur d’avance.

 à lire aussi sur ce site : THE BIRTH OF A NATION (NATE PARKER, 2016)

 

Deux lectures recommandables :

http://www.standardsandmore.fr/vu-lu-entendu/39-cinema/487-django-unchained-esclavage-stereotypes

https://lepetitlexiquecolonial.wordpress.com/2013/02/06/django-ketchup-et-marmelade/

 



[1] Cité par H. ZINN, page 209.

THE BIRTH OF A NATION (NATE PARKER, 2016)

publié le 19 déc. 2017 à 09:34 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 31 déc. 2017 à 10:29 ]

Le film s’empare du titre de l’œuvre de D. W. Griffith - sortie en 1915 et résolument raciste - avec la volonté d’en prendre le contre-pied. Le scénario est délibérément extrait d’une page d’histoire du Sud des Etats-Unis : la révolte de 1831 en Virginie. Qui dit "histoire des États-Unis" doit dire Histoire populaire des États-Unis de Howard Zinn. Ce dernier écrit :


"À l'été 1831, la révolte de Nat Turner éclatait dans le comté de Southampton (Virginie), jetant le Sud esclavagiste dans la panique la plus totale. Turner prétendait avoir des visions religieuses. Il rassembla environ soixante-dix esclaves qui allèrent de plantation en plantation, saccageant tout sur leur passage, assassinant une cinquantaine d'hommes, de femmes et d'enfants. Malgré le soutien de quelques sympathisants, ils furent finalement capturés quand les munitions vinrent à manquer. Turner et dix-huit de ses camarades furent pendus. Après cette révolte, on fit tout ce qui était imaginable pour renforcer la sécurité du système esclavagiste".

Dans ce film de et avec Nate Parker, celui-ci joue le rôle de Nat Turner. J’ai apprécié ce film. La dénonciation des crimes contre l’humanité que constitue l’Institution particulière [1] est violente et suscite des larmes, de la haine et volonté de vengeance chez le spectateur. Avec Twelve years a slave [2] et Django Unchained (Django déchaîné au Québec et au Nouveau-Brunswick)DJANGO DECHAINE (Q. TARANTINO, DJANGO UNCHAINED, 2013) on dispose d’excellents outils. Car, après tout, que savions-nous de l’esclavage ? Sinon que ces pauvres gens travaillaient dans les champs de coton dans le Sud des USA au climat subtropical. et qui en rentraient gaiement, en chantant (sic) si l'on en croit les dialogues d'Autant en emporte le vent... En réalité, sous la férule de kapos qui étaient parfois, cela rajoute au mal, des noirs collaborateurs du maître. Avec Nate Parker on apprend – ou l’on ré-apprend – que l’esclave n’est pas un homme (lire ce que j'écris sur "l'insulte suprême" dans Django déchaîné) aux yeux des anglo-saxons pétris de la Bible qui leur parle de la damnation de Cham. Par contre, c’est une femme partenaire sexuelle, consentante ou non. Et le viol est monnaie courante dans le Sud. Que la femme soit mariée et mère de famille, le violeur s’en moque éperdument. Les Blancs ont dressé des chiens contre les nègres –expression d’époque- capables de mordre jusqu’à ce que mort s’en suive. S’adresser à une femme blanche, pour un nègre, c’est l’agresser et c’est risquer des coups de canne ou de parapluie dont le nombre varie selon le degré de débilité du mari. Car l’arbitraire le plus total règne dans cette relation inégale. Le Blanc est toujours impuni, il peut se permettre le plus agaçant caprice comme un merdeux. La peine du fouet est plus connue mais là-aussi les plaies profondes qui s’infectent peuvent conduire à la mort. Quand la peine est de 100 coups, le réalisateur du film ne nous montre jamais la totalité des coups, 10 est un maximum et l’on trouve cela très long, il filme cependant des spectateurs contraints qui s‘évanouissent. Les esclaves rebelles – un regard soutenu envers le maître suffit à la qualification de rébellion – sont enchaînés, bras en l’air, assis sur leurs talons, avec des muselières en fer blanc, parfois en fer forgé. Le maître les édente avec un burin et un marteau, un coup violent pour chaque dent.

Nat Turner est un esclave noir qui doit son nom à son maître, Samuel Turner, qui est un gars sympa. Ruiné mais sympa. Nat apprend vite et développe, à la lecture de la Bible, un mysticisme qui s’enrichit à chaque page, ce qui, compte tenu de l’épaisseur du Livre etc… Un pasteur anglican ventripotent apprécie la religiosité de Nat et, tout se monnayant chez les Anglo-saxons, conseille à Samuel de le faire prêcher dans les autres plantations contre espèces sonnantes et trébuchantes. Et c’est ce qui se passe. Samuel devient "celui qui se promène avec un prêcheur". Le talent de Nat fait que l’affaire est rentable, chose essentielle chez les Américains, et Samuel sort peu à peu de sa gêne pécuniaire.    .

Nat, quant à lui, apporte la bonne parole de plantation en plantation et découvre une réalité qu’il connaissait peu, au début, puisqu’il était chez un bon maître. Il chante des inepties bibliques devant des esclaves épuis(é)s, abattu(e)s, battu(e)s… Il remercie Dieu de sa gentillesse, de sa célébrissime miséricorde et invite tout le monde à chanter avec lui. Les planteurs attendent de lui qu’il dise et répète que chacun doit obéir, que la joie est dans la soumission au maître, etc… etc… Deux petites filles, blanche et noire, jouent ensemble, elles sont attachées par une corde, c’est sympa sauf que la petite esclave a la corde autour du cou… le chien, tenu par un débile dont le QI ne doit pas dépasser 60, qui l’agresse, le blanc qui le frappe fort injustement parce qu’il rendait simplement à une "maîtresse" un objet tombé à terre, cela s’imprime en lui. Il voit le martyre des noirs que l’on édente tout en parlant du ressort mystique de la Bible, martyrs dans une cave indigne d’une porcherie. Tout cela s’imprime dans l’âme de Nat. Le viol de sa femme est une autre torture morale. Le summum est atteint lorsque Samuel, pour montrer son changement de statut, invite tous ses voisins à une réception et que l’un d’eux, aviné, tripote la cuisse de la femme de Nat. Il veut la posséder. Nat évidemment refuse et Samuel, brûle ce qu'il a adoré, hurle à son esclave qu’il ne va pas saboter sa soirée et lui inflige la peine du fouet.

Alors, Nat Turner s’insurge enfin. On n’attendait que cela. La Bible lui donne des arguments pour se révolter. Tout dépend dans quel état d’esprit on la lit. C’est la révolte. Les maîtres sont abattus à coups de hache, plusieurs vont y passer. Mais les autres disposent d’armes à feu et le combat est inégal quoique les Noirs insurgés vont remporter un premier combat contre les saigneurs et maîtres. Il faudra l’intervention de la troupe pour les mater, la Virginie n’hésitant pas à sortir... l’artillerie !

Nat meurt sur l’échafaud, avec un bourreau et son bonnet ku-klux-kanesque dignes de notre Moyen-âge, sous les applaudissements des Virginiens haineux, bave aux lèvres.  Mais parmi eux Nat aperçoit un adolescent noir, qui pleure et le visage de l'enfant se transforme progressivement pour devenir un adulte, soldat adulte du 54° régiment d’infanterie du Massachusetts, premier régiment d'un État nordiste constitué de volontaires noirs lors de la Guerre de sécession.

La critique est assez hostile à ce film de Nate Parker. L’Express de notre dandy au foulard rouge abonné à nos écrans va jusqu’à écrire The Birth of a Nation est une défaite paradoxale de la pensée et du cinéma... Rien que ça !

Je le répète, on ne fera jamais assez pour dénoncer ce crime contre l’humanité, péché originel des Etats-Unis et crime mortifère des pays de la Traite.

 



[1] Jefferson utilisait l'euphémisme « l'institution particulière » pour désigner l'esclavage. (Wiki : Jefferson et l’esclavage).

[2] Oscar du meilleur film en 2014, (Esclave pendant douze ans au Québec).

Kolberg. Un film de Goebbels (Allemagne, 1945).

publié le 5 déc. 2017 à 03:54 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 7 déc. 2017 à 05:15 ]

    C’est un film allemand de 1945. En commençant – avec retard, j’ai raté le début du film – la vision je jette un œil sur le programme et je vois que c’est un film allemand de 1945. Diable ! Qui a bien pu réaliser un film cette année-là ? C’est la lutte finale contre le nazisme, ni la RFA, ni la RDA ne sont en place ! Mystère.

Je vois tout de suite qu’il s’agit d’un film d’histoire sur la campagne napoléonienne en Prusse en 1806 et 1807. 1806 est l’année des grandes victoires d’Iéna et d’Auerstedt, l’effondrement de la Prusse, de son armée dont les Hohenzollern étaient si fiers, l’année de la fuite de Frédéric-Guillaume III et de son épouse Louise "la reine qui défia Napoléon"[1], fuite sans repos tant les armées françaises avancent vite. Le couple royal ira jusqu’à Memel aux fins fonds de la Prusse orientale sous la protection du Tsar de toutes les Russies..

Dans cette grande débâcle, et c’est la matière principale du film, on a une espèce de "village gaulois" irréductible : la ville de Kolberg. C’est un port de la Baltique, en Poméranie (province prussienne). Citadelle fortifiée qui fait face à la mer et dont le plat pays est fait de marais asséchés. Le film raconte un fait d’histoire authentique, "le siège de Kolberg". J’ai vérifié.

Le chef de la garnison est prêt à la reddition : on sait les bouleversantes victoires françaises, les villes prussiennes qui ouvrent leur porte à la simple arrivée d’un drapeau tricolore, toute résistance est a priori vaine. Mais le représentant des habitants Joachim Nettelbeck – sauf erreur le mot "maire" n’est jamais prononcé – refuse catégoriquement et veut organiser la résistance : c’est le désaccord et curieusement – pour nous Français mais pas pour les auteurs du film – la population est du côté du résistant. Lorsqu’un aubergiste voit son propre fils crier, sous la contrainte et en français, "Vive l’empereur ! " il lui arrache son gobelet des mains, jette le contenu par terre et crache sur son fils. Bref, la population de Kolberg est déterminée et se mobilise derrière son représentant. Cette détermination ira jusqu’à ouvrir les vannes des mini-écluses qui commandent les canaux de drainage et tout le sud de la ville est inondée, ainsi firent les Hollandais lors de l’invasion par Louis XIV (guerre de Hollande, 1672). On entend alors, répété, "das Volk steht auf, der Sturm bricht los" : le peuple se lève, la tempête se déchaîne.  

Le désaccord est résolu par la nomination, à la tête de la garnison du comte Gneisenau (voir sa fiche Wiki), un jeune officier farouche partisan de la guerre contre les Français. Pouvoir civil et pouvoir militaire vont dès lors marcher main dans la main. Même lorsque la catastrophe arrive, c’est-à-dire le bombardement de la ville par l’artillerie française aussi abondante qu’efficace, Gneisenau effectue une analyse militaire objective : il faut capituler. Nettelbeck prononce un discours éloquent sur le thème : c’est notre pays, nous ne l’abandonnerons jamais, si nos maisons sont brulées/rasées nous nous accrocherons à la terre avec les ongles de nos mains. Gneisenau : c’est le discours que j’attendais de vous ! et les deux hommes tombent dans les bras l’un de l’autre. Images de la ville en flammes, en feu, en ruines.

Pendant le siège, Nettelbeck veut absolument adresser une missive au roi Frédéric-Guillaume III. Il confie cette mission délicate à Maria, fille de l’aubergiste évoqué plus haut, blonde comme les blés de Poméranie, aux yeux bleus comme la Baltique, bref, une vraie allemande aryenne. Celle-ci qui a su traverser les lignes ennemies arrive jusqu’au château de Koenigsberg où résident les souverains en transit. A défaut du roi, elle est reçue par la reine Louise. Celle-ci est vêtue comme la Vierge : robes bleue et blanche, yeux bleus, cheveux blonds/blancs, peau diaphane… c’est peu dire qu’elle fascine Maria qui reste bouche bée devant la souveraine. On est en pleine aliénation politique, dans la servitude volontaire absolue : la patrie est en danger c’est un slogan français, ici c’est Dieu et le roi sont en danger, aidons-les !

Et c’est ce qui sera. Le film se termine par un discours de Gneisenau qui annonce le grand mouvement patriotique de 1813, la bataille des nations – citée dans les dialogues – car Kolberg n’est pas tombée : les Français ont cessé les combats trop coûteux. L’union, la détermination du peuple et de ses chefs ont remporté la victoire. La lutte contre Napoléon a scellé l’union du peuple prussien derrière son roi. Il est vrai, hélas, que Napoléon a un peu abusé… Mais cette aventure se termine par un vigoureux sentiment anti-français et, pire, anti-révolutionnaire.

Après la fin du film, je me précipite sur Google et je tape Kolberg. Mes questions sont vite dissipées : c’est un film nazi, oui, oui NAZI. Film de propagande de Goebbels, mis en route dès 1943 après la "retraite élastique" devant l’Armée rouge. Film destiné à entretenir le moral et la confiance du peuple allemand. Faites le parallèle entre le film et la réalité de 1944/45.

Arte l’a programmé dans le cadre d’un THEMA. C’est remarquable de la part de cette chaîne publique. Il est vrai que cela se termine à 2 heures du matin devant 40 téléspectateurs. Peut-être plus quand même…    

 



[1] C’est le titre du livre que lui consacre un historien, Joël Schmidt, livre paru chez Perrin, 1995.

Le Guépard de Lucchino Visconti.(version complète)

publié le 8 nov. 2017 à 04:26 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 avr. 2018 à 01:55 ]

Le Guépard de Lucchino Visconti.Le Guépard de Lucchino Visconti.     Avec les moyens actuels de restauration des films nous avons droit à des copies d’une qualité parfaite. C’est le cas avec ce film de L. Visconti de 1963. Autre film, autre chef-d’œuvre. Il Gattopardo, roman posthume de l’écrivain sicilien Giuseppe Tommasi di Lampedusa (1896-1957), est paru en 1958 et a été publié en français dès 1959 au Seuil. Selon le Monde Diplomatique, on attribue à Lampedusa la phrase célèbre : «Il faut tout changer pour que rien ne change». C’est en effet par cet échange entre le prince de Salina (Burt Lancaster, magique) et son neveu Tancrède (A. Delon bien mis en scène par Visconti) que commence le film. Le prince s’étonne de la présence de Tancrède aux côtés des révolutionnaires à chemises rouges et celui-ci lui sort cette réplique célèbre qui est d’une vérité étonnante, historiquement constatée. De quelle révolution s’agit-il ?

    C’est l’époque de la formation de l’unité italienne. Tous les lycéens et ex-lycéens sérieux connaissent cette phrase de Metternich, chancelier autrichien, homme fort de l’Europe du premier XIX° siècle -après 1815- « l’Italie est une expression géographique ». Autrement dit ce n’est pas un État, une réalité politique et militaire. Elle est morcelée en multiples États, tous sous la domination de petits princes soumis à l’empereur d’Autriche et à la hiérarchie catholique, à cette époque particulièrement rétrograde (Grégoire XVI et Pie IX). Dans le film, le jésuite (Romollo Vialli, magistral), prêtre qui officie à demeure chez le prince Salina et qui a donc une existence fort enviable, incarne cette Église ultraconservatrice et résolument contre-révolutionnaire. Le traditionalisme de la société sicilienne est admirablement montré par Visconti. On assiste à la lente montée de la nombreuse famille de Salina et de sa domesticité vers son palais d’été à Donnafugata. C’est le coche de la fable de La Fontaine à plusieurs exemplaires. Le soleil de la Méditerranée écrase tout. C’est long. Mais comme toujours chez Visconti la longueur/lenteur a un sens. Poussiéreuse, transpirante, fatiguée, après quelques poignées de main distribuées par Salina, toute la famille, avant même la moindre toilette, entre en procession dans l’église où l’organiste (S. Reggiani, soumis à souhait) veillait afin de ne pas rater l’entrée du prince. Bien entendu la fanfare du village était là et chaque paysan ôtait son couvre-chef devant le passage des voitures du seigneur.

    La superstructure politique de l’Italie de 1860 - Milanais et Vénétie possessions autrichiennes, domination militaire de facto des principicules par l’occupant autrichien, une Italie coupée en deux par les États de l’Église qui s’étendent de Rome à Bologne et Ravenne, omniprésence du Pape et de la hiérarchie - cette superstructure d’Ancien Régime explose sous les coups des patriotes italiens qui veulent la libération et l’unité de leur pays. Après les succès du Roi de Piémont - dus surtout à Cavour - avec l’aide française, une expédition est mise en œuvre sur la Sicile, marchepied avant la Calabre puis Naples où réside le roi François II de la dynastie des Bourbon d’Espagne. Il y a bien révolution puisque ces monarchies rétablies au Congrès conservateur de Vienne en 1815 ont été mises à bas et que l’on a recours au suffrage universel pour demander son approbation au peuple quant à l’unification de l’Italie (cf. la seconde carte ci-dessous). On peut dater au 21 octobre 1860 le referendum sicilien sur l’adhésion au royaume de Victor-Emmanuel II.

    Tout change donc.

    Tancrède, qui a pourtant du sang noble dans les veines, est parmi les Chemises rouges qui bousculent les troupes du petit François. Mais c’est un calculateur. Mieux vaut une grande Italie élevée au rang de royaume et créée par des gens comme lui et ses amis plutôt qu’une République que pourrait installer un Garibaldi si ce dernier se trouvait seul vainqueur. D’ailleurs, l’objectif atteint, Tancrède rejoint, fier de son nouvel uniforme, l’armée régulière du nouveau Roi d’Italie et crache sur ses ex-compagnons de combat : « des brigands ! ».

    Le prince Salina a eu les yeux ouverts par son neveu. Par des propos qui relèvent plus d’une analyse marxiste -mais Visconti était marxiste- que d’une conversation banale, il admet que sa classe d’aristocrates, de Guépards, fauves insoumis que l’on ne soumettra jamais, n’est pas porteuse d’avenir. L’avenir appartient aux nouveaux riches, aux hommes d’argent, aux « hyènes » - lesquelles vivent sur le cadavre des autres - comme Don Calogero Sedara, à l’allure quelconque voire vulgaire mais qui est à fond pour le changement de régime, il est d’ailleurs, déjà, maire de Donnafugata. Salina votera « oui » au referendum d’unification et, faisant volte-face, il demande pour son neveu Tancrède à Don Calogero, la main de sa fille (Claudia Cardinale, resplendissante). Cela tombe bien, Tancrède est ruiné. La dot est faramineuse. Un noble avec une bourgeoise ! La prude épouse de Salina a failli s’étouffer. Mais c’est l’avenir. Un camouflet pour Concetta Salina qui comptait sur une union avec son cousin, mais l’avenir quand même.

  

     Tout le monde sait que le film est dominé par ce chef-d’œuvre inégalé de mise en scène : la séquence du bal qui dure 25 minutes et a été tourné en trois semaines. La scène se tient dans le palais Valguarnera-Gangi, Palerme, emblème du style baroque sicilien. Ont été invités tout ce que Palerme compte d’aristocrates, de bourgeois ralliés au panache de Victor-Emmanuel, l’État-major de la nouvelle armée nationale représenté par celui du colonel Pallavicino. Invité - les choses ont changé - Don Calogero, impressionné par la hauteur des plafonds, ne peut que dire « c’est beau »…Pire, avec un collègue il observe les dorures -qui à l’époque étaient en or vrai - et s’écrie : « on ne pourrait pas faire ça, aujourd’hui, au prix où est l’or » et devant un bronze doré il s’interroge : « ça représenterait combien d’hectares un objet pareil ? ». Quant il entend cela, le prince Salina est effondré, un abîme s’ouvre devant lui, il est habité de pensées morbides. Pour Salina, « un château dont on connaît toutes les pièces ne mérite pas d’être habité », largeur d’esprit, hauteur de vue de l’aristocrate qui se heurte à l’étroitesse, la mesquinerie des nouveaux-riches. Mais avec le XIX° siècle, le pouvoir passe des mains des "landed men" à celles des "moneyed men", de la terre à l’argent, du sens de l’honneur au calcul arithmétique.

    Cette fête est organisée après un fait historique majeur : la bataille de l’ Aspromonte (22 août 1862). Garibaldi traverse le détroit de Messine pensant continuer sa marche vers le nord pour libérer les États du pape et les rattacher au reste de l’Italie en gestation. Mais les Français de napoléon III s’opposent à cela et s’apprêtent à combattre les troupes de Garibaldi. Le Roi d’Italie préfère que ce problème soit réglé par les Italiens eux-mêmes et envoie le colonel Pallavicino arrêter les troupes du patriote que tant d’Italiens admirent déjà… Pallavicino est un m’as-tu-vu de première classe, un hâbleur, et tout le monde, au bal, l’admire quand il raconte la bataille et la blessure de Garibaldi. Et le film se termine par un évènement tragique qui passe presque inaperçu. Garibaldi a été rejoint par des soldats de l’armée de Victor-Emmanuel. Ces derniers sont dès lors considérés comme déserteurs et condamnés à mort. Tancrède est au courant de tout cela et l’annonce à qui veut bien l’entendre. L’ordre doit régner et ces brigands être mis au pas. Le bal peut être une fête puisque l’ordre règne partout.

      Au petit matin, le bal est fini. On se disperse. Tancrède, homme neuf, très sollicité, ne sait où donner de la tête pour les au-revoir et les rendez-vous, pris dans le mouvement il néglige son oncle lequel réalise qu’il n’est plus qu’un marginal et s’en va prier, s’agenouillant devant le passage du saint-sacrement. On entend la mitraille qui fusille les révolutionnaires.

   Rien n’a changé.

    En 1861 est né le royaume d'Italie. Il manque cependant la Vénétie toujours autrichienne - ainsi que le Trentin. Il manque aussi la partie restante des États pontificaux que napoléon III défend bec et ongle pour ne plus s'attirer les foudres des Catholiques français. Garibaldi voulait les rattacher, il en est empêché dès son débarquement sur le continent (petit carré blanc au nord de Reggio) par la nouvelle armée royale italienne. En 1866, l'Italie récupère Venise. En 1870, elle envahit les États du pape, la garnison française les ayant quittés pour cause de guerre franco-prussienne.

PS. J'ai revu (12-12-2016) le film. Une résurrection grâce aux procédés modernes de conservation des films. La splendeur des couleurs est étonnante.  la mis en scène des personnages est admirable. J'ai idée que Visconti s'est inspiré  d'un tableau célèbre contemporain du prince Salina, réalisé en 1855, par Winterhalter, que voici ci-dessous :.

    Je place le commentaire de Pascal Galtier, du service éducatif du Palais Impérial de Compiègne où le tableau est exposé. "Ce tableau de grand format a été commandé à Winterhalter, le spécialiste des portraits des têtes couronnées, par l'impératrice Eugénie elle-même avant d'être présenté à l'Exposition universelle de Paris en 1855.
L'Impératrice y est représentée avec les dames de sa Maison, c'est-à-dire les jeunes femmes choisies dans la haute société pour la seconder dans ses activités quotidiennes et lors des grandes cérémonies. Les dames sont assises dans une clairière en pleine forêt, vêtues de somptueuses toilettes de bal, ornées de fleurs et de bijoux, ce qui forme un contraste peu réaliste. Au milieu d'elles, l'impératrice Eugénie, dans une robe blanche à rubans violets mais sans diadème, domine légèrement ses compagnes.
La critique de l'époque dénonça cette œuvre comme une gravure de mode d'autant moins sérieuse que la majesté d'Eugénie n'était pas suffisamment mise en évidence.
Pour autant, les poses différentes de toutes ces dames, le soin apporté à la représentation de leurs mains et de leur visage, le jeu de leurs regards croisés donnent une image précise du raffinement et de la grâce tels qu'on les concevait à l'époque.
Dès lors cette œuvre demeure emblématique de l'élégance et du luxe du Second Empire".

    Visconti a parfaitement rendu cette élégance et ce luxe. Inoubliable Visconti.


lire aussi, sur ce site : 1867 : Garibaldi défait à Mentana


« THE PATRIOT », le chemin de la liberté...

publié le 27 sept. 2017 à 03:33 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 sept. 2017 à 03:35 ]


l'analyse du film est lisible ici :

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/articles/histoire-d-ailleurs/etats-unis/%C2%ABthepatriot%C2%BBlechemindelaliberte  ou aussi :
« THE PATRIOT », le chemin de la liberté...

Bon voyage ! de J.-P. Rappeneau (2003)

publié le 15 sept. 2017 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 sept. 2017 à 01:46 ]

Excellent film, à voir et revoir. Ci-dessous les six principaux personnages, tous parfaitement interprétés. En tête, le jeune écrivain Frédéric Auger, qui progressivement émergera de la lie bordelais pour rejoindre, séance tenante, abandonnant tout (comme le firent les premiers vrais résistants) la Résistance à Londres. En 1942, parachuté, il retrouve Camille, elle-même membre d'un réseau au Collège de France. Il s'aimeront d'amour tendre...

    Les auteurs du DVD ont une bien piètre idée de leur film-produit quand ils le réduisent à ces simples lignes : "Une actrice célèbre (jouée par I. Adjani, JPR), harcelée par un maître-chanteur, le tue dans un moment de panique. A la recherche d’un complice pour dissimuler le corps, elle appelle Frédéric (Grégori Dérangère), un jeune homme amoureux éperdu. Ce dernier est le coupable idéal lorsque la police retrouve la victime dans un coffre (de voiture) ; Commence alors une course-poursuite faite de manipulations, de trahisons et de révélations". En réalité, nous vivons intensément l’une des périodes les plus dramatiques de l’histoire de France avec le passage du gouvernement à Bordeaux en mai-juin 1940. C’est l’époque de la démission du gouvernement Reynaud, la formation du gouvernement Pétain, le départ, pour Londres, du général De Gaulle qui était entré au gouvernement Reynaud…

Le cadre historique est donc grandiose.

Le ton du film est pourtant à la comédie même si, lorsque l’argument le veut, on passe à la tragédie. Rappeneau a réalisé ici une merveille de film. Plusieurs trames se superposent et donnent une apparence de complexité au film.

Il y a, c’est vrai, cette affaire policière avec la mort d’André Arpel pour une sombre histoire de bijoux non restitués par Viviane Denvers-Adjani. Elle fait appel à un ami d’enfance, Grégori Dérangère/F. Auger amoureux d’elle qui l’exploite à n’en plus finir, pour se débarrasser du corps d’Arpel qu’elle vient de tuer. En prison à Paris, évadé à l’occasion de la débâcle, Auger retrouvera, par hasard, le neveu d’Arpel à Bordeaux.

Il y a l’exode, dramatique, avec ce train sur-occupé, bondé, où la jeune et jolie Camille (Virginie Ledoyen), tout droit sortie du Collège de France, fait la rencontre de Frédéric Auger mais aussi de Raoul, évadé lui aussi : il avait les mêmes menottes que Frédéric Auger.

Il y a le ministre Beaufort – Depardieu – homme-fort du gouvernement et amoureux de Mlle Denvers, devenue sa maîtresse. Le parlement de la République est réuni dans la cour du Lycée de Bordeaux et une vaste salle de classe et les débats sont à couteaux tirés entre ceux qui veulent capituler et ceux qui pensent pouvoir continuer le combat à partir de l’Afrique du Nord. Beaufort est écouté et suivi lorsqu’il demande d’approuver l’appel à Pétain.

Il y a la bande à Raoul, qui a tout loisir pour piller les chais de Bordeaux et s’émerveiller devant une bouteille de Pichon-Longueville 1928. Raoul et ses potes sont émerveillés de pouvoir côtoyer de si près une star comme Viviane Denvers de surcroît amour de Frédéric.

Il y a les Allemands, les vrais, les nazis qui sont partout, confirmant que les murs ont réellement des oreilles. C’est Alex Winckler (joué par Peter Coyote) qui parle excellemment français, fût-ce avec un accent à couper au couteau, qui se fait passer pour journaliste britannique et qui a une équipe à Bordeaux installée dans une mansarde avec un poste émetteur d’où ils peuvent joindre Berlin.

Il y a enfin, le professeur Kopolski (Jean-Marc Stehlé) un savant comme dit Raoul, avec son nœud papillon très classe, professeur au Collège de France qui emmène avec lui et son fidèle Monsieur Girard (Vuillermoz réellement excellent) le stock d’eau lourde du laboratoire du Collège. Il est hors de question pour le Professeur que les nazis s’emparent de ces bonbonnes, à l’arrière de la voiture de Girard, mal protégées des regards indiscrets, il sait bien que les Allemands veulent mettre au point une bombe atomique et sont prêts à tout. Ces bonbonnes doivent partir en Angleterre. Absolument.

Tout cela est étroitement imbriqué. Les scénaristes s’en sont donné à cœur-joie mais il faut admettre qu’un minimum de culture générale est nécessaire pour en profiter pleinement.

Pourquoi "Bon voyage !" ? C’est une réplique du film. Brémont (Xavier de Guillebon), chef de cabinet de Beaufort, partisan de la poursuite de la guerre à la différence de son ministre, accablé par la désignation de Pétain, s’est démené pour trouver une voiture qui amène le général De Gaulle à l’aérodrome d’où il s’envolera pour l’Angleterre. La star Denvers-Adjani esseulée arrache à Brémont la possibilité de monter dans la voiture et lorsqu’elle descend précipitamment, lance un désinvolte " bon voyage !" comme si on partait pour une croisière Costa. "Ciao, on se fait une bouffe !" mais toute la légèreté du personnage est là, elle ne sait pas ce qui se passe. Le destin de la France, comme lui dit Beaufort, elle s’en fout, elle est empêtrée dans son affaire d’assassinat, elle ne sait comment s’en sortir sinon pas des mensonges répétés. Trois hommes sont après elle : Beaufort, Winckler, Frédéric. C’est le type même de la capricieuse, de la chiante, chipie… Elle va jusqu’à déranger le premier conseil des ministres de Pétain pour parler de ses petits problèmes à Beaufort, membre du nouveau gouvernement. Isabelle Adjani incarne excellemment ce personnage.

Sur la fin du film, tout se précipite, le scénario se décante pour se concentrer sur la bataille de l’eau lourde (cf. article Wiki), si je puis dire. Frédéric, dont la conscience politique s’éveille à la vitesse de la lumière, a rencontré des marins anglais, il sait que des navires amis partent de Soulac, il y emmènera les bonbonnes. Catastrophe ! arrive la diva ! tout le monde comprend que c’est fichu, que Frédéric va craquer une nouvelle fois et c’est ce qui se passe. La jeune Camille est effondrée, elle s’est éprise secrètement de Frédéric et, surtout, elle veut qu’on évacue cette eau lourde sur l’Angleterre. La Star fiche tout en l’air.

Mais heureusement, il y a Raoul qui, lui aussi, s’éveille. Il dit à Camille "nous sommes tous des hors-la-loi, maintenant, mademoiselle, vous comme moi" et commence la dernière partie du film, où l’on va se battre, la nuit, dans la forêt landaise, les Allemands étant aux trousses de la voiture de Monsieur Girard. Frédéric, qui s’est ravisé, arrive à la rescousse de Raoul et des autres. C’est haletant, fantastique…

Je me souviens avoir découvert le mot délétère en écoutant un débat télévisé dans les années soixante. Un baron du gaullisme, comme on disait, résistant bien sûr, évoquait l’ambiance "délétère de Bordeaux". Rappeneau nous la restitue parfaitement. Quel bordel ! quel capharnaüm ! Le pont sur la Gironde totalement obstrué nous donne une idée de l’ampleur des moyens matériels sur lesquels Rappeneau n’a pas lésiné. Les débats dans la salle du Lycée…, la prise d’assaut du Grand Hôtel par des centaines de privilégiés qui veulent tous une chambre "sinon j’appelle le ministre", la bourgeoise qui se félicite de l’annonce de l’armistice "enfin, on va rentrer à Paris – un Paris avec des Allemands ? – bah ! on s’habituera"…

Film vu cinq ou six fois. J’attends la septième..

ZOULOU, film de C.R. Endfield (1964)

publié le 5 août 2017 à 06:29 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 29 avr. 2018 à 14:36 ]

Ce film est sorti en 1964, il fut réalisé par Cyril Raker Endfield. Saluons dans ce dernier une des nombreuses victimes du Maccarthysme et de la chasse aux sorcières. En effet, en 1951, Endfield fut cité comme communiste à une audition devant la Commission des activités anti-américaines (House Un-American Activities Committee : HUAC). Mis sur liste noire par les patrons des studios de cinéma californien, il se retrouva dans l'incapacité de trouver du travail à Hollywood et partit s'établir au Royaume-Uni (1953), pays où il écrivit et dirigea des films sous différents pseudonymes, avec au générique, les noms d'acteurs eux aussi mis sur liste noire.

J’ai vu ce film il y a fort longtemps, peut-être à sa sortie et j’en avais gardé le souvenir d’un échec cuisant des colonialistes anglais et, me disais-je, cela retrace la bataille célèbre d ' Isandhlwana (colonie du Natal), célèbre car ce fut la plus lourde défaite des troupes coloniales britanniques. Bonne occasion, me dis-je, de revoir cette triquée subie par les invincibles soldats de Sa Majesté. En fait, ce n’est pas du tout cela (voit-on les Anglais mettre en scène une défaite anglaise ?). Il s’agit "seulement" de la bataille de Rorke’Drift, qui est, somme toute, une victoire anglaise, victoire coûteuse en vies humaines mais victoire tout de même.

Il y a cependant un rapport entre les deux batailles : Isandhlwana s’est déroulée les 22 et 23 janvier 1879 (plein été austral) et Rorke’Drift, le 23 dans l’après-midi. C’est l’époque dite des guerres zouloues et l’empire britannique met les moyens pour exterminer la puissance zouloue, obstacle à ses projets. Il a néanmoins sous-estimé cette puissance indigène. En voyant ce film qui traite de Rorke’Drift, on peut se faire une idée du matériel, des costumes, des méthodes de combat des belligérants d’ Isandhlwana.

Dans l’histoire de la formation de l’Afrique du sud, les guerres anglo-zouloues sont dérivées du grand projet anglais d’absorber les colonies boers de l’Orange et du Transvaal (en vert sur la carte ci-dessous). "Absorber" est impropre, les Anglais songeant à une fédération. Mais dans tous les cas, le nouvel État fédéré aurait une politique extérieure inféodée à celle de Londres. Autrement dit, les États boers perdraient leur souveraineté externe.

 

Sur la carte, repérer : Simons’town (c’est LA base navale, militaire et stratégique, des Anglais, étape essentielle sur la Route des Indes) ; repérer aussi la baie de Ste Lucie au pays des Zoulous, la baie Delagoa au Mozambique portugais : deux accès à la mer convoité par les Boers du Transvaal. La carte présente les deux républiques boers : elle date d’avant 1902 et d’avant la Guerre des Boers. Concernant le République sud-africaine mentionnée sur la carte, voici un lien :

 https://fr.wikipedia.org/wiki/R%C3%A9publique_sud-africaine_(Transvaal) 1857-1902. l'Atlas date d'avant 1902.

 

La carte permet de constater que la maîtrise du littoral de l’Océan indien par les Anglais passe par une relation directe avec le Portugal présent en Mozambique, le Portugal étant un pays vassalisé. Seul moyen d’interdire au Transvaal un accès à la mer. Car les Boers du Transvaal - République sud-africaine se concertent avec les Hollandais et les Allemands pour obtenir cet accès : les Anglais y voient une menace sur leur route des Indes. Mais les Anglais se heurtent dès lors à la présence du royaume zoulou. Ce seront donc les guerres anglo-zouloues, préludes au grand affrontement avec les Boers.

Le film traite donc d’un fait historique de ces guerres : l’attaque au gué de Rorke (Rorke’s Drift) de bâtiments occupés par les Anglais, transformés en hôpital de campagne, avec un pasteur suédois et sa fille, attaque qui a lieu dans le prolongement de la catastrophe d 'Isandhlwana. Cette dernière victoire a dû exciter les Zoulous qui partent à l’assaut d’un site fortifié, ce qui était interdit par le roi de la tribu. Pourquoi ? parce que les Zoulous se battent avec des lances qui ne doivent pas être jetées comme des javelots mais doivent servir au corps à corps (les Anglais ont des baïonnettes pour cela), il faut donc s’approcher au plus près de l’ennemi mais si ce dernier est protégé par ses fortifications –fussent-elles sommaires, comme ici – le tir de ses armes à feu se fera à bout portant et les zoulous seront abattus inexorablement. Je cite l’encyclopédie wiki : "À 16 h 20, un régiment frais de Zoulous (il faisait partie de la réserve à Isandhlwana) arrive à Rorke's Drift. Il est commandé par le prince Dabulamanzi, frère du roi Cetewayo, qui désobéit à son roi en se lançant à l'assaut d'une position fortifiée".

Le film met en scène un Boer, présent pas solidarité avec les Anglais, qui –avant l’assaut- dessine sur le sable le schéma de la tactique de l’infanterie Zouloue ; le schéma est exact mais, en l’occurrence inopportun car il ne concerne que l’attaque d’une infanterie par l’infanterie zouloue. Vous pourrez observer ce schéma sur le site https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_d%27Isandhlwana, l’intitulé est "Schéma de la tactique zouloue avec enveloppement de l'adversaire par les ailes". En l’espèce, au gué de Rorke, il n’y a pas de développement par les ailes, on assiste à un massacre systématique, ordonné, méthodique avec cadavres des Zoulous pleins de bravoure s’accumulant devant les fortifications de bric et de broc mis en place sur ordre du Lt John Chard (personnage historique).

Les soldats britanniques se montrent parfaitement disciplinés. Il est dangereux de faire tirer tous les soldats simultanément. Lorsque toute la ligne a tiré, il faut recharger le fusil, temps suffisant pour permettre aux Zoulous d’utiliser leur lance. Aussi, la ligne est divisée en deux : les uns tirent cependant que les autres rechargent, puis c’est l’inverse ; si bien qu’il y a toujours une mitraille sur les Zoulous. C’est efficace et épouvantable. Car les Zoulous n’ont guère que leur bouclier en bois mince et leur lance courte. Quelle protection contre une balle de fusil ? C’est la paysannerie africaine contre la mère de la Révolution industrielle du XIX° siècle. Les Britanniques se servent du fusil Martini-Henri, adopté en 1871, qui se charge par la culasse et non plus par la gueule. Au début du film, lorsque le lieutenant Broomhead lance un "feu à volonté", une veste rouge dit à sa voisine, le sourire aux lèvres "c'est un cadeau qu'il nous fait !". Parbleu  ! les zoulous sont abattus comme au casse-pipes du stand de tir forain...

 

Le film donne en effet à voir ces fameuses tuniques rouge-écarlate avec le casque blanc, uniforme qui a son plein emploi lors du Trooping the Colour, à Londres, mais dans la savane africaine, avec soleil de l’été, c’est plus discutable. Le sergent Bourne (remarquable Nigel Green) totalement coincé dans son Restreint exige que chaque bouton de chaque tunique soit bien fermé. Endfield met en scène le Lt Chard, ingénieur hydraulique du Royaume qui est venu construire un barrage sur le gué de Rorke et le Lt Broomhead, héritier. Chard est d’origine prolétaire et se promet bien de ne pas renouveler son engagement après un tel massacre ; Chez les Broomhead on est officier de père en fils, "mon père était à Waterloo, mon grand-père est mort à Québec" dit-il à Chard. Avant midi, alors que les Anglais soignent leurs plaies à Isandhlwana, et que des Zoulous manœuvrent en direction du gué de Rorke, Broomhead est allé chasser, il rentre à cheval, au pas, sa cape blanche recouvrant le fessier du cheval, et des serviteurs portant le léopard et la biche qui pendent par les pieds du gros bâton qu’ils ont à l’épaule… C’est Michel Caine, alors âgé de la trentaine qui joue le rôle du jeune aristo aux cheveux blonds frisés. Il va découvrir l’enfer. L’armée britannique est restée une armée d’ancien régime ; Rien n’a changé depuis la Crimée la charge de la brigade légère (1968) -guerre de Crimée en 1854-. Chard, plus ancien dans le grade le plus élevé, prend la direction des opérations. Il sera, lui, à la hauteur.

    A la fin, les Zoulous se retirent et chantent. Broomhead qui n'a rien appris de son séjour, dit "écoutez-les, ils nous narguent" ; "vous ne pouvez pas plus vous tromper" dit le Boer, "ils louent votre courage militaire"...




on peut consulter http://www.dailymail.co.uk/news/article-2166598/Astonishing-drawings-capturing-bloody-aftermath-Rorkes-Drift.html#comments

et aussi : https://www.google.fr/search?q=Rorke%E2%80%99Drift,&client=firefox-b&tbm=isch&imgil=-mv0nrgbR8fwKM%253A%253BlKM3Zv4IUpoOVM%253Bhttp%25253A%25252F%25252Fwww.warlordgames.com%25252Frorkes-drift-battle-set-limited-quantities%25252F&source=iu&pf=m&fir=-mv0nrgbR8fwKM%253A%252ClKM3Zv4IUpoOVM%252C_&usg=__NRG4Ur96QVHOfV8ydnUPnQR-Z9Y%3D&biw=1920&bih=897&ved=0ahUKEwjpj5-K6L_VAhVIDsAKHY6PC7EQyjcImQE&ei=PpSFWen4IsicgAaOn66ICw#imgrc=vuPYVvmdkssM4M:


 

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