ROBESPIERRE, disciple de J.-J. ROUSSEAU

publié le 3 juil. 2011 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 août 2016 à 03:18 ]
  08/04/2011  

    C’est avec satisfaction que je constate la demande d’informations sur la Révolution, les Sans-culottes et sur la personnalité de Robespierre. Il y aurait là une bibliographie incommensurable à fournir et encore ! serait-elle incomplète… La société des amis de Robespierre [1] publie un bulletin auquel elle a donné le titre de L’Incorruptible. La vertu -que les Révolutionnaires comme Saint-Just, David, trouvaient chez les Romains de l’Antiquité auxquels ils voulaient ressembler, est en effet un comportement cardinal chez un révolutionnaire. Elle a valeur d’exemple, elle trace une ligne de conduite, elle réconforte, elle mobilise, elle éloigne à la fois les corrompus et ceux que le dégoût de la corruption fait basculer dans le "tous pourris" et l’inaction…

    Robespierre reste une figure majeure de notre Révolution et de notre histoire nationale. Il fut un "rocher et un rocher inexpugnable" [2] sur lequel vinrent se briser toutes les vagues de la contre-révolution, les tsunamis de l’invasion étrangère et les trahisons. Toutes, sauf celle du 9 thermidor, où les comploteurs se liguèrent pour se débarrasser de celui qui menaçait leurs carrières mal acquises. Il est vrai que depuis la victoire de Fleurus, quatre semaines auparavant, la Patrie n’était plus en danger. La bourgeoise thermidorienne pouvait donc faire disparaître celui qui avait mené à la victoire la France de la Révolution.

    Voici un article paru dans la revue L’Incorruptible, n°75.

 

ROBESPIERRE, DISCIPLE DE J.-J. ROUSSEAU

 

    par Jean Claude MARTINAGE.

En 1789, les grands penseurs du 18° siècle ont disparu. Leurs idées sont pourtant bien vivantes dans l’esprit de tous les futurs acteurs de la Révolution qui les ont étudiées avec ferveur et rêvent de voir appliquer leur idéal démocratique de liberté et d’égalité. Pour Robespierre, aucun doute possible, celui qu’il a lu avec passion pendant ses longues années d’étude à Louis-le-Grand, c’est Jean-Jacques Rousseau. Il sera son maître. Son adhésion à la doctrine de Rousseau sera totale. Il lui restera toujours fidèle et se considérera comme le fils spirituel de l'auteur des "Confessions".

Avant la Révolution, Rousseau était un auteur à la mode. Le "Discours sur l’inégalité" avait eu un grand retentissement et tous les esprits éclairés lisaient "du Contrat Social". On se rendait en pèlerinage à son ermitage de Montmorency pour le voir et si possible l’entendre. Ce geste de dévotion, Robespierre l’accomplit lui aussi, à 20ans, mêlé à la foule, au cours d’une excursion dominicale. C’était en 1778, l’année de la mort de Rousseau et il fut vivement impressionné par cette rencontre. En 1789, au moment de quitter Arras pour Versailles, Robespierre écrivit la plus belle des pages sorties de sa plume, celle qui figure dans la dédicace restée inachevée à J.-J. Rousseau.

écoutons-le invoquer l’ombre de "l’homme divin" qui fut pour lui pendant ces années d’attente le "grand exemple" :"Appelé à jouer un rôle au milieu des plus grands évènements qui aient jamais agité le monde, assistant à l’agonie du despotisme et au réveil de la véritable souveraineté, près de voir éclater les orages amoncelés de toutes parts et dont nulle intelligence humaine ne peut deviner tous les résultats, je me dois à moi-même, je devrai bientôt à mes concitoyens compte de mes pensées et de mes actes. Ton exemple est la devant mes yeux. Je veux suivre ta trace vénérée, dussé-je ne laisser qu’un nom dont les siècles à venir ne s‘informeront pas ; heureux si, dans la périlleuse carrière qu’une révolution inouïe vient d’ouvrir devant nous, je reste constamment fidèle aux inspirations que j’ai puisées dans tes écrits".

Ce qui lie Rousseau à la Révolution, c’est la critique passionnée de l’inégalité, C’est un égalitarisme global que transmet son œuvre. Il représente, par sa vie simple et sa personne refusant la richesse et les honneurs, le peuple pauvre et vertueux. De la même façon, le peuple s’est tout de suite reconnu dans la personne de Maximilien. Le surnom d’Incorruptible prouve qu’il incarnait bien une exigence d’égalité politique inséparable de la vertu morale.

Robespierre associe aussi souvent Rousseau à la bonté du peuple et à l’amour qu’il faut lui porter. Il écrit dans le Défenseur de la Constitution : "Je compris cette grande vérité morale et politique annoncée par Jean-Jacques, que les hommes n’aiment jamais sincèrement que ceux qui les aiment, que le peuple seul est bon, juste, magnanime, et que la corruption et la tyrannie sont l'apanage exclusif de ceux qui le dédaignent".

Comme on le sait, Robespierre fut un des seuls à revendiquer, dès octobre 1789, le suffrage universel et à s’opposer au système réservant le droit de vote aux plus riches. En mars 1791, il publia une protestation contre la règle du Marc d’Argent exigible des candidats à la députation ce qui éliminait les pauvres. Il prit Rousseau comme exemple. "Ce Jean-Jacques Rousseau à qui vous avez fait semblant de vouloir ériger une statue, dans la constitution qu'on nous prépare, son nom, parce qu’il était pauvre, serait effacé de la liste des citoyens".

Bien sûr, les idées de Rousseau étaient, par certains aspects, en contradiction avec les évènements révolutionnaires. Il s’opposait aux révolutions, il n’aimait pas les "séditieux". Surtout, sa doctrine de démocratie directe n’était pas compatible avec ce qui fut essentiel au moment de la révolution, c’est à dire la mise en place du régime représentatif. C’était la confiscation évidente, pour Rousseau, de la souveraineté du peuple. C’est la thèse majeure du Contrat Social : "La souveraineté du peuple ne peut être représentée". Rousseau permit pourtant ainsi de justifier la pression du peuple sans-culotte sur l’Assemblée pendant toute la Révolution.

En 1794 encore, dans son rapport du 18 floréal où il institua la Fête de l’Etre suprême, Robespierre ne manqua pas de faire un vibrant hommage à Rousseau. "Un homme, par l’élévation de son âme et par la grandeur de son caractère, se montra digne du ministère de précepteur du genre humain... Ah ! S’il avait été témoin de cette Révolution dont il fut le précurseur et qui l’a porté au Panthéon, qui peut douter que son âme généreuse eût embrassé avec transport la cause de la justice et de l’égalité ? ". Robespierre, malgré cette déclaration, ne verra pas le transfert au Panthéon de la dépouille de son maître alors qu’il l’avait réclamé dès juin 1792. C’est seulement le 20 vendémiaire An III (11 octobre 1794), donc deux mois après sa chute, qu’eut lieu la cérémonie. Ce fut une fête grandiose, une des plus fameuses de la période révolutionnaire. Ce transfert des restes de Jean-Jacques Rousseau au Panthéon fut ainsi proposé par l’Assemblée Constituante, décidé par la Convention jacobine, mais fut finalement réalisé par ceux qui étaient parvenus à éliminer son plus fidèle disciple, les députés de la Convention thermidorienne.


N.B. Amis de Robespierre n’oubliez pas de signer la pétition pour l’établissement d’un musée ROBESPIERRE à Arras. Cliquez, dans la colonne bleue à gauche, sur « Blogroll : Pour un musée Robespierre à Arras ».



[1] Maison des sociétés, rue A. Briand, 62000 ARRAS. amisderobespierre@orange.fr. site : http://amis-robespierre.org

[2] Extrait d’une biographie de Robespierre, parue dans le même bulletin, et datant de 1792 ! avant même que Maximilien ait pu donner toute sa mesure durant l’année terrible, l’an II… 

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