Avec Eva Joly pour un défilé populaire le 14 juillet...

publié le 16 juil. 2011 à 08:47 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 mars 2012 à 02:57 ]

16.07.2011.


    Eva Joly a tout à fait raison de réclamer une fête populaire le 14 juillet en lieu et place d’un défilé militaire. On peut être artisan du Front de gauche, partisan de J.-L. Mélenchon et le dire.

L’habitude devenue tradition de célébrer la prise de la Bastille a été prise avec la victoire définitive des Républicains au début de la III° république. Le 14 juillet est devenue fête nationale.

La fâcheuse initiative du général Boulanger.

    Nous sommes en 1886.

    « Grâce à son passage au ministère de la Guerre et aux réformes qu'il y entreprit, Boulanger se rendit populaire auprès de la troupe. Un incident diplomatique avec l'Allemagne, lors duquel Boulanger parle carrément de "mobilisation" le rend populaire auprès des masses : c'est le général "Revanche". Sa belle prestance et son allure, dont il sait bien jouer lorsqu'il passe une revue, le font applaudir par la foule. Tout le monde connaît son cheval noir Tunis. Sa popularité est immense et elle ne fut guère affectée par l'incident des lettres du duc d'Aumale[1]. C'est à cause de lui que l'armée vole la vedette au peuple, car c'est lui qui eut cette fâcheuse idée de faire un défilé militaire le jour de l'anniversaire de la prise de la Bastille par le peuple parisien … La fièvre boulangiste monte déjà lors du passage de Boulanger au ministère. Pas question qu'il quitte le pouvoir ! Ses admirateurs et le parti de la guerre en font une question de principe »[2].

    C’est donc dans un contexte diplomatique tendu, où le mot de guerre est prononcé, que fut prise la décision de faire, à l’occasion du 14 juillet, une démonstration de force militaire. Où est la joie des flonflons, des pétards et des bals populaires. C’est le peuple de Paris et du faubourg Saint-Antoine en particulier qui a pris la Bastille. Aidé, il est vrai, de quelques militaires des Gardes françaises, mais l’armée en tant que telle restait aux ordres du roi.

    La révolution - Mr Fillon l’ignore - avait inventé au contraire la fête populaire

C’est le peuple qui doit être le héros du 14 juillet.

                                                                                                     « Il est une sorte d’institution qui doit être considérée comme                                                                                                 une partie essentielle de l’éducation publique : je veux parler

                                                                                                 des fêtes nationales »

                                                                                                Maximilien Robespierre.

    Voici un court extrait de la fête qui célébra l’assemblée générale solennelle des envoyés venus de toute la France apporter le résultat du referendum relatif à la constitution de l’an I (1793). Ce doit être une vraie fête. Elle est mise en scène par David, excusez du peu. Mais rien n’est trop beau pour célébrer le suffrage universel, le peuple souverain qui s’avance…

« David conçut un cortège qui se déroula de la Bastille au Champ de Mars avec cinq stations. Place de la Bastille, s'élevait la fontaine de la Régénération où burent tour à tour les quatre-vingt-six doyens des départements. Le cortège dirigea sa marche par les boulevards. En tête, les sociétés populaires, derrière une barrière portant l'œil de la surveillance pénétrant un épais nuage. Puis la Convention nationale, chaque député un bouquet d'épis et de fleurs champêtres à la main, encadrée par les doyens des commissaires des départements, armés de la pique. Le peuple de Paris confondu avec ses magistrats formait le troisième groupe, chaque profession avec ses signes distinctifs. Le quatrième groupe comprenait les soldats et les parents « des héros morts glorieusement pour la patrie », une musique militaire scandait la marche. Des détachements d'infanterie et de cavalerie fermaient le cortège encadrant des tombereaux « chargés des dépouilles des vils attributs de la royauté ».

« Boulevard Poissonnière, deuxième station. Sous un arc de triomphe, assises sur leurs canons et portant des trophées, les femmes des 5 et 6 octobre 1789. Un chœur retentit, des salves éclatent... Troisième station, place de la Révolution (l'actuelle place de la Concorde), où fut inaugurée une statue de la liberté. La quatrième station se fit esplanade des Invalides, où, sur une montagne symbolique, se dressait une colossale statue du peuple français terrassant l'hydre du fédéralisme. Le cortège arriva enfin au Champ de Mars. Les autorités constituées montent les degrés de l'autel de la Patrie, cependant que le peuple dépose, en offrande sur le pourtour, «les fruits de son travail, les instruments de son métier ou de son art » (souligné par moi, JPR) ... Un chœur s'élève, les fanfares retentissent, puis les salves d'artillerie, et tous les citoyens, sans-culottes, magistrats, représentants confondus échangent le baiser de fraternité... ».[3]

    Après la proclamation de l’approbation, c’est aux envoyés que le président de la Convention remet le faisceau de l’union et l’arche de la Constitution. Les envoyés restent « la nuit durant pour assurer la garde de ce dépôt sacré et le porter le lendemain à l’assemblée »

 

    On aura remarqué que l’armée n’est pas absente du défilé. Mais c’est, alors, l’armée du peuple. Le peuple et son armée ne font qu’un.

    Oui, voici ce que devrait être un 14 juillet : le peuple acteur qui défile et prend conscience de sa force.



[1] Boulanger n'était pas alors un péril pour le régime. Il faisait au contraire du zèle républicain. Le ministère ayant décidé l'expulsion des princes dont les familles avaient régné sur la France (loi du 23 juin 1886) afin de défendre le régime contre la poussée monarchiste, il alla plus loin en rayant des cadres de l'armée le duc d'Aumale, fils de Louis-Philippe Ier, le plus ancien des généraux français, auquel il écrivait six ans plus tôt : "béni soit le jour qui me rappellerait sous vos ordres". Boulanger nia l'authenticité de cette lettre publiée par les journaux. Un ami du duc d'Aumale en donna des reproductions photographiques. Tout le personnage est dans cette anecdote. Mais aussi, hélas, l'irrationalité de la "foule" comme eût dit G. Le Bon.

[2] Extrait du chapitre XI de mon livre (vol.1).

[3] A. SOBOUL, Histoire littéraire de la France.

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