ROBESPIERRE ET LA FORCE DES PREJUGES

publié le 28 sept. 2011 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 févr. 2012 à 11:33 ]

    Je publie l’éditorial du n°77 de la revue  L'Incorruptible qui s’intitule « la force des préjugés » (3°trimestre 2011). Je le publie avec d’autant plus de conviction qu’il traite d’un sujet dont mon épouse m’avait parlé il y a peu. Biologiste, mon épouse a adhéré l’an dernier à l’Association des amis de Robespierre. Preuve qu’il n’y a pas que des historiens dans cette société. Ceci dit à toutes fins utiles. Dans les locaux de la bibliothèque municipale de Lyon, elle "tombe" sur la revue Historia qui publie en ‘une’ de couverture un titre tonitruant « ROBESPIERRE, le psychopathe légaliste » rien que ça ! psychopathe ! et le rédacteur en chef d’Historia ? quelle maladie ? Extrêmement vexée, elle s’en entretient avec le bibliothécaire -non pas de la maladie du rédac-chef mais de la présence d’une telle revue dans une bibliothèque municipale. Oh ! C’est une revue populaire, vous savez…

    Hélas, justement, c’est pour le peuple que les historiens ou essayistes tâchent de diffuser ce qu’ils estiment être la vérité. Mais leur tentative est considérablement freinée par des revues de ce genre qui diffusent le fiel de la haine plutôt que le miel du savoir. La route est longue, chers amis, et nous ne sommes pas au bout du chemin…

 

    Jean-Pierre RISSOAN

    Psychopathe légaliste.

 

LA FORCE DES PRÉJUGÉS

 

    par Hervé LEUWERS

    Professeur d'histoire moderne à l'Université Lille III

    Directeur des Annales Historiques de la Révolution Française

 

    Dans le précédent numéro de L’Incorruptible, Yves Adam se réjouissait de l'entrée d'exceptionnels manuscrits de Robespierre dans les collections publiques, avec le soutien d'une souscription lancée par la Société des Etudes Robespierristes. L'événement est d'importance et, dans le dernier numéro d'Historia (n°777), Hervé Lemoine, directeur des Archives de France, revient sur cette acquisition et souligne la valeur patrimoniale et historique de documents qui seront prochainement numérisés et mis en ligne.

    En couverture d'Historia, cependant, l'œil est attiré par de surprenants titres : « Robespierre le psychopathe légaliste, L'homme du génocide vendéen, Le forcené de la guillotine » L'éditorial enfonce le clou, en dénonçant un homme qui a couvert « le massacre des Vendéens », qui a « ensanglanté la République par son intransigeance » et qui trouve encore des «dévots pour entretenir la flamme de son souvenir [ ... ] sur des documents préemptés par l'État» ! Dans le corps du magazine, les légendes des images ou la présentation de certains articles paraissent conforter cette personnalisation des responsabilités et cette lecture de l'histoire qui nous ramène en plein XIXe siècle. Rien n aurait-il été écrit depuis ?

    Le plus étonnant est que la plupart des articles du magazine contredisent l'éditorial, et rendent absurdes les titres racoleurs ! Olivier Coquard, professeur au Lycée Henri IV, rappelle que l'assimilation de la Terreur à Robespierre n'est qu'une « légende » et une « mythification » (p. 28). Que l'éditorialiste lise l'article ! Et qu'il lise aussi la contribution de Bernard Gainot (Paris I), qui rappelle que le Comité de Salut Public est un organe collégial, qui n'échappe pas au contrôle de la Convention ! On pourrait ajouter que cela fait bien longtemps que les historiens ont cessé d’attribuer à un seul, ou même à quelques-uns, la responsabilité d'événements qui, comme le précise Jacques-Olivier Boudon (Paris IV), sont si différents d'un espace géographique à l'autre. Que l'éditorialiste lise encore l'article de Jean-Yves Le Naour, d’Aix-en-Provence, qui explique qu'il n'y a pas de contradiction entre la dénonciation de la peine de mort par le Constituant Robespierre et son adhésion à la Terreur. Même Anne Bernet, dans une discutable présentation de la guerre de Vendée, reconnaît au moins qu'il n'y a pas de peuple Vendéen (p. 17), donc pas de génocide - même si le mot est employé dans la présentation de l'article et sur la couverture !

    Ne nous décourageons pas : la recherche progresse et l'image de Robespierre, chez les historiens, n'a plus rien à voir avec ces légendes noires forgées par les vainqueurs du 9 Thermidor... Un pas reste cependant à franchir, qui n'est pas le plus facile : vaincre la paresse intellectuelle, la force des préjugés et les idées simplistes qui séduisent et font vendre.

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 post scriptum de moi-même (JPR) : Mme Jacqueline Grimault a répondu à la rédaction de la revue Historia. Son argumentation est particulièrement percutante. Je vous invite à la lire en suivant ce lien :

http://revolution-francaise.net/2012/01/31/469-sur-robespierre-lettre-ouverte-a-la-redaction-d-historia

je vous renvoie également à son émouvant hommage à Robespierre rendu au Panthéon : 

Hommage à Robespierre au Panthéon.


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