La Révolution partagée : le siège de Lille ( 25 septembre - 8 octobre 1792)

publié le 21 sept. 2014 à 10:00 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 sept. 2014 à 01:55 ]

        Voici un article écrit et publié par la revue L’Incorruptible, n°89, bulletin de la société des Amis de Robespierre. Il traite de la résistance vigoureuse des Lillois assiégés par les Autrichiens en 1792. Ce genre d’article est trop rare. Face à l’adversaire de toujours, coriace, contre-révolutionnaire, qui voit dans la Révolution l’œuvre d’un tyran qui aurait mené les Français au fouet de la dictature, on voit ici des Lillois, parfaitement déterminés, qui décident librement de faire front à l’envahisseur autrichien. On lira la réponse du maire à la demande du commandant autrichien de rendre les armes. On admirera tout autant la conduite du maître-canonnier qui répond, quand on lui annonce que sa maison brûle, que sa place est aux côtés de sa pièce d’artillerie. Je l’ai dit dans mon livre : quand on est prêt, ainsi, à abandonner son patrimoine pour la défense de ses idées, la Révolution est invincible. Où est Robespierre dans ce combat ? Qui oblige les Lillois à se battre ? Personne. Rien. Rien sinon le sens de l’honneur, de la patrie, et de la vertu révolutionnaire.

        J.-P. R.

 

 LE SIÈGE DE LILLE

    Le 20 avril 1792, sur la proposition du roi Louis XVI, l'Assemblée législative déclare la guerre au "roi de Bohème et de Hongrie" et engage ainsi la France dans une guerre qui, hormis la paix de Lunéville (9 février 1801) va durer vingt-deux ans.

    Les révolutionnaires ont pour objectif premier de libérer la Belgique placée sous la dépendance de la Maison d'Autriche (on parlait des "Pays-Bas autrichiens, JPR").

    Le 28 avril, les troupes françaises passent à l'offensive, mais les opérations militaires tournent aussitôt à la catastrophe. L'incurie de l'état-major français, l'inefficacité d'une armée composée de mercenaires et de patriotes volontaires mais inexpérimentés convainquent les Autrichiens et les Prussiens de leur supériorité militaire. Le 19 août 1792, tes armées de la coalition (austro-prussienne, JPR) franchissent les frontières de l'Est. Surprises par les pluies de septembre, décimées par la dysenterie, les troupes prussiennes s'enlisent dans les boues de l’Argonne et sont arrêtées à Valmy par Kellermann et Dumouriez le 20 septembre 1792. Néanmoins, le 25 septembre, 13000 Autrichiens commandés par Albert de Saxe-Teschen mettent le siège devant Lille.

    Dans la guerre qui oppose la France à la coalition austro-prussienne, Lille est en première ligne et ne se trouve nullement dépourvue lorsque l'archiduc Albert de Saxe-Teschen vient y mettre le siège. La garnison française commandée par le maréchal de camp Ruault est forte d'environ 10000 hommes, renforcés par les 132 canonniers de la garde nationale sédentaire, citoyenne de la ville, et par la population lilloise activement mobilisée.

    Le 26 septembre, l'armée autrichienne installe de formidables batteries dans les faubourgs : 24 canons de gros calibre, 12 mortiers et de nombreux obusiers. On entasse des provisions de bombes, d'obus, de mitraille ; on dispose des grils pour faire rougir les boulets. Le 29 septembre, le duc de Saxe-Teschen fait savoir qu'il est disposé à épargner la ville contre reddition. Pierre André-Bonte, maire de Lille, répond "nous venons de renouveler notre serment d’être fidè1es à la Nation, de maintenir la Liberté et l’Égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures. " Le 29 septembre, à 15 heures, bombes et boulets rouges incendiaires commencent à pleuvoir sur la cité, notamment sur le quartier Saint-Sauveur et sur la Grand-Place. Des incendies s'allument partout. Le 30 septembre, le maire de Lille lance un appel désespéré aux villes voisines : "Exposés au bombardement le plus vif de la part de l’ennemi qui ne cesse de tirer sur notre ville à boulets rouges et à bombes, nous vous prions au nom de la Patrie de nous envoyer vos pompes... ". Appel dont l'écho est entendu par Béthune, Aire, Saint-Omer et Dunkerque qui mettent tout en œuvre pour aider les assiégés.

    L'artillerie lilloise répond sans discontinuer. Tous les hommes sont à leur poste, sur les remparts et dans les ouvrages extérieurs. Certains montent sur les toits pour surveiller l'arrivée des projectiles ennemis. Dans la ville, les femmes, les vieillards et les enfants s'efforcent d'arrêter les ravages du feu.

   Les exemples de courage et d'abnégation sont nombreux. Le commandant Charlemagne Ovigneur, chef des canonniers, était auprès d'une pièce qu'il pointait ; on accourt l'avertir que sa maison brûle ; il regarde du côté où elle se trouvait et la voit en effet, entourée de flammes: "Ma place est ici, dit-il, laissons ma maison brûler et rendons à l'ennemi feu pour feu".

  

ce tableau restitue cette séquence, avec à droite, le soldat qui prévient Ovigneur et au centre, monté sur la pièce d’artillerie, Ovigneur, lui-même, très serein (JPR). Tableau de Le Dru (1)


 Le bombardement et la canonnade durent sans relâche six jours entiers. Six mille bombes et trente mille boulets sont tombés sur la ville. Plus de deux mille maisons sont détruites ou touchées. Mais le feu des Autrichiens commence à se ralentir et le 6 octobre, il cesse. À bout de munitions, fatigué de la résistance des Lillois, inquiet des succès de Dumouriez en Champagne et aussi de la concentration d'une armée française au camp de Lens, le duc de Saxe-Teschen se replie sur Tournai le 8 octobre.

    L'héroïque défense de Lille excite l'enthousiasme de la France entière ; le 12 octobre 1792, la Convention vote aux braves citoyens qui ont si bien combattu pour la patrie et leurs foyers, une somme de 2 millions comme secours provisoire, et une bannière d'honneur portant cette inscription : "À la ville de Lille, la Nation reconnaissante".

    Docteur Michel CSANYI

 

La colonne de la Déesse est un monument commémoratif inauguré le 8 octobre 1845, au centre de la Grand-Place de Lille aujourd'hui place du Général-de-Gaulle. (…). Chacun des quatre côtés du piédestal de la colonne porte des inscriptions : Devant : " Nous venons de renouveler notre serment d'être fidèles à la Nation, de maintenir la Liberté et l''Égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures". Sur le côté droit :"Levée du Siège, nuit du 7 au 8 octobre 1792". Sur le côté gauche: "Les habitants de Lille ont bien mérité de la patrie (Décret du 12 octobre 1792) ". Derrière: "Aux Lillois de 1792. Hommage de nos concitoyens. 1842".


Les amis de Robespierre, Maison des Sociétés, rue Aristide Briand, 62000 ARRAS

    www.amis-robespierre.org 

    (1) Albert-Ferdinand Le Dru est un peintre français (1848- ?). Élève du peintre de genre et de sujets militaires Louis-Antoine Tiremois, il est connu comme peintre de sujets militaires. Il expose au Salon à partir de 1876 et obtiendra en 1894 une médaille de troisième classe pour sa représentation du Siège de Lille en 1792 (le capitaine Ovigneur commandant les canonniers reste stoïque alors qu'on lui apprend que sa maison est en feu) (Fiche Wiki).

NB. Un descendant de la famille OVIGNEUR, Thomas, me transmet ceci :
https://www.facebook.com/136751596396996/photos/a.284157198323101.65909.136751596396996/594333537305464/?type=1&theater

  vous pourrez y trouver une page spéciale sur Charlemagne Ovigneur, héros du siège de Lille, et une foule de documents authentiques reproduits par Thomas Ovigneur.

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