2. Révolution française

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    Publié à 23 sept. 2018 à 11:29 par Jean-Pierre Rissoan
  • nuit du 4 août 1789 : naissance d'une nation ?     La nuit du 4 au 5 août (la séance s'achève à 2 heures du matin), dite "nuit du 4 août" est historique. Après la prise de la Bastille, le ...
    Publié à 4 août 2018 à 08:42 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 27 déc. 2017 à 07:51 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 13 nov. 2017 à 15:41 par Jean-Pierre Rissoan
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    Publié à 5 août 2018 à 09:49 par Jean-Pierre Rissoan
  • La prise de la Bastille ... en images     Voici quelques documents qui permettent de situer cette fameuse Bastille, ancien château-fort défensif contre des envahisseurs type Normands... devenu prison d’État avec des hôtes illustres comme Diderot ou ...
    Publié à 15 oct. 2016 à 10:11 par Jean-Pierre Rissoan
  • Constitution de l'an I : l'avant-projet de Robespierre.     Compte tenu du grand intérêt que portent les lecteurs au texte de la Constitution de l’an I et aux chapitres qui y réfèrent, je crois utile de publier le ...
    Publié à 1 juil. 2014 à 12:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • 20 juin 1789 à Versailles, le serment du Jeu de paume Philippe DE CARBONNIERES, chargé des collections révolutionnaires au musée Carnavalet.       Il est difficile de dissocier cet événement emblématique des deux épisodes qui le précèdent et le suivent, le 17 juin ...
    Publié à 4 janv. 2014 à 03:44 par Jean-Pierre Rissoan
  • Pensées de Robespierre..... par l'A.R.B.R.       Voici quelques « pensées » de Maximilien Robespierre, que nous fournit l’association amie « Les amis de Robespierre ». Savez-vous que lorsque nous avons dit, lors d’un repas au restaurant, que ...
    Publié à 4 juin 2015 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos de la « violence » révolutionnaire… 2ème partie Seconde partie sur le thème de la violence de la Révolution française. A propos de la « violence » révolutionnaire… (1ère partie) J’AURAI TA PEAU.     Je cite ici Mme J. Grimault ...
    Publié à 19 août 2013 à 09:01 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos de la « violence » révolutionnaire… (1ère partie)     La campagne contre la Révolution française et son leader emblématique, Robespierre, continue, relayée par les médias comme Le Monde, France2, etc… Des parlementaires d’extrême-droite signent une proposition de ...
    Publié à 19 août 2013 à 08:50 par Jean-Pierre Rissoan
  • La république, il y a 220 ans … par le professeur Michel BIARD     Et si la République célébrait enfin l’anniversaire de sa naissance ? Par Michel BIARD, professeur à l’université de Rouen, président de la Société des études robespierristes.   Le 14 juillet ...
    Publié à 24 sept. 2012 à 12:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • Jean Jaurès nous parle de Robespierre… i        Je publie cet article de la revue L’Incorruptible, n°80 du 2ème semestre 2012. C’est J. Jaurès qui va parler. Jaurès a été un historien de ...
    Publié à 14 mars 2013 à 02:53 par Jean-Pierre Rissoan
  • La Marseillaise, chant révolutionnaire ! par Michel VOVELLE, Edgar MORIN.     Aujourd’hui, samedi 14 avril 2012, Marseille est la capitale de la France révolutionnaire. Le Front de Gauche y tient meeting avec quelques cent mille copains, potes, camarades et amis ...
    Publié à 16 août 2016 à 11:14 par Jean-Pierre Rissoan
  • 1ère partie : la constitution de 1793, dite de l'an I.     Les manifestants si nombreux de la place de la Bastille, le 18 mars 2012, ont vibré quand Jean-Luc Mélenchon, le candidat du front de Gauche, a cité une partie ...
    Publié à 20 oct. 2016 à 03:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • (3° partie) LA CONSTITUTION DE 1793 DITE DE L’AN I     Le texte intégral de la Déclaration de 1793 et de la constitution de 1793 dite de l'an I se trouve dans la 2° partie de ce thème : LA CONSTITUTION ...
    Publié à 20 oct. 2016 à 03:10 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA CONSTITUTION DE 1793 DITE DE L’AN I (2ème partie) lien pour la 1ère partie : 1ère partie : la constitution de 1793, dite de l'an I.    Cette constitution est précédée de décrets ainsi que d’un préambule : la déclaration des ...
    Publié à 20 oct. 2016 à 03:04 par Jean-Pierre Rissoan
  • 18 mars à la Bastille : aux sources de la fête-révolution     18 mars 2012, reprenons la Bastille ! François Delapierre, directeur de campagne de Jean Luc Mélenchon, explique comment se présentera le cortège de la marche du 18 mars. Le cortège sera ...
    Publié à 14 mars 2012 à 04:01 par Jean-Pierre Rissoan
  • Hommage à Robespierre au Panthéon. Le 28 juillet, les amis de Robespierre étaient nombreux au Panthéon pour la commémoration du 10 Thermidor. Un texte de notre amie Jacqueline Grimault a été lu devant le monument ...
    Publié à 3 févr. 2012 à 03:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • ROBESPIERRE ET LA FORCE DES PREJUGES     Je publie l’éditorial du n°77 de la revue  L'Incorruptible qui s’intitule « la force des préjugés » (3°trimestre 2011). Je le publie avec d’autant plus de ...
    Publié à 19 févr. 2012 à 11:33 par Jean-Pierre Rissoan
  • Quelques flashes depuis Vizille...     Chacun sait que le château de Vizille (38) abrite le musée départemental de la Révolution française. C’est une excellente escale de vacances.     C’est avec émotion que j’ai ...
    Publié à 10 juin 2017 à 02:05 par Jean-Pierre Rissoan
  • Avec Eva Joly pour un défilé populaire le 14 juillet... 16.07.2011.    Eva Joly a tout à fait raison de réclamer une fête populaire le 14 juillet en lieu et place d’un défilé militaire. On peut être artisan ...
    Publié à 14 mars 2012 à 02:57 par Jean-Pierre Rissoan
  • A.serment du jeu de paume et salut nazi, du pareil au même ? Certains vont croire que j’exagère à vouloir à tout prix chercher des titres racoleurs pour attirer le chaland. Et pourtant, il existe des historiens révisionnistes - c’est-à-dire ...
    Publié à 18 sept. 2015 à 09:38 par Jean-Pierre Rissoan
  • B. serment du jeu de paume et salut nazi, du pareil au même ?     Que peut-on tirer d’un texte pareil ? A.serment du jeu de paume et salut nazi, du pareil au même ? 1) "Ce geste fasciste par excellence, qu'est le ...
    Publié à 15 sept. 2016 à 15:30 par Jean-Pierre Rissoan
  • B. Révolution française, sociétés populaires, sans-culottes : Givors-sur-Rhône   10/03/2011  Givors est une petite ville, chef-lieu de canton du Rhône, sur le fleuve éponyme, dont les traditions révolutionnaires ne se sont jamais émoussées[1]. C’est ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 03:06 par Jean-Pierre Rissoan
  • A. REVOLUTION FRANCAISE, SOCIETES POPULAIRES ET SANS-CULOTTES…   12/11/2010      Je présente aujourd’hui un article de Serge Laurent, Président de la Société populaire de Villefranche-sur-Saône. En prenant ce libellé, la société qu’il dirige ...
    Publié à 14 août 2018 à 00:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • Nelson Mandela et Maximilien Robespierre…   10/07/2010      Notre révolution, y compris dans ce qu’elle a produit de plus généreux, est combattue, critiquée, méprisée. Mais elle ne nous appartient plus entièrement, les peuples s ...
    Publié à 13 oct. 2016 à 06:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • L’ACQUISITION D’ECRITS DE ROBESPIERRE   20/05/2011  L’ACQUISITION D'ECRITS DE ROBESPIERRE : UNE GRANDE POLITESSE REPUBLICAINE   par Jack RALITE, ancien ministre, sénateur (PCF) de la Seine-Saint-Denis.   Nous étions heureux et à ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 02:58 par Jean-Pierre Rissoan
  • ROBESPIERRE, disciple de J.-J. ROUSSEAU   08/04/2011      C’est avec satisfaction que je constate la demande d’informations sur la Révolution, les Sans-culottes et sur la personnalité de Robespierre. Il y aurait là ...
    Publié à 16 août 2016 à 03:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • II. Révolution, laïcité, instruction publique…   17/12/2010  Seconde partie de la conférence de P. DAZORD. J’attire particulièrement l’attention du lecteur sur la distinction entre instruction et éducation, entre vérité et opinion. J ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan
  • I. Révolution, laïcité, instruction publique…   16/12/2010  J’entreprends aujourd’hui la publication d’une conférence de Pierre Dazord sur la laïcité, spécificité française qui remonte, non point à la loi célèbre de 1905 ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 02:42 par Jean-Pierre Rissoan
  • MARAT, l’Ami du peuple… (2ème partie)   29/11/2010  Pour des raisons que les lecteurs n’indiquent pas -et c’est bien regrettable- l’article sur « Marat, l’ami du peuple » qui remonte au mois d ...
    Publié à 13 nov. 2017 à 15:34 par Jean-Pierre Rissoan
  • Marat, l’ami du peuple…   21/04/2010      Dans son édition du 22 avril, LE MONDE publie un article de Guillaume Mazeau, Maître de conférences à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, dont voici le ...
    Publié à 13 nov. 2017 à 15:36 par Jean-Pierre Rissoan
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Premier congrès des sociétés amies de la Révolution française

publié le 20 sept. 2018 à 12:55 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 sept. 2018 à 11:29 ]

    L'ARBR(Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution) a pour objet de rassembler les éléments de la vie et de l'action de Robespierre et d'une manière plus générale des réalités de la Révolution Française, de les faire connaître dans le cadre du bicentenaire de 1789 et au-delà.

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Premier congrès des sociétés amies de la Révolution française

L’ARBR est heureuse de vous inviter à ce premier congrès .

Elle espère vous y retrouver nombreux.

Premier congrès des sociétés amies de la Révolution française

Ivry-sur-Seine, salle Robespierre, samedi 22 septembre 2018

Matin.

  • 10 h. Ouverture officielle du premier congrès – Hervé Leuwers (Président SER, univ. Lille) et Philippe Bouyssou (maire d’Ivry-sur-Seine)
  • 10 h 15 – 11 h. Table ronde : Associations et transmission de la mémoire de la Révolution
    Serge Aberdam (SG SER, INRA, modérateur), avec Michel Aurigny (Ass. Babeuf), Micheline Blangy (Ass. Condorcet), Alcide Carton (ARBR), Alain Nice (Carmagnole liberté), Daniel Somogyi (AMRID).
    Par leurs engagements dans la vie de la cité, ou par leurs missions muséographiques ou didactiques, nombre d’associations sont confrontées à la problématique de la transmission d’une mémoire républicaine de la Révolution. La table ronde permettrait d’échanger sur ces enjeux, leurs modalités et les difficultés rencontrées dans cette dimension de l’engagement associatif.
  • 11 h 00 – 11 h 30. Pause et échanges autour des stands d’associations.
  • 11 h 30 - 12 h 30. Table ronde : Représenter la Révolution 
    Annie Duprat (SER, univ. Cergy-Pontoise, modératrice), avec Laurent Brassart (SER, univ. Lille), Paul Chopelin (SER, univ. Lyon 3), Antoine Resche (« Histony », youtuber), Pierre Schoeller (cinéaste).
    Quelle image pour la Révolution dans dans le cinéma, la BD, le théâtre, le Web ?

12 h 30 - 13 h 45 – Repas libre (chacun apporte son sandwich...) ; boissons offertes par la SER.

Après-midi.

  • 13 h 45 - 15 h. Table ronde : Un réseau de sociétés amies de la Révolution française... Pour quoi faire ?
    Michel Biard (SER, univ. Normandie, modérateur), avec Philippe Gallet (Ass. Desmoulins), Daniel Jouteux (SARF), Anne Quennedey (Ass. Saint-Just), Jean-Marc Schiappa (Ass. Babeuf), Bernard Vandeplas (ARBR).
    Le premier congrès des sociétés amies de la Révolution française est également l’occasion de réfléchir sur la nature du réseau à établir entre sociétés amies, les collaborations possibles, et les prochains congrès.
  • 15 h - 15 h 30 – Pause et échanges autour des stands d’associations
  • 15 h 30 - 17 h 30 – Projection, en avant-première, de la nouvelle version du film Robespierre, d’Hervé Pernot (1 h 30), puis débat sur Robespierre et sa perception dans notre société.
    Dominique Godineau (SER, univ. Rennes II, modératrice)

Rencontre organisée par :

Société des Études Robespierristes
Amis de Robespierre pour le bicentenaire de la Révolution (ARBR)
Association Camille Desmoulins
Association Condorcet (Ribemont)
Association Maximilien Robespierre pour l’idéal démocratique (AMRID)
Association pour la sauvegarde de la maison de Saint-Just
Comité Républicain de La Roche-de-Mûrs (Maine-et-Loire)
Les amis de Gracchus Babeuf
Les joyeux Jacobins (Saintes)
L’Improbable (Lyon)
Le peuple souverain s’avance (Paris
Société des amis de la Révolution de la Sarthe (SARF)

Les portraits de Robespierre sont de notre amie britannique Marianne Gilchrist.

Documents joints


nuit du 4 août 1789 : naissance d'une nation ?

publié le 4 août 2018 à 08:39 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 août 2018 à 08:42 ]


    La nuit du 4 au 5 août (la séance s'achève à 2 heures du matin), dite "nuit du 4 août" est historique. Après la prise de la Bastille, le 14 juillet, qui fut la révolution de la Liberté, c'est la révolution de l’Égalité. Sont notamment abolies -sans indemnité - la servitude personnelle (il restait des serfs, notamment en France-Comté), l'exclusivité seigneuriale sur les colombiers et la chasse (voir plus bas), l'exclusivité sur l'accès à certaines professions (dès le 4 août, on pourrait appliquer le mot de Napoléon : "dorénavant, chaque Français a, dans son berceau, son bâton de maréchal), les justices seigneuriales (droit de basse justice), les dîmes au clergé (1/10° de la récolte), la vénalité des offices (les postes que nous appelons aujourd'hui de "fonctionnaires" s'achetaient), etc...
    Durant cette nuit du 4 août, la noblesse renonça en effet à son droit exclusif de chasse, ce qui fut inscrit dans le marbre des deux premiers articles du décret. Bien plus que d’autres droits, c’était une victoire concrète qui marqua la paysannerie et assura en grande partie son adhésion à la Révolution, tout en libérant les centaines d’hommes condamnés aux galères pour faits de chasse. Comme le relate Jacques Bernet dans sa présentation du Journal d’un maître d’école d’Île-de-France, 1771-1792 (PUS, 2000), la chasse, que l’on ne saurait regarder avec nos yeux contemporains au risque de l’erreur anachronique, fut ainsi une des conquêtes démocratiques les plus fortes de la Révolution (P. Serna).
    Très vite, certains députés voulurent revenir sur ce qui avaient été pour eux un moment d'égarement. Et cet enthousiasme à abandonner ses privilèges fut souvent moqué car, par exemple, les droits seigneuriaux n'étaient pas réellement abolis : il aurait fallu attendre trente ans pour ce faire ! A cet égard, la pièce d'Ariane Mnouchkine reste pour moi un souvenir inoubliable. Mais 1793, autre moment très fort de la Révolution, régla ce problème de façon radicale.
    le 4 août mérite d'être célébré autant que le 14 juillet...
    Je publie ce texte de Pierre Serna, paru dans L'Humanité du 3 août 2018.
    J.-P. R.

Révolution.

La nuit du 4 août, ou la naissance d’un pays libre

    Le 5 août 1789 à 2 heures du matin, les députés mettent à bas la domination féodale en proclamant l’abolition des privilèges, faisant de chaque Français un citoyen égal à tous les autres. L’Ancien Régime est mort.

    L’analyse de Karl Marx demeure juste lorsqu’en 1848, dans la Nouvelle Gazette rhénane, il constate à propos des révolutions de 1789 et de 1848 qu’« elles étaient le triomphe de la bourgeoisie, mais le triomphe de la bourgeoisie était alors le triomphe d’un nouveau système social, la victoire de la propriété bourgeoise sur la propriété féodale ». L’été 1789 reste pour le philosophe allemand la matrice du monde contemporain, celui de la « Révolution la plus gigantesque qu’ait connue l’Histoire », faisant référence à cette nuit magique, celle du mardi 4 août 1789, lorsque, entre 8 heures du soir et 2 heures du matin, le système féodal qui corsetait la France depuis les Carolingiens et renforcé par les Capétiens depuis 1 200 ans s’effondra en quelques heures, faisant naître un monde nouveau.

    Tout avait commencé la veille, le soir du 3 août, lors de la réunion du club breton à Versailles. C’est ainsi que l’on désignait le club des députés patriotes à la pointe du combat depuis le mois de juin lorsque, après s’être déclarés Assemblée nationale le 17 juin, ils désobéirent au pouvoir exécutif du roi le 23 juin leur intimant l’ordre de se séparer. En ce temps-là, les députés faisaient justement la loi. Or, les nouvelles qui remontent des provinces depuis la mi-juillet sont alarmantes. Une « grande peur » s’est emparée des campagnes. Les paysans effrayés par des rumeurs de pillage se sont mis sur les chemins et ont décidé de se rendre dans les châteaux, pour vérifier les chartriers, là où sont entreposés ces fameux documents dont se servent les seigneurs pour imposer toujours davantage les communautés de travailleurs sur leur fief. Les impôts de toutes sortes ne cessent de s’appesantir sur la masse paysanne, sans compter les vexations anciennes, ni même les impôts en nature, ou bien les caprices. Ici, il faut refaire gratuitement les chemins du seigneur, là il faut l’inviter de force à la noce des enfants, partout il est interdit de chasser un gibier qui pullule lorsque tous ont faim.

Le vicomte de Beauharnais demande l’égalité des peines, la même justice pour tous

C’est décidé, les députés vont donner une réponse forte à ces « brûlements de château » et faire cesser cette domination féodale qui n’a plus de sens au moment où naît la nation. Le vicomte de Noailles suggère d’emblée l’allégement des droits féodaux, mais surtout l’abolition des privilèges devant l’impôt, faisant de chaque Français un citoyen égal à tous les autres, devant par ses contributions aider à la fortune nationale. Plus prudent, le duc d’Aiguillon approuve ces décisions en soulignant que, la propriété privée devenant le socle de la nouvelle notabilité, il faudra racheter les droits seigneuriaux durant un laps de temps de trente ans. S’ensuit alors un moment électrique dans l’Assemblée, où les prises de parole ne cessent plus, rivalisant de générosité civique. Le clergé renonce à la dîme, impôt qui s’il n’est pas le plus lourd est le plus détesté, car unanimement levé dans tout le royaume. Le vicomte de Beauharnais demande l’égalité des peines, et donc la même justice pour tous. Le duc de La Rochefoucauld, qui préside la séance, va jusqu’à évoquer l’abolition de l’esclavage.

Le pouvoir n’était plus à vendre, ni aux nobles ni aux bourgeois

    À 2 heures du matin, il clôt le débat, constatant que les privilèges, les inégalités et les particularismes ont été abolis. De fait, il faudra plus de six jours pour que toutes les propositions de la nuit soient rédigées sous forme de décrets, beaucoup revenant, après l’ivresse de la nuit, sur ce qu’ils ont cédé et tentant d’amoindrir la force des déclarations. Mais le pas a été franchi lorsque, le 11 août, la loi est votée. Une France nouvelle est née, un ancien régime est mort. Il n’y a plus en France de système féodal.

    Les mesures ne furent pas seulement économiques ou sociales. Elles furent aussi politiques. Les provinces avaient renoncé à leurs barrières et les villes à leurs privilèges. La France devenait un tout égal et uni. Surtout, en abolissant la vénalité des charges et la vente des offices, désormais la propriété privée était séparée du pouvoir. Désormais le pouvoir n’était plus à vendre, ni aux nobles ni aux bourgeois. Tous pouvaient participer librement et également à toutes les charges publiques. C’en était fini des prébendes. Désormais le talent et le travail honnête garantissaient seuls la juste place de chacun dans la société. Plus que la fin de l’ancienne royauté, la nuit du 4 août porte le germe de la République. Loustallot, journaliste des Révolutions de Paris, peut conclure, se souvenant de cette nuit : « La Fraternité, la douce fraternité régnait partout. ».


   

    Pierre SERNA, Historien

    Vendredi, 3 Août, 2018

Ce qu'ils ont dit de ROBESPIERRE...

publié le 27 nov. 2017 à 02:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 27 déc. 2017 à 07:51 ]

 

Du colloque d’Arras qui s’est tenu du 24 au 26 novembre 2017, organisé par nos amis de l’ARBR, j’ai ramené – entre mille autres choses – cette suite de déclarations faites par des hommes éminents sur Robespierre, l’Incorruptible. C’est un RELIGIEUX D'AMIENS, dans un courrier daté du 11 juillet 1790, qui lui attribue ce surnom d'INCORRUPTIBLE.

BARERE (1755-1841)

Barère fut plus que Robespierre l'homme central du Comité de salut public, Robespierre dut affronter son opposition jusqu'au 9 Thermidor. Il dira bien après : "J'ai réfléchi sur cet homme [Robespierre], j'ai vu que son idée dominante était l'établissement du gouvernement républicain... Nous ne l'avons pas compris, il avait le tempérament des grands hommes et la postérité lui accordera ce titre... C'était un homme pur, intègre, un vrai républicain."

CAMBON

"Nous avons tué la République, au 9 thermidor, en croyant ne tuer que Robespierre. Je servis à mon insu les passions de quelques scélérats. Que n'ai-je péri, ce jour-là, avec eux ! La liberté vivrait encore... "

BILLAUD-VARENNE (membre du CSP 6 septembre 1793 – 1er septembre 1794)

"Nous nous sommes bien trompés ce jour-là ! La Révolution a été perdue le 9 thermidor. Depuis, combien de fois j'ai déploré d'y avoir agi de colère... Pour quoi ne laisse-t-on pas ces intempestives passions et toutes les vulgaires inquiétudes aux portes du pouvoir ? Le malheur des révolutions, c'est qu’il faut agir trop vite, vous n'avez pas le temps d'examiner, vous n'agissez qu'en pleine et brûlante fièvre... Si Danton, Robespierre et Camille fussent restés unis, il n’y aurait pas eu de 18 brumaire possible".

VADIER (1736-1828)

"Pardonne-moi le 9 thermidor ! Nous avons méconnu Robespierre, nous l'avons assassiné". A 92 ans, il déclarait qu'il n'y avait pas dans sa vie un seul acte qu'il se reprochât (et pourtant, il y en avait ! JPR), sinon d'avoir méconnu Robespierre.

SOUBERBIELLE (médecin et ami personnel de Robespierre)

"Robespierre était la conscience de la Révolution, ils l'ont immolé parce qu'ils ne l'ont pas compris".

BABEUF

Babeuf qui avait applaudi à la chute de Robespierre exprime peu après, le 6 novembre 1795, le profond désenchantement du peuple : "Osons dire que la Révolution, malgré les obstacles et toutes les oppositions, a avancé jusqu'au 9 thermidor et qu'elle a reculé depuis". En 1796, il déclarait encore: "Nous ne faisons que succéder à de premiers généreux défenseurs du peuple [Robespierre, Saint Just] qui, avant nous, avaient marqué le même but de justice et de bonheur auquel le peuple doit atteindre".

Futur LOUIS XVIII

En 1797, le frère du ci-devant Louis XVI déclarait : "il serait injuste de regarder Robespierre comme un homme cruel et de l'appeler tyran, il faudrait au contraire voir en lui, comme dans Sylla, une forte tête, un grand Homme d’État. Richelieu eut fait plus que Robespierre s'il se fût trouvé dans une position semblable".

NAPOLÉON BONAPARTE

En 1797, encore simple général, Bonaparte évoque "le seul gouvernement fort qu'a eu la France depuis les origines de la Révolution, celui de Robespierre". Pour mémoire, en 1803, il a reconnu le travail et l'intégrité des frères Robespierre en attribuant à leur sœur Charlotte une pension à vie, il considérait Robespierre comme "l'homme-clef" de la Révolution.

CHATEAUBRIAND

L'écrivain monarchiste affirmera :"Aux yeux de la postérité, Mirabeau restera le champion de l'aristocratie et Robespierre, celui de la démocratie"

ROMAIN ROLLAND

"Le Robespierre de 1794 n'était plus celui de 1789 à 1793. A mon avis, il n’a jamais été plus grand que dans son rôle de lucide et intrépide opposant pendant l'Assemblée Constituante; il a été vraiment alors la voix du peuple et sa lumière. Mais les révolutions usent les hommes. Il avait une chétive santé et il porta une tâche surhumaine, c'est miracle qu'il ait pu tenir jusqu'en juillet 1794".

Les Sans-culottes de la révolution française

publié le 13 nov. 2017 à 15:41 par Jean-Pierre Rissoan


    artcile à lire avec ce lien :

    5. Les Sans-culottes de la révolution française

La Révolution partagée : le siège de Lille ( 25 septembre - 8 octobre 1792)

publié le 21 sept. 2014 à 10:00 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 5 août 2018 à 09:49 ]

        Voici un article écrit et publié par la revue L’Incorruptible, n°89, bulletin de la société des Amis de Robespierre. Il traite de la résistance vigoureuse des Lillois assiégés par les Autrichiens en 1792. Ce genre d’article est trop rare. Face à l’adversaire de toujours, coriace, contre-révolutionnaire, qui voit dans la Révolution l’œuvre d’un tyran qui aurait mené les Français au fouet de la dictature, on voit ici des Lillois, parfaitement déterminés, qui décident librement de faire front à l’envahisseur autrichien. On lira la réponse du maire à la demande du commandant autrichien de rendre les armes. On admirera tout autant la conduite du maître-canonnier qui répond, quand on lui annonce que sa maison brûle, que sa place est aux côtés de sa pièce d’artillerie. Je l’ai dit dans mon livre : quand on est prêt, ainsi, à abandonner son patrimoine pour la défense de ses idées, la Révolution est invincible. Où est Robespierre dans ce combat ? Qui oblige les Lillois à se battre ? Personne. Rien. Rien sinon le sens de l’honneur, de la patrie, et de la vertu révolutionnaire.

        J.-P. R.

 

 LE SIÈGE DE LILLE

    Le 20 avril 1792, sur la proposition du roi Louis XVI, l'Assemblée législative déclare la guerre au "roi de Bohème et de Hongrie" et engage ainsi la France dans une guerre qui, hormis la paix de Lunéville (9 février 1801) va durer vingt-deux ans.

    Les révolutionnaires ont pour objectif premier de libérer la Belgique placée sous la dépendance de la Maison d'Autriche (on parlait des "Pays-Bas autrichiens, JPR").

    Le 28 avril, les troupes françaises passent à l'offensive, mais les opérations militaires tournent aussitôt à la catastrophe. L'incurie de l'état-major français, l'inefficacité d'une armée composée de mercenaires et de patriotes volontaires mais inexpérimentés convainquent les Autrichiens et les Prussiens de leur supériorité militaire. Le 19 août 1792, tes armées de la coalition (austro-prussienne, JPR) franchissent les frontières de l'Est. Surprises par les pluies de septembre, décimées par la dysenterie, les troupes prussiennes s'enlisent dans les boues de l’Argonne et sont arrêtées à Valmy par Kellermann et Dumouriez le 20 septembre 1792. Néanmoins, le 25 septembre, 13000 Autrichiens commandés par Albert de Saxe-Teschen mettent le siège devant Lille.

    Dans la guerre qui oppose la France à la coalition austro-prussienne, Lille est en première ligne et ne se trouve nullement dépourvue lorsque l'archiduc Albert de Saxe-Teschen vient y mettre le siège. La garnison française commandée par le maréchal de camp Ruault est forte d'environ 10000 hommes, renforcés par les 132 canonniers de la garde nationale sédentaire, citoyenne de la ville, et par la population lilloise activement mobilisée.

    Le 26 septembre, l'armée autrichienne installe de formidables batteries dans les faubourgs : 24 canons de gros calibre, 12 mortiers et de nombreux obusiers. On entasse des provisions de bombes, d'obus, de mitraille ; on dispose des grils pour faire rougir les boulets. Le 29 septembre, le duc de Saxe-Teschen fait savoir qu'il est disposé à épargner la ville contre reddition. Pierre André-Bonte, maire de Lille, répond "nous venons de renouveler notre serment d’être fidè1es à la Nation, de maintenir la Liberté et l’Égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures. " Le 29 septembre, à 15 heures, bombes et boulets rouges incendiaires commencent à pleuvoir sur la cité, notamment sur le quartier Saint-Sauveur et sur la Grand-Place. Des incendies s'allument partout. Le 30 septembre, le maire de Lille lance un appel désespéré aux villes voisines : "Exposés au bombardement le plus vif de la part de l’ennemi qui ne cesse de tirer sur notre ville à boulets rouges et à bombes, nous vous prions au nom de la Patrie de nous envoyer vos pompes... ". Appel dont l'écho est entendu par Béthune, Aire, Saint-Omer et Dunkerque qui mettent tout en œuvre pour aider les assiégés.

    L'artillerie lilloise répond sans discontinuer. Tous les hommes sont à leur poste, sur les remparts et dans les ouvrages extérieurs. Certains montent sur les toits pour surveiller l'arrivée des projectiles ennemis. Dans la ville, les femmes, les vieillards et les enfants s'efforcent d'arrêter les ravages du feu.

   Les exemples de courage et d'abnégation sont nombreux. Le commandant Charlemagne Ovigneur, chef des canonniers, était auprès d'une pièce qu'il pointait ; on accourt l'avertir que sa maison brûle ; il regarde du côté où elle se trouvait et la voit en effet, entourée de flammes: "Ma place est ici, dit-il, laissons ma maison brûler et rendons à l'ennemi feu pour feu".

  

ce tableau restitue cette séquence, avec à droite, le soldat qui prévient Ovigneur et au centre, monté sur la pièce d’artillerie, Ovigneur, lui-même, très serein (JPR). Tableau de Le Dru (1)


 Le bombardement et la canonnade durent sans relâche six jours entiers. Six mille bombes et trente mille boulets sont tombés sur la ville. Plus de deux mille maisons sont détruites ou touchées. Mais le feu des Autrichiens commence à se ralentir et le 6 octobre, il cesse. À bout de munitions, fatigué de la résistance des Lillois, inquiet des succès de Dumouriez en Champagne et aussi de la concentration d'une armée française au camp de Lens, le duc de Saxe-Teschen se replie sur Tournai le 8 octobre.

    L'héroïque défense de Lille excite l'enthousiasme de la France entière ; le 12 octobre 1792, la Convention vote aux braves citoyens qui ont si bien combattu pour la patrie et leurs foyers, une somme de 2 millions comme secours provisoire, et une bannière d'honneur portant cette inscription : "À la ville de Lille, la Nation reconnaissante".

    Docteur Michel CSANYI

 

La colonne de la Déesse est un monument commémoratif inauguré le 8 octobre 1845, au centre de la Grand-Place de Lille aujourd'hui place du Général-de-Gaulle. (…). Chacun des quatre côtés du piédestal de la colonne porte des inscriptions : Devant : " Nous venons de renouveler notre serment d'être fidèles à la Nation, de maintenir la Liberté et l''Égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures". Sur le côté droit :"Levée du Siège, nuit du 7 au 8 octobre 1792". Sur le côté gauche: "Les habitants de Lille ont bien mérité de la patrie (Décret du 12 octobre 1792) ". Derrière: "Aux Lillois de 1792. Hommage de nos concitoyens. 1842".


Les amis de Robespierre, Maison des Sociétés, rue Aristide Briand, 62000 ARRAS

    www.amis-robespierre.org 

    (1) Albert-Ferdinand Le Dru est un peintre français (1848- ?). Élève du peintre de genre et de sujets militaires Louis-Antoine Tiremois, il est connu comme peintre de sujets militaires. Il expose au Salon à partir de 1876 et obtiendra en 1894 une médaille de troisième classe pour sa représentation du Siège de Lille en 1792 (le capitaine Ovigneur commandant les canonniers reste stoïque alors qu'on lui apprend que sa maison est en feu) (Fiche Wiki).

NB. Un descendant de la famille OVIGNEUR, Thomas, me transmet ceci :
https://www.facebook.com/136751596396996/photos/a.284157198323101.65909.136751596396996/594333537305464/?type=1&theater

  vous pourrez y trouver une page spéciale sur Charlemagne Ovigneur, héros du siège de Lille, et une foule de documents authentiques reproduits par Thomas Ovigneur.


FACEBOOK     : https://www.facebook.com/OVIGNEUR/

La prise de la Bastille ... en images

publié le 12 juil. 2014 à 10:57 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 15 oct. 2016 à 10:11 ]



    Voici quelques documents qui permettent de situer cette fameuse Bastille, ancien château-fort défensif contre des envahisseurs type Normands... devenu prison d’État avec des hôtes illustres comme Diderot ou Voltaire. Symbole de l'absolutisme et de l'arbitraire royaux, elle fut le cible des Parisiens qui voyaient -légitimement - ce château devenir une arme dirigée contre eux.



    Ce plan du Paris de Charles V (fin du XV° siècle) montre que la Bastille n'est qu'un élément d'un ensemble : la muraille qui protège Paris sur 360° - la Seine est protégée par des chaînes énormes que l'on tend le soir d'une rive à l'autre pour barrer la voie aux navires ennemis -. La Bastille est un élément plus important que les autres, son pendant à l'ouest est la forteresse du Louvre. La Bastille est flanquée de la porte St-Antoine.


    Cette gravure (photo Jaunet) montre l'ampleur du Château. Il ne compte pas moins de huit tours. On voit parfaitement la rue saint-Antoine intra-muros qui, hors Paris, se prolonge par la rue du faubourg Saint-Antoine. Pour cela il faut franchir la porte Saint-Antoine : la vieille porte médiévale avec ses échauguettes, puis la porte du XVIII° siècle avec ses colonnes décoratives et, enfin, une troisième porte, également médiévale et fortifiée.
    La vue est orientée vers le Nord. On observe à gauche un pont-levis (à l'opposé de la porte St-Antoine qui est à l'est) : c'est par là que passeront les révolutionnaires. Il porte le numéro 2 sur le croquis ci-dessous.


Sur ce croquis les éléments d’architecture et d'urbanisme construits ultérieurement sont indiqués par des pointillés.
Avec le temps, des éléments d'habitation ou de servitude sont venus s’agréger à la Bastille. Ainsi que le montre cette gravure ci-dessous (photo Jaunet). Là, on voit les assaillants passer par le pont-levis n°1. D'autres, à l'arrière-plan franchissent le second pont-levis et pénètrent dans la cour du château-fort.


"Le peuple crie aux soldats sur les tours « Nous voulons la Bastille ! en bas la troupe ». Deux hommes, Davanc et Denain, prenant appui sur une boutique de parfumeur adossée au chemin de ronde, montent sur ce chemin de ronde, sautent dans une cour intérieure et brisent les chaînes d'un pont-levis qui retombe. La masse des combattants qui n'a pas vu l'escalade croit que les ponts s'abaissent sur les ordres du gouverneur ; elle envahit la cour. De Launay fait alors ouvrir le feu. C'est ainsi que la bataille s'engage vers une heure de l'après-midi. Les assiégeants allument des voitures de paille mouillée poux se protéger du feu de la garnison par un rideau de fumée,..."

extrait du livre Jean Michaud "les États généraux et la 14 juillet 1789", Éditions sociales, collection "pages d'histoire populaire".

Ce ne fut pas une rigolade comme tenta de le faire croire la presse aristocratique. Après quatre heures de combat, il y eut 83 tués du côtés des révolutionnaires plus 15 autres qui ne survécurent pas à leurs blessures.


Constitution de l'an I : l'avant-projet de Robespierre.

publié le 30 mai 2014 à 05:48 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2014 à 12:36 ]

    Compte tenu du grand intérêt que portent les lecteurs au texte de la Constitution de l’an I et aux chapitres qui y réfèrent, je crois utile de publier le texte intégral du projet qu’avait rédigé Robespierre. J’utilise pour cela différents numéros de L’Incorruptible. On trouvera toutes les coordonnées de la société éditrice de ce bulletin en fin d’article.

Je précise que la Terreur n’a été inscrite à l’ordre du jour de la Convention que le 5 septembre 1793.

Le texte en bleu est écrit par la rédaction de l’Incorruptible. En noir, c’est le texte de Maximilien.

J.-P. R.

1ère partie : la constitution de 1793, dite de l'an I.

LA CONSTITUTION DE 1793 DITE DE L’AN I (2ème partie)

(3° partie) LA CONSTITUTION DE 1793 DITE DE L’AN I

 ***

    La chute de la royauté le 10 août 1792 a rendu caduque la Constitution monarchique adoptée en 1791 et la mission de la Convention est de doter la France d'une nouvelle constitution.

    En février 1793, Condorcet propose, au nom des Girondins, un projet qui renforce le pouvoir exécutif et celui des propriétaires, et la Convention adopte le 29 mai 1793 une déclaration dont l'article 17 stipule : « le droit de propriété consiste en ce que tout homme est maître de disposer à son gré de ses biens, de ses capitaux, de ses revenus et de son industrie ».

    Robespierre s'insurge contre une telle définition qui favorise ceux qui veulent accroître toujours plus leurs propriétés au détriment de celle des autres. Pour lui, ce projet girondin favorise les riches et oublie les devoirs de fraternité qui unissent tous les hommes et toutes nations. Robespierre avait lui-même, dès le 21 avril 1793, proposé son propre projet de déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen devant le club des Jacobins qui l'avait adopté. Il le présentera (malheureusement en vain) devant la Convention le 24 avril, en insistant sur les quatre articles qu'il propose (VI, VII, VIII, et XIX), concernant le droit de propriété qu'il veut limiter. C'est à cette occasion qu'il déclare à l'Assemblée : « Il ne fallait pas une révolution sans doute pour apprendre à l'Univers que l'extrême disproportion des fortunes est la source de biens des maux et bien des crimes ».

    Chacun des 38 articles du projet de Robespierre mérite d'être connu et médité et nous avons pensé utile de publier cette déclaration en plusieurs numéros de notre bulletin.

 

Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen formulée par Maximilien Robespierre en 1793

 

ARTICLE PREMIER : Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, et le développement de toutes ses facultés.

ART. 2. Les principaux droits de l'homme sont ceux de pourvoir à la conservation de l'existence et de la liberté.

ART.3. Ces droits appartiennent également à tous les hommes, quelle que soit la différence de leurs forces physiques et morales. L'égalité des droits est établie par la nature, la société, loin d'y porter atteinte, ne fait que la garantir contre l'abus de la force, qui la rend illusoire.

ART. 4. La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme d'exercer à son gré toutes ses facultés ; elle a la justice pour règle, les droits d'autrui pour bornes, la nature pour principe, et !a loi pour sauvegarde.

ART. 5. Le droit de s'assembler paisiblement, le droit de manifester ses opinions, soit par voie de la presse, soit de toute autre manière, sont des conséquences si nécessaires du principe de liberté de l'homme, que la nécessité de les énoncer suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme.

ART. 6. La propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer à son gré de la portion de biens qui lui est garantie par la loi.

ART. 7. Le droit de propriété est borné comme tous les autres, par l'obligation de respecter les droits d'autrui.

ART. 8. lI ne peut préjudicier, ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l'existence, ni à la propriété de ses semblables.

ART. 9. Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral.

ART. 10: La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler.

ART. 11 : Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée.

ART. 12 : Les citoyens dont les revenus n'excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques ; les autres doivent les supporter progressivement selon l'étendue de leur fortune.

ART. 13 : La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l'instruction à la portée de tous les citoyens.

Remarques : La déclaration des Droits de l'homme finalement adoptée par la Convention a repris presque textuellement (art. 21 et 22) les articles 10 et 13 proposés par Robespierre. Mais elle a refusé les articles 11 et 12 qu'aucun régime n'a depuis appliqués.

Art. 14: Le peuple est souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis.

Par «fonctionnaires publics » il faut entendre « élus » ; Robespierre insiste sur le fait qu'ils sont aux ordres du peuple.

Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.

Pour Robespierre, l'exercice de la citoyenneté n’est pas intermittent c'est à dire limité au temps d'une élection, mais doit être permanent.

Art 15: La loi est l'expression libre et solennelle de la volonté du peuple.

Art. 16: La loi doit être égale pour tous.

Art. 17: La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.

Art. 18: Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l'homme est essentiellement injuste et tyrannique; elle n'est point une loi.

Art 19: Dans tout Etat libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l'autorité de ceux qui gouvernent.

Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse.

Art. 20 Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier; mais le vœu qu'elle exprime doit être respecté comme le vœu d'une portion du peuple qui doit concourir à la volonté générale. Chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit d'exprimer sa volonté avec une entière liberté ; elle est essentiellement indépendante de toutes les autorités constituées, et maîtresse de sa police et de ses délibérations. Pour Robespierre, les minorités ont le droit de se faire entendre et participent à la vie démocratique

Art. 21. Tous les bons citoyens sont admissibles à toutes les fonctions publiques, sans aucune autre distinction que celle des vertus et des talents, sans aucun autre titre que la confiance du peuple.

Art 22. Tous les citoyens ont droit à concourir à la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi.

Art. 23. Pour que ces droits ne soient point illusoires et l'égalité chimérique, la société doit salarier les fonctionnaires publics et faire en sorte que les citoyens qui vivent de leur travail puissent assister aux assemblées publiques où la loi les appelle, sans compromettre leur existence et celle de leur famille.

Dès 1789-90 Robespierre avait réclamé l'indemnisation des citoyens qui participaient aux assemblées publiques légales (telles les opérations électorales ou les séances municipales). Cette proposition n'a, depuis, jamais été retenue.

Art 24. Tout citoyen doit obéir religieusement aux magistrats et aux agents du gouvernement, lorsqu'ils sont les organes ou les exécuteurs de la loi.

Art 25. Mais tout acte contre la liberté, contre la sûreté ou contre la propriété d'un homme, exercé par qui ce soit, même au nom de la loi, hors de cas déterminés par elle et des formes qu'elle prescrit, est arbitraire et nul ; le respect même de la loi défend de s'y soumettre ; et si l'on veut l'exécuter par la violence, il est permis de le repousser par la force. Cette proposition n'a pas  été retenue.

Art 26. Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de l'autorité publique appartient à tout individu ; ceux à qui elles sont adressées doivent statuer sur les points qui en font l'objet ; mais ils ne peuvent ni en interdire, ni en restreindre, ni en condamner l'exercice.

Ce droit de pétition a été repris par la Convention mais sans l'obligation d'y donner suite.

Art 27. La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de l'homme et du citoyen.

Art. 28. Il y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses membres est opprimé.

Il y a oppression contre chaque membre du corps social lorsque le corps social est opprimé.

Art 29. Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Dans la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen décrétée en 1793 par la Convention et acceptée par le peuple français, les articles 21, 22, 27, 28 et 29 proposés par Robespierre ont été repris dans pratiquement les mêmes termes.

Art. 30 : Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il entre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ces droits. Article XXIII retenu par la Convention : «La garantie sociale consiste dans l'action de tous pour assurer à chacun la jouissance et la conservation de ses droits ; cette garantie repose sur la souveraineté nationale».

Art. 31 : Dans l'un et l'autre cas, assujettir à des formes légales la résistance à l'oppression est le dernier raffinement de la tyrannie.

Art. 32: Les fonctions publiques ne peuvent être considérées comme des distinctions, ni comme des récompenses, mais comme des devoirs publics.

Article XXX retenu par la Convention: « Les fonctions publiques sont essentiellement temporaires ; elles ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs »

Art. 33 : les délits des mandataires du peuple doivent être sévèrement et facilement punis. Nul n'a le droit de se prétendre pli inviolable que les autres citoyens.

Article XXXI retenu par la Convention : "Les délits des mandataires du peuple et de ses agents ne doivent jamais être impunis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens".

Art. 34 : Le peuple a le droit de connaître toutes les opérations de ses mandataires ; ils lui doivent rendre un compte fidèle leur gestion, et subir son jugement avec respect.

Cette exigence n'a pas été retenue

Art. 35 : Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entr’aider selon leur pouvoir, comme les citoyens d'un même État.

Art. 36 : Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

Art. 37 : Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme doivent être poursuivis partout, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et des brigands rebelles.

Aucun des trois articles précédents relatif à la politique extérieure n'a été retenu par la Convention.

Art. 38 : Les aristocrates, les tyrans quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre, qui est le genre humain, et contre le législateur de l'univers qui est la nature.

 ***

Le texte de Robespierre et les annotations de la rédaction de l’Incorruptible sont extraits des numéros suivants de ce bulletin des amis de Robespierre :

L'Incorruptible N°81, page 8, 3ème trimestre 2012

N°82, page 3, 4ème trimestre 2012

          L'Incorruptible N°83, page 3, 1er trimestre 2013

N°84, page 5, 2ème trimestre 2013

 

LES AMIS DE ROBESPIERRE

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62000 ARRAS

Mel : amisderobespierre@orange.com

Site : www.amis-robespierre.org

 

20 juin 1789 à Versailles, le serment du Jeu de paume

publié le 4 janv. 2014 à 03:44 par Jean-Pierre Rissoan

Philippe DE CARBONNIERES,

chargé des collections révolutionnaires au musée Carnavalet.

 

    Il est difficile de dissocier cet événement emblématique des deux épisodes qui le précèdent et le suivent, le 17 juin, lorsque les représentants du Tiers état se proclament Assemblée nationale – véritable commencement de la Révolution – et, le 23 juin, lorsqu’ils refusent d’évacuer les lieux.

    En juin 1789, les États généraux, ouverts depuis le 5 mai, sont dans une impasse, malgré l’immense espoir qu’ils ont suscité. À aucun moment Louis XVI n’a renoncé à la moindre parcelle de souveraineté, désirant avant tout que les États votent de nouveaux impôts pour combler le déficit. Certes, il a accordé le doublement des représentants du Tiers-état (600, contre 300 pour chacun des ordres privilégiés), mais il a maintenu le vote par ordre, ce qui réduit cette mesure à néant, clergé et noblesse étant dominés par les conservateurs ; alors que le Tiers revendique le vote par tête, beaucoup plus propice aux réformes, puisqu’une bonne partie du clergé et une quarantaine de nobles sont favorables aux "idées nouvelles".

    En attendant, l’opposition des deux premiers ordres bloque la situation, et empêche le travail de commencer. Les représentants du Tiers -qu’on appelle aussi les "Communes"[1]- vont réagir : le 13, ils somment les deux ordres privilégiés de les rejoindre et, devant leur refus, le 17, les Communes se proclament Assemblée nationale, dans la salle des Menus-Plaisirs à Versailles. C’est le véritable commencement de la Révolution. Les représentants des "96 centièmes de la nation" passent du statut d’humbles sujets, délégués de leur ordre et de leur région, à celui de députés de la nation. Cette Assemblée décrète aussitôt qu’elle seule peut consentir à la levée de nouveaux impôts, et bientôt elle se déclarera inviolable.

    NB. Cette gravure figure à l'inventaire du misée Carnavalet. Elle est présentée par Carbonnières dans son article. la hauteur des murs aveugles rappelle que le jeu de paume se jouait un peu comme à la pelote basque. Et l'artiste, ce faisant, montre bien la présence du peuple parisien, acteur de la Révolution. J.-P .R.

    Cette auto-proclamation suscite un grand enthousiasme, et fait tache d’huile puisque les trois cinquièmes du clergé et plusieurs dizaines de gentilshommes se disent prêts à rejoindre l’Assemblée. Elle provoque aussi la réaction de la Cour, les éléments les plus réactionnaires – derrière la reine et le comte d’Artois – persuadent le roi de dissoudre cette institution "illégitime". À cette fin, on prévoit une "séance royale" [2], et sous le prétexte de préparer la salle, on la fait fermer arbitrairement.

    Au matin du 20 juin, les députés trouvent donc porte close, gardée par des soldats. C’est alors qu’un député charentais, le Dr Guillotin, suggère de se réunir dans une salle toute proche consacrée au jeu de la paume, ancêtre du tennis. Dans cette pièce nue, on dresse avec quelques tréteaux une table pour les greffiers, et c’est debout sur ce bureau de fortune que l’astronome Bailly, président, va lire le texte du fameux serment. Les députés y jurent "de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie". Un seul député du Tiers, Martin d’Auch, refusera de signer comme les autres, et si son geste (motivé par un souci de légalisme envers le roi) choquera d’abord ses collègues, on enregistrera cependant son opposition afin de respecter la liberté d’opinion.

    Même s’il n’est pas dirigé contre le roi, le texte du serment est fondateur de la nouvelle souveraineté, dont la légitimité ne tient pas à un lieu car "là où (seront) réunis ses députés, là est l’Assemblée nationale". Le geste du serment est emblématique. Il implique chacun et fédère les énergies individuelles. Tout imprégné d’histoire romaine – quatre ans plus tôt, David avait peint le Serment des Horaces prêts à mourir pour l’intérêt général –, il engage l’avenir. Enfin, cet acte grandiose aura une immense répercussion, dont témoignent la presse de l’époque et une abondante iconographie.

    Le pouvoir ne pouvait tolérer un tel acte d’indépendance. Le 23 juin Louis XVI, "regonflé" par les "faucons" de son entourage, prononce devant les 1.200 délégués des États-généraux un discours très ferme. Il y déclare nulle l’autoproclamation du 17, indiquant que lui seul est habilité à promouvoir des réformes, leur ordonnant enfin de délibérer séparément. Il se retire, suivi par la majorité du clergé et de la noblesse. Après son départ, les députés restent en séance, plus pour affirmer leur souveraineté que pour braver son autorité. À la sommation, par le maître des cérémonies, d’évacuer la salle, ils répondront avec dignité et panache. La flamboyante réplique de M. de Mirabeau – "noble, mais élu du Tiers" – sur la volonté du peuple et la force des baïonnettes, a un peu éclipsé celle de Bailly, qui résume tout : "La nation assemblée n’a pas d’ordres à recevoir. ".

    Devant une telle détermination, et malgré les baïonnettes dont il dispose, Louis XVI va céder. À l’annonce de la résistance des députés, il déclarera : "Ils veulent rester ? Eh bien foutre, qu’ils restent !" Dans les jours qui suivent, la majorité du clergé et 47 nobles se réuniront à l’Assemblée, et le roi finira par ordonner aux autres de la rejoindre définitivement.

    Soulignons pour finir que, durant ces journées cruciales, le peuple de Paris et de Versailles a manifesté son soutien à l’Assemblée. Il est certain que cette adhésion a fortifié la résolution de celle-ci. Lorsque, trois semaines plus tard, la réaction pointera de nouveau, c’est le peuple qui prendra le relais des députés menacés, et qui fera avancer la Révolution.

 

Bibliographie : Ph. de Carbonnières, la Révolution. Musée Carnavalet, Paris-Musées, 2009, 12 euros (illustré).

M. Biard (sous la direction de), la Révolution française. Une histoire toujours vivante. Éditions Tallandier, 2009, 27 euros.

Philippe de Carbonnières

Article paru dans L’Humanité du 17-18 juin 2011

 

Voici un extrait, que je (JPR) trouve excellent, de l’article WIKi consacré au Jeu de Paume :

    Au XVIIIe siècle, le serment a une valeur sacrée. Il apporte une garantie de fidélité à la parole donnée. Jacques-Louis David s’était fait connaître par la toile Le Serment des Horaces. Les serments collectifs sont considérés pendant la Révolution française comme facteur d’unité nationale, voire d’unanimité nationale. Ceci explique pourquoi les révolutionnaires ont voulu mettre en avant cet épisode. Effusion pré-romantique, unanimité – seul un député a refusé de prêter serment –, ferveur des députés, presque tous des bourgeois, absence de violence populaire, tout était réuni pour faire de cette journée le porte-drapeau de la révolution de 1789. Il montre aussi que c’est la volonté particulière de chaque individu qui fait la souveraineté nationale. (…). Il montre également, grâce au rideau qui vole, qu'un nouveau vent se lève sur la France : le vent de la Révolution.

 cela nous renvoie à cet autre article où je dénonce une stupidité : A.serment du jeu de paume et salut nazi, du pareil au même ?

 

File:Jacques-Louis David, Le Serment des Horaces.jpg

[1] Par référence au mouvement communaliste du Moyen-âge par lequel les bourgeois des villes se donnèrent des conseils et obtinrent des libertés communales de la part de leur seigneur. Cette association entre ces deux évènements, voulue par les députés du Tiers eux-mêmes, montre bien la continuité du combat révolutionnaire depuis au moins sept siècles. J.-P. R.

[2] Séance présidée par le roi présent en personne. J.-P. R.

Pensées de Robespierre..... par l'A.R.B.R.

publié le 26 juin 2013 à 05:04 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 juin 2015 à 06:46 ]

 

    Voici quelques « pensées » de Maximilien Robespierre, que nous fournit l’association amie « Les amis de Robespierre ». Savez-vous que lorsque nous avons dit, lors d’un repas au restaurant, que nous étions membres de cette association, des convives ont eu un mouvement de recul au point que leur chaise a reculé de quelques centimètres ? C’est dire à quel point l’image de Robespierre est dégradée chez nombre de nos concitoyens. L’un d’eux a cité Furet : on voit l’origine des dégâts. Les quelques citations qui suivent montreront la hauteur de vue et l’humanisme essentiel du grand révolutionnaire qui a contribué plus que d’autres à sauver notre révolution. Je rappelle que ses ennemis - les Thermidoriens - s’en sont débarrassés (juillet 1794) après la victoire de Fleurus (juin) qui marquait la victoire militaire décisive.

    J.-P. R.

 

Sur les questions sociales

- Nul n'a le droit d'entasser des monceaux de blé à côté de son voisin qui meurt de faim.

- La pire des aristocraties est celle des riches.

- Les grandes richesses corrompent ceux qui les possèdent et ceux qui les envient.

- La misère corrompt les mœurs du peuple et dégrade son âme.

- La première loi sociale est celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d'exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là.

- Il n'est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes.

- Le plus grand intérêt de l'homme n'est pas d'amasser des trésors, et la plus douce propriété n'est point de dévorer la subsistance de cent familles infortunées (2 décembre 1792).

 

Contre la guerre

- Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

- On peut aider la liberté, jamais la fonder par une force étrangère.

- La puissance militaire fut toujours le plus redoutable écueil de la liberté.

 

Sur la démocratie

- Peuple ! Souviens-toi que si la justice ne règne pas la liberté n'est qu'un vain mot.

- Gardez vous de penser que les destinées du peuple soient attachées à quelques hommes.

- Ce n'est pas être souverain que d'élire de temps en temps quelques représentants.

- N'oubliez pas que la source de l'ordre c'est la justice

 

Contre l'intolérance

- Réduire le peuple à l'impuissance de pratiquer sa religion, ou la proscrire par une loi expresse c'est exactement la même chose.

- Nulle puissance n'a le droit de supprimer le culte établi jusqu'à ce que le peuple en soit lui-même détrompé.

 

Note de l’association :

     Créée en février 1987, l'Association départementale des «Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution » (A.R.B.R.), s'est fixé comme objectif de faire mieux connaître la vie et l'oeuvre du plus illustre des Artésiens, justement considéré comme l'homme clé de la Révolution française.

    Dans les Assemblées, Robespierre a combattu pour le droit de vote des pauvres, contre l'esclavage, contre les persécutions religieuses, pour l'égalité sociale, contre la guerre puis, à la tête du Comité de salut public, lutté jusqu'à ce que soit sauvée la patrie assiégée.

    Accusé des excès de la Terreur par ceux-là mêmes qui les avaient commis, Robespierre a été exécuté sans procès. Ses idées généreuses restent d'actualité et méritent qu'on en débatte sans à priori.

    Les Amis de Robespierre veulent aussi faire mieux connaître ce que furent la Révolution et ses prolongements dans notre département. Ils souhaitent que la Maison Robespierre à Arras devienne un véritable lieu de mémoire consacré à la Révolution et au plus célèbre de ses acteurs.

    Leur bulletin trimestriel, «L'INCORRUPTIBLE» rend compte des activités de l'association : conférences, débats, publications de brochures, expositions recherches historiques...

    L'association compte des adhérents dans plus de 50 départements et dans de nombreux pays étrangers. Pour la rejoindre s'adresser à la Maison des Société à Arras ou par courriel. Cotisation annuelle : 8 ou 15 ou 30€, au choix de l'adhérent. Étudiants : 4€.

Siège social: Maison des sociétés 62000 ARRAS

Courriel : robespierre-62@orange.fr

Site Internet: hhtp://amis-robespierre.org

Fonds Robespierre : Bibliothèque municipale P. Fleurquin, rue L Gers, 62223 St Laurent Blangy

 

A propos de la « violence » révolutionnaire… 2ème partie

publié le 19 févr. 2013 à 03:13 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 août 2013 à 09:01 ]

Seconde partie sur le thème de la violence de la Révolution française. A propos de la « violence » révolutionnaire… (1ère partie)

J’AURAI TA PEAU.

    Je cite ici Mme J. Grimault qui répond aux infamies publiées par la revue Historia (cf. supra le lien http://revolution-francaise.net/2012/01/31/469-sur-robespierre-lettre-ouverte-a-la-redaction-d-historia) :

    "Et puis où sont les références concernant les propos soi-disant tenus par Robespierre parlant « d’insectes », de « cochons », « de sillons reproducteurs » et de « brigands en devenir » pour qualifier les Vendéens ? Je n’ai reconnu là ni son esprit ni son style ; je n’ai rencontré ces expressions ni dans les six volumes de ses discours ni dans ses journaux, mais quelque chose a pu m’échapper et j’aimerais bien connaître les sources. Pour ce qui est de la graisse humaine utilisée pour l’éclairage et des peaux tannées afin d’y tailler des pantalons, il est évident que l’on veut assimiler cette période au nazisme… mais où sont les preuves de ces horreurs? On lit dans l’article : « Il semble (?) que Saint-Just soit au courant de ces monstruosités et les approuve. Robespierre ne les ignore pas non plus, informé par les courriers… ». Quels courriers? Désolée, mais nous avons de sérieuses raisons de nous méfier : ainsi l’auteure prétend que Robespierre, qui ne badine pas avec la vertu, a rappelé Carrier uniquement à cause de ses orgies et non à cause des noyades. Car, dit-elle, Jullien est « assez subtil » (?) pour ne pas lui avoir parlé dans son courrier de ces atrocités. Eh bien cette affirmation est fausse". Et Mme Grimault d’en faire la démonstration.

    L’auteure dont parle Mme Grimault, visiblement, combat la 1ère république « par tous les moyens » comme disait Charles Maurras, royaliste collaborationniste. Elle a dû puiser dans ses souvenirs de lecture.

    L’utilisation de la peau humaine -comme dans le silence des Agneaux- a été faite par des solides catholiques. Je suis tombé sur ce passage de l’ Histoire de la Hongrie écrite par Miklos Molnar, au nom manifestement magyar mais qui professe à Lausanne (Univ.) et à l’Institut des Hautes études internationales de Genève. C’est un vrai Hongrois qui -par exemple- parle toujours de la Haute-Hongrie pour dire Slovaquie. Molnar narre la reprise de Buda sur les Turcs le 2 septembre 1686 après 78 jours de siège. Le pape, "qui a déjà fourni un million de florins pour financer la libération de Vienne", monte une nouvelle Sainte Ligue pour financer la guerre qui coûte une dizaine de millions de florins par an. "L’armée alliée est placée sous le commandement du Duc de Lorraine avec cette fois, un fort contingent de Hongrois". Tout cela baigne dans la catholicité la plus pure. Je passe sur les détails. La ville est reprise aux Turcs.

    Molnar raconte :

"La cruauté des soldats vainqueurs n'a rien à envier à celle des Turcs et des Tatars : en plus du pillage ordinaire, on assiste à une tuerie, comme pendant toute cette guerre. Malgré l'ordre de Charles de Lorraine de les épargner quelque 500 Juifs -la moitié de la communauté- sont massacrés, les prisonniers turcs torturés et tués, leur peau écorchée pour la vendre, séchée, aux apothicaires en Allemagne : la poudre qu'ils en tirent est un médicament recherché" [1].

    Voilà le comportement des militaires autrichiens, impériaux et hongrois. Tous bons catholiques. Pas seulement militaires d’ailleurs, ce trafic implique des négociants, transporteurs, apothicaires…

 

LYON N’EST PLUS….

    On sait que Lyon prit le parti des royalistes. La ville a une importance stratégique inconnue aujourd’hui d’un point de vue militaire. Mais il faut se placer en 1793 quant la France est attaquée par les Espagnols, les Piémontais et les Anglais qui débarquent sur la côte méditerranéenne (je ne parle que des ennemis susceptibles de passer par le bas-Rhône et le haut-Rhône). Dans ces conditions :

"Si l’on veut bien réfléchir que Lyon, situé au carrefour des routes des Alpes et du Midi était alors la base de l’armée des Alpes opérant contre les Piémontais et même de l’armée des Pyrénées-Orientales aux prises avec les Espagnols, on comprendra aisément que le gouvernement de fait qui avait en main les destinées de la France ne pouvaient pas la laisser en possessions d’adversaires dont il ignorait les véritables desseins. Et si l’on songe aussi que Toulon ouvrit son port aux Anglais et que Lyon entra en relation avec Toulon, les craintes de la Convention se justifient aisément" [2]

    Lyon royaliste, c’est toute la vallée du Rhône, tout le Dauphiné et le Bugey aux mains de l’ennemi, c’est toute la plaine de la Saône ouverte à ses avancées, c’est Dijon, le seuil de Bourgogne, enfin bref, c’est un coup mortel. Le siège de Lyon dura du 8 août au 13 octobre 1793. La Convention adopta le terrible décret du 13 octobre 1793.  

Extrait du procès-verbal de la Convention nationale (21e jour du premier mois de l'an II) de la République française une et indivisible.

ARTICLE 3. - La ville de Lyon sera détruite ; tout ce qui fut habité par le riche sera démoli ; il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égarés ou proscrits, les édifices spécialement employés à l'industrie et les monuments consacrés à l'humanité et à l'instruction publique.

ARTICLE 4. - Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de ta République ; la réunion des maisons conservées portera désormais le nom de Ville-Affranchie.

ARTICLE 5. Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville avec cette inscription: "Lyon fit la guerre à la liberté; Lyon n'est plus".

    Le texte est un peu contradictoire. Visiblement rédigé dans l’émotion. D’un côté, on emploie des formules définitives : "sera détruite ; effacé ; Lyon n’est plus", de l’autre, on fait la liste de ce qui restera en place "maisons des pauvres, monuments consacrés à l’instruction publique…" et on parle de la nouvelle ville dénommée "Ville-affranchie" - sachant qu’au nord, se trouve Villefranche-sur-Saône -. L’ennemi c’est le "riche" qui a trahi et combattu sa patrie. Pas le pauvre que l’on veut instruire.

    Là encore, ce geste politique a des antécédents -beaucoup plus graves - à chercher ailleurs, qui ont pu inspirer malencontreusement les Conventionnels, chez les Anglais, qu’ils habitent sur leur île ou au Nouveau-Monde.

 

Le génocide des indiens Pequot.

    Lorsqu’il débarque, le pionnier Th. Hooker (1586-1647) parle du désert du Connecticut et H. Bargy, professeur à l’université Columbia, qui raconte cette anecdote, écrit en 1902, après la quasi disparition des Indiens victimes de guerres systématiques qu’il n’a pas pu ignorer,

« la religion américaine (…) est née d’un sol où il n’y avait rien avant elle. (…). Elle est née de trois siècles d’efforts pour (…) créer une civilisation sur une terre nue » [3].

    C’est la thèse bien connue de la terra nullus, de la terre vierge alors que le Connecticut était habité par les indiens Pequots. L’apport de la "civilisation" aux Indiens idolâtres, prit, je l’ai dit ailleurs, presque immédiatement la forme de la guerre avec l’usage des méthodes pratiquées en Irlande. Cet état d’esprit explique les cris de joie du révérend Cotton Mather qui célèbre l’anniversaire du massacre du 26 mai 1637 "ce jour-là, il est probable que nous avons envoyé pas moins de six cents âmes pequots en enfer" [4]. Ce massacre est connu sous le nom de Mystic massacre, parce qu’il eut lieu le long de la Mystic River. Les Pequots vivaient dans le Connecticut et ont été anéantis. Pas tout à fait, car H. Zinn nous signale qu’en 1972, un recensement dénombra 21 indiens Pequots dans cet État de la Nouvelle-Angleterre.

    De nombreux prédicateurs en Amérique du Nord assimilaient les indigènes aux Amalécites et aux Cananéens qui méritaient la mort s’ils refusaient la conversion. C’est le cas du ministre congrégationaliste Cotton Mather, déjà cité, qui, dans un prêche de 1689 à Boston, demanda aux troupes coloniales anglaises de se comporter « comme Israël dans le désert face aux Amalécites [ 5]. (…). Le pur Israël étant forcé de rejeter les Indiens comme la poussière dans les rues, de les éliminer et de les exterminer ».[6] C’est le même Cotton Mather nous l’avons vu qui, rappelant le massacre des indiens Pequots par John Mason, le 26 mai 1637, se frotte les mains. C’est ce même Cotton Mather qui proclame des dogmes aussi fertiles que celui-ci :

"Comme la causalité fondamentale qui gouverne tous les évènements est la volonté divine (directe influence de Calvin, JPR) l’homme n’a pas à avoir le moindre scrupule, quels que soient l’acharnement et l’égoïsme dont il fait preuve dans la recherche de son profit personnel : dans notre travail, nous tendons nos filets, mais c’est Dieu qui y pousse tout ce qui tombe dedans" [7].

    Dans son livre édifiant et fort triste, D.E. Stannard [8] écrit ceci :

"A list of distinctions marking the uniqueness of one or another group that has suffered from genocidal mass destruction or near (or total) extermination could go on at length. Additional problems emerge because of looseness in the terminology commonly used to describe categories and communities of genocidal victims. A traditional Eurocentric bias that lumps undifferentiated masses of "Africans" into one single category and undifferentiated masses of "Indians" into another, while making fine distinctions among the different populations of Europe, permits the ignoring of cases in which genocide against Africans and American Indians has resulted in the total extermination - purposefully carried out - of entire cultural, social, religious, and ethnic groups".

    En substance, le professeur Stannard explique qu’il ne faut pas parler des Noirs ou des Indiens "en général", mais qu’il faut entrer dans le détail de la complexité des tribus, ethnies, sinon on ignore le cas de groupe - relativement petits - qui ont été totalement détruits, exterminés. Il cite le cas des Pequot. Quel rapport avec ma démonstration, me direz-vous ? le voici.

    Non contents d’avoir génocider la tribu, les Anglais voulurent faire disparaître le souvenir, l’existence antérieure même des Pequots. Stannard écrit :

"The word "Pequot" was then removed from New England's maps : the river of that name was changed to the Thames and the town of that name became New London. Having virtually eradicated an entire people, it now was necessary to expunge from historical memory any recollection of their past existence. Some, however, remembered all too well".

    Ainsi la rivière Pequot devient la Tamise, la capitale Pequot devient New London, etc. … Il s’agit réellement d’une extermination, les avides pionniers à la recherche de leur profit personnel -camouflé par une lecture criminelle de l’Ancien testament - détruisent les Indiens pauvres et sans défense. Mentalité yankee qui n’a rien à voir avec les sanctions de la Convention. Ceci se passe AVANT la "disparition" de l’ Écosse.

 

L’ Écosse n’est plus…

    Sait-on que des lois anglaises interdirent dans les Highlands écossaises la possession et l'usage des armes de guerre - dont le two-handed claymore - le port du kilt et du tartan, la pratique de la cornemuse ? Ces signes extérieurs du celtisme devinrent clandestins. Le nom même d'Ecosse disparut des documents officiels : on ne parla plus que de "la Grande-Bretagne du Nord" (North Britain) [9]. Cette "clandestinité" dura plus de trente ans (une génération).

    Et pourquoi cela ? Parce que, en 1745, l’Ecosse avait été une nouvelle fois, une ixième fois, le théâtre d’une tentative de restauration catholique. Celle de Charles-Edouard (1720-1788), le petit-fils du roi Jacques II chassé par la révolution. Cette fois, c’est la France qui vient en aide, précédemment ce fut l’Espagne. Les Anglais mettent le paquet : il faut en finir.

    Voici de larges emprunts au texte de Duchein qui traite de la répression anglaise en Écosse.

    La défaite des jacobites (catholiques favorable au roi Jacques) ouvrit la voie à une répression qui, même en tenant compte des exagérations de la propagande, ne peut être qualifiée que de sauvage. le duc de Cumberland, en l'occurrence, n'agit ni en prince ni en chef militaire responsable; il laissa libre cours à la brutalité de ses troupes, dont la majorité était constituée de mercenaires allemands et de recrues levées dans les plus basses classes de l'Angleterre. Il y gagna le surnom de «boucher» (Butcher Cumberland) qui lui est resté. (…). Dès le soir et le lendemain de la bataille, la plupart des blessés furent achevés sur place, à coups de crosse. Une chasse systématique aux rescapés s'instaura, sur ordre du duc :

« Quand le bruit se répandit que des fuyards s'étaient réfugiés dans les maisons autour du champ de bataille, ordre fut donné de les brûler toutes avec leurs habitants, et que si quelqu'un tentait de s'échapper il serait fusillé aussitôt [...]. Certains officiers refusèrent d'exécuter ces ordres barbares, mais les soldats mercenaires le faisaient à leur place [...]. On cite l'exemple d'une femme en train d'accoucher, qui fut brûlée vive dans sa maison avec neuf ou dix autres femmes, acte indigne de gens qui se disaient chrétiens».

    Quant aux prisonniers, dépouillés de leurs vêtements, parqués nus et sans nourriture, beaucoup moururent de froid et de faim : «on enleva même aux médecins et aux chirurgiens leurs instruments afin de les empêcher de soigner les malades et les blessés».

    Encore s'agissait-il là de brutalités commises à chaud, aussitôt après la bataille. Mais la chasse aux rebelles se poursuivit pendant des semaines et des mois. Des régions entières furent ravagées, les bétails laissés à mourir de faim ou emmenés par l'armée, les villages incendiés. (…). On ignore le nombre total des victimes directes ou indirectes de 1a répression, mais il dépasse à coup sûr plusieurs milliers ou même dizaines de milliers. Le président de la Cour de session, Duncan Forbes, qui s'était montré impeccablement loyal envers le gouvernement, s'interposa en vain ; les ordres venaient de plus haut que lui [10]. La machine judiciaire se mit ensuite en marche. Les prisonniers dont certains s'étaient rendus sous promesse d'amnistie [11], furent déportés en masse aux Antilles et en Amérique, comme des esclaves « entassés dans d'infectes sentines, sans air pour respirer, sans espace pour se coucher ou se mouvoir ».

    Plus durables devaient être les mesures législatives qui suivirent « le Quarante-cinq ». Dès 1747, le Parlement abolit les « juridictions héréditaires d'Ecosse », c'est-à-dire les justices seigneuriales et claniques qui étaient la base du système judiciaire du pays. Le pouvoir des sheriffs, officiers royaux, s'en trouva renforcé ainsi que celui des juges de paix, mais les seigneurs et les chefs de clans y perdirent le principal de leur puissance. C'était, dans les Highlands, un profond et irréversible bouleversement des structures sociales ; peu à peu, seigneurs et chefs de clan se transformèrent, par la force des choses, en simples propriétaires terriens, …

    Trevelyan tire, quant à lui, un bilan très favorable de cette répression.

« En Écosse, les conséquences du « quarante-cinq » furent positives et affectèrent gravement les institutions du pays, car l’Écosse put enfin, avec l'aide des armées anglaises, régler sa question des Highlands. Pour que la civilisation pût progresser dans le nord de l'île, il était essentiel d'abattre l'organisation guerrière des tribus et de détruire leur allégeance illégale envers leurs chefs. La loi du roi devait avoir cours dans les vallées. Ce changement si nécessaire fut enfin accompli ; mais ce ne fut pas de la façon la meilleure. La loi des Lowlands fut appliquée aux tenures et aux coutumes des Highlands avec une uniformité rigide et avec toute cette ignorance habituelle à l'homme civilisé dans ses rapports avec une société primitive (sic) dont il méprise trop les aspects extérieurs pour bien en étudier les réalités. Cependant, le pays eut la paix lorsque la ligne des Highlands cessa d'avoir une signification politique et ne fut plus qu'une expression géographique. Les constructions de routes et la sécurité des voyageurs (…) ne tardèrent pas à faire de l’Écosse un pays uni » [12].

 

    Après l’Irlande gaélique, les Anglais font donc disparaître une seconde société "primitive" (sans parler du Pays de Galles, absorbé depuis longtemps). Si l’Irlande gaélique et l’Écosse celtique sont des sociétés primitives, on imagine ce qu’ont pu être les Indiens d’Amérique (peuples sans écriture) pour les Anglais, élus de Dieu.

    On comprendra mieux, Sir C. Dilke, baronet, member of the Parliament, lorsqu’on le verra écrire «the Anglo-Saxon is the only extirpating race on earth».

 

CONCLUSION

    Les violences qui ont été commises sous la Révolution n’auraient pas eu lieu si l’aristocratie -mais le pouvait-elle ? - avait joué le jeu de la démocratie, en l’occurrence respecté les décisions des États-généraux et si l’ Église -mais le pouvait-elle ?- avait accepté la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Tout le reste est à l’avenant. Vaincre ou mourir, les révolutionnaires ont préféré vaincre. Mais, comme le dira ultérieurement de façon erronée, un chant célèbre, on ne peut pas faire du passé table rase. Pas totalement. Nous sommes tous des héritiers, même du pire. Question qui pose avec acuité la question de « la tradition de toutes les générations mortes (qui) pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants » car si « Les hommes font leur propre histoire, …, ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé » [13].

   
    La violence des siècles passés restait dans les têtes. Aussi ne faut-il pas s'étonner si des violences ont été commises durant la Révolution. Elles sont aussi le fruit mauvais de l'Ancien régime. Dans le Tribun du peuple publié après le 14 juillet 1789, Gracchus Babeuf commente la promenade dans Paris des têtes coupées à la Bastille, en écrivant : "Oh ! que cette joie me faisait mal. J'étais tout à la fois satisfait et mécontent. Je disais tant mieux! et tant pis ! Je comprends que le peuple se fasse justice, j'approuve cette justice lorsqu'elle est satisfaite par l'anéantissement des coupables, mais pourrait-elle aujourd'hui n'être pas cruelle ? Les supplices de tout genre, l'écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, le fouet, les gibets, les bourreaux multipliés partout ont fait de si mauvaises mœurs ! Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares parce qu'ils le sont eux- mêmes".

    Malgré les Lumières, le XVIII° est resté un siècle de violence, violence inhérente à une société de privilèges, de domination, d'intolérance.

 



[1] PERRIN éditeur, collection tempus, Paris, 2004, 470 pages.

[2] F. DUTACQ, "La première Terreur blanche à Lyon", Revue de l’Université, 1932.

[3] H. BARGY, La religion dans la société aux États-Unis.

[4] Lire H. ZINN, Une histoire populaire des États-Unis, 1er chapitre.

[5] On sait que pour les Anglais de Cromwell, les Irlandais étaient aussi des Amalécites, faisant obstacle à l’arrivée du peuple élu. 

[6] cité ans PRIOR, "Bible et colonialisme", L’Harmattan, page 313.

[7] Cité par R. B. PERRY, "Puritanisme et démocratie". Cotton Mather est le fils de Increase Mather de Boston. Il reçut son diplôme de Harvard des mains de son père, président du collège. Quant à Mason, il devint gouverneur du Connecticut.

[8] Professeur à l’université d’Hawaï, "American Holocaust", Oxford University Press, 1992.

[9] DUCHEIN, Histoire de l’Ecosse. Les parties en italique sont extraites, par Duchein, d’un ouvrage de Forbes, publié en 1895, qui est un recueil de témoignages sur les « quarante-cinq ».

[10] Le premier ministre est alors Henry Pelham, du parti des Whigs.

[11] On relèvera le nombre de fois où les Anglais ont pris par traitrise leurs ennemis, ne respectant pas leur propre promesse. Sous Elisabeth, sous Cromwell, Guillaume III, ici George II…Élégance transmise aux Américains.

[12] Précis d’histoire de l’Angleterre, 1955.

[13] MARX, le 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte.

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