2. Révolution française

  • La Révolution partagée : le siège de Lille ( 25 septembre - 8 octobre 1792)         Voici un article écrit et publié par la revue L’Incorruptible, n°89, bulletin de la société des Amis de Robespierre. Il traite de la résistance vigoureuse des Lillois assiégés ...
    Publié à 26 sept. 2014 à 01:55 par Jean-Pierre Rissoan
  • La prise de la Bastille ... en images     Voici quelques documents qui permettent de situer cette fameuse Bastille, ancien château-fort défensif contre des envahisseurs type Normands... devenu prison d’État avec des hôtes illustres comme Diderot ou ...
    Publié à 15 oct. 2016 à 10:11 par Jean-Pierre Rissoan
  • Constitution de l'an I : l'avant-projet de Robespierre.     Compte tenu du grand intérêt que portent les lecteurs au texte de la Constitution de l’an I et aux chapitres qui y réfèrent, je crois utile de publier le ...
    Publié à 1 juil. 2014 à 12:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • 20 juin 1789 à Versailles, le serment du Jeu de paume Philippe DE CARBONNIERES, chargé des collections révolutionnaires au musée Carnavalet.       Il est difficile de dissocier cet événement emblématique des deux épisodes qui le précèdent et le suivent, le 17 juin ...
    Publié à 4 janv. 2014 à 03:44 par Jean-Pierre Rissoan
  • Pensées de Robespierre..... par l'A.R.B.R.       Voici quelques « pensées » de Maximilien Robespierre, que nous fournit l’association amie « Les amis de Robespierre ». Savez-vous que lorsque nous avons dit, lors d’un repas au restaurant, que ...
    Publié à 4 juin 2015 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos de la « violence » révolutionnaire… 2ème partie Seconde partie sur le thème de la violence de la Révolution française. A propos de la « violence » révolutionnaire… (1ère partie) J’AURAI TA PEAU.     Je cite ici Mme J. Grimault ...
    Publié à 19 août 2013 à 09:01 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos de la « violence » révolutionnaire… (1ère partie)     La campagne contre la Révolution française et son leader emblématique, Robespierre, continue, relayée par les médias comme Le Monde, France2, etc… Des parlementaires d’extrême-droite signent une proposition de ...
    Publié à 19 août 2013 à 08:50 par Jean-Pierre Rissoan
  • La république, il y a 220 ans … par le professeur Michel BIARD     Et si la République célébrait enfin l’anniversaire de sa naissance ? Par Michel BIARD, professeur à l’université de Rouen, président de la Société des études robespierristes.   Le 14 juillet ...
    Publié à 24 sept. 2012 à 12:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • Jean Jaurès nous parle de Robespierre… i        Je publie cet article de la revue L’Incorruptible, n°80 du 2ème semestre 2012. C’est J. Jaurès qui va parler. Jaurès a été un historien de ...
    Publié à 14 mars 2013 à 02:53 par Jean-Pierre Rissoan
  • La Marseillaise, chant révolutionnaire ! par Michel VOVELLE, Edgar MORIN.     Aujourd’hui, samedi 14 avril 2012, Marseille est la capitale de la France révolutionnaire. Le Front de Gauche y tient meeting avec quelques cent mille copains, potes, camarades et amis ...
    Publié à 16 août 2016 à 11:14 par Jean-Pierre Rissoan
  • 1ère partie : la constitution de 1793, dite de l'an I.     Les manifestants si nombreux de la place de la Bastille, le 18 mars 2012, ont vibré quand Jean-Luc Mélenchon, le candidat du front de Gauche, a cité une partie ...
    Publié à 20 oct. 2016 à 03:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • (3° partie) LA CONSTITUTION DE 1793 DITE DE L’AN I     Le texte intégral de la Déclaration de 1793 et de la constitution de 1793 dite de l'an I se trouve dans la 2° partie de ce thème : LA CONSTITUTION ...
    Publié à 20 oct. 2016 à 03:10 par Jean-Pierre Rissoan
  • LA CONSTITUTION DE 1793 DITE DE L’AN I (2ème partie) lien pour la 1ère partie : 1ère partie : la constitution de 1793, dite de l'an I.    Cette constitution est précédée de décrets ainsi que d’un préambule : la déclaration des ...
    Publié à 20 oct. 2016 à 03:04 par Jean-Pierre Rissoan
  • 18 mars à la Bastille : aux sources de la fête-révolution     18 mars 2012, reprenons la Bastille ! François Delapierre, directeur de campagne de Jean Luc Mélenchon, explique comment se présentera le cortège de la marche du 18 mars. Le cortège sera ...
    Publié à 14 mars 2012 à 04:01 par Jean-Pierre Rissoan
  • Hommage à Robespierre au Panthéon. Le 28 juillet, les amis de Robespierre étaient nombreux au Panthéon pour la commémoration du 10 Thermidor. Un texte de notre amie Jacqueline Grimault a été lu devant le monument ...
    Publié à 3 févr. 2012 à 03:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • ROBESPIERRE ET LA FORCE DES PREJUGES     Je publie l’éditorial du n°77 de la revue  L'Incorruptible qui s’intitule « la force des préjugés » (3°trimestre 2011). Je le publie avec d’autant plus de ...
    Publié à 19 févr. 2012 à 11:33 par Jean-Pierre Rissoan
  • Quelques flashes depuis Vizille...     Chacun sait que le château de Vizille (38) abrite le musée départemental de la Révolution française. C’est une excellente escale de vacances.     C’est avec émotion que j’ai ...
    Publié à 10 juin 2017 à 02:05 par Jean-Pierre Rissoan
  • Avec Eva Joly pour un défilé populaire le 14 juillet... 16.07.2011.    Eva Joly a tout à fait raison de réclamer une fête populaire le 14 juillet en lieu et place d’un défilé militaire. On peut être artisan ...
    Publié à 14 mars 2012 à 02:57 par Jean-Pierre Rissoan
  • A.serment du jeu de paume et salut nazi, du pareil au même ? Certains vont croire que j’exagère à vouloir à tout prix chercher des titres racoleurs pour attirer le chaland. Et pourtant, il existe des historiens révisionnistes - c’est-à-dire ...
    Publié à 18 sept. 2015 à 09:38 par Jean-Pierre Rissoan
  • B. serment du jeu de paume et salut nazi, du pareil au même ?     Que peut-on tirer d’un texte pareil ? A.serment du jeu de paume et salut nazi, du pareil au même ? 1) "Ce geste fasciste par excellence, qu'est le ...
    Publié à 15 sept. 2016 à 15:30 par Jean-Pierre Rissoan
  • B. Révolution française, sociétés populaires, sans-culottes : Givors-sur-Rhône   10/03/2011  Givors est une petite ville, chef-lieu de canton du Rhône, sur le fleuve éponyme, dont les traditions révolutionnaires ne se sont jamais émoussées[1]. C’est ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 03:06 par Jean-Pierre Rissoan
  • A. REVOLUTION FRANCAISE, SOCIETES POPULAIRES ET SANS-CULOTTES…   12/11/2010  Je présente aujourd’hui un article de Serge Laurent, Président de la Société populaire de Villefranche-sur-Saône. En prenant ce libellé, la société qu’il dirige ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 03:03 par Jean-Pierre Rissoan
  • Nelson Mandela et Maximilien Robespierre…   10/07/2010      Notre révolution, y compris dans ce qu’elle a produit de plus généreux, est combattue, critiquée, méprisée. Mais elle ne nous appartient plus entièrement, les peuples s ...
    Publié à 13 oct. 2016 à 06:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • L’ACQUISITION D’ECRITS DE ROBESPIERRE   20/05/2011  L’ACQUISITION D'ECRITS DE ROBESPIERRE : UNE GRANDE POLITESSE REPUBLICAINE   par Jack RALITE, ancien ministre, sénateur (PCF) de la Seine-Saint-Denis.   Nous étions heureux et à ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 02:58 par Jean-Pierre Rissoan
  • ROBESPIERRE, disciple de J.-J. ROUSSEAU   08/04/2011      C’est avec satisfaction que je constate la demande d’informations sur la Révolution, les Sans-culottes et sur la personnalité de Robespierre. Il y aurait là ...
    Publié à 16 août 2016 à 03:18 par Jean-Pierre Rissoan
  • II. Révolution, laïcité, instruction publique…   17/12/2010  Seconde partie de la conférence de P. DAZORD. J’attire particulièrement l’attention du lecteur sur la distinction entre instruction et éducation, entre vérité et opinion. J ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 02:47 par Jean-Pierre Rissoan
  • I. Révolution, laïcité, instruction publique…   16/12/2010  J’entreprends aujourd’hui la publication d’une conférence de Pierre Dazord sur la laïcité, spécificité française qui remonte, non point à la loi célèbre de 1905 ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 02:42 par Jean-Pierre Rissoan
  • II. MARAT, l’Ami du peuple…   29/11/2010  Pour des raisons que les lecteurs n’indiquent pas -et c’est bien regrettable- l’article sur « Marat, l’ami du peuple » qui remonte au mois d ...
    Publié à 25 nov. 2016 à 04:36 par Jean-Pierre Rissoan
  • Marat, l’ami du peuple…   21/04/2010      Dans son édition du 22 avril, LE MONDE publie un article de Guillaume Mazeau, Maître de conférences à l'université Paris-I-Panthéon-Sorbonne, dont voici le ...
    Publié à 25 nov. 2016 à 04:38 par Jean-Pierre Rissoan
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La Révolution partagée : le siège de Lille ( 25 septembre - 8 octobre 1792)

publié le 21 sept. 2014 à 10:00 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 26 sept. 2014 à 01:55 ]

        Voici un article écrit et publié par la revue L’Incorruptible, n°89, bulletin de la société des Amis de Robespierre. Il traite de la résistance vigoureuse des Lillois assiégés par les Autrichiens en 1792. Ce genre d’article est trop rare. Face à l’adversaire de toujours, coriace, contre-révolutionnaire, qui voit dans la Révolution l’œuvre d’un tyran qui aurait mené les Français au fouet de la dictature, on voit ici des Lillois, parfaitement déterminés, qui décident librement de faire front à l’envahisseur autrichien. On lira la réponse du maire à la demande du commandant autrichien de rendre les armes. On admirera tout autant la conduite du maître-canonnier qui répond, quand on lui annonce que sa maison brûle, que sa place est aux côtés de sa pièce d’artillerie. Je l’ai dit dans mon livre : quand on est prêt, ainsi, à abandonner son patrimoine pour la défense de ses idées, la Révolution est invincible. Où est Robespierre dans ce combat ? Qui oblige les Lillois à se battre ? Personne. Rien. Rien sinon le sens de l’honneur, de la patrie, et de la vertu révolutionnaire.

        J.-P. R.

 

 LE SIÈGE DE LILLE

    Le 20 avril 1792, sur la proposition du roi Louis XVI, l'Assemblée législative déclare la guerre au "roi de Bohème et de Hongrie" et engage ainsi la France dans une guerre qui, hormis la paix de Lunéville (9 février 1801) va durer vingt-deux ans.

    Les révolutionnaires ont pour objectif premier de libérer la Belgique placée sous la dépendance de la Maison d'Autriche (on parlait des "Pays-Bas autrichiens, JPR").

    Le 28 avril, les troupes françaises passent à l'offensive, mais les opérations militaires tournent aussitôt à la catastrophe. L'incurie de l'état-major français, l'inefficacité d'une armée composée de mercenaires et de patriotes volontaires mais inexpérimentés convainquent les Autrichiens et les Prussiens de leur supériorité militaire. Le 19 août 1792, tes armées de la coalition (austro-prussienne, JPR) franchissent les frontières de l'Est. Surprises par les pluies de septembre, décimées par la dysenterie, les troupes prussiennes s'enlisent dans les boues de l’Argonne et sont arrêtées à Valmy par Kellermann et Dumouriez le 20 septembre 1792. Néanmoins, le 25 septembre, 13000 Autrichiens commandés par Albert de Saxe-Teschen mettent le siège devant Lille.

    Dans la guerre qui oppose la France à la coalition austro-prussienne, Lille est en première ligne et ne se trouve nullement dépourvue lorsque l'archiduc Albert de Saxe-Teschen vient y mettre le siège. La garnison française commandée par le maréchal de camp Ruault est forte d'environ 10000 hommes, renforcés par les 132 canonniers de la garde nationale sédentaire, citoyenne de la ville, et par la population lilloise activement mobilisée.

    Le 26 septembre, l'armée autrichienne installe de formidables batteries dans les faubourgs : 24 canons de gros calibre, 12 mortiers et de nombreux obusiers. On entasse des provisions de bombes, d'obus, de mitraille ; on dispose des grils pour faire rougir les boulets. Le 29 septembre, le duc de Saxe-Teschen fait savoir qu'il est disposé à épargner la ville contre reddition. Pierre André-Bonte, maire de Lille, répond "nous venons de renouveler notre serment d’être fidè1es à la Nation, de maintenir la Liberté et l’Égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures. " Le 29 septembre, à 15 heures, bombes et boulets rouges incendiaires commencent à pleuvoir sur la cité, notamment sur le quartier Saint-Sauveur et sur la Grand-Place. Des incendies s'allument partout. Le 30 septembre, le maire de Lille lance un appel désespéré aux villes voisines : "Exposés au bombardement le plus vif de la part de l’ennemi qui ne cesse de tirer sur notre ville à boulets rouges et à bombes, nous vous prions au nom de la Patrie de nous envoyer vos pompes... ". Appel dont l'écho est entendu par Béthune, Aire, Saint-Omer et Dunkerque qui mettent tout en œuvre pour aider les assiégés.

    L'artillerie lilloise répond sans discontinuer. Tous les hommes sont à leur poste, sur les remparts et dans les ouvrages extérieurs. Certains montent sur les toits pour surveiller l'arrivée des projectiles ennemis. Dans la ville, les femmes, les vieillards et les enfants s'efforcent d'arrêter les ravages du feu.

   Les exemples de courage et d'abnégation sont nombreux. Le commandant Charlemagne Ovigneur, chef des canonniers, était auprès d'une pièce qu'il pointait ; on accourt l'avertir que sa maison brûle ; il regarde du côté où elle se trouvait et la voit en effet, entourée de flammes: "Ma place est ici, dit-il, laissons ma maison brûler et rendons à l'ennemi feu pour feu".

  

ce tableau restitue cette séquence, avec à droite, le soldat qui prévient Ovigneur et au centre, monté sur la pièce d’artillerie, Ovigneur, lui-même, très serein (JPR). Tableau de Le Dru (1)


 Le bombardement et la canonnade durent sans relâche six jours entiers. Six mille bombes et trente mille boulets sont tombés sur la ville. Plus de deux mille maisons sont détruites ou touchées. Mais le feu des Autrichiens commence à se ralentir et le 6 octobre, il cesse. À bout de munitions, fatigué de la résistance des Lillois, inquiet des succès de Dumouriez en Champagne et aussi de la concentration d'une armée française au camp de Lens, le duc de Saxe-Teschen se replie sur Tournai le 8 octobre.

    L'héroïque défense de Lille excite l'enthousiasme de la France entière ; le 12 octobre 1792, la Convention vote aux braves citoyens qui ont si bien combattu pour la patrie et leurs foyers, une somme de 2 millions comme secours provisoire, et une bannière d'honneur portant cette inscription : "À la ville de Lille, la Nation reconnaissante".

    Docteur Michel CSANYI

 

La colonne de la Déesse est un monument commémoratif inauguré le 8 octobre 1845, au centre de la Grand-Place de Lille aujourd'hui place du Général-de-Gaulle. (…). Chacun des quatre côtés du piédestal de la colonne porte des inscriptions : Devant : " Nous venons de renouveler notre serment d'être fidèles à la Nation, de maintenir la Liberté et l''Égalité ou de mourir à notre poste. Nous ne sommes pas des parjures". Sur le côté droit :"Levée du Siège, nuit du 7 au 8 octobre 1792". Sur le côté gauche: "Les habitants de Lille ont bien mérité de la patrie (Décret du 12 octobre 1792) ". Derrière: "Aux Lillois de 1792. Hommage de nos concitoyens. 1842".


Les amis de Robespierre, Maison des Sociétés, rue Aristide Briand, 62000 ARRAS

    www.amis-robespierre.org 

    (1) Albert-Ferdinand Le Dru est un peintre français (1848- ?). Élève du peintre de genre et de sujets militaires Louis-Antoine Tiremois, il est connu comme peintre de sujets militaires. Il expose au Salon à partir de 1876 et obtiendra en 1894 une médaille de troisième classe pour sa représentation du Siège de Lille en 1792 (le capitaine Ovigneur commandant les canonniers reste stoïque alors qu'on lui apprend que sa maison est en feu) (Fiche Wiki).

NB. Un descendant de la famille OVIGNEUR, Thomas, me transmet ceci :
https://www.facebook.com/136751596396996/photos/a.284157198323101.65909.136751596396996/594333537305464/?type=1&theater

  vous pourrez y trouver une page spéciale sur Charlemagne Ovigneur, héros du siège de Lille, et une foule de documents authentiques reproduits par Thomas Ovigneur.

La prise de la Bastille ... en images

publié le 12 juil. 2014 à 10:57 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 15 oct. 2016 à 10:11 ]



    Voici quelques documents qui permettent de situer cette fameuse Bastille, ancien château-fort défensif contre des envahisseurs type Normands... devenu prison d’État avec des hôtes illustres comme Diderot ou Voltaire. Symbole de l'absolutisme et de l'arbitraire royaux, elle fut le cible des Parisiens qui voyaient -légitimement - ce château devenir une arme dirigée contre eux.



    Ce plan du Paris de Charles V (fin du XV° siècle) montre que la Bastille n'est qu'un élément d'un ensemble : la muraille qui protège Paris sur 360° - la Seine est protégée par des chaînes énormes que l'on tend le soir d'une rive à l'autre pour barrer la voie aux navires ennemis -. La Bastille est un élément plus important que les autres, son pendant à l'ouest est la forteresse du Louvre. La Bastille est flanquée de la porte St-Antoine.


    Cette gravure (photo Jaunet) montre l'ampleur du Château. Il ne compte pas moins de huit tours. On voit parfaitement la rue saint-Antoine intra-muros qui, hors Paris, se prolonge par la rue du faubourg Saint-Antoine. Pour cela il faut franchir la porte Saint-Antoine : la vieille porte médiévale avec ses échauguettes, puis la porte du XVIII° siècle avec ses colonnes décoratives et, enfin, une troisième porte, également médiévale et fortifiée.
    La vue est orientée vers le Nord. On observe à gauche un pont-levis (à l'opposé de la porte St-Antoine qui est à l'est) : c'est par là que passeront les révolutionnaires. Il porte le numéro 2 sur le croquis ci-dessous.


Sur ce croquis les éléments d’architecture et d'urbanisme construits ultérieurement sont indiqués par des pointillés.
Avec le temps, des éléments d'habitation ou de servitude sont venus s’agréger à la Bastille. Ainsi que le montre cette gravure ci-dessous (photo Jaunet). Là, on voit les assaillants passer par le pont-levis n°1. D'autres, à l'arrière-plan franchissent le second pont-levis et pénètrent dans la cour du château-fort.


"Le peuple crie aux soldats sur les tours « Nous voulons la Bastille ! en bas la troupe ». Deux hommes, Davanc et Denain, prenant appui sur une boutique de parfumeur adossée au chemin de ronde, montent sur ce chemin de ronde, sautent dans une cour intérieure et brisent les chaînes d'un pont-levis qui retombe. La masse des combattants qui n'a pas vu l'escalade croit que les ponts s'abaissent sur les ordres du gouverneur ; elle envahit la cour. De Launay fait alors ouvrir le feu. C'est ainsi que la bataille s'engage vers une heure de l'après-midi. Les assiégeants allument des voitures de paille mouillée poux se protéger du feu de la garnison par un rideau de fumée,..."

extrait du livre Jean Michaud "les États généraux et la 14 juillet 1789", Éditions sociales, collection "pages d'histoire populaire".

Ce ne fut pas une rigolade comme tenta de le faire croire la presse aristocratique. Après quatre heures de combat, il y eut 83 tués du côtés des révolutionnaires plus 15 autres qui ne survécurent pas à leurs blessures.


Constitution de l'an I : l'avant-projet de Robespierre.

publié le 30 mai 2014 à 05:48 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 juil. 2014 à 12:36 ]

    Compte tenu du grand intérêt que portent les lecteurs au texte de la Constitution de l’an I et aux chapitres qui y réfèrent, je crois utile de publier le texte intégral du projet qu’avait rédigé Robespierre. J’utilise pour cela différents numéros de L’Incorruptible. On trouvera toutes les coordonnées de la société éditrice de ce bulletin en fin d’article.

Je précise que la Terreur n’a été inscrite à l’ordre du jour de la Convention que le 5 septembre 1793.

Le texte en bleu est écrit par la rédaction de l’Incorruptible. En noir, c’est le texte de Maximilien.

J.-P. R.

1ère partie : la constitution de 1793, dite de l'an I.

LA CONSTITUTION DE 1793 DITE DE L’AN I (2ème partie)

(3° partie) LA CONSTITUTION DE 1793 DITE DE L’AN I

 ***

    La chute de la royauté le 10 août 1792 a rendu caduque la Constitution monarchique adoptée en 1791 et la mission de la Convention est de doter la France d'une nouvelle constitution.

    En février 1793, Condorcet propose, au nom des Girondins, un projet qui renforce le pouvoir exécutif et celui des propriétaires, et la Convention adopte le 29 mai 1793 une déclaration dont l'article 17 stipule : « le droit de propriété consiste en ce que tout homme est maître de disposer à son gré de ses biens, de ses capitaux, de ses revenus et de son industrie ».

    Robespierre s'insurge contre une telle définition qui favorise ceux qui veulent accroître toujours plus leurs propriétés au détriment de celle des autres. Pour lui, ce projet girondin favorise les riches et oublie les devoirs de fraternité qui unissent tous les hommes et toutes nations. Robespierre avait lui-même, dès le 21 avril 1793, proposé son propre projet de déclaration des droits de l'Homme et du Citoyen devant le club des Jacobins qui l'avait adopté. Il le présentera (malheureusement en vain) devant la Convention le 24 avril, en insistant sur les quatre articles qu'il propose (VI, VII, VIII, et XIX), concernant le droit de propriété qu'il veut limiter. C'est à cette occasion qu'il déclare à l'Assemblée : « Il ne fallait pas une révolution sans doute pour apprendre à l'Univers que l'extrême disproportion des fortunes est la source de biens des maux et bien des crimes ».

    Chacun des 38 articles du projet de Robespierre mérite d'être connu et médité et nous avons pensé utile de publier cette déclaration en plusieurs numéros de notre bulletin.

 

Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen formulée par Maximilien Robespierre en 1793

 

ARTICLE PREMIER : Le but de toute association politique est le maintien des droits naturels et imprescriptibles de l'homme, et le développement de toutes ses facultés.

ART. 2. Les principaux droits de l'homme sont ceux de pourvoir à la conservation de l'existence et de la liberté.

ART.3. Ces droits appartiennent également à tous les hommes, quelle que soit la différence de leurs forces physiques et morales. L'égalité des droits est établie par la nature, la société, loin d'y porter atteinte, ne fait que la garantir contre l'abus de la force, qui la rend illusoire.

ART. 4. La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme d'exercer à son gré toutes ses facultés ; elle a la justice pour règle, les droits d'autrui pour bornes, la nature pour principe, et !a loi pour sauvegarde.

ART. 5. Le droit de s'assembler paisiblement, le droit de manifester ses opinions, soit par voie de la presse, soit de toute autre manière, sont des conséquences si nécessaires du principe de liberté de l'homme, que la nécessité de les énoncer suppose ou la présence ou le souvenir récent du despotisme.

ART. 6. La propriété est le droit qu'a chaque citoyen de jouir et de disposer à son gré de la portion de biens qui lui est garantie par la loi.

ART. 7. Le droit de propriété est borné comme tous les autres, par l'obligation de respecter les droits d'autrui.

ART. 8. lI ne peut préjudicier, ni à la sûreté, ni à la liberté, ni à l'existence, ni à la propriété de ses semblables.

ART. 9. Tout trafic qui viole ce principe est essentiellement illicite et immoral.

ART. 10: La société est obligée de pourvoir à la subsistance de tous ses membres, soit en leur procurant du travail, soit en assurant les moyens d'exister à ceux qui sont hors d'état de travailler.

ART. 11 : Les secours indispensables à celui qui manque du nécessaire sont une dette de celui qui possède le superflu. Il appartient à la loi de déterminer la manière dont cette dette doit être acquittée.

ART. 12 : Les citoyens dont les revenus n'excèdent point ce qui est nécessaire à leur subsistance, sont dispensés de contribuer aux dépenses publiques ; les autres doivent les supporter progressivement selon l'étendue de leur fortune.

ART. 13 : La société doit favoriser de tout son pouvoir les progrès de la raison publique, et mettre l'instruction à la portée de tous les citoyens.

Remarques : La déclaration des Droits de l'homme finalement adoptée par la Convention a repris presque textuellement (art. 21 et 22) les articles 10 et 13 proposés par Robespierre. Mais elle a refusé les articles 11 et 12 qu'aucun régime n'a depuis appliqués.

Art. 14: Le peuple est souverain ; le gouvernement est son ouvrage et sa propriété ; les fonctionnaires publics sont ses commis.

Par «fonctionnaires publics » il faut entendre « élus » ; Robespierre insiste sur le fait qu'ils sont aux ordres du peuple.

Le peuple peut, quand il lui plaît, changer son gouvernement et révoquer ses mandataires.

Pour Robespierre, l'exercice de la citoyenneté n’est pas intermittent c'est à dire limité au temps d'une élection, mais doit être permanent.

Art 15: La loi est l'expression libre et solennelle de la volonté du peuple.

Art. 16: La loi doit être égale pour tous.

Art. 17: La loi ne peut défendre que ce qui est nuisible à la société; elle ne peut ordonner que ce qui lui est utile.

Art. 18: Toute loi qui viole les droits imprescriptibles de l'homme est essentiellement injuste et tyrannique; elle n'est point une loi.

Art 19: Dans tout Etat libre, la loi doit surtout défendre la liberté publique et individuelle contre l'autorité de ceux qui gouvernent.

Toute institution qui ne suppose pas le peuple bon et le magistrat corruptible est vicieuse.

Art. 20 Aucune portion du peuple ne peut exercer la puissance du peuple entier; mais le vœu qu'elle exprime doit être respecté comme le vœu d'une portion du peuple qui doit concourir à la volonté générale. Chaque section du souverain assemblé doit jouir du droit d'exprimer sa volonté avec une entière liberté ; elle est essentiellement indépendante de toutes les autorités constituées, et maîtresse de sa police et de ses délibérations. Pour Robespierre, les minorités ont le droit de se faire entendre et participent à la vie démocratique

Art. 21. Tous les bons citoyens sont admissibles à toutes les fonctions publiques, sans aucune autre distinction que celle des vertus et des talents, sans aucun autre titre que la confiance du peuple.

Art 22. Tous les citoyens ont droit à concourir à la nomination des mandataires du peuple et à la formation de la loi.

Art. 23. Pour que ces droits ne soient point illusoires et l'égalité chimérique, la société doit salarier les fonctionnaires publics et faire en sorte que les citoyens qui vivent de leur travail puissent assister aux assemblées publiques où la loi les appelle, sans compromettre leur existence et celle de leur famille.

Dès 1789-90 Robespierre avait réclamé l'indemnisation des citoyens qui participaient aux assemblées publiques légales (telles les opérations électorales ou les séances municipales). Cette proposition n'a, depuis, jamais été retenue.

Art 24. Tout citoyen doit obéir religieusement aux magistrats et aux agents du gouvernement, lorsqu'ils sont les organes ou les exécuteurs de la loi.

Art 25. Mais tout acte contre la liberté, contre la sûreté ou contre la propriété d'un homme, exercé par qui ce soit, même au nom de la loi, hors de cas déterminés par elle et des formes qu'elle prescrit, est arbitraire et nul ; le respect même de la loi défend de s'y soumettre ; et si l'on veut l'exécuter par la violence, il est permis de le repousser par la force. Cette proposition n'a pas  été retenue.

Art 26. Le droit de présenter des pétitions aux dépositaires de l'autorité publique appartient à tout individu ; ceux à qui elles sont adressées doivent statuer sur les points qui en font l'objet ; mais ils ne peuvent ni en interdire, ni en restreindre, ni en condamner l'exercice.

Ce droit de pétition a été repris par la Convention mais sans l'obligation d'y donner suite.

Art 27. La résistance à l'oppression est la conséquence des autres droits de l'homme et du citoyen.

Art. 28. Il y a oppression contre le corps social lorsqu'un seul de ses membres est opprimé.

Il y a oppression contre chaque membre du corps social lorsque le corps social est opprimé.

Art 29. Lorsque le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.

Dans la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen décrétée en 1793 par la Convention et acceptée par le peuple français, les articles 21, 22, 27, 28 et 29 proposés par Robespierre ont été repris dans pratiquement les mêmes termes.

Art. 30 : Quand la garantie sociale manque à un citoyen, il entre dans le droit naturel de défendre lui-même tous ces droits. Article XXIII retenu par la Convention : «La garantie sociale consiste dans l'action de tous pour assurer à chacun la jouissance et la conservation de ses droits ; cette garantie repose sur la souveraineté nationale».

Art. 31 : Dans l'un et l'autre cas, assujettir à des formes légales la résistance à l'oppression est le dernier raffinement de la tyrannie.

Art. 32: Les fonctions publiques ne peuvent être considérées comme des distinctions, ni comme des récompenses, mais comme des devoirs publics.

Article XXX retenu par la Convention: « Les fonctions publiques sont essentiellement temporaires ; elles ne peuvent être considérées comme des distinctions ni comme des récompenses, mais comme des devoirs »

Art. 33 : les délits des mandataires du peuple doivent être sévèrement et facilement punis. Nul n'a le droit de se prétendre pli inviolable que les autres citoyens.

Article XXXI retenu par la Convention : "Les délits des mandataires du peuple et de ses agents ne doivent jamais être impunis. Nul n'a le droit de se prétendre plus inviolable que les autres citoyens".

Art. 34 : Le peuple a le droit de connaître toutes les opérations de ses mandataires ; ils lui doivent rendre un compte fidèle leur gestion, et subir son jugement avec respect.

Cette exigence n'a pas été retenue

Art. 35 : Les hommes de tous les pays sont frères, et les différents peuples doivent s'entr’aider selon leur pouvoir, comme les citoyens d'un même État.

Art. 36 : Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

Art. 37 : Ceux qui font la guerre à un peuple pour arrêter les progrès de la liberté et anéantir les droits de l'homme doivent être poursuivis partout, non comme des ennemis ordinaires, mais comme des assassins et des brigands rebelles.

Aucun des trois articles précédents relatif à la politique extérieure n'a été retenu par la Convention.

Art. 38 : Les aristocrates, les tyrans quels qu'ils soient, sont des esclaves révoltés contre le souverain de la terre, qui est le genre humain, et contre le législateur de l'univers qui est la nature.

 ***

Le texte de Robespierre et les annotations de la rédaction de l’Incorruptible sont extraits des numéros suivants de ce bulletin des amis de Robespierre :

L'Incorruptible N°81, page 8, 3ème trimestre 2012

N°82, page 3, 4ème trimestre 2012

          L'Incorruptible N°83, page 3, 1er trimestre 2013

N°84, page 5, 2ème trimestre 2013

 

LES AMIS DE ROBESPIERRE

Maison des Sociétés, rue Aristide Briand           -

62000 ARRAS

Mel : amisderobespierre@orange.com

Site : www.amis-robespierre.org

 

20 juin 1789 à Versailles, le serment du Jeu de paume

publié le 4 janv. 2014 à 03:44 par Jean-Pierre Rissoan

Philippe DE CARBONNIERES,

chargé des collections révolutionnaires au musée Carnavalet.

 

    Il est difficile de dissocier cet événement emblématique des deux épisodes qui le précèdent et le suivent, le 17 juin, lorsque les représentants du Tiers état se proclament Assemblée nationale – véritable commencement de la Révolution – et, le 23 juin, lorsqu’ils refusent d’évacuer les lieux.

    En juin 1789, les États généraux, ouverts depuis le 5 mai, sont dans une impasse, malgré l’immense espoir qu’ils ont suscité. À aucun moment Louis XVI n’a renoncé à la moindre parcelle de souveraineté, désirant avant tout que les États votent de nouveaux impôts pour combler le déficit. Certes, il a accordé le doublement des représentants du Tiers-état (600, contre 300 pour chacun des ordres privilégiés), mais il a maintenu le vote par ordre, ce qui réduit cette mesure à néant, clergé et noblesse étant dominés par les conservateurs ; alors que le Tiers revendique le vote par tête, beaucoup plus propice aux réformes, puisqu’une bonne partie du clergé et une quarantaine de nobles sont favorables aux "idées nouvelles".

    En attendant, l’opposition des deux premiers ordres bloque la situation, et empêche le travail de commencer. Les représentants du Tiers -qu’on appelle aussi les "Communes"[1]- vont réagir : le 13, ils somment les deux ordres privilégiés de les rejoindre et, devant leur refus, le 17, les Communes se proclament Assemblée nationale, dans la salle des Menus-Plaisirs à Versailles. C’est le véritable commencement de la Révolution. Les représentants des "96 centièmes de la nation" passent du statut d’humbles sujets, délégués de leur ordre et de leur région, à celui de députés de la nation. Cette Assemblée décrète aussitôt qu’elle seule peut consentir à la levée de nouveaux impôts, et bientôt elle se déclarera inviolable.

    NB. Cette gravure figure à l'inventaire du misée Carnavalet. Elle est présentée par Carbonnières dans son article. la hauteur des murs aveugles rappelle que le jeu de paume se jouait un peu comme à la pelote basque. Et l'artiste, ce faisant, montre bien la présence du peuple parisien, acteur de la Révolution. J.-P .R.

    Cette auto-proclamation suscite un grand enthousiasme, et fait tache d’huile puisque les trois cinquièmes du clergé et plusieurs dizaines de gentilshommes se disent prêts à rejoindre l’Assemblée. Elle provoque aussi la réaction de la Cour, les éléments les plus réactionnaires – derrière la reine et le comte d’Artois – persuadent le roi de dissoudre cette institution "illégitime". À cette fin, on prévoit une "séance royale" [2], et sous le prétexte de préparer la salle, on la fait fermer arbitrairement.

    Au matin du 20 juin, les députés trouvent donc porte close, gardée par des soldats. C’est alors qu’un député charentais, le Dr Guillotin, suggère de se réunir dans une salle toute proche consacrée au jeu de la paume, ancêtre du tennis. Dans cette pièce nue, on dresse avec quelques tréteaux une table pour les greffiers, et c’est debout sur ce bureau de fortune que l’astronome Bailly, président, va lire le texte du fameux serment. Les députés y jurent "de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circonstances l’exigeront, jusqu’à ce que la Constitution du royaume soit établie et affermie". Un seul député du Tiers, Martin d’Auch, refusera de signer comme les autres, et si son geste (motivé par un souci de légalisme envers le roi) choquera d’abord ses collègues, on enregistrera cependant son opposition afin de respecter la liberté d’opinion.

    Même s’il n’est pas dirigé contre le roi, le texte du serment est fondateur de la nouvelle souveraineté, dont la légitimité ne tient pas à un lieu car "là où (seront) réunis ses députés, là est l’Assemblée nationale". Le geste du serment est emblématique. Il implique chacun et fédère les énergies individuelles. Tout imprégné d’histoire romaine – quatre ans plus tôt, David avait peint le Serment des Horaces prêts à mourir pour l’intérêt général –, il engage l’avenir. Enfin, cet acte grandiose aura une immense répercussion, dont témoignent la presse de l’époque et une abondante iconographie.

    Le pouvoir ne pouvait tolérer un tel acte d’indépendance. Le 23 juin Louis XVI, "regonflé" par les "faucons" de son entourage, prononce devant les 1.200 délégués des États-généraux un discours très ferme. Il y déclare nulle l’autoproclamation du 17, indiquant que lui seul est habilité à promouvoir des réformes, leur ordonnant enfin de délibérer séparément. Il se retire, suivi par la majorité du clergé et de la noblesse. Après son départ, les députés restent en séance, plus pour affirmer leur souveraineté que pour braver son autorité. À la sommation, par le maître des cérémonies, d’évacuer la salle, ils répondront avec dignité et panache. La flamboyante réplique de M. de Mirabeau – "noble, mais élu du Tiers" – sur la volonté du peuple et la force des baïonnettes, a un peu éclipsé celle de Bailly, qui résume tout : "La nation assemblée n’a pas d’ordres à recevoir. ".

    Devant une telle détermination, et malgré les baïonnettes dont il dispose, Louis XVI va céder. À l’annonce de la résistance des députés, il déclarera : "Ils veulent rester ? Eh bien foutre, qu’ils restent !" Dans les jours qui suivent, la majorité du clergé et 47 nobles se réuniront à l’Assemblée, et le roi finira par ordonner aux autres de la rejoindre définitivement.

    Soulignons pour finir que, durant ces journées cruciales, le peuple de Paris et de Versailles a manifesté son soutien à l’Assemblée. Il est certain que cette adhésion a fortifié la résolution de celle-ci. Lorsque, trois semaines plus tard, la réaction pointera de nouveau, c’est le peuple qui prendra le relais des députés menacés, et qui fera avancer la Révolution.

 

Bibliographie : Ph. de Carbonnières, la Révolution. Musée Carnavalet, Paris-Musées, 2009, 12 euros (illustré).

M. Biard (sous la direction de), la Révolution française. Une histoire toujours vivante. Éditions Tallandier, 2009, 27 euros.

Philippe de Carbonnières

Article paru dans L’Humanité du 17-18 juin 2011

 

Voici un extrait, que je (JPR) trouve excellent, de l’article WIKi consacré au Jeu de Paume :

    Au XVIIIe siècle, le serment a une valeur sacrée. Il apporte une garantie de fidélité à la parole donnée. Jacques-Louis David s’était fait connaître par la toile Le Serment des Horaces. Les serments collectifs sont considérés pendant la Révolution française comme facteur d’unité nationale, voire d’unanimité nationale. Ceci explique pourquoi les révolutionnaires ont voulu mettre en avant cet épisode. Effusion pré-romantique, unanimité – seul un député a refusé de prêter serment –, ferveur des députés, presque tous des bourgeois, absence de violence populaire, tout était réuni pour faire de cette journée le porte-drapeau de la révolution de 1789. Il montre aussi que c’est la volonté particulière de chaque individu qui fait la souveraineté nationale. (…). Il montre également, grâce au rideau qui vole, qu'un nouveau vent se lève sur la France : le vent de la Révolution.

 cela nous renvoie à cet autre article où je dénonce une stupidité : A.serment du jeu de paume et salut nazi, du pareil au même ?

 

File:Jacques-Louis David, Le Serment des Horaces.jpg

[1] Par référence au mouvement communaliste du Moyen-âge par lequel les bourgeois des villes se donnèrent des conseils et obtinrent des libertés communales de la part de leur seigneur. Cette association entre ces deux évènements, voulue par les députés du Tiers eux-mêmes, montre bien la continuité du combat révolutionnaire depuis au moins sept siècles. J.-P. R.

[2] Séance présidée par le roi présent en personne. J.-P. R.

Pensées de Robespierre..... par l'A.R.B.R.

publié le 26 juin 2013 à 05:04 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 4 juin 2015 à 06:46 ]

 

    Voici quelques « pensées » de Maximilien Robespierre, que nous fournit l’association amie « Les amis de Robespierre ». Savez-vous que lorsque nous avons dit, lors d’un repas au restaurant, que nous étions membres de cette association, des convives ont eu un mouvement de recul au point que leur chaise a reculé de quelques centimètres ? C’est dire à quel point l’image de Robespierre est dégradée chez nombre de nos concitoyens. L’un d’eux a cité Furet : on voit l’origine des dégâts. Les quelques citations qui suivent montreront la hauteur de vue et l’humanisme essentiel du grand révolutionnaire qui a contribué plus que d’autres à sauver notre révolution. Je rappelle que ses ennemis - les Thermidoriens - s’en sont débarrassés (juillet 1794) après la victoire de Fleurus (juin) qui marquait la victoire militaire décisive.

    J.-P. R.

 

Sur les questions sociales

- Nul n'a le droit d'entasser des monceaux de blé à côté de son voisin qui meurt de faim.

- La pire des aristocraties est celle des riches.

- Les grandes richesses corrompent ceux qui les possèdent et ceux qui les envient.

- La misère corrompt les mœurs du peuple et dégrade son âme.

- La première loi sociale est celle qui garantit à tous les membres de la société les moyens d'exister ; toutes les autres sont subordonnées à celle-là.

- Il n'est pas vrai que la propriété puisse jamais être en opposition avec la subsistance des hommes.

- Le plus grand intérêt de l'homme n'est pas d'amasser des trésors, et la plus douce propriété n'est point de dévorer la subsistance de cent familles infortunées (2 décembre 1792).

 

Contre la guerre

- Celui qui opprime une seule nation se déclare l'ennemi de toutes.

- On peut aider la liberté, jamais la fonder par une force étrangère.

- La puissance militaire fut toujours le plus redoutable écueil de la liberté.

 

Sur la démocratie

- Peuple ! Souviens-toi que si la justice ne règne pas la liberté n'est qu'un vain mot.

- Gardez vous de penser que les destinées du peuple soient attachées à quelques hommes.

- Ce n'est pas être souverain que d'élire de temps en temps quelques représentants.

- N'oubliez pas que la source de l'ordre c'est la justice

 

Contre l'intolérance

- Réduire le peuple à l'impuissance de pratiquer sa religion, ou la proscrire par une loi expresse c'est exactement la même chose.

- Nulle puissance n'a le droit de supprimer le culte établi jusqu'à ce que le peuple en soit lui-même détrompé.

 

Note de l’association :

     Créée en février 1987, l'Association départementale des «Amis de Robespierre pour le Bicentenaire de la Révolution » (A.R.B.R.), s'est fixé comme objectif de faire mieux connaître la vie et l'oeuvre du plus illustre des Artésiens, justement considéré comme l'homme clé de la Révolution française.

    Dans les Assemblées, Robespierre a combattu pour le droit de vote des pauvres, contre l'esclavage, contre les persécutions religieuses, pour l'égalité sociale, contre la guerre puis, à la tête du Comité de salut public, lutté jusqu'à ce que soit sauvée la patrie assiégée.

    Accusé des excès de la Terreur par ceux-là mêmes qui les avaient commis, Robespierre a été exécuté sans procès. Ses idées généreuses restent d'actualité et méritent qu'on en débatte sans à priori.

    Les Amis de Robespierre veulent aussi faire mieux connaître ce que furent la Révolution et ses prolongements dans notre département. Ils souhaitent que la Maison Robespierre à Arras devienne un véritable lieu de mémoire consacré à la Révolution et au plus célèbre de ses acteurs.

    Leur bulletin trimestriel, «L'INCORRUPTIBLE» rend compte des activités de l'association : conférences, débats, publications de brochures, expositions recherches historiques...

    L'association compte des adhérents dans plus de 50 départements et dans de nombreux pays étrangers. Pour la rejoindre s'adresser à la Maison des Société à Arras ou par courriel. Cotisation annuelle : 8 ou 15 ou 30€, au choix de l'adhérent. Étudiants : 4€.

Siège social: Maison des sociétés 62000 ARRAS

Courriel : robespierre-62@orange.fr

Site Internet: hhtp://amis-robespierre.org

Fonds Robespierre : Bibliothèque municipale P. Fleurquin, rue L Gers, 62223 St Laurent Blangy

 

A propos de la « violence » révolutionnaire… 2ème partie

publié le 19 févr. 2013 à 03:13 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 août 2013 à 09:01 ]

Seconde partie sur le thème de la violence de la Révolution française. A propos de la « violence » révolutionnaire… (1ère partie)

J’AURAI TA PEAU.

    Je cite ici Mme J. Grimault qui répond aux infamies publiées par la revue Historia (cf. supra le lien http://revolution-francaise.net/2012/01/31/469-sur-robespierre-lettre-ouverte-a-la-redaction-d-historia) :

    "Et puis où sont les références concernant les propos soi-disant tenus par Robespierre parlant « d’insectes », de « cochons », « de sillons reproducteurs » et de « brigands en devenir » pour qualifier les Vendéens ? Je n’ai reconnu là ni son esprit ni son style ; je n’ai rencontré ces expressions ni dans les six volumes de ses discours ni dans ses journaux, mais quelque chose a pu m’échapper et j’aimerais bien connaître les sources. Pour ce qui est de la graisse humaine utilisée pour l’éclairage et des peaux tannées afin d’y tailler des pantalons, il est évident que l’on veut assimiler cette période au nazisme… mais où sont les preuves de ces horreurs? On lit dans l’article : « Il semble (?) que Saint-Just soit au courant de ces monstruosités et les approuve. Robespierre ne les ignore pas non plus, informé par les courriers… ». Quels courriers? Désolée, mais nous avons de sérieuses raisons de nous méfier : ainsi l’auteure prétend que Robespierre, qui ne badine pas avec la vertu, a rappelé Carrier uniquement à cause de ses orgies et non à cause des noyades. Car, dit-elle, Jullien est « assez subtil » (?) pour ne pas lui avoir parlé dans son courrier de ces atrocités. Eh bien cette affirmation est fausse". Et Mme Grimault d’en faire la démonstration.

    L’auteure dont parle Mme Grimault, visiblement, combat la 1ère république « par tous les moyens » comme disait Charles Maurras, royaliste collaborationniste. Elle a dû puiser dans ses souvenirs de lecture.

    L’utilisation de la peau humaine -comme dans le silence des Agneaux- a été faite par des solides catholiques. Je suis tombé sur ce passage de l’ Histoire de la Hongrie écrite par Miklos Molnar, au nom manifestement magyar mais qui professe à Lausanne (Univ.) et à l’Institut des Hautes études internationales de Genève. C’est un vrai Hongrois qui -par exemple- parle toujours de la Haute-Hongrie pour dire Slovaquie. Molnar narre la reprise de Buda sur les Turcs le 2 septembre 1686 après 78 jours de siège. Le pape, "qui a déjà fourni un million de florins pour financer la libération de Vienne", monte une nouvelle Sainte Ligue pour financer la guerre qui coûte une dizaine de millions de florins par an. "L’armée alliée est placée sous le commandement du Duc de Lorraine avec cette fois, un fort contingent de Hongrois". Tout cela baigne dans la catholicité la plus pure. Je passe sur les détails. La ville est reprise aux Turcs.

    Molnar raconte :

"La cruauté des soldats vainqueurs n'a rien à envier à celle des Turcs et des Tatars : en plus du pillage ordinaire, on assiste à une tuerie, comme pendant toute cette guerre. Malgré l'ordre de Charles de Lorraine de les épargner quelque 500 Juifs -la moitié de la communauté- sont massacrés, les prisonniers turcs torturés et tués, leur peau écorchée pour la vendre, séchée, aux apothicaires en Allemagne : la poudre qu'ils en tirent est un médicament recherché" [1].

    Voilà le comportement des militaires autrichiens, impériaux et hongrois. Tous bons catholiques. Pas seulement militaires d’ailleurs, ce trafic implique des négociants, transporteurs, apothicaires…

 

LYON N’EST PLUS….

    On sait que Lyon prit le parti des royalistes. La ville a une importance stratégique inconnue aujourd’hui d’un point de vue militaire. Mais il faut se placer en 1793 quant la France est attaquée par les Espagnols, les Piémontais et les Anglais qui débarquent sur la côte méditerranéenne (je ne parle que des ennemis susceptibles de passer par le bas-Rhône et le haut-Rhône). Dans ces conditions :

"Si l’on veut bien réfléchir que Lyon, situé au carrefour des routes des Alpes et du Midi était alors la base de l’armée des Alpes opérant contre les Piémontais et même de l’armée des Pyrénées-Orientales aux prises avec les Espagnols, on comprendra aisément que le gouvernement de fait qui avait en main les destinées de la France ne pouvaient pas la laisser en possessions d’adversaires dont il ignorait les véritables desseins. Et si l’on songe aussi que Toulon ouvrit son port aux Anglais et que Lyon entra en relation avec Toulon, les craintes de la Convention se justifient aisément" [2]

    Lyon royaliste, c’est toute la vallée du Rhône, tout le Dauphiné et le Bugey aux mains de l’ennemi, c’est toute la plaine de la Saône ouverte à ses avancées, c’est Dijon, le seuil de Bourgogne, enfin bref, c’est un coup mortel. Le siège de Lyon dura du 8 août au 13 octobre 1793. La Convention adopta le terrible décret du 13 octobre 1793.  

Extrait du procès-verbal de la Convention nationale (21e jour du premier mois de l'an II) de la République française une et indivisible.

ARTICLE 3. - La ville de Lyon sera détruite ; tout ce qui fut habité par le riche sera démoli ; il ne restera que la maison du pauvre, les habitations des patriotes égarés ou proscrits, les édifices spécialement employés à l'industrie et les monuments consacrés à l'humanité et à l'instruction publique.

ARTICLE 4. - Le nom de Lyon sera effacé du tableau des villes de ta République ; la réunion des maisons conservées portera désormais le nom de Ville-Affranchie.

ARTICLE 5. Il sera élevé sur les ruines de Lyon une colonne qui attestera à la postérité les crimes et la punition des royalistes de cette ville avec cette inscription: "Lyon fit la guerre à la liberté; Lyon n'est plus".

    Le texte est un peu contradictoire. Visiblement rédigé dans l’émotion. D’un côté, on emploie des formules définitives : "sera détruite ; effacé ; Lyon n’est plus", de l’autre, on fait la liste de ce qui restera en place "maisons des pauvres, monuments consacrés à l’instruction publique…" et on parle de la nouvelle ville dénommée "Ville-affranchie" - sachant qu’au nord, se trouve Villefranche-sur-Saône -. L’ennemi c’est le "riche" qui a trahi et combattu sa patrie. Pas le pauvre que l’on veut instruire.

    Là encore, ce geste politique a des antécédents -beaucoup plus graves - à chercher ailleurs, qui ont pu inspirer malencontreusement les Conventionnels, chez les Anglais, qu’ils habitent sur leur île ou au Nouveau-Monde.

 

Le génocide des indiens Pequot.

    Lorsqu’il débarque, le pionnier Th. Hooker (1586-1647) parle du désert du Connecticut et H. Bargy, professeur à l’université Columbia, qui raconte cette anecdote, écrit en 1902, après la quasi disparition des Indiens victimes de guerres systématiques qu’il n’a pas pu ignorer,

« la religion américaine (…) est née d’un sol où il n’y avait rien avant elle. (…). Elle est née de trois siècles d’efforts pour (…) créer une civilisation sur une terre nue » [3].

    C’est la thèse bien connue de la terra nullus, de la terre vierge alors que le Connecticut était habité par les indiens Pequots. L’apport de la "civilisation" aux Indiens idolâtres, prit, je l’ai dit ailleurs, presque immédiatement la forme de la guerre avec l’usage des méthodes pratiquées en Irlande. Cet état d’esprit explique les cris de joie du révérend Cotton Mather qui célèbre l’anniversaire du massacre du 26 mai 1637 "ce jour-là, il est probable que nous avons envoyé pas moins de six cents âmes pequots en enfer" [4]. Ce massacre est connu sous le nom de Mystic massacre, parce qu’il eut lieu le long de la Mystic River. Les Pequots vivaient dans le Connecticut et ont été anéantis. Pas tout à fait, car H. Zinn nous signale qu’en 1972, un recensement dénombra 21 indiens Pequots dans cet État de la Nouvelle-Angleterre.

    De nombreux prédicateurs en Amérique du Nord assimilaient les indigènes aux Amalécites et aux Cananéens qui méritaient la mort s’ils refusaient la conversion. C’est le cas du ministre congrégationaliste Cotton Mather, déjà cité, qui, dans un prêche de 1689 à Boston, demanda aux troupes coloniales anglaises de se comporter « comme Israël dans le désert face aux Amalécites [ 5]. (…). Le pur Israël étant forcé de rejeter les Indiens comme la poussière dans les rues, de les éliminer et de les exterminer ».[6] C’est le même Cotton Mather nous l’avons vu qui, rappelant le massacre des indiens Pequots par John Mason, le 26 mai 1637, se frotte les mains. C’est ce même Cotton Mather qui proclame des dogmes aussi fertiles que celui-ci :

"Comme la causalité fondamentale qui gouverne tous les évènements est la volonté divine (directe influence de Calvin, JPR) l’homme n’a pas à avoir le moindre scrupule, quels que soient l’acharnement et l’égoïsme dont il fait preuve dans la recherche de son profit personnel : dans notre travail, nous tendons nos filets, mais c’est Dieu qui y pousse tout ce qui tombe dedans" [7].

    Dans son livre édifiant et fort triste, D.E. Stannard [8] écrit ceci :

"A list of distinctions marking the uniqueness of one or another group that has suffered from genocidal mass destruction or near (or total) extermination could go on at length. Additional problems emerge because of looseness in the terminology commonly used to describe categories and communities of genocidal victims. A traditional Eurocentric bias that lumps undifferentiated masses of "Africans" into one single category and undifferentiated masses of "Indians" into another, while making fine distinctions among the different populations of Europe, permits the ignoring of cases in which genocide against Africans and American Indians has resulted in the total extermination - purposefully carried out - of entire cultural, social, religious, and ethnic groups".

    En substance, le professeur Stannard explique qu’il ne faut pas parler des Noirs ou des Indiens "en général", mais qu’il faut entrer dans le détail de la complexité des tribus, ethnies, sinon on ignore le cas de groupe - relativement petits - qui ont été totalement détruits, exterminés. Il cite le cas des Pequot. Quel rapport avec ma démonstration, me direz-vous ? le voici.

    Non contents d’avoir génocider la tribu, les Anglais voulurent faire disparaître le souvenir, l’existence antérieure même des Pequots. Stannard écrit :

"The word "Pequot" was then removed from New England's maps : the river of that name was changed to the Thames and the town of that name became New London. Having virtually eradicated an entire people, it now was necessary to expunge from historical memory any recollection of their past existence. Some, however, remembered all too well".

    Ainsi la rivière Pequot devient la Tamise, la capitale Pequot devient New London, etc. … Il s’agit réellement d’une extermination, les avides pionniers à la recherche de leur profit personnel -camouflé par une lecture criminelle de l’Ancien testament - détruisent les Indiens pauvres et sans défense. Mentalité yankee qui n’a rien à voir avec les sanctions de la Convention. Ceci se passe AVANT la "disparition" de l’ Écosse.

 

L’ Écosse n’est plus…

    Sait-on que des lois anglaises interdirent dans les Highlands écossaises la possession et l'usage des armes de guerre - dont le two-handed claymore - le port du kilt et du tartan, la pratique de la cornemuse ? Ces signes extérieurs du celtisme devinrent clandestins. Le nom même d'Ecosse disparut des documents officiels : on ne parla plus que de "la Grande-Bretagne du Nord" (North Britain) [9]. Cette "clandestinité" dura plus de trente ans (une génération).

    Et pourquoi cela ? Parce que, en 1745, l’Ecosse avait été une nouvelle fois, une ixième fois, le théâtre d’une tentative de restauration catholique. Celle de Charles-Edouard (1720-1788), le petit-fils du roi Jacques II chassé par la révolution. Cette fois, c’est la France qui vient en aide, précédemment ce fut l’Espagne. Les Anglais mettent le paquet : il faut en finir.

    Voici de larges emprunts au texte de Duchein qui traite de la répression anglaise en Écosse.

    La défaite des jacobites (catholiques favorable au roi Jacques) ouvrit la voie à une répression qui, même en tenant compte des exagérations de la propagande, ne peut être qualifiée que de sauvage. le duc de Cumberland, en l'occurrence, n'agit ni en prince ni en chef militaire responsable; il laissa libre cours à la brutalité de ses troupes, dont la majorité était constituée de mercenaires allemands et de recrues levées dans les plus basses classes de l'Angleterre. Il y gagna le surnom de «boucher» (Butcher Cumberland) qui lui est resté. (…). Dès le soir et le lendemain de la bataille, la plupart des blessés furent achevés sur place, à coups de crosse. Une chasse systématique aux rescapés s'instaura, sur ordre du duc :

« Quand le bruit se répandit que des fuyards s'étaient réfugiés dans les maisons autour du champ de bataille, ordre fut donné de les brûler toutes avec leurs habitants, et que si quelqu'un tentait de s'échapper il serait fusillé aussitôt [...]. Certains officiers refusèrent d'exécuter ces ordres barbares, mais les soldats mercenaires le faisaient à leur place [...]. On cite l'exemple d'une femme en train d'accoucher, qui fut brûlée vive dans sa maison avec neuf ou dix autres femmes, acte indigne de gens qui se disaient chrétiens».

    Quant aux prisonniers, dépouillés de leurs vêtements, parqués nus et sans nourriture, beaucoup moururent de froid et de faim : «on enleva même aux médecins et aux chirurgiens leurs instruments afin de les empêcher de soigner les malades et les blessés».

    Encore s'agissait-il là de brutalités commises à chaud, aussitôt après la bataille. Mais la chasse aux rebelles se poursuivit pendant des semaines et des mois. Des régions entières furent ravagées, les bétails laissés à mourir de faim ou emmenés par l'armée, les villages incendiés. (…). On ignore le nombre total des victimes directes ou indirectes de 1a répression, mais il dépasse à coup sûr plusieurs milliers ou même dizaines de milliers. Le président de la Cour de session, Duncan Forbes, qui s'était montré impeccablement loyal envers le gouvernement, s'interposa en vain ; les ordres venaient de plus haut que lui [10]. La machine judiciaire se mit ensuite en marche. Les prisonniers dont certains s'étaient rendus sous promesse d'amnistie [11], furent déportés en masse aux Antilles et en Amérique, comme des esclaves « entassés dans d'infectes sentines, sans air pour respirer, sans espace pour se coucher ou se mouvoir ».

    Plus durables devaient être les mesures législatives qui suivirent « le Quarante-cinq ». Dès 1747, le Parlement abolit les « juridictions héréditaires d'Ecosse », c'est-à-dire les justices seigneuriales et claniques qui étaient la base du système judiciaire du pays. Le pouvoir des sheriffs, officiers royaux, s'en trouva renforcé ainsi que celui des juges de paix, mais les seigneurs et les chefs de clans y perdirent le principal de leur puissance. C'était, dans les Highlands, un profond et irréversible bouleversement des structures sociales ; peu à peu, seigneurs et chefs de clan se transformèrent, par la force des choses, en simples propriétaires terriens, …

    Trevelyan tire, quant à lui, un bilan très favorable de cette répression.

« En Écosse, les conséquences du « quarante-cinq » furent positives et affectèrent gravement les institutions du pays, car l’Écosse put enfin, avec l'aide des armées anglaises, régler sa question des Highlands. Pour que la civilisation pût progresser dans le nord de l'île, il était essentiel d'abattre l'organisation guerrière des tribus et de détruire leur allégeance illégale envers leurs chefs. La loi du roi devait avoir cours dans les vallées. Ce changement si nécessaire fut enfin accompli ; mais ce ne fut pas de la façon la meilleure. La loi des Lowlands fut appliquée aux tenures et aux coutumes des Highlands avec une uniformité rigide et avec toute cette ignorance habituelle à l'homme civilisé dans ses rapports avec une société primitive (sic) dont il méprise trop les aspects extérieurs pour bien en étudier les réalités. Cependant, le pays eut la paix lorsque la ligne des Highlands cessa d'avoir une signification politique et ne fut plus qu'une expression géographique. Les constructions de routes et la sécurité des voyageurs (…) ne tardèrent pas à faire de l’Écosse un pays uni » [12].

 

    Après l’Irlande gaélique, les Anglais font donc disparaître une seconde société "primitive" (sans parler du Pays de Galles, absorbé depuis longtemps). Si l’Irlande gaélique et l’Écosse celtique sont des sociétés primitives, on imagine ce qu’ont pu être les Indiens d’Amérique (peuples sans écriture) pour les Anglais, élus de Dieu.

    On comprendra mieux, Sir C. Dilke, baronet, member of the Parliament, lorsqu’on le verra écrire «the Anglo-Saxon is the only extirpating race on earth».

 

CONCLUSION

    Les violences qui ont été commises sous la Révolution n’auraient pas eu lieu si l’aristocratie -mais le pouvait-elle ? - avait joué le jeu de la démocratie, en l’occurrence respecté les décisions des États-généraux et si l’ Église -mais le pouvait-elle ?- avait accepté la déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Tout le reste est à l’avenant. Vaincre ou mourir, les révolutionnaires ont préféré vaincre. Mais, comme le dira ultérieurement de façon erronée, un chant célèbre, on ne peut pas faire du passé table rase. Pas totalement. Nous sommes tous des héritiers, même du pire. Question qui pose avec acuité la question de « la tradition de toutes les générations mortes (qui) pèse d'un poids très lourd sur le cerveau des vivants » car si « Les hommes font leur propre histoire, …, ils ne la font pas arbitrairement, dans les conditions choisies par eux, mais dans des conditions directement données et héritées du passé » [13].

   
    La violence des siècles passés restait dans les têtes. Aussi ne faut-il pas s'étonner si des violences ont été commises durant la Révolution. Elles sont aussi le fruit mauvais de l'Ancien régime. Dans le Tribun du peuple publié après le 14 juillet 1789, Gracchus Babeuf commente la promenade dans Paris des têtes coupées à la Bastille, en écrivant : "Oh ! que cette joie me faisait mal. J'étais tout à la fois satisfait et mécontent. Je disais tant mieux! et tant pis ! Je comprends que le peuple se fasse justice, j'approuve cette justice lorsqu'elle est satisfaite par l'anéantissement des coupables, mais pourrait-elle aujourd'hui n'être pas cruelle ? Les supplices de tout genre, l'écartèlement, la torture, la roue, les bûchers, le fouet, les gibets, les bourreaux multipliés partout ont fait de si mauvaises mœurs ! Les maîtres, au lieu de nous policer, nous ont rendus barbares parce qu'ils le sont eux- mêmes".

    Malgré les Lumières, le XVIII° est resté un siècle de violence, violence inhérente à une société de privilèges, de domination, d'intolérance.

 



[1] PERRIN éditeur, collection tempus, Paris, 2004, 470 pages.

[2] F. DUTACQ, "La première Terreur blanche à Lyon", Revue de l’Université, 1932.

[3] H. BARGY, La religion dans la société aux États-Unis.

[4] Lire H. ZINN, Une histoire populaire des États-Unis, 1er chapitre.

[5] On sait que pour les Anglais de Cromwell, les Irlandais étaient aussi des Amalécites, faisant obstacle à l’arrivée du peuple élu. 

[6] cité ans PRIOR, "Bible et colonialisme", L’Harmattan, page 313.

[7] Cité par R. B. PERRY, "Puritanisme et démocratie". Cotton Mather est le fils de Increase Mather de Boston. Il reçut son diplôme de Harvard des mains de son père, président du collège. Quant à Mason, il devint gouverneur du Connecticut.

[8] Professeur à l’université d’Hawaï, "American Holocaust", Oxford University Press, 1992.

[9] DUCHEIN, Histoire de l’Ecosse. Les parties en italique sont extraites, par Duchein, d’un ouvrage de Forbes, publié en 1895, qui est un recueil de témoignages sur les « quarante-cinq ».

[10] Le premier ministre est alors Henry Pelham, du parti des Whigs.

[11] On relèvera le nombre de fois où les Anglais ont pris par traitrise leurs ennemis, ne respectant pas leur propre promesse. Sous Elisabeth, sous Cromwell, Guillaume III, ici George II…Élégance transmise aux Américains.

[12] Précis d’histoire de l’Angleterre, 1955.

[13] MARX, le 18 brumaire de Louis-Napoléon Bonaparte.

A propos de la « violence » révolutionnaire… (1ère partie)

publié le 18 févr. 2013 à 08:50 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 août 2013 à 08:50 ]

    La campagne contre la Révolution française et son leader emblématique, Robespierre, continue, relayée par les médias comme Le Monde, France2, etc… Des parlementaires d’extrême-droite signent une proposition de loi visant à condamner le soi-disant génocide vendéen. On sait le rôle assigné au révisionnisme historique : tâcher de démontrer qu’il n’y a pas d’alternative révolutionnaire.

    Concernant la Vendée et le rôle de Robespierre, je renvoie à la réplique définitive de Mme Jacqueline Grimault http://revolution-francaise.net/2012/01/31/469-sur-robespierre-lettre-ouverte-a-la-redaction-d-historia [1]

    Dans cet article, je vais démontrer que les violences reprochées aux révolutionnaires de 1789-93 sont un produit historique. Les Traditionalistes qui pleurent sur les Vendéens peuvent difficilement reprocher aux acteurs de notre révolution d’avoir respecté -hélas - les traditions. Pourtant, les Lumières firent progresser les choses, ainsi l’invention du Dr Guillotin pour supprimer les souffrances abominables infligées aux condamnés à mort depuis le moyen-âge catholique. De même, la Révolution fit émerger des discours contre la peine de mort alors que depuis St Thomas d’Aquin, l’Eglise romaine tient un discours théologique dogmatique qui justifie la peine capitale. Mais on ne peut changer la mentalité d’un peuple, encadré par l’Eglise depuis le sacre de Clovis, en quelques années. La tradition est lourde à soulever : c’est une chape de plomb.

 

LE JEU DE BOULES

    La guerre des paysans fut un mouvement révolutionnaire contemporain de la Réforme. Souvent les révoltés étaient dénommés "luthériens". La répression du soulèvement fut sans pitié. Dans la chronique pour l'année 1525 des dominicains de Guebwiller - Peu suspects de sympathie pour la cause paysanne (Gautier Heumann)-, on peut lire : «les nobles d’Ensisheim ont été bien tyranniques. Ils firent enlever les pauvres gens dans les villages ; Amenés à Ensisheim, (capitale du Sundgau autrichien), on leur tranchait la tête, (…). Beaucoup de prêtres furent pendus aux arbres. (...). En vérité, on a érigé un sanglant abattoir (...)». Le bailli de Basse-Alsace peut écrire « grâce à Dieu et à l'aide fidèle du duc de Lorraine, trente mille paysans, rebelles ont été tués ». La répression sauvage des paysans après leur défaite de Saverne est restée longtemps célèbre. Mais il en fut de même partout où les paysans avaient combattu. « Les seigneurs, dit l'un d'eux, jouaient aux boules, à leur tour, avec des têtes de paysans » écrit Lucien Febvre [2].

    Destruction du clocher de Molines-en-Queyras : (Tivollier II p. 371, d'après les Transitons). "Ces Chapeaux Blancs [3] venaient d'Angrogne, en 1574, et, avec la permission de Monsieur des Diguières, commirent des cruautés contre les catholiques. Le clocher de l'église est démoli (et miné au pied en 1585). Ils enterrèrent notamment le curé tout vif devant la porte du cimetière, à Peyra Chantarela, ne laissant dépasser que la tête du malheureux qu'ils prirent pour but au jeu de boule. De même, le vicaire est mis dans un tonneau que l'on perce de chevilles et que l'on mena jusqu'à la rivière ou le malheureux y mourut".

    Il est intéressant de relever cette homogénéité ludique de l’Europe chrétienne. D’autant qu’entre la Lorraine et le Queyras, les transports n’étaient guère performants. Mais au Moyen-âge, comme à toutes les époques, on n’arrêtait pas le mouvement des idées. Il était plus lent, simplement.

 

LA MISE EN QUARTIER.

    Les Anglais qui pratiquaient la même chose disent quartered. Ainsi le 15 juillet 1381, John Ball, prêtre lollard, chef de la révolte des Travailleurs est martyrisé, hanged, drawn and quartered. Mise en quartier c’est-à-dire que le condamné est réellement découpé en quatre. Il s’agissait là de l'exécution la plus longue : "drawn-hanged-drawn-quartered" c’est-à-dire être traîné sur une claie à travers la ville de la prison à la potence (drawn), puis pendu (hanged), et descendu de la potence à moitié étranglé mais respirant encore pour être à nouveau traîné sur une claie de la potence au billot (drawn). Enfin avoir la tête coupée et être équarri comme un bœuf à l'abattoir (quartered).

    La France -catholique comme l’Angleterre à l’époque de John Ball- n’est pas en reste. Ainsi, toujours lors de la Guerre des Paysans, au XVI° siècle, "plusieurs citoyens conjurés de Sélestat sont arrêtés sur le territoire de la ville de Bâle et exécutés, parmi eux Hans Ullmann. Son cadavre est livré à la ville qui le fait écarteler pour en accrocher les morceaux aux quatre portes de la ville" [4]. Il y a là une variante : la mise en quatre quarts est effectuée après la mort du supplicié.

    En Espagne, pays catholique et traditionaliste s’il en est, Ferdinand VII, rétabli sur son trône après une révolution libérale, livre son pays à la terreur. Terreur d'Ancien régime : les Libéraux furent massacrés, leur chef, Riego, fut condamné à mort et fusillé. Le ministère public demanda que le corps du supplicié fût dépecé et que les quartiers en fussent exposés dans quatre grandes villes du royaume. Cela en 1823… La France de la Révolution avait abandonné ces pratiques.

 

LES NOYADES

    Les crimes commis par le représentant en mission Carrier, à Nantes, sont pain béni pour nos révisionnistes qui veulent rejeter toute la Révolution française. C’est oublier que ce criminel a été immédiatement -1794- jugé par la Convention et condamné à mort et exécuté. Les contemporains responsables n’ont attendu ni les intégristes du FN, ni les traditionalistes de l’UMP pour condamner ce qui devait l’être. C’est oublier que Gracchus Babeuf, le leader des Égaux, a dénoncé vigoureusement ces méthodes dans un livre publié en 1796. C’est oublier que c’est Robespierre qui fit rappeler Carrier à Paris. Voici ce que dit Albert Mathiez lors d’une conférence sur « Robespierre terroriste » " [5] :

"Nous possédons les lettres par lesquelles le jeune Julien, chargé par le Comité de salut public d'une enquête dans départements maritimes, rend compte au jour le jour des constatations qu'il faisait sur l'application de la Terreur. Épouvanté par les excès de Carrier à Nantes, il jette à Robespierre ce cri d'alarme : « J'ai vu Nantes, il faut sauver cette ville… Carrier, qui se fait dire malade et à la campagne lorsqu’il est bien portant et dans Nantes, vit loin des affaires, au sein des plaisirs, entouré de femmes et d'épauletiers flagorneurs qui lui forment un sérail et une cour. Carrier fait incarcérer les patriotes qui se plaignent avec raison de sa conduite... Il n’y a pas un instant à perdre... Il faut sauver Nantes, éteindre la Vendée, réprimer les élans despotiques de Carrier... » (15 pluviôse). Au reçu de cette lettre, Robespierre fit rappeler Carrier (20 pluviôse)".

    Enfin, là encore, ce n’est pas l’ignoble Carrier qui a produit cette idée et cette pratique monstrueuses. Les Protestants sont bien placés pour savoir ce dont leurs ancêtres ont été victimes. La revue REFORME a publié un numéro spécial en 1985 pour célébrer le tricentenaire de la révocation de l’Édit de Nantes, crime catholique dont les conséquences sur le futur de la France sont incommensurables. La parole y est donnée à Edgar Quinet, républicain hostile à napoléon-le-petit et qui dut s’exiler. Quinet est protestant, favorable à la Révolution mais très hostile à la Terreur. Il écrit cependant ceci :

" (…) c'est l'un des points es plus originaux de sa pensée, Quinet s'avoue persuadé que la Terreur de 1793 n'aurait peut-être pas eu lieu si elle n'avait trouvé dans la Terreur de 1685 son modèle sanglant. Pour Quinet, point de doute. «Merlin de Douai s'appuie sur Louvois, Fouquier sur Bâville». Les noyades de la Loire ont aussi leurs glorieux précédents «Au XVII° siècle, un Planque proposait que l'on noyât un à un les protestants. Avertissement à Carrier». Quant à Collot d'Herbois, qu'a-t-il inventé ? Villars ne menaçait-il pas avant lui « de passer des populations entières au fil de l'épée » ? "[6]

    Au demeurant, les Catholiques lyonnais surent montrer leur goût pour la noyade des Huguenots de leur ville. Voici comment se déroula la Saint-Barthélemy lyonnaise dite aussi les vêpres lyonnaises.

La nouvelle du massacre parisien parvint à Lyon le 27 août (il avait eu lieu le 24). Le 28, on assassina un pasteur. Le 29, des ordres arrivèrent de Paris : arrêter les protestants et se saisir de leurs biens. Les Réformés furent alors invités à se rendre au palais du Gouvernement pour recevoir les ordres du Roi ; là, on les arrêta et on les conduisit en prison. Mais la foule catholique força les portes des prisons ; ce fut un épouvantable massacre le 31 août ; toute la nuit, il se poursuivit dans les maisons même des protestants. Le 1er septembre, on jeta les cadavres à la Saône ou au Rhône. Le nombre probable des victimes se situe entre 700 et 1.800. Ces scènes d'horreur trouvèrent même leurs chansonniers, témoin cette strophe macabre :

D’où viens-tu Madelon ?

Elle vient, répond Janot,

D’estriper un huguenot

L'on m'écrit que les Grimauds de Lyon

Vont très tous à Avignon

Par le Rosne sans bateau.

à suivre... A propos de la « violence » révolutionnaire… 2ème partie

[1] Lire aussi l’article : ROBESPIERRE ET LA FORCE DES PREJUGES

[2] Lucien FEBVRE, "Un destin : Martin Luther", P.U.F., réédition de 1944, 220 pages.

[3] Surnom donné aux premiers protestants du Queyras et des régions voisines. Citation extraite de « Personnages du Queyras » par Stéphane Simiand, Éditions Transhumances, 05100 Val-des-Prés.

[4] Gautier Heumann, "La guerre des paysans d’Alsace et de Moselle, 1525", Éditions Sociales, Paris, 1976.

[5] Texte intégral dans "Robespierre, Études sur Robespierre par Albert Mathiez", Éditions Sociales-Messidor, Paris, 1988. Préface d’Antoine Casanova.

[6] REFORME, numéro spécial du 23 mars 1985, article de Simone BERNARD-GRIFFITHS (U. de Cl.-Ferrand)

La république, il y a 220 ans … par le professeur Michel BIARD

publié le 22 sept. 2012 à 04:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 24 sept. 2012 à 12:18 ]


   

Et si la République célébrait enfin l’anniversaire de sa naissance ?


Par Michel BIARD,

professeur à l’université de Rouen,

président de la Société des études robespierristes.

 

Le 14 juillet 1789 est la date symbolique de la Révolution. Elle n’a pourtant rien à voir avec l’avènement de la République, qui eut lieu le 22 septembre 1792, quand la Convention nationale, chargée de rédiger une nouvelle constitution, abolit la royauté et instaura la République. Pourquoi un tel oubli ?

En ces premières années du XXIe siècle, de nombreux débats ont eu pour enjeux, réels ou prétendus, des questions liées à l’histoire, à tel point qu’un projet de Maison de l’histoire de France a même vu le jour sous le précédent quinquennat, tandis que diverses questions dites « mémorielles » agitaient la scène médiatique. Dans notre pays apparemment si soucieux de mémoire, aucune date ne marque dans le calendrier le jour de naissance de la République et aucune célébration officielle nationale ne rend hommage aux hommes qui abolirent la monarchie il y a deux cent vingt ans de cela. Pire, à l’exception des plus jeunes de nos concitoyen-ne-s, chacun-e se souvient que le bicentenaire de la Révolution française s’est pour l’essentiel concentré sur l’année 1989. Les lundi et mardi 21 et 22 septembre 1992, tous nos médias, toutes tendances politiques confondues, n’ont eu d’attention que pour les résultats du scrutin dominical tout juste connus… rien de moins que le référendum donnant une très courte majorité au «oui de la France à Maastricht» (titre du Monde, le 22). Difficile dans ces conditions de lutter pour celles et ceux qui, alors rassemblés à Paris à l’initiative du professeur Michel Vovelle, célébraient par un grand colloque international les deux cents ans de la République.

Deux décennies se sont depuis écoulées sans que le constat soit modifié. Certes, des initiatives nombreuses célèbrent chaque année cette date anniversaire, mais l’État persiste à l’oublier. On objectera que la nation fête avec soin le 14 juillet comme un événement fondateur, mais encore convient-il de rappeler ici qu’il ne s’agit pas du 14 juillet 1789 (jugé trop «violent») mais du 14 juillet 1790. Ce jour-là, la Révolution se mit en scène elle-même pour donner, à Paris et dans toute la France, l’image d’une révolution achevée dans la concorde et d’une nation rassemblée autour du roi des Français. Notre République célèbre donc une fête de la monarchie et ignore la date de sa naissance ! Mais au fait, de quelle date s’agit-il ?

Après l’assaut contre les Tuileries, le 10 août 1792, et le renversement de la monarchie, une nouvelle Assemblée fut élue, pour la première fois au suffrage universel masculin (quoique encore indirect). Prenant le nom de Convention nationale, elle avait pour mission de rédiger une nouvelle constitution[1]. Réunie de manière encore informelle le 20 septembre, alors que la précédente Assemblée se séparait, elle vota le 21, sur proposition de deux de ses membres (Collot d’Herbois et l’abbé Grégoire), un décret très court mais lourd de sens : «La Convention nationale décrète que la royauté est abolie en France.». Pour autant, la forme du nouveau régime ne fut pas mise en débat et il fallut donc attendre l’ouverture de la séance du 22 pour que ce dernier apparaisse. Encore n’est-ce qu’à travers une proposition symbolique, celle de Billaud-Varenne, qui demanda à «(…) dater les actes (… de) l’an premier de la République française», et ce «à compter de la journée d’hier (…)». La Première République française vit toutefois le jour ce 22 septembre 1792, car le décret aussitôt voté remplaça la référence au 21, proposée par Billaud-Varenne, par l’adverbe «dorénavant». Au sens strict, la Première République ne fut donc pas proclamée et ne fut même pas un objet de débats tant son évidence s’imposait[2].

De fait, elle naquit le 21, de droit le 22, néanmoins aucune de ces deux dates ne figure aujourd’hui dans notre calendrier. On s’en doute, le souvenir de la période la plus radicale de la Révolution et surtout celui de la Terreur nuisent à l’image de la Convention nationale et de son œuvre. Toutefois, si l’affaire était aussi simple, il conviendrait donc de débaptiser nombre de nos places et artères qui portent des noms de conventionnels, de supprimer plusieurs institutions prestigieuses nées des initiatives de la Convention, sans oublier de retirer du Panthéon les restes de Carnot, Condorcet et… Grégoire. Entendons-nous bien, nul ne prétend ignorer les violences de ces années, mais réduire à celles-ci la période 1792-1795 relève au mieux de l’ignorance, au pire d’une volonté d’extirper jusqu’à la moindre radicelle des si nombreux héritages révolutionnaires qui fondent encore notre démocratie et plus encore les idéaux gravés sur les frontons de nos édifices publics.

Les 20 et 21 septembre 2012, en hommage à la Convention nationale et à la République, se tiendra à Paris un grand colloque international réunissant des historien-ne-s soucieux-ses de rappeler ces héritages, mais aussi de débattre des réalités de cet automne 1792. À l’issue du colloque, organisé par quatre universités (Clermont-Ferrand, Lille, III, Paris, I, Rouen) et par la Société des études robespierristes, se déroulera, à l’initiative de cette dernière, une cérémonie devant le Panthéon. Tous les citoyen-ne-s sont invité-e-s à participer à cet événement place du Panthéon le vendredi 21 septembre, à 17 heures.


Société robespierriste  La Société des études robespierristes, fondée en 1907 par Albert Mathiez, reconnue d’utilité publique en 1935, consacre ses activités à l’étude de la période révolutionnaire (entendue au sens large). Elle rassemble des chercheurs dont les travaux portent sur la Révolution française, mais accueille également tous les citoyen-ne-s que celle-ci passionne et/ou qui entendent en défendre les héritages. Présente dans le champ scientifique par ses publications et sa revue, les Annales historiques de la Révolution française, elle se conçoit aussi comme une société de pensée, ainsi que l’ont voulu ses fondateurs. En 2011, elle a, avec d’autres, organisé une souscription nationale qui a permis aux Archives nationales d’acquérir des manuscrits de Robespierre mis en vente publique et alors sur le point d’être dispersés.



[1] JPR : La constitution en vigueur jusque là était une constitution monarchiste (1791). Avec la révolution du 10 août 1792 les Français montrent qu’ils ne veulent plus de roi. Il faut donc une nouvelle constitution. Mais on ne veut pas que celle-ci soit conçue et rédigée par l’assemblée législative qui avait été élue par les riches en 1791, les citoyens « passifs » étant évincés.

[2] Je me permets une réflexion que le professeur Biard voudra bien me pardonner. Quand on se marie, on ne dit pas « c’est mon premier mariage » ! De même, en 1792, les Conventionnels ne dirent jamais, à ma connaissance, « c’est la première république ». C’eût été admettre que la royauté allait revenir, qu’il faudrait donc installer une 2ème république, etc… Certes, c’est ce qu’il advint mais en 1792 on ne lisait pas dans le marc de café…


Jean Jaurès nous parle de Robespierre…

publié le 3 juin 2012 à 12:34 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 mars 2013 à 02:53 ]

i   

    Je publie cet article de la revue L’Incorruptible, n°80 du 2ème semestre 2012. C’est J. Jaurès qui va parler. Jaurès a été un historien de la Révolution française. Son point de vue est forcément riche d’intérêt pour nous tous. A Monsieur J.-F. Copé qui a paraît-il des ambitions présidentielles, je conseille cette lecture et bien d’autres… Il verra à la fois la complexité de la situation de 1793 et les nuances apportées par Jaurès, admirateur de la Révolution française, dans son appréciation de l’action de l’Incorruptible. Que Mr Copé mélange Brasillach et Robespierre ne laisse pas d’inquiéter. L’inculture entrera-t-elle un jour à l’ Élysée ? Rien ne nous sera, alors, épargné.

    On lira dans ces lignes les paroles célèbres de Jaurès : je suis avec Robespierre, et c'est à côté de lui que je vais m'asseoir aux Jacobins. J'illustre ce texte par des photos de l'église du petit village charentais de Criteuil-la-Magdeleine prises par mon ami L. Bergery lors d'un voyage commun en Cognaçais. L'influence du culte de la raison, de l'être suprême, prôné par Robespierre, a pénétré jusqu'au fond des campagnes françaises. la Révolution fut l'affaire de tous, pas d'un homme seul. 

    J.-P. R.

 

Présentation par Jean-Claude MARTINAGE.

 

    Voici des extraits de l'Histoire Socialiste de la Révolution Française dans lesquels Jaurès commente l'action et la pensée de Robespierre. Nous y retrouvons souvent des éléments positifs et négatifs, des sentiments opposés comme dans ce commentaire sur le discours du 28 déc. 1792 « Je démêle en moi une émotion irritée et une admiration qui n'est pas toujours sans malaise». Jaurès était parfois excédé par la rigidité de "L'homme-principe" Robespierre (Laponneray). Il admettait cependant que l'attachement à ces mêmes principes sauva la Révolution en 1793 même si après la chute des factions, il se désolidarisa de Robespierre.

    Laissons parler Jaurès dans les dernières pages de son ouvrage : "J'ai dit quels furent surtout, depuis le 31 Mai[1], les services immenses de Robespierre, organisant le pouvoir révolutionnaire, sauvant la France de la guerre civile, de l’anarchie et de la défaite. J'ai dit aussi comment, après l'écrasement de l'hébertisme et du dantonisme il fut frappé de doute, d'aveuglement et de vertige" (tome 6, p.516)). Les grands historiens A. Mathiez et A. Soboul ont considéré que Jaurès ne fut pas toujours juste avec Robespierre. Certains autres jugent que "c'est toujours le moment, dessiné avec une précision extrême, qui détermine on non, l'adhésion de Jaurès" (Mona Ozouf). Nous, "les Amis de Robespierre" souhaitons simplement que la lecture de ces quelques textes puisse, par leur esprit critique, parfaire la connaissance de celui que nous considérons comme le grand homme de la Révolution Française.

 Jean-Claude Martinage

Les amis de Robespierre (A.R.B.R.) www.amis-robespierre.org

 

La conception religieuse de Robespierre

    Robespierre semble croire que le christianisme, enseigné par la Révolution et selon la Révolution peut perdre peu à peu ses dogmes les plus aventureux et les plus tyranniques et se confondre avec la religion naturelle : et c'est tout un système religieux et moral qu'il esquisse à grands traits [ ...]. D'abord lui-même, disciple de Jean-Jacques, a foi dans un Dieu personnel et conscient, gouvernant le monde par sa grandeur, et dans l'immortalité de l'âme humaine : et il s'applique à retrouver sous l'enveloppe chrétienne des croyances populaires ces deux dogmes de la religion naturelle.




    [...] Oui, il avait en lui du prêtre et du sectaire, une prétention intolérable à l'infaillibilité, l'orgueil d'une vertu étroite, l'habitude de tout juger sur la mesure de sa propre conscience et envers les souffrances individuelles la terrible sécheresse de cœur de l'homme obsédé par une idée et qui finit peu à peu par confondre sa personne et sa foi, l'intérêt de son ambition et l'intérêt de sa cause. Mais il y avait aussi une exceptionnelle probité morale, un sens religieux et passionné de la vie, et une sorte de scrupule inquiet à ne diminuer, â ne dégrader aucune des facultés de la nature humaine, à chercher dans les manifestations les plus humbles de la pensée et de la croyance l'essentielle de la grandeur de l'homme [...] Robespierre n'avait pas pris à Jean-Jacques tout son pessimisme, puisqu'il croyait la démocratie applicable aux grands Etats modernes. Mais il se disait que, même après l'institution de l'entière démocratie, bien des maux accableraient l'homme. Il lui semblait impossible de corriger suffisamment les inégalités sociales, il lui semblait impossible de ramener toutes les fortunes et toutes les conditions à un même niveau, sans arrêter, sans briser les ressorts humains, et il prévoyait ainsi une renaissance indéfinie, de génération en génération, de l'orgueil et de l'égoïsme des uns, de la souffrance et de l'envie des autres. Il n'avait aucun pressentiment du socialisme ; il n'entrevoyait pas la possibilité d'un ordre nouveau où toutes les énergies humaines se déploieraient plus harmonieusement (...).

    Aussi éprouvait-il quelque respect pour l'action chrétienne qui lui semblait avoir pénétré parfois dans les âmes humaines à des profondeurs où l'action révolutionnaire n’atteindrait point. Et il se faisait scrupule d'arracher aux hommes des espérances surhumaines de justice et de bonheur dont la Révolution lui paraissait incapable à jamais d'assurer l'équivalent. Là est, dans la pensée de Robespierre, le grand drame ; là est, dans cette âme un peu aride, l'émotion profonde et la permanente mélancolie (tome 3 p366-375).

 

Contre les culottes dorées en Mai 1793

    Tout en animant les sans-culottes contre les culottes dorées, Robespierre prend bien garde que la lutte sociale n'aboutisse pas à une lutte des classes systématiquement fondée sur l'opposition de la pauvreté et de la richesse. Et ce n'est pas pour dépouiller les riches, c'est pour assurer la victoire de la démocratie et le salut de la liberté, qu'il demande, en cette crise, la primauté révolutionnaire des pauvres [...]. Ainsi, de même que Robespierre, tout en excitant les sans-culottes, voulait les empêcher de déclarer une guerre fondamentale à la bourgeoisie et à la propriété, il voulait tendre tous les ressorts de l'action révolutionnaire, mais sans briser la légalité (tome 5 p. 511-514).

 

    La déclaration des droits de Robespierre le 24 avril 1793

    Robespierre ne se contente pas de rappeler que la propriété est une institution sociale [...]. La propriété, dans sa formule, n'est que ce qui reste de la propriété, quand la société a exercé son droit antérieur et supérieur, quand elle a prélevé ce qui lui est nécessaire pour assurer la vie de tous [...]. Dès maintenant, il insérait dans la Déclaration des Droits proposée par lui quelques applications précises de sa définition sociale de la propriété. Il veut que la Convention inscrive dans la charte sociale le droit de tous à la vie, le droit au travail, le droit à l'instruction, et l'impôt progressif avec immunité complète du minimum de revenus nécessaire à la vie. Tous ces premiers articles de son projet sont d'une belle allure humaine [...].

    Cette déclaration des droits c'est l'extrême formule officielle de la pensée sociale de la Convention. Aucun représentant n'alla au-delà [...]. Mais, ce qui attriste dès maintenant l'exposé de la pensée sociale de Robespierre, ce qui lui communique une sorte d'aridité, c'est le parti pris vertueux contre la richesse […]. Certes, Robespierre ne veut pas proscrire l'opulence : mais il la dédaigne et il la méprise presque, comme si elle n'était pas la forme, d'abord nécessairement oligarchique, plus tard sociale, populaire et commune, de la puissance de l'homme sur les choses, le signe de sa maîtrise sur l’univers. Ce qui aurait été grand et beau, c'eût été d'appeler au secours de la Révolution toutes les forces de production, de richesse, et de dire: "Les mesures que nous prendrons pour que tous les citoyens aient une part de ce bien-être croissant, de cette richesse humaine croissante, ajouteront à l'essor de la richesse bien loin de la contrarier" (tome 6 p. 134-140).

 

    La politique de Robespierre en juin-Juillet 1793

    Robespierre, assidu, courageux, s'obstine à prévenir les mesures hâtives qui, sous prétexte de révolutionner l'armée, la livrerait désorganisée et sans chefs à l'ennemi. II s'applique à maintenir l'autorité de la Convention et du Comité de Salut Public, à fondre toutes les forces de la Révolution, à créer contre le péril intérieur et extérieur la dictature de la France révolutionnaire appuyée sur Paris, et à écarter la dictature étroite de Paris qui aurait été bientôt précipitée dans le vide [...]. Si grands qu'ils aient été, Cambon et Carnot ont été des administrateurs, non des gouvernants, ils ont été des effets; Robespierre était une cause. Je ne veux pas faire à tous ces combattants qui m'interpellent une réponse évasive, hypocrite et poltronne. Je leur dis : ici, sous le soleil de juin 93 qui échauffe votre âpre bataille, je suis avec Robespierre, et c'est à côté de lui que je vais m'asseoir aux Jacobins. Oui, je suis avec lui parce qu'il a à ce moment toute l'ampleur de la Révolution (tome 6 p. 201-203).

 

    Robespierre contre les factions (février 1794)

    Quand donc cessera l'oppression des patriotes ? Robespierre pressent un combat à mort. Et il prend position à la Convention par son discours dirigé à la fois contre le dantonisme et contre l'hébertisme [...]. Dès lors, il est résolu de frapper des deux côtés à la fois ; il s'installe sur une hauteur âpre et d'où il pourra balayer tout l'horizon. Jamais il ne pourra atteindre la démagogie hébertiste s'il n'a pas rassuré tous les patriotes, tous les révolutionnaires contre la politique de défaillance traîtresse des Indulgents[2]. Et il déclare la guerre aux uns et aux autres. Mais, que de sacrifices, que d'épreuves va imposer ce double combat ! Robespierre a le pressentiment aigu de son rôle terrible. C'est lui qui va être chargé de distribuer la mort à sa droite et à sa gauche. C'est lui qui va équilibrer l'échafaud ; il se sent devenir le centre de gravité de la guillotine, et, épuisé de travaux, de luttes, de soucis, malade des premières atteintes portées à sa popularité et des responsabilités qu'il assume, il sent ses forces défaillir (tome 6 p. 395).



[1] Il s’agit de la "journée" du 31 mai 1793 qui, avec celle du 2 juin suivant, chassera les Girondins du pouvoir et installera le pouvoir des Montagnards. A cette date, Robespierre n’est pas membre du Comité de salut public. (JPR).

[2] Nom donné à la tendance de la Convention animée par Danton.

La Marseillaise, chant révolutionnaire ! par Michel VOVELLE, Edgar MORIN.

publié le 14 avr. 2012 à 04:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 16 août 2016 à 11:14 ]


    Aujourd’hui, samedi 14 avril 2012, Marseille est la capitale de la France révolutionnaire. Le Front de Gauche y tient meeting avec quelques cent mille copains, potes, camarades et amis de son candidat Jean-Luc Mélenchon. A cette occasion, l’Humanité, journal de Jean Jaurès, publie un numéro spécial et Michel Vovelle trace en quelques mots ce qu’il faut savoir par cœur sur notre hymne national.

    On ne présente pas Michel Vovelle, plus grand historien vivant de notre grande Révolution universaliste de 1789, qui fut titulaire de la chaire d’histoire de la Révolution à la Sorbonne, Himalaya de la pyramide universitaire. Vovelle est membre du PCF et président honoraire de la Société des amis d de l’Humanité. On ne peut que s’interroger pourquoi N. Sarkozy lui préfère F. Furet. Mais à vrai dire, aujourd’hui, on s’en moque un peu.


Vive la Marseillaise !

            J.-P. R.

P.S. Je joins à ce texte, une autre offrande à notre hymne national, celle d' Edgar MORIN

Sociologue et philosophe. Né en 1921, Edgar Morin est directeur de recherche émérite au CNRS, président de l'Agence européenne pour la culture (Unesco) et président de l'Association pour la pensée complexe. Il a publié notamment « Pour et contre Marx » (Temps présent, 2010), « Ma gauche » (Bourin éd., 2010), « La Voie » (Fayard, 2011), « Au péril des idées » ...

             Les passages en gras sont soulignés par moi, JPR.

 

MARSEILLE, PATRIE DE LA MARSEILLAISE...


        Par Michel Vovelle,

        Historien

 

    On sait, mais il est utile de le rappeler, que ce chant de guerre pour l'armée du Rhin a été composé le 25 avril 1792 par un jeune officier d'artillerie, Rouget de L’Isle, dans le contexte du péril de guerre qu'affrontait la Révolution française. C'est de Montpellier que le refrain est arrivé, chanté par le citoyen Mireur, un des fédérés qui rejoignait à Marseille la troupe de ceux qui montèrent à Paris pour défendre la Révolution. Ce qui les amena au 10 août 1792 à prendre les Tuileries et à mettre à bas la monarchie. Le chant de marche entonné au banquet d'accueil par les Jacobins a conquis les participants, à tel point qu'il est devenu, sans tarder, un couplet de ralliement durant les journées révolutionnaires mais aussi sur les champs de bataille. Il a été promu hymne national en novembre 1793… puis en 1895 après une longue éclipse.

    Tour à tour rejetée par les régimes autoritaires ou répressifs de l'empire à la monarchie restaurée, mais redécouverte à chaque épisode révolutionnaire, la Marseillaise a été reçue non seulement en France mais dans toute l'Europe et le monde. Et, nous disent les bons apôtres : comment cela se fait-il ? Une musique d'amateur, et surtout un refrain sanguinaire, qu'est-ce que ce « sang impur qui abreuve nos sillons », ces « barbares qui vont égorger nos fils et nos compagnes ». Tout cela dans une langue qui n'est plus la nôtre. Il faudrait au moins réécrire les paroles pour éviter de se faire siffler dans des stades par des jeunes qui n'y comprennent rien... Puis il y a l'autre façon de faire passer un mauvais coup c'est de s'emparer de ce que le général Bugeaud, vieille canaille, appelait en 1839  'l'hymne de dernière les fagots", objet des captations chauvines ou militaristes du XIX° siècle.

    Sans remonter au déluge, il y eut l’OPA Le Pen avant que le FN ne se reporte sur Nabuchodonosor, et à droite après Valéry Giscard d'Estaing en oratorio. Nous avons aujourd'hui la mainmise d'un Sarkozy attrape-tout dans sa boulimie annexant la Marseillaise comme le drapeau ou la Cocarde dans la foire aux symboles au service de l'identité nationale et des « valeurs ».


    Et nous ? Au lendemain de la grande boucherie impérialiste de 1914, Aragon anathématisait la Marseillaise « dans les merdes des tranchées ». Mais à l'époque du danger fasciste nous l'avons réconcilié avec l'Internationale et elle a passé l'épreuve de la Résistance, ce qui n'était pas un compromis bourgeois. Gardons-la, non par une dévotion surannée, mais parce qu'elle reste intrépidement l’expression de la liberté sur les barricades, un chant révolutionnaire.

    fin du texte de Michel VOVELLE


UNIVERSELLE "MARSEILLAISE"

 

        Par Edgar MORIN

 

    La Marseillaise, que l'on chante désormais dans une étonnante unanimité, des communistes aux lepénistes, vient d'être brutalement mais justement secouée. Cela ne vient pas de la ministre Christiane Taubira, qui a préféré commémorer l'esclavage en se recueillant plutôt qu'en chantant l'hymne qui a accompagné toutes les aventures de la France une bonne part du XIXe siècle, mais aussi les cruelles expéditions coloniales, couvrant d'un voile glorieux les méfaits de la colonisation. Cela vient de l'acteur Lambert Wilson, qui, à la suite des remous anti-taubiresques causés par la droite, s'est soudain senti honteux des paroles – racistes, dit-il abusivement –, en fait sanguinaires et vengeresses, du 1er couplet, que l'on chante en ignorant les autres. Comme ce couplet apparaît révoltant et absurde si on le place dans notre conjoncture actuellement pacifique, j'ai voulu expliquer pourquoi il me paraît important de l'assumer quand même.

    Le 1er couplet de La Marseillaise, qui est seul exécuté, mémorisé et chanté, surprend. Cet hymne de combat (il fut celui de l'armée du Rhin, composé par Rouget de Lisle en 1792, adopté comme hymne national en 1795, puis définitivement en 1879) est tout à fait différent des hymnes nationaux, qui sont quasi religieux et liturgiques, à la Nation (Deutschland über alles, « l'Allemagne au-dessus de tout ») ou à la royauté, symbole de la Nation (God Save the King, « Que Dieu sauve le roi »).

    Cet hymne de combat est un hymne d'éveil et de résistance à l'invasion des armées royalistes conjurées. Le danger est alors mortel pour la République naissante (la patrie est en danger ! JPR). Son caractère sanguinaire est lié à ce moment d'exaltation, voire d'ivresse vitale. Et surtout, il lie indissolublement l'identité de la République à la résistance aux tyrannies. Il lie non moins indissolublement l'idée de République à l'idée de France.

Couplet 1

Allons enfants de la Patrie,

Le jour de gloire est arrivé !

Contre nous de la tyrannie,

L'étendard sanglant est levé, (bis)

Entendez-vous dans les campagnes

Mugir ces féroces soldats ?

Ils viennent jusque dans vos bras.

Égorger vos fils, vos compagnes !

    Vichy a supprimé ce premier couplet, par haine de la République, et effacé la résistance à l'invasion parce qu'il pratiquait la collaboration avec l'envahisseur. Certes, le couplet qui l'a remplacé a sa beauté dans « amour sacré de la Patrie », mais il élimine la République de l'identité française. Vichy fut raciste (et non le 1er couplet de La Marseillaise, qui est certes sanguinaire, mais dans l'ivresse guerrière). Or ce caractère sanguinaire est ouvertement répudié pour l'après-victoire. (Voir fin du couplet 15).

    La Marseillaise a eu quinze couplets originaux, qu'il faut ici rappeler. Les 2e, 3e et 4e couplets confirment et prolongent le 1er.

Couplet 2

Que veut cette horde d'esclaves

De traîtres, de rois conjurés ?

Pour qui ces ignobles entraves,

Ces fers dès longtemps préparés ? (bis)

Français ! Pour nous, ah ! Quel outrage

Quels transports il doit exciter !

C'est nous qu'on ose méditer

De rendre à l'antique esclavage !

Couplet 3

Quoi ! Ces cohortes étrangères

Feraient la loi dans nos foyers !

Quoi ! Ces phalanges mercenaires

Terrasseraient nos fils guerriers ! (bis)

Dieu ! Nos mains seraient enchaînées !

Nos fronts sous le joug se ploieraient !

De vils despotes deviendraient

Les maîtres de nos destinées !

Couplet 4

Tremblez, tyrans et vous, perfides,

L'opprobre de tous les partis !

Tremblez ! Vos projets parricides

Vont enfin recevoir leurs prix ! (bis)

Tout est soldat pour vous combattre

S'ils tombent, nos jeunes héros,

La terre en produit de nouveaux,

Contre vous tout prêts à se battre.

    Le 5e couplet prend de la hauteur, devient magnanime et demande d'épargner « les tristes victimes s'armant à regret contre nous ».

Couplet 5

Français, en guerriers magnanimes,

Portons ou retenons nos coups !

Épargnons ces tristes victimes,

A regret s'armant contre nous ! (bis)

Mais ce despote sanguinaire !

Mais ces complices de Bouillé !

Tous ces tigres qui, sans pitié,

Déchirent le sein de leur mère !

    Le 6e, magnifique, introduit le patriotisme, le liant à la liberté (adopté par Vichy parce que Patrie remplace République).

Couplet 6

Amour sacré de la Patrie

Conduis, soutiens nos bras vengeurs !

Liberté, Liberté chérie,

Combats avec tes défenseurs ! (bis)

Sous nos drapeaux que la victoire

Accoure à tes mâles accents !

Que tes ennemis expirants

Voient ton triomphe et notre gloire !

Refrain

Aux armes, citoyens !

Formez vos bataillons !

Marchons, marchons !

Qu'un sang impur…

Abreuve nos sillons !

La strophe sur le « sang impur » choque légitimement aujourd'hui. Mais le caractère racial du sang n'est nullement présent dans la conscience des révolutionnaires du XVIIIe siècle. Il n'apparaîtra qu'avec les théories racistes de Gobineau (homme du second empire anti-républicain, JPR? et du nazisme.

Le 7e couplet introduit les générations futures dans la continuité républicaine et tyrannicide.

Couplet 7

(Couplet des enfants)

Nous entrerons dans la carrière,

Quand nos aînés n'y seront plus ;

Nous y trouverons leur poussière

Et la trace de leurs vertus. (bis)

Bien moins jaloux de leur survivre

Que de partager leur cercueil

Nous aurons le sublime orgueil

De les venger ou de les suivre !

Le suivant est déiste. Il nous évoque le culte de l’Être suprême de Robespierre et aussi le Gott mit uns («Dieu avec nous ») des Allemands. Il fut supprimé par Joseph Servan de Gerbey, ministre de la guerre, en 1792.

Couplet 8

Dieu de clémence et de justice

Vois nos tyrans, juge nos cœurs

Que ta bonté nous soit propice

Défends-nous de ces oppresseurs (bis)

Tu règnes au ciel et sur terre

Et devant Toi, tout doit fléchir

De ton bras, viens nous soutenir

Toi, grand Dieu, maître du tonnerre.

Le 9e ajoute l'idée d'égalité à celle de liberté ; il faudra attendre 1848 pour la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». Le 10e porte un ultime anathème à la royauté.

Couplet 9

Peuple français, connais ta gloire ;

Couronné par l’Égalité,

Quel triomphe, quelle victoire,

D'avoir conquis la Liberté ! (bis)

Le Dieu qui lance le tonnerre

Et qui commande aux éléments,

Pour exterminer les tyrans,

Se sert de ton bras sur la terre.

Couplet 10

Nous avons de la tyrannie

Repoussé les derniers efforts ;

De nos climats, elle est bannie ;

Chez les Français les rois sont morts (bis)

Vive à jamais la République !

Anathème à la royauté !

Que ce refrain, partout porté,

Brave des rois la politique.

    Les 10e et 11e couplets sont les deux couplets sublimes qui lient patriotisme et universalisme et préfigurent les thèmes de L'Internationale.

Couplet 11

La France que l'Europe admire

A reconquis la Liberté

Et chaque citoyen respire

Sous les lois de l’Égalité ; (bis)

Un jour son image chérie

S'étendra sur tout l'univers.

Peuples, vous briserez vos fers

Et vous aurez une Patrie !

Couplet 12

Foulant aux pieds les droits de l'Homme,

Les soldatesques légions

Des premiers habitants de Rome

Asservirent les nations. (bis)

Un projet plus grand et plus sage

Nous engage dans les combats

Et le Français n'arme son bras

Que pour détruire l'esclavage.

Les 13e et 14e sont négligeables. Le dernier ouvre un avenir apaisé.

Couplet 15

Enfants, que l'Honneur, la Patrie

Fassent l'objet de tous nos vœux !

Ayons toujours l'âme nourrie

Des feux qu'ils inspirent tous deux (bis)

Soyons unis ! Tout est possible ;

Nos vils ennemis tomberont,

Alors les Français cesseront

De chanter ce refrain terrible.

    La Marseillaise dans son intégrité est donc un grand hymne où sont associées Nation, République, universalisme, liberté, dans une intensité frémissante qui est justement celle de l'an I, de Valmy, du moment fondateur de la France républicaine et du moment paroxystique de la défense de la liberté nationale. Le premier couplet porte cette marque. Il est remémorateur, commémorateur, régénérateur.

    En dépit de ses excès de langage qui, en contrepartie, apportent un extrême romantisme, il doit être conservé. En revanche, il faut ressusciter le 11e et le 12e, qui correspondent si bien à nos temps planétaires d'interdépendance des peuples et de communauté de destin de toute l'humanité. Ils portent en eux l'universalisme de l'ère planétaire déjà présent dans le message de La Marseillaise.

    Enfin, La Marseillaise est un hymne d'éveil et de résistance qui a valu pour les résistances qui ont suivi, qui vaut pour celles que nécessite notre temps, et qui vaudra pour les résistances futures. fin du texte de E. Morin.

 


voir aussi : Quelques flashes depuis Vizille... 

et "La Marseillaise" de Jean RENOIR (1938) produite par la CGT


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