1. Moyen âge et temps modernes

  • La chevalerie du roi de France (1ère partie)     Je publie un texte de Jean FAVIER, extrait d'un de ses maîtres-ouvrages : "LA GUERRE DE CENT ANS" (Fayard). Je publie également quatre dessins trouvés sur l'encyclopédie Wikipédia ...
    Publié à par Jean-Pierre Rissoan
  • La bataille de Crécy (26 août 1346)     Je présente la bataille de Crécy d'abord avec une miniature extraite des chroniques de Froissart - parues au XV° siècle -  suivie d'un texte de Jules Isaac qui cite longuement ...
    Publié à par Jean-Pierre Rissoan
  • Nos ancêtres les Gaulois... texte de J.-P. Demoule publié le 1 oct. 2016 à 15:10 par Jean-Pierre Rissoan Nicolas Sarkozy s’est encore fait remarqué en parlant de nos ancêtres les Gaulois. Tous les Français un ...
    Publié à 22 août 2019 à 11:34 par Jean-Pierre Rissoan
  • Hymne à Notre-Dame. Un article de Maurice Ulrich, rédacteur à L'Humanité le cœur blessé de Paris et de la FranceMercredi, 17 Avril, 2019Maurice Ulrich    Le terrible incendie a failli détruire le chef-d’œuvre de l’esprit et de ...
    Publié à 14 août 2019 à 02:16 par Jean-Pierre Rissoan
  • L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLES     ce thème est traité ici-même : FANFAN LA TULIPE, CHRISTIAN-JAQUE (1952) L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLEShttps://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/la-vie-de-l-esprit/critiques ...
    Publié à 25 oct. 2018 à 13:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • Patrimoine : Visitez Château-Queyras... !     VISITEZ CHÂTEAU-QUEYRAS !!! C'est un patrimoine en danger. Les propriétaires -privés - n’arrivent plus à l'entretenir suffisamment, n'ont pas les moyens d'effectuer les investissements qui pourraient ...
    Publié à 1 sept. 2019 à 11:55 par Jean-Pierre Rissoan
  • La régence (Philippe d'Orléans)     lire le commentaire du film de TAVERNIER :     "Que la fête commence !"... (Tavernier, 1975)    sur ce site.
    Publié à 26 févr. 2018 à 10:07 par Jean-Pierre Rissoan
  • La traite négrière, crime contre l'humanité par Mme TAUBIRA         je publie ici l'un des "grands discours de la République" que le journal L'Humanité a fait paraître en série durant cet été 2017. Il s'agit du discours ...
    Publié à 21 déc. 2017 à 10:08 par Jean-Pierre Rissoan
  • La guerre des paysans en Alsace-Lorraine (XVI° siècle)     Vous trouverez cet article avec le lien suivant :     500 ans de Luthéranisme : 1ère partie, la Guerre des Paysans
    Publié à 5 déc. 2016 à 06:57 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos des racines chrétiennes de la France (suite n°2)...     Il s’agit donc de la troisième partie de cet exposé consacré aux soi-disant "racines chrétiennes de la France". La première partie montrait que derrière Rabelais la bourgeoisie française ...
    Publié à 21 août 2017 à 04:54 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos des racines chrétiennes de la France ... (suite)     Ce texte prend la suite de A propos des racines chrétiennes de la France…     Mots-clés du présent texte : D’Alembert, Francis Bacon, Descartes, Pierre Bayle, F. Engels, Jacques Roger ...
    Publié à 26 sept. 2016 à 03:17 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos des racines chrétiennes de la France…     Voici que de soi-disant socialistes mettent en avant les soi-disant racines chrétiennes de la France. Sans contester cet évident héritage qui n’a pas que des avantages – songez ...
    Publié à 26 sept. 2016 à 08:19 par Jean-Pierre Rissoan
  • La croisade contre les Albigeois (1ère partie)     SOUVENIR D’UNE CIVILISATION DÉFAITE : la bataille de MURET, 12 septembre 1213   par Francis PORNON Écrivain,     Bataille de Muret, 12 septembre 1213. Les chevaliers du croisé Simon de Monfort reconnaîtront ...
    Publié à 28 août 2017 à 01:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • 1.Formation territoriale de la France (1ère partie). Des origines à la fin du XV° siècle.     Ce cours est destiné aux lecteurs francophones de ce site qui sont dispersés dans cent deux pays. C’est à l’origine un cours de la classe de seconde mais ...
    Publié à 16 sept. 2019 à 08:24 par Jean-Pierre Rissoan
  • 2. Formation territoriale de la France (2ème partie). De François Ier à Mazarin. lien pour la 1ère partie : 1.Formation territoriale de la France (1ère partie). Des origines à la fin du XV° siècle.    2EME PARTIE : DE FRANÇOIS 1ER A MAZARIN ...
    Publié à 10 oct. 2018 à 08:42 par Jean-Pierre Rissoan
  • 3. Formation territoriale de la France (3ème partie). Louis XIV et Vauban.  LOUIS XIV ET VAUBAN Plan: A. Vauban et le patrimoine mondial de l'humanité    1. Le personnage    2. Le patrimoine mondial de l'UNESCOB. "la plus belle frontière..."    1 ...
    Publié à 17 sept. 2019 à 08:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • 4.Formation territoriale de la France (4ème partie). La France en 1789     LIEN :  1.Formation territoriale de la France (1ère partie). Des origines à la fin du XV° siècle.    2. Formation territoriale de la France (2ème partie). De François Ier à Mazarin ...
    Publié à 19 janv. 2015 à 02:30 par Jean-Pierre Rissoan
  • J.-J. ROUSSEAU, REVOLUTION ET LEGITIMITE POPULAIRE publié le 28 sept. 2011 15:46 par Jean-Pierre Rissoan Je présente d’abord un compte-rendu de lecture[1] et je tente d’y apporter une valeur ajoutée ...
    Publié à 27 juin 2013 à 02:53 par Jean-Pierre Rissoan
  • 2012 : l'année jean-jacques ROUSSEAU !             Dans son numéro du 4ème trimestre 2011, la société des amis de Robespierre annonce la grande année 2012 qui sera celle du tricentenaire de Jean-Jacques ROUSSEAU. Les lecteurs de ...
    Publié à 27 juin 2013 à 02:43 par Jean-Pierre Rissoan
  • II. KISS-IN, THEOPHILE ET VINCENT   17/05/2010  A l’occasion de la journée mondiale contre l’homophobie, une organisation lyonnaise a décidé de convier les intéressé(e)s à un kiss-in géant. Rien ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 03:09 par Jean-Pierre Rissoan
Affichage des messages 1 - 20 de 20 Afficher plus »

La chevalerie du roi de France (1ère partie)

publié le 18 janv. 2020 à 10:11 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : ]

    Je publie un texte de Jean FAVIER, extrait d'un de ses maîtres-ouvrages : "LA GUERRE DE CENT ANS" (Fayard). Je publie également quatre dessins trouvés sur l'encyclopédie Wikipédia qui ont l’intérêt de montrer les changements du XI° au XV° siècles. L'idée est de faire passer le vocabulaire de l'armement médiéval. Dans une seconde partie, je donnerai la définition des mots de vocabulaire non présentés dans le texte de J. Favier. NB. les mots en gras sont surlignés par moi-même.

"Ces chevaliers qui s'apprêtent à charger (Favier introduit le bataille de Crécy, JPR La bataille de Crécy (26 août 1346)) à quoi ressemblent-ils au juste ? Du croisé et du combattant de Bouvines, ils ont encore l'allure générale : celle d'un cavalier lourd, solidement appuyé sur les étriers dont il s'aide quand il faut soudain projeter, à la pointe de la lance, toute sa force vers l'avant. Il est lourd de son armement, et d'abord de cette lance - elle a bien trois mètres de long - faite d'un bois dur et ferré, calée sous coude droit en attendant le choc effroyable qui, selon l'habileté de l'un ou de l'autre, enverra la cible au sol ou l'assaillant en l'air. Dans le tournoi, où les rangs se croisent à chaque assaut, la lance est de bon usage, et les valets en tendent une autre si la première se brise. Au combat, où la mêlée suit l'assaut, la lance ne sert guère qu'une fois: mieux vaut s'en débarrasser au plus vite et dégainer l'épée.

    Cette épée n'est pas moins lourde, avec son épaisse lame à deux tranchants, qu'une chaînette retient si la poignée tourne dans la main. Elle est assez longue pour le combat à cheval, quand le temps de la lance est passé. Elle est assez maniable pour l'escrime à pied, quand le cavalier tombé peut se relever. Bien des chevaliers, et non des moindres, devront à leurs moulinets le salut et parfois la victoire. Mais il n'est pas indigne d'un combattant de bonne race de manier des armes moins chargées de symboles que la grande épée. II faut des muscles de fer pour faire tournoyer la masse d'armes, cette lourde boule hérissée de pointes, qui s'articule au bout d'une courte chaîne. Quant à la hache, elle sera, aux derniers moments de la bataille de Poitiers, l'arme du roi Jean.

Alourdi de son arsenal offensif, le cavalier n'est pas moins engoncé dans l'armure qui doit le mettre à l'abri des morts intempestives. Car l'idéal du chevalier est de prendre son adversaire pour en tirer rançon, non de le tuer comme font les manants. (...). On tue des piétons, des sergents et des coutilliers, des archers et des arbalétriers, toutes gens que rien ne différencie vraiment du vilain qui manie le gourdin ou le couteau. On ne tue pas le chevalier ou l'écuyer désarmé; il est même de bonne guerre de lui faire honneur et de le traiter avec largesse : on ne l'en revend que plus cher aux siens.

    C'est là, dans cette armure défensive, toujours trop lourde et jamais assez sûre, que la silhouette du chevalier a le plus changé depuis le temps des croisades. Même s'il figure encore sur les effigies équestres des sceaux, on ne porte plus guère au combat le grand heaume cylindrique (cf. ci-dessus XII°s.) qui enserrait la tête et gênait la vue. La plupart des combattants à cheval ont fait leur un casque léger, le bassinet. Une visière s'articule parfois sur 1es tempes ; on la relève hors des moments de danger.

L'écu, c'est maintenant un bouclier léger, un petit triangle que l'on porte le plus souvent accroché au cou, conservant ainsi l'usage de la main gauche pour guider le cheval. Le grand bouclier du XI° siècle (cf. ci-dessus), celui des compagnons de Guillaume le Conquérant que nous montre encore la tapisserie de Bayeux, avait pour fonction de recevoir les javelots, ces lances légères à l'ancienne mode qu'on lançait sans espoir de les récupérer. Ce temps est révolu, et la lourde lance tue comme un boutoir, non comme une flèche. L'écu est alors bien inutile: recevoir un choc de deux cents livres au galop sur l'écu ou en pleine poitrine ne change pas grand-chose : le cavalier se retrouve au sol, assommé. Au mieux peut-on détourner le coup mal porté... Quant aux flèches, que l'écu recevait avantageusement, elles volent trop vite, et il est vain de chercher à les parer.

Contre la flèche (de l'archer) ou le carreau (de l’arbalétrier), contre l'épée ou le couteau, il y a l'armure. Mais cette armure est ce que la fait la fortune de chacun. L'armure du riche baron fait rêver le modeste écuyer, souvent mieux armé pour tailler que pour se protéger. La simple cotte de mailles, ce long vêtement de souple fil de fer qui protégeait du tranchant des lames, non des pointes, paraît désormais insuffisante. On la renforce de plaques rigides, propres à dévier les coups, sinon à les arrêter. II n'est guère de cotte de fer qui ne protège ainsi d'une dure carapace la poitrine, les bras et les jambes. Ce sont des plaques de fer, de cuir bouilli, de corne, finement articulées ou tout bonnement cousues sur les mailles, selon la technique propre ou l'inspiration de l'artisan ou de l'homme d'armes lui-même. Les riches ont des jeux de « plates » qu'ils revêtent carrément sur la cotte de mailles. Les moins aisés se contentent de rembourrer de laine, de coton ou de cuir les parties du corps où le coup fait mal, même lorsqu'il ne blesse pas. De telles armures ne protégeront pas d'un grand coup de lance, elles éviteront peut-être de mourir d'un coup de sabot ou d'avoir les membres brisés d'un coup de houe.

Le cheval, lui, connaît ses derniers combats du Moyen Age. On sait qu'on ne protège pas efficacement un cheval, sauf au tournoi, où nul coutillier ne vient normalement lui scier les tendons. Et l'on va comprendre que la charge de cavalerie à l'ancienne mode est devenue une inutile boucherie en prélude au combat véritable, celui qui décide de la victoire. Quelques « plates » de fer, de corne ou de cuir protègent encore le poitrail ou les articulations ; on y renoncera vite, et le cheval sera tenu à l'écart de l'escrime. Il sera moyen de commandement, d'observation, de reconnaissance. Il sera surtout l'indispensable auxiliaire de toute manœuvre. Sans cheval, pas de surprises, pas de mouvements tournants, pas de routes coupées et de ponts occupés. Mais on se battra à pied. La lance rejoindra, dans la panoplie des tournois, les grands cimiers et les longues cottes armoriées.

En attendant, Crécy est le triomphe des coutilliers, des coupe-jarrets, des archers embusqués dans les bosquets, des piques tendues au travers des chemins comme au tournant des haies. La hache et la massue l'emportent sur la lance et sur l'épée longue.

(...).

Le bon chevalier, c'est celui qui multiplie les combats singuliers au cœur de la mêlée; l'idée d'une stratégie d'ensemble l'effleure rarement. C'est aussi celui qui remet le dernier son épée au fourreau. A Poitiers, Jean le Bon méritera son nom". Fin de la citation du texte de Jean FAVIER.

*

*     *

 à suivre :

La chevalerie du roi de France (seconde partie)

 récit de la bataille : La bataille de Crécy (26 août 1346)

-

La bataille de Crécy (26 août 1346)

publié le 17 janv. 2020 à 15:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : ]

    Je présente la bataille de Crécy d'abord avec une miniature extraite des chroniques de Froissart - parues au XV° siècle -  suivie d'un texte de Jules Isaac qui cite longuement les propos du célèbre chroniqueur médiéval puis je commente la miniature. Concernant l'armement des gens de guerre à Crécy, j'ai publié la description qu'en fait Jean FAVIER dans l'article La chevalerie du roi de France (1ère partie).

   
    Il est toujours très difficile de savoir ce qui s'est passé exactement dans une bataille. On connaît la bataille de Crécy surtout par le récit du chroniqueur Froissart, dont nous donnons ici l'analyse, et des extraits (Chroniques, liv. I, § 274 à 287, éd. de la Société de l'Histoire de France). Mais Froissart, né vers 1337, était un enfant en 1346 ; il a écrit ses Chroniques longtemps après, en se servant du récit d'un chroniqueur plus ancien, Jean le Bel ; cependant il a cherché à se renseigner auprès de seigneurs qui avaient pris part au combat.  Ce qui est le mieux connu, ce sont les préliminaires de la lutte, car, pour la bataille elle-même, "aucun homme" avoue le chroniqueur, "ne pourrait exactement concevoir ce qui s'y passa, notamment du côté des Français, tant il y eut pauvre ordre en leur ordonnance. Et ce que j'en sais, je l'ai su surtout par les Anglais, qui se rendirent bien compte de la situation..." .
    Le matin du samedi 26 août Édouard IlI fit rassembler tous les chevaux dans un parc formé de chariots. II divisa son armée en trois corps ou batailles, disposés en échelons au flanc du coteau, fit reposer ses hommes et leur défendit, sous peine de mort, de sortir des rangs pour quelque cause que ce fût. D’après Jean le Bel, les Anglais étaient 4.000 hommes d'armes, 10.000 archers, 3.000 coutilliers Gallois.
    Dans cette même matinée, Philippe VI était parti d'Abbeville, à la recherche de l'ennemi. L’armée française était beaucoup plus nombreuse que l'armée anglaise : Froissart estime qu'elle comprenait 20.000 hommes d'armes, 60.000 hommes des milices urbaines, 15 ou 20.000 arbalétriers génois, chiffres qui paraissent exagérés. En tout cas, les Français s'avançaient en grand désordre, encombrant les routes, débordant sur les champs.    .
    Quatre Chevaliers, envoyés en éclaireurs, reconnurent la position anglaise .et revinrent en hâte avertir le roi. Sur leur conseil, Philippe
ordonna à ses maréchaux de faire arrêter les troupes, de façon à pouvoir les mettre en ordre et les faire reposer ; on livrerait bataille le lendemain. L'ordre ne put être exécuté : "Ceux qui étaient premiers s'arrêtèrent, mais les derniers point, et chevauchaient tout en avant. Ils disaient qu'ils ne s'arrêteraient point, jusqu'à ce qu'ils seraient aussi avant que les premiers étaient. Et quand les premiers virent qu'ils les approchaient, [de nouveau] ils chevauchaient avant. Ainsi, par grand orgueil, fut démenée cette chose, car, chacun voulait dépasser son compagnon... ". Avançant ainsi à qui mieux mieux, ils se trouvèrent tout d'un coup face aux Anglais, bien postés de l'autre côté d'un vallon, assis et au repos. à la vue des Français, les Anglais se levèrent et se rangèrent en bataille, les archers devant, « en manière de herse », les hommes d'armes derrière eux, pied à terre. Le roi de France lui-même, dès qu'il eut aperçu les Anglais, perdit tout son sang-froid : "Si lui mua [tourna] le sang, car trop les haïssait". Bien que son armée ne fût pas rassemblée, qu'hommes et chevaux fussent accablés de chaleur et de fatigue, et que la journée fût déjà très avancée -on était au milieu de l'après-midi -, il fit donner aux arbalétriers génois l'ordre d'attaquer. Juste à ce moment un orage éclata "et descendit une pluie du Ciel, si grosse et si épaisse que merveille, et un tonnerre, et des éclairs moult horribles". Quand le soleil reparut les Français "l'avaient droit en l'œil, et les Anglais par derrière". Cependant les Génois s'avancèrent à l'attaque en criant très fort "pour ébahir les Anglais". Ils poussèrent ainsi trois clameurs, s’arrêtant chaque fois, puis reprenant leur marche. Les Anglais "se tinrent tout cois et ne firent nul semblant [d'en être émus]". A la troisième fois, les Génois commencèrent à tirer. Alors les archers anglais firent un pas en avant et ripostèrent par une pluie de flèches, si drue "que ce semblait neige". Sous cette averse de projectiles, les Génois se débandèrent et voulurent s'enfuir. Mais ils se heurtèrent aux chevaliers français, impatients d’attaquer et furieux "tuez toute cette ribaudaille", cria Philippe, "ils nous encombrent et tiennent la voie sans raison". Ce fut alors une effroyable bousculade, les chevaux se cabraient et culbutaient, les archers anglais tiraient à coup sûr, les chevaliers à terre incapables de se relever étaient achevés par les coutilliers.

Après cette échauffourée, il n’y eut plus dans la nuit tombante que des charges désordonnées menées par les escadrons de chevaliers au fur et à mesure qu’ils débouchaient sur le champ de bataille. Puis ce fut la débandade générale   je rappelle ce qu'écrit J. Favier : "En attendant, Crécy est le triomphe des coutilliers, des coupe-jarrets, des archers embusqués dans les bosquets, des piques tendues au travers des chemins comme au tournant des haies. La hache et la massue l'emportent sur la lance et sur l'épée longue".

Le roi Philippe, la rage au cœur, n’ayant plus avec lui qu'une poignée d'hommes, dut aller en pleine nuit demander asile à un châtelain du voisinage. Quelques vaillants se firent tuer plutôt que de s’enfuir tel le vieux roi de Bohême, Jean de Luxembourg, beau-père du roi de France, aveugle, il exigea de son escorte quelle le conduisit assez avant pour qu’il put frapper un coup d'épée.

Par prudence, sur l'ordre d’Édouard III, les Anglais attendirent jusqu’au matin pour sortir de leurs positions et compter les morts. D'après Jean le Bel et Froissart, les Français auraient laissé sur le terrain 1200 chevaliers et 15 ou 16.000 hommes, écuyers, Génois, bourgeois des villes. Un Anglais, dont le témoignage est plus sûr, puisqu'il était à Crécy, avec Édouard III, écrit dans une lettre, datée du 4 septembre 1346 qu'on a compté les morts : ils étaient 1542 "gens d'armes", non compris "la piétaille" (Document conservé dans les Archives de Londres et publié par CHAMPOLLION-F1GEAC, Lettres de rois, reines et autres personnages, t II).

Commentaires de la miniature illustrant la chronique de Froissart.

L'image doit être lue de bas en haut : on va voir que cela correspond à la chronologie de la bataille. Mais auparavant il faut distinguer le camp anglais et le camp français. Ce dernier est aisé à reconnaître grâce au drapeau royal bleu frappé de trois lys d'or. De plus, est brandi l'oriflamme rouge et or sur lequel on peut lire "Saint-Denis". Côté anglais, le drapeau est écartelé en quatre parts : en 1 et 4 on a les trois lys d'or ; en 2 et 3 : "gueules à trois léopards d'or, armés et lampassés d'azur". Le drapeau anglais porte les trois lys d'or car les Anglais revendiquent la couronne de France, c’est là une des causes principales de la Guerre de Cent ans, l'autre cause étant les querelles interminables en Guyenne entre le vassal (qui est roi d’Angleterre) et le suzerain (qui est roi de France).

Au tout premier plan, l'artiste nous présente le combat des hommes de trait c'est-à-dire les archers et les arbalétriers ; côté anglais, les archers sont très affairés et ne cessent de tirer leurs flèches à raison de trois par minutes (cf. le "cela semblait neige" du texte de Froissart). Ils ont posé leur flèches au sol, pied dessus, pour avoir les mains libres. Côté français, le pauvre arbalétrier doit armer son arbalète avec une flèche anglaise dans les chairs : il manipule son cranequin qui permet de tendre le mécanisme et de lancer le "carreau" : on devine qu'il a le temps de se faire frapper par une flèche adverse ! et d'ailleurs, un collègue, dégouté, rebrousse chemin à gauche de la miniature avec une flèche dans la cuisse, une autre dans la fesse droite. Avec un cadavre au sol, l'auteur nous montre les pertes humaines côté Valois ; notons cependant que les archers d’Édouard III ont surtout atteint les chevaliers et pas la piétaille... mais ce serait sans doute honteux de le montrer aux lecteurs aristocratiques de la chronique de Froissart.

au second plan, côté français, est représenté un des épisodes les plus dramatiques de la bataille : le fameux cri du roi - chef des armées, de toutes les armées, "tuez toute cette ribaudaille, ils nous encombrent et tiennent la voie sans raison" a été exécuté, on voit un chevalier donner un coup d'épée à un fantassin-ami . Un autre chevalier monté sur un cheval brun reçoit des coups de la part d'un homme de trait qui ne se laisse pas faire.

au troisième plan, on voit la masse des chevaliers nous tourner le dos : ils rebroussent chemin... Alors que dans un dernier plan, au pied du château-fort, une troupe de chevaliers qui a pris la fuite - même Philippe VI de Valois -  s'apprête à demander asile au seigneur du lieu. "ouvrez ! c'est l'infortuné roi de France " s'écriera-t-il devant les gardes du château de la Broye (situé près de Bray-sur-Somme).

Bref, c'est la déroute : la chevalerie française a fait faillite, tout est perdu même l'honneur.








Nos ancêtres les Gaulois... texte de J.-P. Demoule

publié le 22 août 2019 à 11:34 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 1 oct. 2016 à 15:10 par Jean-Pierre Rissoan

Nicolas Sarkozy s’est encore fait remarqué en parlant de nos ancêtres les Gaulois. Tous les Français un peu instruits savent que la population d’aujourd’hui ne descend pas en ligne directe de nos célèbres moustachus. Le journal l’Humanité a donné la parole à des spécialistes qui devaient répondre à la question "L’usage de l’expression « nos ancêtres les Gaulois » est-il dangereux ?" J’ai choisi de sélectionner ce texte de J.-P. Demoule qui est un protohistorien, c’est-à-dire un spécialiste de l’histoire des peuples sans écritures qui vécurent en même temps que d’autres qui avaient adopté une langue écrite ; Exemple type : les Gaulois contemporains des Romains. Nous connaissons leur histoire grâce aux écrits latins de leurs conquérants venus d’au-delà des Alpes. Demoule nous dit avec sobriété : "L'histoire du peuplement de l'actuel territoire français n'est, banalement, qu'une suite ininterrompue de mélanges et de métissages". Les Identitaires doivent être accablés. D’autant plus que nous avons un vieux fonds africain…

La France a été un melting-pot bien avant que ce mot soit inventé. Inutile de chercher une quelconque pureté ethnique. Fichte, prussien, honteux des défaites que lui fit subir un Corse de surcroît adepte de la Révolution, cherche des racines lointaines et est tout fier de dire que son peuple est barbare, c’est-à-dire maintenu au-delà du limes romain, sans mélange donc pur. Au contraire, dit-il, les Francs d’origine germanique, installés de l’autre côté du mur, sont un peuple métissé, condamné au déclin. On sait où a pu mener un tel discours.

Demoule conclut en disant que, ce qui fonde une nation, c’est la volonté du vivre ensemble. Formule qu’a popularisée Ernest Renan après la défaite de 1870-71, pour protester contre l’annexion de l’Alsace-Moselle au prétexte de la loi du sang –dogme allemand- alors que nos compatriotes étaient Français par leur désir de le rester. C’est pourquoi on peut dire que la France d’aujourd’hui est née le 14 juillet 1790, jour anniversaire de ce que vous savez, où se rassemblèrent toutes les délégations des chacun des départements en gestation, Français qui jurèrent fidélité à la Nation. Il est clair que ce sont les valeurs de 1789 et 1793 qui cimentèrent les "peuples désunis" que la Royauté d’Ancien Régime a été incapable de rassembler.

J.-P. R.

 

La volonté de vivre ensemble fonde une nation

par Jean-Paul DEMOULE,

Ancien président de l'institut-universitaire de France, professeur émérite de protohistoire européenne à l'université de Paris-1.

http://www.jeanpauldemoule.com/blog/

Évoquer "nos ancêtres les Gaulois" peut faire sourire : les- Gaulois, ce sont les gauloiseries, Astérix, ou encore les manuels scolaires d'antan, à l'époque des blouses et des encriers[1]. Mais quand ils sont évoqués par un homme politique à propos d'identité nationale, il n'y a plus de quoi rire. Quitte à alimenter sa stratégie de communication, quelques évidences doivent être rappelées. Se revendiquer d' " ancêtres gaulois" est absurde sous deux angles au moins : les Français et la France. L'histoire du peuplement de l'actuel territoire français n'est, banalement, qu'une suite ininterrompue de mélanges et de métissages. Arrivent, il y a au moins un million d'années, les premiers humains répertoriés, des Homo erectus venus d'Afrique. Lesquels évoluent sur place en hommes de Neandertal, il y a 300.000 ans, que supplantent en se mélangeant les Homo sapiens, vous et moi, venus eux aussi d'Afrique, il y a 40.000 ans (nous avons tous en nous 4 % en moyenne de gènes néandertaliens). Il a 8.000 ans, des pionniers venus en masse du Proche-Orient apportent l'agriculture et l'élevage. Puis, on arrive aux Gaulois, dans le dernier millénaire avant notre ère, le nom que leurs donnent les Romains, tandis que les Grecs - qui ont fondé à Marseille en -600 avant J.-C., la première ville digne de ce nom - les appellent "Celtes".

Pour les Romains, la Gaule n'est qu'une entité géographique divisée en une soixantaine de petits États, répartis en trois grandes zones culturelles du nord ou sud, qui diffèrent totalement, disent-ils, tant dans leurs langues que dans leurs mœurs et institutions. Les Gaulois seront "romanisés", perdant langues, religions et cultures d'autant que l'Empire romain proclame, en l'an 380, le christianisme comme seule religion autorisée.

Au V° siècle de notre ère, arrivent des populations germaniques - Wisigoths, Burgondes, Francs, entre autres. Les derniers laisseront leur nom au pays et à la langue locale, pourtant descendante du latin, en même temps qu'ils s'immergent et disparaissent culturellement. Puis, viendront les Bretons, Vikings, Arabes. Et, un peu plus tard, les juifs expulsés d'Espagne en 1492, puis les morisques (musulmans christianisés), expulsés de même, les premiers Tziganes, mais aussi les suites des reines de France, toutes étrangères, les mercenaires des armées royales, composées pour un quart d'étrangers, et on arrive aux migrations de la révolution industrielle.

Mais qu'en est-il de la France elle-même ? L'empire de Clovis ne comprend à sa mort qu'une partie de notre actuel territoire, mais englobe la Belgique et le sud-ouest de l'Allemagne. Au XVl° siècle, il manque encore toute la partie orientale - Alsace, Lorraine, Savoie, comté de Nice, Corse -, sans compter les futurs territoires d'outre-mer. En même temps, l'agrandissement continu du domaine royal se fait aux dépens de populations linguistiquement et culturellement bien différentes : Bretons, Flamands, Basques, Occitans (eux-mêmes subdivisibles), Alsaciens, Corses, etc.

A partir de quand peut-on donc parler de "la France" ? Si l'école républicaine la fit commencer aux Gaulois, c'est par opposition à la monarchie et à l'aristocratie qui se réclamaient des Francs, et parce que la III° République fut fondée grâce à une défaite, Sedan, qui redoublait ainsi celle d'Alésia. La droite catholique préférait comme début, le baptême de Clovis, roi franc ; événement tout aussi absurde puisque, on l'a dit, le christianisme est alors depuis plus d'un siècle la seule religion permise, tandis que les rites païens continueront longtemps encore, comme le montre l'archéologie.

La nation comme communauté de citoyens n'a que deux siècles d'existence à peine ; c'est la volonté de vivre ensemble qui fonde une nation, pas des romans historiques confus, contradictoires, voire manipulés.

 

Publié dans l’Humanité, n° du 28 septembre 2016



[1] Comme celui écrit par BONIFACIO & MARECHAL, publié par les classiques HACHETTE, classe de fin d’études, 1957. Que je garde religieusement. (JPR)

Hymne à Notre-Dame. Un article de Maurice Ulrich, rédacteur à L'Humanité

publié le 17 avr. 2019 à 03:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 août 2019 à 02:16 ]


le cœur blessé de Paris et de la France

Mercredi, 17 Avril, 2019

    Le terrible incendie a failli détruire le chef-d’œuvre de l’esprit et de l’histoire qu’est Notre-Dame. Après une immense vague d’émotion, sa reconstruction est l’affaire de toutes et tous, de ceux qui croient au ciel, comme ceux qui n’y croient pas.

    Avec ce brasier terrible que nous avons découvert à 20 heures lundi – on attendait autre chose –, on eut, avec un sentiment d’irréalité, de rêve éveillé, la sensation que c’est quelque chose de nous qui était en feu. Nous, c’est-à-dire chacun et chacune au plus profond de son histoire, nous, cette France des siècles et des bâtisseurs des poèmes de pierre. Nous, c’est-à-dire l’esprit humain qui trace son chemin depuis les âges obscurs, de la grotte de Lascaux à Picasso ou Matisse, des alignements de Carnac ou des statues de l’île de Pâques au Parthénon et aux pyramides…

La catastrophe totale redoutée, a été évitée dans la nuit

   Il nous fallut attendre longtemps pour savoir que la catastrophe totale, redoutée toute la soirée, était évitée. Les tours, vues du parvis, masquent pour partie le squelette calciné d’un grand cadavre. La flèche n’est plus. Il manque maintenant, oui, comme une âme qui s’élevait dans le ciel de Paris. L’émotion est sur tous les visages, dans tous les mots.

    Un peu navrés, on entendit sur nos chaînes des commentaires un peu trop empressés pour mettre au compte des prétendues racines chrétiennes de la France la sidération du pays, l’émotion dans le monde. Comme si la catastrophe n’en était pas une pour tous. Quelle étroitesse qui, sous le couvert de célébrer Notre-Dame et de craindre sa perte, l’enrôlait au service de petites idées. Les racines de la France sont grecques, romaines, celtes… C’est un philosophe arabe qui a traduit Aristote, repris par Thomas d’Aquin. Mais on sait aussi qu’il y a dans chaque village de France une église, arrogante ou humble, où des générations sont passées de la naissance à la mort.

    Oui, les églises de nos villages, ce blanc manteau qui couvrit la France au XIe siècle, sont des œuvres de foi, celle proclamée des papes et les pompes, comme celle des plus simples gens. L’esprit souffle dans nos grandes cathédrales. On cite souvent la formule de Marx « la religion est l’opium du peuple », mais on oublie tout aussi souvent, ou on ne connaît pas, ce qui précède : « La religion est une expression de la détresse humaine et une protestation contre cette même détresse. Elle est l’âme d’un monde sans âme, l’esprit d’un monde sans esprit. » Pensons à tous ceux qui, tailleurs de pierre, sculpteurs, voyaient, dans leur travail et leur art, se bâtir ce qui leur semblait une espérance en un autre monde. Un monde de paix où régnerait cette justice qui, ici-bas, leur faisait défaut car elle leur était refusée par les puissants.

Une œuvre du génie humain

    Sur la façade de Notre-Dame, Adam et Ève, chacun d’un côté à mi-hauteur, nous font face dans leur nudité. Ce que nous voyons, c’est l’illustration sans doute du récit biblique, la commande de l’église des maîtres, et c’est un homme et une femme, à notre image, dans la fragilité de l’humaine condition. Pensons au sculpteur anonyme qui va donner à Marie, comme l’ont fait aussi tant de peintres, des plus grands, les traits de la femme aimée.

    Quand pourra-t-on de nouveau entrer dans Notre-Dame ? Jamais peut-être, pour beaucoup d’entre nous. Notre temps n’est pas celui de la pierre et de la légende des siècles. Qu’est-ce qui fait qu’athée de naissance, sans baptême, on se sentait dans cette immense nef, en se retournant vers la merveilleuse rosace de la façade, habité par une singulière sérénité et en même temps bouleversé par tant de beauté, avant d’être terrassé par la puissance de ses grandes orgues. Oui, on a bien sûr parlé de foi, mais partout dans Notre-Dame de Paris, c’est le génie humain qui parlait et qui se tait maintenant, ravagé et blessé.

    Notre-Dame est désormais le cœur brûlé de Paris. Elle en fut souvent le cœur enflammé. On pense à ses énormes cloches de bronze sonnant à toute volée aux jours de la liberté retrouvée du mois d’août, quand disparaissent les croix gammées de la haine. D’autres pensent, penseront à tant de moments publics ou intimes. On montait en haut des tours, amoureux, avec une amie en robe légère d’été et on se trouvait aux côtés des gargouilles ricanant et monstrueuses. Tout Quasimodo a son Esméralda : "La cathédrale ne lui était pas seulement la société, mais encore l’univers, mais encore toute la nature. Il ne rêvait pas d’autres espaliers que les vitraux toujours en fleurs, d’autre ombrage que celui de ces feuillages de pierre qui s’épanouissent chargés d’oiseaux dans la touffe des chapiteaux saxons, d’autres montagnes que les tours colossales de l’église, d’autre océan que Paris qui bruissait à leurs pieds."

L’inspiration des poètes et des peintres

    On sait comment Victor Hugo a décrit ce peuple de Notre-Dame et sa cour des Miracles, de gueux et de ribaudes, en réalité pauvres femmes contraintes à la prostitution. Aragon, dans Aurélien, ce roman désabusé hanté par l’inconnue de la Seine, a logé le jeune homme dans l’île Saint-Louis, qui regarde la cathédrale « et, tout d’un coup, tout s’éteignit, la ville devint épaisse, et dans la nuit battit comme un cœur »… Péguy, Claudel, Nerval. On l’a tant peinte. Aujourd’hui, des escrocs au petit pied en profitent qui proposent aux touristes des fausses peintures fabriquées à la chaîne, en Chine ou ailleurs. Il y eut Matisse, qui l’a représentée tant de fois, la ramenant parfois à une silhouette fantomatique, tantôt géométrisant ses deux tours reconnaissables entre toutes. Et tant de peintres amateurs, installés sur les quais de Seine. Les Parisiens l’oublient parfois tant elle leur est familière, et puis, de loin en loin, ils se plantent le nez au ciel, repris d’un coup par la grâce de tant de beauté. On sait bien que c’est un des monuments les plus visités au monde, quand bien même les croyants peuvent encore y prier. Les voix de soprano, pour les messes du dimanche soir, étaient des sources fraîches.

    Plus de huit siècles depuis que la première pierre a été posée, à l’initiative de Maurice de Sully, évêque de Paris, en 1163. Le gros œuvre prendra cent ans. C’est une autre échelle du temps. On pense bien sûr à Bossuet : « Qu’est-ce que cent ans, qu’est-ce que mille ans puisqu’un seul moment les efface. » Il aura juste fallu une petite flamme, une étincelle pour enflammer toute cette incroyable charpente que l’on appelait la forêt. Il pensait à la vie humaine, mais même les cathédrales sont mortelles.

    Il va falloir reconstruire. La mission aurait sans doute été impossible si les deux tours s’étaient effondrées. On a reconstruit après la guerre de 14-18 la cathédrale de Reims bombardée, on a reconstruit des villes entières après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Combien de temps, combien d’argent ? On ne saurait le dire. Une souscription nationale est lancée, et dès ce soir de feu, c’était une évidence. On se sentait un peu gênés, hier matin, en apprenant qu’aux 100 millions de Pinault répondaient, comme dans une compétition 200 millions de Bernard Arnault, 200 millions des Bettencourt. On a le sentiment dérangeant qu’il s’agit là de la cathédrale des puissants. On aimera toujours la cathédrale qui appartient à tous, athées ou croyants. Il y faudra des années mais elle sera de nouveau belle et grande, Notre-Dame de Paris que nous aimons.

    Maurice Ulrich


    Amis lecteurs
    Vous venez de lire un article de l’Humanité. Il vous donne une idée de la qualité intellectuelle de ce journal. or, L'Humanité est en danger, sous la surveillance judiciaire du tribunal de Bobigny (93). Il faut sauver ce journal, fondé par J. Jaurès. Abonnez-vous ! vous avez des solutions simples et peu chères en allant sur l'humanite.fr

L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLES

publié le 25 oct. 2018 à 12:56 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 oct. 2018 à 13:02 ]


    ce thème est traité ici-même :

FANFAN LA TULIPE, CHRISTIAN-JAQUE (1952) L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLES

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/la-vie-de-l-esprit/critiques-de-films/fanfanlatulipechristian-jaque1952larmeeauxxvii-xviiisiecles

    

Patrimoine : Visitez Château-Queyras... !

publié le 14 sept. 2018 à 08:39 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 sept. 2019 à 11:55 ]

    VISITEZ CHÂTEAU-QUEYRAS !!! C'est un patrimoine en danger. Les propriétaires -privés - n’arrivent plus à l'entretenir suffisamment, n'ont pas les moyens d'effectuer les investissements qui pourraient créer les offres touristiques capables d'attirer les spectateurs, bref, le château est à vendre mais il n'y a personne d’intéressé... surtout pas les collectivités locales dont les ressources sont épuisées par le pouvoir central macronien.
       
     Le Château est bâti sur un verrou glaciaire qui coupe la vallée du Guil.

    Ce document est parfait à l’exception d'un erreur : le Château date du XIII° siècle -construction féodale typique - et de la fin du XVII° siècle : c'est le grand VAUBAN qui l'a complété et perfectionné.3. Formation territoriale de la France (3ème partie). Louis XIV et Vauban. Il y eut des ajouts ultérieurs. Donc, oubliez le XVI° siècle ! la photo est à l'emplacement d'un observateur qui arrive de l'Ouest et se dirige vers la frontière italienne à 'Est. En passant à gauche du verrou, il longe donc la façade NORD. 

   Ll'on voit bien ces deux époques fondamentales de l'histoire du château dans ce document :
    Au centre, sur la hauteur, le château médiéval avec ses tours rondes et son donjon. Les constructions de Vauban sont plus basses. Au pied, les maisons des habitants du village qui, autrefois, bénéficiaient du droit de refuge en cas d'invasion. Paysage médiéval typique.
    Cette doublette architecturale (XIII° - XVII° siècles) est dessinée sur ce plan : en rouge la partie la plus ancienne .
    Rassurez-vous, je n'ai pas fait d'erreur j'ai simplement orienté le croquis de la même façon que l'ont fait les propriétaires actuels du château dans le document distribué aux visiteurs et que voici :

sources : 1) Queyras-passion magazine, n°21, année 2018 ; www.queyras-passion.com
    2) distribué à l'entrée payante du château , Éditions du Fournel ; 04.92.23.15.75.

PUISQUE VOUS ÊTES INTÉRESSÉ(E) = "Les amis de Fort  Queyras, mairie, 05 350 CHATEAU-VILLE-VIEILLE " Tel. / 06.26.52.49.32. ; contact@amis-fort-queyras.com

La régence (Philippe d'Orléans)

publié le 26 févr. 2018 à 10:07 par Jean-Pierre Rissoan


    lire le commentaire du film de TAVERNIER :

    "Que la fête commence !"... (Tavernier, 1975)

    sur ce site.

La traite négrière, crime contre l'humanité par Mme TAUBIRA

publié le 28 août 2017 à 06:13 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 21 déc. 2017 à 10:08 ]

   
    je publie ici l'un des "grands discours de la République" que le journal L'Humanité a fait paraître en série durant cet été 2017. Il s'agit du discours prononcé devant l'Assemblée nationale, le 18 février 1999, par madame Christiane TAUBIRA, députée de la Guyane, lors du vote de la loi relative à l'esclavage et à la traite négrière. Mais d'abord, une présentation par le journal.
    J.-P. R.

    Combien de manifestations de rue, combien de débats au Parlement a-t-il fallu pour que la France reconnaissance enfin l’esclavage et la traite négrière en tant que crime contre l’humanité ? Le discours de Christiane Taubira, le 18 février 1999, lors de l’examen de la proposition de loi, en première lecture à l’Assemblée nationale, entre dans le long processus qui a permis l’adoption de la loi, le 10 mai 2001. Avant l’élue de Guyane, d’autres députés avaient déposé des textes législatifs sur le même sujet, tel celui de Bernard Birsinger ou encore de Huguette Bello. Parallèlement, des mobilisations citoyennes tentaient de briser le tabou, dont la plus spectaculaire consistait en une marche silencieuse, le 23 mai 1998, à Paris.

    Si longtemps inavouée, l’histoire de l’esclavage s’est régulièrement incrustée dans le paysage politique et social. Mais il a fallu cent cinquante-trois après son abolition pour que la République prenne ses responsabilités et reconnaisse que la France (comme d’autres pays européens) a pris une part active à « l’épouvante qui accompagna la déportation la plus massive et la plus longue de l’histoire des hommes qui sommeillèrent, un siècle et demi durant, sous la plus pesante chape de silence », soulignera Christiane Taubira dans son discours.

    Facteur décisif de l’émergence du capitalisme industriel moderne, la traite négrière a laissé des traces indélébiles dans le monde entier, que ce soit en Amérique, dans les Caraïbes, en Afrique ou en Europe. Elle a engendré le peuplement tel que nous le connaissons aujourd’hui. L’histoire des continents ne peut se lire et se comprendre sans le dévoilement de la tragédie esclavagiste.


le discours de Mme TAUBIRA

   

    (…) En 1978, un bilan exhaustif de la traite et de l’esclavage pratiqués par la France a été établi. Elle apparaît comme la troisième puissance négrière européenne. Elle a donc pratiqué la traite, ce commerce, ce négoce, ce trafic dont les seuls mobiles sont l’or, l’argent, les épices. Elle a été impliquée après d’autres, avec d’autres, dans l’esclavage qui transforme l’homme en captif, qui en fait une bête de somme et la propriété d’un autre (…).

    Quinze à trente millions de personnes – selon la large fourchette des historiens –, femmes, enfants, hommes, ont subi la traite et l’esclavage et, probablement, au bas mot, soixante-dix millions si nous retenons l’estimation qui établit que, pour un esclave arrivé aux Amériques, quatre ou cinq ont péri dans les razzias, sur le trajet jusqu’à la côte, dans les maisons aux esclaves de Gorée, de Ouidah [1], de Zanzibar et pendant la traversée (…).

    Le commerce triangulaire a duré quatre siècles, puisque les premiers navigateurs ont atteint le cap Bojador en 1416, sur le Rio de Oro (partie méridionale du Sahara). Il est vite apparu que les Amérindiens allaient être décimés de façon impitoyable par l’esclavage, les mauvais traitements, le travail forcé, les épidémies, l’alcool, les guerres de résistance (…).

    Le commerce triangulaire a été pratiqué à titre privé ou à titre public pour des intérêts particuliers ou pour la raison d’État (…). Pendant très longtemps, jusqu’en 1716, les compagnies de monopole ont écarté l’initiative privée (notamment la Compagnie des Indes occidentales, créée par Colbert en 1664, puis la Compagnie du Sénégal en 1674). Mais le développement de l’économie de plantation [2], en plein siècle des Lumières, a nécessité l’ouverture de ce monopole. Les lettres patentes (de marine – attestation de l’état sanitaire d’un navire en partance) du 16 janvier 1716 ont autorisé les ports de Rouen, de Saint-Malo, de La Rochelle, de Nantes et de Bordeaux à pratiquer le commerce de la traite contre vingt livres par tête de Noir introduite dans les îles et une exonération de la taxe à l’importation (…).

    Nous sommes ici pour dire ce que sont la traite et l’esclavage, pour rappeler que le siècle des Lumières a été marqué par une révolte contre la domination de l’Église, par la revendication des droits de l’homme, par une forte demande de démocratie, mais pour rappeler aussi que, pendant cette période, l’économie de plantation a été si florissante que le commerce triangulaire a connu son rythme maximal entre 1783 et 1791.

    Nous sommes là pour dire que si l’Afrique s’enlise dans le non-développement, c’est aussi parce que des générations de ses fils et de ses filles lui ont été arrachées ; que si la Martinique et la Guadeloupe sont dépendantes de l’économie du sucre, dépendantes de marchés protégés, si la Guyane a tant de difficultés à maîtriser ses richesses naturelles (en particulier le bois et l’or), si La Réunion est forcée de commercer si loin de ses voisins, c’est le résultat direct de l’exclusif colonial ; que si la répartition des terres est aussi inéquitable, c’est la conséquence reproduite du régime d’habitation.

    Nous sommes là pour dire que la traite et l’esclavage furent et sont un crime contre l’humanité (…).

    Cette inscription dans la loi, cette parole forte, sans ambiguïté, cette parole officielle et durable constitue une réparation symbolique, la première et sans doute la plus puissante de toutes. Mais elle induit une réparation politique en prenant en considération les fondements inégalitaires des sociétés d’outre-mer liées à l’esclavage, notamment aux indemnisations en faveur des colons qui ont suivi l’abolition. Elle suppose également une réparation morale qui propulse en pleine lumière la chaîne de refus qui a été tissée par ceux qui ont résisté en Afrique, par les marrons (esclaves en fuite) qui ont conduit les formes de résistance dans toutes les colonies, par les villageois et les ouvriers français, par le combat politique et l’action des philosophes et des abolitionnistes (…).

    [1] Ouidah, autrefois également appelée Juda, est une commune du Bénin, située à 42 kilomètres de Cotonou. Cette ville a été au XVIIIᵉ siècle l'un des principaux centres de vente et d'embarquement d'esclaves dans le cadre de la traite occidentale. Wikipédia

    [2] Archétype de la monoculture commerciale dont la production est exportée vers la métropole exclusivement.


    NB. lire sur ce site l'analyse du film THE BIRTH OF A NATION (NATE PARKER, 2016)



La guerre des paysans en Alsace-Lorraine (XVI° siècle)

publié le 5 déc. 2016 à 06:57 par Jean-Pierre Rissoan

    Vous trouverez cet article avec le lien suivant :

    500 ans de Luthéranisme : 1ère partie, la Guerre des Paysans

A propos des racines chrétiennes de la France (suite n°2)...

publié le 17 févr. 2016 à 09:31 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 21 août 2017 à 04:54 ]

    Il s’agit donc de la troisième partie de cet exposé consacré aux soi-disant "racines chrétiennes de la France". La première partie montrait que derrière Rabelais la bourgeoisie française optait pour le "Ni Rome, ni Genève" et choisissait la science. La partie suivante montrait les influences distinguées par D’Alembert, l’encyclopédiste, sur la pensée française au XVIII° siècle. Voici maintenant un point mis sur l’importance du matérialisme philosophique.

    mots-clés : Encyclopédie, D. Diderot, arts mécaniques, matérialisme & idéalisme, Augustin Cochin, F. Furet, Agathon, Taine, Frères des écoles chrétiennes, autonomie, raison, Ridicule-le film. Chevalier de la Barre.


Le goût des Philosophes pour la "matière".

    Le monde a-t-il été créé par Dieu ou existe-t-il de toute éternité ? Selon qu'ils répondaient de telle ou telle façon à cette question, les philosophes se divisaient en deux grands camps. Ceux qui affirmaient le caractère primordial de l'esprit par rapport à la nature et qui admettaient par conséquent, en dernière instance, une création du monde, de quelque espèce que ce fût ceux-là formaient le camp de l'idéalisme. Les autres, qui considéraient la nature comme l'élément primordial, appartenaient aux différentes écoles du matérialisme.

Pour en finir avec le matérialisme vulgaire

    Au cours du temps, le mot matérialisme a pris une connotation péjorative et F. Engels dut s’astreindre à fustiger l'emploi vulgaire de ces deux expressions (i.e. idéalisme et matérialisme) et notamment…

«…le préjugé philistin contre le mot matérialisme, préjugé qui a son origine dans la vieille calomnie des curés. Par matérialisme, le philistin entend la goinfrerie, l'ivrognerie, la convoitise, les joies de la chair et le train de vie fastueux, la cupidité, l'avarice, la rapacité, la chasse aux profits et la spéculation à la bourse, bref tous les vices sordides, dont il est lui-même l'esclave en secret. Et par idéalisme il entend la foi en la vertu, en l'humanité et, en général, en « un monde meilleur », dont il fait parade devant les autres, mais auxquels il ne croit lui-même que tant qu'il s'agit de traverser la période de malaise ou de crise qui suit nécessairement ses excès « matérialistes » coutumiers (…). Mais si l'on entend par idéalisme, au sens vulgaire, la croyance en de nobles idéaux humains et la poursuite de ces idéaux— fait remarquer eu outre Engels —, il est impossible de ne pas réfléchir au fait que les matérialistes français du XVIIIe siècle, par exemple, furent précisément des hommes exemplaires à cet égard, n'hésitant pas à faire « les plus grands sacrifices personnels » à leurs idéaux : « Si jamais quelqu'un consacra toute sa vie à 1'«amour de la vérité et du droit » - la phrase étant prise dans son bon sens-, ce fut, par exemple, Diderot»[1].

    La grande nouveauté de l’Encyclopédie est d’avoir attaché une importance décisive aux arts mécaniques : aux forges, au tissage, à l’imprimerie… Diderot entreprit cela très consciencieusement :

« On a trop écrit sur les sciences (…) on a presque rien écrit sur les arts mécaniques. Tout nous déterminait à recourir aux ouvriers. On s’est adressé aux plus habiles de Paris et du royaume. On s’est donné la peine d’aller dans leurs ateliers, de les interroger, d’écrire sous leur dictée, de développer  leur pensée, d’en fixer les termes propres à leur profession, d’en dresser des tables, de les définir, (…) ».

    Conférant à l’Encyclopédie une finalité délibérément pratique, Diderot introduit son chef d’œuvre en nous expliquant : « on a envoyé des dessinateurs dans les ateliers ; on a pris l’esquisse des machines et des outils. On a rien omis de ce qui pouvait les montrer distinctement aux yeux ». Avec ses articles précis, puisés aux meilleures sources et accompagnés de dessins soignés - onze volumes de planches accompagnent dix-sept volumes in-folio de texte - « Diderot, à brève échéance, inaugurait une science nouvelle : la technologie »[2]. http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b2100119j  En ouvrant, quelques années plus tard, le C.N.A.M. (conservatoire des arts et métiers), la Révolution ne fera que continuer l’œuvre des Encyclopédistes.

  Afficher l'image d'origine  C’est ainsi que Diderot rédige vingt-six pages sur l’entrée "Acier". Les Diderot de Langres sont maîtres-couteliers de père en fils. Fils d’artisans catholiques amoureux du travail bien fait, Denis, s’il quitte la religion de ses parents, conserve le respect et l’amour du métier mécanique.

« De tous les métaux, l’acier est celui qui est susceptible de la plus grande dureté quand il est bien trempé. (…). Prenez le morceau que vous destinez à l’ouvrage dans des tenailles, mettez-le dans le feu ; faites le chauffez doucement, comme si vous vous proposiez de la souder : prenez garde de le surchauffer : l’acier surchauffé se pique et le tranchant qu’on en fait est en scie et, par conséquent, rude à la coupe (…) sur l’enclume, prenez un marteau proportionné au morceau d’acier (…) un marteau trop gros écrasera et empêchera de souder… » Etc.…. etc.…

    N’est-ce pas étonnant sous la plume de cet éminent intellectuel dont la pensée suscite toujours autant d’admiration ?

    Buffon quant à lui, achète des terres, des forêts, des carrières ; il achète aussi des mines de fer et installe sur ses terres des forges qui occupent jusqu’à 400 ouvriers. Il est actionnaire de la Compagnie pour l’exploitation et l’épuration du charbon de terre, qui tentera d’utiliser industriellement le charbon "épuré" - autrement dit le coke - dans la métallurgie.

    Helvétius faisait cultiver ses terres selon les méthodes de la "révolution fourragère". Ses paysans pouvaient bénéficier des services d’un chirurgien et d’une pharmacie. Les "Lumières", c’est du concret. Dans sa propriété de Voré (Perche), il installa une "manufacture de bas au métier" qui fut très profitable. Mais il échoua dans son entreprise de faire valoir les gisements de minerai de fer normands, tentative plus ou moins torpillée par la concurrence.

    Voltaire équipe sa propriété de Ferney, y assèche les marais, y installe des ateliers d’horlogerie. Il montre par ailleurs le rôle utile de l’activité productive : "Je ne sais pourtant pas lequel est le plus utile à un État, ou un seigneur bien poudré qui sait précisément à quelle heure le roi se lève, à quelle heure il se couche, et qui se donne des airs de grandeur en jouant le rôle d'esclave dans l'antichambre d'un ministre, ou un négociant qui enrichit son pays, donne de son cabinet des ordres à Surate ou au Caire, et contribue au bonheur du monde" (Lettres philosophiques, 1734). Oublions pour l’instant que Voltaire finançait aussi la traite des Noirs. Notons qu’il emploie le mot "bonheur" dans le sens anglo-saxon du XVIII°: c’est la conséquence de l’abondance de richesses.

       Réaumur, suivant pas à pas les progrès de la métallurgie fonde les bases de la sidérurgie scientifique dès les premières années de la décennie 1720 et la métallographie en 1724. Il vulgarise la possibilité de transformer la fonte en acier dès 1722 et promeut le fer blanc. Familier de la mise au point des fours, il écrit sur l'art du verrier et invente en 1729 un verre blanc opaque, nommé « porcelaine de Réaumur » qui n'est qu'un verre dévitrifié par chauffage et refroidissement. Ses recherches sur la vraie porcelaine ouvrent la voie aux travaux de Darcet et Macquer.

    D'Holbach traduisit et préfaça la "Minéralogie" de Henckel, "l'art des mines" de Lehmann, "les œuvres métallurgiques de Orshall, le "traité du soufre" de Stahl ; parmi plusieurs articles pour L'Encyclopédie, on distingue "la métallurgie".

    Nous sommes à mille lieues de la vie quotidienne de l'aristocratie oisive, de ce que H. Lüthy, dans sa somme imposante d’érudition et de vérité, appelle

« l’histoire anecdotique et mondaine d’une société brillante et raffinée, très éclairée, très cosmopolite et très blasée, assez riche et assez désœuvrée pour n’avoir plus d’autres problèmes que de cultiver l’art de vivre et les jeux de l’esprit »[3].

    Société décadente et parasitaire magnifiquement mise en scène dans le film Ridicule[4] .RIDICULE, à voir … Le héros du film est inspiré d’un personnage réel : le baron Ponceludon de Malavoye. Ponceludon est un seigneur de la Dombes, propriétaire d’étangs mal drainés qui génèrent la maladie du palud. Ingénieur, il met au point un système de drainage et de mise en valeur qu’il se propose de soumettre directement au roi de France. Il se heurte, à Versailles, à cette Cour qui se moque éperdument des morts provoquées par ces étangs insalubres. Il n’obtiendra pas gain de cause. Mais, bien plus positive, la Révolution, en l’espèce la Convention montagnarde, adoptera le décret du 14 frimaire an II (4-XII-1793), portant sur l’assèchement et la mise en culture immédiate de la quasi-totalité des étangs et marais en France. Rallié à la Révolution, Ponceludon se mettra au travail et, jusqu’au XX° siècle, ce sont ses plans et ouvrages qui sont mis en œuvre dans la Dombes. Bel exemple d’esprit des Lumières au service du travail très concret pour le bonheur des gens.

    Diderot n’ignorait pas les sarcasmes que ces/ses "arts mécaniques" suscitaient dans les mentalités du passé. Dans l’article "Art" de l’Encyclopédie, il se moque de ceux qui croient que donner une application constante et suivie à des expériences et à des objets particuliers, sensibles et matériels, c’était déroger à l’esprit humain. Aux "orgueilleux raisonneurs", aux "contemplateurs inutiles", Diderot oppose l’activité pratique, l’activité utile. Il exalte le travail créateur de richesses[5]. Il a cette formule saisissante : « l’intérêt de la vérité demanderait que ceux qui réfléchissent daignassent enfin s’associer à ceux qui se remuent ». Théorie et pratique doivent s’enrichir mutuellement.

Les élucubrations d' A. Cochin et la coquille vide des révisionnistes.

    C'est pourquoi les pensées d’Augustin Cochin (1876-1916), extrême-droite, contre-révolutionnaire, fournisseur officiel d’arguments aux révisionnistes du XX° siècle, dont les mots ont été ressuscités par François Furet, font sourire, même si le sujet est grave. Dans sa conférence du 15 mai 1912 - année de forte et définitive poussée de l'extrême-droite - Cochin, culotté comme son compère Maurras, ose déclarer :

"Dès 1770, la république des lettres est fondée, organisée, armée et intimide la Cour (sic). On voit avec stupeur se lever d'un seul vol de Marseille à Arras, et de Rennes à Nancy, l'essaim tout entier des philosophes. Car on persécute (re-sic). Avant la Terreur sanglante de 1793, il y eut, de 1765 à 1780, dans l'a république des lettres, une terreur sèche, dont l'Encyclopédie fut le comité de salut public, et d'Alembert le Robespierre. Elle fauche les réputations comme l'autre les têtes".

    Voilà la prose mensongère de Cochin, oubliée, enterrée, que Furet a exhumée. Alors que ce sont les amis politiques de Cochin qui ont fait tomber la tête du chevalier de la Barre. Et avec quel barbare raffinement ! (NB. lire le post-scriptum sur cette dramatique affaire) Et les rétractations de Buffon et Helvétius (parmi d'autres) donnent une idée de ce que furent "les racines chrétiennes de l’Europe". Cochin, c'est le voleur qui crie "au voleur! ". Sa mauvaise foi nauséeuse est d'autant plus flagrante que ce qu'il dit est démenti par ses propres amis politiques. Ainsi, les Frères des écoles chrétiennes, en 1924, traditionalistes bon teint, ont une vision bien plus juste de la situation lorsqu'ils évoquent les progrès de leur congrégation enseignante qui passe de 274 frères et 27 établissements à la mort du fondateur (1717, pratiquement avec Louis XIV) à plus d'un millier de frères et 121 écoles dont 6 à l'étranger lors du généralat de frère Agathon (1777-1797)[6].

"Que la France du XVIII° siècle, avec son incrédulité, son libertinage de pensée et de mœurs, ait permis à l'institut de s'établir solidement, c'est, à juger un peu trop vite, chose surprenante" nous disent-ils avant d'apporter la bonne explication "mais on se rappellera qu'entre 1719 et 1789, il existe un pouvoir royal qui officiellement protège la religion, un roi qui, vertueux ou débauché veut rester le "roi très chrétien"; une Église qui légalement garde sous sa juridiction tous les Français; qui a dans l’État la première place; qui en particulier, continue à assumer les responsabilités et les charges de l'enseignement public et montre un souci réel, constant et parfois vif jusqu'à l'angoisse, de l'instruction populaire... ".

    Il faut mépriser les hommes et la pensée pour affirmer les contre-vérités de Cochin. La vérité est que ce dernier se comporte comme un militant politique de l'Action française, c'est un monarchiste qui veut démolir l'héritage révolutionnaire de la France, il le fait dès la période impérialiste de notre histoire (fin XIX°-début XX°) sans attendre - et pour cause - le bolchevisme[7]. Il faut savoir d'où nos furetistes contre-révolutionnaires d'aujourd'hui tirent leurs arguments.

    Augustin Cochin écrit également :

"On a peine à comprendre aujourd’hui, comment la morale de Mably, la politique de Condorcet, l’histoire de Raynal, la philosophie d’Helvétius, ces déserts de prose insipide (sic), purent supporter l’impression, trouver dix lecteurs "[8].

    Et que pense-t-il de l’Encyclopédie ? Il parle du livre et stupeur : c’est une coquille vide :

"Ici, et seulement ici, nous sommes déçus : ce puissant appareil de défense, ne défend rien, rien que du vide et des négations. Il n’y a rien, là derrière (ces reliures, JPR) à aimer, rien à quoi se prendre et s’attacher. Cette raison dogmatique n’est que la négation de toute foi, cette liberté tyrannique, la négation de toute règle. (Les philosophes) eux-mêmes avouent et glorifient le nihilisme de leur idéal"[9].

    Mensonge total et absolu. Cochin avec sa mauvaise foi maurrassienne inverse totalement les propositions. Ces philosophes qui veulent changer le monde, qui exploitent tout progrès scientifique pour mieux enrichir leur conception matérialiste, qui s’intéressent de près aux "arts mécaniques", qui s’attirent les quolibets des oisifs de la Cour, ces philosophes, Cochin les voit… dans les salons. Il est vrai que D’Holbach - par exemple - tenait salon et déjeunait le plus souvent avec vingt ou trente convives, mais la journée avait été préparée, avec un intervenant principal, et chacun devait avoir lu plusieurs ouvrages relatifs au sujet traité ce jour-là. C’était donc un salon d’élaboration de la pensée. On a vu comment Diderot allait prendre ses informations dans les ateliers des artisans. Tout cela n’empêche pas Cochin d’écrire que

"la république des lettres est un monde où l’on cause, mais où l’on ne fait que causer, où l’effort de chaque intelligence cherche l’assentiment de tous (comme Buffon obligé de dissimuler le résultat de ses travaux ! JPR), comme il cherche dans la vie réelle, l’œuvre et l’effet. (…). L’ironie remplace la gaité, (…). Le jeu devient une carrière, le salon un temple, la coterie un empire (…). Et que fait-on dans ce pays-là ? Rien autre, après tout, que dans le salon de Mme Geoffrin : on cause. On est là pour parler, non pour faire"[10].

    J’ai montré, par quelques exemples, que cela est totalement faux. Cochin brosse sans s’en rendre compte, le portrait de ses amis d’autrefois. La citation de Lüthy montre assez le style de vie des oisifs de Versailles. Un fait montre l’inanité des propos de Cochin : si les Philosophes n’avaient fait que "causer", qu’elle eût été leur dangerosité ? Pourquoi l’assemblée générale du clergé de France leur consacre-t-elle toute sa session de 1770 ? Pourquoi une révolution est-elle née de leurs bavardages ? Pourquoi leur Déclaration des droits et de l’homme et du citoyen[11] a-t-elle fait le tour du monde ? Pourquoi Cochin leur consacre-t-il une conférence ?

    Les Philosophes ont voulu changer le monde et c’est ce qu’ils ont permis de faire. Un député aux États généraux devenus Assemblée constituante peut dire sans être démenti : "serions-nous ici si les lumières de la sagesse n’eussent dissipé les ténèbres qui couvraient notre horizon ?".Ils ont permis une démarche autonome que F. Engels décrit de manière lumineuse.

Autonomie de la Révolution française

    Engels montre, en effet, les révolutionnaires au travail[12].

"Les grands hommes qui, en France, ont éclairé les esprits pour la révolution qui venait, faisaient eux-mêmes figure de révolutionnaires au plus haut degré. Ils ne reconnaissaient aucune autorité extérieure, de quelque genre qu’elle fût. Religion, conception de la nature, société, organisation de l'État, tout fut soumis à la critique la plus impitoyable ; tout dut justifier son existence devant le tribunal de la raison ou renoncer à l'existence. La raison pensante fut la seule et unique mesure à appliquer à toute chose. (…). Toutes les formes antérieures de société et d'État, toutes les vieilles idées traditionnelles furent déclarées déraisonnables et jetées au rebut ; le monde ne s'était jusque-là laissé conduire que par des préjugés; tout ce qui appartenait au passé ne méritait que pitié et mépris. Enfin, le jour se levait ; désormais la superstition, l'injustice, le privilège et l'oppression devaient être balayés par la vérité éternelle, la justice éternelle, l'égalité fondée sur la nature, et les droits inaliénables de l'homme".

    Le même processus rend Hyppolite Taine -aussi haineux que Cochin à l’égard de la Révolution Taine ou la contre-révolution absolue. - comme fou-furieux,

"Au nom de la raison que l’État seul représente et interprète, on entreprendra de défaire et de refaire, conformément à la raison et à la seule raison, tous les usages, les fêtes, les cérémonies, les costumes, l'ère, le calendrier, les poids, les mesures, les noms des saisons, des mois, des semaines, des jours, des lieux et des monuments, les noms de famille et de baptême, les titres de politesse, le ton des discours, la manière de saluer, de s'aborder, de parler et d'écrire, de telle façon que le Français, comme jadis le puritain ou le quaker, refondu jusque dans sa substance intime, manifeste par les moindres détails de son action et de ses dehors la domination du tout-puissant principe qui le renouvelle et de la logique inflexible qui le régit. Ce sera là l'œuvre finale et le triomphe complet de la raison classique" [13].

    Il est exact que Robespierre, par exemple, reprochait à la plupart des philosophes d’avoir développé des théories matérialistes, proches de l’athéisme, parfois assumant cet athéisme (D’Holbach), cela loin du peuple, socialement - dans les salons mondains - et idéologiquement -le peuple a besoin d’un secours moral que la foi peut lui apporter et, dans cet esprit, Robespierre voulut implanter le culte de l’Être suprême-. Mais, nonobstant, les philosophes français du XVIII° ont été un chaînon capital dans l’histoire de la pensée libre. Marx et Engels ont dit leur dette à leur égard. Preuve que pour eux, il n’y avait pas de "science bourgeoise". Helvétius et D’Holbach étaient richissimes, ils n’en furent pas moins, eux aussi, un "moment de la conscience humaine"[14].

    Il est exact aussi que, dans le souci de faire table rase de l’Ancien Régime, des erreurs furent commises. Ainsi, dans la première constitution (1791) le représentant du pouvoir central était élu par les populations locales (par souci de décentralisation), les nécessités obligèrent à établir les "représentants en mission" puis les préfets. Il y eut même des propositions de découper la France administrative nouvelle en fonction des méridiens et des parallèles, comme aux États-Unis… On utilisa après réflexion les fleuves et rivières et les crêtes de montagne pour délimiter nos départements. Mais notre système métrique fut un triomphe, le mile anglais est détrôné par le 1500m aux jeux olympiques. Au-delà des cocoricos, avouons que l’héritage législatif et administratif de la Révolution et, dans sa foulée, du Consulat et de l’Empire est colossal.

    La première chose à faire par une révolution authentique est de poser de manière ferme et définitive son autonomie, c’est-à-dire de décider, pour ce qui est de la France "fille ainée de l’Église", en dehors des Écritures, de la tradition patristique, de la tradition romaine, de la hiérarchie pontificale, mais également indépendamment du roi, de la Cour, des institutions du passé (dont les parlements judiciaires). Cela fut fait avec ce que les historiens appellent la "révolution juridique" grâce à laquelle les États généraux se transformèrent en Assemblée nationale constituante. Au secours de laquelle vint le peuple de Paris (et les fusils pris au Invalides) et son immortel 14 juillet. Idéologiquement, l’autonomie de la Révolution s’affirme lors de la rédaction de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Sera continué.

    PS. "Il y a 251 ans, le 1er juillet 1766, un tout jeune homme qui n’avait pas 20 ans, François Jean Lefebvre de La Barre, était décapité et brûlé en place d’Abbeville après avoir subi, le matin même, le supplice des brodequins. Cette torture faisait partie de la sentence rendue contre lui par le tribunal de police d’Abbeville, confirmée par le Parlement de Paris. Son crime, qu’il nia jusqu’au bout : avoir avec une bande de jeunes gens de la ville – tous fils de bonne famille comme lui – « chanté une chanson impie, passé près d’une procession sans enlever le chapeau qu’il avait sur la tête ni s’agenouiller et rendu le respect à des livres infâmes dont le Dictionnaire philosophique du sieur Voltaire ». Lequel dictionnaire est brûlé avec lui.

    Voltaire, une fois de plus mis en cause, consacrera une partie des douze années qui lui restent à tâcher d’obtenir la réhabilitation du supplicié et du jeune Gaillard d’Etallondes (16 ans au moment des faits), condamné à la même peine par contumace : il avait fui et trouvé en Prusse la protection de Frédéric II, ami du philosophe. La Revue Voltaire – créée en 2001 par la Société d’études voltairiennes et qui paraît tous les ans – consacre à cette affaire abominable l’essentiel de son numéro 17 qui vient de paraître. Des chercheurs y analysent les quelque 160 lettres et autres écrits que Voltaire a consacrés à ce qu’il appelait « un assassinat juridique », notamment « Le cri du sang innocent ». Voltaire y dénonce un système judiciaire soumis au pouvoir royal et trop perméable au fanatisme religieux.

    « Pouvez-vous soutenir l’humanité contre ces cannibales ? La philosophie peut-elle réparer les maux affreux qu’a fait(s) la superstition ? » écrit Voltaire, cité par Linda Gil, dans la lettre par laquelle il lègue à Condorcet et d’Alembert le soin de poursuivre après sa mort la défense de son protégé. Une autre citation, tirée d’une lettre écrite quelques jours avant sa mort, dans l’article introductif de Myrtille Méricam-Bourdet, qui a coordonné ce numéro, mérite réflexion : « Quelle abominable jurisprudence que de ne soutenir la religion que par les bourreaux. » Le fanatisme est malheureusement toujours d’actualité et continue de tuer. Face à lui et contre lui, être voltairien n’est pas seulement un état d’esprit mais un combat. Compte-rendu de Françoise GERMAIN-ROBIN, « L’Affaire La Barre » Revue Voltaire, numéro 17, Presses de l’université Paris-Sorbonne, 363 pages, À commander sur pups.paris-sorbonne.fr.

 

 



[1] F. ENGELS, L. Feuerbach et la fin de la philosophie classique allemande.

[2] Roland DESNE, C.N.R.S., Le matérialisme français : Diderot, d’Alembert et l’Encyclopédie, Cahiers de l’Université nouvelle, 1965, n°311.

[3] H. LÜTHY, La banque protestante en France…, vol. I, page 11.

[4] Sortie en 1996. Scénario de Rémi Waterhouse, auteur du roman éponyme. Mise en scène de P. Lecomte.

[5] D’après Roland DESNE, page 22. Citation suivante de Diderot extraite de la page 24, (Pensées sur l’interprétation de la nature, 1753).

[6] Frère Agathon, général de l'ordre, est l'auteur d'un traité d'éducation qui "était lu par Maurice Barrès (extrême-droite, JPR) avec ravissement", cité dans LES FRÈRES DES ÉCOLES CHRÉTIENNES, publié par "les Frères des Écoles chrétiennes", 50° édition, Letouzey et Ané éditeurs, Paris, 1924, 160 pages. Page 88. Cf. Traditionalisme & Révolution, vol. 1, chap. V. (sur ce site).

[7] 1789 est accusé par les révisionnistes à la Furet d'avoir engendré 1917 et le bolchevisme. Pour combattre l'URSS, il fallait donc déconstruire aussi notre tradition révolutionnaire. Mais, par Cochin, on constate que la tradition contre-révolutionnaire n'a pas attendu 1917 pour se manifester. Cochin est mort en 1916 dans cette guerre qu’il a tant désirée.

[8] Conférence du 15 mai 1912, déjà citée. On se demande pourquoi l’Église établie du XVIII° a condamné Helvétius à la rétractation.

[9] Conférence du 15 mai 1912, pp. 11 & 13.

[10] COCHIN, page 15.

[11] On peut leur en attribuer la paternité même si la plupart étaient morts en 1789. Elle est le fruit des Lumières.

[12] F. ENGELS, Anti-Dühring, pp. 47-48. (C’est moi qui souligne).

[13] Cité par CHARTIER, p19. Nous avons vu que, pour Taine, la raison cartésienne est la source de tous les maux. 

[14] Mot d’Anatole France en hommage à Émile Zola, lors de ses obsèques.

1-10 of 20