1. Moyen âge et temps modernes

  • La chevalerie du roi de France (seconde partie) lire d'abord : La chevalerie du roi de France (1ère partie).     Cette partie présente l'armement du chevalier au XIV° siècle puis au XV°. L'exemple de Du Guesclin illustre ...
    Publié à 23 janv. 2020 à 05:38 par Jean-Pierre Rissoan
  • La chevalerie du roi de France (1ère partie)     Je publie un texte de Jean FAVIER, extrait d'un de ses maîtres-ouvrages : "LA GUERRE DE CENT ANS" (Fayard). Je publie également quatre dessins trouvés sur l'encyclopédie Wikipédia ...
    Publié à 19 janv. 2020 à 06:56 par Jean-Pierre Rissoan
  • La bataille de Crécy (26 août 1346)     Je présente la bataille de Crécy d'abord avec une miniature extraite des chroniques de Froissart - parues au XV° siècle -  suivie d'un texte de Jules Isaac qui cite longuement ...
    Publié à 19 janv. 2020 à 06:48 par Jean-Pierre Rissoan
  • Nos ancêtres les Gaulois... texte de J.-P. Demoule publié le 1 oct. 2016 à 15:10 par Jean-Pierre Rissoan Nicolas Sarkozy s’est encore fait remarqué en parlant de nos ancêtres les Gaulois. Tous les Français un ...
    Publié à 22 août 2019 à 11:34 par Jean-Pierre Rissoan
  • Hymne à Notre-Dame. Un article de Maurice Ulrich, rédacteur à L'Humanité le cœur blessé de Paris et de la FranceMercredi, 17 Avril, 2019Maurice Ulrich    Le terrible incendie a failli détruire le chef-d’œuvre de l’esprit et de ...
    Publié à 14 août 2019 à 02:16 par Jean-Pierre Rissoan
  • L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLES     ce thème est traité ici-même : FANFAN LA TULIPE, CHRISTIAN-JAQUE (1952) L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLEShttps://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/la-vie-de-l-esprit/critiques ...
    Publié à 25 oct. 2018 à 13:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • Patrimoine : Visitez Château-Queyras... !     VISITEZ CHÂTEAU-QUEYRAS !!! C'est un patrimoine en danger. Les propriétaires -privés - n’arrivent plus à l'entretenir suffisamment, n'ont pas les moyens d'effectuer les investissements qui pourraient ...
    Publié à 1 sept. 2019 à 11:55 par Jean-Pierre Rissoan
  • La régence (Philippe d'Orléans)     lire le commentaire du film de TAVERNIER :     "Que la fête commence !"... (Tavernier, 1975)    sur ce site.
    Publié à 26 févr. 2018 à 10:07 par Jean-Pierre Rissoan
  • La traite négrière, crime contre l'humanité par Mme TAUBIRA         je publie ici l'un des "grands discours de la République" que le journal L'Humanité a fait paraître en série durant cet été 2017. Il s'agit du discours ...
    Publié à 21 déc. 2017 à 10:08 par Jean-Pierre Rissoan
  • La guerre des paysans en Alsace-Lorraine (XVI° siècle)     Vous trouverez cet article avec le lien suivant :     500 ans de Luthéranisme : 1ère partie, la Guerre des Paysans
    Publié à 5 déc. 2016 à 06:57 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos des racines chrétiennes de la France (suite n°2)...     Il s’agit donc de la troisième partie de cet exposé consacré aux soi-disant "racines chrétiennes de la France". La première partie montrait que derrière Rabelais la bourgeoisie française ...
    Publié à 21 août 2017 à 04:54 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos des racines chrétiennes de la France ... (suite)     Ce texte prend la suite de A propos des racines chrétiennes de la France…     Mots-clés du présent texte : D’Alembert, Francis Bacon, Descartes, Pierre Bayle, F. Engels, Jacques Roger ...
    Publié à 26 sept. 2016 à 03:17 par Jean-Pierre Rissoan
  • A propos des racines chrétiennes de la France…     Voici que de soi-disant socialistes mettent en avant les soi-disant racines chrétiennes de la France. Sans contester cet évident héritage qui n’a pas que des avantages – songez ...
    Publié à 26 sept. 2016 à 08:19 par Jean-Pierre Rissoan
  • La croisade contre les Albigeois (1ère partie)     SOUVENIR D’UNE CIVILISATION DÉFAITE : la bataille de MURET, 12 septembre 1213   par Francis PORNON Écrivain,     Bataille de Muret, 12 septembre 1213. Les chevaliers du croisé Simon de Monfort reconnaîtront ...
    Publié à 28 août 2017 à 01:02 par Jean-Pierre Rissoan
  • 1.Formation territoriale de la France (1ère partie). Des origines à la fin du XV° siècle.     Ce cours est destiné aux lecteurs francophones de ce site qui sont dispersés dans cent deux pays. C’est à l’origine un cours de la classe de seconde mais ...
    Publié à 16 sept. 2019 à 08:24 par Jean-Pierre Rissoan
  • 2. Formation territoriale de la France (2ème partie). De François Ier à Mazarin. lien pour la 1ère partie : 1.Formation territoriale de la France (1ère partie). Des origines à la fin du XV° siècle.    2EME PARTIE : DE FRANÇOIS 1ER A MAZARIN ...
    Publié à 10 oct. 2018 à 08:42 par Jean-Pierre Rissoan
  • 3. Formation territoriale de la France (3ème partie). Louis XIV et Vauban.  LOUIS XIV ET VAUBAN Plan: A. Vauban et le patrimoine mondial de l'humanité    1. Le personnage    2. Le patrimoine mondial de l'UNESCOB. "la plus belle frontière..."    1 ...
    Publié à 17 sept. 2019 à 08:59 par Jean-Pierre Rissoan
  • 4.Formation territoriale de la France (4ème partie). La France en 1789     LIEN :  1.Formation territoriale de la France (1ère partie). Des origines à la fin du XV° siècle.    2. Formation territoriale de la France (2ème partie). De François Ier à Mazarin ...
    Publié à 19 janv. 2015 à 02:30 par Jean-Pierre Rissoan
  • J.-J. ROUSSEAU, REVOLUTION ET LEGITIMITE POPULAIRE publié le 28 sept. 2011 15:46 par Jean-Pierre Rissoan Je présente d’abord un compte-rendu de lecture[1] et je tente d’y apporter une valeur ajoutée ...
    Publié à 27 juin 2013 à 02:53 par Jean-Pierre Rissoan
  • 2012 : l'année jean-jacques ROUSSEAU !             Dans son numéro du 4ème trimestre 2011, la société des amis de Robespierre annonce la grande année 2012 qui sera celle du tricentenaire de Jean-Jacques ROUSSEAU. Les lecteurs de ...
    Publié à 27 juin 2013 à 02:43 par Jean-Pierre Rissoan
  • II. KISS-IN, THEOPHILE ET VINCENT   17/05/2010  A l’occasion de la journée mondiale contre l’homophobie, une organisation lyonnaise a décidé de convier les intéressé(e)s à un kiss-in géant. Rien ...
    Publié à 3 juil. 2011 à 03:09 par Jean-Pierre Rissoan
Affichage des messages 1 - 21 de 21 Afficher plus »

La chevalerie du roi de France (seconde partie)

publié le 23 janv. 2020 à 03:53 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 janv. 2020 à 05:38 ]

lire d'abord : La chevalerie du roi de France (1ère partie).
    Cette partie présente l'armement du chevalier au XIV° siècle puis au XV°. L'exemple de Du Guesclin illustre bien le cas général du combattant du XIV° siècle.




 - L’épée de connétable de France, d’une longueur totale de 1,20 m (la lame seule atteignant 0,91 m) et d’un poids de 3,7 kg avec son fourreau est celle que le roi de France remet rituellement au connétable, garde vers le bas, pour lui rappeler qu’il lui confie le commandement de l’armée ; source : "Signes du pouvoir militaire : de l’épée de connétable au bâton de maréchal",     https://journals.openedition.org/crcv/11815#tocto2n1
- bassinet ou bacinet : casque enveloppant la tête, le mézail, également nommé ventaille, carnet ou viaire est la partie mobile (grâce à       des charnières) qui se rabat sur le visage à l'avant du casque. le bassinet présenté ici est du type "à bec de passereau".
- camail : capuchon ou pèlerine de mailles protégeant le cou et les épaules.
- mailles : enchaînement de petits anneaux de fer ou d'acier, rivés ou soudés.
- cote de mailles : c'est l'armure de mailles, souple, dite aussi haubergeon
    citation relative à l'armement de Du Guesclin : "Un bon gippon ouvré vêtit et boutonna,
                                                                    Un haubergeon dessus vêtit et endossa
                                                                    Dessus ce haubergeon, un grand jaque posa". [1]
- grand jaque : vêtement comportant plusieurs épaisseurs d'étoffe
- écu armorié : petit bouclier triangulaire dit aussi "targe" et portant les armoiries du chevalier.
- guiche : courroie passant par le cou à laquelle est attachée l'écu et qui libère les bras du combattant.
- grève ou jambière : pièce métallique protégeant la jambe du genou au cou-de-pied.
-soleret : lames métalliques articulées protégeant la chaussure du pied.
Ce petit dessin montre - outre le bassinet en tête de passereau - l'utilisation des plaques de cuir bouilli et surtout des plaques métalliques aux dimensions variées qui recouvrent les parties du corps exposées et se "superposent l'une l'autre comme des écailles de poisson", telle est l'armure de plates [2].







    Au XV° siècle, l'armure est de plus en plus sophistiquée. A l'instar au demeurant du vêtement civil : ainsi le soleret se prolonge par la poulaine parfaitement inutile et même gênante. le haubergeon,
modèle de mailles et de plates du siècle précédent, est remplacé par des protections métalliques individuelles qui recouvrent désormais la quasi-totalité du corps de l’homme d’armes. Le terme de "harnois blanc" désigne cette protection complète de corps utilisée dans l’ensemble de l’Europe au cours du XVe siècle [3].
TIMBRE : Le timbre est la partie arrondie formant la calotte du casque et portant la fioriture telle ici le panache emplumé : "Un cimier important avec parfois couronnes ou tortils complétés de lambrequins coiffait le timbre du casque" [4]
BRACONNIÈRE : Lames articulées qui, dans les armures à plates, défendent le ventre et le haut des cuisses.
FAUCRE : Pièce de fer ou d'osier, qu'on plaçait sur le côté droit des cuirasses, au moyen âge, pour tenir la lance en arrêt.
TASSETTE : plaque de forme triangulaire ou trapézoïdale dont le but était de pallier le défaut de l'armure au niveau de l'aine, sans affecter la mobilité du chevalier.







 


     [1] cité par Ph. Contamine, Azincourt, Julliard coll. Archives.
    [2] ibidem
    [3] https://www.musee-armee.fr/fileadmin/user_upload/Documents/Support-Visite-Fiches-Objets/Fiches-departement-ancien/MA_fiche-harnois-blanc.pdf
   

CHEVALIERS DU XVe SIÈCLE. La fin du Moyen Age est une époque de fêtes et d'extravagances pour la classe chevaleresque. On voit ici le duc de Bretagne (à gauche) et le duc de Bourbon s'affronter en un duel qui n'est plus qu'un jeu. Casques, vêtements des hommes et des chevaux manifestent un goût délirant pour le faste et les formes bizarres (miniature du Livre des Tournois du roi René d'Anjou). Extrait de BORDAS 68, L.GIRARD – J. LE GOFF.


La chevalerie du roi de France (1ère partie)

publié le 18 janv. 2020 à 10:11 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 janv. 2020 à 06:56 ]

    Je publie un texte de Jean FAVIER, extrait d'un de ses maîtres-ouvrages : "LA GUERRE DE CENT ANS" (Fayard). Je publie également quatre dessins trouvés sur l'encyclopédie Wikipédia qui ont l’intérêt de montrer les changements du XI° au XV° siècles. L'idée est de faire passer le vocabulaire de l'armement médiéval. Dans une seconde partie, je donnerai la définition des mots de vocabulaire non présentés dans le texte de J. Favier. NB. les mots en gras sont surlignés par moi-même.

"Ces chevaliers qui s'apprêtent à charger (Favier introduit le bataille de Crécy, JPR La bataille de Crécy (26 août 1346)) à quoi ressemblent-ils au juste ? Du croisé et du combattant de Bouvines, ils ont encore l'allure générale : celle d'un cavalier lourd, solidement appuyé sur les étriers dont il s'aide quand il faut soudain projeter, à la pointe de la lance, toute sa force vers l'avant. Il est lourd de son armement, et d'abord de cette lance - elle a bien trois mètres de long - faite d'un bois dur et ferré, calée sous coude droit en attendant le choc effroyable qui, selon l'habileté de l'un ou de l'autre, enverra la cible au sol ou l'assaillant en l'air. Dans le tournoi, où les rangs se croisent à chaque assaut, la lance est de bon usage, et les valets en tendent une autre si la première se brise. Au combat, où la mêlée suit l'assaut, la lance ne sert guère qu'une fois: mieux vaut s'en débarrasser au plus vite et dégainer l'épée.

    Cette épée n'est pas moins lourde, avec son épaisse lame à deux tranchants, qu'une chaînette retient si la poignée tourne dans la main. Elle est assez longue pour le combat à cheval, quand le temps de la lance est passé. Elle est assez maniable pour l'escrime à pied, quand le cavalier tombé peut se relever. Bien des chevaliers, et non des moindres, devront à leurs moulinets le salut et parfois la victoire. Mais il n'est pas indigne d'un combattant de bonne race de manier des armes moins chargées de symboles que la grande épée. II faut des muscles de fer pour faire tournoyer la masse d'armes, cette lourde boule hérissée de pointes, qui s'articule au bout d'une courte chaîne. Quant à la hache, elle sera, aux derniers moments de la bataille de Poitiers, l'arme du roi Jean.

Alourdi de son arsenal offensif, le cavalier n'est pas moins engoncé dans l'armure qui doit le mettre à l'abri des morts intempestives. Car l'idéal du chevalier est de prendre son adversaire pour en tirer rançon, non de le tuer comme font les manants. (...). On tue des piétons, des sergents et des coutilliers, des archers et des arbalétriers, toutes gens que rien ne différencie vraiment du vilain qui manie le gourdin ou le couteau. On ne tue pas le chevalier ou l'écuyer désarmé; il est même de bonne guerre de lui faire honneur et de le traiter avec largesse : on ne l'en revend que plus cher aux siens.

    C'est là, dans cette armure défensive, toujours trop lourde et jamais assez sûre, que la silhouette du chevalier a le plus changé depuis le temps des croisades. Même s'il figure encore sur les effigies équestres des sceaux, on ne porte plus guère au combat le grand heaume cylindrique (cf. ci-dessus XII°s.) qui enserrait la tête et gênait la vue. La plupart des combattants à cheval ont fait leur un casque léger, le bassinet. Une visière s'articule parfois sur 1es tempes ; on la relève hors des moments de danger.

L'écu, c'est maintenant un bouclier léger, un petit triangle que l'on porte le plus souvent accroché au cou, conservant ainsi l'usage de la main gauche pour guider le cheval. Le grand bouclier du XI° siècle (cf. ci-dessus), celui des compagnons de Guillaume le Conquérant que nous montre encore la tapisserie de Bayeux, avait pour fonction de recevoir les javelots, ces lances légères à l'ancienne mode qu'on lançait sans espoir de les récupérer. Ce temps est révolu, et la lourde lance tue comme un boutoir, non comme une flèche. L'écu est alors bien inutile: recevoir un choc de deux cents livres au galop sur l'écu ou en pleine poitrine ne change pas grand-chose : le cavalier se retrouve au sol, assommé. Au mieux peut-on détourner le coup mal porté... Quant aux flèches, que l'écu recevait avantageusement, elles volent trop vite, et il est vain de chercher à les parer.

Contre la flèche (de l'archer) ou le carreau (de l’arbalétrier), contre l'épée ou le couteau, il y a l'armure. Mais cette armure est ce que la fait la fortune de chacun. L'armure du riche baron fait rêver le modeste écuyer, souvent mieux armé pour tailler que pour se protéger. La simple cotte de mailles, ce long vêtement de souple fil de fer qui protégeait du tranchant des lames, non des pointes, paraît désormais insuffisante. On la renforce de plaques rigides, propres à dévier les coups, sinon à les arrêter. II n'est guère de cotte de fer qui ne protège ainsi d'une dure carapace la poitrine, les bras et les jambes. Ce sont des plaques de fer, de cuir bouilli, de corne, finement articulées ou tout bonnement cousues sur les mailles, selon la technique propre ou l'inspiration de l'artisan ou de l'homme d'armes lui-même. Les riches ont des jeux de « plates » qu'ils revêtent carrément sur la cotte de mailles. Les moins aisés se contentent de rembourrer de laine, de coton ou de cuir les parties du corps où le coup fait mal, même lorsqu'il ne blesse pas. De telles armures ne protégeront pas d'un grand coup de lance, elles éviteront peut-être de mourir d'un coup de sabot ou d'avoir les membres brisés d'un coup de houe.

Le cheval, lui, connaît ses derniers combats du Moyen Age. On sait qu'on ne protège pas efficacement un cheval, sauf au tournoi, où nul coutillier ne vient normalement lui scier les tendons. Et l'on va comprendre que la charge de cavalerie à l'ancienne mode est devenue une inutile boucherie en prélude au combat véritable, celui qui décide de la victoire. Quelques « plates » de fer, de corne ou de cuir protègent encore le poitrail ou les articulations ; on y renoncera vite, et le cheval sera tenu à l'écart de l'escrime. Il sera moyen de commandement, d'observation, de reconnaissance. Il sera surtout l'indispensable auxiliaire de toute manœuvre. Sans cheval, pas de surprises, pas de mouvements tournants, pas de routes coupées et de ponts occupés. Mais on se battra à pied. La lance rejoindra, dans la panoplie des tournois, les grands cimiers et les longues cottes armoriées.

En attendant, Crécy est le triomphe des coutilliers, des coupe-jarrets, des archers embusqués dans les bosquets, des piques tendues au travers des chemins comme au tournant des haies. La hache et la massue l'emportent sur la lance et sur l'épée longue.

(...).

Le bon chevalier, c'est celui qui multiplie les combats singuliers au cœur de la mêlée; l'idée d'une stratégie d'ensemble l'effleure rarement. C'est aussi celui qui remet le dernier son épée au fourreau. A Poitiers, Jean le Bon méritera son nom". Fin de la citation du texte de Jean FAVIER.

*

*     *

 à suivre :

La chevalerie du roi de France (seconde partie)

 récit de la bataille : La bataille de Crécy (26 août 1346)

-

La bataille de Crécy (26 août 1346)

publié le 17 janv. 2020 à 15:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 19 janv. 2020 à 06:48 ]

    Je présente la bataille de Crécy d'abord avec une miniature extraite des chroniques de Froissart - parues au XV° siècle -  suivie d'un texte de Jules Isaac qui cite longuement les propos du célèbre chroniqueur médiéval puis je commente la miniature. Concernant l'armement des gens de guerre à Crécy, j'ai publié la description qu'en fait Jean FAVIER dans l'article La chevalerie du roi de France (1ère partie).

   
    Il est toujours très difficile de savoir ce qui s'est passé exactement dans une bataille. On connaît la bataille de Crécy surtout par le récit du chroniqueur Froissart, dont nous donnons ici l'analyse, et des extraits (Chroniques, liv. I, § 274 à 287, éd. de la Société de l'Histoire de France). Mais Froissart, né vers 1337, était un enfant en 1346 ; il a écrit ses Chroniques longtemps après, en se servant du récit d'un chroniqueur plus ancien, Jean le Bel ; cependant il a cherché à se renseigner auprès de seigneurs qui avaient pris part au combat.  Ce qui est le mieux connu, ce sont les préliminaires de la lutte, car, pour la bataille elle-même, "aucun homme" avoue le chroniqueur, "ne pourrait exactement concevoir ce qui s'y passa, notamment du côté des Français, tant il y eut pauvre ordre en leur ordonnance. Et ce que j'en sais, je l'ai su surtout par les Anglais, qui se rendirent bien compte de la situation..." .
    Le matin du samedi 26 août Édouard IlI fit rassembler tous les chevaux dans un parc formé de chariots. II divisa son armée en trois corps ou batailles, disposés en échelons au flanc du coteau, fit reposer ses hommes et leur défendit, sous peine de mort, de sortir des rangs pour quelque cause que ce fût. D’après Jean le Bel, les Anglais étaient 4.000 hommes d'armes, 10.000 archers, 3.000 coutilliers Gallois.
    Dans cette même matinée, Philippe VI était parti d'Abbeville, à la recherche de l'ennemi. L’armée française était beaucoup plus nombreuse que l'armée anglaise : Froissart estime qu'elle comprenait 20.000 hommes d'armes, 60.000 hommes des milices urbaines, 15 ou 20.000 arbalétriers génois, chiffres qui paraissent exagérés. En tout cas, les Français s'avançaient en grand désordre, encombrant les routes, débordant sur les champs.    .
    Quatre Chevaliers, envoyés en éclaireurs, reconnurent la position anglaise .et revinrent en hâte avertir le roi. Sur leur conseil, Philippe
ordonna à ses maréchaux de faire arrêter les troupes, de façon à pouvoir les mettre en ordre et les faire reposer ; on livrerait bataille le lendemain. L'ordre ne put être exécuté : "Ceux qui étaient premiers s'arrêtèrent, mais les derniers point, et chevauchaient tout en avant. Ils disaient qu'ils ne s'arrêteraient point, jusqu'à ce qu'ils seraient aussi avant que les premiers étaient. Et quand les premiers virent qu'ils les approchaient, [de nouveau] ils chevauchaient avant. Ainsi, par grand orgueil, fut démenée cette chose, car, chacun voulait dépasser son compagnon... ". Avançant ainsi à qui mieux mieux, ils se trouvèrent tout d'un coup face aux Anglais, bien postés de l'autre côté d'un vallon, assis et au repos. à la vue des Français, les Anglais se levèrent et se rangèrent en bataille, les archers devant, « en manière de herse », les hommes d'armes derrière eux, pied à terre. Le roi de France lui-même, dès qu'il eut aperçu les Anglais, perdit tout son sang-froid : "Si lui mua [tourna] le sang, car trop les haïssait". Bien que son armée ne fût pas rassemblée, qu'hommes et chevaux fussent accablés de chaleur et de fatigue, et que la journée fût déjà très avancée -on était au milieu de l'après-midi -, il fit donner aux arbalétriers génois l'ordre d'attaquer. Juste à ce moment un orage éclata "et descendit une pluie du Ciel, si grosse et si épaisse que merveille, et un tonnerre, et des éclairs moult horribles". Quand le soleil reparut les Français "l'avaient droit en l'œil, et les Anglais par derrière". Cependant les Génois s'avancèrent à l'attaque en criant très fort "pour ébahir les Anglais". Ils poussèrent ainsi trois clameurs, s’arrêtant chaque fois, puis reprenant leur marche. Les Anglais "se tinrent tout cois et ne firent nul semblant [d'en être émus]". A la troisième fois, les Génois commencèrent à tirer. Alors les archers anglais firent un pas en avant et ripostèrent par une pluie de flèches, si drue "que ce semblait neige". Sous cette averse de projectiles, les Génois se débandèrent et voulurent s'enfuir. Mais ils se heurtèrent aux chevaliers français, impatients d’attaquer et furieux "tuez toute cette ribaudaille", cria Philippe, "ils nous encombrent et tiennent la voie sans raison". Ce fut alors une effroyable bousculade, les chevaux se cabraient et culbutaient, les archers anglais tiraient à coup sûr, les chevaliers à terre incapables de se relever étaient achevés par les coutilliers.

Après cette échauffourée, il n’y eut plus dans la nuit tombante que des charges désordonnées menées par les escadrons de chevaliers au fur et à mesure qu’ils débouchaient sur le champ de bataille. Puis ce fut la débandade générale   je rappelle ce qu'écrit J. Favier : "En attendant, Crécy est le triomphe des coutilliers, des coupe-jarrets, des archers embusqués dans les bosquets, des piques tendues au travers des chemins comme au tournant des haies. La hache et la massue l'emportent sur la lance et sur l'épée longue".

Le roi Philippe, la rage au cœur, n’ayant plus avec lui qu'une poignée d'hommes, dut aller en pleine nuit demander asile à un châtelain du voisinage. Quelques vaillants se firent tuer plutôt que de s’enfuir tel le vieux roi de Bohême, Jean de Luxembourg, beau-père du roi de France, aveugle, il exigea de son escorte quelle le conduisit assez avant pour qu’il put frapper un coup d'épée.

Par prudence, sur l'ordre d’Édouard III, les Anglais attendirent jusqu’au matin pour sortir de leurs positions et compter les morts. D'après Jean le Bel et Froissart, les Français auraient laissé sur le terrain 1200 chevaliers et 15 ou 16.000 hommes, écuyers, Génois, bourgeois des villes. Un Anglais, dont le témoignage est plus sûr, puisqu'il était à Crécy, avec Édouard III, écrit dans une lettre, datée du 4 septembre 1346 qu'on a compté les morts : ils étaient 1542 "gens d'armes", non compris "la piétaille" (Document conservé dans les Archives de Londres et publié par CHAMPOLLION-F1GEAC, Lettres de rois, reines et autres personnages, t II).

Commentaires de la miniature illustrant la chronique de Froissart.

L'image doit être lue de bas en haut : on va voir que cela correspond à la chronologie de la bataille. Mais auparavant il faut distinguer le camp anglais et le camp français. Ce dernier est aisé à reconnaître grâce au drapeau royal bleu frappé de trois lys d'or. De plus, est brandi l'oriflamme rouge et or sur lequel on peut lire "Saint-Denis". Côté anglais, le drapeau est écartelé en quatre parts : en 1 et 4 on a les trois lys d'or ; en 2 et 3 : "gueules à trois léopards d'or, armés et lampassés d'azur". Le drapeau anglais porte les trois lys d'or car les Anglais revendiquent la couronne de France, c’est là une des causes principales de la Guerre de Cent ans, l'autre cause étant les querelles interminables en Guyenne entre le vassal (qui est roi d’Angleterre) et le suzerain (qui est roi de France).

Au tout premier plan, l'artiste nous présente le combat des hommes de trait c'est-à-dire les archers et les arbalétriers ; côté anglais, les archers sont très affairés et ne cessent de tirer leurs flèches à raison de trois par minutes (cf. le "cela semblait neige" du texte de Froissart). Ils ont posé leur flèches au sol, pied dessus, pour avoir les mains libres. Côté français, le pauvre arbalétrier doit armer son arbalète avec une flèche anglaise dans les chairs : il manipule son cranequin qui permet de tendre le mécanisme et de lancer le "carreau" : on devine qu'il a le temps de se faire frapper par une flèche adverse ! et d'ailleurs, un collègue, dégouté, rebrousse chemin à gauche de la miniature avec une flèche dans la cuisse, une autre dans la fesse droite. Avec un cadavre au sol, l'auteur nous montre les pertes humaines côté Valois ; notons cependant que les archers d’Édouard III ont surtout atteint les chevaliers et pas la piétaille... mais ce serait sans doute honteux de le montrer aux lecteurs aristocratiques de la chronique de Froissart.

au second plan, côté français, est représenté un des épisodes les plus dramatiques de la bataille : le fameux cri du roi - chef des armées, de toutes les armées, "tuez toute cette ribaudaille, ils nous encombrent et tiennent la voie sans raison" a été exécuté, on voit un chevalier donner un coup d'épée à un fantassin-ami . Un autre chevalier monté sur un cheval brun reçoit des coups de la part d'un homme de trait qui ne se laisse pas faire.

au troisième plan, on voit la masse des chevaliers nous tourner le dos : ils rebroussent chemin... Alors que dans un dernier plan, au pied du château-fort, une troupe de chevaliers qui a pris la fuite - même Philippe VI de Valois -  s'apprête à demander asile au seigneur du lieu. "ouvrez ! c'est l'infortuné roi de France " s'écriera-t-il devant les gardes du château de la Broye (situé près de Bray-sur-Somme).

Bref, c'est la déroute : la chevalerie française a fait faillite, tout est perdu même l'honneur.








Nos ancêtres les Gaulois... texte de J.-P. Demoule

publié le 22 août 2019 à 11:34 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 1 oct. 2016 à 15:10 par Jean-Pierre Rissoan

Nicolas Sarkozy s’est encore fait remarqué en parlant de nos ancêtres les Gaulois. Tous les Français un peu instruits savent que la population d’aujourd’hui ne descend pas en ligne directe de nos célèbres moustachus. Le journal l’Humanité a donné la parole à des spécialistes qui devaient répondre à la question "L’usage de l’expression « nos ancêtres les Gaulois » est-il dangereux ?" J’ai choisi de sélectionner ce texte de J.-P. Demoule qui est un protohistorien, c’est-à-dire un spécialiste de l’histoire des peuples sans écritures qui vécurent en même temps que d’autres qui avaient adopté une langue écrite ; Exemple type : les Gaulois contemporains des Romains. Nous connaissons leur histoire grâce aux écrits latins de leurs conquérants venus d’au-delà des Alpes. Demoule nous dit avec sobriété : "L'histoire du peuplement de l'actuel territoire français n'est, banalement, qu'une suite ininterrompue de mélanges et de métissages". Les Identitaires doivent être accablés. D’autant plus que nous avons un vieux fonds africain…

La France a été un melting-pot bien avant que ce mot soit inventé. Inutile de chercher une quelconque pureté ethnique. Fichte, prussien, honteux des défaites que lui fit subir un Corse de surcroît adepte de la Révolution, cherche des racines lointaines et est tout fier de dire que son peuple est barbare, c’est-à-dire maintenu au-delà du limes romain, sans mélange donc pur. Au contraire, dit-il, les Francs d’origine germanique, installés de l’autre côté du mur, sont un peuple métissé, condamné au déclin. On sait où a pu mener un tel discours.

Demoule conclut en disant que, ce qui fonde une nation, c’est la volonté du vivre ensemble. Formule qu’a popularisée Ernest Renan après la défaite de 1870-71, pour protester contre l’annexion de l’Alsace-Moselle au prétexte de la loi du sang –dogme allemand- alors que nos compatriotes étaient Français par leur désir de le rester. C’est pourquoi on peut dire que la France d’aujourd’hui est née le 14 juillet 1790, jour anniversaire de ce que vous savez, où se rassemblèrent toutes les délégations des chacun des départements en gestation, Français qui jurèrent fidélité à la Nation. Il est clair que ce sont les valeurs de 1789 et 1793 qui cimentèrent les "peuples désunis" que la Royauté d’Ancien Régime a été incapable de rassembler.

J.-P. R.

 

La volonté de vivre ensemble fonde une nation

par Jean-Paul DEMOULE,

Ancien président de l'institut-universitaire de France, professeur émérite de protohistoire européenne à l'université de Paris-1.

http://www.jeanpauldemoule.com/blog/

Évoquer "nos ancêtres les Gaulois" peut faire sourire : les- Gaulois, ce sont les gauloiseries, Astérix, ou encore les manuels scolaires d'antan, à l'époque des blouses et des encriers[1]. Mais quand ils sont évoqués par un homme politique à propos d'identité nationale, il n'y a plus de quoi rire. Quitte à alimenter sa stratégie de communication, quelques évidences doivent être rappelées. Se revendiquer d' " ancêtres gaulois" est absurde sous deux angles au moins : les Français et la France. L'histoire du peuplement de l'actuel territoire français n'est, banalement, qu'une suite ininterrompue de mélanges et de métissages. Arrivent, il y a au moins un million d'années, les premiers humains répertoriés, des Homo erectus venus d'Afrique. Lesquels évoluent sur place en hommes de Neandertal, il y a 300.000 ans, que supplantent en se mélangeant les Homo sapiens, vous et moi, venus eux aussi d'Afrique, il y a 40.000 ans (nous avons tous en nous 4 % en moyenne de gènes néandertaliens). Il a 8.000 ans, des pionniers venus en masse du Proche-Orient apportent l'agriculture et l'élevage. Puis, on arrive aux Gaulois, dans le dernier millénaire avant notre ère, le nom que leurs donnent les Romains, tandis que les Grecs - qui ont fondé à Marseille en -600 avant J.-C., la première ville digne de ce nom - les appellent "Celtes".

Pour les Romains, la Gaule n'est qu'une entité géographique divisée en une soixantaine de petits États, répartis en trois grandes zones culturelles du nord ou sud, qui diffèrent totalement, disent-ils, tant dans leurs langues que dans leurs mœurs et institutions. Les Gaulois seront "romanisés", perdant langues, religions et cultures d'autant que l'Empire romain proclame, en l'an 380, le christianisme comme seule religion autorisée.

Au V° siècle de notre ère, arrivent des populations germaniques - Wisigoths, Burgondes, Francs, entre autres. Les derniers laisseront leur nom au pays et à la langue locale, pourtant descendante du latin, en même temps qu'ils s'immergent et disparaissent culturellement. Puis, viendront les Bretons, Vikings, Arabes. Et, un peu plus tard, les juifs expulsés d'Espagne en 1492, puis les morisques (musulmans christianisés), expulsés de même, les premiers Tziganes, mais aussi les suites des reines de France, toutes étrangères, les mercenaires des armées royales, composées pour un quart d'étrangers, et on arrive aux migrations de la révolution industrielle.

Mais qu'en est-il de la France elle-même ? L'empire de Clovis ne comprend à sa mort qu'une partie de notre actuel territoire, mais englobe la Belgique et le sud-ouest de l'Allemagne. Au XVl° siècle, il manque encore toute la partie orientale - Alsace, Lorraine, Savoie, comté de Nice, Corse -, sans compter les futurs territoires d'outre-mer. En même temps, l'agrandissement continu du domaine royal se fait aux dépens de populations linguistiquement et culturellement bien différentes : Bretons, Flamands, Basques, Occitans (eux-mêmes subdivisibles), Alsaciens, Corses, etc.

A partir de quand peut-on donc parler de "la France" ? Si l'école républicaine la fit commencer aux Gaulois, c'est par opposition à la monarchie et à l'aristocratie qui se réclamaient des Francs, et parce que la III° République fut fondée grâce à une défaite, Sedan, qui redoublait ainsi celle d'Alésia. La droite catholique préférait comme début, le baptême de Clovis, roi franc ; événement tout aussi absurde puisque, on l'a dit, le christianisme est alors depuis plus d'un siècle la seule religion permise, tandis que les rites païens continueront longtemps encore, comme le montre l'archéologie.

La nation comme communauté de citoyens n'a que deux siècles d'existence à peine ; c'est la volonté de vivre ensemble qui fonde une nation, pas des romans historiques confus, contradictoires, voire manipulés.

 

Publié dans l’Humanité, n° du 28 septembre 2016



[1] Comme celui écrit par BONIFACIO & MARECHAL, publié par les classiques HACHETTE, classe de fin d’études, 1957. Que je garde religieusement. (JPR)

Hymne à Notre-Dame. Un article de Maurice Ulrich, rédacteur à L'Humanité

publié le 17 avr. 2019 à 03:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 août 2019 à 02:16 ]


le cœur blessé de Paris et de la France

Mercredi, 17 Avril, 2019

    Le terrible incendie a failli détruire le chef-d’œuvre de l’esprit et de l’histoire qu’est Notre-Dame. Après une immense vague d’émotion, sa reconstruction est l’affaire de toutes et tous, de ceux qui croient au ciel, comme ceux qui n’y croient pas.

    Avec ce brasier terrible que nous avons découvert à 20 heures lundi – on attendait autre chose –, on eut, avec un sentiment d’irréalité, de rêve éveillé, la sensation que c’est quelque chose de nous qui était en feu. Nous, c’est-à-dire chacun et chacune au plus profond de son histoire, nous, cette France des siècles et des bâtisseurs des poèmes de pierre. Nous, c’est-à-dire l’esprit humain qui trace son chemin depuis les âges obscurs, de la grotte de Lascaux à Picasso ou Matisse, des alignements de Carnac ou des statues de l’île de Pâques au Parthénon et aux pyramides…

La catastrophe totale redoutée, a été évitée dans la nuit

   Il nous fallut attendre longtemps pour savoir que la catastrophe totale, redoutée toute la soirée, était évitée. Les tours, vues du parvis, masquent pour partie le squelette calciné d’un grand cadavre. La flèche n’est plus. Il manque maintenant, oui, comme une âme qui s’élevait dans le ciel de Paris. L’émotion est sur tous les visages, dans tous les mots.

    Un peu navrés, on entendit sur nos chaînes des commentaires un peu trop empressés pour mettre au compte des prétendues racines chrétiennes de la France la sidération du pays, l’émotion dans le monde. Comme si la catastrophe n’en était pas une pour tous. Quelle étroitesse qui, sous le couvert de célébrer Notre-Dame et de craindre sa perte, l’enrôlait au service de petites idées. Les racines de la France sont grecques, romaines, celtes… C’est un philosophe arabe qui a traduit Aristote, repris par Thomas d’Aquin. Mais on sait aussi qu’il y a dans chaque village de France une église, arrogante ou humble, où des générations sont passées de la naissance à la mort.

    Oui, les églises de nos villages, ce blanc manteau qui couvrit la France au XIe siècle, sont des œuvres de foi, celle proclamée des papes et les pompes, comme celle des plus simples gens. L’esprit souffle dans nos grandes cathédrales. On cite souvent la formule de Marx « la religion est l’opium du peuple », mais on oublie tout aussi souvent, ou on ne connaît pas, ce qui précède : « La religion est une expression de la détresse humaine et une protestation contre cette même détresse. Elle est l’âme d’un monde sans âme, l’esprit d’un monde sans esprit. » Pensons à tous ceux qui, tailleurs de pierre, sculpteurs, voyaient, dans leur travail et leur art, se bâtir ce qui leur semblait une espérance en un autre monde. Un monde de paix où régnerait cette justice qui, ici-bas, leur faisait défaut car elle leur était refusée par les puissants.

Une œuvre du génie humain

    Sur la façade de Notre-Dame, Adam et Ève, chacun d’un côté à mi-hauteur, nous font face dans leur nudité. Ce que nous voyons, c’est l’illustration sans doute du récit biblique, la commande de l’église des maîtres, et c’est un homme et une femme, à notre image, dans la fragilité de l’humaine condition. Pensons au sculpteur anonyme qui va donner à Marie, comme l’ont fait aussi tant de peintres, des plus grands, les traits de la femme aimée.

    Quand pourra-t-on de nouveau entrer dans Notre-Dame ? Jamais peut-être, pour beaucoup d’entre nous. Notre temps n’est pas celui de la pierre et de la légende des siècles. Qu’est-ce qui fait qu’athée de naissance, sans baptême, on se sentait dans cette immense nef, en se retournant vers la merveilleuse rosace de la façade, habité par une singulière sérénité et en même temps bouleversé par tant de beauté, avant d’être terrassé par la puissance de ses grandes orgues. Oui, on a bien sûr parlé de foi, mais partout dans Notre-Dame de Paris, c’est le génie humain qui parlait et qui se tait maintenant, ravagé et blessé.

    Notre-Dame est désormais le cœur brûlé de Paris. Elle en fut souvent le cœur enflammé. On pense à ses énormes cloches de bronze sonnant à toute volée aux jours de la liberté retrouvée du mois d’août, quand disparaissent les croix gammées de la haine. D’autres pensent, penseront à tant de moments publics ou intimes. On montait en haut des tours, amoureux, avec une amie en robe légère d’été et on se trouvait aux côtés des gargouilles ricanant et monstrueuses. Tout Quasimodo a son Esméralda : "La cathédrale ne lui était pas seulement la société, mais encore l’univers, mais encore toute la nature. Il ne rêvait pas d’autres espaliers que les vitraux toujours en fleurs, d’autre ombrage que celui de ces feuillages de pierre qui s’épanouissent chargés d’oiseaux dans la touffe des chapiteaux saxons, d’autres montagnes que les tours colossales de l’église, d’autre océan que Paris qui bruissait à leurs pieds."

L’inspiration des poètes et des peintres

    On sait comment Victor Hugo a décrit ce peuple de Notre-Dame et sa cour des Miracles, de gueux et de ribaudes, en réalité pauvres femmes contraintes à la prostitution. Aragon, dans Aurélien, ce roman désabusé hanté par l’inconnue de la Seine, a logé le jeune homme dans l’île Saint-Louis, qui regarde la cathédrale « et, tout d’un coup, tout s’éteignit, la ville devint épaisse, et dans la nuit battit comme un cœur »… Péguy, Claudel, Nerval. On l’a tant peinte. Aujourd’hui, des escrocs au petit pied en profitent qui proposent aux touristes des fausses peintures fabriquées à la chaîne, en Chine ou ailleurs. Il y eut Matisse, qui l’a représentée tant de fois, la ramenant parfois à une silhouette fantomatique, tantôt géométrisant ses deux tours reconnaissables entre toutes. Et tant de peintres amateurs, installés sur les quais de Seine. Les Parisiens l’oublient parfois tant elle leur est familière, et puis, de loin en loin, ils se plantent le nez au ciel, repris d’un coup par la grâce de tant de beauté. On sait bien que c’est un des monuments les plus visités au monde, quand bien même les croyants peuvent encore y prier. Les voix de soprano, pour les messes du dimanche soir, étaient des sources fraîches.

    Plus de huit siècles depuis que la première pierre a été posée, à l’initiative de Maurice de Sully, évêque de Paris, en 1163. Le gros œuvre prendra cent ans. C’est une autre échelle du temps. On pense bien sûr à Bossuet : « Qu’est-ce que cent ans, qu’est-ce que mille ans puisqu’un seul moment les efface. » Il aura juste fallu une petite flamme, une étincelle pour enflammer toute cette incroyable charpente que l’on appelait la forêt. Il pensait à la vie humaine, mais même les cathédrales sont mortelles.

    Il va falloir reconstruire. La mission aurait sans doute été impossible si les deux tours s’étaient effondrées. On a reconstruit après la guerre de 14-18 la cathédrale de Reims bombardée, on a reconstruit des villes entières après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Combien de temps, combien d’argent ? On ne saurait le dire. Une souscription nationale est lancée, et dès ce soir de feu, c’était une évidence. On se sentait un peu gênés, hier matin, en apprenant qu’aux 100 millions de Pinault répondaient, comme dans une compétition 200 millions de Bernard Arnault, 200 millions des Bettencourt. On a le sentiment dérangeant qu’il s’agit là de la cathédrale des puissants. On aimera toujours la cathédrale qui appartient à tous, athées ou croyants. Il y faudra des années mais elle sera de nouveau belle et grande, Notre-Dame de Paris que nous aimons.

    Maurice Ulrich


    Amis lecteurs
    Vous venez de lire un article de l’Humanité. Il vous donne une idée de la qualité intellectuelle de ce journal. or, L'Humanité est en danger, sous la surveillance judiciaire du tribunal de Bobigny (93). Il faut sauver ce journal, fondé par J. Jaurès. Abonnez-vous ! vous avez des solutions simples et peu chères en allant sur l'humanite.fr

L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLES

publié le 25 oct. 2018 à 12:56 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 oct. 2018 à 13:02 ]


    ce thème est traité ici-même :

FANFAN LA TULIPE, CHRISTIAN-JAQUE (1952) L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLES

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/la-vie-de-l-esprit/critiques-de-films/fanfanlatulipechristian-jaque1952larmeeauxxvii-xviiisiecles

    

Patrimoine : Visitez Château-Queyras... !

publié le 14 sept. 2018 à 08:39 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 sept. 2019 à 11:55 ]

    VISITEZ CHÂTEAU-QUEYRAS !!! C'est un patrimoine en danger. Les propriétaires -privés - n’arrivent plus à l'entretenir suffisamment, n'ont pas les moyens d'effectuer les investissements qui pourraient créer les offres touristiques capables d'attirer les spectateurs, bref, le château est à vendre mais il n'y a personne d’intéressé... surtout pas les collectivités locales dont les ressources sont épuisées par le pouvoir central macronien.
       
     Le Château est bâti sur un verrou glaciaire qui coupe la vallée du Guil.

    Ce document est parfait à l’exception d'un erreur : le Château date du XIII° siècle -construction féodale typique - et de la fin du XVII° siècle : c'est le grand VAUBAN qui l'a complété et perfectionné.3. Formation territoriale de la France (3ème partie). Louis XIV et Vauban. Il y eut des ajouts ultérieurs. Donc, oubliez le XVI° siècle ! la photo est à l'emplacement d'un observateur qui arrive de l'Ouest et se dirige vers la frontière italienne à 'Est. En passant à gauche du verrou, il longe donc la façade NORD. 

   Ll'on voit bien ces deux époques fondamentales de l'histoire du château dans ce document :
    Au centre, sur la hauteur, le château médiéval avec ses tours rondes et son donjon. Les constructions de Vauban sont plus basses. Au pied, les maisons des habitants du village qui, autrefois, bénéficiaient du droit de refuge en cas d'invasion. Paysage médiéval typique.
    Cette doublette architecturale (XIII° - XVII° siècles) est dessinée sur ce plan : en rouge la partie la plus ancienne .
    Rassurez-vous, je n'ai pas fait d'erreur j'ai simplement orienté le croquis de la même façon que l'ont fait les propriétaires actuels du château dans le document distribué aux visiteurs et que voici :

sources : 1) Queyras-passion magazine, n°21, année 2018 ; www.queyras-passion.com
    2) distribué à l'entrée payante du château , Éditions du Fournel ; 04.92.23.15.75.

PUISQUE VOUS ÊTES INTÉRESSÉ(E) = "Les amis de Fort  Queyras, mairie, 05 350 CHATEAU-VILLE-VIEILLE " Tel. / 06.26.52.49.32. ; contact@amis-fort-queyras.com

La régence (Philippe d'Orléans)

publié le 26 févr. 2018 à 10:07 par Jean-Pierre Rissoan


    lire le commentaire du film de TAVERNIER :

    "Que la fête commence !"... (Tavernier, 1975)

    sur ce site.

La traite négrière, crime contre l'humanité par Mme TAUBIRA

publié le 28 août 2017 à 06:13 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 21 déc. 2017 à 10:08 ]

   
    je publie ici l'un des "grands discours de la République" que le journal L'Humanité a fait paraître en série durant cet été 2017. Il s'agit du discours prononcé devant l'Assemblée nationale, le 18 février 1999, par madame Christiane TAUBIRA, députée de la Guyane, lors du vote de la loi relative à l'esclavage et à la traite négrière. Mais d'abord, une présentation par le journal.
    J.-P. R.

    Combien de manifestations de rue, combien de débats au Parlement a-t-il fallu pour que la France reconnaissance enfin l’esclavage et la traite négrière en tant que crime contre l’humanité ? Le discours de Christiane Taubira, le 18 février 1999, lors de l’examen de la proposition de loi, en première lecture à l’Assemblée nationale, entre dans le long processus qui a permis l’adoption de la loi, le 10 mai 2001. Avant l’élue de Guyane, d’autres députés avaient déposé des textes législatifs sur le même sujet, tel celui de Bernard Birsinger ou encore de Huguette Bello. Parallèlement, des mobilisations citoyennes tentaient de briser le tabou, dont la plus spectaculaire consistait en une marche silencieuse, le 23 mai 1998, à Paris.

    Si longtemps inavouée, l’histoire de l’esclavage s’est régulièrement incrustée dans le paysage politique et social. Mais il a fallu cent cinquante-trois après son abolition pour que la République prenne ses responsabilités et reconnaisse que la France (comme d’autres pays européens) a pris une part active à « l’épouvante qui accompagna la déportation la plus massive et la plus longue de l’histoire des hommes qui sommeillèrent, un siècle et demi durant, sous la plus pesante chape de silence », soulignera Christiane Taubira dans son discours.

    Facteur décisif de l’émergence du capitalisme industriel moderne, la traite négrière a laissé des traces indélébiles dans le monde entier, que ce soit en Amérique, dans les Caraïbes, en Afrique ou en Europe. Elle a engendré le peuplement tel que nous le connaissons aujourd’hui. L’histoire des continents ne peut se lire et se comprendre sans le dévoilement de la tragédie esclavagiste.


le discours de Mme TAUBIRA

   

    (…) En 1978, un bilan exhaustif de la traite et de l’esclavage pratiqués par la France a été établi. Elle apparaît comme la troisième puissance négrière européenne. Elle a donc pratiqué la traite, ce commerce, ce négoce, ce trafic dont les seuls mobiles sont l’or, l’argent, les épices. Elle a été impliquée après d’autres, avec d’autres, dans l’esclavage qui transforme l’homme en captif, qui en fait une bête de somme et la propriété d’un autre (…).

    Quinze à trente millions de personnes – selon la large fourchette des historiens –, femmes, enfants, hommes, ont subi la traite et l’esclavage et, probablement, au bas mot, soixante-dix millions si nous retenons l’estimation qui établit que, pour un esclave arrivé aux Amériques, quatre ou cinq ont péri dans les razzias, sur le trajet jusqu’à la côte, dans les maisons aux esclaves de Gorée, de Ouidah [1], de Zanzibar et pendant la traversée (…).

    Le commerce triangulaire a duré quatre siècles, puisque les premiers navigateurs ont atteint le cap Bojador en 1416, sur le Rio de Oro (partie méridionale du Sahara). Il est vite apparu que les Amérindiens allaient être décimés de façon impitoyable par l’esclavage, les mauvais traitements, le travail forcé, les épidémies, l’alcool, les guerres de résistance (…).

    Le commerce triangulaire a été pratiqué à titre privé ou à titre public pour des intérêts particuliers ou pour la raison d’État (…). Pendant très longtemps, jusqu’en 1716, les compagnies de monopole ont écarté l’initiative privée (notamment la Compagnie des Indes occidentales, créée par Colbert en 1664, puis la Compagnie du Sénégal en 1674). Mais le développement de l’économie de plantation [2], en plein siècle des Lumières, a nécessité l’ouverture de ce monopole. Les lettres patentes (de marine – attestation de l’état sanitaire d’un navire en partance) du 16 janvier 1716 ont autorisé les ports de Rouen, de Saint-Malo, de La Rochelle, de Nantes et de Bordeaux à pratiquer le commerce de la traite contre vingt livres par tête de Noir introduite dans les îles et une exonération de la taxe à l’importation (…).

    Nous sommes ici pour dire ce que sont la traite et l’esclavage, pour rappeler que le siècle des Lumières a été marqué par une révolte contre la domination de l’Église, par la revendication des droits de l’homme, par une forte demande de démocratie, mais pour rappeler aussi que, pendant cette période, l’économie de plantation a été si florissante que le commerce triangulaire a connu son rythme maximal entre 1783 et 1791.

    Nous sommes là pour dire que si l’Afrique s’enlise dans le non-développement, c’est aussi parce que des générations de ses fils et de ses filles lui ont été arrachées ; que si la Martinique et la Guadeloupe sont dépendantes de l’économie du sucre, dépendantes de marchés protégés, si la Guyane a tant de difficultés à maîtriser ses richesses naturelles (en particulier le bois et l’or), si La Réunion est forcée de commercer si loin de ses voisins, c’est le résultat direct de l’exclusif colonial ; que si la répartition des terres est aussi inéquitable, c’est la conséquence reproduite du régime d’habitation.

    Nous sommes là pour dire que la traite et l’esclavage furent et sont un crime contre l’humanité (…).

    Cette inscription dans la loi, cette parole forte, sans ambiguïté, cette parole officielle et durable constitue une réparation symbolique, la première et sans doute la plus puissante de toutes. Mais elle induit une réparation politique en prenant en considération les fondements inégalitaires des sociétés d’outre-mer liées à l’esclavage, notamment aux indemnisations en faveur des colons qui ont suivi l’abolition. Elle suppose également une réparation morale qui propulse en pleine lumière la chaîne de refus qui a été tissée par ceux qui ont résisté en Afrique, par les marrons (esclaves en fuite) qui ont conduit les formes de résistance dans toutes les colonies, par les villageois et les ouvriers français, par le combat politique et l’action des philosophes et des abolitionnistes (…).

    [1] Ouidah, autrefois également appelée Juda, est une commune du Bénin, située à 42 kilomètres de Cotonou. Cette ville a été au XVIIIᵉ siècle l'un des principaux centres de vente et d'embarquement d'esclaves dans le cadre de la traite occidentale. Wikipédia

    [2] Archétype de la monoculture commerciale dont la production est exportée vers la métropole exclusivement.


    NB. lire sur ce site l'analyse du film THE BIRTH OF A NATION (NATE PARKER, 2016)



La guerre des paysans en Alsace-Lorraine (XVI° siècle)

publié le 5 déc. 2016 à 06:57 par Jean-Pierre Rissoan

    Vous trouverez cet article avec le lien suivant :

    500 ans de Luthéranisme : 1ère partie, la Guerre des Paysans

1-10 of 21