1. Moyen âge et temps modernes

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L'or et le sang à l'époque des premiers Valois.

publié le 23 avr. 2020 à 03:10 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 23 avr. 2020 à 14:04 ]

Ce titre quelque peu accrocheur veut introduire la problématique des rapports entre le recrutement des soldats du roi et la collecte d’argent, autrement dit la fiscalité, qui est selon une bien vieille expression « le nerf de la guerre ». Sans argent, pas d’armée. Et sans armée plus de roi.

Observons que la fonction de roi a failli sinon disparaître du moins être fortement amoindrie précisément après les désastres de Crécy et Poitiers où il fallut trouver de l’argent, exigence essentielle qui failli mettre la bourgeoise au pouvoir. Ce ne fut pas et c’est une autre histoire. Comme l’a écrit un historien, la France ridiculisée au début et même pendant – avec Azincourt – a finalement gagné la guerre (en 1453) : c’est donc qu’elle a changé son outil et la façon de s’en servir. C’est aussi qu’elle en eut les moyens humains, matériels, financiers. L’histoire de la France pendant la guerre de Cents ans, c’est l’histoire de cette longue métamorphose. Pour la clarté de l’exposé, il faut subdiviser ce temps long. Je reprends les articulations trouvées par Philippe Contamine dans sa thèse qui fait toujours autorité : « Guerre, État et société à la fin du Moyen-âge »[1] L’historien distingue quatre grandes phases :

1ère partie : LES FORCES M1LITAIRES DE LA MONARCHIE FRANÇAISE AU MILIEU DU XIVe siècle (1337[2]-1369[3])

2ème partie : L’ARMÉE DE LA RECONQUÊTE (1369-1380) (il s’agit grosso modo du règne de Charles V successeur de Jean II le Bon le vaincu de Poitiers).

3ème partie : De la Survie à l'effondrement : LA DESTINÉE DES REF0RMES MILITAIRES DE CHARLES V (1380-1445) ; De l'apaisement à l'invasion (1380-1418) puis Désordres et mutations au temps du royaume de Bourges (1418-1445)

4ème partie : Les DÉBUTS DE L'ARMÉE D'ANCIEN RÉGIME (1445-1494)

Cette première partie est donc consacrée aux règnes de Philippe de Valois (roi de 1328 à 1350) et de son fils Jean le Bon (roi de 1350 à 1364).

 

A.  L’Armée

L'armée doit être organisée pour le combat que l'on conçoit alors sous forme de charges et d'assauts de front, mais l'indiscipline y est grande à cause du maintien d'un recrutement féodal -par la haute noblesse au moins-, à cause du désir des nobles de conduire le combat pour faire des prisonniers personnels qu'ils pourront rançonner, à cause de la tentation du pillage et du brigandage.

Au moment du siège de Calais, Philippe VI dispose de 32.000 h. répartis de la sorte : 5.000 hommes d'armes, 5.000 hommes de cheval, 15.000 gens à pied, 7.000 auxiliaires pour les services.

- les "gens d'armes" – ou hommes d’armes - forment une troupe montée et fondamentalement noble, avec une hiérarchie qui est celle de la noblesse à savoir : prince, duc, comte, vicomte, baron, chevalier-banneret, écuyer-banneret, damoiseau banneret[4], chevaliers simples ou bacheliers écuyers. L'ensemble dispose du même armement lourd : l'épée, la lance de bois terminée par un fer, parfois la hache et la masse d'arme, le petit bouclier triangulaire, écu ou targe; le casque avec ou sans visière mobile (il n'y a plus de heaume) La chevalerie du roi de France (1ère partie) l'armure rigide avec plaques de fer aux jambes et aux bras et le haubert - cotte de mailles parfois renforcée de plaques, En revanche, chaque combattant n'a pas le même nombre de chevaux (la plupart en ont 2, les plus riches en ont 4). Les chevaux n'ont pas de protection, car ces hommes combattent souvent à pied (après la charge).

- les "gens de cheval" se transportent à cheval mais combattent uniquement à pied (arbalétriers, archers, flêchiers) ; ils sont alors peu nombreux.

- les "gens à pied" ou bideaux (sergents lanciers, pavesiers –archers qui combattent derrière des haies, autrefois le pavois -, arbalétriers), parmi lesquels on compte fort peu d'archers (à la différence de l’armée anglaise). Comme les précédents, ils portent le bassinet sur la tête et un camail en cotte de mailles.

 Le recrutement a trois origines :

Le ban et l’arrière-ban, survivance féodale, qui s’exerce sur le domaine du Roi et dans les fiefs et apanages, sauf en Flandre, Bretagne et Guyenne, et en théorie pour un temps illimité. Le roi convoque aussi les "communes" -c'est-à-dire les milices urbaines en fonction du droit royal sur les villes-.

Deuxième source d’effectifs : Le roi procède par semonce des nobles, soit avec l'arrière-ban, soit sans que celui-ci soit décrété. Mais il mobilise ainsi les nobles ou des nobles, mais non uniquement ceux qui lui doivent service vassalique (la noblesse devient ainsi le corps qui sert militairement le roi). Il solde les nobles qu'il mobilise ainsi, de même que ceux qu'il retient par l'arrière-ban.

Enfin, le roi dispose de volontaires, en traitant avec des chefs de troupes qu'il "retient" à son service avec un certain nombre d'hommes, moyennant paiement d'une certaine somme. On appelle ces troupes des "retenues". Cette source est appelée à un grand développement.

 C'est le roi qui qui a le commandement suprême. Régionalement, il y a des lieutenants du roi assistés de capitaines généraux qui se chargent de l'application du recrutement et contrôlent les garnisons (commandées par un capitaine ou châtelain). En campagne, les troupes sont réparties en "batailles" (nous dirions corps d’armée) aux effectifs variables :

-celles qui dépendent du roi sont commandées par des "gouverneurs" nommés par le monarque ; elles comprennent en leur sein les "montres", petites unités constituées à partir des troupes de volontaires (conduites par les chefs de route et les capitaines).

-Mais les troupes menées par les Grands (seigneurs des grands fiefs) sont sous le commandement de ces princes et hauts nobles.

Ce dernier point pose de gros problèmes. En effet, les nobles – a fortiori les plus hauts placés dans la hiérarchie – font la guerre suivant leur mentalité qui est de chercher « le profit, le butin, la rançon » (M. Pacaut) et non pas de suivre les commandements du Roi. Sur le champ de bataille chacun choisit son adversaire et l’affrontement ressemble à une juxtaposition de combats singuliers. Désarçonner le chevalier ennemi, éliminer ses gens, mais –essentiel- le préserver en vie afin de le ramener prisonnier et de fixer la rançon que paieront son épouse, ses enfants, son clan etc...

 la rançon : source de l'indiscipline des armées :

La solde est l'élément permanent et stable du profit, mais il y a aussi ce que Froissart appelle les "grands prouffits de la guerre" : les rançons et les pillages.

La rançon tient une place importante dans la société militaire (Code, fixation et partages). Cet aspect est commun à toute la chevalerie occidentale. Ph. Contamine publie le texte d’un traité passé entre le roi d’Angleterre et un de ses « capitaines » :

Gains de guerre. Que tout homme paye le tiers de ses gains de guerre à son capitaine, seigneur ou maître.

Prisonniers. Si un homme met un ennemi à terre, c'est à lui qu'il appartient ; mais si, une fois à terre, l'ennemi donne sa foi à un autre, celui qui l'a fait tomber l'aura pour moitié et celui qui a reçu la foi pour l'autre moitié ; ce dernier recevra en outre la garde du prisonnier. Si un homme fait un prisonnier, et si un autre arrive et en demande une part, menaçant, si elle lui est refusée, de tuer le prisonnier, le deuxième homme n'aura rien du tout, même si cette part lui est due ; s'il le tue, il sera arrêté par le maréchal et ne sera libéré qu'après payement de l'amende; que nul ne soit si hardi qu'il rançonne ou vende son prisonnier sans le congé de son capitaine; que nul ne fasse prisonniers un enfant de moins de 14 ans s'il n'est fils d'un seigneur, d'un gentilhomme honorable ou d'un capitaine.[5]

Les rançons ne sont valables que pour les hommes de qualité. Les simples archers ne sont pas faits prisonniers, ils sont tués ou laissés libres. Le combat cherche à désarçonner l'adversaire ; les ennemis accourent pour se disputer le butin. La rançon va en partie au capitaine de l'homme qui a fait le prisonnier.

Ces rançons sont fixées à un très haut prix. Elles sont débattues entre l'auteur de la capture et le prisonnier. La vainqueur demande le plus haut prix possible, mais le vaincu ne demande pas le plus bas : il faut montrer sa haute valeur sociale et ne pas avoir l'air chiche ; Du Guesclin a lui-même fixé très haut le prix de sa rançon. Film. Si le chevalier veut sa liberté conditionnelle, il doit donner des otages, mais aussi une caution (Il hypothèque ses terres). Des sommes considérables ne sont pas pleinement levées, les rançons ont toutes connu des défauts de paiement.

L'attrait de ces paiements en espèces est très vif. Les rançons font l’objet de spéculations chez les Anglais ou les Français lors de leurs succès. Il existe un marché des rançons. L'auteur d'une capture ayant besoin d'argent fait cession de son prisonnier à un tiers qui ne sait pas s’il sera payé (gros bénéfice ou perte sèche) : on parie sur la solvabilité du prisonnier ! Ce marché financier comporte d'immenses transferts d'espèces. Au milieu du XIVème en Angleterre, l’afflux de rançons influe sur les prix qui tendent à la hausse.

Au total, ces stratégies individuelles contrarient l’unité de commandement. Si commandement il y a.

 

B. L’Argent

 I. Le coût de la solde.

Les combattants reçoivent une solde fixée par barème officiel et élevée ; les troupes sont payées selon un tarif qui se fixe vers 1360, et reste pratiquement inchangé jusqu'en 1515.

- chevalier-banneret 40 sous tournoi (s.t.) par jour

- chevalier-bachelier 20 s. t. – Écuyer 10 S. t. - Archer étoffé 10 s. t.

- Archer non étoffé 5 s. t. / j

Ce métier est lucratif, ainsi, sur une année pleine, le chevalier-banneret coûte 720 livres tournoi, l’écuyer et l’archer étoffé, à raison de 10 sous tournoi par jour, coûte 180 livres par an. L’archer non étoffé coûte 5 sous/jour soit 90 livres par an.

On peut essayer d’évaluer le coût de l’armée de Philippe VI, un seul jour, lorsque’ Édouard III assiège Calais (cf. supra). 5000 hommes d’armes à 40 s.t. /j soit 10.000 livres tournois. 5.000 hommes de cheval à 10 sous soit 50.000 donc 2.500 livres tournois. 15.000 gens à pied à 5 sous/j. coûtent 3750 livres. On arrive à un total de 16.250 livres pour un seul jour sans compter les auxiliaires de service. A quoi il faut ajouter le coût des chevaux, des armements –pour ce qui relève des soldats du roi-. On atteint vite des sommes astronomiques. C’est pourquoi la guerre de Cent Ans est entrecoupée de trêves : les belligérants sont à court au même moment.

Rappelons pour mémoire que la rançon du roi Jean fut fixée par traité à 3 millions de livres soit 12,5 tonnes d’or. Mais il s’agissait-là d’un prisonnier hors pair. Jean II sera libéré après un premier versement de 425.000 livres, le régent, le futur Charles V, étant incapable de rassembler les 600.000 prévues dans un premier temps, malgré toute sa bonne volonté (reconnue par Édouard III).

 II. Les impôts

Évoquant le problème du financement de la guerre par les belligérants,  Jean Favier écrit tout de go : « alors que commence une guerre dont l’enjeu est plus considérable que jamais, ni Philippe VI, ni Édouard III n’ont les moyens de la gagner durablement ».

Les Français depuis déjà des siècles paient des sommes d’argent à leur seigneur. Mais ce sont des redevances. C’est-à-dire de l’argent que l’on doit en échange de la terre qu’il autorise à cultiver, en échange du droit de retrait dans son château en cas d’invasion, en échange de l’utilisation de son moulin ou de son four, la dîme est payé à l’Église en échange des services rendus par Mr le Curé, etc… Mais l’impôt pour payer la guerre du roi est difficile à faire accepter. Quel est sa légitimité ? C’est une contrainte, un viol, un arrachement obtenu par la soldatesque de l’officier royal… L’impôt régulier payé sans rechigner par le paysan français a une bien longue histoire.

Les rois ont compris qu’il fallait l’assentiment de leurs sujets et, avant notre période, c’est Philippe IV le bel qui a convoqué les tout premiers États généraux. Philippe VI n’innove donc pas –l’innovation est toujours mal vue au Moyen-âge- en réunissant les États de 1343, les premiers de la guerre de Cent Ans, après le premier désastre naval de l’Écluse mais avant Crécy. Le roi signe et les États ratifient une ordonnance créant l’impôt sur le sel. Il est relativement facile à faire admettre : on achète le sel alimentaire et de conservation, produit-clé. De la même façon, les États de février 1346, toujours avant Crécy, acceptent l’établissement d’impôts indirects sur les biens de consommation et les marchandises.

« Les États n’ont rien exigé » écrit Jean Favier « mais ils ont senti à quel point la politique royale dépendait de leur bon vouloir. Il tient à eux que le roi ait ou n’ait pas les moyens de son gouvernement »[6].

Cette lucidité des États deviendra vive contestation après Crécy et le départ-fuite de Philippe VI du champ de bataille La bataille de Crécy (26 août 1346), sa mort en 1350, la catastrophe de Poitiers en 1356 avec le roi de France fait prisonnier sur le champ de bataille. 

Si le roi Jean est très applaudi après son acte de courage, si les Français participent massivement au paiement de sa rançon, le rôle de la noblesse, en revanche, est vivement remis en cause : la chevalerie est la cause de tous nos maux.  

Les États généraux lors desquels une nouvelle forme de constitution est donnée au royaume ayant eu lieu lorsque le dauphin Charles supplée son père prisonnier à Londres seront abordés dans la partie suivante.



[1] Philippe Contamine, Guerre, État et société à la fin du Moyen Âge. Études sur les armées des rois de France (1337-1494), Paris – La Haye, Mouton éditeur, 1972, 757 pages.

[2] Le 7 octobre de cette année-là, Édouard III, roi d'Angleterre, dénonce l'hommage prêté à Philippe VI de Valois et revendique la couronne de France (il est le petit-fils de Philippe le Bel par sa mère Isabelle de France) et le 1er novembre, le roi de France Philippe VI de Valois reçoit les lettres de défi –soit une déclaration de guerre - écrites par le roi d'Angleterre  : c'est le début de la guerre de Cent Ans entre la France et l'Angleterre.

[3] Le 9 mai 1369, les États généraux de France réunis à Paris approuvent les hostilités contre l'Angleterre. C’est la reprise de la guerre de Cent Ans qui avait cessé après le traité de Brétigny de 1360.

[4] Les bannerets sont accompagnés de quelques dizaines d'hommes sous leur « bannière ».

[5] Philippe CONTAMINE, Azincourt, Julliard, 1964, page 175.

[6] La guerre de Cent Ans, éditions FAYARD, 678 pages, 1980, page 144.

AZINCOURT, sang et larmes de la chevalerie française...

publié le 15 avr. 2020 à 06:46 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 18 avr. 2020 à 06:48 ]


Après Crécy La bataille de Crécy (26 août 1346) , voici une page sur AZINCOURT, autre mot immortel de la liste de nos désastres nationaux. Vous avez toute latitude de vous renseigner sur Wikipaédia ou ailleurs. J’ai choisi pour ma part de vous donner un extrait de la chronique de Jean Lefèvre (1395-1468) (sera roi d'armes à la cour de Bourgogne), témoin de la bataille « assis à cheval au milieu du charroi », c’est-à-dire des bagages de l’armée anglaise. C’est la base sur laquelle s’appuient tous les historiens.

Voici un extrait de la liste des morts illustres – côté français – fournie par Wikipaédia :

Charles Ier d'Albret, (1370-1415), connétable de France, comte de Dreux.

Jean IV d'Alençon, (1385-1415), duc d'Alençon et comte du Perche, prince du sang de France.

Antoine de Bourgogne, (1384-1415), duc de Brabant et duc de Limbourg, prince du sang de France.

Philippe de Bourgogne, (1389-1415), comte de Nevers, comte de Rethel, prince du sang de France.

Louis de Bourbon, (v.1389-1415), seigneur de Préaux, prince du sang de France.

Édouard III de Bar, (v.1377-1415), duc de Bar.

Robert de Bar, (1390-1415), comte de Marle et de Soissons.

Guillaume IV de Melun, (1350-1415), vicomte de Melun, comte de Tancarville. Etc…

« Prince du sang » signifie membre de la famille royale : on a donc affaire à du lourd, du très lourd. C’est le top de la chevalerie qui était présent à la bataille avec des milliers d’autres nobles : la responsabilité du désastre est clairement attribuée. Beaucoup relèvent de la génération 1385 – ils ont trente ans – et n’ont guère connu que le royaume avec un roi fou, la guerre civile, la gabegie… La génération des années 1370 a connu Charles V, règne un peu plus glorieux, mais elle a pu entendre parler – moins cependant que les chevaliers nés en 1350 – des désastres de Crécy et de Poitiers. Quels enseignements en ont été tirés ? Aucun.

D’après la chronique de Jean Lefèvre, citée dans l’ouvrage de Philippe Contamine ainsi que d’après Henrici V regis Angliae gesta, Philippe Contamine nous précise ce qui suit : «Quelle que soit leur langue originale -dialectes français de langue d'oïl ou de langue d'oc, français utilisé à la cour d'Angleterre, anglais ou latin-, tous les documents (de cet ouvrage) ont été transcrits en français moderne. Cependant, on s'est efforcé, en respectant la construction de la phrase et en conservant un minimum de termes d'époque (…) de conserver à ces textes leur caractère archaïque ; effort indispensable, surtout quand les sources ont, comme c'est le cas pour Froissart, une véritable valeur littéraire ». Concernant le texte de Jean Lefèvre, il faut savoir que l’auteur, quoique Bourguignon, est, lors de la bataille d’Azincourt, aux côtés du roi d’Angleterre, Henri V. Il adopte donc le point de vue anglais.

"Le lendemain, vendredi, fête des saints Crépin et Crépinien, 25° jour d'octobre, les Français à l'aube ordonnèrent leurs batailles et prirent position devant nous dans la plaine d'Agincourt par où passait notre route vers Calais. Leur nombre était impressionnant. (Henrici V regis Angliae gesta).

Vérité est que les Français avaient ordonné leurs batailles entre deux petits bois, l'un touchant à Agincourt, l'autre à Tramecourt. La place était étroite et très avantageuse pour les Anglais, et au contraire pour les Français ; car les Français avaient été toute la nuit à cheval, et si pleuvait. Jean FAVIER indique : "Pis encore, la pluie avait condamné les hommes d’armes à demeurer toute la nuit à cheval, engoncés dans leurs armures. Au matin, hommes et bêtes étaient fourbus. A deux portées de flèche ; les Anglais avaient passé la nuit dans leurs tentes, assurés que les Français ne chargeraient pas dans la boue" [1].

ci-dessous : tableau (wiki) d'un peintre anglais célèbre Sir John Gilbert (1884) qui montre remarquablement l'état de la chevalerie française le matin de la bataille, après une nuit de pluie. l'artiste n'a pas oublié le vol noir des corbeaux... 


   Pages et valets et plusieurs, en promenant leurs chevaux, avaient tout dérompu la place qui était molle et effondrée des chevaux, à telle manière qu'à grand peine se pouvait ravoir hors de la terre, tant était molle. Or d’autre part les Français étaient si chargés de harnois qu’ils ne pouvaient avancer. Premièrement étaient armés de cottes d'acier longues, passant les genous et moult pesantes. Et par-dessous harnois de jambes ; et par-dessus blancs harnois ; et de plus bassinets de camail. Et tant pesamment étaient armés, avec la terre qui était molle, comme dit est, à grand peine pouvaient-ils lever leurs bâtons. A merveilles y avait-il de bannières et tant qu'il fut ordonné entre les Français que plusieurs seraient ôtées et ployées. Il fut aussi ordonné que chacun raccourcit sa lance, afin qu’elles fussent plus roides quand ce viendrait à combattre. Assez avaient archers et arbalétriers ; mais ils ne voulurent point les laisser tirer ; et la cause était pour la place qui était si étroite qu'il y avait place fors pour les hommes d'armes. (Chronique de Jean Lefèvre).

Pendant ce temps notre roi (Henri V, JPR), ayant écouté la messe et rendu louange à Dieu, fit son ordonnance sur la plaine, non loin de son logis, et forma une seule bataille, faisant de son avant-garde, commandée par le duc d’York, une aile sur sa droite, et de son arrière-garde, à la tête de laquelle se trouvait le seigneur de Camois, une autre aile sur sa gauche. Les groupes d'archers furent mêlés à chaque corps. On leur fit planter des pieux devant eux, comme cela avait été prévu, afin de briser la charge des chevaux. Apprenant cela par des éclaireurs, pour cette raison ou je ne sais quelle ruse, l'ennemi se tint en face de nous, sans s'approcher.

Un long moment du jour se passa en ces préparatifs et les deux armées se tenaient de part et d’autre sans bouger. Voyant que la multitude en face refusait la charge qu'il attendait, le roi se décida à avancer. Auparavant, il avait placé le charroi derrière la bataille, de peur qu'il ne devînt une proie pour l'ennemi ; des prêtres devaient y officier et prier avec ferveur pour lui et ses hommes, dans le village et les vergers de la veille, avec l'ordre d'y attendre la fin du combat ; car les pillards français qui avaient aperçu le charroi, se préparaient à s’en emparer aussitôt la rencontre commencée. De fait, ils s'y précipitèrent par la suite, profitant de la négligence de l'entourage royal, dérobant entre autres, le précieux trésor royal, l'épée et la couronne.

Aussitôt que le roi put penser que le bagage se trouvait en sûreté derrière lui, (…) il s'avança vers les ennemis, qui faisaient de même. (Henrici V regis Angliae gesta).

 Les Français, voyant venir les Anglais vers eux, se mirent en ordonnance, chacun dessous sa bannière, ayant le bassinet en la tête. Le connétable, le maréchal et les princes admonestaient fort leurs gens à bien combattre, et hardiment, les Anglais. Quand ce vint à l'approcher, leurs trompettes et clairons menèrent grand bruit. Les Français commencèrent à incliner le chef, surtout ceux qui n'avaient point de pavois, pour le trait des Anglais ; lesquels tiraient si hardiment qu'il n'était nul qui osât les approcher, et ne s'osaient les Français découvrir, et ainsi allèrent un petit à l'encontre d'eux et les firent un petit reculer. Mais avant qu'ils pussent aborder ensemble, il y eut moult de Français blessés et navrés par le trait des Anglais. Et quand ils furent venus jusqu'à eux, ils étaient si près serrés l'un de l'autre qu'ils ne pouvaient lever leurs bras pour férir sur leurs ennemis, sinon aucuns qui étaient au front devant, lesquels les boutaient de leurs lances qu'ils avaient coupées par le milieu pour être plus fortes et plus roides, et afin qu'ils pussent approcher de plus près leurs ennemis.

Les Français avaient fait une ordonnance de 1 000 à 1200 hommes d'armes, dont la moitié devait aller par la côte d'Agincourt, et l'autre par devers Tramecourt afin de rompre les ailes des archers anglais. Mais quand ce vint à l'approcher, ils n'y trouvèrent que 160 hommes d'armes, lesquels retournèrent parmi l'avant-garde des Français auxquels ils firent de grands empêchements, et les dérompirent et ouvrirent en plusieurs lieux, et les firent reculer en terre nouvellement semée, car leurs chevaux étaient tellement navrés du trait qu'ils ne les pouvaient tenir ni gouverner. Et ainsi par eux, l'avant-garde fut désordonnée et commencèrent à choir hommes d'armes sans nombre. Et lors leurs chevaux se mirent à fuir arrière de leurs ennemis, à l'exemple desquels se partirent et mirent en fuite grande partie des Français.

Et tantôt après, les archers anglais, voyant cette rompture et division en l'avant-garde, tous ensemble issirent hors de leurs pieux, jettèrent jus arcs et flèches, en prenant leurs épées, haches et autres armures et bâtons. (cf Favier).  Si se boutèrent par les lieux où ils voyaient les romptures. Là abattaient et occisaient les Français, tant que finalement ruèrent jus l'avant- garde qui peu ou néant s'était combattue. Et tant allaient frappant Anglais à dextre et à senestre qu'ils vinrent à la seconde bataille qui était derrière l'avant- garde. Lors se férirent dedans et le roi d'Angleterre en personne avec ses gens d'armes. Lors commença la bataille et occision moult grande sur les Français qui petitement se défendirent ; car, à la cause des gens de cheval, la bataille des Français fut rompue. Lors les Anglais pressèrent de plus en plus les Français en dérompant les deux premières batailles, et en plusieurs lieux abattant et occisant cruellement sans merci. Entre temps, les aucuns se relevèrent par l'aide de leurs valets qui les menèrent hors de la bataille ; car les Anglais étaient moult occupés à combattre, occire et prendre prisonniers. Pourquoi ils ne chassaient ni poursuivaient nullui. Et lors toute l'arrière- garde, étant encore à cheval, voyant que les deux premières batailles avaient le dessous, se mirent à fuir, excepté aucuns de ses chefs et conducteurs.

Lors derechef en poursuivant sa victoire et voyant ses ennemis déconfits et qu'ils ne pouvaient plus résister contre lui, ils commencèrent à prendre prisonniers de tous côtés, dont ils crurent être tous riches, et à la vérité ils l'étaient, car tous étaient grands seigneurs qui étaient à la bataille. Et quand les Français furent pris, ceux qui les avaient prisonniers les désarmaient de la tête. Lors leur survint une moult grande fortune; car une grande assemblée de l'arrière-garde, en laquelle il y avait plusieurs Français, Bretons, Gascons, Poitevins et autres qui s'étaient mis en fuite, avaient avec eux grande foison d'étendards et enseignes, eux montrant signes de vouloir combattre ; et de fait marchèrent en ordonnance. Quand les Anglais les aperçurent ensemble en telle manière, il fut ordonné de par le roi d'Angleterre que chacun tuât son prisonnier. Mais ceux qui les avaient pris ne voulurent pas les tuer, car ils en attendaient grande finance. Lors, quand le roi fut averti que nul ne voulait tuer son prisonnier, il ordonna un gentilhomme avec 200 archers et lui commanda que tous prisonniers fussent tués. Si accomplit cet écuyer le commandement du roi, qui fut moult pitoyable chose. Car, de sang-froid, toute cette noblesse française fut là tuée, et découpés têtes et visages, qui était une merveilleuse chose à voir. Cette maudite compagnie de Français, qui ainsi firent meurdrir cette noble chevalerie, quand ils virent que les Anglais étaient prêts de les recevoir et de les combattre, tous se mirent soudain à fuir et à se sauver, sauve qui peut. La plupart se sauvèrent étant à cheval mais parmi ceux qui étaient à pied, plusieurs moururent.

    Quand le roi d'Angleterre vit et aperçut clairement qu'il avait obtenu la victoire contre ses adversaires, il remercia Notre Seigneur de bon cœur; et bien y avait cause car de ses gens ne furent morts sur la place qu'environ 1.600 hommes de tous états, entre lesquels y mourut le duc d'York, son grand-oncle, et le comte d'Oxford. Ensuite le roi, se voyant demeuré victorieux sur le champ, et tous les Français départis, sinon ceux qui étaient demeurés prisonniers ou morts sur la place, appela avec lui aucuns princes au champ où la bataille avait été. Quand il eut regardé la place, il demanda comment avait nom le château qu'il voyait assez près de lui; on lui répondit qu'il avait nom Agincourt. Alors le roi d'Angleterre dit : « Pour autant que toutes batailles doivent porter le nom de la prochaine forteresse où elles sont faites, celle-ci, maintenant et perdurablement aura nom: la bataille d'Agincourt ». Puis quand le roi et les princes eurent été là un espace et que nuls Français ne se montraient pour lui porter dommage et quand il vit que sur le champ il avait été bien quatre heures, et aussi voyait qu'il pleuvait et que vèpre approchait, il se tira en son logis de Maisoncelles. Et là, archers ne firent depuis la déconfiture, que déchausser gens morts et désarmer, sous lesquels trouvèrent plusieurs prisonniers en vie, entre lesquels le duc d'Orléans. Les archers portèrent les harnois des morts en leurs logis par chevalées, et aussi emportèrent les Anglais morts en la bataille.

Quand ce vint au soir, le roi d'Angleterre fut averti et sut que tant de harnois on avait apporté à son logis. Il fit crier en son ost que nul ne se chargeât de plus qu'il n'en fallait pour son corps et qu'on n'était point encore hors des dangers du roi de France. On fit bouillir le corps du duc d'York et celui du comte d'Oxford, afin d'emporter leurs os au royaume d'Angleterre. Lors le roi commanda que tout le harnois qui serait outre et par-dessus ce que ses gens emporteraient, avec les corps d'aucuns Anglais qui étaient morts en la bataille, fussent boutés en une maison ou grange, et là qu'on fit tout ardoir (brûler, jpr). Ainsi fut fait. Lendemain, qui fut samedi, les Anglais se délogèrent très matin de Maisoncelles, et avec leurs prisonniers, derechef ils avaient sur le champ où avait été la bataille, et ce qu'ils trouvèrent de Français encore en vie, les firent prisonniers ou occire. Le roi s'arrêta sur le champ en regardant les morts, et là était pitoyable chose à voir la grande noblesse qui avait été occise pour leur souverain seigneur, le roi de France. Lesquels étaient déjà tous nus, comme ceux qui naissent de mère. (…)." (Chronique de Jean Lefèvre).



[1] La guerre de Cent ans, Fayard, page 441.

La chevalerie du roi de France (seconde partie)

publié le 23 janv. 2020 à 03:53 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 6 avr. 2020 à 07:59 ]

    Cette partie présente l'armement du chevalier au XIV° siècle puis au XV°. L'exemple de Du Guesclin illustre bien le cas général du combattant du XIV° siècle.




 - L’épée de connétable de France, d’une longueur totale de 1,20 m (la lame seule atteignant 0,91 m) et d’un poids de 3,7 kg avec son fourreau est celle que le roi de France remet rituellement au connétable, garde vers le bas, pour lui rappeler qu’il lui confie le commandement de l’armée ; source : "Signes du pouvoir militaire : de l’épée de connétable au bâton de maréchal",     https://journals.openedition.org/crcv/11815#tocto2n1
- bassinet ou bacinet : casque enveloppant la tête, le mézail, également nommé ventaille, carnet ou viaire est la partie mobile (grâce à       des charnières) qui se rabat sur le visage à l'avant du casque. le bassinet présenté ici est du type "à bec de passereau".
- camail : capuchon ou pèlerine de mailles protégeant le cou et les épaules.
- mailles : enchaînement de petits anneaux de fer ou d'acier, rivés ou soudés.
- cote de mailles : c'est l'armure de mailles, souple, dite aussi haubergeon
    citation relative à l'armement de Du Guesclin : "Un bon gippon ouvré vêtit et boutonna,
                                                                    Un haubergeon dessus vêtit et endossa
                                                                    Dessus ce haubergeon, un grand jaque posa". [1]
- grand jaque : vêtement comportant plusieurs épaisseurs d'étoffe
- écu armorié : petit bouclier triangulaire dit aussi "targe" et portant les armoiries du chevalier.
- guiche : courroie passant par le cou à laquelle est attachée l'écu et qui libère les bras du combattant.
- grève ou jambière : pièce métallique protégeant la jambe du genou au cou-de-pied.
-soleret : lames métalliques articulées protégeant la chaussure du pied.
Ce petit dessin montre - outre le bassinet en tête de passereau - l'utilisation des plaques de cuir bouilli et surtout des plaques métalliques aux dimensions variées qui recouvrent les parties du corps exposées et se "superposent l'une l'autre comme des écailles de poisson", telle est l'armure de plates [2].







    Au XV° siècle, l'armure est de plus en plus sophistiquée. A l'instar au demeurant du vêtement civil : ainsi le soleret se prolonge par la poulaine parfaitement inutile et même gênante. le haubergeon,
modèle de mailles et de plates du siècle précédent, est remplacé par des protections métalliques individuelles qui recouvrent désormais la quasi-totalité du corps de l’homme d’armes. Le terme de "harnois blanc" désigne cette protection complète de corps utilisée dans l’ensemble de l’Europe au cours du XVe siècle [3].
TIMBRE : Le timbre est la partie arrondie formant la calotte du casque et portant la fioriture telle ici le panache emplumé : "Un cimier important avec parfois couronnes ou tortils complétés de lambrequins coiffait le timbre du casque" [4]
BRACONNIÈRE : Lames articulées qui, dans les armures à plates, défendent le ventre et le haut des cuisses.
FAUCRE : Pièce de fer ou d'osier, qu'on plaçait sur le côté droit des cuirasses, au moyen âge, pour tenir la lance en arrêt.
TASSETTE : plaque de forme triangulaire ou trapézoïdale dont le but était de pallier le défaut de l'armure au niveau de l'aine, sans affecter la mobilité du chevalier.







 


     [1] cité par Ph. Contamine, Azincourt, Julliard coll. Archives.
    [2] ibidem
    [3] https://www.musee-armee.fr/fileadmin/user_upload/Documents/Support-Visite-Fiches-Objets/Fiches-departement-ancien/MA_fiche-harnois-blanc.pdf
   

CHEVALIERS DU XVe SIÈCLE. La fin du Moyen Age est une époque de fêtes et d'extravagances pour la classe chevaleresque. On voit ici le duc de Bretagne (à gauche) et le duc de Bourbon s'affronter en un duel qui n'est plus qu'un jeu. Casques, vêtements des hommes et des chevaux manifestent un goût délirant pour le faste et les formes bizarres (miniature du Livre des Tournois du roi René d'Anjou). Extrait de BORDAS 68, L.GIRARD – J. LE GOFF.


La chevalerie du roi de France (1ère partie)

publié le 18 janv. 2020 à 10:11 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 avr. 2020 à 02:56 ]

    Je publie un texte de Jean FAVIER, extrait d'un de ses maîtres-ouvrages : "LA GUERRE DE CENT ANS" (Fayard). Je publie également quatre dessins trouvés sur l'encyclopédie Wikipédia qui ont l’intérêt de montrer les changements du XI° au XV° siècles. L'idée est de faire passer le vocabulaire de l'armement médiéval. Dans une seconde partie, je donnerai la définition des mots de vocabulaire non présentés dans le texte de J. Favier. NB. les mots en gras sont surlignés par moi-même.

"Ces chevaliers qui s'apprêtent à charger (Favier introduit le bataille de Crécy, JPR La bataille de Crécy (26 août 1346)) à quoi ressemblent-ils au juste ? Du croisé et du combattant de Bouvines, ils ont encore l'allure générale : celle d'un cavalier lourd, solidement appuyé sur les étriers dont il s'aide quand il faut soudain projeter, à la pointe de la lance, toute sa force vers l'avant. Il est lourd de son armement, et d'abord de cette lance - elle a bien trois mètres de long - faite d'un bois dur et ferré, calée sous coude droit en attendant le choc effroyable qui, selon l'habileté de l'un ou de l'autre, enverra la cible au sol ou l'assaillant en l'air. Dans le tournoi, où les rangs se croisent à chaque assaut, la lance est de bon usage, et les valets en tendent une autre si la première se brise. Au combat, où la mêlée suit l'assaut, la lance ne sert guère qu'une fois: mieux vaut s'en débarrasser au plus vite et dégainer l'épée....

   NB. Citation de Philippe Contamine : "c'est vers 1450 que l'armure atteint son apogée, combinant désormais l'usage des mailles et celui des plaques de métal (...)".
    Je signale également : http://www.histoire-france.net/moyen/guerre

     ... Cette épée n'est pas moins lourde, avec son épaisse lame à deux tranchants, qu'une chaînette retient si la poignée tourne dans la main. Elle est assez longue pour le combat à cheval, quand le temps de la lance est passé. Elle est assez maniable pour l'escrime à pied, quand le cavalier tombé peut se relever. Bien des chevaliers, et non des moindres, devront à leurs moulinets le salut et parfois la victoire. Mais il n'est pas indigne d'un combattant de bonne race de manier des armes moins chargées de symboles que la grande épée. II faut des muscles de fer pour faire tournoyer la masse d'armes, cette lourde boule hérissée de pointes, qui s'articule au bout d'une courte chaîne. Quant à la hache, elle sera, aux derniers moments de la bataille de Poitiers, l'arme du roi Jean.

Alourdi de son arsenal offensif, le cavalier n'est pas moins engoncé dans l'armure qui doit le mettre à l'abri des morts intempestives. Car l'idéal du chevalier est de prendre son adversaire pour en tirer rançon, non de le tuer comme font les manants. (...). On tue des piétons, des sergents et des coutilliers, des archers et des arbalétriers, toutes gens que rien ne différencie vraiment du vilain qui manie le gourdin ou le couteau. On ne tue pas le chevalier ou l'écuyer désarmé; il est même de bonne guerre de lui faire honneur et de le traiter avec largesse : on ne l'en revend que plus cher aux siens.

    C'est là, dans cette armure défensive, toujours trop lourde et jamais assez sûre, que la silhouette du chevalier a le plus changé depuis le temps des croisades. Même s'il figure encore sur les effigies équestres des sceaux, on ne porte plus guère au combat le grand heaume cylindrique (cf. ci-dessus XII°s.) qui enserrait la tête et gênait la vue. La plupart des combattants à cheval ont fait leur un casque léger, le bassinet. Une visière s'articule parfois sur 1es tempes ; on la relève hors des moments de danger.

L'écu, c'est maintenant un bouclier léger, un petit triangle que l'on porte le plus souvent accroché au cou, conservant ainsi l'usage de la main gauche pour guider le cheval. Le grand bouclier du XI° siècle (cf. ci-dessus), celui des compagnons de Guillaume le Conquérant que nous montre encore la tapisserie de Bayeux, avait pour fonction de recevoir les javelots, ces lances légères à l'ancienne mode qu'on lançait sans espoir de les récupérer. Ce temps est révolu, et la lourde lance tue comme un boutoir, non comme une flèche. L'écu est alors bien inutile: recevoir un choc de deux cents livres au galop sur l'écu ou en pleine poitrine ne change pas grand-chose : le cavalier se retrouve au sol, assommé. Au mieux peut-on détourner le coup mal porté... Quant aux flèches, que l'écu recevait avantageusement, elles volent trop vite, et il est vain de chercher à les parer.

Contre la flèche (de l'archer) ou le carreau (de l’arbalétrier), contre l'épée ou le couteau, il y a l'armure. Mais cette armure est ce que la fait la fortune de chacun. L'armure du riche baron fait rêver le modeste écuyer, souvent mieux armé pour tailler que pour se protéger. La simple cotte de mailles, ce long vêtement de souple fil de fer qui protégeait du tranchant des lames, non des pointes, paraît désormais insuffisante. On la renforce de plaques rigides, propres à dévier les coups, sinon à les arrêter. II n'est guère de cotte de fer qui ne protège ainsi d'une dure carapace la poitrine, les bras et les jambes. Ce sont des plaques de fer, de cuir bouilli, de corne, finement articulées ou tout bonnement cousues sur les mailles, selon la technique propre ou l'inspiration de l'artisan ou de l'homme d'armes lui-même. Les riches ont des jeux de « plates » qu'ils revêtent carrément sur la cotte de mailles. Les moins aisés se contentent de rembourrer de laine, de coton ou de cuir les parties du corps où le coup fait mal, même lorsqu'il ne blesse pas. De telles armures ne protégeront pas d'un grand coup de lance, elles éviteront peut-être de mourir d'un coup de sabot ou d'avoir les membres brisés d'un coup de houe.

Le cheval, lui, connaît ses derniers combats du Moyen Age. On sait qu'on ne protège pas efficacement un cheval, sauf au tournoi, où nul coutillier ne vient normalement lui scier les tendons. Et l'on va comprendre que la charge de cavalerie à l'ancienne mode est devenue une inutile boucherie en prélude au combat véritable, celui qui décide de la victoire. Quelques « plates » de fer, de corne ou de cuir protègent encore le poitrail ou les articulations ; on y renoncera vite, et le cheval sera tenu à l'écart de l'escrime. Il sera moyen de commandement, d'observation, de reconnaissance. Il sera surtout l'indispensable auxiliaire de toute manœuvre. Sans cheval, pas de surprises, pas de mouvements tournants, pas de routes coupées et de ponts occupés. Mais on se battra à pied. La lance rejoindra, dans la panoplie des tournois, les grands cimiers et les longues cottes armoriées.

En attendant, Crécy est le triomphe des coutilliers, des coupe-jarrets, des archers embusqués dans les bosquets, des piques tendues au travers des chemins comme au tournant des haies. La hache et la massue l'emportent sur la lance et sur l'épée longue.

(...).

Le bon chevalier, c'est celui qui multiplie les combats singuliers au cœur de la mêlée; l'idée d'une stratégie d'ensemble l'effleure rarement. C'est aussi celui qui remet le dernier son épée au fourreau. A Poitiers, Jean le Bon méritera son nom". Fin de la citation du texte de Jean FAVIER.

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 à suivre :

La chevalerie du roi de France (seconde partie)

 récit de la bataille : La bataille de Crécy (26 août 1346)

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La bataille de Crécy (26 août 1346)

publié le 17 janv. 2020 à 15:07 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 17 avr. 2020 à 05:42 ]

    Je présente la bataille de Crécy d'abord avec une miniature extraite des chroniques de Froissart - parues au XV° siècle -  suivie d'un texte de Jules Isaac qui cite longuement les propos du célèbre chroniqueur médiéval puis je commente la miniature. Concernant l'armement des gens de guerre à Crécy, j'ai publié la description qu'en fait Jean FAVIER dans l'article La chevalerie du roi de France (1ère partie).

   
    Il est toujours très difficile de savoir ce qui s'est passé exactement dans une bataille. On connaît la bataille de Crécy surtout par le récit du chroniqueur Froissart, dont nous donnons ici l'analyse, et des extraits (Chroniques, liv. I, § 274 à 287, éd. de la Société de l'Histoire de France). Mais Froissart, né vers 1337, était un enfant en 1346 ; il a écrit ses Chroniques longtemps après, en se servant du récit d'un chroniqueur plus ancien, Jean le Bel ; cependant il a cherché à se renseigner auprès de seigneurs qui avaient pris part au combat.  Ce qui est le mieux connu, ce sont les préliminaires de la lutte, car, pour la bataille elle-même, "aucun homme" avoue le chroniqueur, "ne pourrait exactement concevoir ce qui s'y passa, notamment du côté des Français, tant il y eut pauvre ordre en leur ordonnance. Et ce que j'en sais, je l'ai su surtout par les Anglais, qui se rendirent bien compte de la situation..." .
    Le matin du samedi 26 août Édouard IlI fit rassembler tous les chevaux dans un parc formé de chariots. II divisa son armée en trois corps ou batailles, disposés en échelons au flanc du coteau, fit reposer ses hommes et leur défendit, sous peine de mort, de sortir des rangs pour quelque cause que ce fût. D’après Jean le Bel, les Anglais étaient 4.000 hommes d'armes, 10.000 archers, 3.000 coutilliers Gallois.
    Dans cette même matinée, Philippe VI était parti d'Abbeville, à la recherche de l'ennemi. L’armée française était beaucoup plus nombreuse que l'armée anglaise : Froissart estime qu'elle comprenait 20.000 hommes d'armes, 60.000 hommes des milices urbaines, 15 ou 20.000 arbalétriers génois, chiffres qui paraissent exagérés. En tout cas, les Français s'avançaient en grand désordre, encombrant les routes, débordant sur les champs.    .
    Quatre Chevaliers, envoyés en éclaireurs, reconnurent la position anglaise .et revinrent en hâte avertir le roi. Sur leur conseil, Philippe
ordonna à ses maréchaux de faire arrêter les troupes, de façon à pouvoir les mettre en ordre et les faire reposer ; on livrerait bataille le lendemain. L'ordre ne put être exécuté : "Ceux qui étaient premiers s'arrêtèrent, mais les derniers point, et chevauchaient tout en avant. Ils disaient qu'ils ne s'arrêteraient point, jusqu'à ce qu'ils seraient aussi avant que les premiers étaient. Et quand les premiers virent qu'ils les approchaient, [de nouveau] ils chevauchaient avant. Ainsi, par grand orgueil, fut démenée cette chose, car, chacun voulait dépasser son compagnon... ". Avançant ainsi à qui mieux mieux, ils se trouvèrent tout d'un coup face aux Anglais, bien postés de l'autre côté d'un vallon, assis et au repos. à la vue des Français, les Anglais se levèrent et se rangèrent en bataille, les archers devant, « en manière de herse », les hommes d'armes derrière eux, pied à terre. Le roi de France lui-même, dès qu'il eut aperçu les Anglais, perdit tout son sang-froid : "Si lui mua [tourna] le sang, car trop les haïssait". Bien que son armée ne fût pas rassemblée, qu'hommes et chevaux fussent accablés de chaleur et de fatigue, et que la journée fût déjà très avancée -on était au milieu de l'après-midi -, il fit donner aux arbalétriers génois l'ordre d'attaquer. Juste à ce moment un orage éclata "et descendit une pluie du Ciel, si grosse et si épaisse que merveille, et un tonnerre, et des éclairs moult horribles". Quand le soleil reparut les Français "l'avaient droit en l'œil, et les Anglais par derrière". Cependant les Génois s'avancèrent à l'attaque en criant très fort "pour ébahir les Anglais". Ils poussèrent ainsi trois clameurs, s’arrêtant chaque fois, puis reprenant leur marche. Les Anglais "se tinrent tout cois et ne firent nul semblant [d'en être émus]". A la troisième fois, les Génois commencèrent à tirer. Alors les archers anglais firent un pas en avant et ripostèrent par une pluie de flèches, si drue "que ce semblait neige". Sous cette averse de projectiles, les Génois se débandèrent et voulurent s'enfuir. Mais ils se heurtèrent aux chevaliers français, impatients d’attaquer et furieux "tuez toute cette ribaudaille", cria Philippe, "ils nous encombrent et tiennent la voie sans raison". Ce fut alors une effroyable bousculade, les chevaux se cabraient et culbutaient, les archers anglais tiraient à coup sûr, les chevaliers à terre incapables de se relever étaient achevés par les coutilliers.

Après cette échauffourée, il n’y eut plus dans la nuit tombante que des charges désordonnées menées par les escadrons de chevaliers au fur et à mesure qu’ils débouchaient sur le champ de bataille. Puis ce fut la débandade générale   je rappelle ce qu'écrit J. Favier : "En attendant, Crécy est le triomphe des coutilliers, des coupe-jarrets, des archers embusqués dans les bosquets, des piques tendues au travers des chemins comme au tournant des haies. La hache et la massue l'emportent sur la lance et sur l'épée longue".

Le roi Philippe, la rage au cœur, n’ayant plus avec lui qu'une poignée d'hommes, dut aller en pleine nuit demander asile à un châtelain du voisinage. Quelques vaillants se firent tuer plutôt que de s’enfuir tel le vieux roi de Bohême, Jean de Luxembourg, beau-père du roi de France, aveugle, il exigea de son escorte quelle le conduisit assez avant pour qu’il put frapper un coup d'épée.

Par prudence, sur l'ordre d’Édouard III, les Anglais attendirent jusqu’au matin pour sortir de leurs positions et compter les morts. D'après Jean le Bel et Froissart, les Français auraient laissé sur le terrain 1200 chevaliers et 15 ou 16.000 hommes, écuyers, Génois, bourgeois des villes. Un Anglais, dont le témoignage est plus sûr, puisqu'il était à Crécy, avec Édouard III, écrit dans une lettre, datée du 4 septembre 1346 qu'on a compté les morts : ils étaient 1542 "gens d'armes", non compris "la piétaille" (Document conservé dans les Archives de Londres et publié par CHAMPOLLION-F1GEAC, Lettres de rois, reines et autres personnages, t II).

Commentaires de la miniature illustrant la chronique de Froissart.

L'image doit être lue de bas en haut : on va voir que cela correspond à la chronologie de la bataille. Mais auparavant il faut distinguer le camp anglais et le camp français. Ce dernier est aisé à reconnaître grâce au drapeau royal bleu frappé de trois lys d'or. De plus, est brandi l'oriflamme rouge et or sur lequel on peut lire "Saint-Denis". Côté anglais, le drapeau est écartelé en quatre parts : en 1 et 4 on a les trois lys d'or ; en 2 et 3 : "gueules à trois léopards d'or, armés et lampassés d'azur". Le drapeau anglais porte les trois lys d'or car les Anglais revendiquent la couronne de France, c’est là une des causes principales de la Guerre de Cent ans, l'autre cause étant les querelles interminables en Guyenne entre le vassal (qui est roi d’Angleterre) et le suzerain (qui est roi de France).

Au tout premier plan, l'artiste nous présente le combat des hommes de trait c'est-à-dire les archers et les arbalétriers ; côté anglais, les archers sont très affairés et ne cessent de tirer leurs flèches à raison de trois par minutes (cf. le "cela semblait neige" du texte de Froissart). Ils ont posé leur flèches au sol, pied dessus, pour avoir les mains libres. Côté français, le pauvre arbalétrier doit armer son arbalète avec une flèche anglaise dans les chairs : il manipule son cranequin qui permet de tendre le mécanisme et de lancer le "carreau" : on devine qu'il a le temps de se faire frapper par une flèche adverse ! et d'ailleurs, un collègue, dégouté, rebrousse chemin à gauche de la miniature avec une flèche dans la cuisse, une autre dans la fesse droite. Avec un cadavre au sol, l'auteur nous montre les pertes humaines côté Valois ; notons cependant que les archers d’Édouard III ont surtout atteint les chevaliers et pas la piétaille... mais ce serait sans doute honteux de le montrer aux lecteurs aristocratiques de la chronique de Froissart.

au second plan, côté français, est représenté un des épisodes les plus dramatiques de la bataille : le fameux cri du roi - chef des armées, de toutes les armées, "tuez toute cette ribaudaille, ils nous encombrent et tiennent la voie sans raison" a été exécuté, on voit un chevalier donner un coup d'épée à un fantassin-ami . Un autre chevalier monté sur un cheval brun reçoit des coups de la part d'un homme de trait qui ne se laisse pas faire.

au troisième plan, on voit la masse des chevaliers nous tourner le dos : ils rebroussent chemin... Alors que dans un dernier plan, au pied du château-fort, une troupe de chevaliers qui a pris la fuite - même Philippe VI de Valois -  s'apprête à demander asile au seigneur du lieu. "ouvrez ! c'est l'infortuné roi de France " s'écriera-t-il devant les gardes du château de la Broye (situé près de Bray-sur-Somme).

Bref, c'est la déroute : la chevalerie française a fait faillite, tout est perdu même l'honneur.

NB. liste des morts illustres de Crécy (non exhaustive, tirée de Wiki) :

la fine fleur de la chevalerie française - dont le bravoure n'est pas en cause - a été décimée... Rappelons que, lors de la bataille, les membres de la haute noblesse gouvernent leur propre troupe : il n'y a pas d'unité de commandement.


voir aussi : AZINCOURT, sang et larmes de la chevalerie française...






Nos ancêtres les Gaulois... texte de J.-P. Demoule

publié le 22 août 2019 à 11:34 par Jean-Pierre Rissoan

publié le 1 oct. 2016 à 15:10 par Jean-Pierre Rissoan

Nicolas Sarkozy s’est encore fait remarqué en parlant de nos ancêtres les Gaulois. Tous les Français un peu instruits savent que la population d’aujourd’hui ne descend pas en ligne directe de nos célèbres moustachus. Le journal l’Humanité a donné la parole à des spécialistes qui devaient répondre à la question "L’usage de l’expression « nos ancêtres les Gaulois » est-il dangereux ?" J’ai choisi de sélectionner ce texte de J.-P. Demoule qui est un protohistorien, c’est-à-dire un spécialiste de l’histoire des peuples sans écritures qui vécurent en même temps que d’autres qui avaient adopté une langue écrite ; Exemple type : les Gaulois contemporains des Romains. Nous connaissons leur histoire grâce aux écrits latins de leurs conquérants venus d’au-delà des Alpes. Demoule nous dit avec sobriété : "L'histoire du peuplement de l'actuel territoire français n'est, banalement, qu'une suite ininterrompue de mélanges et de métissages". Les Identitaires doivent être accablés. D’autant plus que nous avons un vieux fonds africain…

La France a été un melting-pot bien avant que ce mot soit inventé. Inutile de chercher une quelconque pureté ethnique. Fichte, prussien, honteux des défaites que lui fit subir un Corse de surcroît adepte de la Révolution, cherche des racines lointaines et est tout fier de dire que son peuple est barbare, c’est-à-dire maintenu au-delà du limes romain, sans mélange donc pur. Au contraire, dit-il, les Francs d’origine germanique, installés de l’autre côté du mur, sont un peuple métissé, condamné au déclin. On sait où a pu mener un tel discours.

Demoule conclut en disant que, ce qui fonde une nation, c’est la volonté du vivre ensemble. Formule qu’a popularisée Ernest Renan après la défaite de 1870-71, pour protester contre l’annexion de l’Alsace-Moselle au prétexte de la loi du sang –dogme allemand- alors que nos compatriotes étaient Français par leur désir de le rester. C’est pourquoi on peut dire que la France d’aujourd’hui est née le 14 juillet 1790, jour anniversaire de ce que vous savez, où se rassemblèrent toutes les délégations des chacun des départements en gestation, Français qui jurèrent fidélité à la Nation. Il est clair que ce sont les valeurs de 1789 et 1793 qui cimentèrent les "peuples désunis" que la Royauté d’Ancien Régime a été incapable de rassembler.

J.-P. R.

 

La volonté de vivre ensemble fonde une nation

par Jean-Paul DEMOULE,

Ancien président de l'institut-universitaire de France, professeur émérite de protohistoire européenne à l'université de Paris-1.

http://www.jeanpauldemoule.com/blog/

Évoquer "nos ancêtres les Gaulois" peut faire sourire : les- Gaulois, ce sont les gauloiseries, Astérix, ou encore les manuels scolaires d'antan, à l'époque des blouses et des encriers[1]. Mais quand ils sont évoqués par un homme politique à propos d'identité nationale, il n'y a plus de quoi rire. Quitte à alimenter sa stratégie de communication, quelques évidences doivent être rappelées. Se revendiquer d' " ancêtres gaulois" est absurde sous deux angles au moins : les Français et la France. L'histoire du peuplement de l'actuel territoire français n'est, banalement, qu'une suite ininterrompue de mélanges et de métissages. Arrivent, il y a au moins un million d'années, les premiers humains répertoriés, des Homo erectus venus d'Afrique. Lesquels évoluent sur place en hommes de Neandertal, il y a 300.000 ans, que supplantent en se mélangeant les Homo sapiens, vous et moi, venus eux aussi d'Afrique, il y a 40.000 ans (nous avons tous en nous 4 % en moyenne de gènes néandertaliens). Il a 8.000 ans, des pionniers venus en masse du Proche-Orient apportent l'agriculture et l'élevage. Puis, on arrive aux Gaulois, dans le dernier millénaire avant notre ère, le nom que leurs donnent les Romains, tandis que les Grecs - qui ont fondé à Marseille en -600 avant J.-C., la première ville digne de ce nom - les appellent "Celtes".

Pour les Romains, la Gaule n'est qu'une entité géographique divisée en une soixantaine de petits États, répartis en trois grandes zones culturelles du nord ou sud, qui diffèrent totalement, disent-ils, tant dans leurs langues que dans leurs mœurs et institutions. Les Gaulois seront "romanisés", perdant langues, religions et cultures d'autant que l'Empire romain proclame, en l'an 380, le christianisme comme seule religion autorisée.

Au V° siècle de notre ère, arrivent des populations germaniques - Wisigoths, Burgondes, Francs, entre autres. Les derniers laisseront leur nom au pays et à la langue locale, pourtant descendante du latin, en même temps qu'ils s'immergent et disparaissent culturellement. Puis, viendront les Bretons, Vikings, Arabes. Et, un peu plus tard, les juifs expulsés d'Espagne en 1492, puis les morisques (musulmans christianisés), expulsés de même, les premiers Tziganes, mais aussi les suites des reines de France, toutes étrangères, les mercenaires des armées royales, composées pour un quart d'étrangers, et on arrive aux migrations de la révolution industrielle.

Mais qu'en est-il de la France elle-même ? L'empire de Clovis ne comprend à sa mort qu'une partie de notre actuel territoire, mais englobe la Belgique et le sud-ouest de l'Allemagne. Au XVl° siècle, il manque encore toute la partie orientale - Alsace, Lorraine, Savoie, comté de Nice, Corse -, sans compter les futurs territoires d'outre-mer. En même temps, l'agrandissement continu du domaine royal se fait aux dépens de populations linguistiquement et culturellement bien différentes : Bretons, Flamands, Basques, Occitans (eux-mêmes subdivisibles), Alsaciens, Corses, etc.

A partir de quand peut-on donc parler de "la France" ? Si l'école républicaine la fit commencer aux Gaulois, c'est par opposition à la monarchie et à l'aristocratie qui se réclamaient des Francs, et parce que la III° République fut fondée grâce à une défaite, Sedan, qui redoublait ainsi celle d'Alésia. La droite catholique préférait comme début, le baptême de Clovis, roi franc ; événement tout aussi absurde puisque, on l'a dit, le christianisme est alors depuis plus d'un siècle la seule religion permise, tandis que les rites païens continueront longtemps encore, comme le montre l'archéologie.

La nation comme communauté de citoyens n'a que deux siècles d'existence à peine ; c'est la volonté de vivre ensemble qui fonde une nation, pas des romans historiques confus, contradictoires, voire manipulés.

 

Publié dans l’Humanité, n° du 28 septembre 2016



[1] Comme celui écrit par BONIFACIO & MARECHAL, publié par les classiques HACHETTE, classe de fin d’études, 1957. Que je garde religieusement. (JPR)

Hymne à Notre-Dame. Un article de Maurice Ulrich, rédacteur à L'Humanité

publié le 17 avr. 2019 à 03:59 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 14 août 2019 à 02:16 ]


le cœur blessé de Paris et de la France

Mercredi, 17 Avril, 2019

    Le terrible incendie a failli détruire le chef-d’œuvre de l’esprit et de l’histoire qu’est Notre-Dame. Après une immense vague d’émotion, sa reconstruction est l’affaire de toutes et tous, de ceux qui croient au ciel, comme ceux qui n’y croient pas.

    Avec ce brasier terrible que nous avons découvert à 20 heures lundi – on attendait autre chose –, on eut, avec un sentiment d’irréalité, de rêve éveillé, la sensation que c’est quelque chose de nous qui était en feu. Nous, c’est-à-dire chacun et chacune au plus profond de son histoire, nous, cette France des siècles et des bâtisseurs des poèmes de pierre. Nous, c’est-à-dire l’esprit humain qui trace son chemin depuis les âges obscurs, de la grotte de Lascaux à Picasso ou Matisse, des alignements de Carnac ou des statues de l’île de Pâques au Parthénon et aux pyramides…

La catastrophe totale redoutée, a été évitée dans la nuit

   Il nous fallut attendre longtemps pour savoir que la catastrophe totale, redoutée toute la soirée, était évitée. Les tours, vues du parvis, masquent pour partie le squelette calciné d’un grand cadavre. La flèche n’est plus. Il manque maintenant, oui, comme une âme qui s’élevait dans le ciel de Paris. L’émotion est sur tous les visages, dans tous les mots.

    Un peu navrés, on entendit sur nos chaînes des commentaires un peu trop empressés pour mettre au compte des prétendues racines chrétiennes de la France la sidération du pays, l’émotion dans le monde. Comme si la catastrophe n’en était pas une pour tous. Quelle étroitesse qui, sous le couvert de célébrer Notre-Dame et de craindre sa perte, l’enrôlait au service de petites idées. Les racines de la France sont grecques, romaines, celtes… C’est un philosophe arabe qui a traduit Aristote, repris par Thomas d’Aquin. Mais on sait aussi qu’il y a dans chaque village de France une église, arrogante ou humble, où des générations sont passées de la naissance à la mort.

    Oui, les églises de nos villages, ce blanc manteau qui couvrit la France au XIe siècle, sont des œuvres de foi, celle proclamée des papes et les pompes, comme celle des plus simples gens. L’esprit souffle dans nos grandes cathédrales. On cite souvent la formule de Marx « la religion est l’opium du peuple », mais on oublie tout aussi souvent, ou on ne connaît pas, ce qui précède : « La religion est une expression de la détresse humaine et une protestation contre cette même détresse. Elle est l’âme d’un monde sans âme, l’esprit d’un monde sans esprit. » Pensons à tous ceux qui, tailleurs de pierre, sculpteurs, voyaient, dans leur travail et leur art, se bâtir ce qui leur semblait une espérance en un autre monde. Un monde de paix où régnerait cette justice qui, ici-bas, leur faisait défaut car elle leur était refusée par les puissants.

Une œuvre du génie humain

    Sur la façade de Notre-Dame, Adam et Ève, chacun d’un côté à mi-hauteur, nous font face dans leur nudité. Ce que nous voyons, c’est l’illustration sans doute du récit biblique, la commande de l’église des maîtres, et c’est un homme et une femme, à notre image, dans la fragilité de l’humaine condition. Pensons au sculpteur anonyme qui va donner à Marie, comme l’ont fait aussi tant de peintres, des plus grands, les traits de la femme aimée.

    Quand pourra-t-on de nouveau entrer dans Notre-Dame ? Jamais peut-être, pour beaucoup d’entre nous. Notre temps n’est pas celui de la pierre et de la légende des siècles. Qu’est-ce qui fait qu’athée de naissance, sans baptême, on se sentait dans cette immense nef, en se retournant vers la merveilleuse rosace de la façade, habité par une singulière sérénité et en même temps bouleversé par tant de beauté, avant d’être terrassé par la puissance de ses grandes orgues. Oui, on a bien sûr parlé de foi, mais partout dans Notre-Dame de Paris, c’est le génie humain qui parlait et qui se tait maintenant, ravagé et blessé.

    Notre-Dame est désormais le cœur brûlé de Paris. Elle en fut souvent le cœur enflammé. On pense à ses énormes cloches de bronze sonnant à toute volée aux jours de la liberté retrouvée du mois d’août, quand disparaissent les croix gammées de la haine. D’autres pensent, penseront à tant de moments publics ou intimes. On montait en haut des tours, amoureux, avec une amie en robe légère d’été et on se trouvait aux côtés des gargouilles ricanant et monstrueuses. Tout Quasimodo a son Esméralda : "La cathédrale ne lui était pas seulement la société, mais encore l’univers, mais encore toute la nature. Il ne rêvait pas d’autres espaliers que les vitraux toujours en fleurs, d’autre ombrage que celui de ces feuillages de pierre qui s’épanouissent chargés d’oiseaux dans la touffe des chapiteaux saxons, d’autres montagnes que les tours colossales de l’église, d’autre océan que Paris qui bruissait à leurs pieds."

L’inspiration des poètes et des peintres

    On sait comment Victor Hugo a décrit ce peuple de Notre-Dame et sa cour des Miracles, de gueux et de ribaudes, en réalité pauvres femmes contraintes à la prostitution. Aragon, dans Aurélien, ce roman désabusé hanté par l’inconnue de la Seine, a logé le jeune homme dans l’île Saint-Louis, qui regarde la cathédrale « et, tout d’un coup, tout s’éteignit, la ville devint épaisse, et dans la nuit battit comme un cœur »… Péguy, Claudel, Nerval. On l’a tant peinte. Aujourd’hui, des escrocs au petit pied en profitent qui proposent aux touristes des fausses peintures fabriquées à la chaîne, en Chine ou ailleurs. Il y eut Matisse, qui l’a représentée tant de fois, la ramenant parfois à une silhouette fantomatique, tantôt géométrisant ses deux tours reconnaissables entre toutes. Et tant de peintres amateurs, installés sur les quais de Seine. Les Parisiens l’oublient parfois tant elle leur est familière, et puis, de loin en loin, ils se plantent le nez au ciel, repris d’un coup par la grâce de tant de beauté. On sait bien que c’est un des monuments les plus visités au monde, quand bien même les croyants peuvent encore y prier. Les voix de soprano, pour les messes du dimanche soir, étaient des sources fraîches.

    Plus de huit siècles depuis que la première pierre a été posée, à l’initiative de Maurice de Sully, évêque de Paris, en 1163. Le gros œuvre prendra cent ans. C’est une autre échelle du temps. On pense bien sûr à Bossuet : « Qu’est-ce que cent ans, qu’est-ce que mille ans puisqu’un seul moment les efface. » Il aura juste fallu une petite flamme, une étincelle pour enflammer toute cette incroyable charpente que l’on appelait la forêt. Il pensait à la vie humaine, mais même les cathédrales sont mortelles.

    Il va falloir reconstruire. La mission aurait sans doute été impossible si les deux tours s’étaient effondrées. On a reconstruit après la guerre de 14-18 la cathédrale de Reims bombardée, on a reconstruit des villes entières après les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Combien de temps, combien d’argent ? On ne saurait le dire. Une souscription nationale est lancée, et dès ce soir de feu, c’était une évidence. On se sentait un peu gênés, hier matin, en apprenant qu’aux 100 millions de Pinault répondaient, comme dans une compétition 200 millions de Bernard Arnault, 200 millions des Bettencourt. On a le sentiment dérangeant qu’il s’agit là de la cathédrale des puissants. On aimera toujours la cathédrale qui appartient à tous, athées ou croyants. Il y faudra des années mais elle sera de nouveau belle et grande, Notre-Dame de Paris que nous aimons.

    Maurice Ulrich


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L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLES

publié le 25 oct. 2018 à 12:56 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 oct. 2018 à 13:02 ]


    ce thème est traité ici-même :

FANFAN LA TULIPE, CHRISTIAN-JAQUE (1952) L’ARMEE AUX XVII-XVIII° SIECLES

https://sites.google.com/site/jeanpierrerissoan/la-vie-de-l-esprit/critiques-de-films/fanfanlatulipechristian-jaque1952larmeeauxxvii-xviiisiecles

    

Patrimoine : Visitez Château-Queyras... !

publié le 14 sept. 2018 à 08:39 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 1 sept. 2019 à 11:55 ]

    VISITEZ CHÂTEAU-QUEYRAS !!! C'est un patrimoine en danger. Les propriétaires -privés - n’arrivent plus à l'entretenir suffisamment, n'ont pas les moyens d'effectuer les investissements qui pourraient créer les offres touristiques capables d'attirer les spectateurs, bref, le château est à vendre mais il n'y a personne d’intéressé... surtout pas les collectivités locales dont les ressources sont épuisées par le pouvoir central macronien.
       
     Le Château est bâti sur un verrou glaciaire qui coupe la vallée du Guil.

    Ce document est parfait à l’exception d'un erreur : le Château date du XIII° siècle -construction féodale typique - et de la fin du XVII° siècle : c'est le grand VAUBAN qui l'a complété et perfectionné.3. Formation territoriale de la France (3ème partie). Louis XIV et Vauban. Il y eut des ajouts ultérieurs. Donc, oubliez le XVI° siècle ! la photo est à l'emplacement d'un observateur qui arrive de l'Ouest et se dirige vers la frontière italienne à 'Est. En passant à gauche du verrou, il longe donc la façade NORD. 

   Ll'on voit bien ces deux époques fondamentales de l'histoire du château dans ce document :
    Au centre, sur la hauteur, le château médiéval avec ses tours rondes et son donjon. Les constructions de Vauban sont plus basses. Au pied, les maisons des habitants du village qui, autrefois, bénéficiaient du droit de refuge en cas d'invasion. Paysage médiéval typique.
    Cette doublette architecturale (XIII° - XVII° siècles) est dessinée sur ce plan : en rouge la partie la plus ancienne .
    Rassurez-vous, je n'ai pas fait d'erreur j'ai simplement orienté le croquis de la même façon que l'ont fait les propriétaires actuels du château dans le document distribué aux visiteurs et que voici :

sources : 1) Queyras-passion magazine, n°21, année 2018 ; www.queyras-passion.com
    2) distribué à l'entrée payante du château , Éditions du Fournel ; 04.92.23.15.75.

PUISQUE VOUS ÊTES INTÉRESSÉ(E) = "Les amis de Fort  Queyras, mairie, 05 350 CHATEAU-VILLE-VIEILLE " Tel. / 06.26.52.49.32. ; contact@amis-fort-queyras.com

La régence (Philippe d'Orléans)

publié le 26 févr. 2018 à 10:07 par Jean-Pierre Rissoan


    lire le commentaire du film de TAVERNIER :

    "Que la fête commence !"... (Tavernier, 1975)

    sur ce site.

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