Le temps des cerises…et le mur des Fédérés

publié le 3 juil. 2011 à 02:29 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 25 août 2017 à 07:07 ]
  21/05/2011   



Aujourd’hui est le jour anniversaire de l’entrée dans Paris des troupes versaillaises qui agressèrent les Insurgés parisiens. En l’honneur de ces derniers qui combattirent pour la liberté de la patrie et pour une société juste et démocratique, je publie ce chant immortel qu’on ne peut écouter sans ressentir comme une brisure au cœur.

Jean-Baptiste Clément, autodidacte, est né à Boulogne-sur-Seine en 1836, et exerça de nombreux métiers. Une idée bien établie veut que ce chant qui est l’hymne de la Commune ait été écrit pendant la Semaine sanglante durant laquelle fut réprimée la Commune de Paris. En réalité, Clément commença à écrire des romances (« Chansons du morceau de pain ») et des chants de révolte (« Chansons de l'avenir ») inspirés par les chansonniers de la révolution de 1848 : Hégésippe Moreau et Pierre Dupont. Il attira si bien sur lui la vigilante attention de la police du Second Empire qu’il dut prendre un peu de champ, en Belgique, en 1866. Et c'est là qu’il publia la chanson désormais célèbre.

Jean-Baptiste Clément dédia son chant à une ambulancière de la Commune. il se battit jusqu'au bout sur la barricade de la rue de la Fontaine-du-roi, dans le 20° arrondissement, qui tomba le 28 mai.

honneur et Gloire aux combattants de la Commune !


« Le Temps des cerises »

Œuvre de Jean-Baptiste Clément.

 

Quand nous chanterons le temps des cerises

Et gai rossignol, et merle moqueur

Seront tous en fête !

Les belles auront la folie en tête

Et les amoureux, du soleil au cœur !

Quand nous chanterons le temps des cerises,

Sifflera bien mieux le merle moqueur.

 

Mais il est bien court le temps des cerises

Où l'on va par deux cueillir en rêvant

Des pendants d'oreilles...

Cerises d'amour aux vôtres pareilles,

Tombant sous la feuille en gouttes de sang...

Mais il est bien court le temps des cerises,

Pendants de corail qu'on cueille en rêvant !

 

Quand vous en serez au temps des cerises

Si vous avez peur des chagrins d'amour,

Évitez les belles !

Moi qui ne crains pas les peines cruelles

Je ne vivrai point sans souffrir un jour ...

Quand vous en serez au temps des cerises,

Vous aurez aussi des peines d'amour !

 

J'aimerai toujours le temps des cerises :

C'est de ce temps-là que je garde au cœur

Une plaie ouverte !

Et dame Fortune en m’étant offerte

Ne pourrait jamais fermer ma douleur...

J'aimerai toujours le temps des cerises

Et le souvenir que je garde au cœur !

*

*Voici des compléments sur l'histoire de la chanson, compléments apportés par J.-C. Romettino, historien, éditeur de l'Improbable dont j'ai déjà parlé.

Clément est alors très populaire, mais il ne réussit jamais à être élu député, ni à Montmartre, ni au Quartier latin. Ses chansons se vendaient assez faiblement, sauf pour quelques titres. Le Temps des cerises est souvent interprété dans les réunions et goguettes ouvrières, mais cette chanson est plus liée à la personne du chansonnier qu'à la Commune elle-même. Voici, à cet égard, quelques constations faites en compulsant la collection de La Petite République dont le poète fut un collaborateur assidu :

- en 1898, il n'est fait aucune mention du Temps des cerises ni pour le 18 Mars pour la Semaine sanglante, alors que Clément fournit au journal sa chanson quotidienne ;

- en 1899, c'est Clément qui préside le meeting anniversaire, le 19 mars ; on n’y chante pourtant, comme l'année précédente, que La Carmagnole ;

- en 1901, le journal publie un poème de Cl. Hugues : Le 18 Mars, Clément fait l’éditorial sur l'anniversaire, et les comptes rendus nous apprennent qu'on a chanté L'insurgé et L'internationale dans les réunions (c'est le poète qui présidait celle de Montmartre). Toujours pas question du Temps des cerises; pas plus qu’à la manifestation au Mur, le 19 mai, où on chante La Carmagnole et L'internationale (ainsi qu'aux obsèques de Lefrançais le même jour) ;

- en 1902, seule L’Internationale est chantée au Mur.

J.-B. Clément meurt le 23 février 1903 ; La Petite République lui consacre plusieurs articles et ouvre une souscription pour un buste sur sa tombe (elle se trouve face au Mur des Fédérés, à côté celles d'autres communards et militants socialistes comme Lefrançais, Malon, Brousse...) . Gérault-Richard, tout en rappelant alors la dédicace faite à « Louise » en 1885, place simplement le Temps des cerises parmi les « mélodies aimables » du chansonnier. Pour le 18 Mars, le journal cite l'Hommage à J.-B. Clément de Clovis Hugues et L'Internationale, Marianne et Le Drapeau rouge. Toujours dans « la Petite », il est rapporté qu'au Mur, le 24 mai, la foule a chanté L'internationale et que, devant la tombe provisoire de Clément, on a crié : « Vive la Sociale! »

C’est surtout par la suite que l'on prendra l'habitude de chanter Le Temps des cerises lors des anniversaires de la Commune, un peu comme l'on criait : « Vive la Commune ! » lors des apparitions de Vaillant à la tribune ou sur son passage. En ce début du XXe siècle, la Commune de Paris est honorée par les socialistes du monde entier.

 

autres articles du blog :

18 mars : la Commune n’est pas morte !

COMMUNE, commune, approche historique du mot…

Auguste VERMOREL, un COMMUNARD du BEAUJOLAIS

quand il reviendra, le temps des cerises…

bibliographie pratique.:

Maurice MOISSONNIER, "la première internationale et la Commune à Lyon", Éditions sociales, Paris, 1972, 404 pages.

Société populaire de Villefranche-sur-Saône, "Villefranche pendant la guerre de 1870 et la Commune de 1871", numéro spécial, n°15, mai 2011, 58 pages. Disponible au siège de la Société : 55 rue Hoche, 69400 Villefranche. societepopulaire@free.fr

BRUHAT, DAUTRY, TERSEN, La Commune de 1871, deuxième édition revue et complétée, Éditions sociales, Paris, 1970, 464 pages.

L’HUMANITE, "1871-2011, il y a 140 ans : Commune de Paris, le peuple au firmament", Hors-série, mars 2011, 84 pages. Pour se le procurer : 164 rue Ambroise Croizat, 93528, Saint-Denis CEDEX.

Robert BRECY : La Chanson de la Commune
Les Éditions ouvrières - 1991 - 275 pages + XXXI

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