MELENCHON, A. GERIN, le PCF et la V° REPUBLIQUE…

publié le 3 juil. 2011 à 02:18 par Jean-Pierre Rissoan   [ mis à jour : 20 sept. 2012 à 09:12 ]
  15/01/2011  

    Dans le journal Le Progrès de ce 13 janvier, André Gerin, député communiste de la XIV° circonscription du Rhône, ancien maire de Vénissieux, annonce sa candidature à la candidature à la présidentielle 2012 et s’oppose vigoureusement à une éventuelle candidature Mélenchon soutenue par le PCF. Il déclare notamment : « Il serait mortifère pour les forces de gauche et la France laborieuse que le Parti communiste français (PCF) soit absent de cette échéance qui constitue la clé de voûte de la Ve République ». Il ajoute aussi : « Mais en tout état de cause, je reste bien sûr fermement opposé au Front de gauche qui n’existe que par la présence de Jean-Luc Mélenchon et perpétue une démarche étriquée, périmée, ayant conduit à l’échec du gouvernement Jospin ».

Je regrette vivement de tels propos.

Sur la "clé de voûte" de la V° république

    L’élection du président de la République au suffrage universel est une mauvaise chose pour la gauche et pour la démocratie. Elle tend à la personnalisation du pouvoir, elle tend à faire des citoyens des électeurs qui se "débarrassent" de leurs responsabilités pendant sept ans - cinq aujourd’hui -, qui déposent leur souveraineté dans les mains d’un seul homme. C’est une démarche hétéronomique, qui prend une allure plébiscitaire.

    Se soumettre à la tendance générale qui fait de cette élection « la clé de voûte » de la V° n’est pas très révolutionnaire. Il faut au contraire tout faire pour ancrer dans les masses l’idée de démocratie directe ou de démocratie représentative du type Convention de 1793.

    Peut-on oublier comment fut mis en place ce que F. Mitterrand avait appelé « le coup d’Etat permanent » ? Ce fut le coup du 13 mai 1958, la confiance accordée à De Gaulle sous la menace en juin1958, la rédaction par un petit comité du projet de constitution (fait unique dans notre histoire constitutionnelle sauf en 1940), ce fut l’approbation plébiscitaire[1] à l’automne 58. Puis ce fut la forfaiture (le mot est de Gaston Monnerville, président du Sénat) de 1962, De Gaulle utilisant, pour réviser la constitution, l’article 11 au lieu d’utiliser l’article 89 correspondant au chapitre XIV intitulé « De la révision »… mais De Gaulle était au sommet de sa gloire après la paix en Algérie et il l’utilise pour imposer cette réforme par un référendum là encore à caractère plébiscitaire[2].

    Cette clé de voûte, et A. Gerin le sait très bien, repose sur le mépris des partis politique, à tout le moins, leur mise à l’écart. De Gaulle considérait que cette élection est un contrat personnel entre le peuple et lui. Même le parti socialiste s’est rallié à cette position. Il faut se souvenir qu’en 2002, une question de calendrier fut posée :

-          Mandats du président et des députés arrivaient tous à échéance.

-          Qui doit-on élire d’abord ?

-          le président puis les députés ? et alors l’électorat confirmera nécessairement son vote présidentiel.

-          les députés d’abord ? et le président ensuite ? tous les hommes politiques favorables à la démocratie parlementaire auraient dû choisir cette solution.

    Mais L. Jospin a tranché : ce sera le président d’abord -il était sûr d’être élu- PUIS les députés qui seront de bons godillots. Conception gaulliste reprise par le PS.

    On connaît la suite. Victorieuse, l’UMP a le monopole du pouvoir. On étouffe.

    NON, A. Gerin, la clé de voûte c’est la mobilisation populaire derrière les députés représentants du peuple.

Sur le Front de gauche

    Comment écrire le « Front de gauche perpétue une démarche étriquée, périmée, ayant conduit à l’échec du gouvernement Jospin » ? A l’époque de Jospin on parlait de la Gauche plurielle qui comprenait TOUS les partis de gauche et les Verts. Le Front de Gauche exclut le PS et les Verts, c’est un rassemblement de trois courants révolutionnaires dont deux ont QUITTE VOLONTAIREMENT leur formation d’origine pour travailler avec le PCF[3].

    J.-L. Mélenchon a déclaré textuellement (France Inter) «  dimanche (9 janvier) je serais à Berlin devant la tombe de Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht, deux militants révolutionnaires allemands assassinés par la social-démocratie » …Rien que cette déclaration me suffit pour croire en sa sincérité.

    Le Front de Gauche est un coup de jeune rafraichissant pour le PC. Le PC est capable d’extraire de ses rangs des candidats de valeur comme A. CHASSAIGNE, preuve de sa vitalité mais il faut savoir s’ouvrir sur le monde. Je connais, dans le Rhône, des militants de la Gauche Unitaire qui ont milité avec moi à la FSU, qui sont maintenant au Front de Gauche : rien ne m’autorise à mettre en doute leur foi révolutionnaire.

N’oublions pas enfin que la présidentielle sera menée de front avec les 577 élections législatives. C’est une démarche capitale.



[1] Les gens ont voté « oui » à De Gaulle bien davantage que « oui » à la constitution.

[2] Sur ce thème, lire le chapitre C20, « le coup du  13 mai » de mon livre (cf. colonne de gauche).

[3] Le Parti de Gauche a quitté le PS et la Gauche Unitaire a quitté le NPA. 

Commentaires


Comments